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Full text of "La tradition au pays basque"

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La tradition aupays basque 

Societe d'Ethnographie Nationale et d 'Art Populaire Congres (, 
Societe d'ethnoqraphie nationale et d'art populaire, Gustave .. 



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DANS LA M£ME COLLECTION! 

La Tradition 

en Poitou et Chorentes 

Recueil des travaux, conferences et communications ayant trait a l'Exposi- 
tion 'ethnographique ou lus au Congres organ is6 a Niort par la Societl 
d'Ethnographie nationale et d'Art popuiaire. — Un volume in-8*, luxueuse- 
ment impnme, avec illustrations d'apres les cliches photographiques de 
MM. Demay et G. Clouzot, ct les dessins de MM. Arthur Bouneault et 
O. Gelin. 

TABLE DES MATURES DU VOLUME 

CHAP1TRE PR^LIMINAIRE 

— M. Andre Theuriet : L'ethnographie et Tart popuiaire, conference don- 
nee a Niort, le 8 mars 1896. 

— Gompte rendu des fetes de Niort, contenant les di scours de MM. Andre* 
Theuriet, Georges Lafenestre et Th. Leaud, et la liste des artistes recom- 
pense*. 

PREMIERE PARTIE. — L'Exposition 

— M. H. Gelin : L'ethnographie poitevine et charentaise a rExposition de 
Niort, avec gravures hors texte. 

— M. Baguenier-Desormeaux : La section des Guerres de Vendee a FExpo- 
sition de Niort, avec gravures hors texte. 

— M. G. B. : L'ceuvre de M. Arthur Bouneault a rExposition de Niort, avec 
gravures hors texte. 

DEUXIEME PARTIE. — Les conferences et communications 

La musiqur populairb. — 1. Le R. P. Lhoumeau, de la Congregation de 
Marie : La musique popuiaire a l'eglise, avec citations et exemples (notation 
en caracteres gregoriens). 

La liturgik. — 2. Le it. P. Dom Pari sot, Binedictin de Ligugi : La Litur- 
gie en Poitou. — 3. Le R. P. Dom Augouard, Btnedictin de Liguge : Le Poi- 
tou Chretien au point de vue hagiographique. — 4* Le R. P. Texier, de la 
Congregation de Marie : La vie et les oeuvres du bienheureux Grignion de 
Montfort en Poitou et dans les Charentes. 

Lbs noels. — 5. M. Aug. Gaud : Impressions et souvenirs, avec auditions 
de noels poitevins (airs notes). 

Lkgbndbs bt superstitions. — 6. M. C. Roy, projesseur au lycee de Poi- 
tiers : Melusine. — 7. M. Puichaud : Superstitions dans le canton de Mon- 
coutant. — 8. M. Tabbe^ Nogues : Pratiques medicales superstitieuses relatives 
aux personnes et aux animaux. 

La sorgbllbrib. — 9. M. J.-K. Huysmans : Gilles de Rais. — 10. M. Gustave 
Boucher : Urbain Grandier. 

Mckurs bt goutumes. — ii. M. Henri Clouzot : Les spectacles populaires en 
Poitou. — ia. M. Boissonnade, professeur d la Faculte des lettres de Poitiers : 
Les fetes de village en Angoumois ct en Poitou au dix-huitieme siecle. 
— i3. M. Boissonnade : La vie de l'ouvrier en Poitou et au moyen &ge. 

Lbs chansons. — 14. M. Jean Philippe : La chanson popuiaire en Poitou et 
dans la Haute-Bretagne. — i5. M. Aug. Gaud : Rondes et chansons du Pays 
Mellois (airs notes). — 16. M. Trebucq, projesseur au lyce*e de la Rochesur- 
Yon : La chanson de manage en Vendee (airs notes). 

La dansr. — in. M. Leo Desaivre : La danse en Poitou (airs recueillis et 
notes par M. S. Trebucq). 

Lbs patois. — 18. M. H. Gelin : Les parlers poitevins. — 19. M. Lacuve : 
Gauseries et fables de La Fontaine en patois poitevin. — 20. M. Farault, 
bibliothicaire adjoint : In pesan chez Ghauvinet. — ai. M. Farault : Une 
visite a rExposition de Niort (compte rendu en patois). 

Histoirb locale. — 22. M. Van der Cruyssen : Le vieux Niort. 

TROISIEME PARTIE. — Documents relatifs a la Societ6 d'Ethnographie 
nationale et d'Art popuiaire. 

EN PREPARATION 

LA TRADITION AUX PAYS NORMANDS 

PRIX DE GHAQUB VOLUME I 10 frailCS. 



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LA TRADITION AU PAYS BASQUE 



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Eglise de Saint-Jean-de-Lu^ 



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eo-i:., 



_BIBLIOTHiQUE DE LA TRADITION NATIONALE 

Honorie d'une souscription du Miniat&re de V Instruction publique, 

Publie'e sous les auspices de laJSocie'te' d'Ethnoqraphie nationale et d'Art populafre, 

Sous la direction de M. Gustave Boucher. 



LA TRADITION 



AU PAYS BASQUE 



Ethnographic — Folk-Lord — Art popnlaire 
Histoire — Hagiographie 



PARIS 

AIX 13URKAUX I)K LA THAIMTION NATION AI,K 
* 24, rue Visconti 

EN VENTE CHEZ LUCIEN GOL'C.Y, LIRKAIRE-EDITEUR, 5, QUAI CONTI 

1^99 



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ERRATA 



Page a : an lieu de : instincts nationalistes, lire : instincts tra- 
ditionnalistes. 

Id. : ail lieu de (1898), lire (1899). 



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INTRODUCTION 



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€ La rentauration de la vie provinciate par 
Vart et les mceurs. » 



Le but de la Soctete' dEthnographie Rationale et a" Art popalaire est 
tout entier formula dans la devise qui precede. 

Pour Vatteindre pratiquement, la Socie'te choisit chaque annie line 
province oil, sous son patronage et avec son concours, s'organisent des 
fetes populaires destinies a mettre en lumiere les traditions locales, 
religieuses et profanes, les moeurs, coutumes, chansons, danses, etc. 
Une exposition d'ethnographie et dart complete ces manifestations, 
auxquelles des travaux comme ceux dont se compose le present volume 
serve nt de commentaire. 

La consequence naturelle de ces fetes est, sur le territoire de la pro- 
vince e'tudie'e, la creation de musees regionaux et de centres d etudes 
consacris a une tranche particuliere de I'ethnologie, de Vesthitique ou 
de Vhistoire ; la concentration des Jorces intellectuelles et leur retour 
aux sources de Vinspiration traditionnelle ; une impulsion nouvelle 
donne'e aux industries dart local; parfois la remise en honneur des 
costumes nationaux, des fetes patronales et corporatives, etc., en un 
mot le r4veil des instincts nationalistes auxquels le genie populaire est 
reste* fiddle en dipit dune centralisation outranciere. 

Le premier Congres de la Socie'te' d ' Ethnographie Rationale s'est 
tenu a Niort en i8q6 (la Tradition en Poitou et Charentes) Celui de 
Saint-Jean- de-Luz (la Tradition au Pays Basque), est le second. Le 
troisUme (la Tradition au Pays Normand) aura ses assises a Honfleur 
au mo is d'aodt de cette ann4e (i8q8). 

La Socie'te d Ethnographie nationale laissant leur entiere autonomic 
aux groupements regionaux qui Vaident dans sa tdche. ceux-ci sont 
seuls responsables des idees tmises par les congressistes. 



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DISCOURS 

prononcl a Saint-Jean-de-Luz 
a l'occasion de l'ouverture du congres de la tradition basque 

le 15 »o0t 1897 

PAR 

M. DE FOURCAUD 

diUgui de M.le Ministre de V Instruction publique et des Beaux 'Arts 



Mesdames, Messieurs, 

M. le Ministre de l'lnstruction publique et des Beaux- Arts a bien 
voulu me designer pour le representer aujourd'hui parmi vous et 
vous porter le temoignage de la sollicitude du gouvernement en ce 
qui touche la conservation des vieilles mceurs, la sauvegarde des 
arts anciens et populaires. le respect du aux francs caracteres 
d'une vie r£gionale fortement accentuee, — ce qui constitue, en fin, 
1' expressive et traditionnelle physionomie de nos provinces. J'ai 
accepts cette mission avec reconnaissance, et conime un grand 
honneur. On est profondement heureux, en effet, lorsque, s'£tant 



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4 INTRODUCTION 

voue soi-meme, de ferme conviction, a la cause de la decentralisa- 
tion intellecttielle, on se voit accredit^ pour dire aux energiques 
soldats, aux propagateurs de l'idee feconde, que leurs efforts sont 
recompenses. Et ce n'est pas seulement de la joie qu'on eprouve, 
c'est aussi une juste fierte* lorsqu'il s'agit de proclaraer la vitality 
merveilleuse de i'esprit des aieux precisement dans une contr^e 
corame la vdtre, si riche de sa gloire iintii&noriale, si legitimement 
confiante en son avenir. 

Je sais, Messieurs, devant qui je parle. Dans vos rangs, ii y a 
des erudits et des artistes, des letti*6s, des dilettantes, de simples 
curieux : il n'y a que des hommes de coeur, Basques purs, Francais 
sans reserve. Ne laissons jamais insinuer que la decentralisation 
intellectuelle puisse etre nulle part, a aucun moment, en aucune 
mesure, une facon de s^paratisme. Elle est une des rigoureuses et 
magnifiques consequences de la liberty — de cette liberty dont vos 
tant de fois seculaires Fueros ont pose ie fait et le principe. Elle 
est, en mfime temps, par la force sacr^e des choses, Tune des plus 
belles garanties, la plus belle peut-Otre, de i 'indestructible unite. 
Le lieu natal nous apparalt com me Fendroit du monde ou nous 
sommes le plus pres du cceur de la patrie. Impossible de se 
m£prendre au sentiment qui nous y attache : c'est le vrai sentiment 
national pdnetre de toute la tendresse de nos chers souvenirs. Par 
ce sentiment, on vit sans deTailiance et, pour lui, Ton va heroique- 
ment au-devaut de la mort. Personne ne me d£mentira si j'enonce 
cette verite sous cette forme absolue : Qui aime le mieux sa petite 
patrie donne les meilleurs gages a la grande. Dites-moi done en 
quelle bataille francaise le sang basque s est menage, sur la terre 
ou sur la mer ? 

Je compare les provinces a des families distinctes, collaterales 
ou ailiees, egales en droits et en devoirs, solidaires entre elles, 
indissolublement unies par un lien essentiel. De m£me que chaque 
famille a son nom et ses traditions, son patrimoine et, pour ainsi 
parler, ses allures, chaque province a sa personnalite, sesressorts, 
ses ressources, ses heredites. Chacune se particularise et toutes 
s'absorbent dans l'indivisible nation. Pas une n'est la nation a 
Texciusion des autres, mais la nation est a la fois en toutes et en 
chacune. Tel s'aflirme un organisme inviolable en soi. 



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INTRODUCTION 5 

Cependant, de ce que nous formons un peuple integral, de ce que 
nous sommes soumis aux memes disciplines, nourris du mOme ideal, 
abrit£s sous les plis du m£me drapeau, s'ensuit-il que, pareils de 
coeur, nous devions, de province a province, nous require a Tuni- 
formite* ? — Non pas, Messieurs. Nous avons ie droit d'Stre nous- 
m&mes. Nous l'avons de par la nature avant de 1' avoir de par la 
soci6te\ Nous l'avons au meme degre* que la terre dont les produc- 
tions varient, en n'importe quel empire, suivant les zones, les cli- 
mats et les sols. Or, cette vartete" des productions naturelles est un 
bienfait inestimable, assurant au pays entier le b£n£fice de ce qui 
se recueille en la moindre de ses parties. Toute region donne et 
re^oit. Toute richesse arrive, en quelque sorte, a se r^partir. Ainsi, 
la diversity des apports cr6e la loi de reciprocity, d'ou nalt l^qui- 
libre. Dans le domaine moral, il n'en saurait 6tre autrement. 

Imaginez un vaste territoire comme la France uniformise' sur le 
modele d'un canton. II en rtssulterait un ennui morne, une para- 
lysie de la spontaneity — par consequent, le ravalement des intel- 
ligences privies d'emulation, condamn£es a l'autoinatisrae. Mais, 
heureusement, les Bretons ne peuvent 6tre identiques aux Gham- 
penois, les Bourguignons semblables aux Provencaux, les Poite- 
vins fa its a l'exemple des Basques. De proche en proche, les apti- 
tudes et les humeurs changent ; les facons d'etre, les manieres de 
sentir se modifient comme sont diffe>encies les horizons et les ter- 
roirs. Ni les types, ni les gouts, ni les coutumes, ni les arts, ne se 
repetent exactement. On ne peut pas toujours tout s'expliquer paries 
donn£es purement scientifiques, car trop de choses nous £chappent 
dans la deduction des atavismes et la primordiale constitution des 
milieux. Le fait certain, c'est que les manifestations d'originalite 
regionale sont flagrantes. Des sources 6ternellement vives emer- 
gent de toutes parts. Ellcs ont a Tenvi des qualites speciales, mais 
il n'y a pas a s'y tromper, ces sources sont uniquement franc ai ses. 
Laissez-les jaillir, facilitez leur cours. Le g£nie francais trouvera 
partout les eaux fatidiques, les eaux limpides et chantantes, sorties 
des rocs natifs, ruisselant pour ie d£salte>er — mieux encore pour 
le retremper et le charmer. 

Qu'on ne vienne pas vous dire que Paris vous opprime. Celui-la 
seul subit l'oppression qui va la chercher, qui s'y asservit d'avance. 



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6 INTRODUCTION 

Regardez plut6t, ici m^me, autour de vous. Est-ce que les objets 
r£unis dans cette belle Exposition, que nous avons ouverte ce 
matin, ne vous appartiennent pas, pour la plupart, en propre? 
£largissez le cercle de vos observations. Est-ce que votre langue 
n'est pas a vous, et a-t-elle nui, nuira-t-elle jamais au d^veioppe- 
ment de la grande langue nationale? Est-ce que vos Pastorales, 
vos Mascarades, vos Danses, vos improvisations, vos jeux, ne sont 
pas marques de signes frappants ? Votre peuple ne sait-il pas d'ad- 
mi rabies chansons et de nobles ou joyeux contes? Vos types ne 
sont-ils pas infiniment precis? Vos conceptions n'ont pas a souffrir 
des influences de Paris, non plus que de celles d'ailleurs. Et vous 
les mettrez a l'abri des contagions facheuses, si vous le voulez 
franchement. 

N'imitez rien du dehors ; soyez en tout ce qu'il est en vous d'etre ; 
vivez sur le fond de votre nature et n'acceptez comme des progres 
que ce qui est conforine a vos authentiques, a vos fondamentales 
aspirations .>-^ en un mot, soyez de plus en plus soucieux de vous 
bien connattre et, pour y parvenir, prenez assiddment conscience 
de vos traditions. Rappelez-vous qu'il n'est pas question de revenir 
vers le passe* et d'en pasticher les formes, mais qu'il sied de proflter 
fid&lement des lemons des ancfctres, en ce qu'elles gardent de libre 
et de naif, d'a jamais populaire. 

II y a une tradition qui viviQe : c'est la tradition des pens6es 
spontan£es de generation en generation. II y a une tradition qui 
desseche et qui tue : c'est la tradition des formules. Les choses 
d'antrefois pers6verent, a maints 6gards, en celles d'aujourd'hui. 
Nous perdrions trop a ne pas faire le compte de ces instinctives 
survivances. A consuiter le peuple, ses mceurs, ses usages, son 
langage, combien Ton voit, souvent, s'^clairer de profondeurs! 
Sans contredit, au point de vue supe>ieur, nous avons, nous aurons 
toujours besoin les uns des autres. Mais il n'est pas vrai que le 
point de vue superieur reclame d'inutiles sacrifices. Non, plus 
vous serez Basques, mieux vous serez Fran<?ais. Vous travaillerez 
selon votre ame entiere a l'avancement de votre province. Vous 
fournirez a la France — la douce France, comme parlaient les 
poetes de nos chansons de geste — des elements originaux. 

Au nom de M. le Ministre de l'lnstruction publique et des Beaux- 



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INTRODUCTION * 7 

Arts, je salue tous ceux qui participeront a ces frtes. Je salue le 
Comity de F Ex position organised sous les auspices de la Munici- 
pality et de la Society d'Ethnographie nationale, et les membres 
du Congres qui, des demain, entreront en stance. Je salue vos 
improvisateurs, vos chanteurs, vos musiciens, vos comediens 
paysans et vos joueurs de paume. Ghacun d'eux, pour sa part, 
porte en lui quelque chose de la petite pa trie, tend rem en t infeodee 
a la grande. Et puissent d'autres villes, en d'autres regions, s'ins- 
pirer de Tinitiative de Saint- Jean-de-Luz et de ses autorit£s muni- 
cipales ! En de telles journees, la decentralisation efficace, celie que 
nous voulons et qui tend a fa ire vivre chaque partie de notre sol 
de sa vie parfaite dans 1' unit 6 du fier pays bien-aime\ cette decen- 
tralisation avance a coup sur. 



De Fourcaud. 



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LA TRADITION Al PAYS BASQUE 



PREMIERE PARTIE 



COMPTE RENDU DE L'EXPOSITION 
ET DES FfiTES 



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Le bassin et la bale de Saint-Jean-de-Luz 



COMPTE RENDU 



FETES DE LA TRADITION BASQUE 

A SAINT - JEAN - DE - LUZ 
du 15 au 22 aoOt 1897 

SOUS LE PATRONAGE DE LA SOCIET& d'eTHNOGRAPHIE NATIONALS 
ET d'aRT POPULAIRE 

BT SOUS LA PRKSIDENCE d'HONNEUR 

DU GENERAL DERRECAGA1X, COMMANDANT LA 36 e DIVISION, A BAYONNE 

DE M. DOUX, PREFET DES BASSES- PYRENEES 

ET DE S. G. M* r JAUFFRET, EVEQUE DE BAYONNE 

PAR M. BERNADOU 



La SoeUti frangaise d'Ethnographie et (TArt populaire date 
d'hier : c'est Tan dernier que, pour la premiere fois, elle a 
tenu ses assises a Niort et qu'elle a £tudie" la Tradition en Poitou et 
dans les Charentes ; de ce premier Congres est sorti un beau volume 



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12 COMPTE RENDU DES F&TES 

ou les Irudits les plus compe tents, des litterateurs exquis, se soat 
associes pour nous donner de l'histoire, des contes, des danses, 
des chansons de ces vieilles provinces de notre France le tableau 
le plus vivant, le plus aim able et le plus complet qui se puisse 
imaginer, realisant a inerveille les grandes lignes du programme 
de la Societe : 

« Repandre le gout des Etudes traditionnistes francaises, r6agir 
dans la mesure du possible contre 1' unification chaque jour plus com- 
plete des moeurs et des modes; mettre en relief les industries d'art 
propres a chaque contr^e; inciter au respect pour les mi lie objets 
de la vie locale ayant un caractere d'originalite" ; faire connaitre 
par des expositions, des representations, des conferences, les par- 
lers, les chansons, les danses, les legendes, la musique, la iittera- 
ture de chaque province ' . » 

Pour mettre en oeuvre ce beau programme, autour d' Andre 
Theuriet, Tillustre acadeiuicien, son president, s'etaient group^s 
MM. Gaston Paris, de l'Academie francaise, Gustave Boucher, 
secretaire general de la Societe, le R. P. Lhoumeau, Dom Parisot, 
Huysmans, Boissonnade, toute une pieiade d'esprits d'eiite, de 
ccauTS genereux. 

(Test a Saint- Jean-de-Luz , l'antique Lohitzun, la ville de 
Louis XIV et Tune des plus originates cites de notre pays de 
Labourd, que la Society a voulu, cette annde, tenir pour la seconde 
fois ses assises, et certes elie ne pouvait mieux choisir. 

Deux fois deja, en eflet, en 18911 et 1894, M. le docteur Goye- 
neche, maire de SaintrJean-de-Luz, suivant le noble exemple 
donne par M. Antoine d'Abbadie, avait organise des fetes de la 
Tradition basque qui avaient eu un piein succes. Le terrain etait 
done merveilleusement prepare, et grace a M. Charles Petit, con- 
seiller a la Cour de cassation, l'eioquent orateur et Tardent patriote 
basque, grace a notre eminent compatriote Leon Bonnat, le der- 
nier Gongres de la SacUU dEthnographie nationale et dArt 
populaire a ete tout aussi interessant, tout aussi complet que le 
Congres de Niort. 

Pendaut huit jours chants liturgiques, discours eloquents, danses 
historiques, parties de peiote, pastorale et mascarade souletines, 
concours de poetes improvisateurs, conferences historiques et 



1. Societe d'Ethnographie nationale et d'Art populaire. Congres de Niort, 
i8q6. La Tradition en Poitou et Charbntbs. — Paris, Niort, 1897, p. xix. 



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DB LA TRADITION BASQUE 1 3 

artistiques, ont tenu en haleine et sous le charme Basques et Fran- 
cais; pendant Quit jours et depuis, jusqu'a la mi-septembre, dans 
le grand casino de Saint- Jean-de-Luz, gracieusement mis a la dis- 
position de M. le Maire et du Comity par son proprtetaire, 
M. Arnaud D^troyat, de nombreux visiteurs ont pu voir, r£unis et 
admirablement grouped, d'un cdt6 des objets d'art, de vieilles 
chartes, des meubles antiques, des plans, des gravures, des 
armures, des vases et des orneinents sacrls, des costumes anciens, 
— de l'autre une collection de tableaux uniques et doublement 
inte>essants au point de vue historique et artistique. 

Nous allons essay er de reunir quelques impressions rapides, 
mais fldeles, de ces journ6es radieuses et de cette exposition 
unique. 



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InUrieur de VGglise de Saint-Jean-de-Lui 



I 

LES FfiTES 



L'ouverture des fi&tes a eu lieu dimanche i5 aout, fete de l'As- 
somption de la sainte Vierge, et cette premiere journee a brillani- 
ment realise* toutes les promesses du programme. 

Des le matin, et inalgre* la piuie et un temps un peu maussade, 
nombreux 6taient les Strangers et voyageurs attendant l'heure de 
la grand'messe. A neuf heures et demie, le cortege se formait a la 
mairie et se d^ployait bient6t sur la place Louis XIV : en tftte la 
brillante fanfare, executant une marche entrat nante, l'etendard des 
Zaspiak bat (des sept provinces sceurs), le groupe alerte et gra- 
cieux des jeunes danseurs de Beasain, b£ret rouge, veste bleue 
avec passements blancs, cravates multicolores, pantalons blancs, 
alpargates blanches agr^mentees de rubans roses ; iis portent des 
deux mains de gracieux cerceaux enrubann6s aux couleurs espa- 
gnoles, rouge et jaune. Le coryphee, leur maltre, aux traits 



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LES FETES DE LA TRADITION BASQUE 1 5 

graves, et un tout petit boahomme coiffe* aussi de la botna rouge, 
portent une veste rouge rehaussee de parements jaunes et ont en 
main un petit drapeau espagnol. 

M. le docteur Goyeneche, maire de Saint-Jean-de-Luz, ses 
adjoints et une partie du conseil municipal marchent a leur suite, 
entre deux haies de pompiers au casque £tincelant, au mousquet 
poli et fierement porte\ 

Deja les trois hautes galeries de la vaste Iglise paroissiale sont 
garnies d'homnies ; la grande nef, de dames et de demoiselles ; pres 
du choeur, a droite et a gauche, ont pris place les nombreuses 
fillettes et jeunes filles des eeoles et des congregations en voile 
blanc ; un nombreux clerg6 se tient aux stalles ; le vaste ratable du 
maltre-autel et les quatre autels latlraux de cette grande et belle 
6glise 6tincellent de mille feux. 

M* r Diharce, vicaire general, gravit les nombreuses marches de 
l'autel, et aussitdt la Schola de Saint-Jean-de-Luz, dirig£e par 
M. Figment, vicaire de la paroisse, entonne l'intro'it de la messe 
de l'Assomption; et ce Gaudeamus, module* avec une douceur 
exquise et digue des Ghanteurs de Saint-Gervais et de leur illustre 
maltre, M. Charles Bordes, qui est la, suivant attentivement 
l'ex£cution, previent agreablement l'auditoire. Le Gloria vient 
ensuite, de la messe Quarti Toni, du vieux mattre palestrinien 
Tomas-Luis da Vittoria, et ces modulations polyphones, auxquelles 
nos oreilles ne sont pas encore accoutumtas, surprennent. Mais 
V Alleluia qui suit, en pur chant gr^gorien, est dit dune ravissante 
facon. 

Apres T6vangile, M. le cur6-doyen monte en chaire et remercie 
tout dabord M. le Maire et les £diles d'avoir voulu que le premier 
jour de ces fetes de la Tradition de notre chere Eskual-Herria fut 
la plus glorieuse des fates de la patronne bien-aimee des Basques, 
la Vierge Mere du Christ. 

Car c'est avant tout a leur foi religieuse, vive, inalterable, que 
les Basques doivent d'etre demeures dans le passe\ de demeurer 
encore aujourd'hui attaches a leurs traditions du foyer domestique 
et de la vie publique, si cheres a tous. Escualdun Fededun, Bas- 
ques et croyants, c'est tout un. Essentiellement originale, en effet, 
par sa langue a nulle autre pareille, la race euskarienne a su con- 
server ces traditions de famille, ces jeux s£culaires, ces chants, ces 
danses harmonieuses et modestes, mais surtout sa foi au Christ 
R6dempteur. Aussi les heresies ont-elles vainement essaye* de fran- 



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l6 GOMPTE RENDU DES FETES 

chir ses frontieres, le protestantisme lui-mdme a eu beau faire 
rage, il n'a pu r£ussir a l'entamer : tout Basque sent couler dans 
ses veines, quand on attaque sa foi de cat hoi i que, cette sainte et 
noble indignation qui mit la hache vengeresse aux mains d'un 
noble Basque de Mauleon pour briser la chaire de v£rit6 profaned 
par Ther^sie de Calvin. 

Gloire done, conclut I'eloquent cur^-doyen, gloire a nos peres, a 
leur foi, a leurs moeurs patriarcales ! gloire aussi a leurs fils qui 
travaillent a leur demeurer fideles, et entre tous a ce Basque 6ner- 
gique et a son vaillant journal qui porte d'une main si fiere le dra- 
peau de nos traditions (tout le monde a no mm 6 M. Etcheverry, 
ancien depute\ et le vaillant E$kualduna)\ Daigne en ce beau jour 
la Vierge Mere du Christ nous donner a tous, fils de cette race si 
chr6tienne, de conserver ces nobles traditions que ces fetes vont 
faire revivre sous nos yeux ! 

Apres ce chaleureux discours, dont nous ne pouvons recueillir 
que quelques echos, grace a un auditeur basque et aimable (ce qui 
est tout un), le choeur entonne le Credo en plain-chant, redit a 
pleine voix par les galeries et la nef tout entiere. 

A Toffertoire, un choeur de jeunes filles module sur un vieil air 
basque un cantique sur les quatre fins de l'homme, comme pour 
nous rappeler qu'au milieu ui&me de ses joies les plus vives, les 
plus legitimes, le chr£tien ne doit jamais oublier qu'il n*est ici-bas 
que le passant d'un jour. 

Le Sanctus et V A gnus de la messe de Da Vittoria sont ex6cut£s 
avec une perfection achev^e. 



* 
* * 



A onze heures et demie, le cortege se reforme a la porte de 
l*6glise et remonte, aux accords d'un pas redouble" digne des j arrets 
basques, la Grand'Rue, se dirigeant vers le grand casino ; les mem- 
bres du comite d'organisation des fetes suivent M. le Maire de 
Saint-Jean-de-Luz, qui a a sa droite M. de Fourcaud, d£16gu£ du 
ministere des Beaux- Arts, et a sa gauche M. Gustave Boucher, 
secretaire g£ne>al de la Soci6t6 & Ethnographic 

Dans le grand hall et les salles adjacentes se dispersent les 
invites, parmi lesquels nous citons, un peuau hasard de la plume, 
M. Henri de Larralde-Diust£guy, maire d'Urrugne, M. Leremboure, 



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DE LA TRADITION BASQUE lj 

maire de Sare, M. L6on Guichenne\ tous trois conseillers g6n6- 
raux, M^ Diharce, vicaire g£ne>al, M. Elissague, cur£-doyen, 
M. Fabbe* Figment, vicaire et fondateur de la Schola de Saint- Jean- 
de-Luz, M. l'abbe* Dubarat, aumdnier du lyc£e de Pau, M. Ch. 
Petit, conseiller a la Cour de cassation, M. Charles Bordes, le vail- 
lant et modeste maltre de chapelle de Saint-Gervais, Tun des plus 
actifs organisateurs, M. Leon Bonnat, D. Tirso de Olazabal, seca- 
teur de Guipuzcoa, M. Etcheverry, de Saint- Jean-le-Vieux, ancien 
depute, M. Salaberry, de Maul£on, M. Dutey-Harispe, de Lacarre, 
M. L6on Hiriart, biblioth6caire-archiviste, et M. Duce>e\ bibliothE- 
caire-archiviste-adjoint de Bayonne, M. Ducourau, president de la 
Society B6arnaise et Basquaise de Paris, M. Aguirre, de Valcarlos, 
M. le capitaine Darricarrere, de Bayonne, MM. Victor Duhart, 
secretaire de la raairie de Saint-Jean-de-Luz, Ahets Etcheber, con- 
servateur de l'Exposition ethnographique, Pochelou, geraiit de 
YEskualduna, tous trois modestes et devours collaborateurs de 
M. le Maire de Saint-Jean-de-Luz. 

A gauche du grand hall, trois grandes salles ont £te" converties 
en galeries de tableaux, et nous y remarquons tout d'abord les 
belles toiles de Bonnat : les deux ravissants portraits de M me Ca~ 
mille MoUnit, de Bayonne, et de M™ de Olazabal, de Saint-Jean- 
de-Luz ; le portrait de notre vieux Darracq, aussi vivant, aussi 
plein de relief que lorsqu'il fut expose\ il y a vingt ans et plus, a 
notre mus£e de peinture bayonnais ; le portrait de M. Mdzttres ; 
un aigle liant un lidvre, plein de vie et de relief; un beau portrait 
de Rose Caron, la Salammbo de l'Op6ra, dont le masque tragique 
fait un vivant contraste avec les traits de nos dames de Bayonne et 
du Guipuzcoa. Qk et la d'autres toiles dont Enumeration fatigue- 
rait, le Martyre de saint L4on, de Berges, de ravissantes aqua- 
relles d'Achille Zo, le portrait du Docteur Rectus, de M. Bordes, 
des vues sans nombre du pays. 

Et a droite, un peu partout, dans les petites salles et galeries 
collate rales, des objets dart, des meubles, des medailles, de vieux 
rouets : le superbe portrait du Marshal Harispe, de Rixens, avec, 
au pied, une vitrine contenant ses reliques : le baton de marshal, 
sa croix, ses Epaulettes, ses £p£es; un bahut de sacristie, un coin 
d^glise basque : — une veuve envelopp^e dans la mante basquaise, 
au capuehon rabattu, agenouillee sur un large drap noir, a ses 
cdtes le rouleau de cire file, devant elle un de ces beaux crucifix 
d'ivoire avec cadre en bois dore\ a dessin naif, dout il y a c£ans 



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l8 COMPTE RENDU DBS FETES 

maint exemplaire. Un peu plus loin la bandera de Lesaca, la 
reconstitution d'une Cuisine basque un matin de mascarade : la 
bonne vieille filant sa quenouille, YEtcheco-Yauna en be>et, veste 
et culotte, 1' Etcheco- Andrea k la blanche gorgerette, au corsage et 
k la jupe rouges, avec au cou les breloques traditionnelles ; dans 
un coin, un petit bonhomme si expressif qu'il en parait vivant. 

Un peu plus loin des faiences, un Manuale Pampilonense 6dit£ 
k Estella, en Navarre, en i56i, le portrait dun grand seigneur 
basque aux longs cheveux blonds, portant sur sa cuirasse une 
riche dentelle. Est-ce un Luxe, un Gramont, un Saint-Esteben? En 
tout cas, personnage et tableau' sont du pur Louis XIII. 

* 
* * 

Mais nous nous oublions k 6num£rer ces richesses que nous 
reverrons avec plus de detail et tout a loisir, et d6ja dans Tun des 
salons les discours commencent : c'est d'abord M. le Maire de 
Saint-Jean-de-Luz saluant M. le delegu^ du Ministre des Beaux- 
Arts, MM. les membres du comite, tous ceux qui ont bien voulu 
prater leur concours a ces fetes de la Tradition basque, et surtout 
ce maltre que Saint-Jean-de-Luz dispute k Bayonne, mais qui 
appartient bien k notre cher coin du Sud-Ouest, M. L6on Bonnat. 

Les applaudissements retentissent, etM.de Fourcaud, d^legue, 
remercie k son tour M. le Maire. II est heureux et fier d'avoir £t£ 
choisi pour porter ici les souhaits de M. le Ministre, a cette vail- 
lante population basque qui a su, tout en restant francaise, con- 
server ses plus pures, ses plus originates traditions. Ici comme k 
Niort Tan dernier, on verra ce que peu vent toutes les bonnes 
volont^s pour travailler k conserver a chaque province son carac- 
tere special, son originality. 

A son tour, M. Gustave Boucher, secretaire de la Soci6t6 
d* Ethnographie nationale, salueau nom du president, M. Theuriet, 
l'aimable romancier retenu k Paris par F Academic et la municipa- 
lity de Saint-Jean-de-Luz, et tous ces amis nombreux de ce cher 
Pays Basque, oil letranger, surpris et ravi tout k la Ibis de la beauts 
du pay sage et de l'originalite" des coutumes, a tant k observer, a. 
apprendre, a noter. 

Le vin d'honueur coule k Hots, les toasts retentissent, faisant 
6cho a la fanfare qui, sur la terrasse, enleve avec brio le Guer- 
nikako Arbola. 



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DE LA TRADITION BASQUE 19 



* * 



A trois heures sont chanties les vepres, pr6sid£es parM* r Diharce. 
IS Ave maris Stella est gracieusement moduli par la Schola, avec 
des nuances et un tini d'execution que nous avouons humblement 
n'avoir jamais entendus et que nos chantres bayonnais devraient 
bien ap prendre... A la suite sont chanties les Complies, car Saint- 
Jean-de-Luz, ancien fief du chapitre de Bayonne, ainsi qu'en 
t&noigne la crosse d' argent de ses vieilles ariues, a conserve ce 
vieil usage en lui donnant in£me une certaine solennite que notre 
cathldrale ne connalt plus depuis longtemps : dans la grande nef 
les petites filles, au haut de la troisieme galerie les petits garcons, 
font vaillamment et harmonieusement leur partie, nous donnant 
ainsi la vivante preuve de cette vie paroissiale que tant nous vou- 
drions voir pratiquer a Bayonne par les enfants de nos e*coles 
chretiennes libres et nos pensionnats. 

Vers quatre heures et demie, la procession du vceu de Louis XIII 
franchit la porte donnant sur la Grand' Rue : en tele les enfants et 
les Sceurs de Charite, de la Providence, les congregations de jeunes 
filles tout en noir, les unes portant de blancs voiles, d'autres de 
legeres mantilles noires, des rubans violets ; viennent ensuite les 
enfants des 6coles avec les bonnes Scaurs de la Croix, les Freres 
Maristes, les hommes en grand nombre ; de distance en distance, de 
riches et belles bannieres : Notre-Dame du Rosa ire, saint Blaise, 
l'Assomption, les mysteres du Rosaire figures par trois bannieres 
et trois groupes de fillettes portant des cordons aux noeuds blancs, 
rouges et d'or. Une belle statue de la sainte Vierge est port£e par 
quatre seminaristes devant M* r Diharce et ses assistants en chape. 

Derriere le clerg£ marche un long cortege de dames et de demoi- 
selles dans les costumes les plus divers et, il faut le dire, les moins 
convenables en une procession; c'est a peine si quatre ou six 
dames sont revenues de 1' antique capa du Pays Basque, avec capu- 
chon et dentelle noire. 

Ce long cortege descend la Grand' Rue jusqu'a la place, remonte 
la rue Sopite, longe la rue Saint-Jacques et revient a I'lglise par le 
haut de la Grand'Rue, c ban taut les litanies et le Magnificat accen- 
tue* des populaires Ave, Ave, Ave Maria. 

Un salut solennel couronne cette belle cer^monie, et nous y 



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20 GOMPTE RENDU DE8 FETES 

entendons de beaux morceaux palestriniens, puis un ravissant 
cantique basco-espaguol dout le refrain puissant est repris par 
Passistance et sayamment moduli par Y excellent organiste de la 
paroisse, M. Haramboure : 

Yainkoaren Ama, 
Ama guzix ona, 
Dezagwx maita \ .. 
Bethilbethi! S Dls - 

(Mere de Dieu, — Mere toute bonne, — Que nous vous aimions, — Tou- 
joups ! toujoars !) 



Encore tout 6mu de cette belle manifestation, nous prenons 
place, vers cinq heures et demie, dans la grande cour du pen- 
sionnat Sainte-Marie, tout orn£e de mats v^nitiens, porta nt des 
oriflammes aux couleurs de France et d'Espagne, et l*£cusson de 
Pantique cit£ labourdine : mi-partie de gueules au lion d'or, et 
d'azur a la crosse d'argent, en chef un navire toutes voiles au 
vent. Sur Pestrade se d^ploie fierement Petendard rouge orn6 des 
sept 6cussons des provinces sceurs. 

Au premier rang, entourant M. le Maire, se tiennent les membres 
du comity et des dames en grand nombre; derrifere nous des 
enfants, des fillettes aux yeux vifs et joyeux, de graves meres de 
fa mi lie. 

M. de Fourcaud, d6l6gu£ du Ministre, en un aimable et spirituel 
discours', salue le Maire, la municipality, la cite* de Saint-Jean-de- 
Luz, et c^lebre les gloires et Poriginalit6 de ce Pays Basque dont 
la langue, les traditions, les jeux, les danses, la fiert6, prouvent si 
eloqueiument que le butdela Soci6t6 Ethnographique Rationale — 
une sage et pratique decentralisation — n'estpoint ici une chimere, 
mais une admirable r£alite\ Oui, tous soyons Francais, aimons la 
grande patrie, la doulce France des chansons de geste ; mais pour la 
mieux aimer et comprendre, aimons chacun notre petite patrie. 
Bretons, Champenois, Picards et Basques, conservons chacun a 
nos provinces leur cachet, leur vie propre, ainsi qu'on voit dans 
une grande cite* chaque famille garder avec un soin jaloux ses tra- 
ditions particulieres, son air, ses allures. Ne se laissent absorber 

i. Ce discours est publie en tele du volume. 



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LES F&TE8 DE LA TRADITION BASQUE »3 

par Paris ou la grande ville voisine que ceux qui ne saveut pas ou 
ne veulent pas appr^cier les charmes et Foriginalite* de leur pays 
propre. Ici, gr&ce au ciel, il n'en va pas de meme, et en terminant 
M. de Fourcaud se declare heureux et fier d'ouvrir ces belles fetes 
sous le haut patronage du Ministre. 

Flutes et tambourins retentissent sur un rythme tantdt lent, 
tantot presse\ et les douze petits danseurs de Beasain montent sur 
le theatre. Le coryphee execute d'abord quelques pas et quelques 
sauts rapides, cadences ; le petit bonhomme Fimite, et bientot les 
danseurs battent des entrechats, sautent, se croisent, s'entre-croi- 
sent, le corps toujours droit, s'enlevent et retombent en cadence, 
et toujours avec un ensemble parfait. La danse des batons, la danse 
des 6p6es se succedent, et toujours le meme rythme un peu bizarre 
les accompagne. 

Les improvisateurs montent k leur tour sur les planches ; ils 
sont quatre : un instituteur en paletot, trois paysans en blouse 
noire, tous le beret k la main. 

Le jury leur donne d'abord k d£velopper le theme suivant : 
deTendre et attaquer le Pays Basque. Mais demander k des poetes 
basques d'attaquer leur cher pays, c'est vraiment peu sSrieux. Et 
nos quatre improvisateurs, en une romance de quatre k cinq stro- 
phes de huit vers chacune, saluent la noble assistance et rivalisent 
de verve, d'images po^tiques, pour les gloires de la chere Eskual- 
Herria, des sept provinces scaurs. 

Deux d'entre eux celebrent qui le palais, qui la chaumiere ; le 
citadin raille le paysan : il n'a pas de marche* bien fourni, ni aucun 
des agr6ments de la ville. — Qu'en ai-je besoin? r^pond le paysan, 
n'ai-je pas chez moi, au grenier, mais et froment, et mon four k 
pain? 

Les deux autres vantent chacun leur jeu favori, la pelote et les 
cartes : la pelote, jeu fier et tout basque, au grand soleil, deman- 
dant et dormant force et vigueur. — J'aime mi eux les cartes, fait 
Tautre, et la dispute au coin du feu... 

Et c'est un feu roulant de plaisanteries qu on nous traduit k la 
vol^e et que nous regrettons de ne saisir pas en leur jeu primitif, 
k voir les visages £panouis et k entendre les francs rires des heu- 
reux Eskualdunacs. 

Vers sept heures s'achevait cette premiere journ6e, nous laissant 
sous la meilleure impression, cependant que nous reprenions le 
train de Bayonne, regrettant de ne pas rester, pour voir, le soir. 



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24 GOMPTE RENDU DE8 FETES 

sur la place Louis XIV, danser ces heureux Basques, pour lesquels 
pendant ces huit jours tout sera joie et gaiety 1 



Lundi, M* r I'Ev&que de Bayonue se rendait a Saint- Jean-de-Luz 
des les premieres heures de la matinee, accompagne de M. le cha- 
noine Adema, et tout d'abord visitait la curie use exposition de 
tableaux et d'objets d'art, dout les honueurs lui 6taient faits par 
M. le Maire, M. Leon Bonnat et M. le doyen. Vers dix heures et 
demie, Sa Grandeur gravissait la tribune d'honueur de la place du 
jeu de paume ; a ses cotes prenaient place M. le Maire, M. de 



Le jeu de paume 

Fourcaud, deleguc du Ministre des Beaux-Arts, M. le chanoine 
Adema, M* r Diharce, M. le doyen, MM. Boucher, Adrien Planted 
Dutey-IIarispe, Gh. Petit, M. et M l,,e Etcheverry, M me Goyeueche, 
Leon Bonnat; sur les gradins un nombreux public, au milieu 
duquel beaucoup de prStres et non des moins euthousiastcs. 

La fanfare municipale execute avec entrain cette Marche des 
Chasseurs basques que le marshal Harispe aimait taut a faire 
jouer a Bayonne et qui faisait courir aux fenetres nos cuisiuieres 
basques oubliant leur roti. 

Les joueurs de paume se pr6sentent en ligne devant M& l'fivSque 
et saluent gravenient. M« r rfiv&que les benit : ils sontdix, dont huit 
Espagnols et deux seulement (6 douleur!) de notre cher Labourd. 



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DE LA TRADITION BASQUE a5 

Tous illustres d6ja et do at les noms ont retenti de Bilbao a Maullon 
et de Vera a Vitoria, voire par dela l'Atlantique : Yrun, deux fois 
amput£, el Manco de Villabona, les deux butteurs c^lebres, Ziki 
et Beloqui, le vieux Larralde, de Sare, etc. Des le d6but la partie 
se dessine en faveur du Manco, qui eulfcve six jeux, inais Yruu se 
relfeve bientdt et arrive a sept contre neuf. Le jeu est a la fois bril- 
lant, rapide, serr6 : daus le nigme jeu il y a un ados neuf fois 
r6p£t6. En ce moment Yrun soul&ve l'enthousiasme de toute la 
place par son jeu foudroyant, sa merveilleuse dext£rit£; il nous 
le semblait voir deux ans plus tdt quand, aux fetes de Vera, il 
entbousiasmait avec ses coups redoutables le v£nlrable M. Antoine 
d'Abbadie. 

Si ardent m&me et si fougueux, cet Yrun, qu'il torn be, et c'est 
alors un cri : va-t-il pouvoir continuer? Mais il se relive plus 
ardent que jamais. Hdlas! c'est le Manco de Villabona qui dlcide- 
ment Temporte, a treize jeux contre neuf. 

Midi sonne, les clairous vibrent aux champs, tout le monde se 
l&ve, et M* r TEv£que dit YAngelus, entr'acte sublime qui a 
du rejouir le cceur de I'fivSque d'un dioc&se si franchement Chre- 
tien. 

La partie finie, (lutes, chirolas et tambourins reteutissent et 
bieutot apparaissent, lestes et vigoureux, quatorze danseurs de 
Bilbao en b£ret rouge, veste noire, culotte blanche garnie de gre- 
lots souores, espadrilles : Tun d'eux porte le drapeau biscayen et 
salue respectueusement TfrvSque. Puis les danses commencent, 
voltes, pirouettes, croisements d'ensemble ; deux de ces danses 
surtout sont vraiment gracieuses et h^ro'iques tout ensemble, la 
danse des 6p£es, la danse des massues : cliaque danseur, brandis- 
sant epee ou massue, figure avec son adversaire un corps a corps 
qui parfois se termine par une m£lee generate ou toujours, sur I'air 
rythnie et sonore des tambourins et des chirolas, les danseurs se 
retournent, se croisent, s'entre-croisent. Ces danses h£ro'iques 
sont, a n'en pas douter, des souvenirs des vieilles luttes des Bas- 
ques contre les Maures ou contre leurs voisins trop turbulents de 
Navarre ou d'Aragon. 

Aprfcs le diner, les jeunes danseurs de Beasain vieunent, sous 
les fen&tres du presbyt&re, saluer 1'livSque de Bayonne, et ex6cu- 
tent d'aimables et gracieux pas de danse. 



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26 GOMPTB RENDU DBS F&TES 






Quelques heures plus tard, le plus s£duisant des causeurs bear- 
nais, M. Adrien Plants, ancien raaire d'Orthez et president de la 
Soctite des Sciences, Lettres et Arts de Pau, ouvre le feu des confe- 
rences par l'etude d'une question piquante entre toutes : Les Bas- 
ques ont-ils line histoire ? 

Et M. Plante* de parler avec verve de la nebuleuse origine des 
Basques, de leurs luttes 6piques contre les Romains et de la terreur 
qu'ils inspiraient aux legions du peuple-roi et dont les poetes, 
et des meilleurs s'il vous platt — Horace et Lucain, — se sont faits 
P6cho. 

Plus tard ils insistent comrae un mur d'airain k toutes les inva- 
sions, et Roncevaux dit encore leur cruelle victoire sur le preux 
Roland et ses fideles. 

Une toute petite objection : ces vaillants guerriers, vainqueurs 
des Romains et du neveu de Charlemagne, sont-ce des Basques ou 
des Gantabres ? Est-il bien prouv6 que c'est tout un ? 

M. Plante* ne le dit pas, et nous montre au moyen Age la vaste 
federation des peuplades basques fidele k ses fueros. 

Fueros en Espagne et en Pays Basque, fors en B6arn, ces 
vieilles lois traditionnelles sont marquees d'un cachet deja tout 
chr^tien, le respect de la femme': la fille atn£e toujours he>itiere a 
l'exclusion du cadet ni&le. 

Annibal Favait dej& remarque* k son passage aux Pyr6n6es. 
Qu'on dise apres cela que les Basques ne sont pas k la tSte du pro- 
gres ! Ils avaient invents le feminisme avant Jules Cesar ! 

Mais, encore un coup, sont-ce les Basques ou les Cantabres? 
M. Plants ne distingue toujours pas, et nous montre les Basques 
faisant les premiers le tour du monde, k la suite de Christophe 
Colomb, et triomphant & Pavie de Francois I^, le roi chevalier, 
qui dut remettre son 6p£e k un fiis de Hernani. 

M. Plante* termine sa spirituelle conference par l'histoire, un 
peu touffue, du royaume de Navarre trans et cis-pyr6n6en. Jusqu'au 
bout les rois de France ont jur6 de respecter lessors de Navarre... 
Mais enfin, gr&ce k la vaillance de Henri IV, le B6arn finit par 
s'annexer la France, apres quoi la Revolution mit d'accord 

Basques et Navarrais et cadets de Gasoogne 



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LES FETES DE LA TRADITION BASQUE ig 

en les jetant tous dans le mgme moule banal de la civilisation con- 
temporaine. 

Heureusement, conclut M. Plants, que les Basques ont su, des 
deux cdt6s des Pyr£n6es, et sauront toujours conserver leurs cheres 
et s6culaires traditions. 

Des applaudissements chaleureux accueillent cette vibrante 
pe>oraison. 



* * 



Mardi, la journ^e debute comme la veille sur la grande place du 
jeu de paume. II s'agit d'une partie inter nationale de blaid au chis- 
tera % trois Espagnols, Cesario, Gamborena et Marnac, contre trois 
Francais, Eloy, Olaiz et Lemoine ; quelques points sont bien dis- 
putes, mais l'ensemble est pale a c6te" de la furia et de la maestria 
des joueurs au rebot de la veille. Les Francais cependant font les 
soixante-dix points, Eloy recoit la ceinture d'honneur. 

Les jeunes Souletins de Barcus et de Cheraute dansent, comme 
couronnement, un saut basque vif et anime\ Quels j arrets ! 



* * 



A deux heures, deuxieme conference dans la grande salle du rez- 
de-chauss£e du pensionnat Sainte-Marie. Tres curieuse cette 
maison du dix-septieme siecle, un peu transformed il est vrai, mais 
qui porte encore au-dessus de la porte d'entr^e l'inscription sui- 
vante : 

Id FAIT L'HOMME CE QUI PBUT. Et 
FORTUNE CE QUE BLLB VBUT. JEAN 
DB GaSAVIBLHB MB FIT FAIRE EN l63a. 

Douce et chr£tienne philosophic que celle de ce proprtetaire, qui 
dut joliinent Stre mise a l'6preuve quand quatre ans plus tard, en 
i636, les Espagnols pillerent Giboure et Saint-Jean-de-Luz ! 

Mais c'est bien plus haut que Louis XIII et Richelieu que nous 
fait remonter le docte confe>encier, M. Nicoiai, avocat et secretaire 
de la Socttte ArcMologique de Bordeaux. II s'agit encore et tou- 



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'jr^jr 



3o GOMPTE RENDU DBS FETES 

jours de YHistoire des Basques. Eile est encore a faire, paratt-il. 
Jusqu'ici on s'est beaucoup occupy de la langue euskarienne ; ca et 
la quelques bonnes monographies ont paru ; mais peu de travaux 
d'ensemble sur les trois grandes pe>iodes historiques : antiquity 
— et entre toutes antiquity romaine, — moyen age, temps 
modernes. 

M. Nicolai paralt ne croire pas a la rudesse indomptable des 
Basques, qui se seraient parfaitement laiss£ civiliser par les 
Romaius : a preuve Tinscription de Hasparren dont notre ami, 
M. Henry Poydenot, a si bien 6tabli l'authenticit6 et la date. Les 
Basques ont parfaitement adopts le Pantheon romain, avec 
quelques dieux topiques : Baigorisco, Leherunen, Harbelex, Ar- 
belbide... 

Diable ! voici du nouveau, et Chaho doit Ire mi r dans sa tombe 1 
Et M. Blad6, le savant auteur de YOrigine des Basques, qui, lui, 
affirme, textes en main, que les Basques n'ontfranchi les Pyrenees 
que cinq ou six cents ans apres Jesus-Christ ! La Novempo- 
pulanie n'aurait jamais 6t£ basque, et Tinscription de Hasparren et 
tous les autres dieux et demi-dieux seraient oeuvre de civilisation 
purement aquitaine, c'est-a-dire gallo-romaine... Auquel croire, de 
M. Nicolai ou de M. Blad6? 

Quant aux Iberes, continue M. Nicolai, chassis et traques par 
les invasions, ils auraient fini par former, de Fun et de 1' autre cdt6 
des Pyrenees, ce solide noyau des tribus euskariennes qui, plus 
tard, r^sisterent meme aux preux de Karl le Grand. 

Gomme conclusion, M. Nicolai nous parle des pelerinages de 
Saint- Jacques de Compostelle, qui ont laiss£ de si vives traces au 
Pays Gascon et au Pays Basque. 

M. Pabb6 Haristoy termine la seance par une piquante elude sur 
les proverbes basques, cette mine ou Sancho Panca lui-m&me trou- 
verait du nouveau. 






Mais tout le monde est debout, ; tout le monde, conferenciers 
graves et gentes damoiselles (car il y a des dames et non des 
moins attentives a ces doctes conferences), se hate de prendre 
place dans la grande cour, pour voir et applaudir les danseurs 
bilbaiens : ce sont toujours, marques par la flute et les tambou- 



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DE LA TRADITION BASQUE 3 1 

rins, les m&mes pas graves et h6roiques : aux genoux des dan- 
seurs sont attaches des chapelets de grelots qui vibrent a chaque 
saut. A certain moment le porte-drapeau agite de droite a gauche, 
de gauche a droite, le vaste bandera aux amies de Biscaye, et 
tous les danseurs saluent le drapeau, genoux a terre. 

Apres les danses guerrieres, YAurrescu, male et gracieux tout 
ensemble, tel que nous l'avons vu a Azpeitia et a Vera ; les jeunes 



Les aanseurs de Bilbao 



gens commencent un pas grave, puis tour a tour vont chercher 
chacun une des jeunes lilies de l'auditoire; bientflt, apres une 
longue promenade aux accords des flutes et tambourins, tous les 
jeunes gens, garcons et filles, se tenant par un mouchoir, la chalne 
se rompt, et c'est un bolero par couple et g£ne>al. Rien de plus 
gracieux et, il faut le dire, de plus aimable, modeste et noble. Ah ! 
que cela est done plus beau, plus original que ces valses et 
mazurkas que nous avons empruntees aux gens du Nord ! 

Et comme nous comprenons mieux, a voir jeunes gens et jeunes 
filles executant ces pas tantdt nobles, tantdt sauti Hants, toujours 
gracieux, l'enthousiasme que niit, au siecle dernier, le P. Larra- 
mendi a dlfendre ces divertissements populaires contre le rigo- 
risme etroit de certains confesseurs et pr^dicateurs ! Le grave 
auteur du Dictionnaire trilingue (castillan, basque et latin), et de 
tant d'autres doctes travaux, ne consacre pss moins de quatre cha- 



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3a COMPTE RENDU DES PETES 

pitres de sa curieuse Corografia o description de la M. N. y 
M. L. Provincia de Guipuzcoa, aux jeux, fttes et danses de ses 
chers compatriotes. 



* 
* * 



Apres les danses, la pastorale. Abraham coiffig a la Henri II, 
avec habit bleu de i83o t et bottes a l'lcuyire, Sarah et Agar por- 
tant des robes rouges et bleues a manches bouffantes, a la mode 
du jour, Isaac d£cor£ d'une plume blanche a son feutre mou, les 
rois de Sodome et de Gomorrhe, les Satans, Bulgifer et Lucifer, 
les six rois fideles portant tous des costumes plus extravagants 
les uns que les autres. 

Tous ces braves gens, avec une prodigieuse mlmoire, deMdent 
des centaines de vers hlro'iques en faisant de grands pas sur la 
scene, ni plus ni moins que les h&ros d'Eschyle. Et cependant ces 
simples paysans ont une noblesse de gestes et de tenue si naturelle, 
a certains moments des chants si beaux viennent couper la mono- 
tonie du r£citatif, a d 'autres les Satans battent de si burlesques 
entrechats, que les spectateurs suivent avec inte>et non pas le 
drame, car Dieu sait ou commence et finit Taction! mais les divers 
Episodes. 

Bravo a ces jeunes Souletins, acteurs vraiment originaux I bravo 
a Yimpresario, Tintr£pide Heguiaphal, de Ch^raute ! ce qu'ils ont 
tuontre mardi de la pastorale d' Abraham donne l'idee d'un original 
et h£roique spectacle qui serait bien mieux a sa place au theatre 
d'Orange que les pauvret^s mod ernes qu'y jouait r£cemment la 
Com^die Francaise. Mais non, c'est en Soule, dans une belle prairie 
encadree de vieux chdnes, avec dans le fond les montagnes de 
Tardets et de Sainte-Engrace, qu'il faudrait voir Heguiaphal et sa 
troupe. 



Mercredi, ciel couvert et par moments pluie maussade : et cepen- 
dant le matin, entre deux ond£es, troisieme et derniere partie de 
paume a la grande place, Giki, Santiago et Th^ophile contre Dar- 



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DE LA TRADITION BASQUE 33 

ritchon, Bourou et Chabatene. Gette partie de blaid a main nue a 
6t6 vivement dispute et on ne peut pins interessante ; on a coinpte 
qtiarante a cinquante coups par point, et cela nous rappelait 
l'acharnement des joueurs basco-espagnols a pareille ftte, il y a 
trois ans. 

Un simple vceu : pourquoi ne supprimerait-on pas le chistera ou 
m£me le gant carr6 au jeu de blaid? Le jeu a main nue, tel que 
nous le jouions a quinze et vingt ans (la, ma belle, qu'il y a long- 
temps !) est autrement vif et gai ! 



* 



Mais l'heure grave des conferences a sonnl, et M. Charles Petit, 
conseiller a la Cour de cassation, nous parle de celui qui toute sa 
vie fut le plus acharnl deTenseur du royal jeu de paume au rcbot 
avec gant et au blaid a main nue, M. Antoine d'Abbadie. 

Dans une langue vive, imag£e, parfois ^mue et toujours 6io- 
quente, M. Petit nous donne le portrait en pied et vraiment magis- 
tral du grand chr£tien, de l'explorateur intrlpide, du savant ori- 
ginal et modeste, et surtout du patriote basque, ardent ct convaincu, 
que fut le chatelain d'Abbadia. * 

A vingt et trente ans c'est de l'Afrique qu'il rSve, et avec son 
fr&re Arnaud, c'est l'Abyssinie qu'il d^couvre, une Abyssinie a 
demi civilise*e et chr^tiennc que 1' Europe ne soupconnait pas et 
dont l'ltalie, pour son malheur, a tout r^cemment re\6\6 l'h£- 
roisme. 

M. d'Abbadie avait connu et estime* M&ielik, bien avant les pri- 
sonniers du Choa et le prince Henri d' Orleans ; il sut le defendre 
contre d'injustes attaques. 

A Paris, il a bientdt sa place a l'lnstitut, section des sciences 
astronomiques, et sa nomination fit scandale dans le monde des 
libres-penseurs. Songez done, un clerical, un catholique pratiquant ! 
Ce fut Arago qui fit rougir ses confreres de leur pusillanimity : 
« Plut a Dieu, leur dit-il, que j'eusse sa foi ardente et convaincue ! » 

Mais c'est ici, en son cher Pays Basque, qu'il aimait a revenir 
pour y vivre de la vie traditionnelle des Basques. Comme son pere 
encourageant vers 1820 le fameux abbe Darrigol, Antoine d'Ab- 

3 



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34 COMPTE RENDU DES FETES 

badic s'^tait epris d'enthousiasine pour la langue et les traditions 
de sa chere Eskual-Herria. Ii fonda des jeux, et chaque annee, 
dans Tune ou l'autre des villes ou bourgades basques, a Urrugne 
d'abord, puis k Guernica, Azpeitia, Saint-Jean-Pied-de-Port, Saint- 
Jean-de-Luz, ce furent des parties de pelote au rebot, des danses 
locales, des concours de po6sie ecrite ou d'improvisation qui rem- 
plirent d'une noble Emulation et les spectateurs et les auditeurs, et 
surtout les he>os de ces luttes paciQques : pelotaris, danseurs, 
poetes et jusqu'aux jeunes filles. 

Et quel charme en ces fetes quand les vainqueurs toucbaient de 
beaux louis dor, et que dans leur enthousiasme, les Basques 
criaient, jetant leurs burets en Tair : Bib a Aita Abbadia I 

Et ici M . Petit rappelle avec bonheur combien les esprits les plus 
lininents, d'accord avec l'enthousiasme populaire, encouragerent 
M. Antoine d'Abbadie. Le venerable abbe Inchauspe\ Tauteur du 
Verbe basque et de tant de doctes travaux, M. l'abbe* Maurice 
Harriet, l'6rudit infatigable, mais trop modeste, dont le Diction- 
naire est inalheureusement encore inedit, le capitaine Duvoisin, 
l'e>udit collaborateur du prince Lucien Bonaparte, de nos jours 
M. le chanoine Adema, le P. Joannatey, M. l'abbe Haristoy et tant 
d'autres, furent heureux d'apporter k l'illustre savant le concours 
de leurs lumieres et de leur ardent patriotisme. 

« Ah ! chers Basques, s'6crie ici avec emotion M. Petit, gardez 
soigneusement ces traditions qui ont fait la joie et I'orgueil de 
M. d'Abbadie! Aimez comme lui sa langue, vous surtout, prfitres, 
dans la chaire chretienne, et vous, chers bons Freres, bonnes 
Sceurs de la Croix, dans vos 6coles. Sans doute, cultivez le fran- 
cais ; mais pour les sermons, pour le cat£chisme et les prieres, le 
basque, toujours le basque, pur et chatie, sans barbarisme fran- 
cais ou gascon ! c'^tait le voeu de M. d'Abbadie, c'est le voeu de 
tous ici ! » 

M. Antoine d'Abbadie est inort comme il a v£cu, « faisant le 
bien sans bruit, le bruit ne faisant pas de bien » ; il s'est eteint en 
ce modeste h6tei de Paris ou avait v6cu. ou etait mort Chateau- 
briand, laissant une veuve qui tient a honneur de continuer ses 
traditions de charite* secrete. 

Cette biographie vraiment remarquable de l'amant passionn£ de 
son cher Pays Basque a 6te" couple, faut-il le dire? de vifs et fre- 
quents applaudissements. Et toutefois, l'avouerons-nous ? le mot 
de la fin nous a surpris. Comparant Chateaubriand et Antoine 



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DE LA TRADITION BASQUE 35 

d'Abbadie, M. Petit a fait ressortir le contraste die ces deux tombes, 
Tune simple pierre avec croix de fer t la-bas a Saint-Maio, 

Sur an rocher battu par la vague plaintive, 

l'autre dans la crypte de la chapelle A'Abbadia. 

Mais toutes deux ne sont-elles pas 6galenient originales? et la 
moindre tombe du cimetiere, a l'ombre de la croix de la paroisse, 
a cdt£ des a'ieux et des amis, n'est-elle pas plus vraiment humble 
et chr£tienne ? 






M. Salaberry, notaire et conseiller d'arrondissement de Maul6on, 
lit une spirituelle description de la mascarade souletine que nous 



M aaoarade nonletine 

allons voir en quelques minutes, et d'avance dlfilent sous nos 
yeux les Samalsain (chevaucheurs), YEtcheco Yauna, YEtcheco 
Anderia, les remouleurs, les bohe miens, tout ce monde endiabl6 
qui, toute une journ£e durant, marche, saute, pirouette, dansetous 
les pas possibles. Quant a l'origine de la mascarade, vainement 
recherchee par M. Salaberry, n'est-elle pas aussi vieille que cet 
kernel besoin de Thomme de se derider de temps en temps pour 
oublier que 

La vie est courte et les chagrins nombreux ? 



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36 COMPTE RENDU DBS F^TES 



* 
* * 



Ges conferences sont couronn6es par une delicate fantaisie de 
M. le chanoine Ad6ma (le poete Zalduby), sur le chene de Guernica, 
chante* par Iparraguire et sabie* en 1793 ou 1794 par le brave La 
Tour-d'Auvergne et ses grenadiers. Cet arbre symbolique, l'aleul 
de tous les arbres de la liberty, voyait a ses pieds les seigneurs de 
Biscaye jurer de respecter les Jueros, et quand ii y a quelques 
ann^es M. Gladstone, Void man cher aux Anglais, demandait a 
l'alcalde de Saint-S6bastien, lui montrant le fameux vitrail du palais 
de la Deputation, si les rois tenaient toujours leurs serments, l'al- 
calde aurait pu lui rSpondre : Oui certes, et il a fallu arriver a 
notre temps de pre"tendue liberty pour que les rois d'Espagne l'aient 
viole* ! 

Et cependant M. le chanoine Adlma regrette, tout en ad mi rant 
le Guernikako Arbola, certain chant patriotique qui se chantait 
encore il y a quelque cinquante ans en Pays Basque-Francais et 
que nos libe>aux taxeraient de r^volutionnaire : 

Laphurdi, Baehenabarre, 
Zuberoa heiekin 
Gerlarajaun behar giro. 
Guziak elgarrekin 
Madrileko plazaraino 
Guziak lerro lerro 
Kantatzen dagularikan : 
Bego Frantsesa libro. 

(Labourd, Basse-Navarre et Soule, a la guerre nous devons aller les uns 
avec les autres, jusqu'a la place de Madrid, tous en ligne et en rang, chan- 
tons cependant que nous travail Ions a rendre le Francais libre.) 



* 



A la fin de cette aimable causer ie, un bascophile enthousiaste 
de Bilbao, Don Resurreccion de Ascue, directenr a Bilbao de 
YEuskalsale (le Bibliophile Basque), revue hebdomadaire de 
literature, de musique et d'art, offre a M. le chanoine Ad6uia une 
feu i lie authentique de Tarbre de Guernica. MM. de Fourcaud, 
de!6gu6 du ministre, Boucher, Salaberry, Plants et autres la 



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DE LA TRADITION BASQUE 3j 

regardent avec admiration. Mais le docteur Goyeneche nous 
declare en avoir depuis longtemps recu. Et au fait, le vaillant 
maire basque ne la porte-t-il pas en son cceur, cette chere relique 
du Zazpiak bat ? * 

Tout le monde court au jeu de paume ou se tremousse d£ja la 
mascarade souletine. Mais, helas ! a peine sommes-nous la, que la 
pluie ou plutdt un grain impitoyable balaie la place et ne nous 
laisse plus d'autre ressource que de prendre le train de 5 h. 45 
sans avoir eu le temps de revoir l'Exposition, qui depuis dimanche 
s est enrichie, parait-il, de nouveaux tresors. Les Guipuzcoans 
surtout auraient envoye* des chartes, des croix, des objets d'art du 
plus haut interet artistique et nistorique... Mais nous reverrons 
tout cela. 



* 



Le lendemain jeudi, cinq d£l£gues de la commission des fetes, 
MM. Emile Ducourau, president de la Soci&e* amicale Bearnaise 
et Basquaise de Paris, Carlos Petit, adjoint au maire de Saint-Jean- 
de-Luz, Charles Petit, conseiller a la Cour de cassation, Salaberry, 
de Mauleon, et Aguirre, de Valcarlos, accompagnes de l'aimable 
M. Adrien Plante, gravissaient les premiers contreforts de la 
Rhune pour aller dlposer a Sare, au cceur meme du pays de 
Labourd, une plaque commemorative en Thonneur de M. Antoine 
d'Abbadie. 

Rien de gracieux et de pittoresque tout ensemble com me cette 
montee d'Ascain a Sare, et malgr6 les rafales, les dengues jouis- 
sent longtemps du charme du paysage. 

A l'entr£e du bourg, M. le maire, Gustave Leremboure, recoit 
les d^l^gu^s et les conduit a la modeste mais illustre mairie, ou se 
trouve graved Tinscription qui dit en termes eloquents Fh^roisme 
de ces habitants de la frontiere lors des trop nombreuses guerres 
du grand siecle : 

Sarari balhorbahbn eta leyaltassunarkn 
Saria emana Luis XIV 

i693 
(Recompense du courage et de la fidelity, donnee a Sare par Louis XIV, i6o3). 



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38 GOMPTE RENDU DBS FST£S 

C'est au-dessous de cette inscription qu'est placed la plaque 
apport£e par ces messieurs et portant siniplement : 

Antonio Abbadiari 

ESKUAL HbRRIAHBN 

Orhoitzapbna 
aoorrilarbn iq" 1897" 

(A M. Antoine d'Abbadie — Souvenir da Pays Baaqu© — 19 aout 1897) 

MM. Leremboure et Charles Petit prononcent quelques paroles 
6mues en l'honneur de l'illustre savant, et certes pareil hommage 
a l'intelligent et enthousiaste soutien de nos vieilles traditions ne 



i 



Vue de Sare 

pouvait nulle part 3tre mieux place* qu'en cette vieille mairie de 
Sare, theatre de l'indomptable valeur de nos chers Basques. 

Dans la soiree, le lendeniain vendredi et meme le lundi a3 aout 
(tant £taient nombreux les travaux envoy^s au comite), il a ete* 
donne lecture de diverses 6tudes et conferences qui prennent place 
dans le present recueil. 

Nous entrons, le samedi a4> dans Teglise de Saint- Jean-de-Luz, 
vers dix heures et demie, alors que la messe tire a sa fin et que la 
plupart des chants gr^goriens et palestriniens ont 6t6 executes par 



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DE LA TRADITION BASQUE 39 

la Schola paroissiale. M** Tfev^que est au choeur, et au banc de la 
municipality, a cdte* du Maire, ont pris place les deputes et d^le- 
gu£s de la province du Guipuzcoa. 

C'est, en effet, le dernier jour de ces belles fetes, le jour ou nous 
devons entendre et M. Bordes, l'eloquent et intelligent directeur 
des Chanteurs de Saint-Gervais. et MM. les Basques-Espagnols, 
nos voisins. Mais M. Bordes est cloue* au lit par une douloureuse 
phlel>ite, et Ton se demande avec anxiety qui va le remplacer et 
nous initier aux beaut£s de ces melodies gr£goriennes et de cette 
suave musique palestrinienne qui doivent £tre le couronnement de 
ces fetes. 

La messe g'acheve cependant, la Schola chante un d£licieux 
motet du seizieme siecle ; Torganiste, M. Doney, de Bordeaux, 
joue une fugue de Bach, et nos amis nous apprennent que Dom 
Mocquereau, T^mule et l'ami de Dom Pothier, vient d'arriver de 
Solesmes, rlpondant avec empressement a l'appel de M. Charles 
Bordes. 

M* r r£v£que, suivi de nombreux prfctres et de quelques ama- 
teurs, se rend en effet dans la petite chapelle du Tiers-Ordre, dite 
des Roses, toute voisine de l^glise, et la l'e>udit B6n£dictin nous 
donne comme un avant-gout des conferences de l'apres-midi en 
initiant ses auditeurs attentifs et charmed aux secrets de la melodie 
gregorienne ; le plain-chant, c'est le r£citatif a voix t£nue et 
61eve*e, i'accent aigu indiquant toujours une intonation plus eleve*e 
et rapide. Avant tout il faut lire simplement, nettement. Et Dom 
Mocquereau lit fort bien, en effet, mais a l'italienne, mouillant 
les o. 

Nous sortons enchants de cette premiere initiation et allons 
contempler la mer bleue de cette magnifique baie de Saint- Jean- 
de-Luz, Itincelante de mille feux sous le soleil de midi ; nombreux 
sont les Strangers qui prennent leurs ebats, soit sur la plage, soit 
dans les Hots bleus ; nombreux aussi les promeneurs faisant les 
cent pas sur cette belle estacade, de l'embouchure de la Nivelle 
aux falaises de Sainte-Barbe. 

Entre temps M. le Maire, MM. L6on Bonnat, Boucher, secretaire 
de la Soci^te* d 'Ethnographies Henry de Larralde-Diust6guy et les 
membres de la commission faisaient les honneurs de l'Exposition 
a MM. les membres de la Deputation guipuzcoane, MM. Manuel 
Lizarritury, president, et Luis Echeverria, Aranguren, Lafitte, 
Guerendiain, Pavia, Eloseguy, deputes provinciaux, Arthur Gam- 



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- K T^FZ 



GOMPTE RENDU DES FETES 



i, ancien depute de Pampeluue aux Cortes et bascophile 
trite, Pedro Manuel de Soraluce, membre correspondant de 
tademie d'histoire, Antonio Arzac, 1' aim able et erudit directeur 
'Euskal Erria, revue basque de Saint-Sebastien. 



* 



. deux heures, M« r rfivSque de Bayonne, accompagne de tous 
messieurs, prenait place an fauteuil de la pr£sidence, dans la 
ide salle des conferences du palais de l'Exposition : un elegant 
lie remplissait dej& cette vaste et belle salle, et les dames et 
loiselles aux claires et elegantes toilettes etaient en grand 
ibre ; qk et Ik aussi de nombreux prGtres et parmi eux M. 1 abbe* 
>arat et Don Resurreccion de Azcue. 

ur Festrade, entourant les membres de la commission des 
s, se tiennent Dom Mocquereau, et les yingt demoiselles et les 
^t-cinq k trente jeunes gens de la Schola de Saint-Jean-de- 

[. Charles Petit salue tout d'abord M** FEvSque et MM. les 
nbres de la Deputation du Guipuzcoa, les remerciant des hauts 
oignages de sympathie que leur presence apporte k ces fetes 
a Tradition Basque ; puis ii dit les regrets de M. Charles Bordes, 
nopinement frappe au moment oh il allait recueillir les levi- 
es fruits de sa vaillante cooperation k ces fetes et a cette belle 
>osition ; il a voulu du moins, de son lit de doulcur, adresser 
excuses, ses remerciements et ses regrets k tous. 
It M. Petit lit uiie lettre 6niue de M. Charles Bordes, ou le 
llant champion de la restauration du chant religieux salue, 
c M* r l'6v6que et M. le Maire de Saint- Jean-de-Luz, M. Fabbe 
ment, le devout vicaire de la paroisse, qui en quelques mois a 
former cette Schola dont les diverses executions musicales 
is ont enchantes et etonnes tout k la fois depuis huit jours, 
is les regrets de M. Bordes sont bien attenues, puisque le 
P. Mocquereau a bien voulu repondre k son pressant appel. 

* 

ie R. P. Mocquereau se leve, en efFet, et e'est pour nous tenir 
idant pres d'une heure sous le charme d'une parole facile, eie- 
te et d'une precision achevee. Pris au depourvu, au debotte 



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DB LA TRADITION BASQUE 4 1 

pour ainsi dire, de quoi parler ! Mais il s'agit, en ces fetes, d'art et 
de tradition populaires, et quoi de plus populaire, de mieux adapts 
k un pareil programme que la mtlodie grtgorienne ? 

Fille de F Orient hebra'ique et de la Grece antique, la melodie 
gregorienne a 6t6 faconnee par l'figiise pour Clever les Ames, les 
purifier, les faire prier. 

Rien de plus facile que cette melodie : c'est le chant h Vunisson, 
la tonality sans accident. Rien ici de ces difficult 6s de la musique 
moderne qui rendent si p£nibles les premieres lecons. 

Tandis que la musique moderne, melancolique, passionnee, 
fougueuse, exaspere les passions ou amollit les coeurs, parfois 
m£me se fait toute sensuelle et enervante, la melodie gregorienne, 
toujours unie, douce, maltresse d'elle-mfime, apporte le calme, la 
paix, s'adressant toujours aux parties sup^rieures de noire etre, 
les dirigeant vers le ciel. 

Dans la pratique rien de plus ais£ : la melodie gregorienne se 
compose de timbres ou Hairs toujours les m^mes et se r£p£tant 
souvent : il suffit d'apprendre une phrase pour apprendre vingt 
pages du graduel. 

II est k noter toutefois que la pure melodie gregorienne n'a 
regno* en souveraine que du cinquieme au quatorzieme siecle ; a 
dater du seizieme il y a mutilation, amplification, surcharge, bar- 
barisme, et pour tout dire, decadence complete. II suffit, pour 
s'en convaincre, de fouiller d'un ceil attentif et d'une oreille deli- 
cate les manuscrits. 

C'est ce que faisait tout recemment Dom Mocquereau avec un 
jeune deiegue du patriarche d'Aquiiee, et quand le savant auteur 
de la PaUographie musicale montrait au jeune homme intelligent 
et vraiment artiste ces mutilations deplorables : Bast a, basta, 
s'ecriait le fougueux Italien en jetant le manuscrit, je m* enrage ! 

Tel Berlioz ou Schumann menacant de brftler la cervelle k de 
manvais executants. 

Tels, pourrions-nous dire, heias ! les malheureux fideles condam- 
nes, de par certaines modes stupides, k ecouter k Teglise de pre- 
tendues messes triomphales ou des reveries wagneriennes sur le 
grand orgue ! 

Dom Mocquereau conclut que les difficultes memes de la musique 
moderne, ces etranges mutilations du plain-chant primitif, ont ete 
et sont la cause du silence de plus en plus complet des fideles k 
Teglise. Voulons-nous qu'ils reviennent enfin k cette melodie gre- 



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4a COMPTE RENDU DE8 FSTES 

gorienne ? Faisons comprendre par de fr^quentes executions que 
seule cette nielodie primitive en son origiaale simplicity donne 
l'expression douce et calme de la priere, et que son caractere 
decisif c'est l'onetion. Plus le cosur est pur, Intelligence eclaire'e, 
mieux ils goutent ce chant vraiment digne de la majeste* du culte 
chr^tien. 

* 

* * 

La parole ardente et fine de Dom Mocquereau est a mainte 
reprise couverte d'applaudisseinents, etapres lui M. Adrien Plante* 
nous lit la conference pr6par£e par M. Charles Bordes. Cette confe- 
rence, presque uniquement consaor6e a i'oeuvre de la Schola Can- 
torum, a ses debuts, a ses progres, aux rlsultats vraiment surpre- 
nants qu'elle a su obtenir depuis trois ans a peine, avec une 
m^thode, une opiniAtrete* dont elle ne s'est pas d^partie une 
minute, interesse vivement l'auditoire et en particulier M* r l'iSvS- 
que, dont l'attention a semble* constamment en eveil, et qui a, 
paralt-il, fait transmettre a l'auteur, par M. le doyen de Saint- 
Jean-de-Luz, toute sa satisfaction. Certes, elle est belle l'oeuvre 
que poursuit M. Bordes, et pratique, ce qui n'est pas sa moins 
pr^cieuse quality, comme on a pu s'en convaincre a Saint-Jean-de- 
Luz. Que poursuit-elle ? La restauration du plain-chant selon la 
tradition gr 4 gorienne. Quelle est-elie, la tradition gr^gorienne? 
Celle que les Peres B£uedictius out remise au jour et que nous 
exposait si lumineusement tout a Theure le R. P. Mocquereau. La 
reforme est-elle pratique ? Certes, puisque ici-m6me un petit 
choeur d'enfants de Marie et un groupe d'honimes de bonne 
volonte* , dont les chantres, se sont pltes aux douces modula- 
tions de ces cantilenes, qui ne sontautres que celles du plain-chant 
que nous entendous vocif6rer chaque dimanche, et ce en quelques 
lecons, et si joliment que toute une salle, composed en grande 
partie de prStres, ne laissait pas les phrases s'6teindre sans les 
applaudir, avant nieine que la melodie fut chantee en son entier. 

* 

* * 

Oh ! quel d61icieux Alleluia nous avons eu le bonheur d'en- 
tendre ! Et cette musique palestrinienne, dont ensuite M. Bordes 
nous vanta les beautes et que ses Chanteurs de Saint-Gervais 



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DE LA TRADITION BASQUE 43 

sont en train eFimmortaliser une seconde fois, car elle le fut 

en son temps, nous disent les vieux auteurs, comment put-elle etre 
oubli6e? comment osa-t-on lui substituer cette musique de cour, 
tonte de fioritures et de pr^tentieuses formules? fitait-elle trop 
difficile ? Nous ne le croyons pas, puisque ce mSme choeur de voix 
a peine formers nous a execute*, comme il convient, cette nifcme 
musique re^putee inchaniable. Heureux ceux qui 1'ont entendue 
dans son cadre, dans cette belle eglise de Saint-Jean-de-Luz, pleine 
jusquau falte de fideles 6mus et priant. Car a Saint-Jean-de-Luz il 
ne faut plus aller dire que cette musique n'est ni expressive ni 
belle, la population est conquise, et jusqu'au dernier des paysans 
a senti la mysterieuse influence qui s'en de*gageait. Pourquoi ? 
Parce que ces chants gr£goriens et palestriniens sont simples ; 
unis, ils forment un tout merveilleux inspirant un sentiment de 
pi6te* infinie. Que faut-il de plus a Teglise? M. Bordes, voulant 
nous prouver que Tart moderne pouvait, lui aussi, servir a ces 
lois de la simplicity et de la since>it6, nous a fait chanter un Panis 
angelicus de 1'abbe* Boyer, de Bergerac. Rien de postiche, un 
style choral tr&s simple et tres religieux a la fois. La encore la 
preave fut donnle. 



4c 



Pressentant a distance le succes de sa cause, le jeune confe>en- 
cier, dans une peroraison tout enflainmee sur notre Bayonne, « la 
jol|e escarboucle pos£e au pied de la France », sur le cher Pays 
Basque et le Sud-Ouest tout entier, fait appel a tous pour la crea- 
tion d'nne Soci^t^ regionale de la Schola Cantorum dite des 
Pyrenees et des Landes, Soci£te semblable a celle qu'il a foudee 
en Poitou, Vendue et Charente, et dout il nous 6numere un a un 
les exploits. 

Puisse sa parole 6tre ecoutee ! puissions-nous, a Texemple de 
cette maltrise de Saint-Pierre de Poitiers, que fonda M« r Pelge, 
voir, grace a l'intelligente initiative de notre v£ne>£ Prelat et de 
quelques ecclesiastiques 6minents, notre chere et belle cathldrale 
6tre douee d'une voix, ou plutdt des trois voix gr^gorienne, pales- 
trinienne et moderne, dont nous parlait M. Bordes, voix qui lui 
rendraient la vie et rembelliraient encore ! 

Ce r£ve n'est pas impossible, et nous savons beaucoup de 



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44 GOMPTE RENDU DES FETES 

Bayonnais qui y croient encore, landis que d'autres desesperent. 
En attendant, le vaillant petit choeur de M. Tabbl Figment, a. 
Saint- Jean-de-Luz, a donne" l'exemple. Quant aux « utopies » de 
M. Bordes et de la Schola, comme certains aiment a dire, elles 
sont entries dans la voie de la pratique. Elles sont devenues re*ali- 
t6s. Certes, la SoctiU des Pyre'ne'es et des Landes serait un bien- 
fait pour la region. Dut-elle ne nous donner qu'une maltrise, celle 
de la cathedrale, clle mlriterait de vivre. * 

A I'appui des theories de Dom Mocquereau et du chaleureux 
plaidoyer de M. Charles Bordes, la Schola execute, sous la direc- 
tion de l'lloquent B£n6dictin, Tintroit Gaudeamus et le graduel 
Assumpta est de la messe de TAssomption, VAve maris Stella et 
deux cantiques basques ; et ces airs larges, simples, dllicieusement 
nuances, sont converts d'applaudissements. 



* 



De ces hauteurs toutes celestes, nous redescendons sur terre 
pour entendre M. Pavia y Birminghan, depute* du Guipuzcoa, 
ouvrir fort agr6ablement le feu des conferences de nos voisins 
d'outre-monts par un discours tres Elegant et surtout tres documente 
sur Thistoire des marins basques. 

Et tout d'abord, quelle erreur de dire que les Basques ont a 
peine quelques vagues traditions on n'ont m&me pas du tout d'his- 
toire ! Que les sceptiques aillent done lire les chartes des quator- 
zieme et quinzieme siecles que les Guipuzcoans ont H6 heureux et 
flers d'oflrir a la belle Exposition de Saint- Jean-de-Luz : ils verront 
dans ces cartas paeblas (chartes de peuplement), dont quelques- 
unes remontent a 1226, que dans notre province e'est sous T£gide 
des rois de Castille que se formercnt les premiers groupements de 
population, au lendemain des grandes invasions ; mais ces grou- 
pements conservaient jalousement leurs jueros, leurs lois particu- 
lieres et leurs privileges. Pius tard, les d6put£s de chaque ville 
eurent accoutume* de se r£unir dans Tune ou l'autre des a3 ciudades 
de la province, et les premieres juntas, d'ou sortit le fuero g£ne>al 
en 5o ou 60 articles, furent tenues le 6 juillet 1397 a San Salvador 
de Guetaria, cette merveilleuse £glise ogivale qui tant demanderait 
une restauration intelligente et complete ! 

Fueros, juntas, elections de deputes, tout cela offre, comme 



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DE LA TRADITION BASQUE $> 

dans notre Bayonne du moyen age, an caractere eminemment 
religieax et democratique : avant les Elections, messe du Saint- 
Esprit, les nouveaux elus patent serment sur la croix ; a la fin de 
leur mandat, compte rendu devant le peuple, les juntas sont tou- 
jours pr£sid£es par l'alcalde du lieu, parfois simple ouvrier, et 
c'est ainsi qua Azcoitia on a vu un tail leur alcalde pr^sider une 
reunion oil silgeaient des grands d'Espagne. D'autre part, soin 
jaloux de la liberte Electorate : a Tolosa on annule la voix de tout 
6lecteur qui a e*te vu causant avec un pr£tre a l'entr^e du scrutin. 

Abordant ensuite la pittoresque et 6mouvante histoire des 
marins de la cdte Gantabrique, M. Pavia nous les inontre a la fois 
intr£pides pecheurs de baleines, ce dont t£moignent maintes 
armoiries de nos ports, de Biarritz a Motrico, et vaillants guerriers 
bataillant avec furie contre « le roi des mers », Edward III d'An- 
gleterre, et les marins de Bayonne, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz. II 
y eut la de vaillants coups d^pee et d'aviron, dont les archives de 
Guipuzcoa et notre Livre des Etablissements de Baj'onne de i336 
donnent de trop eloquentes preuves. On y voit les fiers rois 
anglais traitant de puissance a puissance avec de modestes marins ; 
on y voit aussi que notre gascon bayonnais 6tait a Saint-S6bastien, 
aux treizieme et quatorzieine siecles, la langue officielle. 

Mais le peuple, les marins surtout, parlaient le pur basque ; 
aujourd'hui encore c'est dans les barrios de la marine, a Saint- 
S6bastien et ailleurs, que l'espagnol a le moins p£n£tr£. 



* 
* * 



Pfccheurs ou guerriers, les marins basques 6taient aussi d'intr£- 
pides commercants, formant entre eux des hermandades (soci6t£s) 
de plusieurs villes, pour commercer ou batailler avec les Bayon- 
nais, les Flamands, les Anglais. Chose curieuse ! un des nombreux 
trails de paix entre nos marins de Tune et de i'autre rives de la 
Bidassoa porte, en i3a8, que tous les deux ans deux dcl£gues de 
Saint-Sebastien et deux de Bayonne doivent se r£unir en T6glise 
de Saint-Jean-de-Luz en Labourd pour trancher les diflte rends. 
L'histoire ne nous dit pas si ce tribunal couronnait la session par 
un bon diner ! 

M. Pavia porte aux £toiles Legazpi, El Cano, Oquendo et tant 
d'autres de ces vaillants conquist adores qui promenerent le lion 



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. . *».vr** 



46 LES FETES DE LA TRADITION BASQUE 

de Castille sur tous les oceans. N'est-ce pas un pilote basque qui 
montra a Colomb la route des Antilles ? 

Ces marins n'ont pas d£g6ne>e\ conclut eloquemment M. Pavia : 
on les a vus lutter avec rage — Ondarroa contre Saint-S6bastien 
— en une rugate fameuse, et le lendemain, a la suite d'un naufrage, 
le vainqueur allait au secours des veuves et des orpbelins. 
Combien de ces marins obscurs ont p6ri, perissent cbaque jour 
victimes de leur he>oisme k courir au secours des naufrag£s ! 



* * 



Cette vivante etude, fort bien dite en pur castillan, est couverte 
d'applaudissements cbaleureux. A la suite, M. Laflitte lit une int£- 
ressante £tude de Don Garmelo de Ecbegaray sur le Sentiment 
religieux et familial dans le Pays Basque. 

M. Antonio Arzac, secretaire g6ne>al des Jeux Floraux du 
Guipuzcoa et directeur de YEuskal Erria, cldture cette longue 
raais interessante stance par une lecture sur Y Emigration Basque, 
et nous montre, en un tableau enchanteur, le fils alne* revenant, 
apres dix et vingt ans d'exil, embrasser ses vieux parents et relever 
de ses ruines le caserio abandonne* mais jamais oublie. Ces pages 
emues, dites en pur basque guipuzcoan et d'une voix vibrante, ont 
6te couvertes d'applaudissements. 



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■*^^r/T'r ■ 



Moules d fromage et ophites A cuire le lait 



II 



LE BANQUET 



Au soir (Tune joum6e si bien remplie, un diner de trente-six 
couverts r6unissait a FHdtel de France les membres de la munici- 
pality de Saint-Jean-de-Luz, de la delegation basco-espagnole et 
de la commission des fetes, sous la haute pr^sidence de M* r r6veque 
de Bayonne. 

Sa Grandeur avait a sa droite MM. L6on Bonnat, Luis Echever- 
ria et Henry de Larralde ; a sa gauche, MM. Gustave Boucher, 
Pavia et Dom Mocquereau. 

En face de M* r TfevSque, M. le docteur Goyeneche, Maire de 
Saint-Jean-de-Luz, avait a sa droite MM. Lizarritury, Ducourau et 
Don Tirzo de Olazabal ; a sa gauche, MM. Carlos Petit, adjoint, 
Aranguren et M. le doyen filicagaray. 



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48 GOMPTE RENDU DES FETES 

Le dfner a ete exquis, le menu en basque, tres bien execute : 
EGUNGO BAZKARIA 

HKTZEKARIA EDO OILLAKI-SALDA 

ETCHE ANDOILA 

TRIPAKIAK 

CHIPIROILAK SALTZA BELTZIAN 

CH1KHIRO APZIA MARIKOLA EDO 1LHARRRKIN 

AUATE SALTSA 

ONDDO BBLTCHAK 

EPIIER ZANGO GORRIAK GERRENIAN 

KORA ETA KAUSKRAK 

GASNA, MAUATSAK 

MADARIAK, MERTCH1KAK 

EDARIAK 

IROULEGUY ETA BAXgORRIKO 
SARAKO SAGAR-ARDO UOBERENA 

(Diner db cb jour. — Bouillon de poule, — Andouilles de la maison, — 
Gras-doubles, — Gbipiroles a la sauce noire, — Gigot de mouton aux hari- 
cots, — Canard en sauce, — Champignons noirs, — Perdrix aux jambes 
rouges a la broche, — Coques et beignets, — Fromage, — Raisins, [wires, 
peches, — Boissons : les meilleurs vins et cidres d'Irouleguy, Balgorry et 
Sare.) 

Basques, Provencaux et Parisiens ont gentiment fraternise, et a 
Theure des toasts reioquence a couie a flots, tantot petillants, 
tantot majestueux. 

M. le Maire a lev£ son verre a tous ceux qui Font aide en ces 
belles fetes de la Tradition Basque et aux deiegues espagnols. 

Don Manuel Lizarritury, a l'indissoluble union de tous les 
Basques, Zazpiak bat ! 

M. Henry de Larralde, aux repr£sentants des deux pays et au 
Maire de Saint-Jean-de-Luz. 

M. Charles Petit, president du Congr&s, aux trois presidents 
d'honneur, M* r Jauffret, M. le Prefet des Basses-Pyrenees et le 
General commandant la division. M. Petit a surtout chaleureuse- 
ment plaide aupres de Sa Grandeur la cause de cette chere langue 
basque qui doit etre pieusement conservee en nos ecoles, en nos 
seminaires, en nos paroisses. 

M* r FEveque a remercie et assure a Fasseniblee tout entiere que 
le vceu de M. Charles Petit lui etait cher et que toute sa sympathie 
est acquise a ce vaillant et chretien Pays Basque, a ses traditions, 
a sa langue. 



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DE LA TRADITION BASQUE 49 

Puis, avec la simplicity d'un grand artiste, M. L£on Bonnat a 
porte* la sante de ses compatriotes et de ses amis. 

Enfin M. Gustave Boucher a olos la se>ie des toasts en une deli- 
cate improvisation. 

Nous so mines heureux de reproduire ici quatre de ces toasts, 
ceux de MM. le docteur Goyeneche, Lizarritury, Leon Bonnat 
et Gustave Boucher. 

Voici d'abord le toast du vaillant Maire de Saint-Jean-de-Luz : 

MoNSEIGNEUR, 

Messieurs, 

Le rdle du maire de la petite ville de Saint-Jean-de-Luz dans celte 
reunion solennelle est aussi agitable que modes te : il se borne a vous 
remercier tous et chacun de vous des initiatives hardies que vous avcz 
prises, des sentiments gene re ux et Aleves qui vous ont r£unis de bien 
loin dans une pens£e commune. 

Vous avez voulu, en effet, glorifler notre chere patrie basque, lui 
temoigner vos ardentes sympathies, vos admirations enthousiastes, 
dignes d'elle et de vous ; vous avez voulu eJever un monument impc- 
rissable k son antique civilisation, a sa forte nationality, a ses cheres 
croyances, et empecher, comme c'est le vceu le plus cher de mon 
amour filial, que tout un noble et glorieux passe disparaisse avec les 
restes de nos plus antiques institutions provinciates et les plus glo- 
rieux souvenirs de notre vie sociale d'autrefois. 

Ma reconnaissance doit aller tout d'abord k la Sociele d'Ethnogra- 
phie nationale et d'Art populaire pour avoir bien voulu prendre nos 
fetes sous son patronage et, par la, leur donner un eclat particulier, 
et parrai les membres si distingue^ de la Soci£te\ M. Ch. Bordes, l'in- 
fatigable initiateur et l'ami fidele du Pays Basque, pour lequel il a tant 
fait. Je ne saurais oublier le tres £rudit secretaire general de la Societe, 
M. Gustave Boucher, que je suis heureux de saluer au milieu de nous, 
ni notre compatriote et ami, M. Bonnat, qui a organist notre belle 
exposition de peinture ; par une rare faveur, il nous a prele plusieurs 
de ses tableaux qui sont tous des chefs-d'oeuvre... Venu parmi nous 
pour se reposer, il n'a pas hesite a sacrifier ses gouts simples et 
raodestes a son amour du pays natal, et tout en nous comblant de 
ses bontes, il nous a cree par son influence et par son travail per- 
sonnel une exposition veritablement rare et digne des plus grandes 
cites, au prix d'un repos si ne*cessaire et si noblement merited 

Je remercie le Gouvernement de nous avoir envoy6 avec ses encoura- 
gements un delegue si sympathique et si distingue que M. de Four- 
caud, pour le representor dans ces solennelles assises de l'art et des 
initiatives communales. 

Je remercie aussi M. le general Derr6cagaix, M. le prefet des Basses- 
Pyrenees, M** l'eveque de Bayonne, d'en avoir daigne accepter la pr^si- 
dence d'honneur. 

4 



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50 COMPTE RENDU DES FETES 

Je suis heureux de rendre hommage k la cooperation active et 
devouee de tous nos collaborateurs presents et absents qui ont paye de 
leur personne pour i'organisation de Imposition d'ethnographie, qui 
est leur oeuvre et qui est si interessante et si reinarquable. Et certai- 
nement la tache de la municipality eut 6t6 au-dessus de ses forces, si 
MM. Arcos, Delrieux, Ahetze, Etchevers, Figment, ne Favaient energi- 
quement seconded. 

Merci done k tous nos concitoyens et compatriotes du Pays Basque 
tout entier qui nous ont envoye avec empressement les elements si 
curieux et si divers de notre exposition retrospective ; a nos brillants 
et c*rudits conferenciers, les Plante, Salaberry, Dibildos, Etcheverry, 
Berdeco, Nicolaf, Etchebame, Webster, Etchegaray, Arzac et Pa via, 
qui ont fait briller d'un si vif eclat, par leur erudition et leur eloquence, 
notre Congres. 

Le president de ce Congres, Feminent magistrat, notre excellent et 
distingue compatriote, M. le conseiller Charles Petit, a des droits spe- 
ciaux a notre reconnaissance, pour Feloquence, le zele, le devouement, 
la competence avec lesquels il a su diriger ces travaux. 

Et au milieu de Basques, surtout de Basques du canton de Saint- 
Jean-de-Luz, je manquerais a tous mes devoirs si je n'adressais un 
hommage £mu a notre ventre et respectable ami, M. de Larralde, qui 
a su, par son amenite, sa bienveillance et sa bonte, qui ne se demen- 
tent jamais, conserver au milieu de nous les meilleures traditions qui 
nous font aimer notre Pays Basque, ou il remplit avec une distinction 
incomparable le rdle devolu par M. Le Play aux vdritables antorMs 
sociales. 

Et tout particulieremcnt, Monseigneur, Messieurs, j'offre mes remer- 
ciements les plus sinceres k l'illustre deputation de la province de Gui- 
puzcoa, a la tete de laquelle je suis heureux de trouver mon excellent 
ami et camarade d'enfance, M. Manuel Lizarritury, pour la grace era- 
pressee qu'elle a mise a effacer les frontieres politiques et a r^unir 
dans cette manifestation patriotique les enfants de la race basque, 
realisant si heureusement en notre faveur le mot celebre de Louis XIV : 
« II n'y a plus de Pyrenees ». 

Je bois, Messieurs, a vous tous, les repr^scntants de Tidee mere de 
ces fdtes, et aussi aux amis inconnus si nombrcux qui nous t£moignent 
eloquemment par leur presence les sentiments sympathiques de leurs 
ames. 

Qu'ils sachent bien que ces sentiments trouvent dans les ndtres la 
plus vive gratitude et la plus entiere reciprocite. 

A la France ! a TEspagne ! 

Au Pays Basque ! 

Voici maintenant le toast de M. Lizarritury, Tun de nos anciens 
condisciples au pensionnat Saint-Leon de Bayonne, aujourd'hui 
president de la deputation provinciale de Guipuzcoa, et qui nous 
prouve qu'il sait parler a merveille la langue francaise : 



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t>E LA TRADITION BASQUE Si 

monseigneur, 
Messieurs, 

Au nom da comity constitue sous le patronage de la deputation pro- 
vinciate de Guipuzcoa, dont j'ai Fhonneur d'etre le president, je me 
fais un agreable devoir de presenter mes respectueux hommages a 
Feminent prelat qui preside cette brillante reunion et qui dirige son 
diocese avec la sagesse traditionnelle dans Fepiscopat francais, et d'a- 
dresser raes sinceres felicitations et mes meilleurs remerciements au 
co mite qui a organise d'une facon si intelligente et si r£ussie la troi- 
sieme serie des fdtes de la Tradition Basque, sous les auspices de la 
Societe d'Ethnographie nationale et d'Art populaire. 

L'appel chaleureux et fraternel fait a notre concours ne pouvait nous 
laisser indifferents ; il a trouve" dans nos cceurs Fecho que vous etiez 
en droit d'attendre, car nous aussi, nous aimons passionnement notre 
Pays Basque; et, mus par un gene*reux sentiment de confraternite, 
nous nous sommes empresses d'accourir a votre invitation avec cette 
joie qu'eprouvent les membres d'une famille a se reunir en un jour de 
fele au foyer paternel. Les resultats n'ont peut-ctre pas repondu a 
notre enthousiasme et k nos desirs ; faute de temps, il a fallu nous 
borner a une modeste participation a ces interessantcs assises de la 
ville de Saint-Jean-de-Luz. 

Les objets precieux anciens que nous exposons vous donnent une 
idee de ce qui existe de richesses artistiques et historiques dans notre 
province de Guipuzcoa ; nos manuscrits qui remontent au treiziemc 
siecle vous demontrent qu'il fut un temps ou nos marins basques, vain- 
queurs sur mer, traitaient directement et d'egal a egal avec les souve- 
rains de Fepoque. Du reste, je m'en rapporte a la conference si cons- 
ciencieuse et si pleine d'erudition qui vous a ete faite par mon ami et 
collegue de la deputation provinciale, M. Pavia. 

Notre consistoire des jeux floraux, qui veille avec un soin jalo.ux a 
la conservation de notre langue et de nos traditions, vous donne une 
preuve de son existence par une publication r6pandue jusqu'en Ame- 
rique, grace aux travaux et aux connaissances de M. Arzac, son direc- 
teur, qui vous a lu un discours en langue basque, plein de charme et 
inspire par le plus pur amour du sol natal. 

Nos peintres n'auraient pas ose affronter le jugement du maltre emi- 
nent qui fait partie de votre comite, et qui, par sa reputation univer- 
selle, est une des gloires artistiques de la France ; mais notre ecole, 
jeune encore, a voulu. kce contact, se retremper pour Favenir en pro- 
duisant des osuvres modes tes, il est vrai, mais empreintes de Famour 
du clocher. 

Les f&tes de la Tradition Basque qui se termiuent domain compe- 
tent, par leurs manifestations populaires, Foeuvre inappreciable de la 
Societe d'Ethnographic nationale, oeuvre couronnee de succes, grace 
aux efforts et au merite de son secretaire general, M. Gustave Boucher, 
et rendue aimable par la presence de M. de Fourcaud, le digne et 
sympathique d&\6gu& du Ministre de FInstruction publique. 



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5a COMPftt RENDU DBS FETES 

Retenus par nos devoirs, nous avons eu le regret de ne pouvoir 
assister & toutes les conferences annonce'es dans le programme, confe- 
rences pleines d'attrait et dans lesquelles leurs auteurs, cueillant de 
nouveaux lauriers, n'ont fait qu'affermir une reputation acquise 
depuis longtemps. Nous avons eu toutefois la bonne fortune d'entendre 
et d'appr£cier les sublimes harmonies du plain-chant qui, grace a 
Thabile direction de son fervent apdtre M. Charles Bordes, nous a fait 
eprouver ces douces Amotions que fait naltre la majesty de la musique 
religieuse. Pour ma part, j'ai eu aussi 1'inefTable plaisir d'assister a 
cette charmante conference de mon excellent ami, M. Plants, dont je 
ne voudrais pas offenser la modestie, mais qui, tantdt galant comme 
le sont les enfants du pays d'Henri IV, tantdt 6nergique, mais toujours 
6rudit, nous a tenus sous le charme de sa parole eioquente. 

Tout ce que nous avons vu et entendu nous servira d'encouragement 
pour une exposition d'ethnographie que nous espe>ons pouvoir prepa- 
rer dans un avenir prochain. Nous vous y convions d'ores et de" ja avec 
les monies sentiments de fraternity dont vous nous avez donne* un si 
tduchant exemple, et, avec votre pr£cieux concours, nous contribue- 
rons a conserver jeune et vigoureux le caractere des habitants de 
Euskal-Erria. 

Pour terminer, Messieurs, je bois a la sante de tous les honorables 
membres qui composent votre comity ; je bois a la prosp^rite" de cette 
hospitaliere vieille cite de Louis XIV, dont le digne maire, M. Goye- 
neche, mon ami d'enfance, a droit a la reconnaissance de tous et parti- 
culierement a la ndtre. Je bois eniin a la langue, aux traditions, en un 
mot a la race de ceux qui, avec juste flerte, se disent les flls de Zaz- 
piak-Bat et servent de trait-d'union entre les deux nations, faites pour 
toujours s'enlendre, et s'airaer — la France et l'Espagne. 

Voici la delicieuse causerie qu'a su si bien dire Leon Bonnat : 

monseigneur, 
Messieurs, 

Apres les paroles si 61oqucntes que vous venez d'entendre, l'histc- 
riette que je vais avoir l'honneur de vous conter va vous paraltre bien 
simple. Excusez-moi. 

II y a quelques annees, a un banquet ou j'avais a prendre la parole, 
j'6tais assis a cdte" de Jules Simon. Je lui dis que c'£tait un supplice 
pour inoi que de parler en public, que devant ce p^nible embarras j'a- 
vais 6crit ce que j'avais 1'intention de dire et que tout simplement je 
lirais mon toast. 

« Ne faites pas ca, mon cher ami, ne faites pas ca, me dit-il, rien 
n'est plus difficile que de bien lire un discours. Dans ma longue car- 
riere, je n'ai connu qu'un seul horn me sachant lire, un seul, c'6tait 
Montalembert. Et qu'allez-vous leur dire ? » Je le lui contai en quel- 
ques phrases et, quand j'eus lini : « C'est parfait, dites ce que vous 
venez de me dire la et ce sera tres bien. Allons, allons, du courage... 



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DE LA TRADITION BASQUE 53 

et croyez-moi, ne lisez pas. » Helas ! je suivis sod conseil, et me levai 
quand mon tour de parole rat vena. 

Les premieres phrases marcherent tres bien (entre nous, je les savais 
par coeur), mais ayant eu le raalheur de regarder en face de nioi et 
ayant apercu des yenx braques sur les miens, je perdis toute espece 
d'assurance et, apres avoir bredouille quelques mots peniblement tires 
da fond de ma gorge, jefus, a ma grande confusion, force de m'asseoir. 

« Eh bien ! qu*est-ce que vous me dites de l'aventure ? dis-je a 
Jules Simon. — Ah ! mon cher ami, dit-il en riant, vous n'avez vrai- 
raent pas £t£ brillant. — Eh bien ! lui repondis-je, demain je vais 
vous envoyer une palette et des pinceaux, et j'irai vous voir peindre. 
Nous verrons, alors, quel sera celui de nous deux qui rira le dernier ! 
Que voulez-vous, cher ami ? a chacun son metier. » 

Je vous en supplie, Messieurs, ne me mettez pas dans l'obligation de 
vous envoyer demain des toiles et des pinceaux, je me trouverais dans 
un grand embarras. Ou pourrais-je, en elfet, me procurer ici, a Saint- 
Jean-de-Luz, un assez grand nombre de palettes et de toiles ? 

Monsieur le Maire, 

Vous m'attaquez trop vivement pour qu'il ne me soit pas permis de 
me defendre. Vous dites, a qui veut vous entendre, que c'est moi qui 
ai fait l'Exposition ; vous prononcez meme le grand mot de reconnais- 
sance, fites-vous bien sur de ce que vous dites la et suis-je vraiment si 
coupable ? Vous me couronnez de fleurs d'une facon tres aimable, mais 
etcs-vous bien certain que ce soit a moi qu'elles doivent etre adres- 
sees ? Ne penscz-vous pas qu'il pourrait y avoir la une erreur ? 

Eh bien ! je vais vous le dire, moi, le seal, le vrai coupable, celui 
que vous devriez couronner de lauriers (rendons a Cesar ce qui est a 
Cesar), le vrai coupable, c'est M. Charles Petit. C'est a lui, a sa parole 
chaude, eloquente, persuasive, que nous devons notre Exposition. II a 
et£ le general, je n'ai ete que le lieutenant. II a et£ la tete, je n'ai et6 
que le bras. N'est-ce pas egalement a lui, si jaloux des gloires de notre 
cher pays, que nous devons la pensee d'elever un monument au grand 
cardinal Lavigerie ? N'est-ce pas encore a lui, a son energique volont6, 
que nous devons, a Paris, la creation de la Society Basquaise-Bear- 
naise, cette Society qui, a certains moments, fait battre nos coeurs a 
Tunisson des v6tres ? 

Vous m'avez fait Thonneur, Monsieur le Maire, de m'offrir avec une 
grande insistance la presidence des fetes que nous cldturons aujour- 
d'hui si amicalement. J'ai du refuser pour deux motifs : le premier, 
c'est que je viens ici pour me reposer des expositions, des discours, 
des banquets, but qui d'ailleurs me paralt bien imparfaitement atteint 
ces jours-ci, ce soir tout particulierement, et le second, parce que je 
ne sais pas un mot de basque. Or, comment aurais-je pu presider des 
fetes basquaises, alors que je suis dans l'impossibilite non seulement 
de parler, mais meme de comprendre votre belle langue ? Me voyez- 
vous adressant des felicitations a des improvisateurs alors que je 
n'aurais pas meme compris le sens de leurs chants ? C'etait inadmissi- 



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54 COMPTE RENDU DES F&TES 

ble. Je n'ai su, en fait de basque, que les quelques mots que ma nour- 
rice, une brave femine de Sare, m'avait appris en me bercant. II y a 
beau temps, helas ! que ces quelques mots sont oublies, mais Michel 
Ange, le dieu de l'Art, pretendait qu'il devait son genie au lait de sa 
nourrice ; peut-Stre pourrais-je dire, moi, que c'est a ia mienne que je 
dois l'amour de votre admirable pays. 

Je Taime, votre pays, je devrais dire notre pays, je l'admire sous 
toutes ses formes, dans toutes ses manifestations. J 'en aime la nature 
et j'en admire les habitants. — J'aime nos douces montagnes aux colo- 
rations veloutees, j'aime les vieux chenes trapus de vos valines, les 
cours d'cau solitaires et mysterieux qui coulent au milieu des fouge- 
res. — J'aime vos sentiers couronnes de chevrefeuilles et vos grands 
champs de mais. J'aime votre vent du Sud, chante naguere par un 
romancier celebre, ce vent qui me rappelle mon enfance, ce vent brft- 
lant qui vient du desert, ce vent, c'est la Bible qui le dit, qui inspirait 
les prophetes et leur apportait la parole de Dieu. J'aime votre mer aux 
puissantes lames qui, tantdt bleue comme la Med i terra nee et calme 
commc un lac, s'aflfole a certains moments, se revoke et s'acharne 
avec une fureur inconcevable, inouKe, contre la terre qu'elle semble 
vouloir engloutir. 

J'aime nos legendes. Sans* parler de Roland, dont le pas herolque et 
chevaleresque est grave en caractercs ineffacables sur le ilanc de nos 
montagnes, n'est-ce pas a vous, Basques, que nous devons cette ado- 
rable, tendre et humaine vision de Notre-Dame de Guadeloupe, la 
Vierge compatissante et secourable qui les jours de tempete se pro- 
mene sur la crete des ilots pour arracher a la mort les naufrages 
desempares ? 

Et enfin et surtout j'aime l'homme, le Basque. J'aime votre race, 
forte, entreprenante, cfui recherche et affronte le danger. Je n'oublie 
pas (on vient de nous le dire) que c'est l'un des vdtres qui, cent ans 
avant Colomb, decouvrit le Nouveau Monde. N'etes-vous pas aussi les 
premiers colonisateurs qui avez ^te fonder au dela des mers une 
secondc patrie? 

Basques des deux versants des Pyrenees, je bois k vous ! Je bois a 
vos vaillantes meres qui ont su enfanter votre race energique. Je bois 
a vos femmes, a vos lilies, auxquelles j'cnvoie d'ici un agour emu et 
respectueux. Je bois a ceux de vos fils qui, descendants de leurs afeux, 
ont <H6 hardiment chercher fortune au loin. Je bois au Pays Basque ! 

Eufin la delicate improvisation de M. Gustave Boucher, secre- 
taire general de la Society d'Ethnographie nationale et d'Art 
populaire, termine la serie des toasts. 

monseicneur, 
Messieurs, 

Je crains d'etre bientdt victime d'une mesa venture semblable a celle 
que vient de vous raconter avec tant de brio votre Eminent compa- 



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DE LA TRADITION BASQUE 55 

triote. Je suis en effet pris an depourvu. J'espe>ais que M. Bonnat, 
oubliant pour un soir sa participation si active a votre superbe expo- 
sition, vous parlerait au nom de ia Societe d'Etnographie nationale 
dont il est le vice-president. Je dois a son effacement volontaire, je 
dois aussi, helas ! a la maladie de notre ami Bordes, d'occuper a ce 
banquet une place dont vous me voyez tout con f us, mais dont je ne 
songe pas a tirer vanity. 

Mon embarras est d'autant plus grand que j'aurais besoin d'une ve- 
ritable eloquence pour rendre les impressions que j'ai ressenties en 
ces huit inoubliables journees. Ces impressions sont faites d'une emo- 
tion constante devant le spectacle que j'ai eu sous les yeux a tous les 
instants, lei, Monseigneur, Messieurs, j'ai eu la revelation de Tame 
d'un peuple vraiment consciente d'clle-iu6me, vraiment vivante. Jamais 
vous n'oubliez que vous etcs Basques. Dans toutes les circonstances 
vous pensez, vous agissez, vous parlez en Basques; vos jeux, vos 
danses sont vdtres; votre musique, votre theatre, votre litterature, 
tout est basque. Et il ne s'agit pas la d'une reconstitution provisoire et 
factice, mais de votre vie quotidienne et spontanea. 

Et pourtant vous eliez inquiets. Que sont devenues, Messieurs, ces 
craintes que quelques-uns d'entre vous manifestaient au debut de ces 
fetes, touchant leur resultat particulier quant aux conferences, aux 
eludes, a la publication d'un monument litteraire qui en perpetuera le 
souvenir ? Nous sommes, disiez-vous, des gens de pie in air, d'exte- 
rieur. Nos confe>enciers ne pourront lutter contre le soleil, ni contre les 
jeux de pelote, les pastorales, les mascarades. Ce sera la le point 
faible, nous manquerons notre congres. 

N'etaient-ce pas la vos apprehensions exprim£es ou secretes ? 

Eh bien ! le r6sultat, vous l'avez vu. Une foule elegante et compacte 
faussant chaque jour compagnie au soleil et s'enfermant avec passion 
dans la salle du pensionnat Sainte-Marie pour entendre de doctes mais 
tonjours spirituels congressistes vous entretenir de votre histoirc, de 
vos moeurs, de vos legendes, de vos chansons. Ces choses vous les 
connaissiez tous cependant, mais vous etes alios, en grand nombre, 
les ecouler et les applaudir comme si elles vous etaient etrangeres, et 
de ces assises sortira un volume que je vous promets superbe et plein 
d'interet. 

Pourquoi un succes si complet? Pourquoi cet empressement au 
congres, contre toute attente? Ah! Messieurs, le secret en est simple. 
11 s'agissait de la patrie basque, de la religion de vos peres, chose 
don l vous ne vous lassez jamais d'entendre parler. Religion, patrie, 
deux mots qui partout sonnent le ralliement des esprits d'elite et des 
creurs genereux. Et oh sont-ils, ces coeurs et ces esprits, plus nombreux 
qu'en ce pays beni ? 

Ah ! Monseigneur, Messieurs, je donne libre cours k mon inspiration, 
et la facility imprevue de mon elocution vous est le meilleur garant 
de ma since>it£ ; laissez-moi done encore vous entretenir a cceur ouvert. 

Je vous parlais tout k l'heure demotion. II en est une que je n'ou- 
blierai de ma vie : e'est celle que j'ai ressentie au moment ou, assis- 



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56 lbs pStes db la tradition basque 

tant au jeu de pelote, et Y Angelas sonnant k votre venerable 6glise, 
je vis tout ce peuple se lever, se d6couvrir et se signer ; ou je vis les 
joueurs, dans lout le feu de leur action, s'arrfiter subitement pour 
s'associer a cet acte religious et universcl ! Et tout cela si simple, si 
spontanea si visiblement habituel ! 

Monseigneur, vous aussi vous etiez debout, b6nissant ce peuple 
fidele. A vos cdt£s se tenait M. le del^gue du Ministre de l'lnst ruction 
publique. Quelle vision de paix et de concorde, de reconfortante union 
dans la liberte traditionnelle ! Et comrae il faut remercier et aimer le 
pays qui vous la procure si souveraine ! Oh ! certes, je n'oublierai 
jamais ce moment. 

Et tenez, ma confession sera complete, et si quelqu'un la trouve im- 
prudente, os£e, eh bien, il est convcnu <jue dcpuis un instant, lc secre- 
taire general de la Socicte d'Ethnographie nationale a disparu et qu'il 
ne reste plus devant vous qu'un hdle plein d'enthousiasrue et de recon- 
naissance. 

A votre contact, Messieurs, au contact de vos corapatriotes, j'ai eu 
la claire vue d'un temperament special auquel je suis fler de participer 
largement. Vous le savcz, Messieurs, je suis Poitevin, et les circons- 
tances m'ont fait naltre sur la limite du Bas et du Haut-Poitou, la ou 
fin it la Vendee, rherolque Vendue, et ou commence une zone ou le scep- 
ticisme et TindilTerence ont trop de fldeles. Souvent mes compatriotes 
se sont etonnes de me voir si different d'eux ; mais comme ils sont 
bons, indulgents et aimables, ils m'ont aide avec une synipathique sur- 
prise dans la lourde tache que je me suis irapos£e. J'ai aujourd'hui, de 
cette difference de caractere, l'explication vivante. Si je suis ne a 
Niort, ma double origine ancestrale est toute vendeenne. Or, on vous 
l'expliquait tantdt : en Vendee Ton re trouve de nombreuses colonies 
basques, et une ville entre autres, Les Sables-d'Oionne, affirme son 
origine euskarienne. N'y a-t-il done qu'une simple coincidence entre # 
vos revendications traditionalistes jamais abandonees et celles des 
heros vend£ens? fites-vous deux peuples semblables seulement par 
hasard ? Non, Messieurs, il y a plus. II y a entre le Vend£en et vous 
parente evidente; non pas seulement identite d'id6al, mais souvent 
identite d'origine. Pour moi, Messieurs, je n'hesite pas k leproclamer, 
au milieu de vous je me suis senti Basque ! Je ne suis pas un etranger ! 

En remerciant au nom de la Societe d'Ethnographie nationale et 
d'Art populaire M. le Maire et ses collaborateurs du nouveau et grand 
succes que nous leur devons ; en adressant mon plus respectueux 
hommage k l'illustre president de la deputation du Guipuzcoa et aux 
trds dislingues membres des Cort&s espagnoles, je l&ve mon verre et 
je bois aux Basques des deux versants, k leurs J'ueros y k leurs reven- 
dications r£gionalistes, a leur autonomic intellectuelle ! 

Pendant le banquet, la fanfare de Saint-Jean-de-Luz a jou6 les 
plus brillants morceaux de son riche repertoire, enlevant entre 
autres la Marche des Chasseurs Basques et le Guernicaco arbola. 



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La bale do Saint-Jean-de-LuM 



III 



L'EXPOSITION 



Le Grand Casino, dans lequel 6tait am£nagee l'Exposition, 
avait 6ie tout d'abord gracieuseinent oflbrt a M. le Maire et a la 
ville de Saint-Jean-de-Luz par son propri£taire, M. Arnaud 
D^troyat. 

C'est un gracieux Edifice forni^ d'un vaste et unique Itage tres 
haut, tres elegant, 61eve sur un rez-de-chauss£e et en bordure sur 
cette magnifique voie courant parallelement a l'estacade, du haut 
de la Grand' Rue a Sainte-Barbe, voie deja bordec en partie de 
villas pittoresques dont quelques-unes — la Villa Mauresque par 
exemple — sont des bijoux. 

Le Grand Casino, ceuvre de MM. Detraz et Jumel, offre des 
lignes plus simples et aussi d'un ensemble plus grandiose ; un 
double perron de quatre et huit marches conduit a une terrasse qui 



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58 COMPTE RENDU DES F^TES 

entoure tout r^difice sur la facade et le c6te nord. Une double 
galerie, a droite et a gauche de la grande porte, forme un beau 

promenoir ayant vue sur 
la baie, le Socoa, Sainte- 
Barbe. Les baies de cette 
double galerie ont £te soi- 
gneusement fermees et 
forment aujourd'hui , a 
droite et a gauche du 
grand hall, deux vastes 
couloirs garnis de gravu- 
res, d'objets d'art, de ta- 
bleaux. 



• * 

* * 



Le graud hall est orne, 
au fond, d'un vaste dra- 
peau rouge portant les ar- 
moiries des sept provinces 
soeurs; a droite, deux fa- 
mous rouges, avec fleurs 
de lis d'or du 8 e bataillon 
guipuzcoan, se delachent 
sur une panoplie de sa- 
bres, de fusils, d'^p^es, 
souvenirs de la guerre 
carliste , appartenant a 
Tun des hdtes de Saint- 
Jean-de-Luz, don Tirzo de 
Olazabal. Qk et la quel- 
ques nieubles anciens et 
des photographies carac- 
teristiques : la Procession 
de Roncevaux, les Ga~ 

Keuble basque . 

deaux de Noce a Aincille, 
les belles gravures de Callot sur le siege de La Rochelle et le 
debloquement de Hie de Re\ ou brillent au premier rang les 
pinasses de Bayonne, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz et Hendaye. 



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COFFRES 



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vra^xv \ , 



LES F^TBS DE LA TRADITION BASQUE 6l 

Sans nos Basques et Bayonnais, Richelieu voyait sombrer son 
6toile devant Buckingham et les calvinistes ! 

Et le grand cardinal le reconnut si bien qu'il mandait kM.de 
Gramont qu'il rijr wait pas de meilleurs matelots que ceux de la 
coste de Bayonne*. 

Tout a cdt6, un autre t£moignage de la valeur de nos raarins, le 
Combat du Corsaire le General Augereau contre deux vaisseaux 
anglais, le 4 o.oiit 1804* 

Ce curieux tableau, jadis ex6cut£ d'apr&s les indications du 
cllebre Pellot, de Hendaye, et par lui offert a l'6cole d'hydrogra- 
phie de Saint- Jean -de-Luz, est d6pos6 aujourd'hui, depuis la 
deplorable suppression de cette 6cole, a la inairie de la ville : on y 
voit le petit brick de douze caronades vaillamment accroch£ au 
flauc droit d'un des gros vaisseaux, les marins montent a l'abor- 
dage, et ddja le drapeau anglais descend de la come d'artimon. 



Une singulifere preuve, pour le dire en passant, nous est rest£e 
du naif orgueil de Pellot, qui 6galait au moins sa vaillance. Cinq 
ans ay ant sa mort, et d6ja plus qu'octog6naire, il 6crivit a la 
Ghambre de commerce de Bayonne pour demander qu'une gravure 
de ce tableau fut faite par souscription : 

«c Aucun de vous, Messieurs, disait-il, n'ignore les brillantes 
courses que je fis pendant les guerres de la Revolution sur le cor- 
saire le G6n6ral Augereau, arm£ au port de Bayonne par la 
maison Basterreche et O... Je ne voulais pas descendre dans la 
tombe ni aller donner ma froide main au vieux Garon sans laisser 
a mes h^ritiers et a mon pays le tableau parlant de cette action 
(le combat du 4 aout 1804) que je trouve h^rolque d'apr&s les t6moi- 
gnages qui m'en ont 6t6 donnas... qu'un exemplaire (de la gravure) 
puisse gtre remis a chaque *£cole de marine et a chaque batiment 
de guerre en France, et a tous les marins curieux... » 

Nos Bayonnais firent la sourde oreille, et la lettre dormit dans 
les archives de la Chambre, oil notre ami Ducer6 l'a r^cemment 



1. A oat 1627. Archives du ministire des affaires Mrangires. Recente 
communication de M. l'abbe Dubarat, a qui nous adressons tons nos remer- 
ciements. 



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COMPTE RENDU DBS F&TE8 

d^couverte * ; nos bons bourgeois craignaient sans doute de rappeler 
aux descendants de tant d'armateurs les origines audacieuses de 
leur fortune ! 



* 
* * 



Tout a cdte, le beau tableau de notre compatriote M ,,e H£lene 
Feillet : VEntrte du due d'OrUans h Bayonne en i83g, avec le 
comte Garat et ses chasseurs portant le be>et rouge au pompon 
d'argent, veste rouge et culotte blanche. 

Sur deux ou trois tables sont eta 16s : les oeuvres musicales de 
Charles Bordes et de la Schola Cantorum, les Chants souletins dc 
M. Salaberry, de nombreuses brochures de M. Tabb6 Haristoy, le 
beau volume de la premiere session de la Soci6t6 d'Ethnographie 
et d'Art populaire, La Tradition en Poitou et Charentes, Congris 
de Niort, i8g6. 

Tout le cote* droit, en entraut, est consacr£ a Tethnographie 
basque proprement dite; tout le cote* gauche aux tableaux. 

A droite s'ouvre une salie consacr^e a tous les meubles et 
objets ty piques du Pays Basque : sur une table des rouets, des 
quenouilles, une collection de gants et de pelotes de tous les ages, 
gants de cuir, carres et longs, chisteras, etc., une lanterne de 
bonne bourgeoise de Saint-Jean-de-Luz, a deux chandelles, et 
telle que nos meres en portaient encore quand elles allaient en 
visite. Un tambourin et son chiroula. Toute une se>ie en bois 
de helre — Scuelles, moules avec rosace en creux, (litres, reci- 
pients — accompagn£s de deux ou trois cailloux, le tout servant 
a la fabrication du fromage dans les hautes montagnes du Labourd 
et du pays de Soule; il paralt que dans les cqyolars ce mode de 
fabrication remonterait aux temps pr£historiques et n'aurait rien 
de com i n uq avec les raflinenients des caves de Roquefort. Un lit 
basque du temps de Louis XIII, d'une inaison noble de Vergara, 
avec au dossier trois statuettes sculpt£es. Une cloche ancienne, 
6norme. Un bahut basque a deux battants portant au haut : 1669 
Pierre de Biscai. Un trousseau nuptial, un ou deux crusots, 
lampes a meches primitives qu'ont bien connues nos meres 
grands; des pichera, des fuseaux. Deux vaisseliers orn£s de 

1. E. Duckhk, Le Capitaine cormire EUenne Pellot. Bayonne, Lamaign&re, 

1897, p. 57. 



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CHISTERAS ET PELOTES 



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D4vidoir 



Table et Coffret 



Trousseau de mariage 

5 



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LBS FETES DE LA TRADITION BASQUE 67 

belles et naives faiences de Samadet, vieille fabrique landaise 
du dix-huitieme siecle, car le Pays Basque ne connaissait pas cette 
industrie et ne fabriquait que de grossieres et primitives poteries. 

Aux quatre cdtes de ce salon sont appendues soixante a quatre- 
vingts aquarelles donnant la se>ie des Costumes basques presents 
a la ducbesse d'Angouleme, a Saint- Jean-de-Luz, en i8a3 : Etche- 
coandria, danseurs, Basques en cacolets, couturieres, etc., toute 
une collection de burets et de moucboirs gorrias a queue pen- 
dante, qui fait rire aux larmes nos jolies Basquaises au moucboir 
minuscule. 

Mais, parmi tous ces monuments, grands et petits, de la tradi- 
tion basque, nous cbercbons en vain quelques souvenirs de nos 
marins de la cdte Gantabrique, anciens p&cheurs ou corsaires : 
saufun minuscule trois-mats garni, en ivoire et sous verre, pas 
un modele de pinasse, trincadoure, baleinier ou corsaire ; pas un 
mousquet, un pierrier, une bacbe d'abordage, point d*engins de 
peche, barpons de baleine, filets, etc. Rien ici ne rappelle la gloire 
des marins de Sopite, de Haraneder et de tant d'autres dont 
MM. Ducere* et Pavia nous ont parl£ en ces fttes. N'est-il done 
rien rest6 a Lohitzun des vieux loups de mer? 






A c6t6 de cette premiere salle est la Cuisine basque au matin 
dune mascarade, un des clous de l'Exposition, et devant lequel il 
y a toujours foule : sur le manteau de la cbeminle, des plateaux 
de cuivre, et, au bas, un cordon de piments rouges ; a droite, 
1'evier, la bucbe a pain, les seaux de cuivre etincelants ; a gaucbe, 
le vaisselier bien garni ; au plafond, des touffes de fougeres 
gobe-moucbes, des jambons soigneusement envelopp^s, des ta- 
blettes suspendues pour le pain et le fromage; au milieu, une 
vaste table. Devant la cbemin£e, garnie de beaux cbenets, une 
bonne vieille . accroupie, filant ; devant la table, le maltre et la 
maltresse du logis, eu beaux habits de fete — YEtcheco Andria en 
collerette blanche garnie de bijoux modestes, corsage et jupon 
rouge; YEtcheco jauna en be>et, veste et culotte brunes, ceinture 
rouge, — tous deux prfits a suivre le chiroulirou qui se dresse 
dans un coin, pret, lui aussi, a improviser quelque marche sau- 
tillante. 



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COMPTE RENDU DES FETES 



* 



Nous remoiitons le long couloir de droite, et ici les raret£s le 
disputent aux merveilles : la magnifique armoire de M. DStroyat, 
avec ses livres et gravures uniques, a faire palir nos bibliophiles : 
la Notitia utriusque Vasconice, d'Oihinart, de i638; la Gramatica 
escuaraz eta francese% , de Harriet, Bayonne, IJ4 1 ; El imposible 
vencido et le Diccionario castellano, bascuencey latin, duP. Lar- 
ramendi (i 729-1745) ; les Coustumes du pals et bailliage du 
Labourd, edition de i5j6; les terribles ouvrages du conseiller de 
Lancre sur la sorcellerie en Labourd au commencement du dix- 
septieme siecle, etc.; dans un coin, Fint£ressant catalogue qu'a 
dresse* de ces tr^sors notre ami M. Ducere. 

En face, un beau portrait d'un seigneur basque du temps de 
Louis XIII, en cuirasse, collerette de dentelle, longs cheveux ; — 
les belles et rarissimes cartes du prince Lucien Bonaparte sur les 
delimitations des dialectes et sous-dialectes de FEuscara, embras- 
sant tout le Pays Basque de Tun et de l'autre cdt6 des Pyr6n6es ; 
— un portrait de Bertrand d'Echaux, d'une vieille famille de 
Basse-Navarre, 6v6que de Bayonne de 1598 a 1621, puis archeveque 
de Tours et premier aumOnier du Roi, — le dernier mandement du 
dernier e>eque de Bayonne sous l'ancien regime, M** de Ville- 
vielle 1 , — un tableau sur bois de Zumaya, qui avait fait notre 
admiration ii y a trois ou quatre ans, et qui est vraiment d*une 
haute originality ; au haut, un triptyque : la Vierge avec FEnfant 
J6sus entre saint Pierre et sainte Catherine, avec, au pied, le por- 
trait de Juan de Mendazo, qui commandait la nef Zumaya\ au 
bas, le combat naval des Guipuzcoans contre les Portugal s, en 
i4j5 : les bastingages des deux nefs portent des ecus a croix 
rouges, les hunes sont garnies de bottes de dards, — une vne de 
Saint-Slbastien en i56o, d'apres d'anciennes gravures, une repro- 
duction d'un curieux tableau sur bois repr£sentant los habitos y 
tocados de laprovincia de Viscaya au seizieme siecle, — toute la 
collection des belles gravures du Louvre sur Fentrevue de File des 
Faisans, la conclusion de la paix des Pyr6n£es par don Luis de 



1. Public par M. H. Poydenot dang la deuxieme partie de ses Re'cits et 
Ligendes sur V his to ire de Bayonne (3* fascicule, p. 741). 



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LES FSTRS DE LA TRADITION BASQUE J I 

Haro et Mazarin, le mariage de Louis XIV et de Marie-The>ese a 
Saint-Jean-de-Luz. Un beau portrait d'Arnaud de Maytie, F6ner- 
gique evfique d'Oloron, ne* a Licharre, qui lutta si 6nergiquement 
contre la ReTorme en 
Blarn, dlpensant large- 
ment sa fortune pour 
la restauration de la foi 
en son malheureux dio- 
cese. 

Au bout de cette 
mgme galerie, un colo- 
nel de la legion rurale 
de Bayonne en 1808- 
i8i5, portant be>et 
bleu a franges d'ar- 
gent, cocarde tricolore, 
veste noire, ceinture de 
soie cramoisie, panta- 
lon nankin. En face, un 
coin d'^glise frappant 
de v^rite* : devant un 
de ces beaux crucifix 
d'ivoire sur velours 
noir avec cadre sculpts 
Gomme il y en a beau- 
coup ici, une vieille 
Basquaise est agenouil- 
16e, drap6e dans le long 
manteau k capuchon, 
avec barbe de dentelle ; 
a ses pieds, le rouleau 
de bougie fil£e jaune, 

la corbeille avec le pain de l'offrande, le large drap noir des 
veuves ; sur sa t&te se balance un petit trois-mats en ex-voto, 
comme on en voit tant dans nos 6glises de la cdte. 

£a et la la reproduction de quelques inscriptions curieuses : 
celle du pensionnat Sainte-Marie, de i63q, que nous avons relev6e 
Tautre jour; une inscription mortuaire prise dans l'^glise de Saint- 
Jean-de-Luz ; 



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"H- 



72 GOMPTE RENDU DES PETES 

IH S 
Gi gist Mar 

TATOA DR LA 

MAS8A QUI 

DECBDA LB 

XXVI DAO 

UST 1573 

Rbquibscant 

IN PAGB 

le fronton de la porte d'entr^e d'une maison du dix-septieme 
siecle : 

t 
16 I H S 63 

une vue du moulin d'Olhette qui remonterait a i3o6, au temps de 
Philippe le Bel! 



* 



Ge long couloir, dont nous n'avons pu qu'effleurer quelques 
merveilles, donne acces dans Tune des salles les plus richement 
orrises. A droite, une haute vitrine nous offre le makila damas- 
quine de Michel Renaud, l'ancien d£put6 basque et bon chrelien, 
quoique trop jacobin avec ses tristes amis de Paris ; une quenouille 
en os sculpts ; un charm ant petit manuscrit de M. £doiiard Mor- 
ville, de Bayonne, PSches et d6couvertes des Basques & Terre- 
Neuve, orne* de dedicates aquarelles, et dont la place est toute mar- 
quee a la bibliotheque de notre ville. 

L'autre moitte de cette vitrine est toute pleine des envois de 
Messieurs du Guipuzcoa, qui se sont montr6s vraimeut d'une a ina- 
bility exquise : une croix d'argent dore" du quinzieme siecle, Qne- 
ment sculpted, un calice, une patene de travail tres ancien, de 
Zumarraga ; un calice a clochettes, deux burettes, cinq clefs et une 
bulle de Clement VIII, de la confre>ie des marins de Fontarabie ; 
quelques ornements d'eglise, richement brod^s, d'Usurbil, etc. 

Au milieu de la piece, une vitrine contient un vrai tr^sor 
pallographique, eloquent commentaire de la belle conference que 
nous donnait la veille M. Pavia sur les marins de la cdte Ganta- 
brique : 

Exemplaire manuscrit du Fuero de 1590, ordonnances de la Her- 



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DE LA TRADITION BASQUE j3 

mandad de i/JSj, Cartas Pueblas de Motrico (1237), de Mondragon 

(1260), de Gestona (i4^i), lettres des Rois catholiques au Consejo 

de Mondragon (i49*)> le ponvoir des Juntas de Zarauz en 1519, une 

bulle da pape Paul V, de 

1610, octroyant des gr&ces |^ U 

k la confrerie de San li^RfcSBBI^ 1 ~** # ' "JtSt-*' 

Temol, de Zumaya, etc., 

le tout avec de superbes 

sceaux appendus, admira- 

blemeut conserves; quel- 

qucs parchemins ont de 

belles enluminures. Dans 

la meme vitrine, des actes 

de notairesduquatorzieme 

siecle constituant en dot a 

des filles de bonne maison 

des parts de mine, prou- 

vent la richesse indus- 

trielle du Guipnzcoa k 

cette £poque. 

Au-dessus de cette vi- 
trine brille d'un doux 6clat 
Tune des trop rares mer- 
veilles de nos paroisses 
labourdines, la croix 
d'Ahetze aux six clochet- 
tes, joyau du seizieme 
siecle, accompagnee d'un 
corselet et d'un morion 
damasquines de la mSnie 
6poque. 

Entre les deux fenStres, 
une plaque de foyer avec 
sculpture et une inscrip- 
tion eloquente :| Pax] optima rerum an° 1648, 24 oct., accoin- 
pagnle d'un vaste brasero et de deux hauts landiers avec bas- 
sinets. 

A deux pas, trois fauteuils de bois, au dossier de fer forg£ He 
Guernica; Tun d'eux porte une inscription : 



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74 COMPTE RENDU DE8 FETES 



ASIBNTO 

A S 

Alcalde 



O destinee des vieux meubles ! Ges fauteuils, contemporains 
peut-6tre de Ferdinand et d'Isabelle, ont 6te" decou verts a Pau chez 
un antiquaire ! 



Fauteuils de Guernica 

Sur deux des cdtes sont appendues aux murs les belles tapisse- 
ries des Gobelins de M. Arcos, et les ornements sacr6s donnas en 
1662 a la ville de Saint-Jean-de-Luz par Louis XIV, en souvenir de 
son mariage. An pied de Tune des tapisseries, une belle console a 
pieds sculpted qui ornait la chambre de Marie-The>ese dans la 
maison de l'lnfante. 

Le beau portrait du marfahal Harispe par Rixens orne un troi- 
sieme cdte* ; a ses pieds, dans une vitrine, le baton de marshal, les 
epces, les nombreuses decorations. 

A cdte\ la ban ui ere et une hallebarde de Lesaca, de 1681, eta 
l'autre bout deux perles : une Vierge d'albatre donn^e par Phi- 
lippe III a don Francisco de Abaria, le deTenseur d'Oran; le por- 
trait en miniature du capitaine de vaisseau Bavard, n6 a Saint- 
Jean-de-Luz en i?65, morten 1828, blesse" et prisonnier a Trafalgar 
(un des ancStres du docteur Goyeneche). Mais pourquoi Finscrip- 
tion porte-t-elle 6vad6 des pontons anglais, alors que me* me 



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DE LA TRADITION BASQUE j5 

cheat les Anglais les o Aiders superieurs etaient honorablement 
traites? 

Dans one autre vitrine, nous trouvons un autre temoignage de la 
valeur des Basques, le fanion du colonel du Royal Navarre, ce 
valeureux regiment forme' de volontaires de la Basse-Navarre qui, 
k Tinstar des milices du Labourd, se levaient au premier appel 
pour la defense du pays : fine broderie d'argent dessinant en 
relief tambours, mousquets 6% trompettes, avec le soieil rayonnant 
de Louis XIV et les devises : Nee pluribas impar — Bellicosus 
Cantaber. 

En face, deux panneaux d'armoire du dix-septieme siecle 
admirablement sculptes : l'automne et l'hiver, le printemps et 
iete. 



Nous quittons cette salle pour revenir au grand hall et voir enfin ' 
les merveilles qui, gr&ce k Leon Bonnat, orneift tout le cote* gauche 
du Grand Casino, c'est-&-dire la grande salle des conferences, les 
deux salons et la galerie. 

La grande salle contient une se>ie de tableaux espagnols d'une 
execution parfois naive, mais qui denote beaucoup d'observation : 
Mouvement d'un air de flAte en Biscay e; Procession du Vendredi 
saint, de Dario de Regoyos ; un Retour de pGche et un Amaiketako 
en Ondarroa, de Ugarte; un Alcalde de village, de Zuolaga; 
Caserio Errotaberry, de Gordon. Un peu plus loin, une bonne 
copie du beau vitrail du palais de la Deputation, k Saint-Sebas- 
tien : Alphonse VIII de Castille juraut sous l'arbre de Guernica 
de respecter les Jueros. Dans le fond, un beau portrait de la reine 
de Serbie, de M me Coeffier. 

A droite de cette grande salle est le salon qua bon droit Ton peut 
appeler le salon merveilleux : e'est celui oil brillent les six tableaux 
de Bonnat, qui disent eloquemment les phases de ce souple et 
vigoureux talent. Notre Darracq fait de chic, vivant, et qui semble 
le disputer au portrait de Mtztere pour Tintensitedu relief. Entre 
deux le portrait encore inachev^ de Rose Caron, si vivant, lui 
aussi, mais ou domine la note tragique ; e'est ^videmment l'instant 
on, sur la terrasse du temple, Salammbd evoque au troisieme acte 
Tanit, la douce lune. Entre les portraits de M™ de Olazabal et de 



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j6 COMPTE RENDU DES F&TE8 

M** Camille Molini4, on disputera longtemps pour savoir auquel 
donner la palme : quelle vigueur, quelle intensity de vie, calme, 
sereine et forte dans le premier, mais dans le second, que de dou- 
ceur exquise ! Entre ces deux tableaux, VAigle liant un More, 
fantaisie du grand artiste. 

Queiques autres toiles en ce salon ne p&lissent pas trop a c6t6 
de ces chefs-d'oeuvre : un Portrait de M. Olazabal, — Oh sommes- 
nous ? — Jeu de pelote de Hernani, de M. Arcos, un artiste cons- 
ciencieux et bien personnel ; le Portrait de M mt de Urquijo* de 
Bernoville ; un Portrait de M mt A'..., de Paul Gomes, etc. 

En l'autre salle brillent queiques tableaux de nos je lines artistes 
bayonnais : le Martyre de saint L4on, de Georges Berg&s, d'une 
composition et surtout d'une couleur bien originates ; la Naissance 
de Pe'gase, de Denis Etcheverry, trfes classique et correct de dessin, 
un peu sombre de couleur; une Vieille Basquaise, d£licieux por- 
trait de M ,,e Marie Garay; trois bons portraits de M. Bordes : 
M mt Bordes. le Docteur Rectus, M. d'Arthez; deux perles de 
M. Jolliet, le directeur de T6cole de dessin et de peinture de 
Bayonne : Jeu de quilles et Mendiants; le Portrait de M me de 
Ribera, par de Ribera; queiques Vues de Biarritz, de Nozal; 
queiques paysages, la Nive a Bidarrqy, de Bourrousse ; la Fon- 
taine de Saint-Lton, a Bayonne, et une Vieille maison de 
Ciboure, deux bonnes aquarelles de M Uo Louise Garay. 

Enfin, car nous n'avons pas la pretention d'gtre complet en cette 
Enumeration, ca et la sont appendues de belles et fines aquarelles 
d'Achille Zo (rue, passage dEspagne), quatre jolis portraits au 
crayon de Pascau (encore un Bayonnais) ; le Vieux Trinquet de 
Saint- Jean-de-Luz, de Saint-Germier ; des Vues de la cdte, de 
Soulange-Bodin, de belles sepias de M. Arcos donnant toute une 
s6rie de pelotaris (Partie perdue, AprH un fort quinze, Repos); 
queiques vues de Biarritz, de Nozal (le Phare, la Roche Perce'e, le 
Port des Picheurs), etc. 



* 
* * 



Le 1 5 septembre, TEx position fermait impitoyablement ses 
portes et, a cette heure, tableaux, objets d'art, manuscrits rares, 
plans et gravures, tables et faiences, bahuts et tapisseries, ont 
repris le chemin de leurs heureux proprtetaires. 



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DE LA TRADITION BASQUE 77 

Mais de tout cet ensemble le souvenir vivra longtemps dans le 
pays, et ces fetes, cette belle Exposition, nous auront appris a 
mieux connaltre et aimer d'un plus intelligent amour notre cher 
Pays Basque. 



Charles Bernadou. 



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Laureate des Fetes de la Tradition Basque k Saint-Jean-de-Lnz 

AOUT 1897 



i° POESIES fiCRITES 

Felipe Gasal y Oteguy, de Saint-Sebastien : 

Oure ama maitia, sujet impose, i er prix : ioo fr. 
Harrazpi (M. Tabb6 Becas, cure de Bidart) : 

Santsin, non impose, a* prix : 5o fr. 
Juan Pedro Otano, de Saint-Sebastien : [ ex (B( l UD 

Limosnacho bat, non impose, a prix : 5o fr. 
A. Pheza (M* r Diuarrassary, cure d'Osses) : 

Menderen Mendetan (cantique en l'honneur de saint Jean-Baptiste), 
paroles et urn si que. Prix : 5o fr. 

a IMPROVISATEURS 

^ubiat Iribarxe, de Behorteguy, i er prix : 60 francs. 
Duhaldebehere, de Sare, a e prix : 3o fr. 
Erguy, de Mendive, 3* prix : ao prix. 
Larramendy, de Lecumberry, 4 e prix : i5 fr. 



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* r: - 



LES FETES DE LA TRADITION BASQUE 79 

3° PARTIES DE PELOTE 

AU REBOT 

Prix de 200 fr. partage* entre : 

Juan-Jos£ Gorosteguy, dlt Yrun, 100 fr. 
Jean-Pierre Larre, dit Ciki, 5o fr. 
Embhl, 5o fr. 

blaid au chistera 

Gastellumendy, Eloy, line ceinture de soie. 

BLAID A MAIN NUE 

Dabjuchon, de Hasparren, un makila. 



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Ciboure, en face Ssdnt-Jean-de-Lux 



POESIES COURONNtiES 



GURE AHA MAITIA NOTRE H£RE BIEN-AIMfiE 

par Felipe Cabal y Otbguy, de Saint-Stbastien 



I 

Mandubak duen Choko 
Garbichuenian, 
Ama bat triste dago 
Laguntz biarrian; 
Semiari ojuka 
Bihotz barrunian 
Asko sentidubela 
Ezin egonian. 



Dans le plus gracieux coin du monde, 
une mere dlpourvue de tout aide fait 
appel a son fils du fond de son coeur 
desol6 ; elle s'ecrie dans sa douleur amere 
qu'elle n'en peut plus, de tout oe qu'elle 
Sprouve. 



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"*?' 



LES FETES DB LA TRADITION BASQUE 



81 



Aide gehienetatik 
Baditu etsaiak, 
At charra sartu nazan 
Dabiltza guztiyak; 
Berak aspaldichuan 
Dauzka igarriyak 
Zein diran oituru zar 
Onan galgarriak. 



De loos cotes l'ennemi l'environne : 
c'est une vermine qui a penltre ni£me 
dans son sein od elle ne cesse de s'agi- 
ter, et od une soif cruelie la devore, 
cherchant a y epuiser les restes de nos 
vieilles coutumes. 



Leoago pakeakin 
Aberastasnna 
Zuben, Ama guriak 
Eta ontasnna ; 
Orain nailiotcke 
Hendu osasuna, 
Banan! ez; baldin bada 
Odol euskalduna. 



Autrefois dans la paix notre mere jouis- 
sait de grandes richesses et de vastes 
terres. L'on voudrait aujourd'hui lui en- 
lever aussi la vie. Mais non ! tant que 
le sang basque coulera dans nos veines, 
leurs efforts seront vains. 



Bai othe da maithatzen 
Ez duben semerik, 
Euskal erriyan jayo 
Eta azi danik; 
Etzait iruditutzen 
Ain seme gaistorik 
Ama gore maitiak 
Izango duenik. 



Pourrait-il se trouver un enfant sans 
amour, parmi ceux qui sont nes et nour- 
ris en terre euskarienne? Non, notre 
bien-aimee mere ne saurait avoir de flls 
au coeur si dtfr. 



Munduban ez da inon 
Ederragorikan, 
Ez ere nere ustez 
Berdintzekorikan ; 
Izana gatik zarra 
Sustraietatikan, 
Gaztia arkitzen da, 
Lore emanikan. 



II n'est nulle part un pays comparable 
en beaut£ a mon pays. A mes yeux 
il ressemble & un vieux chene qui, 
presque deracine, raj e unit et reverdit 
toujours. 



6 

Lore ori biegu 
Guztiyak jorraitu, 
Eta maitasunakin 
Utzi gabi zaitu ; 
Ama lotzaturikan 
Ez dedin arkitu, 
Ez bere semerikan 
Atzian gelditu. 



6 



Entourons de nos soins ces rejetons 
fleurissants : gardons avec amour ce 
iresor precieux. Gardons bien notre 
mere contre tout effroi, et qu'aucun de 
ses ills ne se lie a l'etranger. 



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GOMPTB RENDU DBS PETES 



ten 

eez 

»tuak, 
ak 

\n dauzka 
oak. 



Geux qui, restes ici, lui furent secou- 
rables Itaient vraiment des coeurs vail- 
lants. lis n'eurent de l'ennemi aucune 
peur honteuse; et maintenant Dieu lea 
a dans son paradis. 



8 

mdo 
zen 

laaik 

irtzen; 

teren 



8 



lis farent tons vaillants 4 delendre 
lean tors eontre des ennemis venus 
pour les d&ruire. Volontiers ils repan- 
direnl leur sang pour empeeher leurs 
coutumes de tomber a terre. 



k 
i. 



inak 

ra, 

igu 

era; 

Ti 

tiyak 
a. 



Si de la sorte nous nous concertons 
ensemble, notre mere l'Eskuara vivra 
toojours. Nous n'avons ete jusqu'iei 
on objet de frayeur pour personne : 
allons done to us embrasser noire mere 
cherie. 



io 
rean 

ra 



mak 



Apres l'avoir embrasse>, tenons ferine 
dans notre fidelity, pour qu'aucune de 
nos coutumes ne soit abolie. Si nous 
nous montrons de vaillance pareille, 
notre mere ne pourra point se plaindre 
que nous ayons failli. 



ii 

ta 
k 

r 

k; 
ure 

a 
k. 



ii 

Pleins d'amour pour notre bereeau, 
nous devons vivre en paix dans notre 
douce union. Notre mere Eskuara, con- 
served parmi nous, vivra gloriense a 
jamais. 



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DE LA TRADITION BASQUE 



83 



Guaden bada aurrera 
Nere anai onak, 
Arturikan bfde on 
Batetikan danak; 
Aurrckuan odola 
Hutzatzen degunak, 
Ezan ill arterano 
Gere Euakaidiina. 



Rassemblons-nous done, 6 frer 
aiines, et marchons tous ensemb 
la voie bonne et droiie. Nous q 
nos fronts montrons encore di 
parlons jusqu'a la mort notre 
enskarienne. 



II 

SANTSIN SANTSIN 

par Harrazpi (M. L'abbe Bbcas) 



AIRBA 



3IJ g J'J'I JjJ ^RJg e ^^p 



3= 



Jakin tunen a- ra-be-ra Norcberae du be-re-a, etc. 



Igande ilhuntze batez, 
Btehe aide zohala 
Brroz gora erori zen 
Santsin zabal-zabala 
Izarrac nihon ez ditu 
Ikhusi ban bezala, 
Ilhargia ferekatuz, 
Gan zen gan berehala. 



Un dimanche soir, Santsin, r 
dans sa demeure, tomba de to 
long. Jamais il ne vit autant d 
que ce soir-la. II se releva poui 
poursuivit sa route, tout en ca 
sa lune. 



Etchera'ta andreari 

Erraten omen dio : 

« Erori ko hunek ez din 

« Samurtzea balio! 

« Erran, no, Santsinen gattza 

« Noiz gosta zain kario ? 

« Beti badin, ostatuan, 

« Merke botikario ! » 



A peine est-il rentre chez lui, < 
dressant a sa femme : a II ne vau 
peine que tu te Caches pour cette 
Voyons, quand est-ce que la mal 
ton Santsin t'a coute cher? L's 
est toujours pour lui une pham 
bon raarche. » 



Goiz aldera, ez errechki 

Jeiki zen bada Santsin, 

Ziolarik lagunari : 

« Atch! hementehe dinat mini » 

Hunek aldiz : « Sendatzeko 

« Hauche behar due egin : 

« Enekin bezein maiz hadi 

« Samur botoilarekin. » 



Vers le matin, Santsin se lev< 
mais non sans peine, tout en d 
sa compagne : « Atch ! e'est d'ici 
son Are. » Sa compagne de lui rep 
« Voici pour toi le bon moyen de 
o'est de te facher avec la bouteill 
sou vent qu'avec moi. » 



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GOMPTE RENDU DBS FETES 



egonen hiza 
ski, ergela! 
sen senhar gozoric, 
idakin ez dela, 
debru hunek zatan 
ten ur ephela ; 
aise uzten dan 
sean igela. » 



« Vas-tu done te taire, imbecile de 
femme ! Tu sais qu'il n'y a pas de mari 
aussi bonasse que moi. (Test cette dia- 
blesse de hanche qui me reclame de l'eau 
tiede. Toi aussi, tu laisses, sans peine, 
l'eau froide pour les grenouilles. » 



faizoaren ganat 
en barbera, 
han nonbeitic, 
at athera. 
egin zioten 
sobera, 

itsin gelditu sen 
Santsin bera. 

6 

lunen idurico, 
en bazterretan ! 
gar, eskatima, 
rratsetan ! 
nic dagoena 
itatuetan, 
in izanen da 
pu tzarretan. 



Le medecin vint (aire one visite au 
pauvre Santsin, et d'un certain endroit 
lui arracha one epine. Je ne sais pas s'il 
fut par trop rudoy£ ; to u jours est-il qu'il 
demeura le Santsin d'autrefois. 



6 

Gombien de gens, ici et la, qui ressem- 
blent a mon Santsin ! Que de pleurs, que 
de disputes, les dimanches soirs ! Qui- 
conque s'habitue, dea son jeune age, a 
s'attarder dans les auberges, sera sou- 
vent, sur ses vieux ans, convert de hail- 
Ions. 



in 

OSNAGHO BAT UNE AUMONE 

(pakba) (la paix) 

par Juan Pbdro Otano, de SainUSebastien 



ishkor bat itsu-aorreko. 

damenian, 

rusoll bizar zuribat 

uren ganian, 

nan ikusinuben 

i joanian 

[>n zan jakin nayian 

nintzanian... 

ho bat eskatu ziran 

m izenian. 



Un aveugle, t£te chauve, a barbe blan- 
che, s'en allait sppuy6 sur deux be- 
quilles, conduit par un garcon robuste, 
quand je le vis au coin de la rue. Las 
et fatigue, il n'en pouvait plus. Je me 
retournai, voulant savoir qui il 6tait. 
II me demanda l'aumone au nom de 
Dieu. 



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^r^ 



DE LA TRADITION BASQUE 



85 



Zerbait emanaz galdetu niyon 
Alzan modu one nian, 
Jayotzatikan alzeukan ala 
Gaitzak ariuba mendian ; 
Erautzun ziran; ez semia, ez 
Nik sasoya nubenian, 
Ez nuben uste irichitzerik 
Onetara azkenian... 
Gaur limosna bat eskatutzen det 
Jaiukoaren izenian. 



Tout en lui donnant mon aumone, je 
loi demandai bien poliment si e'eiait 
dds sa naissance que le mal l'avait ainsi 
aaisi a la montagne. II me r6i>ondit : 
Non, mon ills, non. Quand j'etais dans 
la belle saison, j'6tais loin de penser 
qu'enftn j'en viendrais a ceci; et voila 
qu'aujourd'hui je demande l'aumone au 
nom de Dieu. 



Eta segitu zuben esanaz : 

— Lengo gerrate denian, 

Ni aurren shamar ibilltzennintzan 

Beti edo geyenian ; 

Nekatu gabe, aisa igoaz 

Aldapik luzienian; 

Etzan burura asko etortzen 

Gu ala gebiltzanian 

Gero limosna eskatutzerik 



Bt il poursuivit en disant : Pendant 
toute la guerre d'autrefois, je m'en allais 
le plus souvent a l'aventure, et sans 
fatigue avec grande aisance je gravissais 
les plus longues cotes. II ne me venait 
gu&re a la tete, alors que nous allions 
ainsi, que je devais un jour demander 
l'aumone au nom de Dieu. 



Odolak bero eta burua 
Arrua daguenian 
Edozein moduz sartutzen da bat 
Alako iisumemian; 
Atsekabeta negar saminak 
Badatoz ondorenian 
Nolaerebait batek biziya 
Utzitzen ez dubenian... 
Limosnacho bat eskatubear 
Jainkuaren izenian. 



Ayant le sang chaud at la tete ardente, 
quand l'age est a l'avenant, n'importe 
qui, n'importe comment entre en pareil 
aveuglement. Mais viennent ensuite les 
malheurs et les larmes ameres ; et quand 
par quelque chance on n'en a pas encore 
flni avec la vie, il faut alors demander 
l'aum6ne au nom de Dieu. 



Ynoiz pentsatzen nere artian 

Ni jarritzen naizenian 

Gaur ere asko diraia joango 

Lirakenak zuzenian 

Ezluke inork sinistatuko 

Zer pena ematen diran 

1 Ai 1 orla nintzan ni ere sano 

Tagazte nenguenlan... 

Gaur limosna bat eskatutzen der 

Jainkuaren izenian. 

6 

I Ai ! ehorakeri asko egiten 
Da zentzurik ez danian ; 
Sinista zazu ur au pasia 



Quand parfois je me mets a reflechir en 
moi-meme, que d'autres aussi s'egarent 
qui pourraient suivre la voie droite ! Nul 
ne croirait combien ils me font de la 
peine. Ah ! j'etais comme eux aussi 
quand j'etais jeune et bien portant, ct 
aujourd'hui je demande raumone au 
nom de Dieu. 



6 

H61as! on fait bien des folies quand 
on n'a pas de bon sens. Groyez a la pa- 
role de celui qui a passe par les eaux 



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COMPTE RENDU DBS FETES 

l; de l'epreuve. II vaut bien mieux, pen- 

inarte dant que la saison dure encore, s'appli- 
quer au travail, sans s'en aller en pleu- 

jabe rant, alors qu'il n'er.t plus temps, ne 

an... pouvant pas auiasser une aum6ne au 

lu eziiiik nom de Dieu. 



IV 



ika I Cantiqne 

tchtarta ohoretan | en rhonneur da saint Jaan-Baptiata 



par A. Pheza (M r Diharrassary) 



i amodio, 
i laudorio, 
ari 

chtari 
chtari. 



REFRAIN 

Amour daus les siecles des siecles, 
louange dans les siecles des siecles au 
lidele temoin de Jesus, a saint Jean- 
Baptiste. 



COUPLETS 



iitatua, Elu par Dieu de toute eternite, an- 

hatua, nonce depuis longtemps par les pro 

ihanperat phetes, il se retire, des sa premiere jeu- 

izitzerrat. nesse, au milieu des bois, pour y vivre 

dans la solitude. 



maritzat, 11 a pour nourriture du miel et des 

itzat, sauterelles, pour boisson Peau du rocher, 

kotzat, pour vetements des peaux de betes fe- 

orentzat. roces. Oh ! quel modele pour tous 1 



^iturik, Eclaire par une revelation divine, il 

idurik, apprend la veoue de Jesus ; il voit l'A- 

ikusirik, gneau du Seigneur et s'ecrie avec alle- 

m, dio bozik. gresse : « Le voila! le voila 1 » 



katzen, II preche la penitence : « Personne ne 

r sartzen, pent entrer au oiel, s'il n'a fait la guerre 

mturik a ses passions, s'il n'a veou dans la, 

iziz baiaik. lutte, dans la peine. » 



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DE LA TRADITION BASQUE 87 



Eta gu, urguilaz hampatuak, Et nous, enfles par 1'orgueil, reculant 

Bizitze arruntak lotsatuak, devant une vie simple, indifferent* dans 

Jainkozko bidetan lazatuak, les voies de Dieu, nous avons soif de 

Atzeginez gare gosetnak 1 plaisirs ! 

6 6 

Nor da jarraikitzen zozenari ? Qui s'attache a la justice? Surtout, qui 
Guziz nor jazartzen makhurarri? s'attaque a l'injustice? Qui, a l'exemple 

Nork, nola Joanik Herodesi, de Jean devant Herpde, s'ecrie : « Ceci 

Oihu egiten du : Hori gaizki 1 est mal 1 » 



Herodesek preso du altchatzen ; Herode le met en prison. Toutefois, le 

Saindua halere ez ichiltzen, Saint ne se tait pas; on le d6eapite, et 

Burua diote ebakitzen, de son sang il seelle sa parole. 
Odolaz du hitza zigilatzen. 

8 8 

Ochala Joanik lagundurik, Plaise a Dieu que, aides par Jean et 

Haren urhatseri jarraikirik, nous attachant a ses pas, nous puissions, 

Gu ere, non nahi eta bethi, nous aussi, partout et to uj ours, demeu- 

Leial baginaude Egiari ! rer fideles a la verite ! 



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FllTES 



TRADITION AU PAYS BASQUE 



COMTTfi D'ORGANISATION 

La Municipality db Saint-Jban-db-Luz; 

Lb Consbil Municipal ; 

MM. Bonnat, membre de llnstitut, vice-president de la Soci^le d'Ethnogra- 

phie nationale; 
Gh. Bordbs, compositeur de musique, commissaire dengue de la 

Society d'Ethnographie nationale pres le Comite basque, membre du 

comity de ladite Society ; 
David, maire dlSspelette ; 
6 mile Ducourau, president de la Soci£te Bearnaise et Basquaise de 

Paris ; 
Albert Dutby-Harispb, a Lacarre ; 
Louis Etchbvbrry, ancien depute des Basses-Pyrenees, a Saint-Jean-le- 

Vieux; 
J. db Jaurqain, publiciste, a Mauleon; 

H. db Larraldb-Diustbouy, conseiller general, maire d'Urrugne ; 
G. Lbrbmbourb, conseiller general, maire de Sare ; 
Tirzo db Olazabal, senate ur de Guipuzcoa ; 
Gh. Petit, conseiller a la Gour de cassation ; 
A. db Portal, a Mauleon; 

J.-D.-J. Sallabbrry, conseiller d'arrondissement, a Mauleon; 
A. db Souhy, conseiller general, maire de Mauleon; 
Frbdrric db Saint-Jaymb, conseiller general, a Saint-Palais: 
Arturo Campion, a Pampelune ; 
Henri Aguirrb, alcalde de Valcarlos ; 
Gh. Diriart, a Saint-Palais. 



MM. Ahbtz-Btchbbbr, conservateur de l'Exposition 
Duhart et Pochblou, secretaires ; 
Poublan, tresorier. 



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---• jr-.T.'-T 



LA TRADITION AU PAYS BASQUE 



DEUXltME PARTIE 



GONGRES 

TRAVAUX ET COMMUNICATIONS 



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LA RAGE BASQUE 

lmJDE ANTHROPOLOGIQUE 



PAR 



LE D' R. COLLIGNON 

M&tecin major d VlZcole supirieure de guerre 



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^WT, 



LA RAGE BASQUE 

fiTUDE ANTHROPOLOGIQU 



PAR 



LED* R.COLLI6N0N' 

Medecin major d fficole supirieure de guerre 



On sait k quelles divergences de vues sont arrives t< 
qui se sont adonne*s k l'6tude du peuple euskuarien ou 
Qu'il s'agisse de ses coutumes, de sa langue, de son type j 
mftne, on se heurte k des opinions inconciliables. Quant 2 
gines, Ies t6nebres les plus 6paisses les couvrent, et ce peu] 
doxal, \ivant debris de temps que Thistoire n'a pas enr 
pose, comrae l'antique sphinx, son Iternelle £nigme aux hi* 
aux Iinguistes et aux ethnographes, sans que ni les un 
autres aient su, jusqu'ici, la re*soudre dune facon m&me j 
mative. 

Nous abordons, k notre tour, ce probleme en anthropoh 
nous pensons 6tre autorise* k croire que, comme tel, nous 
la v^rite" de plus pr&s que nos devanciers. Le type phyi 



i. Les pages qui vont saivre ne sont qu'un resume succinct d'lin ti 
paraltra in extenso dans les Me mo Ires de la SociSte d'Anthrop 
Paris, Le leoteur nous pardonnera done si nous les altegeons de 
chiffres qui constituent nos « pieces a 1'appui » et si nous le re 
pour la justification des idees que nous a lions exposer, au 
complet. 



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"¥T7^ 



96 LA RAGE BASQUE 

Basque se trouve, pensons-nous, d6finitivement fixe\ et les rappro- 
chements qui d£coulent de cette de*couverte nous indiquent, sinon 
les origines de la race, du moins ses relations ethnog£n6tiques, ce 
qui limite le champ des recherches dans cet ordre d'id6es. 

Effectu6 en 1893, au cours des operations du conseil de revision 
des Basses-Pyr£n6es, notre travail porte : pour la France, sur I'en- 
semble du contingent, c'est-a-dire sur tous l6s jeunes gens de 20 a 
ai ans, n6s en Pays Basque ; pour l'Espagne (et seulement a titre 
de contr61e), sur l'examen des hommes d'un regiment espagnol du 
Ouipuzcoa; et enfin accessoirement sur tout le contingent annuel 
des d£partements francais accoles au Pays Basque, Landes, Basses 
et Hautes-Pyr£n6es ; ce qui nous a permis de comparer aux Bas- 
ques leurs proches voisins, Bearnais, Gascons, etc., etc., et mfime, 
grace a nos recherches ant6rieures, les populations plus eloigners, 
comprises en bloc dans un vaste segment allant de La Rochelle a la 
Bidassoa et aux Pyr6n6es d'une part, de rOcean a TAuvergne et 
au Languedoc, de l'autre. 

Nous ne pouvons entrer dans le detail des mesures relev6es, aussi 
nous bornerons-nous a rSsumer, dans un tableau comparatif, les 
principales moyennes obtenues en France et en Espagne, ren- 
voyant, pour les details et pour la discussion des resultats, a notre 
travail in exten&o. 

Le simple vu de ces chiffres accuse, entre les deux series, de 
notables dissemblances en ce qui concerne la conformation cra- 
nienne. Les Basques de France sont brachyc6phales, ceux d'Espagne 
doiichoc£phales ; en revanche, eile les r£unit en ce qui concerne les 
caracteres de la face, en tendant au contraire a les 6carter des autres 
populations deja 6tudi6es de l'Europe, et notamment de toutes celles 
qui les entourent en France, soitau nord, dans les regions dolicho- 
cephales de Dax ou tr&s brachyc6phales de Saint-Sever, soit a Test 
dans les basses valines des Pyr6n£es, ou dans le Beam proprement 
dit. 

En deux mots, pris en bloc, les Basques different de tous leurs 
voisins par des caracteres commons, et en outre leurs deux frac- 
tions principales different entre elles. 

Ce ph6nomene, signals par tous les pr£c£dents observateurs, 
prouve-t-il l'antique duality de race d'une population tres ancienne, 
dont les deux fractions survivantes n'auraient de commun que la 
langue et dont les caracteres similaires s'expliqueraient, comme le 
pensait Broca, par leur 6gale antiquity ? ou bien ne serait-il qu'un 



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ETUDE ANTHROPOLOGIQUE gj 

accident du aux croisements subis par les uns ou par les autres? 
En ce cas ou chercher le veritable type basque, en Espagne ou 
en France, chez les dolichocephales ou chez les brachycephales? 
Question epineuse et que, apres mure reflexion, nous n'heaitons 
pas k trancher en faveur des Basques francais. 

L'anthropologiste qui, venant du B6arn ou des Landes, p£netre 
dans les cantons basques, et qui snrtout a la bonne fortune d'avoir 
pu, com me nous, examiner des deux c6t£s de la frontiere Unguis- 
tique les individus qu'il voulait £tudier dans le costume primitif 
exig£ pour le passage devant le conseil de revision, est imme*diate- 
ment frappe du changement radical qu'il observe. On a maintes 
fois fait remarquer combien pour les coutuines, pour les jeux, pour 
le costume m^me, la transition est brusque entre les Basques et 
leurs voisins. Non seulement d'un village k l'autre, mais menie 
dune maison k la voisine. dans les hameaux de la frontiere ou il y 
a eu Emigration r^ciproque, on observe avec surprise une -diffe- 
rence du tout au tout, suivant que les habitants sont Basques ou 
non. 

(Test la meme impression que j'ai ressentie des qu'en seance du 
conseil je me suis trouve* en presence du contingent basque, et 
celle-ci n'a fait que se fortifier au fur et k mesure que, poursuivant 
sa route de chef-lieu de canton en chef-lieu de canton, l'itin£raire 
du conseil de revision me mettait en presence de toutes les frac- 
tions de notre population euskuarienne. Un type d'hommes nou- 
veau, profondement different non seulement de tous ceux que dans 
les m&mes conditions j'avais observes en France, mais aussi de 
tous ceux que j'avais etudi^s dans l'Afrique du Nord, se rEvelait 
a mes yeux. 

Ce type, en le degageant soigneusement de ce que des melanges 
s£culaires ont pu y introduire d'elements adventices bien connus, 
comme aussi des immigr£s, fils de fonctionnaires ou autres, 
compris dans le contingent pris en bloc, peut se caracteriser de la 
sorte : 

Pour le corps. — Taille 61ev6e, de beaucoup supe>ieure k la 
moyenne francaise dans les populations globales de m^me &ge. 
Thorax tronconique allonge\ large aux epaules, qui affectent le type 
carre des statues Egyptiennes ; tres d£veloppe dans son perimetre, 
qui, a taille 6gale, est de plusieurs centimetres plus long qne celui 
de n'importe quelle autre race de France. Bassin droit et r£tr6ci, 
toujours comme les anciens figyptiens et comme la plupart des 

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LA MAOB BASQUB 



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ETUDE ANTHROPOLOG1QUE 99 

Berberes. Courbures rachidiennes tres accentuees, tres flexibles et 
donnant a la demarche une grace toute particukere. Jarabes greies, 
mallets pea saillants. Membres superieurs, greies egalenient. 

Pour la tite. — Tete tres allongee dans le sens vertical ant6ro- 
posterieur. Crane sous4>rachycephale par son indice cephalique, 
qui attaint 83,oa (sur le vivant), mais long d'avant en arriere en 
chiffres absolus r prodigieusement gonfle au-dessus des tempes, pre- 
cisement an niveau du point ou se prend le diametre transversal 
maximum, caractere absolument propre a cette race et qui permet 
de considerer sa brachycephalie eomme factice et accidentelle*. Le 
cr4ne eat en outre haul dans son diametre vertical. 

La face est tres allongee, tres Itroite et affecte la forme d'un 
triangle renvers£ ; le front, 6troit a sa partie inferieure, est haut et 
droit. Les arcades zygoinatiques minces et e0ac6es lui succedent 
sans elargir sensiblement la figure, qui ensuite se r£trecit brusque- 
ment pour aboatir a un menton prodigieusement pointu et a une 
machoire inferieure dont les angles post6rieurs se retr£cissent con- 
centriquement. Sur le squelette on se rend compte des causes ana- 
tomiques auxquelles se lie cet aspect, en remarquant la gracilis 
extraordinaire des maxillaires superieurs, qui semblent comme etre 
eomprimes en ions sens et renfonces sous la voute cranienne, fait 
observe deja par Broca lorsqu'il remarquait que les arcades den- 
laires tendaienrt a se rejoindre en arriere chez certains sujets et 
$ue, bien loin d'etre prognathes, quelques-uns d'entre eux etaient 
apisthognates. 

De profil le front est elev6 , droit, la glabelle efTacee, la racine du 
aez assez enfoncee; celui-ci est en general busque, long et leptor- 
thinien, le bas de la figure allonge. Enfin les cheveux sont bruns, 
I6gerement ondules, et les yeux, tout en se rangeant dans la categorie 
des fonces, seraient a plus Juste tit re classables dans une categorie 
interm&liaire entre les yeux bruus ve>itables et les yeux dits de 
teinte moyenne; ils sont aux yeux reellement fonces ce que les 
cheveux dits bruns sont aux cheveux noirs. De la barbe je ne sau- 
rais parler, tous sont rases. 



1. Ce sont, a mon avis, de faux brachycephales. Ii existe des races 
doticheeephalea diles occipitalis ou frontales, suivant que leur crane s'elargit 
en arriere ou en avant (Cro-Magnon d'une part, Hallstadt de I'autre). Les 
Basques avec leur long crane sont des dolichocephales temporaux ; le ren. 
dement* anortnal de leur tete, juste a sa partie mediane, leur donne un 
indiee tvompear. 



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lOO 



LA RAGE BASQUE 



Dans cet ensemble, les deux particularity frappantes et r^elle- 
ment caracteristiques sont le renflement du crane au niveau des 
tempes et le prodigieux r6tr6cissement de la face vers le mentoo. 
La race qui les pr£sente n'a pu les tenir d'aucane autre race 
connue ; ce sont done la de ve>itables caracteres ethniques, secon- 
daires peut-Stre dans une classification g6n£rale des vari6t£s 
humaines, mais strictement distinctifs pour celle dont il s'agit. 

Ainsi d£termin£e, la veritable race basque est absolument facile a 

reconnaltre. Grace a un pointage particulier, j'ai pu rechercher la 

. proportion num&rique en laquelle elle se presentait dans le d6par- 

tement entier des Basses-Pyr£n6es et dresstr le tableau ci-dessous. 

Nombre des sujets pr6sentant le type basque 
daxis les Basses-Pyr6n6es : 



NOMBRE 




TOTAL 


8UJBT8 PBBSBNTAMT 
LB TTPB BASQUB 


DK 




DBS 






CANTONS 




BXAM1NES 


Nombre 
total 


Proportion 
p. iOO 


9 


Cantons basques de langne et de race . . 


73a 


3oa 


4i,a 


9 


Cantons basques de langue, mais de race 
tres croisee 


188 
839 


35 
55 


18,6 
6,5 


Cantons frontieres du Pays Basque . . . 


ao 


Cantons bearnais purs 


aoo8 


19 


0,8 




Canton d"Hasparen (maximum) 


88 


49 


55,7 


ii 


Cantons du Beam ou il n'existe pas . . . 


992 









11 en ressort : i° qu'au coeur du Pays Basque, Ik oti les limites 
arbitraires des cantons n'englobent pas des communes basques 
avec des communes b£arnaises ou gasconnes, ce type de race par- 
ticulier se rencontre dans toute sa pureti sur plus de 4 1 pour 100 
de la population et ne laisse pas que dim primer un cachet special 
au reste de celle-ci, compost de ses m£tis ; 2 que quelques Basques 
se retrouvent dans les cantons frontieres, traverses du reste tres 
capricieusement par la limite de separation des deux langues ; et 
3° qu'enfm en dehors de celle-ci cette race n'existe plus. Les 19 jeunes 
gens pr6sentant le type basque qui out 6t£ remarques au milieu 
des 2008 conscrits du B£arn sont en eflet tous, ou r6cemment e*mi- 



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ETUDE ANTHROPOLOGIQtJE IOI 

gr£s dans des villes comme Orthez, Pan on Nay, on fils d'£migr£s 
(carte II). 

Une seule exception se rencontre. Hors de la frontiere linguistique 
existe, & Test du Pays Basque, nn canton oix Ton rencontre 22,4 pour 
100 de sujets du type basque : c'est le canton <T Aramitz. Mais ce nom 
seul, profond6ment euskuarien, prouve qu'il s'agit d'un recul de la 
langue, ph6nomene qui s'explique de lui-m£me par la situation 
topographique de cette vallee, s6par6e par la montagne des cantons 
basques de la Soule et qui n'a de communication possible qu'avec 
Oloron et ses environs, c'est-k-dire avec le Pays B6arnais. L' excep- 
tion ne fait done que confirmer la regie (carte I). 

Ajoutons que pour faire contre-6preuve, chaque fois qu'en mesu- 
rant les hommes des regiments de la region, regiments od le 
recrutement regional verse naturellement de nombreux Basques, 
chaque fois, dis-je, que j'ai remarqu6 un sujet pr6sentant. ce type, 
je n'ai pas manque* de lui dire : « N'&tes-vous pas Basque ? » et 
jamais je n'ai recu de reponse contraire ; tons 6taient Basques, ou 
issus de parents basques. En Espagne, ou le type est bien moins 
net, MM. les officiers qui voulaient bien me faire rhonneur de me 
guider dans mon examen me disaient, aux premiers sujets que je 
mesurais : « Geux-ci n'ont pas le type basque, ce sont des citadins, 
ou des gens de plaine. » Mais des qu'un sujet du type que j'ai d6crit 
pr6c£demment vint k se presenter, ils le signalerent unanimement 
comme r6ellement Basque. Or, enfants eux-m&mes des provinces 
vascongades, ils en connaissaient bien la veritable race, et ce fut 
pour moi un pr6cieux moyen de contrdle que ce t£moignage impar- 
tial qu'ils me donnaient. 

Toutefois, il est incontestable que ce type, que d'un commun 
accord nous conside>ons comme r£ellement basque, est relative- 
ment rare en Espagne. 

Le reste de la population, du moins dans le Guipuzcoa (car je 
n'ai pu observer que bien peu de sujets de Biscaye, d'Alava ou de 
Haute-Navarre), se compose d'un melange complexc d'616ments 
helerogenes. Ce que j'appellerais volontiers l'Espagnol moyen, e'est- 
k-dire ce type qui domine dans l'Espagne du centre et dans la valine 
de Fi5bre (celui du midi est en effet un pur Berbere), en forme la 
majeure partie. Son influence se fait sentir sur la taille, qu'il a 
abaissee, sur le crflne, qu'il a rendu nettement dolichoclphale dans 
les moyennes, sur l'indice nasal, dont il a, par le r£tr6cissement de 
la largeur, accru la leptorrhinie . En outre, quelques sujets rappellent 



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LA RAGE BASQUE 




Carte I. — Le Pays Basque trancaia et lea regions environnantea. 




Carte II. — Re'partition^de la race basque dans le d^partement des Basses-Pyre'ndes. 

Cliches communiques par la revue V Anthropologic, 



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BTUBE ▲OTHROPOLOGIQUE Io3 

francaea&ent le type du vieillard de Cro-Magnon, d autree plus rares 
dee types sporadiques tres particuliers, certainement anciens et 
{aibletnent representes dee deux ctoes dee Pyrenees taut ea Pays 
Basque que dans lee valines bearnaiees, gasconnes on hmguedo- 
ciennes. 

Ea sowme, par uu phenoiu&ae assez paradoxal, il ee trouve que 
le type ethnique euskuariea est infiniment plus rare et moins net 
en Eepagne, daus sou pays d'origine, qu'en France. Nous l'expli- 
querons d , aiUeurs facilement dans un instant. Bornons-nous pour 
le moment a poser oe fait preponderant, c'est que, s'il n'y avait, 
dans le6 provinces vaacongades d'Espagne, une certaine proportion 
du sang de cette race si particulifere que nous avons decrite plus 
haul, ses papulations ne diff&reraient en rien de ceUesqui les avoi- 
sinent en ce pays. 

En France, tout au contraire, la separation ethnique est aussi 
nette et aussi tranches que la separation linguistique. 

Les populations qui avoisinent l'tlot basque, minutieusement 
etudi6es par nous, ne sauraient d'aucune mani£re Gtre considerees 
coimne dee elements modificateurs ayant pu donner a celui-ci ses 
caract&res si speciaux. En effet, voici lear repartition : 

Au nord, les environs de Dax sont habites par une population 
plutdt dolichocephale (ind. c£ph. 80 a 81) \ plus petite de taille, 
dolichopside, moins hypsicephale, moins leptorrhinienne, et qui est 
sinon autochtone du moins extr6mement ancienne en ce pays. En 
effet, les cranes neolithiques de Sordes, trouv6s dans une caverne 
du canton de Peyrehorade, situe a la limite m&me de notrs Basse- 
Navarre, rappellent prodigieusement ceux des habitants actuels de 
ce canton et des cantons du Dacquois. 11 y a Ik filiation evidente ; 
nous avons en presence les lointains aleux et leurs petits-fils. Rien 
ni chez les uns ni chez les autres ne rappelle mfime de loin nos 
Basques. Ge m£me type de Sordes, attenuation lointaine du type 
bien connu de Cro-Magnon, se retrouvera vers Test auprfes d'Oloron 
ainsi que dans les valines pyreneennes comprises entre les sources 
du Gave d'Oloron et celles de la Garonne ; nous le trouverons pro- 
babiement plus loin encore dans les valines de TAri^ge et des 
Pyrenees-Orientales, lorsqu'elles auront pu etre etudiees comme 
les precedentes. 

1. Ne pas oablier que ces chiffres visent une population en bloe, sans en 
separer les immigres et sans reduction pour comparer l'indice a eelui du 
erans. 



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104 LA RAGE BASQUE 

Les populations apparentees a cette race (si ancienoe dans cette 
region qu'il n'est pas douteux que ce ne soit elle que visaient C6sar 
et Strabon en s£parant les Aquitains des Gaulois proprement dits 
[Celtes et Beiges] et en les rapprochant des Iberes) bordent de tous 
c6t£s Tilot basque sans le p6n6trer. Plus excentriquement, elles 
sont a leur tour press£es de toutes parts par une ligne continue de 
cantons peupl6s par une race brachyc6phale que rien ne nous permet 
de differencier des Auvergnats, des Savoyards et des autres repr£- 
sentants de ce type que Broca appelait « celtique », parce qu'il pr£- 
dominait dans Tancienne Celtique de C£sar et de l'^poque romaine. 
Pas plus qu'a la pr£c6dente, nous ne pouvons lui trouver Tombre 
d'une analogie avec nos Basques. Ceux-ci ne peuvent, h aucun 
titre, dtre regarded comnie un croisement d'une population sem- 
blable a ce que sont les Guipuzcoans et les Biscalens actuels avec 
n'importe quelle race de France. II s'ensuit qu'il est plus legitime 
d'admettre qu'une influence modificatrice a agi sur les Euskuariens 
d'Espagne, en respectant ceux qui peuplaient le versant nord des 
Pyr£n£es, puisqu'aucune race francaise n'a pu produire la r&ultante 
actuelle et qu'au contraire, comme nous l'avons vu, les points par 
lesquels les Basques different en Espagne de leurs freres de France 
sont pr6cis£ment ceux par lesquels ils se rapprochent des Espagnols 
pris en masse. 

La raison de ce ph&iomene nous semble assez simple. II faut 
d'abord, conform&nent al'ensemble des historiens et contrairement 
a l'opinion de M. Blade, qui ne peut plus se soutenir en presence de 
la duality de race des populations situees au nord et au sud de 
TAdour sur un territoire qui, aux temps de Strabon et de Ptol6mee, 
6tait certainement occupy par un seul peuple, les Tarbelli, il faut, 
dis-je, admettre l'arriv^e r^cente en France des Basques on plutot 
des Vascons. Qu'elle se soit produite ou non en 587, peu m'importe, 
elle est en tout cas postdrieure h la chute de V Empire romain. 
Lorsque celui-ci florissait, divers petits peuples iberes, cantonn6s 
dans les monts Cantabres ou sur le versant sud des Pyr£n6es, 
avaient, grace a une tenacite* dont leurs descendants donnent encore 
rex em pie, conserve dans leurs montagnes une semi-ind£pendance, 
attested par la persistance de Tidiome national : c'Gtaient les Var- 
dules, les Caristes, les Autrigons et les Vascons. Ces derniers occu- 
paient le cours supe>ieur de l'Ebre, c'est-a-dire sensiblement la 
Navarre actuelle. 

Les invasions barbares mirent i feu et a sang la Gaule, et les 



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£tude anthropologique ioS 

documents de Fepoque nous prouvent combien l'Aquitaine avait 
6te* particulierement ravaged et d£peupl£e par eux. Les Wisigoths, 
maltres des deux versants des Pyr6n£es pendant un certain temps, 
se virent pen a pen retinites par les Francks pins barbares encore 
qu'eux-m£mes et finalement completement repousses de l'ancienne 
Aqnitaine. On pent supposer que vers cette Ipoque ils voulurent 
expulser les Vascons de leur territoire, notamment des environs 
de Pampelune, region riche et d'une haute importance strat£gique 
pour eux. Geux-ci, vaincus a la suite de luttes dont l'histoire ne 
nous a pas conserve le souvenir, reculerent vers la montagne et, 
tronvant devant eux des plaines presque d6peuplees, les occupe- 
rent, tres probablement en 58j, comme le laisse penser Gregoire 
de Tours 1 . 

Plus tard, lorsque les Sarrasins conquirent l'Espagne, ce fut 
dans les valiees des Pyre'ne'es et de la chafne cantabre que se 
recr£erent les petites unites espagnoles qui devaient plus tard les 
expulser de la peninsule ; en tout cas, il y a eu forcement, ne*cessai- 
rement m&me, des refoulements dans les montagnes. Des reprSsen- 
tants de toutes les nations espagnoles s'y reTugierent isolement on 
par petits gronpes, la chose est absolument certaine, parce qu'il 
est impossible qu'elle n'ait pas 6te\ d'od melange fatal avec les 
populations primitives et constitution de gronpes humains, mixtes 
par la race, mais gardant, par le fait nieme des circonstances, la 
langue du groupe predominant an moment des apports de sang 
exotique. Pendant ce temps, les Vascons 6migr6s hors d'Espagne 
en Aqnitaine n'6taient, si j'en excepte le passage de Farmed d' Abd- 
er-Rhaman, inquires en rien par les Sarrasins; nominalement 
soumis aux Francks, ils conservaient avec leur rlelle ind£pendance 
la purete* de leur sang, en sorte qu'actuellement leur type physique 
primitif a pu rester predominant dans le pays, alors qu'il s'att£- 
nuait en Espagne, ou de nos jours il n'est plus represents presque 
que par ses metis. 

Cette hypothese rendrait compte aussi de la repartition actuelle 
des Basques en France. Nouveaux venus dans un pays presque 
desert, ils out facilement soit absorbs, soit expuls£ les rares Gallo- 



i. On pourrait 6galement supposer que cette peuplade, fort barbare elle 
aussi, aurait protit6 de la mise hors d'etat de resister des Aquitains cis-pyre- 
neens par les invasions du cinquieme siecle et de leur quasi-destruction, 
pour quitter ses steriles montagnes et pour occuper les regions relativement 
riches et fertiles ou nous les retrouvons aujourd'huL 



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1 06 LA RACE BASQUB 

Romains, on piutot Aqtiitane-Roniains qui mfesiataient. Lear eta- 
bligt>ement fat d6unUif, paroe qu'il s'agiasait* dun** veritable Emi- 
gration avec fetuuies et eufuuts, mais a aucun titre il ne pent Hre 
admis, sauf en ce qui coucerne le petit canton d'Aramits, qu'ils 
aient a aucane £poque d£passe lea homes de leur territoire actual, 
marque exactement de nos jours par la frontiere linguistiqnc. 
A aucun degre\ il ne peat &tre acceptable en tout cas qu'ils 
l'aient occupy ni avant ni pendant la pe>iode gallo-romaine. Les 
Tarbelli allaient jusqu'aux Pyrenees, nous le savons; or, comme 
nous constatons dans le temps une filiation de race ininterrompue. 
entre les n£olithiques qui enterraient leurs morts surce territoire, 
a Sordes, et les habitants actuels de la region de Dax, ancienne 
capitale des Tarbelli, nous somnies autorise* a conclure que des 
populations de mgme race s'etendaient jadis jusqu'a la montagne 
dans les valiees basques actuelles, comme elles le font encore de 
nos jours dans celles qui se trouvent a Test du pays euskuarien. 
L'enclave actuelle est due a une pouss£e relativement r£eente et 
-ayant marche du inidi au nord, le fait pent 6tre consider^ comme 
acquis. 

Nous pouvons aussi nous expliquer de la sorte un fait qui jadis 
frappait deja Broca : la plus complete conservation de la langue et 
des coutumes basques en France qu'en Espagne. Broca ne connais- 
sait en rEalite* que le type guipuzcoan, car sa serie de cranes de 
Saint-Jean-de-Luz n'est basque que de nom, et, surpris de trouver 
en France une population dififcreute de celle qu'il avait observee k 
Zaraus, il etait persuade que celle-ci etait la seule exacte repre- 
sentation de la race eusknarienne ; aussi s'etonnait-il a juste titre 
que, tandis que la langue et que les coutumes gardaient sur le ver- 
sant nord des Pyrenees un caractere de puret£ plus grand que sur 
le versant sud, le type de race y eut au contraire presque disparu. 
Nos recherches prouvent que Broca, ne jugeant la population 
basque francaise que d'apres des cranes provenant de la plus deplo- 
rable locality qu'il fut possible de choisir a ce point de vue, d'une 
vilie cosmopolite par excellence depuis plusieurssiecles, appliquait 
k tort repression, exacte d'ailleurs, qu'il ressentait au reste du 
pays, et qu'en reality, race, langue et coutumes sont plus pures et 
mieux conserves en France qu'en Espagne, comme le d£montrent 
nos observations, quelle que soit d'ailleurs l'hypothese qu'on 
accepte pour les expliquer historiquement. 

Quelle Etait enfin, si nous voujons rejnonter plus haut dans le 



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B Mrw; 



ETUDE ANTHROPOLOGIQUE IO7 

temps, Torigine premiere de la race basque ? Assortment les Vas- 
cons out 6\& compris par les Remains au uombre ties peuples iberes. 
Mais ce terme 6tait large, aussi large que peuvent, en ce qui con- 
cerne la race, 6tre actuellement ceux de Francais, d'Espagnols ou 
d'AUemands. C'&aient des Ibtres, mais rien ue permet d'affirmer 
que c'elaient les Ibtres. 

Ldir primitive patrie reste done inconnue. Toutefois, nous pou- 
vons poser au nioitis un jalon dans cette recherche. Les caracteres 
corporels proprement dits des Basques les rattachent indiscutable- 
meut au grand rameau chamitique des races blanches, e'est-a-dire 
aux anciens figyptiens et a diverses des races comprises par le 
grand public sous le terme general de Berberes. Leur brachyc6- 
phalie, faible d'ailleurs, ne saurait pr£valoir contre Fensemble des 
autres caracteres qu'ils pr£sentent. Elle est du reste tout artifi- 
cielle, comuie nous l'avous deja dit, et unique men t lie^e a une parti- 
cularity anatomique secondaire. C est done de ce cote* et non dans 
la direction des Esthoniens ou des Finnois qu'il faut chercher la 
souche de cette race paradoxals Elle est nord-africaine ou euro- 
peenne, suremeut elle n'est pas asiatique. 



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II 



LES BASQUES ONT-ILS UNE H1STOIRE? 



PAR 



M, ADRIEN PLANTS 



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LES BASQUES ONT-ILS UNE HISTOIRE? 



PAR 



M. ADRICNf PLANT* 



PRBBIDBNT DB LA SOCIBTB DBS SCIBRCBS, LBTTRB8 BT ARTS DB PAD 

ASSOCIB CORRBSFONDANT NATIONAL DB LA BOCIBTR DBS ANTIQUAIRB8 DB FRANCB 

INSPBCTBUR' DIVISlONNAtRB DB LA SDC1BT* PRABCA1SB D*ARt:BBOLOGIff 

MBMBft* GORRBSPONDANT DB L*AC*DRttBfl D'BRftTOftRB DB MADRID 



Mesdames, Messieurs, 



PAaw dea Basques, en presence des Basques, sans avoir 
i'bomeur dtetre Basque soi-m&sae, n'est-ce pas se montrer 
troia foia andaeiem? 

J'ai une excuse : je suis Btaruais'. Or, yeas saver tons* que, 
dapiii&< j'annexion de \m grand* France au petit B4ara par mtre 
bo* Henri I V et see yaUtauts parpaillotSs lea B£arnais se soot 
pcrmis bien des* audaeea. 

Ausai bien, sons le bfo£fice dn vieux cfteton latin qui pronet 
amx aodacieux tons* les seuirirea de la fortune, representee ici pour 
mm par l'aimable indulgence de cette admirable assemble, me 
sois-j* empress^ de ripondre k l'invitatioo qui m'ltait facte, an 
nam dn Gomit6 d f organisation des Fetes de la Tradition du Payer 
Basque, par mon vieii ami, M. le decteur Goyen&che, Maire de 
Saint-Jean-4e4Lu*. 

S'il n'6tait pas si pafea de moi, je vous dirada combien il est 



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112 LBS BASQUES 

insinuant et aimable : il veut ce qu'il veut, et le veut si bien, qu'il 
est bien difficile de lui refuser quelque chose. 

Je suis venu me mettre k ses ordres et chercher avec lui un sujet 
digne de vous 6tre oflert aujourd'hui. 

Quand il m'a soamis le tableau des oeuvres promises par tant 
d'auteurs basques jaloux de fair© connaltre et de c£l6brer les me>ites 
du Pays Basque, j'ai senti, je vous l'avoue, d£faillir mon courage. 

Philosophes, pontes, philologues, pal£ographes, jurisconsultes, 
historiens, artistes et savants de tout ordre ont depuis dejk 
longtemps d6poe6 le titre de leurs travaux : il ne restait que fort 
peu de choix au pauvre confcrencier b£arnais ; il semblait que la 
question basque etait £puis£e : j'6tais venu trop tard. 

Je demande k M. le docteur Goyeneche s'il n'y a pas une histoire 
complete des Basques, dans laquelle je pourrai, avec son aide 
6clair£e, trouver k mon tour un sujet... M. le Maire, en Basque fier 
et confiant, me r£pond : « Les Basques sont comme les femmes 
honn&es : ils n'ont pas d' histoire ! » 

Et bien, Mesdames et Messieurs, nous allons leur en faire une... 
II est vrai qu'hier j'entendais dire dans un sermon prononce dans 
un superbe langage basque, dont j' admirals en l'enviant la sonority 
tout k la fois £nergique et souple : « Heureux les peuples qui n'ont 
pas d'histoire! »... Je ne veux rien enlever k ce bonheur, mais 
Thistoire se fera toute seule. Le mot du Maire me servira de texte 
ou d'6pigraphe, et le Comit6 d'organisation, si Eminent dans son 
intelligence, dans son z&le et dans son Erudition, me permettra de 
vous presenter cette trfcs modeste causerie, comme la preface de 
Thistoire complete et absolument documented dont il est en train, 
par son Exposition et les travaux du Congrfes, d'6crire les pages les 
plus int6ressantes et les plus belles. 

Done, si vous le voulez bien, nous 6tudierons ensemble tout 
d'abord les probl&mes n£buleux de Torigine des Basques et leurs 
luttes triomphantes pour la vie; remarquez que je dis : nous 
ttudierons ces probl&mes; je me garderais bien de vouloir les 
r£soudre. Puis nous nous demanderons ce qui a fait la force de 
cette petite nationality toujours si f&conde et si vivace, et nous 
arriverons k £tablir — ceci nous reposera un peu, Mesdames, des 
Grecs et des Romains forc^ment invoqu£s par moi dans le cours 
de ma conference, — nous arriverons, dis-je, k etablir que nos 
anegtres ont du une partie de leur force k 1'ascendant que, chez 
eux, ils ont toujours laiss£ prendre k la femme. 



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T^rr 



ONT-ILS UNE H1STOIRB? Il3 

Enfin, aprfes un rapide coup d'oeil sur l'influence des grands 
faits de Thistoire uioderne dans l'existence des Basques, nous 
admettrons cette conclusion logique, n£cessaire : le peuple basque, 
qui est, qui a toujours 6t£, ne pent pas ne pas 6tre toujours. 



Tous les auteurs qui se sont occup6s des Basques semblent s'Gtre 
mis d'accord pour declarer que Ton ne connaissait rien ou pas 
grand chose sur leur origine, ou sur leur existence primitive, en 
dehors de quelques hypotheses dont le champ s'ouvrait fort large 
devant eux. 

De Ik, des fables et des 16gendes qui ont fait de vos ancStres des 
portraits tres pen flatteurs, terrifiants m£me : la reproduction que 
je vous en donnerai ne devra pas vous froisser — il n'y a que la 
v£rit£ qui froisse, — mais le bien que les modernes en ont deja dit 
et celui que nous sommes, tous, disposes a vous en dire encore 
vous d£dommagera amplement du mal que les anciens ont pu 
en penser. 

Et finalement vous serez araenes a penser avec moi que, pour 
des gens qui n'ont pas d'histoire, du moins beaucoup d'historiens 
se sont occup£s d'eux. 

Et d'abord les 16gendes! Le grand serpent ou le grand feu dort 
sous le massif immense des Pyr6n6es : dans son sommeil, agit6 en 
de grands soubresauts, il soul&ve les montagues. De ses sept 
gueules blantes s'£chappent des volcans... le feu d£truit tout, pour 
purifier d'abord le globe et le vivifier ensuite... Le Pays Basque 
nalt de ces torrents mythiques. 

Les monstres peuplent les forfcts : les souterrains de Balsola, en 
Biscay e, restent defendus par une \6n6 ration m£l£e de crainte. 
L'homme des bois et la femme sauvage qui y habitent y font des 
apparitions dont les r6cits terrifient encore les veill^es de nos 
chaumi&res; tandis que, du mont Anhie, arrivent les £chos 
enchanteurs de noces inyst£rieuses : ce sont les noces de la 
s£duisante Maithagarri et du beau Luzaide... ouvrant des horizons 
po£tiques et charmants a l'imagination enilamm^e de la race du 
feu... 

Oui v Mesdames et Messieurs, voila vos ancStres, vos premiers 

8 



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Il4 LBS BASQUES 

p&res : au dire de la l£gende, vous 6tes les fils et les fiUes da grand 
feu initial, c'est-a-dire da soleil. 

Oh ! ne rongissez pas de pareille origine : certes, elle est des 
plus honorables et n'a rien qui nous puisse surprendre ; elle nous 
explique suffisamment certaines beaut£s ethniques que notre 
admiration se plait a relever en vous, certains Eclairs lumineux 
qui animent votre physionomie si attirante, certains 61ans qui sont 
la caract£ristique de vos coeurs ardents et g6n£reux, en ingme 
temps qu'ils t£moignent d'un brillant, d'un trfcs glorieux atavisme. 
L6gende, n'est-ce pas? L6gende, soit ! Mais, comiue Fa dit Voltaire, 
il n'y a pas « jusqu'aux l£gendes qui ne puissent nous apprendre a 
connaltre nos nations ». 

Dans tons les cas, il n'y a de 16gende que lorsqu'il y a un Gait 
myst6rieux dont la curiosity populaire demande anxieusement 
Implication : or, ici, le fait, c'est l'existence du peuple basque : il 
est, done il a 6X6 un jour... 

Mais de quand date-t-il? 

Mais d'ou vient-il done? 

La 16gende doit nlcessairement, a un moment donn£, c6der le 
pas a l'histoire : l'hypothese ne peut nuire a la these et r^cipro- 
quement... 

II vient d'oh sont venues toutes les generations humaines : 

Race patriarcale, qui, au moment ou, du berceau de I'humanitl, 
FAsie, les peuples se rlpandirent sur la terre, s'61anca elle aussi 
de F Orient vers l'Occident, ob£issant a cette loi fatale qui, depuis 
le commencement des ages, pousse Thomme vers les regions 
encore insond£es oil le soleil se couche. 

L'Occident, demeure du soleil, s£jour des dieux, 6tait pour les 
peuples primitifs la region benie de leurs rftves; car dans le 
voisinage des dieux et sous leur protection les hommes devaient 
&tre les plus justes et les plus heureux de la terre. 

Les grandes invasions venaient de l'Orient, suivant toujours la 
direction de l'Occident. 

De nos jours encore, depuis Christophe Golomb jusqu'au der- 
nier paquebot qui part de nos grands ports maritimes, n'est-ce 
pas toujours vers l'Occident, vers l'Ain£rique, que l'homme se 
dirige? 

Jetez un regard attentif vers la civilisation nouvelle qui se 
constitue incessamment dans les Etats-Unis d'Am£rique; suives 
ees longs eonvois aux chars bond6s de troubles, de provisions et 



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ONT-ILS UNE HISTOIRE? Il5 

d'outils, qui se prolongent sur les routes k peine esquiss£es de ces 
regions presque vierges encore. 

C'est le pionnier qui passe, a la recherche d'un fonds encore 
inexploite, pour faire, deTaire, refaire sa fortune au gre* de 
ses caprices ou des besoins de sa famille sans cesse grandis- 
sante. 

II va vers L'Ouest... ses fils iront comnie lui vers 1'Ouest et, 
comme eux, leurs descendants iront toujours vers 1'Ouest, chercher 
l'aisance, le bonheur, la vie... loi fa tale, je le repete, tendance 
mysterieuse des migrations humaines. 

Et c'est ainsi qu'k une epoque dont, apres tout, il nous importe 
peu de eonnaltre la date precise, qu'aucun document ne saurait 
nous donner, c'est ainsi que dans ce coin de la terre nomine* Iberie 
par les anciens des temps les plus recul6s, parce que ses premiers 
habitants s'appelerent Iberes, s'installa une race superbe, Strange... 
Elle s'y 6tablit, et, toujours jeune, toujours vivace... elle y est 
encore. 

Si, selon Fexpression des anciens, le pays d'Occident est le pays 
ou le soleil trouve le repos apres les fatigues de sa course diurne. 
le nord de l'Espagne ou Iberie realisa peu, il faut en convenir, pour 
vos peres, le r£ve touchant. 

La lutte pour la vie fut la condition premiere et constante de 
son existence agitle. 

Quels Itaient ces hommes? 

On s'est demande s'ils gtaient Ph&iiciens, Geltes, Gaulois, 
Carthaginois ? s'ils avaient des af&nit^s de race avec les peuples 
nombreux qui ont passe" sur leur sol, veritable champ de bataille 
de la mel£e humaine depuis le commencement de l'histoire? 

Les Geltes les engloberent ; des Ph£niciens ils connurent Tor et 
les pierres pr£cieuses que ces hardis navigateurs portaient le long 
de nos cotes jusqu'en Bretagne, jusqu'en Norwege, ou dans des 
tumuli on rencontre le jade et la turquoise, produits de l'Asie. Ils 
recurent les Carthaginois d'Annibal, ils traiterent avec eux ; ils 
lutterent avec les Gaulois. Que vous les nommiez Iberes, Vascons, 
Basques, Euskariens, Gantabres, c'est toujours le m&me peuple..., 
peuple un et unique en son genre, pardonnez-moi cette expression 
triviale, mais bien m£rit6e, car il fut le seul capable de register 
aux Romains. 

Habitude k vaincre partout, k imposer sa civilisation dissolvante, 
Home s'arrfcta surprise de la resistance des Gantabres ; c'est ainsi 



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Il6 LBS BASQUES 

que la premiere civilisation qui prend contact avec eux les appellera 
d£sorinais. 

lis refuserent r£solument de se laisser absorber par la puissance 
universelle : le monde connu est soumis : seul le Gantabre n'obelt 
pas. 

Gette resistance enfante des llgendes nouvelles : il n'y avait alors 
ni tellgraphes ni presse quotidienne, et cependant les nouvelles 
se propageaient avec une incroyable rapidite* : le reportage de 
l*6poque etait aussi alerte que celui de notre fin de siecle; je ne dis 
pas qu'il 6tait plus exact. 

On racontait a Rome des choses Granges de la vie de vos anc£tres, 
et les Icrivains grecs et romains ne se font faute de remplir leurs 
ecrits de racontars efFrayants. 

Horace, malgre* son g£nie po£tique, n'avait pas Tesprit militaire, 
il l'avoue ingenument : destine a la carriere des aruies, des la 
premiere bataille a laquelle il assiste, il prend la fuite, laissant son 
manteau a une ronce qui lui semble etre la main d'un ennemi qui 
vent le faire prisonnier : il se garde bien de se retourner pour 
s'en assurer... 

Et, tandis que sous les berceaux de Tibur, il savoure la coupe 
de Falerne ou de Lesbos en l'honneur du divin Auguste, du 
g^nereux M6cene ou de Faimable Tyndaris,sa quietude est trouble 
par les nouvelles des Pyrenees. II est haute* par le spectre du 
farouche Gantabre, belli queux, violent, insoumis ; on n'a pas Tid^e 
d'un peuple qui ose se permettre de refuser le joug de Rome... il 
en parle et s'en indigne a tout instant. 

Pendant trois siecles, la lutte continue : Pline, Juvenal, Silius 
Italicus, Florus, tous les grands organes de Rome en fr£missent : 
il paratt que ces vieux ennemis des Romains vont au combat la 
t£te nue : ils ne craignent ni le froid, ni le chaud, ni la soif, ni la 
faim... ce sont tous ces auteurs romains qui le racontent... leur 
rendant ainsi uu bel ho mm age inspire* par la terreur qu'ils pro- 
voquent. 

II y a plus : leur arme offensive est redoutable : c'est une 6p6e 
courte, large, a deux tranchants... Les Romains se hatent de 
l'adopter pour leurs troupes d'elite... Vous le voyez, il n'y a rien 
de nouveau sous le soleil : Tesprit limitation est de toutes les 
6poques. 

Et Lucain, habitu£ cependant aux tristesses de la guerre civile, 
qu'il a minutieusement d^crite dans sa Pharsale, mais peu pr£pare\ 



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ONT-ILS UNB HISTOIRE? II J 

sans doute, aux belles legons da veritable patriotisme, declare 
emphatiquement que vos pdres sont devenus Vhorreur et I'tpou- 
pante du genre humain. 

Heureux les peuples, Messieurs, dont l'histoire pourra dire que, 
dans la defense du sol natal menace, souille\ viole* par l'ennemi, 
dans la defense de leurs droits nationaux meconnus, ils sont 
devenus Thorreur et l'epouvante du genre humain ! 

Cela prouvera simplement qu'ils auront fait ieur devoir... 

Or, le devoir accompli ne peut 6pouvanter que ceux qui n'en 
ont point la notion sainte, ne peut effrayer que les coeurs prGts a 
toutes les capitulations, a toutes les servitudes, a toutes les hontes ! . . . 
Oui, les Gantabres sont la terreur des troupes de Scipion; ils 
refusent les avances de C6sar, dont le lieutenant Grassus les 
deTait dans les plaines de l'Aquitaine : il declare avoir gcrase* 
5o.ooohommes, tant Gantabres qu'Aquitains! 

La Bourse de Rome se r assure, et les flaneurs du pont Milvius, 
du Forum ou de la Basilique vont pouvoir a raise reprendre leurs 
galantes causeries... 

Mais Rome n'est pas seulement conqu&rante : elle est encore 
parfois tr&s diplomate. 

Elle comprend qu'elle ne doit pas mlconnaitre Incontestable 
valeur de ce peuple qui defend les passes des Pyrenees : elle se 
decide a entrer en pourparlers avec lui. 

La politique des rlsultats lui r£ussit mieux avec les Basques que 
celle de la conquSte. 

De leur cdte\ les Gantabres sentent le prix de leur alliance : leur 
flair politique leur fait comprendre l'int6rdt qu'ils peuvent avoir 
a s'allier avec Rome : s'allier avec un plus puissant que soi, ce 
n'est ni s'humilier ni se soumettre. 

Aussi les voyons-nous, pendant la guerre civile romaine, prSter 
ou refuser, tour a tour, le concours de leurs forces a qui le sollicite, 
et tantdt fournir a C£sar de^pr6cieux auxiliaires dont il se felicite 
d'avoir eu l'assistance, tantdt aider vigoureusement Pomp6e a 
Pharsale. 

En un mot, veritable jeu de bascule, qui leur permet de jeter, 
selon les circonstances, dans la balance des combats leur ep£e 
redoutable. 

Ils deviennent les allies fideles de TEmpire ; en retour Vespasien 
leur confere le droit de Latium ; Caracal la, le droit de bourgeoisie ; 
plus tard, Justinien les comblera de distinctions et de faveurs. 



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Il8 LE8 BASQUES 

Ne croyez pas qu'ils se soient laisse prendre a l'appat de 
toutes ces faveurs... ils oat vu dans cette alliance definitive ie 
moyen d'assurer leur independance ; leur esprit essentiellement 
pratique les a heureusement servis ; grace a cette alliance, en effet, 
ils ont pu faire face aux premieres grandes invasions, Vandales, 
Sarniates, Alain s..., en attendant les Wisigoths, les Francs et les 
Sarrazins. 

D£s le commencement da cinqui&me stecle c'est pour eux nne 
lntte incessante : le flot passe... la nationality basque subsiste 
toujoursl 

Pourquoi?... Ainsi que nous le verrons tout a Fheure, c'est parce 
qu'appuyee sur des traditions aim£es, elle a pu se constituer 
sagement, librement en peuple legislateur, ne connaissant d? autre 
mattre que sa parole, et ne cherchant pas dans de vagues utopies 
la realisation de vaines et chimeriques aspirations. 

Cependant, vers le septi&me sifccle, elle vent avoir son tour : sa 
patience a fini par se lasser. 

Apr£s Vouilie, Clovis et ses fils occupent FAquitaine : les 
Basques ou Vascons sortent de leurs montagnes et envahisdent la 
Gaule meridionale : FAquitaine s'appellera d6sormais la Vasconie 
ou la Gascogne. 

Et quand je parle des Basques ou Vascons, il est bien entendu 
qu'il s'agit toujours de la federation basquaise, comprenant les 
peoples vivant sur les deux versants des Pyrenees jusqu'a la rive 
gauche de VEbre... 

Basques, Vascons, Navarrais, forniant un seul peuple, ayant 
dans une commune origine puis6 une constitution une, ayant 
conserve une langue une, elle aussi, a travers les sifecles, qui en 
ont respecte la mysterieuse harmonic. 

Ces peuples, ou mieux tout ce peuple a pris part a Finvasiou de 
FAquitaine... on comprend sans peine ce besoin d'extension : trois 
cents ans d' occupation, de compression wisigothique, c'etait une 
erne lie epreuve pour son temperament guerrier. Les Francs les ont 
exasperes ; les refoulements incessants, qu'aprfcs les Merovingienas 
les Garlovingiens leur font subir, excitent encore leur hame ; ils 
attendent une occasion pour montrer la force de leurs bras : les 
echos du pas de Roland, le cri de douleur du vieil empereur repute 
invincible, les coups de la Durandal qui, sans se briser, tranche la 
brfcche historique, vous disent assez que F occasion a ete trouvee. 

Mais la revanche fat terrible, la succession de Charlemagne 



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ONT-H4 UWE HIBTOIRB? II9 

demembra la vieilie Aquitaine : ell© donna la Gascogne au descen- 
dant des anciens princes a qui tains ; la Bigorre fut erigee en comte\ 
le Beam en vieointe, et les Basques, definitivement refouies par 
Louis le Debonnaire, vout panser leurs blessures pour se jeter, bien 
vite apres, avec les successeurs de Pelage, dans la grande lutte 
contre les Sarrazins. 

Sans les svivre dans ces guerres heroiques, nous devons recon- 
naltne que nous retrouvons Ik le Basque toujours egal a lui-m&me. 

Avec les rois Chretiens, ils chassent de I'Espagne les Maures qui 
l'occupent depuis huit cents ans ; de cette guerre de reconqu6te 
natt oette noblesse qui en est la recompense legitime : noblesse de 
terre pour la Biscqye, le Guipuzcoa et le Labourd, noblesse de 
sang pour YAlmva et la Navarre, tous se declarant aussi nobles et 
parfois plus nobles que les rois. 

La Navarre, vers la fin du quinzieme siecle, dependit de la 
couronne de Bearn, dont les princes prirent enfin le titre longtemps 
dispute de rois de Navarre ; mais quand Ferdinand le Catholique 
vent etendre encore ses domaines, sur lesquels bientot le soleil ne 
se couchera plus, la Navarre est menaces. 

11 faut au nouveau roi des Indes, d'un cote, la limite de TOcean 
Pacifique, de l'autre, la ligne extreme des Pyrenees. Un pretexte 
est bien vite trouve pour envahir la Haute-Navarre et l'enlever, 
en i5ia, au faible Jean d'Albret, qui bientot apres meurt, entendant 
sa femme Catherine de Bearn-Foix, energique et fiere comme 
ton tea les princesses nees sur la terre franche, declarer avec one 
amertume m^lee d'orgueil : « Ah! si nous fussions nes, vous 
Catherine, et moi Jean, nous n'aurions pas perdu la Navarre. » 

Nous voici au commencement du seizieme siecle : la federation 
basque a ete brisee, Tunion de laCastille a l'Aragon acheve l'unite 
espagnole. 

Les provinces basques espagnoles ou bien se constituent en Etat 
libre. comme la Biscay e, dont les souverains d'Espagne, dans les 
formules de serment qui leur sont imposees, ne prennent que le 
titre de seigneur, et non de roi, ou bien se donnent a la Castille, 
comme le Guipuzcoa, en specifiant le maintien de leurs immunites 
nationales. 

Le lien qui rattachait les freres des deux versants n'existe plus, 
si ce n'est a l'etat de souvenir, que les competitions des rois 
tendent chaqne jour a faire disparaltre, et nous assistons alors a 
des luttes frequences entre peuples faits pour s'aimer. 



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'y^S 



1 20 LES BASQUES 

II est vrai que si le sentiment fraternel disparalt, r amour du sol 
natal, Torgueil national lui survit toujours, feu sacr6 entretenu 
pieusement dans le coeur de tous par une fid£lit£ qui ne se dement 
jamais ! 

(Test avec une fierte* bien legitime que depuis, sur les deux 
versants, on raconte que c'est un pilote basque, Alonzo Sanchez, 
qui inspira au G6nois Christophe Colonib sa merveilleuse decou- 
verte ; ce sont des Basques, qui, apres avoir vaincu les Maures, 
ont forme* les Equipages de la plupart des conquerants du Nouveau 
Monde... 

C'est un Basque, Elcano, qui le premier a fait le tour complet 
du monde. 

Ge sont trois mi lie Basques espagnols qui a Pavie d6ciderent du 
sort de la bataille, et c'est un Basque, Jean d'Urbieta, qui recoit 
T^p6e de Francois I er , dont la vaillance sans tache trouve, en la 
lui remettant, que si tout est perdu, du moins Fhonneur est sauf... 

II est vrai que ce fut un Bearnais, Henri II de Navarre, qui aida 
le roi de France a sortir de captivite*, arrachant a Charles-Quint 
cet hommage flatteur : « Je n'ai connu qu un homme en France, et 
c'est le roi de Navarre ! » 

Et pendant des siecles encore, les Basques espagnols, jaloux de 
leurs gloires, luttent, combattent, versent leur sang pour leur 
ind£pendance et chantent leurs exploits. 

Et c'est pe*n6tre" de ces sentiments, enflamme' par ces souvenirs, 
qu'un jour, il n'y a pas bien longtemps de cela, un humble barde 
de vos montagnes basques part du village de Villareal avec ses 
deux vieilles compagnes : sa guitare et sa foi. II va parcourant les 
grandes capitales, jetant a pleine voix les notes Granges d'un 
hymne auquel personne en Europe ne comprend rien, mais que 
personne ne peut entendre sans se sentir profondgment 6mu... 
Guernikaco Arbola, hymne de passion intense, comme le disait il 
y a sept ans mon ami Ancho Pena y Goni, au pied de la statue 
d'Yparraguirre, « hymne de passion intense, mtlodie a" admiration, 
soupir Eloquent d'humiliU et d'espe'rance, message de paix et 
d'union » ; hymne imperissable qui est devenu, enfants du Pays 
Basque, votre hymne national, et qui resume si bien les l£gendes 
pieuses, les patriotiques fiert^s de tout un peuple g6ne>eux. 

Separes par les trait£s, mais unis par des aspirations communes, 
de par dela les inonts, envoyons, Messieurs, une fraternelle poignee 
de main a ces vaillants champions des libert^s traditionnelles. 



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ONT-ILS UNE HISTOERE? 121 



U 



Qu'est-ce qui a fait la force de la nationality basque? 

^videmment, ce sont les institutions sociales consacrees dans 
ces constitutions si connues sous le nom magique de Fueros, en 
Espagne, sous celui de Fors en France. 

Notre collegue, M. Vinson, qui s est constitue l'historiographe 
autorise de votre langue, a donne dans son beau livre, Le Pays 
Basque et les Basques, un resume lumineux de ces institutions 
reposant sur l'independance absolue, en fait et en droit, des 
provinces qu'ils avaient pieusement conserves. 

Le regrette M. de Soraluce, dont le nom est si dignement repre- 
sent^ a Saint-Sebastien, a ecrit d'importants ouvrages sur les 
Fueros de Guipuzcoa, com me Fa fait en Biscaye le populaire 
Antonio de Trueba. 

Le docteur Larrieu, pendant le cours de ce Congres, les etudiera, 
avec le talent et la competence qui Tout fait classer parmi les plus 
savants erudits de votre region. 

Dans les diverses monographies qui figurent au programme du 
Congres, chaque auteur sera u6cessairement amene a les invoquer, 
ces Fueros et ces Fors v£ne>ables, parce qu'ils sont absolument la 
veritable raison d'etre du Pays Basque. 

Les Fors ne sont en effet autre chose que la resultante des 
usages, coutumes, privileges et immunity de nos sept provinces : 
privileges et immunites reconnus par les souverains, en recompense 
des services rendus a la cause nationale, et d'autant plus precieux 
que le sang de plusieurs generations en a scelie le contrat; usages 
et coutumes consacres par l'immeinorialite de la tradition, et 
rendus plus sacres par les souvenirs glorieux qui s'y rattachent. 

Ces institutions peuvent varier dans la forme, selon la province 
a laquelle elles s'appliqueut, elles ne varient nullement quant au 
fond : ce sont des institutions essentiellement democratiques, dont 
le principe primordial, absolu, est le respect. 

Confucius, dont les doctrines et surtout les exemples amenerent 
en Chine un tel bouleversement moral, qu'on Ta pris longtemps 
pour un legislateur, tandis qu'il n'etait qu'un admirable mission- 
naire, Confucius disait : « Ma manure d'enseigner est fort simple : 



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IM LES BASQUES 

je cite pour exemple la conduite des anciens, c'est-k-dire le 
respect des traditions. » 

Je ne veux pas assur6meut faire de vous des Chiuois, Messieurs 
du Pays Basque ; mais il est certain qu'k I'exemple des disciples 
de Confucius, vous ttes les adeptes de la tradition ; vous avez 
coinme base, eonine p*etve angulaire fondamentaie de vos insti- 
tutions, le respect. 

Et oe qui le ctemantre surabondarament, c est que, sur le versant 
meridional des Pyr6n6es, Varbrede Guernica a vudes generations 
de rois venir jurer le respect des Fueroa de la Province; que, sur 
ie versant septentrional, le premier article de vos Fors de Navarre 
couime des Fors du Beam affirme le respect absolu des usages, 
coutumes et privileges de la Province, respect qui lie le souverain 
comme il lie les habitants ; a ces 6poques4& on Be oonnaissait ni 
chez vous ni chez nous le titre de iufets ; en voici le texte : 

« Je jure que je serai fidele et bon seigneur pour toes les habi- 
tants de la terre, et pour chacun d'eux en particulier; je lss 
maintiendrai dans leurs Fors, privileges, coutumes et usages, Merits 
on non Merits ; je les d£fendrai de tout mon pouvoir, je rendrai et 
ferai rendre justice au pauvre comttie au ricbe. » 

Le pays, par le serment de ses barons, « s'engageait k son tour 
& aider ie souverain, k Le couseiller, k le deTendre ». 

Admirable contrat synallagmatique qu'il est bon de rappeler a 
une £poque de progrd* ou nous eroyons reeoudre aaivement tons 
les problemes sociaux, en substituant de pr&endus droits k d\n- 
contestables devoirs. 

Tandis que nos peres, qui apparaissent encore k certains esprits 
fin de stecle comme des sauvages k peine d£gross&s, n'avaient 
qu'un mot, qu'un principe, droit et devoir tout k la fois... le 
respect! 

Le respect de la loi dans la nation, qui fait la cohesion, la force 
et par consequent 1' union ; le respect de la loi dans la oommunaute\ 
qui assure lord re par la discipline; le respect de la loi dans la 
fa mi He, qui en maintient la f£condit6 et la perp^tuite* ; le respect 
de la loi dans l'unite* de la foi reside intacte, depuis que saint lion, 
saint Satnrnin, saint Firiuin et tant d'autres sont venus substi- 
tuer au Dieu mythique des premiers Ages les enseigneoients 
consolants du christianisme ; ce respect de la loi, nous le retrouvons 
eucore jusque dans la r£glenieutation des convenances sociales et 
des plaisirs nationaux... J'avais entre les mains, il y a quelques 



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ont-iw own hibtoirb? ia3 

jours, an iivre 6erit en basque, a la fin du dix-septieine s&cle, 
contenant les ordonnances et les prescriptions qui reglaient les 
danses locales et jusqu'au maintien dans la rne. 

Gela pent faire an premier abord sourire le Francais, qui gea6- 
ralement considere qne les reglements de police sont faits pour Gtre 
violes... mais l'influenoe de ce respect prescrit et observe" en Pays 
Basqne se fait encore sentir de nos jours, hier encore... 

Gar si vos soirees musicaies de la place Lotus XIV nous offrent 
le curieux spectacle d'un penple qui danse au so m met des Pyrenees, 
comme ie disalent Voltaire et Humboldt, elles nous permettent de 
constater avec quelle dignity atavique, grave dans «a gaiety, 
s' amuse votre intelligente, votre charm ante population luzienne. 

Ghose particuliere, Messieurs, alors que certains auteurs, frappes 
de terreur au seul nom de Cantab res, de Vascons, ou de Basques, 
en font des portraits pen se^Luisants, ils ne peavent s'empecher de 
concittre au respect de vos peres pour leurs lois... 

Econtez cette page curieuse d'un ecrivain/na/icois du douzieme 
siicle, JBmeric Picaud, auteur du Mannscrit de ComposteUe. Les 
termes «n sont un pen crus : prene*-vous-en a son naif auteur : 

« Le Pays Basque ne produit qne des poiumiers, du cidre et du 
hrit ; leur principal revenu consistait dans les droits de passage 
qu'ilsinrposaientaux voyagenrs etdans les depredations direotes 
ou indirectes qu'ils conn tie ttaient vis-a-vis d'eux : feroces, et leur 
visage inspirant Feffroi... ils sont noirs, mlchants, perfides et sans 
foi... Corrompns, violents, sauvages, adonn^s a livrognerie -et a 
la iurnre, et tellement enneiuis des Francais que pour la momdre 
piece <Je monnaie ils en assassrinent uu volontiers... mais, conclut- 
il, kryaux dans la guerre et respectueux de leur loi. » 

Si ce portrait est exact, et il faut bien le croire, puisqae c'est 
^erU y aiosi que le disent nos braves paysans, je me hate de recon- 
naltre que le temps a niodifig bien des choses : rhospitaiite* bas- 
qnaise avec sa cordiality aimable n'a plus rien de commun avec le 
ranconnement dont tremblait encore en £crivant le eoitrageux 
Enteric Picaud... Peut-€tre n'^taitil jamais venu en Pays Basque. 
Gelase voit encore de nos jours : on ecrit jiu coin de son feu un 
beau livre de voyage... aux Pyrenees notamment, et Ton y confond 
volontiers le Pays Basque et le B&irn, la Soule avec la Navarre, 
le Gave de Pan avec celui de Maul6on; mais on obtient des recom- 
penses academiqnes et Ton est ainsi satis fait d'avoir instruit le 
penple 1 



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1^4 LBS BASQUES 

Au dix-septieme siecle, le conseiller de Lancre est envoys pour 
instruire, au nom du Parlement de Bordeaux, un proces de 
sorcellerie en Labourd... Le bon conseiller, habitue k la societe 
raflmee de la capitale de la Guienne, se trouve fort surpris des 
habitudes simples et nalves des populations basquaises, et il releve, 
en se scandalisant..., qu'au Pays Basque, homines et femmes font 
un usage immode>6 du pHun ou nicotine, qui les fait sentir le 
sauvage... II va jusqu'& leur reprocher leur danse turbulente et 
dtcoupUe... Voilk votre Muchico, votre Aurescu anathematises!... 
Et il ajoute — excusez-moi — que les Basques ne se nourrissent 
que de pommes, ne boivent que du jus de pomme (du cidre) et 
veulent — oh ! je vais glisser, — malgre la prohibition faite 
k notre premier pere, mordre... indument k bien d'autres 
pommes. 

Enfin, jusqu'k l'aimable president Faget de Baure, qui, dans ses 
M^moires intdits, au commencement de notre dix-neuvieme siecle, 
cite ce mot piquant dun philosophe grincheux evidemment : 
« Qu'on me donne le corps d'un Basque, je le fais diss^quer, et je 
parie que Ton trouve sa tete autrement faite que celle des autres 
hommes »; probleme dont l'aimable anthropologiste le docteur 
Gollignon nous donnera la solution savamment deduite, vous 
etablissant si le Basque est ou n'est pas brachyc^phale on doli- 
choc£phale !... Quoi qu'il en soit de tous ces griefs plus ou moins 
justifies, disons sans fausse modestie que les Basques modernes ne 
ressemblent plus, heureusement, aux portraits que chacun, aux 
siecles passes, s'est plu a en faire, et feiicitons-nous, avec votre 
compatriote Ghaho, de ce que le Basque, depuis son etablissement 
dans les Pyrenees, n'ait rien conserve d'invariable que sa divine 
langue et l'amour de la liberte originelle. 

Ainsi que j'ai dej& eu l'honneur de vous le dire, d'autres de nos 
collegues du Congres vous analyseront vos institutions seculaires : 
je ne veux en retenir, pour completer ce rapide tableau, que Tune 
des formes les plus saisissantes, la plus classique, de ce respect 
auquel nous venous de rendre hommage : je veux parler du respect 
de la femme, que vos peres eievaient a la hauteur d'un veritable 
culte. 

Le paganisme polytheiste n'etait pas connu chez les Gantabres : 
ils adoraient le Dieu unique, maltre et souverain Seigneur, dieu 
innomme, comme dit Strabon, en l'honneur duquel, pendant les 
nuits de pleine lune, on les voit, devant la porte de leurs habita- 



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ONT-ILS UNB HISTOIRE? IQ5 

tions, avec leurs families, chanter en choeur, ex^cuter des danses 
et c£l£brer des ffctes qui durent jusqu'au jour... 

La th£ogonie palenne fut d6daign£e dans vos montagnes, et 
quand les Romains voulurent leur faire appr^cier le culte des 
idoles et de leurs dieux, il leur fut r6pondu par ces mots carac- 
teristiques apres lesquels il n'y avait plus a insister : 

« Nous n'adorons que Dieu dans Funivers et nous n'61&verons 
point d'autels aux fantaisies po£tiques imagines par vos chanteurs 
et vos prStres ; mais pour vous i miter en quelque chose, nous ne 
demanderons pas mieux que d'admettre des dresses sur la terre et 
de les adorer. » 

Et comme la curiosity des Romains, vivement piqule, deman- 
dait quelles 6taient ces dresses privil£gi£es, les Gantabres 
r£pondaient simplement, et sans doute une main sur la garde de 
leur 6p6e, et 1'autre sur leur coeur : « Nos fenimes, si elles le 
veulent ! » 

Un pareil hommage peut-il fctre jamais refuse par les femmes, 
Mesdames? Je ne le crois pas... Les femmes cantabres — vous le 
leur reprocheriez s'il en eut 6t6 autrement, — les femmes cantabres 
accepterent, et on 61eva aux dames, aux dominatrices, car en 
basque « and£r6 » veut dire femme et domination, des autels de 
gazon et de fleurs. 

J'avoue qu'un pareil culte £tait plus fait pour slduire que celui 
de Saturne d6vorant ses enfants, de Jupiter avec tons ses vilains 
dlfauts, de Junon avec son orgueil, et m£me de Minerve avec toute 
sa sagesse, son casque, sa cuirasse et son hibou. 

A Theure actuelle, ce respect de la femme dans la famille saffirme 
toujours. 

Le Basque ne tutoie jamais sa femme : il est vrai que la femme 
ne tutoie pas davantage son mari... et, ce qui semble contraire aux 
traditions de respect envers la femme, telles que nous les consta- 
tionsiln'y a qu'un instant, la maltresse de maison, Vicheco An- 
d6r6, pas plus que la datXne bearnaise, ne s'asseoit a table avec les 
homines de la maison, maltres, hdtes et valets. 

Je demandais il y a peu de jours la raison de cette anomalie a 
une tr&s respectable mere de famille basquaise : elle me r£pondit 
en souriant : « Oh 1 c'est que les hommes sont les messieurs, les 
seigneurs... ils nous gagnent la vie ! » 

Touchante reciprocity de service et d'hommages ! 

Ces sacrifices que Famour-propre feminin sait faire de nos jours 



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126 LBS BASQUE* 

k rautorite* masculine ne sont eWidemnient que le rendu du culte 
prfite* autrefois a la femme basquaise. 

Ce respect prend dans la constitution Iconomique de la famille 
une forme toute sp^eiale que mettent en lumiere les travaux du 
savant M. Le Play, dont je m'bonore d'avoir ete l'eleve et dont je 
ne prononce jamais le nom sans an sentiment de respeetueuse 
veneration : il a constate dans le Pays Basque V existence de la 
famille gauche, queksRomainsavaienteux-memestrouvee&ablie 
sur voire sol quand ils arriverent en Aquitaine. 

« L'un des enfants marie* pres de ses parents vit en commuaaute 
avec eux, et perp&ue avec leur concours les traditions des ancdtres. 
Les autres enfants s'etablissent au dehors, quand ils ne pr£ferent 
pas garder le ce*libat an foyer paternel : s'ils s'etablissent ailleurs, 
ils orient de nouveaux foyers qui font souche k leur tour. » 

Le savant eeonomiste rend homniage a ce systems et ajoute : 
« Les Euskes avaient une langue dite Euskara, qui s'identifiait 
avec leur race depuis un temps immemorial, et qui diff&rait de 
toutes les autres langues de la Gaule. Depuis lors, ces peuples out 
ete envahis dans les plaines et refoulls dans les montagnee, ou ils 
conservent encore leur langue, leurs moeurs et surtout les coutumes 
de famille ; et quand toutes les races etablies en France soat 
absorbers par la Revolution, seule la petite nationality basquaise 
r^siste : eUe ne 8 est pas fondue, grd.ce h sa langue, grdce & 
V organisation de lajamille, qui dtoeloppe laJ6condU6 de la race 
el V ascendant de la femme. » 

Dans le Pays Basque seul, vous trouvez encore la fille h&riti&re. 
Quatre filles sont nees dans une maison, un cinquieme enfant 
survient, c'est un garcon : il ira se marier plus tard avec quelque 
heritiere ; mais dans sa maison paternelle il ne sera jamais qu'un 
quatrieme cadet : Vhtiriti&re sera la fille alnee. 

Gela s'explique logiquement : aventureux, entreprenants, les 
hommes partaient en guerre a la recherche demotions violentes, 
s'llancaient sur mer a la poursuite de la baleine ou de la morue ; 
souvent ils ne revenaient pas, les int£r£ts familiaux etaient com- 
promise Que faire? La fille restait au logis, on lamariait... eUe 
conservait le bien patrimonial, le dirigeait, elevait les enfants 
issus de son union avec quelque cadet de famille honorable dont 
elle avait fait choix, prince epoux, consort heureux, soumis k 
l'autorit£ souveraine de la femme qui l'a enriohi. 

Situation particuli&re bien Strange, je le reconnais, qui jostifie 



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ONT-IL8 UNS HlftTOIRE? IV) 

— dans ce que nos habitudes juridiques pourraient nous faire taxer 
de uajivete — Is mot un peu severe mis a la mode par notre realisme 
contemporain : « Oa ne choisit pas ses fils, on choisit son gendre. » 

Le culte des Basques pour la femme n'avait pas echnppe a 
An tribal, lors de son passage dans les Pyrenees. A la suite de 
discussions violentes entre son armee et les populations basques* 
fatiguees par le passage incessant de peaples divers, il eut 1'idee 
geniale de soumettre a l'arbitrage ties famines basquaises les 
differends souleves entre les soldats et leurs maris. 

Ce malin Cartbaginois 6tait bien vite devena — par Teffet du 
voisinage — un ruse Gascon. 

Ce fut un coup de mattre. 

Ce que les femmes voulurent, les dieux de l'Aquitaine le voulu- 
rent aussi : par celles-la, Annibal eut ceux-ci. 

Quelques siecles plus tard, Strabon, le philosophe geographe, 
s'en montre scandalise : en sa quality de Grec, il eftt dft mieux 
comprendre ces toucbantes habitudes familiales. 

Car enfin l'ascendant de la femme dans la civilisation grecque 
est incontestable. 

La femme representant pour cette nation avide de symboles le 
beau dans ses plus pures incarnations, les nouis d'Aspasie, de Lais 
et de Phryne se rattachaient — je constate. Messieurs, je ne discute 
pas — a Tillustration de Phidias, de Praxitele, d 'Ape lie, a la 
gloire meme d' Athenes. 

Dans les grandes manifestations de Part qu'elles avaient inspi- 
res, les Ath£niens voyaient comme une eblouissante emanation 
dela patrie. 

C'est qu'alors aussi, dans cette society raffin£e, la femme s*impo- 
sait par Pincontestable superiority de son esprit et de son patrio- 
tisme. Pericles ne rougissait pas d'associer Aspasie a Pexercice du 
pouvoir; le peuple ne s'en offusquait point : il consacrait des 
temples a Venus. 

II fallut les lumieres du christianisme pour 6teindre le feu das 
autels de Cnide et de Paphos. 

Mais ce que le geographe Strabon doit trouver tout simple en 
Grece, il le stigmatise en Cantabrie : 

« Le pouvoir, dit-il, dont le sexe jouit chez les Cantabres, la dot 
que les maris apportent a leurs femmes, le titre et les privileges 
d'heritiere donnes aux filles qui se chargeat d*etablir leurs freres, 
tons ces usages ne sont guere un signe de civilisation... » 



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ia8 LES BASQUES 

Or Strabon ecrivait soixante arts avant l'ere chr^tienne : il y a 
par consequent mille neuf cent cinquante-sept ans qu'il constatait 
l'existence, en Pays Basque, de la faniille souche. 

A cette epoque, je vous le deniande, ou en elait la civilisation 
familiale dans notre vieille Europe? ou en 6tait notre grande et 
chere France? oil, sa fiddle alltee l'Angleterre? l'Allemagne, sa 
yoisine discrete? la Russie, son ainie? et m^me la Turquie, sa pu- 
pille? Je ne parle pas de lltalie : elle se contentait d'etre la terre 
des vieux Romains et des N6o-Grecs : elle n'£tait pas encore de- 
venue le conservatoire inodele de l'homicide politique ! Strabon, 
le vieux g£ographe, 6tait vrainient peu galant, Mesdames; et quel 
mauvais parti ne lui ferait-on pas s'il vivait de nos jours? 

Nous l'enverrions se mettre d'accord avec l'£cole nouvelle des 
fimini&tes, avec ceux qui ne se contentent plus du pouvoir certain 
et fort heureux exerce" par la feinme chr^tienne sur les hommes de 
tous les temps et de tous les pays, mais veulent encore, au nom 
d'une civilisation debordante, leur donner une fort large part dans 
la direction des fitats. 

Je ne sais vrainient pas si les affaires publiques y gagneraient 
beaucoup. Commettrai-je un crime a vos yeux en declarant que je 
ne le croispas? 

Si vous y teniez a tout prix, et uniquement pour vous etre 
agr£able, je consentirais volontiers a me declarer satisfait de voir 
quelques-unes d'entre vous pr^sider un calme S^nat, et m^me, au 
souvenir d' Annibal, Theureuse Justice de Paix de Saint-Jean-de- 
Luz ou d'Espelette. 

Je ne vous vois pas bien vous jetant dans la melee de nos 
batailles electorales ou parlementaires, discutant au barremu parfois 
tres vivement sur les charmes du mur mitoyen et les prerogatives 
de la femme dotale, avec quelque confrere peu galant ou peu 
discret... 

Je ne dis pas que ce spectacle nouveau ne presenterait pas un 
cdt£ piquant que la froideur de nos codes refuse trop souvent a 
nos theses masculines. 

Mais le charme dont le Cr6ateur a fait l'apanage de votre sexe 
aurait trop a y perdre : les feministes eux-memes les plus resolus, 
bien vite d^senchantes, ne tarderaient pas a demander avec nous 
que vous veniez re prendre, dans le rayonnement de vos graces 
traditionnelles, votre place dans la maison un moment abandonee, 
autour du berceau ou sommeillent nos esperances ; au pied du lit 



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ONT-ILS UNJJ HISTOIRE? I2Q 

de souffrance d'ttres chlris, k la table de famille qui sans vous 
semble Tide, en un inot k ce cher foyer domestique dont vous Gtes 
le charme aiml et la providentielle consolation ! 



in 



II nous reste k voir ce que devient, en pr6sence des 6v6nements 
de rhistoire moderne, la nationality basque. 

Sur le versant septentrional des Pyrlnles, la confederation 
basque brisle, le Labourd, enlevl aux Anglais chassis de Bayonne 
par Gaston de Foix, se confondit avee le royaume de France, qui 
lui conserva certaines prlcieuses immunity, et notamment une vie 
municipale llargie. La Soule resta, avec sa coutume « gardee et 
observle de toute anciennetl, terre Tranche, d'origine libre et 
franche, de franc he condition, sans aucune tache de servitude ». 
Ce sont les termes de Particle premier de ses Fors : passant de la 
viconitl de B6arn k la couronne de France, puis rentrant dans les 
domaines des princes blarnais, domaines qui, avec la Navarre 
dlmembrle (Basse-Navarre), vicomtl de B£arn, comtl de Foix, 
duchl d'Albret et ses puissantes annexes, formerent le royaume de 
Navarre, dont les rois de France port&rent le titre et dont ils res- 
pecterent les Fors jusqu'k la veille m£me de la Revolution : le roi 
Louis XVI fut le dernier roi qui prfcta serment aux Fors de Bearn 
et Navarre. 

Aprfes les tristesses du dlmembrement, viennent celles, bien 
cruelles aussi, des guerres de religion : le Pays Basque-Francais 
rlsiste, se defend, comme il a appris de ses ancStres k se dlfendre 
contre tout ce qui n est pas sa constitution et sa foi ; mais le calme 
se fait, la paix se rltablit gr&ce aux charmes ensorcelants, aux 
irrlsistibles sympathies qui se dlgagent du'jeime prince de Navarre, 
l'enfant du ch&teau de Pan, aimable et bon, k l'esprit alerte, aux 
fines rcparties, dont la philosophie pratique, la g6nerosit6 sans 
6gale, ouvrent tous les cceurs, comme son 6p6e vaillante, jamais 
lassie, fait tomber les portes de toutes les forteresses... Et voyez- 
les alors, vos peres, se lancer k la suite de son panache llgendaire, 
avec leurs freres gascons et blamais, dans les grandes chevauchles 
hlroiques k travers la France conquise : battant Joyeuse a Coutras, 

9 



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LES BASQUES 

Lrques et a Ivry, et sous les murs de Paris, surpris par 

, char me par leur generosity, scellant de leur sang 

la pierre fondamentaie de 1' Edifice inagnifique de notre 

ale. 

e fois, Messieurs, saluons les exploits de nos peres et 

>ns jamais... 

l'<$preuve plus poignante et plus cruelle se niontre 

it est venu oil la yieille soci^te* francaise, 6branl£e 
ses fondements les plus profonds, doit prendre une 
aouvclle. 

3s grands rajeunissenients a sonne : c'est le r£veil d'un 
eau. 

olossale de la Revolution francaise commence par un 
s les denouements, com me a tous les sacrifices. Sur 
palrie chacun viendra deposer ses droits, ses privi- 
:>ert£s, pour aider a l'organisation definitive de cette 
leja fait couler tant de sang, 
en Navarre, en Soulc, en Labourd, en Beam, est a 
il faut que ces vieux pays francs et librcs envoient 
aux Etats g£n£raux de Versailles. 
*ovince est invitee, pour ne pas dire somuiee, a faire 
ins ses cahiers de griefs ses aspirations nouvellcs. 
ilc Navarre se demandent s'ils doivent obtemperer a la 
iu pouvoir central. 

i que I'esprit l^gislateur de nos peres s'aftirme, super- 
ire* par le sentiment de la dignite nationale. 
onsulte se charge d'etudier la question de savoir si la 
Kmmettra. 

Messieurs, ses sages paroles : 

propose de redevenir ce que vous futes autrefois, ce 
turiez jamais du cesser d'etre, un peuple libre et ind6- 
ercant par ses Etats generaux, ses reprcsentants, la 
gislative, n'oilrant a ses rois que des dons volontaires, 
ui-mgme et ne reconnaissant a aucuue autre puissance 
'imposer. 

i propose de faire reparer tous les griefs, toutes les 
i ont etc portees a votre constitution et a vos droits 
>rt du bon Henri, 
ivez besoin que de vous-ni£ines pour reprendre l'exer- 



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ONT-IL8 UNB HISTOIRE? l3l 

cice de votre puissance legislative. Dressez le cahier le plus com- 
plet de vos griefs; c'est a des Navarrais que je parle, a un peuple 
qui a conserve tous ses titres et qui n'a .rien perdu de son Anergic 

« II n'y a pas a craindre qu'on vous accuse de sedition, lorsque 
vous ne ferez que rlclamer l'execution des Fors : les Fors sont les 
titres communs des rois et de la nation. » 

Et l'auteur du m^moire faisant, dans un rapprochement piquant, 
le portrait du peuple francais, leger, frivole, n'ayant pas depuis 
mille ans connu, comme les Navarrais, les charmes de la liberty, 
et trouvant cependant la force n£cessaire pour la revendiquer, il 
ajoute : 

« Voila, Messieurs, le module que j'ose vous ofFrir; vous avez 
bien moins a faire que la France; vous n'avez jamais perdu de vue 
votre liberte, car, quoiqu' on Fait entam£e plus d'une fois, on ne 
l'a jamais contest ee. 

« L'ancienne constitution de la France valait presque la nfltre ; 
mais vous n'avez pas besoin, comme elle, d'aller la chercher a 
mille ansde distance, vos titres sont 3ous la main... Vons avez le 
bonheur d'etre encore pauvres..., le luxe ne vous a pas corrompus, 
vous aimez vos peres, vos meres, vos femmes, vos enfants ; vous 
comptez votre patrie pour quelque chose, vous n'avez rien perdu 
du courage de vos ancfitres : leurs mceurs et leurs vertus sont les 
v6tres... 

« Que craindriez-vous done ? 

« Le peuple navarrais est courageux; on ne Tattaque jamais 
impuneinent dans ses montagnes; il sera toujours prela perir pour 
la defense de ses foyers et de sa. liberte... Mais peu nombreux, 
faible, il est au milieu de deux puissances ibrmidables : il lui faut 
i'une des deux pour appui : c'est la vigne se mariant h Vormeau /... 
Le moment oil la Navarre cesserait d'appartenir a la France, elle 
serait envahie par l'Kspagne : ce ne serait plus alors un peuple 
legislateur, mais un peuple esclave. » 

Et comme le plus beau titre revendiqu£ par les Basques etait 
celui de peuple le'gislateur, l'auteur du memoire conclut a Tenvoi 
de deputes navarrais aux fitats generaux de Versailles a reflet d'y 
defendre les droits de leur petite patrie. 

Quatre deputes navarrais sont elus. Ge sont, pour le clerge : 
M* 1, de La Ville-Vieille, eveque de Bayonne ; 

Pour la noblesse : le marquis de Logras ; 

Pour le tiers-etat : MM. Vivier et Franchisteguy. 



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l32 LES BASQUES 

La Soule est representee par M. de La Viile-Outreix, pour le 
clerge ; 

Le marquis d'Uhart, pour la noblesse; 

MM. d'Arraing et Laborde-Escurret, pour le tiers-etat. 

Le Labourd elit pour com missaires : MM. Haraneder pere et fils, 
vicomte de Macaye, Pierre de Lalande et Pierre Haitze. 

Faut-il rappeler que le Beam, apres de longues hesitations, 
envoya corame deputes du tiers-etat des hommes dont le souvenir 
n'est pas encore perdu : Mourot, Noussitou, Pemartin et d'Ar- 
naudat? 

Les abb^s Saurine et Jullien representaient le clerge; le comte 
de Gramont et le marquis d'Esqiule, la noblesse. 

Nos deputes navarrais, arrives a Versailles, etablissent par une 
lettre tres expiicite que TinterGt et le vceu de la Navarre etaient 
d'etre indissolublement liee a la France, par un lien J4d4ratij ; 
et ils insistent pour que le roi convoque a Saint-Palais les fitats de 
Navarre, qui etudieront la question de savoir s'il y a lieu de se 
reunir a la France, au cas oil la constitution projetee leur apparal- 
trait aussi bonne que la leur. 

La convocation ne put £tre obtenue : les idees nouvelles avan- 
caient a grands pas ; les deputes se retirerent, emportant au fond 
du cceur une blessure profonde qu un hero'ique patriotisme seul fut 
capable de cicatriser. 

Le sens legislatif des Basques s'affirmait dans les cahiers du 
Labourd, qui, etudiant les pouvoirs a donner a ses commissaires, 
s'exprimaient ainsi : 

« Toute limitation a leurs pouvoirs serait essentiellement con- 
traire a Tobjet de leur mission : ils sont envoyes a une assembiee 
de la nation, non pas pour y i in poser des lois a ses autres repre- 
sentants, mais pour y discuter avec eux les meilleures lois possi- 
bles, soit sur la constitution de l'foat, soit sur toutes les parties de 
son administration. II faut des lors s'abandonner a leur conscience 
et a leurs lumieres, et que sur les vceux et les reclamations niemes 
qu'ils sont charges d'y presenter, comme sur tous les autres qui s'y 
proposeront, ils soient libres de se ranger du parti ou une discus- 
sion calme et patriotique leur fera connaltre la vfriti, la justice et 
le bouhcur general de la nation. » 

Admirable procedure parlementaire, qui aurait pu servir de 
modele et d'exemple a bien d autres generations! Superbe hom- 
mage rendu a la conscience des mandataires du pays ! 



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p53&""vr 



ONT-IL8 UNE HISTOIflE? 1 33 

Les braves gens qui signaient ces pages nc vous semblent-ils pas 
plus sages que les inventeurs du m and at imp£ratif et de l'excoin- 
munication politique? 

Quant a la Soule, son d£put£, le marquis d'Uhart, d£clara k la 
tribune que si l'assembl6e adoptait le projet de reunion de la Soule 
au B6arn, pour en faire le d£partement des Basses-Pyr6n6es, il y 
aurait k redouter une explosion prfcte a 6clater. 

Le bon sens des populations pyr6n6ennes, muri pr6cis£nient par 
l'exercice de la liberty, par T6tude respectueuse de leurs legisla- 
tions forales, les pr^serva des explosions redout£es. 

Habitudes k r6fl£chir, k peser leurs decisions, elles ne perdirent 
pas leur sang-froid... c'est un hommage k leur rendre, aussi bien 
qu'aux hommes de coeur auxquels le choix de leurs concitoyens 
avait confix le p6rilleux honneur de dlfendre leurs int£r£ts k Ver- 
sailles. 

Ah ! cependant, Messieurs, T^preuve 6tait cruelle ! 

Les Fors de Navarre, comme ceux de B£arn, comrae la coutume 
de Soule, avaient fait, pendant la plus longue p^riode de l'huma- 
nit6 connue, le bonheur de nos petites patries... 

Et tandis que l'Europe, encore dans les langes d'une civilisation 
k peine esquiss£e, etait d6chir£e et par la conquSte et par les 
guerres civiles, nos provinces pyr£n£ennes vivaient heureuses 
sous Tabri de leurs institutions nationales. 

T6moins v6n£rables de la sagesse des anc&tres, ces institutions 
avaient assure k nos pferes la dignity dans le travail, la liberty indi- 
viduelle dans l'ind£pendance de la nation ; elles avaient 6claire la 
gen&se de peuples aussi l^gislateurs que guerriers, et ceux-ci 
avaient pu, gr&ce k elles, se maintenir en cet 6tat unique, exem- 
plaire, sans avoir k recourir k ce que nous designons aujourd'hui 
par un euph^misme d'une ironie sanglante... le concert euro- 
p£en!... 

Le vent d'egalisation, d' unification, d'absorption qui souffle 
autour de la constitution naissante menace de tout emporter de ce 
qui reste de ce pass£ glorieux. 

L'£moi est grand. Le trouble est profond. Et certes, s'il y eut des 
protestations, il ne faut pas s'en dtonner, encore moins les bl&- 
mer... 

Comme je l'ai d£ja dit dans une autre enceinte, pour Vhonneur de 
nos quatre provinces, ces cris de la conscience nationale gtaient 
nlcessaires : le sacrifice ne devait 6tre que plus beau... 



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LES BASQUES 

, s'il en eat 6te autrenient, il eat sembl£ que de lears 
i glorieux ils s'etaient cndormis, confiants dans les des- 
says, nos peres allaient renier nos descendants ; 
3 legislateurs qui avaient si longtemps fonde\ elargi, 
institutions du pays libre ; 

guerriers qui avaient si longtemps contenu et fait reculer 
is de la terre tranche... 
rinclina !... 

bl£e des commissaires bearnais reunis a Pau le a8 octobre 
declare* que « le sal lit de la patrie et le bonheuv de l'em- 
euvent se trouver que dans Tunion ititime de toutes les 
l'Etat, et qu'il n'existe pas de plus beau titre que celui 
is »... 

oles, inspirees par le sage Mourot, eurent un profond 
inent dans tout l'ancien royaume de Navarre : Tapaise- 
t dans une union, jamais troubled depuis... 
vous rappeler, Mesdames et Messieurs, ce qui a suivi 
jue memorable, veritable tournant de Thistoire, qui 
voie au dix-neuvieme siecle ? 

us touchons ici a l'histoire contemporaine, dont il est 
jrave de remuer, en pareille occasion, les trop jeunes 
is. 

je puis dire, ce que je dois dire, ce que vous me repro- 
i ne pas dire hautement, au risque de me voir taxer de 
e interess^e, c'est que, le sacrifice consomme*, les Fors 
blement perdus, l'uuite nationale proclamee, la France 
de meilleurs citoyens, de meilleurs soldats, de (ils meil- 
les Basques. 

>nt a bien etablir par leur attitude absolument patriotique 
?ons ancestrales n avaient pas ete perdues, et que V esprit 
: dges, rappele r^cemment par Imminent auteur de 
ho, ne cessait de planer dans Vair autour d'eux. 
lies avancees de la France unifiee, comme ils l'avaient ete 
jogne et de la Navarre mcnacees, ils surent opposer leurs 
rines a toutes les agressions ; la frontiere pyr^neenne fut 
ic6e pendant les guerres de la Revolution et de TEmpire 
ang gene>eux. 

s redira dans le cours de ce Gongres les gestes de vos 
idant les grands jours de Tepop£e revolutionnaire et 
; mais je ne puis prononcer le mot de frontiere en face de 



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ONT-IL8 UNE HISTOIRE ? l35 

notre imposante chatne pyr£n£enne sans songer a Th^roique 
Harispe, qui, en 1793, avec les intr^pides chasseurs basques 
d'abord, ensuite avec sa division d'arriere-garde en 1814, a grave 
sur le marbre de nos montagnes d'iuipe>issables souvenirs... Et il 
ne fut pas le seul h£ros de sa famille... A Iena, l'empereur passe 
devant le 4* 16ger compost de Basques : 
« — Vous avez Ik un beau regiment, colonel. 

— Plus brave que beau, Sire, r£pond le colonel. 

— Nous le verrons tout k i'heure », riposte l'empereur. 

Et le soir, apres la victoire, le colonel Harispe, fait g6ne>al sur 
le champ de bataille, porte blesse* devant Napoleon, lui rendait 
Thommage de ses trois freres couches ce meme jour au champ 
d'honneur. 

N'avais-je pas raison de vous dire, en commencant cette trop 
longue causerie, que, pour un peuple qui n'a pas d'histoire, vous 
trouveriez que beaucoup d'historiens se sont occup^s du peuple 
basque? 

Mais ne vous semble-t-ii pas surtout qu'il s'est charge lui-meine 
d'6crire son histoire, et une belle histoire, en actions? 

Vous avez fait acte de veritable et intelligent patriotisms Mes- 
sieurs de la SocieHe nationale d'Ethnographie, en organisant ces 
congres, ces expositions, et gr&ce k eux en recueiliant les elements 
d'une histoire complete, sincere, digne de tout credit. 

Pour le peuple basque, c'est un hoinmage bien legitime et bien 
pr^cieux que vous lui rendez, et dans lequel il doit puiser de beaux 
enseignements, de salutaires lecons. 

II doit voir dans notre ceuvre, comme je i'y vois moi-mfinie, une 
reprise d* intensity de vie, une affirmation 6clatante de^vitalite. 

La tradition doit les attirer, car la tradition, ce n'est pas la mort, 
c'est la vie avec son perp^tuel rajeunissement. 

Comme nous le disait hier dans un fort beau langage notre Emi- 
nent compatriote M. de Fourcaud, que M. le Ministre de Instruc- 
tion publique a eu l'heureuse pens^e — dont nous lui sommes tres 
reconnaissants — de del^guer pour le repr^senter au milieu de 
nous, « la tradition, ce n'est pas le s6paratisme, c'est la manifesta- 
tion d'originalit£ provinciale qui ne saurait nuire k la constitution 
nationale ». 

Permettez-moi done, pftle £cho de son eloquence, de vous redire 
avec lui : 



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LE8 BASQUES 

Prenez conscience de vos traditions. Garder les lecons de ses 

Hres, ce n'est pas revenir en arriere ! Plus vous serez Basques, 

i vous serez Francais. » 

one, amis du Pays Basque, haut le front, haut les coeurs et en 

at! 

3 termine en vous proposant de protester avec moi contre l'idee 

)lante que je trouvais enoncee par un Basque, qui a 6crit sur 

Igine des Basques : 

Les gladiateurs saluaient Cesar avant de tomber 6gorg£s. N'at- 

Ions pas ce servile, ce derisoire hommage des Basques qui vont 

li mourir... C'est a nous de saluer d'un dernier, d'un sympa- 

[ue adieu, le clan des Euskariens de France et d'Espagne, les 

des Gantabres de la Rome antique... », etc., etc. Je n'acheve 

ertes la defense des Basques d'Espagne est en bonnes mains, 
s celles des Guipuzcoans eminents qui sont venus a cette stance 
s apporter le temoignage de leur prlcieuse confraternity, 
'est a vous, Basques francais, qu'il appartient de protester 
rgiquement contre ces paroles d'un Basque francais. 
.ssur6ment — et e'est la loi heureuse du progress, — tout se 
isforme dans l'humanite : legislations, Ungues, esprits, intelli- 
ces, institutions, moeurs, coutumes... Une seule chose doit 
;er immuable : l'amour de l'homme pour tout ce qui doit fitre 
6... Rassurez-les done, ces pessimistes qui voient le Pays 
que mourant, qui aflirment du haut de leur dogmatique erron6e 

la nationality basquaise doit fatalement disparaltre, et dites- 
p hardiment : Ceia n'est pas vrai ! 

[on, un peuple ne meurt pas quand, ainsi que vous savez le 
e, dans toute i'ardeur de votre fiere independance, il aime les 
venirs de deux miile ans dune histoire insuflisamment connue 
t-etre, mais suffisamment affirmed par des actes irr^cusablement 
pieux. 

[on, un peuple ne meurt pas qui aime, comme vous, la foi de ses 
es, resistant a toutes les 6preuves, a toutes les invasions ! 
[on, un peuple ne meurt pas qui aime, comme vous, sa langue 
ernelle, cette langue mysterieuse et troublante qui, du berceau 
ju a la tombe, exprime tantdt avec une energie rare, tantdt avec 

si seduisante harmonie les sentiments de tant de generations 
jours jeunes et toujours inspirees dans leur inalterable poesie... 
on, un peuple ne meurt pas qui, comme vous, peut donner, 



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ONT-ILS UNB HISTOIRB? l3j 

dans la seule periode que nous venons de vivre : aux lettres, un 
poete comme Elissambouru ; aux sciences, un savant comme 
Antoine d'Abbadie; aux beaux-arts, celui que nous aimons a 
nommer notre grand Bonnat, toujours debout et en avant quand il 
s'agit d'accroitre le patrimoine d'honneur de la nation ! 

Non, un peuple ne meurt pas qui aime enfin, comme vous le 
faites, le drapeau national, aussi pieuseraent cheri dans ses 6preuves 
i minorities que dans ses victoires inoubli6es, flottant respects par- 
tout ou la civilisation menacee et la conscience humaine con fi ante 
rlclament le concours de sa force et le prestige de sa gloire !... 

11 vivra toujours, ce peuple qui garde au fond du coeur le culte 
sacre* de toutes ces grandes et saintes harmonies, faisceau magni- 
fique que tous ici, dans un sentiment commun d' admiration fiiiale 
et d'irr£ductible amour, nous saluons de ce mot divin : La 
Patrie ! 



Adrien Plants. 



16 aout 1897. 



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BASQUES D'AUTREFOIS 



PAQES D'HISTOIRE 



M. ALEXANDRE NICOLAI 



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BASQUES D'AUTREFOIS 



PAGES d'hISTOIRE 



PAR 



M. ALEXANDRE NICOLAI 

AVOCAT A LA COUR D'APPBL DB BORDEAUX 

SBCRBTAIRB OKNBRAL DB LI SOCIBTB D'aRCBBOLOGIB, MRUBRB CORRBSPONDANT 

OB LA SOCIBTB ARCOBOLOOIQUB DU MIDI Dl LA PRANCR 

DB LA SOCIBTB DBS BBLLBS-LBTTRBS BT ARTS d'aGBM 

DB L'aCADBMIB DB LEGISLATION DB TOULOUSB, BTC., BTC. 



1. L inscription d? Has parr en. — DiviniUs to piques basques au temps de la 
domination romaine. — 11. Un fragment du Codex de Compostelle. — 
Impressions (Van pile r in pieard traversant le Labourd en ijq6. 



Moins inquiet que ce Ramuntcho, d6liciensenient £clos nagu&re 
sous la plume de Pierre Loti, infiniment moins sensitif que 
lui, plus calme, plus recueilli, le peuple basque — n'est-ce point 
une ironie que de Tappeler encore ainsi? — poursuit sa lente 
evolution parmi nous. 

D'aucuns Tappelleront decadence, puisque la langue va se d6na- 
turant chaque jour de plus en plus, s'encombrant de mots qui 
veulent rendre les choses ou les id6es nouvelles en un charabia ni 
fran^ais, ni euskarien, puisque les mceurs d'antan ont 6t6 rem pla- 
ces par celles d'aujourd'hui partout uniformes, que nos lois ont 



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i/fa BASQUES d' autrefois 

depuis longtemps aboli les Fors, que la valse et la polka font 
oublier le saut et le fandango ! 

Certainement, le flot de France vient battre depuis des si&cles au 
pied de la Rhune et de l'Haya, et il a rong£ a la maniere du flot de 
l'Oc£an qui delite la cdte cantabrique ; le Basque a peu a peu perdu 
de son individuality ; il s'y est m&ine pr&te* avec une certaine doci- 
lity ; contrairement a une opinion generaiemcnt re<?ue en dehors 
des preuves historiques, il ne sera pas malais£ de de^niontrer qu'il 
a 6t6 a toute 6poque d'une assimilation relativement facile. Ne 
pouvant p£n£trer, il a ete* pe^tre* sans qu'il ait H6 par trop dena- 
ture, et c'est ce dont il y a lieu de se feiiciter. 

Je ne dirai done pas si ceci qui a tu£ cela en partie vaut mieux 
que cela ; les lois de Involution des peuples sont de celles que rien 
n'enraye, pas m&me les vaines recriminations, mais ce que je sais 
bien, c'est que la langue basque n'est pas encore niorte, il s'en faut ! 
c'est que, si francisls que soient la Soule et le Labourd, il y a encore 
une ame basque malgre qu'elle se possede obscure inent ; il y a 
encore une tradition basque dont on essaie de grouper les plus 
edatantes manifestations en des fetes depuis longtemps deja cons- 
titutes, renouvelees avec un soin pieux. On a pu en suivre avec 
inte>£t les divers developpements a Durango, a Azpeitia, a Saint- 
Jean-de-Luz, en niaints autres iieux encore. A ces reconstitutions 
lumineuses de la tradition basque le nom d'Antoine d'Abbadie 
demeurera a jamais attache, et si tous les Basques de France et de 
Navarre lui doivent un souvenir reconnaissant, leur gratitude ira 
aussi aux municipality espagnoles et franchises qui se sont int£- 
ress^es et de>ou£es a l'ceuvre de la Renaissance basque. 

Cette ame basque que le psychologue s'effbrce de saisir dans les 
replis caches ou elle se complalt — car elle se refuse a se livrer — 
a tente* le romancier aussi. 

II nous a prlsente* un enfant tourmente par les atavismes ; c'est 
le sang des anc&tres qui bouillonne en lui ; mais sa mere le lui a 
passe* avec toutes les irresolutions, tous les decouragements faciles, 
toutes les nervosites d'une race fatigu£e, et cette tare il la tient 
d'un pere inconnu venu des cites ou le cerveau s'£puise, ou le corps 
s'an£mie, et retourne aux cites. 

Ce serait la caracteristique du pays et du temperament basques 
si le melange des races s'y etait partout produit dans les monies 
proportions avec ses consequences profondes, mais tout le monde 
sait qu'a part les cotes, ou les stations balneaires attirent les etran- 



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PAGES D'HISTOIRE l43 

gers et y retiennent des elements nombrenx qui finissent par 
fusionner avec les autochtones, la region montagneuseestdemeur6e 
a peu pres indenine dans la Soule et le Labourd, dans la Navarre et 
dans la Biscaye, oil Ton est plus Basque qu'Espagnol. 

Ici et la comme les cceurs vibrent a l'unisson lorsque les voix 
males entonnent lc Guernicaco arbola d'Yparraguire, tour a tour 
plein de coieres et de de*Bs, de melancolies et de resignations ! 

Une preoccupation tenace assiege le monde savant. Que sont les 
Basques? d'ou viennent-ils et quelle langue parlent-iis? — car la 
plus belle antiquite du peuple euskarien est son idiome raeme. 

A la recherche de ces questions, nous apportons tout notre dilet- 
tantisme d'e>udits, et ii nous amene par surcroft a aimer ce pays 
incomparable, an point d'en avoir les nostalgies lorsque nous 
l'avons une fois connu. 

II faut confesser de bonne foi que ces hauts problemes d'ethno- 
graphie ou de philologic laissentabsolument indifferentelagrande 
masse du peuple basque, et ii n'en saurait aller autremcnt. II lui 
suffit dc croirc et de proclamer qu'ii descend en droite lignc du 
premier hommc cr^e* et que son diaiecte est celui qif Adam a parle ! 
(Test encore la toutefois la plus naive mais la plus certaine marque 
de Torgueil qui lui vient du sentiment tres r£el de sa haute anti- 
quit^. 

Avons-nous au moins apporte* une solution ? 

Une et meme plusieurs, ce qui veut dire qu'aucune n'est satis- 
faisante. Ii faudrait avoir des connaissances trop sp£ciales et ni^me 
avoir le me>ite de quelques observations nouvelles pour se per- 
raettre d'aborder une fois de plus ces inconnues qui ne veulent pas 
se d£gager encore. L'ethnographie et la philologie nous ont cepen- 
dant fourni a cet 6gard des donn£es et des enseignements dont 
certains peuvent 6tre consider^ comme bien d^linitivement acquis ; 
les pas de geant que ces deux sciences sont appelees a faire avant 
que d'avoir atteint leur majority nous r^servent a coup sur bien des 
surprises, et les espe>ances que nous pouvons baser sur elles sont 
assurement de celles qui se r£aliseront dans un avenir plus ou 
moins lointain. 

Nous enregistrerons done les resultats avec joie au fur et a mesure 
qu'ils se produiront. 

Si nous nous d£gageons de ces 6poques a tel point n^buleuses 
pour nous qu'elles relevent presque de la pre*histoire, il nous faut 
encore declarer en toute franchise que la pe>iode historique a eHe* 



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l44 BASQUES D* AUTREFOIS 

bien peu fouillle et que de ce c6t6 il reste a faire un dnorme travail 
de d£pouillement. Tout est a mettre en oeuvre ici ; s'il nous 6tait 
permis de proposer un programme aux travailleurs, nous le com- 
poserions d'abord avec une extreme simplicity; les mat£riaux 
abondant, les subdivisions a faire s'indiqueraient rapidement : 
I. Les Basques sous la domination romaine. — II. Les Basques au 
moyen age. — III. Les Basques aux temps modernes 1 . 

Pour la premifere partie, le groupement des textes connus et 
l'6tude des inscriptions pouvant gtre rapport£es a la region pyr6- 
n£enne occup6e par eux fourniraient des renseignements pr^cieux 
en nous 6clairant sur des faits peu ou point connus ; la philologie 
sera ici d'un grand secours a 1'histoire de cette pdriode. Pour la 
seconde et la troisifeme s^rie de recherchcs, le r6colement minutieux 
des textes, i'inventaire des pieces diplomatiques, le depouillement 
des archives publiques et privies, les inscriptions des monuments, 
les relations des voyageurs et des pelerins qui allaient a Compos- 
telle en particulier, nous flxeraient assur£ment beaucoup mieux 
que nous ne le sommes sur la condition des personnes et sur celle 
des terres, sur les moeurs et sur les coutumes. II y aurait peuWtre 
aussi une r66dition a faire des Fors et Coutumes du Pays Basque 
avec commentaires. 

A ces derniers points de vue je signale uue mine inexplorde ; 
c'est aux Archives d£partementales de la Gironde, le d6pdt des 
archives dites du bailliage d'Ustaritz ou mieux de toutes les affaires 
de ce bailliage venues en cour de Parlement. II y a trois cents gros 
dossiers environ. J'ai eu la curiosity d'en inventorier sommairement 
un certain nombre d^ja ; les sources d'informations de toute sorte 
que Ton y puise sont a tel point int£ressantes que j'espfcre bien en 



1. 11 n'y a pas encore one histoire des Basquts ; les monographies abondent, 
mail ce ne sont pas des ouvrages d'une agreable lecture comme les Leltres 
labourdines ou le Biarritz de Chaho, pour ne citer que ceux-la au hasard, 
qui tiendront lieu de l'ouvrage historique general qui reste a faire. La 
literature basque a cependant fourni sa manifestation avec le Recueil de 
Contes de M. Webster, dont on attend toujours une traduction francaise ; 
Farcheologie basque, quoique tres incompletement abordee, a fourni deux 
bien interessants volumes : La Tombe, La Mais on basque, a M. O'Shea. 
M.J. Vinson a fait de remarquables travaux de bibliographic; il nous a donne 
aussi un petit volume d'abord facile, mais encore int6ressant : Les Basques 
et le Pays Basque. M. le chanoine Inchauspl, M. I'abb6 Haristoy, M. l'abbe 
Dubara, cinquante autres ont encore travaillc, et les philologistes sont trop 
nombreux et leurs ouvrages le sont davantage encore pour que j'entreprenne 
ici d f en citer un seul. J'en oublierais et des meilleurs. 



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pages . d'histoire i45 

avoir dress6 le catalogue d'ici k quelques ann6es. Si les voeux de 
tons ceux qui s'inttfressent aux choses basques peuvent m'acconi- 
pagner dans cette entreprise, je reprendrai certainement en enx 
des forces nouvelles, j'y trouverai le plus r6confortant des appuis 
ct des encouragements. 

C'est k ce plan d'ensemble que je rapporterai les trois parties de 
cette communication en essayant de retrouver quelques-unes des 
divinit£s basques topiques au temps de la domination romaine. 
Pour le haut moyen &ge, nous analyserons les impressions 
d'un pelerin faisant le voyage de Compos telle au douzieme si&cle ; 
ii sera piquant de les rapprocher de celies d'un autre p&lerin qui 
fit semblable visite au tombeau du grand Santiago en 1726. 



Connaissez-vous la remarquable inscription romaine que poss&de 
Hasparren au mur de son £glise ? Elle a fait couler des dots d'encre, 
nos 6pigraphistes frangais ne s'ensontpasreniis pour la discussion 
qu'elle aouverte k leurs seules lumiferes, ils ont consults Hirchsfeld 
et Mommsen. II s'est trouv£, comme k l'ordinaire, que, tous les 
avis r£unis, les uns excluaient totalement les autres, certains se 
complltaient heureusement sur divers points en se rapprochant un 
peu quant au fond. On me pardonnera de ne pas entrerici dans le 
vifd'unsujet quine repondrait pas au but restreint de ce court 
aper$u. Le seul examen des dissertations qui se sont produites 
entrainerait a de longs d£veloppenients ; je me contenterai de 
donner en note une bibliographie aussi complete que possible de 
Tinscription d'Hasparren. 

En voici le texte : 

FLAMBN, ITEM D(u)UMVIR, QUAESTOR, PAGIQUE MAGISTER, 
VERUS, AD AUGUSTUM LEGATO MUNERE FUNCTUS, 
PRO NOVBM OPTIWUIT POPULIS SB(i)uNGBRE GALLOS. 
URBE REDUX, GENIO PAGI HANG DEDICAT ARAM *. 

En d'autres termes : 

Flamine et duumvir, questeur magister du pagus, Verus, dttegad aupris 
de UEmpereur, obtint la separation des Ncuf Peuples d'avec les Gaulois. A 
son retour de Rome> il dedie eel autel au ginie du pagus. 

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l46 BASQUES D* AUTREFOIS 

Gela paralt d'une mince importance au premier abord ; en rea- 
lity, ce document Ipigraphique est Tun des plus int£ressants que 
la Gaule nous ait livr£s. 

II se place a une date incertaine, puisqu'a cet Igard il n'emportc 
avec lui aucune precision de fait. 

II n est toutefois pas impossible d'y supplier, on a m£me pu lc 
faire tres heureusement et avec toute vraisemblance en le rappor- 
tant au regne d'Auguste; je m'empresse d'indiquer que ce n'est 
point parce que Verus nous fait connaitre qu'il a accompli sa mis- 
sion aupres d'Auguste, ad Augustum, tous les empereurs ayant 
pris ce titre indifleremment, mais pour une foule d'autres raisons 
d'un ordre plus se>ieux. 

Le fait que consigne ce monument ^pigraphique a une impor- 
tance toute speciale si Ton considere qu'il se lie tres £troitement a 
la division administrative de la Gaule et de TAquitaine en particu- 
lier a un moment donn£. 

Les Neuf Peuples dont Verus est Fenvoye* choisi pour presenter 
leur requele a lempereur demandent a Stre s6par6s * des Gaulois, 
et Verus, assez heureux pour avoir vu sa mission couronn£e 
d'un plein succes, de retour dans son village d'Hasparren (pagus, 
chef-lieu d'une circonscription rurale), d6die un autel au g£nie dc 
son pagas en signe de reconnaissance. 

L'objet de son voyage a Rome 6tait done d'une ported conside- 
rable, mais il y a eu a son regard de nombreuses divergences de 
vues. La question a ete* rendue plus complexe par des rapproche- 
ments de textes qui ne sont pas contemporains les uns des autres 
et semblent par suite en contradiction alors qu'ils s'appliquent en 
realite* a des e*tats successifs de la Gaule. Les divisions de FAqui- 
taine ont en eflet varie* a diverses Spoques. D'autre part, si Ton 
accepte Tune des solutions proposers qui a obtenu jusqu'ici le plus 
de credit, la contradiction entre les textes n'existerait plus. 

Les Neuf Peuples seraient en effet rest6s unis aux Gaulois — et 
par ces Gaulois il faut encore entendre les onze peuples qu'Auguste 
avait adjoints a l'Aquitaine entre la Garonne et la Loire, — mais 



i. Selon une lecture, le texte porte SEJVNGERE. Et de nombreux epigra- 
ph is tes ont donn6 la lecon : SEJVNGERE, traduisant par : separer. D'autres 
au conlraire, ayant lu : SE JVNGERE, voient dans l'inscription une 
demande d'adjonction au lieu d'une separation. On apercoit aussit6t la pro- 
fonde divergence qui existe entre les uns et les autres au sujet de la portec 
et des consequences de la mission de Verus. 



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PAGES D'HISTOIRE I$J 

ils en auraient ete detaches, en suite de la mission de Verus, tant 
au point de vue militaire que de la perception de l'impdt, et oest 
danscette mesure que le flamine des Tarbelli, Verus, selon quelques 
probability, aurait obtenu d'Auguste la separation sollicitee. 

On ne peut que renvoyer ici a la discussion a laquelle s'est livree 
le savant auteur des Inscriptions antiques des Pyrfates, M. Julien 
Sacaze 1 . 

Gette opinion tres en faveur ces temps derniers encore n'a cepen- 
dant pas ete admise par tout le monde, surtout par ceux qui lisent 
dans le texte de l'inscription : se jungere au lieu de sejungere. 

Pour M. Eugene Gamoreyt, de Lectoure, qui vient de parler le 
dernier dans la Ville des Sotiates, ce serait tomber dans une 
grande erreur avec M. Hirschfeld que de restreindre a d'aussi 
platoniques avantages la reclamation des Neuf Peuples. 

La separation de l'ancienne Aquitaine d'avec TAquitaine Cei- 
tique etait a ce moment un fait depuis longtemps accompli. L'Aqui- 
taine primitive avait m&me perdu son nom et, restreinte aux Neuf 
Peuples, elle etait officiellement devenue la Novempopulana 
lorsque Verus va a Rome accomplir sa mission. 

Divis£e en neuf cites trop petites relativement aux autres, elle 
n'envoyait plus de deputes a Fautel de Lyon concurremment avec 
les autres peuples de la Gaule, mais elle etait representee par un 
autel particulier eieve a Lectoure. Mommsen avait deja entrevu 
cette conclusion. Mais laissons parler M. Camoreyt : « Le culte 
imperial particulier a la province et etabli alors dans sa capitale 
est indubitable, et c'est pourquoi l'assembiee des Novempopuli put 
legalement envoyer un depute legal a Tempereur et ainsi obtenir 
ce qui fut demande ou quelque chose d'equivalent, comrae le 
prouve Tinscription d'Hasparren. Ce qui fut obtenu ne fut nulle- 
ment cette separation fi scale et militaire de M. Hirschfeld. II n'y 
aurait pu avoir d'assembiee legale, aux mdmes droits que l'assem- 
biee de Lyon, ni des Novempopuli de nom, ni legat, ni accueil, 
ni sanction de Tempereur, si cette separation provinciale n'eiit 
deja existe avant la delegation de Verus, le flamine des Tar belli 
sans doute. Ce qui fut obtenu ne put done etre une disjonction qui 
deja existait forcement, ni aucune autre disjonction inferieure par 
consequent, mais bien une adjonction de Gaulois. Aussi n'y a-t-il 
pas snr le monument SEIVNGERE GALLOS (lecture oil il faut 

i. lnscr. ant, des Pyrenees. 



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r 7 r **3i 



l48 BASQUES D* AUTREFOIS 

supposer encore que GALLOS a £te* fautivement ^crit pour 
GALLIS !) mais bien : SE IVNGERE GALLOS..., en trois mots. 
Gette addition des Gaulois aux NOVEMPOPVLI ne fut autre que 
celie qui porta a douze les neuf peuples... Les peuples ajoutes 
furent bien les Convenes, les Consoranni et les Boates (groupe's 
ainsi sur la Noticia Galliarum), que tout nous montre avoir etc* des 
Gaulois Strangers aux Aqui tains 4 . » 

II faut reconnaltre que M. Gamoreyt base par ailleurs encore 
son opinion sur des textes si importants que nous ne ferons pas 
grande difficulty pour nous y rattacher pleinement. Les savants 
allemands lui doivent une r^ponse; nous Tenregistrerons avee 
plaisir. 

II y a done eu a Hasparren, au coeur du Pays Basque, un homnie 
investi d'une tres haute fonction, celle de flamine, qui a e^videm- 
ment exerc6 l'ascendant de ses merites et de sa valeur personnelle 
dans les assemblies d£liberatives des Neuf Peuples pour voir se 
porter sur sa t£te un choix particulierement flatteur et qui suflirait 
a honorer un homme, si le succes, qui ne gate rien, n'6tait venu, par 
surcroit, couronner cette haute mission de confiance. 

Verus, sous forme d' actions de graces au genie du pagus, nous 
montre qu'il est a la fois pieux et reconnaissant ; et, chose bien 
humaine, il a vouiu Conner au marbre impe>issable une Stape de 
son cursus honorum, afin que la poste>it<5 n'en ignorat, et comnie 
on ne pense pas toujours a tout, il a oubli£ de nous donner ce qui 
nous eut inte>ess6s et renseign£s ie mieux : une date. 

Vous en avez deja conclu que les Basques faisaient partie des 
Neuf Peuples de la Novempopulanie, qui comprenait une foule de 
petits peuples innommes chez les g£ographes anciens, et que, par- 
tant, eux aussi, aiors qu ils se considdraient comme de v6ritables 
Aquitains, ils avaient subi toutes les influences de cette admirable 

1. La Ville des Sotiates,par M. Eugene Gamoreyt, Auch, Imprimerie nouvelle, 
Th. Bouquet, rue Bazillac, 1897. — Nous ne saurions assez recommander la 
lecture de ce savant travail a ceux qui s'occupent des antiquites gallo- 
romaines et de Thistoire de la domination romaine dans notre Sud-Oucst. 
Avec beaucoup dc science, de hardiesse et de sagacite, M. Camoreyt n'a pas 
craint de discuter avec succes souvent les opinions de personnalites redouta- 
bles par Tautorite qui s'attache aleur nom; il s'est revele tres ^rudit epigra- 
phiste et a eleve a la Ville des Sotiates un remarquable monument. 

Voir p. 120 et s., pour Tinscription dHasparren. M. Camoreyt ne pense pas 
que l'inscription d'Hasparren soit d'une haute epoquo ; elle n'est pas non plus 
d'une basse epoque; elle pourrait etre du deuxieme siecle, seconde moitie, ou 
du commencement du troisieme siecle. 



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PAGES D'HI8T01RE l49 

civilisation romaine a laquelle leurs fr&res d'Espagne, les Ib£res, 
et puis la Gaule plus tard, out du plusieurs siecles d'une inou'ie 
prosp6rit£, une fois close Th^roique lutte que Ton sait pour le 
maintien de leur ind6pendance. 

Les Romaius ne gagnaient pas les peuples par la seule superio- 
rity de leurs armes ; ils les seduisaient encore par leurs arts, par le 
raffinement de leurs moeurs, mais surtout par le respect qu'ils 
avaient coutume de partout proclamer pour la religion, les moeurs 
et les usages des vaincus, auxquels ils n'ont demands en somme 
que du loyalisme. Les Anglais ne se sont aussi fort attache, au 
tnoyen age, les provinces francaises et la Guienne en particulier 
qu'en confirmant leurs privileges, en leur en conc£dant de nou- 
veaux au besoin, et Bordeaux — a une 6poque ou le patriotisme et 
Tid6e de patrie n'existaient pas encore, parce que Tceuvre d'uniii- 
cation de notre pays n'6tait pas suffisamment avanc£e — ne s'est 
rendu que bien a regret au roi de France, lorsqu'a son tour il fut 
devenu le plus fort d£finitivement. 

On 61evait done des autels au ge'nie du lieu en plein Pays 
Basque au temps d'Auguste deja; les Basques Itaient compris et 
absorbed dans les divisions administratives de l'Aquitaine, les 
Romains les avaient p£n6tr6s ; on dut s'y bonorer comme aiileurs 
du titre de citoyen romain, et e'est ce que je voulais d£gager rapi- 
dement, en ce tres court apergu, de l'inscription d'Hasparren, dont 
on s'est peu prSoccupe a ce point de vue particulier, parce que le 
probl&me souleve" par le monument epigraphique avait une port£e 
d'un ordre g6n£ral qui a seule absorbs les savants. 

Mais ce n'est pas tout. Ce Verus, ilamine et duumvir encore que 
magister de son pagus, a une allure d6cid£ment trop romaine ; 
son nom n'a rien de basque ; il est un fonctionnaire romain, un 
bomme officiei, rien done d*6tonnaut s'il adore les G^sars et les 
dieux de Rome. J'ai voulu, les Inscriptions des Pjre'ne'es en mains, 
relever tous les noms v^ritablement ib&res qu'elles nous donnent, 
et, dans le nombre, il va s'en trouver dont Tint^r^t tout particulier 
n'echappera a personne puisqu'ils s'appliquent a des divinite's 
basques topiques. 

Du merne coup on va voir de vrais Basques vivre de la vie du 
monde romain, faire des offrandes, 61ever des autels, des temples, 
offrir des sacrifices, d£dier des cippes fune>aires a leurs amis ou 
parents defunts sous Tinvocation du traditionnei : DEIS M ANIBVS, 
et tout cela dans Tobservation du plus pur rite romain. Mais on verra 



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l50 BASQUES D* AUTREFOIS 

aussi que si les dieux de la grande Rome sont devenus les leurs 
comiue par toute la Gaule, ils les ont encore accompagnls de quali- 
ficatifs basques qui les ieur conservent propres. On connalt le Mer- 
cure gaulois; ii y a le Mars basque, par exemple, et quand on lui 
6leve un autel on le fait invariablement : DEO MARTI LEHERREN, 
au Mars vainqueur, au Mars qui Scrase, un dieu de la guerre 
farouche, terrible, qui ne dompte pas seulement, raais qui 
aneantit f . 

Au mus6e de Toulouse, vingt et un autels, dont treize provenant 
de la seule commune d'Ardiege, sont d6dies par des particuliers a 
Mars Leherren. Les inscriptions donnenttour a tour Leherren 1 , 
Leheren 3 , Leherenni K , Leherenno*, Lerenno*. Parmi les dedicants, 
on outre de noms purement romains, nous en trouvons, detail qui 
n'est pas a n^gliger, de bien ib&res : ceux d'Uriaxe 1 , fille d'Ha- 
nossus; Osson, (ils de Priam 8 ; Ingenuus, fils dp Siriccon*; Dan- 
nonia, (ille d'Harspus 10 (Harspi fiiia) ; on y retrouve, sous la forme 
indubitablement latinis£e, Harispe, unnoin illustre* par un glorieux 
marshal de France; Bombix, fils de Sore u , ce dernier peuWtrc 
plus celte que basque, avec quelques autres. Si je citais d'autres 
exemples nombreux, on verrait que les Basques ont a plaisir 
echange* leurs noms contre des noms romains, et d6ja vous avez 
apercu que des fils et des filles portaient des noms basques purs que 
leurs peres avaient repudtes, sur les inscriptions tout au moins. 



i. D'apres M. Stempf : a Je ne vois qu'un seal radical basque se rappro- 
chant de ce nom, e'est leher, idee d'lcrasement, d'oii : lehertu, ecrasc, 
creve ; lehertze, ecraser, crever. » Leheren, le grand serpent, joue un r61c 
dans la legend e basque relative a la creation du monde, si nous ne nous 
trompons. Chaho, .dans son Biarritz, a consacre un chapitre a Leherren. 
Nous y renvoyons le lecteur. 

2. N* 178. Inscriptions antiques des Pyrenees, par Julicn Sacaze, Toulouse, 
Edouard Privat, 1892. 

3. Ibid., n" 188, 189, 193. 

4. Ibid., n"* 191 et 192. 

5. Ibid., n- i?3, 176, 179, 184, i85, 187, 190. 

6. Ibid., n° 186. 

7. Uriaxe de uria : la pluie, la villc, le village, la commune, Tendroit; ici 
nom de femme ; xe de Uriaxs est evidemment pour che, eche : maison ; nous 
traduirons done ce nom eminerument ibere par : maison de l'endroil, 
maison du village. (Indication philologique de M. Stempf.) — Voir n* 191, 
p. 25o. Inscr. ant. des Pyr. 

8. Ibid., n° i83, p. 245. 

9. Ibid., n - 178, p. 242. 

10. Ibid., n° 175, p. 240. 

11. Ibid., n'i73, p. 239. 



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PAGES D'HISTOIRE l5l 

Passons aux dieux. Tout le Pantheon pa'ien de Rome a 6te* accepte 
par les Ib&res, mais leurs dieux propres sont assurement ceux qui 
nous int^resseront le plus. 

Un dieu topique, n'est-ce pas le dieu ou la dtesse Erditse ? 

II nous est r£v616 par une inscription lue sur un autel votif 
relegue* au dix-septieme siecle dans la cour du Parlement de Tou- 
louse et que Griiter publia pour la premiere fois dans son Cor- 
pus 1 <Papr&s Scaliger 1 . Le monument est aujourd'hui perdu; on 
n'en a plus que les lecons anciennes, elles 6taient 6videmment mau- 
vaises, et M. E. Camoreyt, de Lectoure, a eu le premier Phonneur 
de donner la bonne Pan dernier. Frapp6 par le caractere iberique du 
nom, je m'adressai a mon excellent coli&gue et ami, M. Pabbc 
Ha r is toy, cure* de Giboure, dont la dissertation philologique a 6t6 
pleinement accept6e par le savant M. Stenipf, dont les int£ressants 
travaux sont a signaler ici. En basque, Erditse signiiie : enfanter, 
accoucher. Erdi veut dire encore, pris isolement : moitie*; itz ou 
hitz : mot, verbe. Erdi-hitz signifierait : demi- verbe; et encore 
herdi signifiant : enfant^, accouche, erdi-hitz £quivaudrait a : 
verbe enfant^ ; couramment, Erditse respond de nos jours encore 
a la premiere acception donnee. 

Ne nous trouvons-nous pas en presence d'un autel d^die* par les 
Consacrani Borodates a la deesse de la maternity ? 

Tout me porte a le croire. On sait qu'avant et apres la conquSte, 
les ddesses-mdreSy figures en des statuettes d'une argile blanche 
un peu ivoirine, fabriqu^es a milliers d'exemplaires par les potiers 
indigenes de PAllier et du Puy-de-Ddme, ont 616 particulierement 
en honneur dans les laraires gaulois a c6te* de la V6nus Anadyo- 
mene. M. Camoreyt, apres les premiers publicateurs de Pinscription, 
donne, il est vrai, Erditse Deo, et non Erditse Decs. Mais le 
monument est perdu ; il a 6t6 lu a une epoque oft Pon supplgait 
facilement, comme aujourd'hui du reste, a une lettre #ratt£c, 
absente ou d£te>ior6e. En fait le D seul de Deo ou de Dece existait 
seui r^ellement, et d'autre part Pimage du dieu pouvait 6 tre un buste 



i. Corpus de Griiter, 1602-1616, p. 1074 » n° 11. 

2. V. Dum£ge, Monuments religieux des Voices Tectosages % 1814, p. ao5; ct 
Archiologie pyreneenne, i860, t. II, p. 169, d'apres Griiter; Ed. Barry, 
Memoires de VAcademie des Sciences de Toulouse, 5* serie, t. Ill, p. fi$i ; 
Sacaze, Anciens Dieux des Pyrenees, i885, p. 28, n* 299, et Inscriptions antiques 
des Pyrenees; Lebegue, Histoire du Languedoc, p. 4^> n * i4^» 1 ^y enftn 
Camoreyt, Un Dieu injustement exclu du Pantheon pyreneen f Auch, 1896. 



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l52 BASQUES d'aUTREFOIS 

de femme nmtil6 f . Le t£moin manque done. Et puis les ckoses ne 
se passaient pas chez les Basques comme partout ailleurs. Au sieclc 
dernier encore, le Basque, Xetchecoyauna, devenu pere, se mettait 
au lit au lieu et place de Yandrea. Les amis, les parents, les voi- 
sins allaient lui apporter les felicitations que nous r£servons a 
l'accouch^e ; e'est la couvade d 'antique usage ; encore un qui s'en 
est alleM Qu'y aurait-il par suite d'&onnant — en admettant que 
F inscription ait 616 complete ou bien lue au seizieme siecle par 
Scaliger, car lui seul Ta vue — quErditse fut un dieu et non unc 
d£esse symbolisant la maternile auguste que nous avons si gracieu- 
sement, si po£tiquement honored dans une Vierge Immacul6e ? Lc 
contraire inline surprendrait pour qui connalt la tradition basque, 
oil les femmes n'ont pas de place officielle en dehors du foyer 
domestique, ne sont pas figures, ou l'nomme dans la pastorale 
s'afluble du cotillon parce que 1'acces de la scene est interdit a la 
femme comme a la jeune fille, ou dans les danses les mains ne se 
touchent pas, ou la chalne ne se fait qu'a l'aide de mouchoirs iso- 
lateurs comme dans YAurescu? 



i. Voici 1'inscription telle qu'elle est donnee par M. Sacaze : laser, ant. 
des Pyr. f n'ai, p. 66, et declare 1 e inexactement lue et publiee par lui. On a 
vu plus haut que M. E. Camoreyt Pa restituee avee beaucoup de bonheur ct 
de sagacite dans son memoire sur : Un Dieu injustement exclu da Pantheon 
pyrenSen. 

ERDIT. SEL 

CONS ARCAN 

(Hie est protome viri) 

BOUODATES 

V. S. L. M. 

Vidit Scaliger. 

M. Camoreyt Pa restituee ainsi : ERDITSE D[EO] GONSACRANI BORO- 
DATES VOTUM SOLVERVNT L1BENTES MERITO. Mais on apercoit que lc 
DEO demeure arbitral re ; la ou 11 n'y avait qu'un D, on pent aussi bien lire 
DEAE, et le protome viri peut avoir ete celui d'une femme. 

2. L'existence de cet usage est particulierement con tea tee par notre excel- 
lent collegue ct ami, M. l'abbe Haristoy. Je dois a la verite de dire que dc 
nombreux savants et archeologues des Basses-Pyrenees considerent la cou- 
vade comme de coutume certaine jadis. M. Ducaunes-Duval, notre savant 
collegue de la Societ6 des Archives historiques de la Gironde, possede a cet 
egard des renseigncments interessants. Si d'ailleurs nous nous placons en 
dehors du Pays Basque, l'existence de cette pratique dans d'autres contrees 
ne se discute meme pas. On remarquera d'ailleurs que nous ne donnons ici 
qu'une hypothese qui n'est meme pas necessaire a notre demonstration si 
Ton admet qu'il y a aussi bien pu y avoir DEAE que DEO dans notre inscrip- 
tion. II y a d'ailleurs a remarquer que Erditse au dalif est peut-elre mis pour 
Erditsa>y ce qui en fait encore un nom feminin. 



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pages d'uistoire i53 

Pour toutes ces raisons, notre proposition se justifierait si nous 
ne devions aborder ces questions avec l'extreme prudence que 
commande la methode rigoureusement scientifique. 

Mais Erditse, dieu to pique, homme ou femme, est bien basque; 
il ne sera pas rente par les descendants des ancetres qui lui firent 
leurs devotions. 

Vous me permettrez de ne pas m'eHendre de mfime, par la seule 
crainte d'etre fostidieux, sur les dieux Erge\ Larrasoni*, piusieurs 
encore sur lesquels j'ai r£uni des notes philologiques du plus haut 
intSrel dont je dois tout le me>ite au philologue Stempf, qui s'est 
mis a ma disposition avec tant de zele. 

Je veux vous dire deux mots sur ces divinit^s ru rales qui furent 
cheres a nos montagnards iberes, sSduits par un site, par unc 
admirable nature, selon qu'elle se montrait a eux riante ou farouche, 
par un arbre mfcme. Leur ame pleine de poesie se livre tout 
entiere en ces nalves manifestations religieuses. lis chantaient, ils 
adoraient, ils dansaient sur les cimes, ces primitifs ; Voltaire n'a 
pens6 faire qu'une jolie phrase, peut-elre, ii a dit vrai aussi. Est-ii 
assez champGtre, ce dieu Fagus, qui n'est qu'un hitre'} Sur tous 
nos versants des Pyr6n6es, dans toutes nos valines, il offre ces 
ombres propices cheres aux bergers qui jouent de la fldtc, du chalu- 
meau, du chiroula ; les bergers amoureux de Virgiie ont chante ses 
frondaisons, l'improvisateur basque moderne ne i'oublie pas lui 
ou son chfine s'il veut cel^brer les molles oisivet^s parmi les 
charmes des champs ; le gaitero, sur les troncs moussus, se repose 
et trouve des airs nouveaux sur son flageolet rustique. Huit autels 
recueillis sur le territoire de la Civitas Lugdunum Convenarum 
nous montrent le h6tre tenu pour dieu et v6ne>£; trois sont 
avec inscriptions : FAGO DEO BONXVS TAVRINI FILIVS — 



i. Pour Erge, M. Stempf nous a fourni la notice suivante : « Erge, Erce. 
Je ne trouve que Erguea (Jrigoyen, p. 46)> brulure, chalcur extreme, deman- 
geaison violente, fumee, vapeur £paisse; Ercha, violence; Arge, Eclipse; 
Herg idiki bat, un clin d'oeil. La syllabe ge, en basque, correspond au fran- 
cais « sans. » — L'inscription qui porte Erge est la suivante : ERGE DEO 
GOR1S HANNAX (is) (filius). — laser, ant des Pyr., n' 4»3, p. 5o5, el Cenac- 
Moncaut, Voyage Comminges, p. 14. Erge, signifie aussi : jeune boeuf. 

a. D'apres M. Stempf : « Larrasoni, de Larra, signiiie ponces, paturage ; et 
Sofia, epaule, dos. Serait-ce un paturage sitae dans la montagne, a cheval 
sur deux versants ? » II y a toute vpaisemblance pour qu'il en soit ainsi, 
surtout si Ton rapppoche de cette inscription celle d'Aherbelste. (Voir plus 
bas.) Tous nos noms de villages basques : Bidart, Hasparren, Baigorry, 
Giboure, Ustaritz, etc., ont des significations de m£me genre. 



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1 54 BASQUES D* AUTREFOIS 

FAGO DEO JVSTVS V. S. L. M. — FAGO DFX) POMPEIA 
CAII FILIA V. S. L. M«. 

Cinq an£pigraphes portent la figuration d'an arbre sculpts en 
relief*, et deux portent une croix sur le socle 8 , ce qui permettrait 
presque de supposer qu'ils datent de Tepoque chr^tienne. 

A Mouy, dans la Civitas Narbo, un temple superbe, bien dote, 
est £lev£ a Larrason. II y a dans les environs de Pampelune, sur la 
route qui vient a notre Saint-Jean-Pied-de-Port par le col de Ron- 
cevaux, un village du nom de Larrasona. Nora basque, il se com- 
pose de Larra : ronces ou paturage, et soha : 6paule, dos. Ne 
s'agirait-il pas simplement dun paturage situe* dantf la montagne 
sur deux versants? (Test en tout cas ce que signifie Larrasona; 
Larrason*, Arbelex*, Balgorisc*, de bat gorri, lieu rouge, sont 
encore des dieux topiques basques, et ce n'6taient pas a coup sur 
les Romains, si riches en dieux, qui les adoraient en empruntant 
des divinit6s nouvelles aux Ibercs. 

Un autre dieu en fin, le dernier dont je vous parlerai pour 
clore cette si curieuse se>ie, e'est Aherbelste\ Bien proche parent 

i. Inacr. ant. des Pyr., n°" 116, p. 188; 117, p. 189; 118, p. 192. 

2. Ibid., p. 189, 190, 191. 

3. L'une d'elles est gemraee. 

4» laser, ant. des Pyr„ n" 3, 4» 5, p. 9» 10, xi et 12. 

5. Ibid., n" 226, p. 277. — D'aprcs M. Stempf : « Harbclcx de arbela, la pierre 
ponce, le tuf ; ex, ech. pour eche, maison. » 

6. Ibid., n" 214 et 344. p. 267 et ^b. — D'apres M. Stempf : « Baicorrixo. 
— Peul-Stre bai (baia, baie, port abrit£) et gorri, rouge; xo, cho, est le suf- 
(Ixe du diminuti(. » II y a encore, vers Saint-Jean-de-Port, le village de 
Balgorry. 

7. Ibid., n* 348, p. 43i. — AHERBELSTE DEO, SENIVS ET HANNA 
PROCVLfl] FIL[II], — Celte inscription est Fune des tres rares dans lc 
recueil de M. Sacaze qui ait donne lieu a une dissertation philologique dc 
quelque etendue. On y lit, sous le n" 348 : « Aux yeux de M. Desjardins et 
de M. Luchaire, les noms divins d'Aherbelste et Alardossis ou Alardostus 
ont indubi tablemen t une physionomie ibero-euskarienne. » — a On peut 
ndmettre, dit M. Lucliaire, l'identite de belex, bels, be 1st et se prononcer 
ici, sans teme>ite, pour l'origine aquilanique. L'adjectif noir, qui entre si 
souvent dans la composition des noms d'hommes et de lieux de tous les pays, 
sVxprime en euskara par beltz (belch, bels) ou baltz, suivant les regions... 
Quant aux radicaux divers qui precedent belex ou bels, il est plus difficile 
de les reconnattre avec surety. Dans Harbelex, /HJarbels, nous verrions 
volontiers un nom geographique semblable au nom propre actuel Harribe- 
lech (eta}, « les pierres noires », compose de Harri, pierre, en labourdin, et 
du suflixe local eta. liar, en effet, se rencontre frSquemment pour Harri dans 
les noms de lieux du Pays Basque actuel. Telle est peut-etre aussi, mais ceci 
;\ titre de simple supposition, Porigine d if nom divin Aherbelste, dans lequel 
Aher serait une sorte de redoublement pour ar, comme dans le labourdin 



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pages d'histoire i55 

n'est-il pas d'un nom de lieu raoderne : Harribelecheta, les 
pierres noires, en dialecte labourdin? Oa peat y voir aussi dans 
Aher un redoublement de ar; le bSlier s'exprime bien ahari, et 
belste e*quivaut a noir. Dans ce cas, Aherbelste, que Ton pourrait 
peut-Gtre retrouver dans le nom corrompu de la valine de Larboust, 
aurait pu designer, comme ii arrive pour beaucoup d'autres divi- 
nites topi que s, une montagne, une valine, celle des biliers noirs. 
Pius de cent noms basques nous sont donnas par les Inscrip- 
tions des Pyr4n4es pour des particuliers qui elevent des cippes 
funebres aux manes de leurs defunts : Edunnis, Ilurberrixo ' , 
Senixsonis, Senixson*, Andere*, Andosten, Andosso, Andoston K , 



ahari (belier), pour art Dans ce cas, ie mot Aherbelste, qui s'est pro bab le- 
nient conserve dans le nom de la vallee de Larboust, devrait, comme beau- 
coup d'autres appellations de divinites topiques, designer une valine ou une 
montagne personnifiee. » Ces conclusions sont done a rapprocher de celles 
de M. Stempf et des ndtres pour Larrasoni, Pour Aherbelste, M. Stempf nous 
donne d'ailleurs la notice suivante : « Aherbelste, tel quel, sera diflicilement 
analyse. En con&iderant le h comme un k affaibli et en modiliant quelquc 
peu l'orthographe de belste on obtient akerbeltza, le bouc noir. » 

i. D'apres M. Stempf : « Ilurberrixo, de ilfh/urria, la source, le commen- 
cement, la cause; berri, neuf, recent; xo, cho, suillxe du diminutif : nouvelle 
petite source. » 

a. D'apres M. Stempf : « Senixsonis, Senixon. II y- a dans Aizquibel, senesia, 
le zodiaque ; on y trouve aussi une forme verbale ichon, attends, prends 
patience. Pourrait-on supposer ces deux mots reunis en Senixon ? » 

3. Les Inscriptions des Pyrenees donnent, en outre d' Andere, Anderenij 
Anderesse, Andereseni, Anderexo, Anderella, Nous reunirons done sous 
Andere les observations de M. Stempf : « Andere, femme, dame, mattresse, 
qui a autorite\ — Andereni pourrait deriver de anderena : celui des dames, 
ilc anderen : des dames, genitif pluriel de la declinaison deflnie de andere, et 
a, article defini et pronom demonstratif; anderena pourrait etre aussi un 
superlatif, la dame ayant le plus d'autorite, de pouvoir, les superlatifs bas- 
ques se formant au moyen du genitif pluriel. — Anderesse doit sans doutc 
<Hre lu : Andereche, maison de dames, et Andereseni provient de Anderesena 
ou Anderechena, celui des maisons de dames, de andere (voir plus haut), 
echen, genitif pluriel de la declinaison deiinie de eche, maison, et a, pronom 
demonstratif. La reunion andereche s'opere, a la maniere allemande,par simple 
juxtaposition des substantifs a combiner ; comme : Hausfrau, maltresse de 
maison ; Herrenhaus, maison de maitres et aussi maison des seigneurs, cham- 
bre des seigneurs. — Anderexo, lire : Anderecho (voir plus haut). —Anderella 
resiste a l'analyse; andere est basque, incontestablement, mais lla, ella ne se 
rencontre nulle part dans les dictionnaires. Serait-ce le mot elhea corrompu ? 
Nous aurions alors : la parole de dame, le propos de femme. » II est a noter 
que tous ces noms sont des noms de personnes figurees dans les inscriptions 
comme d^cedees ou comme elevant des monuments funebres a leurs morts, 
ou dediant des autels a des divinites topiques. 

4. D'apres M. Stempf : « Andosten peut etre un compose de anda, sureau, 
hieble, et osten, de oste, derriere, en arriere : derrtere le sureau.— Andosso, 



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1 56 BASQUES d' AUTREFOIS 

Ereseni*, Cundueseni 1 , Halscotarris', Hotarri*, Neure&eni*, 
etc., etc., nous montrent des Ibferes r£pandus sur les territoires 
montagneux ou dans les plaines de nos d^partements .actuels des 
Pyr6nees-Orientales, de PArifcge, de la Haute-Garonne, des Hautes- 
et des Basses-Pyr£n£es. 



aizkibel a andoa, la souche d'arbre; ma is je prefer era is lire : andu, surcau. 
Dans 8S0 nous retrouvons, me semble-t-il, xo ou cho, le signe du diminutif : 
petit sureau. — Andoston doit etre une variante de andosten (voir plus 
hant). » — Nous n'avons pas besoin d'aj outer que tous ces noms bien iberes, 
comme tous ceux que j'ai prie M. Stempf de vouloir bien etudier, sont evi- 
demment deformes par le lapicide et latinises pour repondre aux desirs et 
aux usages des Basques de l'epoque qui tendaient a leur donner le plus pos- 
sible une allure romaine, sans pour cela les abandonner completement. Gel a 
est si vrai qu'on rencontre sur les inscriptions : un tel ills d'un tel qui porte 
un nom romain, alors que son pere a un nom basque ; l'inverse se rencontre, 
ce qui est plus curieux. 

i. D'apres M. Stempf: « Ereseni, la premidre syllabe ne donne pas de sens. 
Ne serait-il pas permis de voir dans ce mot un raccourci de anderesenil » 
(Voir plus haut.) 

a. D'apres M. Stempf : Cunduesseni, peut-elre pour kondaesaeni, pourrait 
s'expliquer par kondu, kondo, mal prononces, signifiant : cire, cierge, hacne, 
coignee, residu, la iin, l'extreme; eseni vient de echena (voir plus haut), 
celui de la maison du cierge ? peut-etre aussi : celui dc la maison extreme, 
celui de la derniere maison ; mais dans ce dernier cas, on s'attendrait plutdt 
a echekondu(gL), 

3. HaUcotarris. Halsco, ou plutdt haltzco, est le genitif adjectif singulier 
de la declinaison deOnie de haltz, aulne (arbre), et otarre ou otharre, panier. 
Ce serai t done panier « tresse de branches ou rameaux » d'aulne; plus exac- 
tement : de l'aulne. 

4- D'apres M. Stempf, Hotarri, pour Otarri, paratt avoir la meme origine : 
otarre, panier. Dans certains dialectes, l'e final devant l'article a se prononce 
i; cette prononciation aura it- el le ele conservee pour le nom, meme apres la 
chute de Va ? Otharra, plants de genets. 

5. Avec le Pantheon romain accepte par les Basques et les divinites topi- 
ques qu'ils adoraient sur les Pyrenees ou a leurs pieds, nous voila loin de 
ce pretendu dieu unique adore par les Basques. On n'a pu ecrire que les 
Basques avaient un dieu unique que par une fausse interpretation du texte 
de Strabon, 011 il est dit que par les nuits sans lune les Basques faisaient des 
devotions et dansaient sur leurs portes en l'honneur d'un dieu innomme ou 
inconnu : Deo ignoto. 

Qu'est-ce a dire, si ce n'est que Strabon, qui n'a eu que des renseignements 
incomplets, souvent errones et de seconde et troisieme main, n'a connu des 
pratiques religieuses des Basques que les seules que lui a livrees son corres- 
pondent? 11 ignore tout des Vascons, cela se voit du reste dans son maigre 
texte, et de ce que les Basques rendaient par les nuits sans lune des hon- 
neurs a un dieu innomme, Deo ignoto, cela ne saurait jamais equivaloir a un 
dieu unique. En dehors de cette remarque, il serait interessant de savoir sur 
quelle source de renseignements authentiques se sont bases les nombreux 
auteurs qui ont aflirme le dieu unique. 



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PAGES d'hISTOIRE lHj 

Je crois avoir fait ici ime premiere demonstration ; je vais en 
essayer one autre tres rapidement. 



II 



Les Iberes occupaient toute l'Espagne lorsque les Romains firent 
la conqugte de la P£ninsule ; prfcs de trois cents ans apres, ils d6bor- 
daient encore sur tout notre versant pyr6n6en; nous les y retrou- 
vons avec les inscriptions, et les noms des villes que les Romains 
latiniserent sont iberes. En voulez-vous quelques exemples? Elne 
est l'ancienne Illiberris ; Lezignan-sur-Jouarre, V Usuerva des itin£- 
raires. C'est entre Gapendu (Liviana) et Lezignan (Usuerva) que 
se trouvait le temple de Larrason. Coilioure a £te* Caucholiberis, 
Geret, Cerretana. Je m'arrSte, car je pourrais trop multiplier les 
exemples. 

Ce n'est certes pas sous la domination romaine que les Basques 
ont eu k souffrir ; ils se sont librement de>elopp£s comme tons les 
autres peuples de l'Aquitaine pendant les trois siecles de lagrande 
paix, et plus particulierement sous les regnes bienfaisants et r£pa- 
rateurs des Antonins. Les legions etaient loin, bien loin campees 
sur le Limes , le long du Rhone et du Danube. 

Mais le Qot des invasions se rue sur la Gaule. Les Huns, les Van- 
dales, les H^rules, les G6tules, les Alains, les Sueves, vingt autres 
peuples avec eux, passent en un tourbillon furieux. Et quand cette 
premiere coulee s'est produite, on aper^oit avec stupeur les ruines 
fumantes de l'empire romain. La premiere invasion n'a cependant 
fait que passer ; on rele ve les d6bris ; d'ouvertes les villes deviennent 
des places ferm^es, des oppida, des castra, des castella. On percoit 
encore dans le loin comme un bruit sourd qui va grandissant; c'est 
la galopade des chevaux des barbares. Et les voilk. Mais ceux-ci 
restent. La Gaule va connaitre la domination wisigothique ; ces 
conquerants se donnent des institutions ; le sol, ils Tout pris ; le 
soldat est devenu laboureur. L'Aquitaine est soumise. Les Basques 
se sont r£fugi£s dans leurs montagnes et ils y tiennent bon. Gette 
fois ils ne s'assimilent pas, parce que d6ja ils ont 6te victimes d'un 
premier refoulement, d'une premiere compression. Tout le mal leur 
vient de ces voies, de ces routes, de ces ports des Pyre*n£es que les 



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1 58 BASQUES D* AUTREFOIS 

barbares franchissent tour a tour, et ils ne s'arrfitent pas de passer, 
lis sont legion, eux ue sont que poignee. 

Alors se fait ce groupement du peuple ibere qui occupait Tun et 
l'autre versaut des Pyrenees, il devient un noyau compact et se 
canto une dans la region montagneuse la plus inaccessible, la plus 
impraticable militairement, celie qui se defend avec le moins 
d' homines contre un plus grand nombre. Elle est exactement entre 
deux routes, entre Tancienne voie romaine qui venait a Roncevaux 
franchir le Summum Pyrenceum pour p6n£trer en Espagne, et 
l'autre voie romaine qui de Burdigala par les Landesj par 
Bayonne, par Irun, entrait encore dans la P£ninsule. Et c'est ce qui 
explique que, tandis que les Iberes de 1' Espagne avaient £te depuis 
longtemps absolument refoules, entrained et jetes dans la mer, nos 
Basques pyrSneens etaient restes invioles dans leurs derniers 
refuges, oil ils redevinrent sauvages et terribles, 6piant les ports 
derriere les roches de leur ceil de milan. 

Les invasions ont valu aux Basques six a sept siecles de barbarie 
profonde ; barbares, ils le sont encore quand Charlemagne va com- 
battre le Maure avec ses paladins. 

Oh ! la dolente aventure que fut ce retour de Carles li Reis nostre 
emperere magne, Carles a la barbe floriel N'entendez-vous pas 
encore les appels 6perdus de l'olifant? Le preux Roland souffle si 
fort que le sang vient a ses lerres et quand, tout trouble^ Caries li 
Reis croit percevoir la plainte lointaine, Monseigneur l'archange 
Gabriel a deja recu le gantelet du paladin. 

Je reviendrai peut-Stre quelque jour sur P6pop£e, sur la chanson 
de geste que pas un petit Francais ne devrait ignorer. 

Sauvages farouches, les Basques le sont encore quand le moinc 
Eymery Picaud franchit les Pyrenees, conduisant a Compostelle 
la riche et belle Gerbega, noble dame des Fiandres. II a cerit la 
relation tout entiere de son voyage ; le P. Fita et Julien Vinson 
Tont publiee. On vous a donne* hier quelques-unes des impressions 
de Picaud. Sous sa plume, le portrait des Basques n'est guere flat- 
teur ; ii est si noir qu'on serait presque tent^ de le croire un peu 
charge*. Ce Picaud devait £tre un (ier poltron; j'imagine que Ger- 
bega avait du courage pour deux. Dans Mairtzelle Nitouche, c'est 
Cadet qui a peur et Babet qui n'a pas peur. II s'efFraie terriblement 
rien qu'a voir leurs traits durs et farouches, rien qu'a entendre 
leur langage baroque, et le coeur lui manque. Et puis ce sont de 
terribles douaniers, ils s'avancent vers vous qui passez, avec des 



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pages d'jiistoire i59 

javelots dont la pointe est a tout instant inqutetante : d6cid£ment 
Picaud en a la chair de ponle ; ils vous fouillent, vous obligent a 
vous deshabiller sans facon, vous mettent quasi nus comrae de 
petits saint Jean ; il oublie de nous dire s'il y avait des dames 
visiteuses pour Gerbega. Ces Basques vous font payer des tributs 
£nornies, et cela sans droit aucun, les pelerins en £tant exone*r£s ; 
pour un sou de France ils assassineraient dix Francais. Et puis il 
passe aux Navarrais, dont le portrait n'est pas plus flatted Basques 
commeJes autres, ces gens-la sont sales sur eux, sales dans leurs 
vGtements, sales quand ils mangent et quand ils boivent. Homraes 
et femmes, maitres et domestiques, plongent leurs doigts dans le 
plat unique et boivent dans le verre unique. II les compare tout net 
a des pores; il est vrai que le latin permet de tout dire. Parlent-ils : 
il vous semble entendre des chiens qui aboient. Ils sont cependant 
chr^tiens; Dieu, ils l'appellent Urcia ; la mere de Dieu, Andrea 
Maria. Picaud a recueilli de ci de la quelques mots du vocabulaire 
basque et nous les fait connaltre, ce qui est assur£mcnt tr&s int£res- 
sant. EnQn, ces malheureux Navarrais sont pleins de mechancet£ : 
ils sont noirs, ils ont Tceil niauvais, ils sont pervers, perfides, trai- 
tres, corroinpus, Hbidineux, ivrognes, mal Aleves, d'une impi£t£ 
sans pareille, enfin rompus a tous les vices. De fait, je ne me per- 
mettrai pas d'aller plus avant dans la citation : vous irez au texte 
si vous tenez a etre completement £difi£s. 

Lepays est cependant plus beau, plusrjtahe, mieux approvisionne* 
en Navarre que sur le versant francais, et Picaud, qui n'est pas 
insensible a la grandeur et a la beauts des pay sages, nous fait des 
descriptions, celle de Roncevaux entre autres ; tout cela serait plein 
d'intlrdt, mais tout ne pent £tre traite* dans une conference. 

11 y a un dernier detail que je vous livre cependant. Les Irrin- 
zihas Tont frapp6 ; ces cris de guerre, d'appel ou divertissement, 
ne se sont pas perdus et la nuit dans nos montagnes ils troublent 
profonddnient. Voiia done un document qui nous prouve bien 
l'anciennete* de rirrinzina ; 6coutons Picaud : « Lorsqu'il sort de sa 
maison ou y rentre, il siffle comme un mi Ian; et quand il s'est 
cache ou qu'il se trouve dans des iieux deserts, toujours pour ra- 
piner, s'il veut, tout en restant dissimule\ appeler ses camarades 
sans reveler sa presence, il chante a la maniere du crapaud, ou 
ulule a la maniere du loup. » 

Rapprochons ces impressions de celle d'un pelerin picard qui, se 
rendant aussi a Gompostelle a six siecles de la, en 1726, passe par 



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l6o BASQUES D* AUTREFOIS 

Saint-Jean-de-Luz et par Irun, au lieu de suivre la route d'Ostabat 
et de Roncevaux. II s'appelle Manier f . 

A Bayonne, il descend au faubourg du Saint-Esprit, chez une 
M me Belcourt, premiere maison en arrivant, a droite; l'enseigne au* 
dessus de la porte est une coquille de Saint-Jacques. G'est Ik que 
tous les pelerins logent a Taller et au retour. Gette femme, nous 
dit Manier, comine plein d'enthousiasme, est connue aux quatre 
coins du monde. 

Involontairement vous pensez tous avec moi que le dix-neuvieme 
siecle nous a donne* un pendant a M me Belcourt ; vous pensez a la 
belle M mc Poulard, du Mont-Saint-Michel; elle est aussi connue 
aux quatre coins du monde. Beaucoup ont cherche* dans son hdtel- 
lerie la merveille du Mont, laissant les arch6ologues accrocher 
leurs r£ves aux dentelles des clochetons et des ogives, aux perils 
des escaliers qui franchissent Fablme sur des arcs-boutants aeriens 
et lagers comine des pennes d'oiseau ! 

Manier muse par les rues de Bayonne; ii veut voir la reine 
d'Espagne, qui y est exii£e, dans le secret espoir d'avoir quelque 
aumdne ; on l&che les laquais apres lui, et il risque la bastonnade. 
Le voila refroidi. Par Stapes ii s'achemine sur la frontiere; il passe 
a Bidart, arrive a Saint- Jean-de-Luz. 

<r De Bayonne. — Dans cette ville est un faubourg appele le 
faubourg de Saint-Esprit, oil nous avons couche* chez M me Belcourt, 
la premiere maison en entrant sur la droite, ou est pour enseigne 
une coquille de Saint-Jacques attached au-dessus de la porte. (Test 
la oil tous les pelerins de Saint-Jacques logent en allant et venant. 
Cette femme est connue aux quatre coins du monde pour cela. 

« A la porte, est une sentinel le pour empScher les soldats dc 
sortir de la ville. Nous ftimes tres bien couches chez elle. 

« Le 5, qui 6tait dimanche, nous avons laisse* nos hardes chez 
elle et nous sotmnes mis le plus propre qu'il nous fut possible et 



i. Le Voyage tVun Pelerin picard a He publi6 par notre excellent collogue 
M. de Bonnault d'Houet, a I'ouvrage duquel nous sommes heureux d'avoir 
fait l'emprunt qui va suivre, avec son aimable autorisation. Ce curieux 
ouvrage, que M. de Bonnault d'Houet a assorti d'une preface extremement 
interessante, de notes nombreuses, d'un appendice et d'une carte, merite de 
se trouver entre les mains de tous ceux que ce sajet rapporte a notre contree 
pourra interesser. (Pelerinage d'an paysan picard d Saint-Jacques de Com- 
postelle, an commencement du dix-huitieme siecle. Montdidier, imprimerie 
Abel Radenez, 1890.) 



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PAGES D'HISTOIR£ l6l 

avons passe de quatre k cinq fois sans que dans la quantity de plus 
de trente sentinelles on nous ait rien dit. (J'avais change^ un ecu de 
six livres en argent d'Espangne.) Ayant traverse* le pont, tel que je 
le dirai, nous sommes parvenus dans le faubourg du c6X6 d'Es- 
pangne, oil 6tait un fort beau chateau ou demeurait la reine douai- 
riere d'Espangne, veuve de Charles VII 1 , qui est une femme haute 
de six pieds, ou elle est gardee par des troupes de France de la 
garnison de cette ville. Nous nous sommes Ik rejoints tous quatre, 
oft nous avons reste* quelque temps, esp£rant quelque gratification 
d'elle ; mais au contraire, un valet de chambre vint a parattre, qui 
nous fit galoper par une sentinelle, nous voulant fa ire reconduire a 
la ville, ce qui nous fit prendre la fuite aussitdt. 

« Et dans ce temps, Delorme et moi avions r£solu de quitter les 
autres, k cause de leur maniere de vivre qui n'£tait pas du tout 
traitable ; et Delorme me trahissait k merveille, il racontait aux 
autres nos resolutions entre nous deux. Voyant cela, nous mar- 
chauies tous ensemble jusqu'k Usa(Oazac) y et plus loin a L'Anglet, 
ou nous avons couch6 dans une Scurie oil j'ai perdu pour un ecu 
d'argent d'Espangne. 

« Le 6, je suis parti pour ailer a Desvidalle, k Bidard (Bidarl), a 
Saint- Jean-de-Luz, derniere ville de France*. Cette ville ne passe 
que pour un bourg, mais il est tres gros, bien peuple\ garde* par 
des troupes de France. La mer arrose les murs de cette ville. II y 
a un pont dans le milieu qu'il faut traverser, fort long, devant 
entrer dans la ville. La mer bat contre un mur qui est entretenu de 
10 ou ia pieds de haut et autant d'epais. L'on le fait a neuf trois ou 
quatre fois par an, a cause de l'inip&uosite* avec laquelle les flots 
viennent frapper contre ce mur. Les flots accourent Tun sur Tautre, 
aussi fort qu'un cheval de poste; et y ^tant arrives, ils s^levent 
en Fair plus de 20 pieds de haut et retombent en arriere sur les 
autres, et to uj ours de m£me. Dans cette ville se faisait un vaisseau 
neuf. 

« Dans cette province, la m&hode de se coiifer : pour les hommes, 
au lieu de chapeaux, ce sont des bonnets d'etofte de couleur de celle 
des Savoyards, faits en facon des bonnets que les bedots ou servi- 



1. II est question de la veuve de Charles II, Marie-Anne de Neu bourg, iille 
de Telecteur palatin, releguee a Bayonne en 1706, a la suite de ses intrigues 
en faveur de son neveu l'archiduc Charles, morte a Guadalaraja, en 1740* 

3. II y a a Saiut-Jean-de-Luz un vieil h6pital, sous le vocable de Saint-Jac- 
ques, qui a ete construit specialement pour les pelerins. 

11 



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i (5 2 Basques d'autre^oiS 

teurs d'lglises se servent en France. Les femmes ont des mantilles 
noires sur leur t£te ; elles sont d'une humeur tres charitable. 

« Apres cela, ftimes dans nn cabaret a cidre a 2 sols le pot : du 
cidre exquis. lis ont la m£thode de les mettre dans des longues 
pieces, qu'ils appellent foudres, qui ont dans le milieu i5 ou 16 
pieds et bien 3o pieds de long, avec des gros robinets de bois. Dans 
le jardin de cette maison 6tait un arbre de iaurier qui avait environ 
pied demi de tour dans le bas, haut de bien 3o pieds, droit com me 
un jonc. 

« Ensuite du diner, fftines a Orrungne [Urrugne], bourg, a Bidard 
[Baita?], au Pas-de-Vieux-Vis [le pas de B£hobie], le dernier vil- 
lage de France, oil est une petite riviere qui fait la separation de 
la France avec l'Espangne. 

« fitant arrives au bac, le bactier nous refuse le passage. Etant 
bien embarrasses, pour lors nous avons r£solu d'attendre la nuit 
pour passer sur des fascines de ble* de Turquie que nous nous pro- 
mettions de faire en voyant devant nous, n'eftt 616 un premontre" 
qui venait d' Espangne, qui, nous voyant embarrasses, pria le 
bactier pour nous de nous passer, ce qu'il fit pour chacun un sol. 

« Entree en Espangne par la Haute-Navarre. — D'abord que 
nous f (lines passes cette petite riviere, nous somraes arrives dans 
une petite ville de la Navarre, nominee Sainte-Marie-de-Hiron 
(Yrun), par un jour de fete. 

« Nous avons d'abord vu une quantity de filles et de femmes 
revenues chacune de si grande beaute\ qu'ii semblait £tre dans un 
lieu de devices, avec leurs cheveux en nattes, des corsets bleus ou 
rouges, faites au tour, des visages mignons au dela de ce qu'on 
peut imaginer. (Test pourquoi, peux dire que cette ville est par- 
tagee d'un aussi beau scxe, comme il s'cn pent voir de toutes les 
villes de r Europe, et, au contraire, pour la laideur des hommes. 
Les femmes ont des manches a la mariniere comme les hommes. 

« Les eglises sont superbement orates. 11 n'y a guere de villages 
en Espangne qu'a Fentree et au sortir il n'y ait une chapelle bien 
orn£e et entretenue avec de l'huile qui brftle toujours. Quand on 
sonne VAngelus dans ces pays, en tel endroit que Ton se trouve, 
faut se mettre a genoux. lis y font mettre les etrangers, m£me de 
force, en cas de resistance. 

« Nous f&mes coucher chez le passeur, qui ne d£gene>ait pas en 
beaute, non plus que les autres meme de toute la Biscaye. Mais 
notre plus grand euibarras, c'est d'avoir perdu tout a coup l'usage 



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pages d'histoire i63 

de la langue fran$aise et d'entendre pas parler m£me espagnol, 
mais biscayen, langue plus difficile que l'alemant. Nous fumes 
obliges de deuiander notre nlcessaire par signes, corauie des 
muets. Le cidre k 4 sols Va&ombre. 

« Pour payer, c'ltait encore pire : fa Hut passer k leur compte et 
leur mettre l'argent k la main pour se payer. II nous a cout£ chacun 
8 sols, qui font 4 rials de plate d'Espangne et 4° sols d'argent de 
France. 

« Le 7, partant de Ik, avons vu sur notre droite la ville de Fon- 
tarabie, autrefois si&ge des Francois. II s'y voit encore la brfcche 
qu'ils ont faite. II n'y a que deux portes pour y entrer. La ville est 
tr&s petite et elle est arrosle de la mer. 

« Ensuite nous fumes k Yron, village superbe comnie une ville, 
ferml de portes; de 1&, a Yarson(Oyarzun); k Rintaries (Renteria), 
oil il y avait des soldats en garnison : c'est un village tres beau. 
Apr&s cela sommes passes k un quart de lieue de Saint-Slbastien, 
oil nous avons vu la br&che des Francois. II n'y a que deux portes, 
une par terre, une par mer. » 

Les temps sont done bien changes depuis Aymery Picaud, de 
peureuse mlmoire ! 

Vous allez, les stances du Congr&s terminles, vous rlpandre par 
ce beau pays, oil sur les tertres verts, par-dessus les chevelures des 
mais, les pignons des fermes, les toits rouges, les blauches facades 
avec les colombages de bois jettent ces notes si Iclatantes et si 
vives, baignles dans la lumifere et l'azur. 

Aux portes des maisons, en musant vous aussi, vous lirez les ins- 
criptions, des devises graves, gaies ou ironiques. Ici, vous le savez, 
vous l'avez vu au linteau de la porte : Fhomme fait ce qu'il peut et 
la fortune ce qu'elle veut. J'ai fait ce que j'ai pu et ma fortune a 
6t£ ce qu'elle a voulu. 

Au clocher d'Urrugne, le cadran de Thorioge quand vous le con- 
sulterez vous dira que toutes les heures blessent, et que la derniere 
tue. A Sarre, la vaillance des Basques qui Icras&rent un jour ceux 
de Vera est commlmorle en une inscription que voulut Louis XIV. 
Le long des jeux de paume vous verrez les enfants s'exercer, un 
autre jour les pelotaris s'acharner a la victoire, un dimanche apres 
les vSpres un curl ou un vicaire brandir la chistera, soutane 
retroussle. Par les champs, sur les jetles, vous pourrez £tre arr£t£ 
par une procession qui s'lgr&nera ; la grande croix d'or, Tenvole- 



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l64 BASQUES D* AUTREFOIS 

ment des gazes 16gferes, le flottement des banni&res, la voix mftle 
des homines, le cantique cri6 a tue-t6te par les enfants, vous inspi- 
reront un recueillement. 

Enfin vous serez saisis, envelopp£s par le charme basque qui 
opfere si fort et si vite. 

O Basques, que j'aime parce que j'ai d'abord connu au milieu 
de vous quelques-uns des plus beaux, des plus teudres, des plus 
iutimes jours de ma vie, de ceux que Ton vit a deux dans le r6ve, 
vous que j'aime parce que vous vous trouvez associes a ces souve- 
nirs, oh ! restez, restez toujours les monies, bien Fran^ais, mais 
bien Basques. 

Filles a vos fandangos, pelolaris a vos murs, femmes aux joies 
de vos chastcs interieurs, enfants a vos jeux, a vos devinettes, a 
vos danses, tous a vos traditions, a votre langue, a votre sol ; 
naissez, aimez, chantez, dansez, vivez, mourez en Basques, dormez 
enfin dans la paix de ces cimeti&res si pleins de po£sie ou la brise 
fait doucement frissonner les herbes folles, et, le soir, pendant les 
belles nuits estivales, Fame de vos ancgtres viendra planer sur 
vous ! 



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IV 



COUTUMES MORALES DU PAYS BASQUE 



PAR 



M. BERDECO 



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COUTUMES MORALES DU PAYS BASQUE 



PAR 



M. B E R E> E C O 



Mesdames, Messieurs, 



Plusieurs causes physiques et morales contribuent a former 
les nations : le climat, la religion, le gouvernement, les 
moeurs et T^ducation prise dans son sens le plus 6tendu. 

Jamais climat ne parut plus propre a former un peuple grave 
dans son enjouement, religieux, brave et laborieux, que celui qui 
fait sentir sa douce influence depuis le pic d'Anie, a la cime nei- 
geuse, jusqu'au bord du golfe azure, oil, sur un lit de sable d'or, la 
mer Gantabrique calme ses fureurs et berce ses flots en de molles 
caresses. 

Ici me me, en cette belle cit£ de Saint- Jean-de-Luz, FOce^an et la 
montagne se donnent la main : celle-ci abaissant ses croupes, 
corame une belle baigneuse quiveutse livrer toutentiere aux flots, 
celui-la etendant ses bras autour d'une conque incomparable pour 
c&e'brer un £ternel hymen avec la vierge pyren^enne. 

Nul lieu, n'est-ce pas? u'eftt pu 6tre mieux choisi, pour fOter, en 
une glorieuse apotheose, la race euskarienne, la plus ancienne 
certaiuement de TEurope. 



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l68 COUTUMES MORALES 

A quelle 6poque lointaine nos ancfctres s'etablirent-ils dans cette 
region be*nie du ciel? D'autres, plus autoris6s que moi, s'efforce- 
rout de soulever le voile d'une myste>ieuse origiue. Ce qui paratt 
certain, d'apres les plus anciens chroniqueurs, c'est que, des les 
temps les plus recul£s, les Basques jouirent dune civilisation rela- 
tive et d'une absolue ind£pendance. 

En s'eloignant de l'£tat primitif, ils restfcrent toutefois, grace a 
leurs raoeurs simples et a la legislation, loin de cette corruption 
qu'une longue prosp£rit£ engendre parmi les hommes. Les guerres 
continuelles contre les Romains, les Goths, les Maures, les Francs, 
firent parvenir les Basques a ce degre* de vigueur et de force qui 
fait germer de toute part la glorieuse moisson de l'hlroisme. 

Des besoins simples et peu multiplies, un repos prlcieux mais 
incertain, une patrie dont la position geographique 6tait telle qu'il 
fallait la deTendre a chaque instant des insultes des voisins, enfln 
peu de lois Writes, mais des coutumes qui garantissaient Tind^pen- 
dance individuelle du citoyen, entretenaient nos ancfitres dans 
une activity continuelle, qui bientot ouvrit a nos marins, par exeni- 
ple, l'entr£e de toutes les mers, tandis que les codes modernes, ^la- 
bores par des pouvoirs centralisateurs a ou trance, endorment les 
g6n6rations actuelles dans une molle inaction. 

De religion, les voyageurs et geographes anciens sont unani- 
mes pour certifier qu'ila n'en poss6daient aucune dans le sens 
exact du mot. 

Les Basques ne d&fierent pas, comme les Grecs, tons les ph6no- 
menes de la nature; ils n'enchant&rent pas leurs sens par les char- 
mes du merveilleux, mais des allegories morales, des chants aux 
modulations harmonieuses et graves, offrirent a Tesprit du peuple 
euskarien une pature inte>essante. 

Point de Jupiter assemblant les nu£es sur lescimespyr&ieennes, 
point de Neptune enchainant et soulevant tour a tour les flots 
des mers ibe>iques, mais un seul Dieu : Yaun-Goicoa, le Seigneur 
d'en haut, maltre absolu de Tunivers. 

De lui provient la ve'rite' : Egia, c'est-a-dire la lumiere de Tame; 
Ekhia, le soleil, la lumiere terrestre ; il crea Trail : Begin, la 
lumiere du corps. 

Egia, Ekhia, Begia, ces trois choses principales, n£cessaires a 
la vie morale comme a Texistence mate>ielle, sont exprim^es en 
notre langue par le meme mot, 16gerement modifie* pour la clart6 
du verbe. 



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DU PAYS BASQUE 169 

Longtemps l'Euskarien se contenta de son deisme primitif. 

En l'an 63i settlement, saint Amand convertit les Souletins ; 
deux ou trois socles plus tard, l'evftque saint Leon fit entendre la 
bonne nouvelle aux Basques du Labourd. 

Peut-fctre le Pays Basque, parvenu apres tous les autres peuples 
au catholicisme doit-il k la jeunesse relative de sa foi la verdeur 
et la vivacity de ses croyances. 

Ge serait se tromper cependant que de croire a l'absolue influence 
du christianisme sur Texistence sociale de l'antique nation. Deve- 
nus Romaius, les Euskariens ne se transformferent jamais en 
Latins. (Test ce qui explique, a rencontre de Urates les lois histori- 
ques, qu'ils purent, longtemps encore, du moins en Navarre, gar- 
der leur indlpendance. 

Leurs coutumes morales demeur&rent conservees pieusement k 
l'ombre du foyer domestique, comme une religion aussi sainte, 
aussi sacr£e que celle qu'ils venaient d'embrasser. 

Ainsi le droit d'heritage concede k l'ainl des enfants, gar$on ou 
fille, est un usage exclusivement iberien, car partout ailleurs le 
premier-ne des males heritait seul. De la des consequences nom- 
breuses et inattendues dont la premiere devait etre la fixite de la 
famille. 

Par une fiction geniale, la maison paternelle, cette demeure de 
pierres et de plancbes, devint une personnalite vivante, possedant 
un etat civil, imposant son nom a ses habitants, leur errant des 
obligations sou vent rigoureuses, mais en revanche assurant la 
perennite et la prosp6rit6 materielle et morale a la race abritee 
sous son toit. 

La base sociale ainsi etablie, toutes les institutions publiques de 
la nation euskarienne s'enchalnent dans leur ordre normal, mai- 
son commune, 6 tat, pour se grouper dans l'harmonieux ensemble 
qui se nomme la legislation forale. 

Mais, Mesdames et Messieurs, ce serait trop longtemps vous 
retenir, si je voulais vous exposer toute leconomie de nos usages 
successoraux, d'autant mieux qu'un de nos distingues compatriotes, 
M. Louis Etcheverry, disciple de Le Play, s'est charge de les faire 
connaltre avec une competence et un talent incontestables dans sa 
monographie de la commune de Saint- Jean-le-Vieux . 

Mon r6le, j'en suis heureux et pour moi et pour vous, est rendu 
ainsi plus facile* Puisqu'il s'agit de coutumes morales, je dois de 



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1^0 COUTUMES MORALES 

toute n6cessit£ vous faire p£n6trer au sanctuaire domestique, dans 
l'interieur de la maison blanche et rouge, aux larges auvents, s'6- 
levant entre de grands chines sur les flancs du coteau, fiere de son 
isolement, comme l'Etcheco-Yaun qui 1'habite est fier de son inde^ 
pendance. 

Nous sommes a l'avant-veille d'un mariage. 

Dans la chambre de c£r6monie, au lit a colonnes drape de 
grands rideaux rouges, Yuana Elhordoy attend, entour£e de ses 
parents en habit de fgte. 

Elle sait bien de quoi il s'agit. 

Depuis six ans, tous les samedis Ganich estvenu, au moment ou 
se leve T^toile du berger, frapper discretement a sa fen3tre et lui 
faire la cour. 

Le samedi est exclusivement consacre a la V6nus euskarienne ; 
en Souletin on lui donne le nom caracte>istique de Nesca-eguna, 
jour desfilles ; en dialecte labourdin, Lagun-bata, journ£e de la 
reunion ou des rendez-vous. C'est en effet la veille du dimanche 
que tous les Ganichs du Pays Basque vont visiter leurs Yuanas. 

Entre vues morales du reste, qui apres un temps plus ou moins 
long se terminent invariablement par le mariage. 

II en avait 6te* de m£me des prelirainaires de celui de Yuana, 
mais enfin deinand£e ofliciellement, le jour de la c6r£monie nup- 
tiale eHait fixe*. 

Mais il faut que toutes les formalins du rituel s'accomplissent. 

Et c'est pour cela que la brune fiancee attend, le coeur un peu 
trouble, le dernier message de son bien-aim6. 

On frappe a la porte de la chambre. Qu'on entre I Un couple, 
fille et gar^on, amis de la famille du futur, paraissent : « Nous 
venons, disent-ils, demander a demoiselle Yuana Elhordoy si elle 
veut faire l'honneur a Ganich, h£ritier de la maison Amespil, d'en- 
tendre la messe a ses cdtes. » 

Deux mouchoirs brodSs, donn6s a chacun des ambassadeurs par 
FSpouse de demain, sont toute sa r^ponse. 

N'est-ce pas Ik une coutume morale charmante dans sa naivete ? 
La Bible et l'lliade, ces deux livres marmor6ens places au fronton 
de Thistoire, n'en contiennent pas de plus po6tique. 

Mais d6ja les presents matrimoniaux offerts par les parents et 
amis sont dirig£s vers la maison nuptiale. lis sont rustiqucs : 
moutons gras, aux comes dories et a la toison peinte de couleurs 
multicolores ; vins des crus reputes du pays, Jrouleguy et Bai- 



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DU PAYS BASQUE IJI 

gorry, Garris, Luxe, Arrast, nectars souvent un peu acides qui 
£chauffent les cerveaux et mettent les gosiers basques au diapason 
exige pour Virrincina, liqueurs aux formules inconnues, mais aux 
Etiquettes flamboyantes, volailles di verses, patisseries mont6es, et 
plus particulifcrement le pyramidal gateau a la broche dont les 
matrones de MEharin ont la sp6cialite. 

J'allais oublier le principal, le cadeau symbolique de l'6pouse. 
II est compost de quatre grands pains et il signifie naturelle- 
ment que l'abondance doit r£gner dlsormais dans la maison con- 
jugate. 

Des jeunes femmes 6quilibrent sur leurs totes les paniers enru- 
bannls contenant les offrandes. Elles marchent, l£g&res, les robes 
retroussEes sur leurs jupons rouges, le long du sentier sinueux, 
cadengant le pas au rythme de la chanson c£l£brant les vertus des 
6poux et les charmes de rhym6n6e, tandis que le jeune « muthil » 
qui conduit en tSte le mouton a la grosse sonnaille tire de temps 
en temps des coups de pistolet repercut^s par les £chos de la mon- 
tagne. 

On croit r£ver quand on voit pareil p&lerinage se d^ployer dans 
la solitude et trancher par sa note eclatante sur le paysage un peu 
triste des taillis de tausins grisatres et des fougeraies rougies par 
le vent du Sud. 

A la suite de ce cortege, les meubles de la mariee, car elle porte 
tou jours en dot, a dEfaut d'autre chose, avec ses vertus privies, 
rameublement de la chambre nuptiale. 

Sa fierte pudique lui defend d'user d'une couche qui ne soit pas 
la sienne. Sur le devant du char, dans une pose hi Pratique, la 
couturiere qui a confectionnE le trousseau porte le miroir, puis, 
au-dessus des meubles, coquettement group£s et enrubannes, une 
quenouille charg^e de lin et ses fuseaux, un devidoir, un balai, un 
lEger rateau et un sarcloir, instruments symboles des occupations 
qui attendent la femme dans son nouveau manage. 

Enfin le cortege arrive a la porte du logis, mais la il faut encore 
parlementer. 

La porteuse de pain s'avance vers le seuil et toutes ses compa- 
gnes forment demi-cercle. 

« Que Dieu vous ait une bonne journ6e ! » dit-elle. 

« Et a vous aussi. Que voulez-vous ? » r^pond-on. 

« Nous venons porter ces presents de la part de demoiselle 
Yuana Elhordoy. Voule^-vous les accepter ? 



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172 coutumes morales 

— Gela est tres agrlable. Entrez ! vous fctes les bienvenus ! Ongi 
ethorri! » 



Sans autre transition, comme cela arrive dans la vie pour les 
joies et pour les douleurs, je m'en vais, Mesdames et Messieurs, 
vous faire passer de la c6re*monie joyeuse du mariage a celle 
lugubre de l'enterrement. 

Du clocher de l'humble eglise du village tinte le glas de l'agonie. 
Un pftle moribond se debat sur sa couche de sou (Trance. II ne peut 
pas expirer et les siens sont arrives a ce moment psychologique 
ou Ton prie k deux genoux, demandant &la mort, que Ton voulait 
eloigner tout k Theure, de s'approcher et d'op^rer une d£livrance. 

Le medecin a pris conge* d^flnitivement, le prdtre est venu, a 
prodigul des secours spirituels, est parti a son tour. Et le patient 
rftle en des tortures atroces, criant de I'achever. 

Alors un voisin monte sur le toit de la maison, souleve quelques 
tuiles et fait une 6troite ouverture pour que l'&me du mourant, 
enchain£e dans un corps en d£tresse, s en vole plus aisement vers 
le ciel, sa derniere demeure. 

Chateaubriand, dans ses Natchez, je crois, a raconte* quelque 
chose d'analogue : simple coincidence sans doute, t£moignant des 
memes sentiments et d'identiques croyances chez les nations pri- 
mitives. 

La mort survient enfm. 

La cloche sonne toujours, reclaniant maintenant des prieres pour 
le repos de I'&me du trepasse\ 

Yoici la scene qui se passe dans la chambre mortuaire. Le voi- 
sin ou la voisine, selon le sexe du deTunt, souleve le drap mor^ 
tuaire, penche le cierge b£ni et lentement et successivement fait 
tomber sept gouttes de cire sur la chair d£j& glac£e qui gresille a ce 
contact brftlant. 

Tout a Theure, en un cas special, on disait k la mort : « Venez ! » 
maintenant on prend des precautions contre les supercheries dont 
elle est coutumiere. Gar n'y a-t-il pas 1&, en dehors ru£me de la 
coutume religieuse imposant au cadavre la marque ind^lebile du 
chr6tien, une precaution prise contre les enterrements prema- 
tures? 

Cependant bientdt un modeste cercueil, sortant apres tant d'au- 
tres de Fantique logis, prend k son tour le cbemin du champ du 
repos. 



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DU PAYS BASQUE 1 73 

L'usage g6n£ral veut que Ton repande k ce moment precis, pres 
du seuil, tine legere poignee de paille a laquelle on met le feu. 

Gette flam me, cette fumee bleuatre qui monte vers la voute 
azur£e, symbolisent Tame se hatant vers d'autres destinies, tandis 
que la mince pincee de cendre noire qui demeure sur le sol est 
com me un « ci-git », inscription fun&raire applicable a notre d6- 
pouille materielle. 

Les obseques sonttoujours imposantes, car les parents, les amis, 
meme les simples connaissances, se font un devoir d'y assister. 
Tons ont 6te prerenus du d6ces, tous jusqu'aux... animaux. 

Et ici permettez-moi, Mesdames et Messieurs, de vous entrete- 
nir d'une coutume charmante dans sa naivete. 

Les abeilles ont quelque chose de rhumanite. Ces petits Gtres 
sont doues d'une intelligence remarquable. lis vivent en commu- 
naute\ se donnent des chefs, entreprennent des travaux qui lais- 
sent bien loin derriere cux les chefs-d'oeuvre de nos plus celebres 
architectes. lis ont £te* chanted par Homere et Virgile. 

Les Basques professent aussi a l'egard de ces industrieux travail- 
leurs un respect inattendu. Les proprtetaires ont g^neralement 
Thabitude de donner les ruches en cheptel, a moitie* part, a quel- 
que famille de pauvres gens. lis se figurent que faisant ainsi 
oeuvre de charite\ les abeilles s'uniront a leur intention, donneront 
plus de cire, distilleront plus de miel. Ce n'est pas tout. Quand un 
de leurs mattres meurt, ii faut les prevenir. D'urgence, un voisin 
se dirige aussitdt vers leur petite colonic. « Reine, dit-il, vous 6tes 
en deuil. Gelui a qui vous appartenez vient de mourir. » Les 
abeilles veulent ces £gards. A defaut de cette formalite, elles 
seraient froissees dans leur amour-propre, et, quittant le rucher, 
ne manqueraient pas de disparaltre dans la profondeur des grands 
bois. 

Et maintenant, toutes les ceremonies terminees, le Basque 
repose contre les murs de sa blanche 6glise, en face de ses mon- 
tagnes, au milieu d'une luxuriante vegetation de fleurs et d'arbus- 
tes verts. En cette cite* des morts, hil-herria, rien n'eVoque la tris- 
tesse comme dans les ossuaires b re tons. Pendant le jour, un riant 
soleil l'^claire ; durant les heures nocturnes, lalune, hil-argia (mot 
pour mot : lumiere des morts), laisse tomber sur les tertres fleuris 
sa douce et discrete lueur. 

Les dimanches toutefois, Toffice termini, les femmes en cape de 
deuil, les hommes le beret k la main, prieront pour le defunt, 



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174 COUTtlAtES MORALES 

comrae il a su prier lui-meme en faveur des Ames de ses descen- 
dants. 

Les messes ne lui manqueront pas. Les parents des villages les 
plus eloigned, les amis, les voisins, ont eu soin d'en faire prdner, 
et voici qu'a la grande joie dn bon cure* de la paroisse la liste 
s allonge encore. Les cadets de la maison-souche, expatri£s an dela 
de l'Atlantique, envoient en effet a ieur tour, a l'intention du 
d6c£de\ un large et presque fastueux contingent de prieres. 

Coutume morale encore, en dehors meme de Tesprit religieux, 
car cette pieuse manifestation sur une tombe sert comme de trait 
d'union entre les membres d'une mfime famille, £voque a Tesprit 
le souvenir de maintes amities affaiblies par 1' absence, dissipe les 
preventions, efface les rancunes, ralTerrait les liens deja existants. 

Cependant, il faut bien le dire, tous ne disparaissent pas dans le 
Pays Basque accompagues de pareils honneurs. L'inegalit£ sociale 
se fait sentir jusque dans la mort. 

Parmi les proletaires ruraux, il en est de si pauvres, de si 
malheureux, qu'apres leur deces, leurs enfants restent sans sou- 
tien, sans un abri pour reposer leurs t£tes. 

Ne craignez rien. Ces petits etres n'iront pas, comme dans les 
villes, grossir le nombre des desherit^s, renforcer l'arm6e du vice 
et cette tourbe infernaledeTanarchie, qui, hier encore, s'est signa- 
ge dans le noble royaume de Castille par un crime abominable. 

Non ! nos orphelins n'auront pas a tendre la main a la bienfai- 
sance officielle, ils ne devront rien au budget de 1* Assistance 
publique. La charite chre*tienne est, ici, l'inspiratrice des plus 
grands exemples de solidarity. Aussi nombreux que soient les 
delaiss£s, ils seront adopts par les voisins qui les eleveront dans 
la crainte de Dieu et l'amour du travail. 



Mesdames, Messieurs, 

Dans le cours de cette rapide £tude, le mot voisin est souvent 
revenu sur mes levres. (Test que, en Pays Basque, l'institution du 
« voisinage » a de profondes racines. Le voisin, aizoa, fait partie 
int^grante de la famille. Ge titre depend de Torientation ; il est 
attribue a celui dont la demeure se trouve la plus pres de la votre, 
du cote* du soleil levant. 

Au voisin incombent toutes les missions de confiance ; c'est lui 



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bt PAYS feASQtJB 1^5 

qui, en cas de deuil, va prevenir les membres de la famille, lui qui 
porte de l'^glise an domicile la croix des morts, lui qui creuse la 
fosse, lui qui preside au repas fun£raire, lui dont les messes sont 
les premieres pr6n£es le jour des obseques. S'il participe a vos 
peines, il se mele a vos joies, et c'est justice. 

11 est votre commensal le jour du baptfcme et — cette cer&nonie 
est fr6quente dans V Eskual-Ilerria — l'invite* du mariage; il joue 
en un mot l'oflice d'un parent, souvent plus que dun parent, d'un 
ami de>oue\ 

Les sinistres ne sont pas rares chez nous : tantftt c'est le feu qui 
detruit une habitation, d'autant plus facilement qu'elles sont g6n£- 
ralement loin de tout secours ; plus souvent encore c'est une meur- 
triere epidemie vidant une Stable. 

Le voisin ne s'epargne pas en ces douloureuses circonstances ; 
il partage avec le propri6taire sinistra le soin de recueillir les se- 
cours. lis sont parfois si abondants qu'ils dlpassent les pertes 
6prouvees. 

Ainsi la seule force de la solidarity releve les ruines, fait revenir 
l'aisance, remplace les parents, agit de telle facon que l'h&pital, 
cet affreux corollaire de la civilisation moderne, est presque ignore 1 
des Basques. 

Cela fait honneur a la race euskarienne et demontre combien 
nous sommes loin de ces theoriciens qui, sous le convert d'un faux 
socialisme, demandent tout a l'Etat. 

Que d'autres coutumes morales n'aurais-je pas k enregistrer ? 

Mais j'ai d£ja trop abus6 de votre patience, lasse* votre attention, 
Mesdames et Messieurs. 

Un mot encore cependant, un seul mot. Tous nos anciens nobles 
et charmants usages sont en train de disparaltre, de s'affaiblir tout 
au moins. II n'en peut Stre autrement. Fils d'AItor, ne connaissant 
ni pere ni mere, ni freres ni sceurs, isol£s dans cette vieille Europe 
dont les enfants possedent des anc£tres et un £tat civil, nous som- 
mes doublement orphelins. 

La louve du Capitole n'est pas notre nourrice, nous sommes n£s 
sous les larges frondaisons du chene de Gernica. L'arbre antique, 
ebranl£ par le vent qui souffle du Xord et du Midi, a deja perdu 
quelques-unes de ses branches, il ne peut longtemps rdsister. 

Seuls les hommes de science, voyant dans la disparition dime 
langue et dune race une diminution de l'humanite\ regardent avec 
inte>(H les eflorts que nous tentons pour register a la mort. C'est 



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I76 COUTUMBS MORALES 

ainsi que la Soci6t£ d' Ethnographic qui corapte dans son sein toutes 
les illustrations francaises, a voulu nous encourager et nous aider 
a combattre le bon combat. Merci a elle ! Merci mille fois. Esker 
anhitz ! 

Elle a pu voir qu'en dehors m&me de notre langue et de la 
curiosity presque passionnle qu'inspire le mystfere de notre ori- 
gine, nous sommes dignes de quelque int£r£t. 

Nos coutumes morales, par exemple, sont corame des j a Ions 
planted en avant de la civilisation actuelle. Les peuples peuvent 
les £tudier. Le flambeau de la liberty brftle depuis trois mille ans 
au soramet des Pyrenees ; il nest done pas £tonnant quelle nous 
ait r£v616 des secrets inconnus des autres nations. 

La liberty fut toujours notre idole ! O sainte liberty, nous te 
saluons I 

Que de cette cit£ libre et hospitaliere de Saint- Jean-de-Luz, l'an- 
tique Lohitzun, tes rayonnements splendent d'abord sur l'Eskual- 
Herria, sur les sept provinces-soeurs, puis sur cette France, dont 
nous sommes les enfants d'adoption. 

Si Henri IV nous donna a elle, nous lui avons donn6 Henri IV, 
puis Renaud d'Elicagaray, le vainqueur d* Alger, Oyhlnart, les 
deux freres Garat, le marechal Harispe, Chaho, dont Tame patriote 
doit tressaillir en ce moment, le chirurgien Segalas, d'Abbadie, 
Bonnat, et enfin le soldat sans peur et sans reproche qui preside 
a nos belles fetes, le general Derrecagaix. 



Berdeco. 



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LES 



COUTUMES SUCCESSORALES DU PAYS BASQUE 

AU XIX* SINGLE 



PAR 



M. Louis Etcheverry 



12 



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Les Coutumes successorales du Pays Basque 

AU XIX SlfcCLE 



PAR 



M. LOUIS ETCHEVERRY 



Lb Pays Basque est forme de domaines agricoles, grands, 
moyens ou petits, habitls, pour la plupart, par les proprig- 
taires qui les cultivent eux-ni£mes. 

Ghaque domaine, d'ordinaire agglom£r£ autour de la maison 
d'habitation, est assorti, suivant des proportions varices, de terres 
labourables, de prairies, de bois, de landes fournissant la litifere 
des bestiaux ; une vigne y est jointe dans certaines regions ; dans 
certaines regions 6galement, le domaine est agrandi par un droit 
de d6paissance sur des comniunaux considerables, indivis entre 
des groupes de communes. 

La moyenne propri£t£ domine avec six a cinquante hectares ; 
mais comme les terres labourables d£passent rarement une eten- 
due de trois a cinq hectares, nifcme sur les plus vastes domaines, 
elle se combine avec la petite culture. 



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l8o LES COUTtMES SUCCESSOftALES 

Quelle que soit l'etendue du domaine, on considfere qu'il forme 
un bloc, dont chaque partie facilite l'exploitation des autres, et 
une sorte de veneration s'ajoute a cette consideration technique 
pour le rendre immuable et sacre\ 

La famille qui l'occupe n'a qu'une ambition : celle de s'y perpe- 
tuer ; sa consideration dans le pays lui semble dependre de cette 
perpetuity. 

Aussi la maison d'habitation est vaste, a un ou deux Stages, et 
solidement construite, bien difterente de ces rez-de-chauss6e oil 
habite la majority des cultivateurs fran$ais * : on voit de suite que 
la maison basque n'est pas Fasile ephemere d'une famille instable 
et fugitive qui transportera sa tente ailleurs a la premiere occa- 
sion, mais qu'elle est la demeure permanente de generations qui 
veulent s'y succeder a travers les siecles. On l'appelle en basque : 
etche-ondo, ce qui veut dire : maison-souche ; la ingme expression 
existe en Allemagne (stammhaus). Le Play, je crois, ne connais- 
sait ni Texpression basque ni l'expression allemande, quand il a 
cree le terme si populaire de Jamille-souche ; mais, habitue a cher- 
cher des expressions adequates aux pheaomenes sociaux qu'il de- 
crivait, il a retrouve tout naturellement sous sa plume le terme 
consacre dans ces deux pays a designer la maison oil se conserve 
la seve qui produit des rejetons a chaque generation. 

Le domaine et la maison basque une fois etablis, il s'agit d'assu- 
rer leur transmission integrate pour satisfaire a l'ambition de s'y 
perpetuer qui caracterise la famille basque. 

Tel est le but des coutumes successorales ou de Fensemble des 
habitudes traditionnelles des Basques relativement au reglement 
de leurs successions. 

Avant la Revolution, ces coutumes s'epanouissaient en pleine 
liberte : le droit d'atnesse pourvoyait au maintien et a la trans- 
mission integrate des domaines parmi les paysans aussi bien que 
parmi les nobles et les bourgeois. « Le droit d'alnesse », ecrit 
M. de Lagreze, auteur d'une recente Histoire de la Navarre *, « qui 
fut lent a s'etablir dans nos regions pyreneenne.s, existait chez les 
Basques independant de tout caractere feodal, sans distinction de 



i. Dans la commune que j 'habite, sup i65 maisons, une seule n'a qu'un 
rez-de-chaussee, alors que cette categorie represente 5a maisons sur 100 en 
France ; 87 maisons sur 100 ont un ou deux Stages, alors que la proportion 
de ces maisons en France n'est que de 43 0/0. 

2. Imprimerie Nationale, a vol., 1880. 



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DU PAYS BASQUE l8l 

biens nobles ou roturiers, sans distinction de sexe. Aussi Laferriere, 
dans son Histoire du Droit Jrangais (t. V, p. 4o3), n'h£site-t-il pas k 
reconnaltre pour le droit d'alnesse proprement dit, dans le Pays 
Basque, une origine antique, prqfonde, tenant a la race m&me. » 

Dans une remarquable statistique du ddpartenient des Basses- 
Pyrenees parue en Tan X, le general Serviez, qui etait alors pre- 
fet, a resume les eflfets de ce regime au moment ou la Revolution 
venait de labolir. c Par un effet naturel de cette disposition », 
ecrit-il, « l'aln£, des l'adolescence, s'identifiait avec son pere, dont 
il devait soutenir la vieillesse, travaillait avec ardeur k l'ameiio- 
ration de son bien, pour se preparer les moyens de payer en argent 
les legitimes de ses soeurs ; elles servaient a les marier convenable- 
ment avec des heritiers d'une fortune k peu pres egale k celle de 
leurs f re res. Les males pulnes de leur c6t6 epousaient des heritie- 
res auxquelles ils portaient leur legitime, avec le pecule que le 
pere ou le frere alne leur avait mis en mam pour les engager a 
travailler dans la maison jusqu'a leur etablissement. Le secours 
consistait ordinairement dans une certaine quantity de bestiaux, 
Aleves avec les troupeaux du pere ou du frere alne. Plusieurs des 
cadets embrassaient le commerce, ou une autre profession, que la 
plupart allaient exercer en Espagne ou dans les colonies. Ils y fai- 
saient ordinairement des fortunes qu'ils rapportaient dans le pays 
et qui leur procuraient un sort bien plus brillant que celui de leurs 
alnes. » 

La Revolution, par la loi du 7 mars 1793, prescrivit entre les 
heritiers une egalite absolue qu'aucune disposition entre vifs ou 
testa menta ire ne pouvait rompre. Ges prescriptions tyranniques 
rencontrerent une vive resistance dans le d£partement tout entier 
et specialement dans le Pays Basque. Le general Serviez expose, 
dans la statistique d£ja citee, que la plupart des peres continuerent 
a assurer aux aln£s la propriety exclusive de leurs heritages par 
des ventes simulees, « et que dans un grand nombre de families 
les puin^s n'ont pas voulu se pr^valoir des avantages que leur 
donnaient les nouvelles lois. On en a vu surtout de nombreux 
exemples dans les Pays Basques, oh Von conserve avec une espkce 
de religion le patrimoine de ses pdres dans son inte'grite' ». 

La loi du 4 germinal an VIII adoucit les lois r£volutionnaires, 
en r&ablissant une quotite* disponible qui ne pouvait depasser un 
quart. Cette concession fut considered comme tout k fait insufli- 
sante, et les anciennes coutumes successorales se maintinrent. J'ai 



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I&a LES COUTUMES SUCGESSORALES 

sous les yeux un acte passe* en Tan IX k Saint- Jean-Pied-de-Port : 
one cadette 16gitimaire, Tenant en partage avec sa soeur atn£e, ne 
prend pour sa part qu'un sixieme, part que lui eonferait Pancienne 
coutume. 

Le glne>al Serviez 6tait done Pinterprete du Pays Basque quand, 
dans sa statistique de Pan X, il rlclamait une r6forme plus com- 
plete ; il faisait valoir un argument saisissant, qui £tait fait pour 
6inouvoir les esprits m£me les plus pr^venus en faveur des theories 
£galitaires. « On est g6ne>alement d'accord dans les Pays Bas- 
ques », 6crivait-il, « sur ce principe, qu'autant la division des 
grandes propriety sur un sol fertile pent Stre favorable k Pagri- 
culture, autant lui est funeste dans cette contr^e montueuse et 
sterile le morcellement et la division d'un heritage tres borne. Le 
principe acquiert P6vidence d'une maxime, si on observe que Ph£- 
ritage de presque toutes les families, ne consistant que dans une 
m£tairie, ne peut s'exploiter qu'en demeurant assorti de terres 
labourables, de prairies suffisantes pour nourrir les bestiaux n6- 
cessaires k la culture et de touyaas pour Pengrais ; que les enfants 
copartageants seraient dans Pimpossibilite* de faire valoir leurs 
lots, et que la subdivision qui s'op6rerait k la seconde g£n6ration 
ferait toinber tous les descendants dans Pindigence. Ge rlsultat 
serait inevitable, en effet, puisque, obliges de les vendre aux cita- 
dins, ceux-ci avec un peu d'argent s'empareraient insensiblement 
de toutes les propri6t6s foncieres, et par Ik les laboureurs qui 
furent toujours proprtetaires et libres deviendraient indubitable- 
ment dans la suite les metayers et les valets de quelques hommes 
plcunieux. » 

Le code civil, en Pan XI (i8o3), 61argit la liberty de disposer 
en proportion inverse du nombre des enfants ; comme la moyenne 
d6passait et d£passe encore trois par famille, la quotit£ disponible 
se trouva, en fait, r£duite au quart, et e'est sousle nom du « quart » 
qu'elle est connue de nos jours. 

Peu k peu il fallut se plier au regime 16gal ; mais on le tempera 
par toutes les pratiques que pouvait sugge>er une judicieuse pre- 
voyance en faveur du maintien des domaines. Les parents userent 
des ressources que le code civil leur offrait pour maintenir les 
domaines ; les coh£ritiers n'userent pas de toutes les ressources 
plus nombreuses qu'il leur offrait pour les ddtruire. Ainsi se sont 
crepes les coutumes successorales qui ont r6gn6 au dix-neuvieme 
sifecle et qu'il est temps de d6crire, 



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DU PAYS BASQUE l83 

II n'est plus question de droit d'aluesse, mais les pere et mere 
ont le droit de favoriser un de leurs enfants jusqu'a concurrence 
du quart de leurs biens. lis usent de ce droit invariablement et ils 
en usent Tun et l'autre dans toute sa . latitude en ce qui concerne 
leurs biens respectifs. L'enfant favorise* prend le nom d'htritier. 
(Test lui qui est charge* de conserver le domaine patrimonial, la 
maison-souche, dans son integrite. Les freres et soeurs sont desin- 
t£resses en argent, a moins qu'on ne puisse leur attribuer, dans 
des cas exceptionnels, des terres detachees ou formant un domaine 
independant. 

Quelles sont les regies qui president au choix de l'heritier ? Avant 
la Revolution, chaque maison avait, pour ainsi dire, sa coutume 
en matiere de droit d'afnesse : elle dlsignait tantdt l'alne des fils, 
tantftt l'alne des enfants, fils ou fille. Aujourd'hui on prend de , 
preference l'alne des fils ou des filles ; ce sont les convenances et 
les circonstances qui arretent le choix entre Tun ou V autre sexe. 
La fille aln£e est souvent pr6f6r6e parce qu'elle pent se marier 
plus jeune que le fils alne, parce qu'elle rencontre un AmMcain 
ou Basque retour d'Amerique qui apporte une belle dot permet- 
tant de payer les dettes et de relever la maison obe>6e, parce 
qu'elle doit faire manage commun avec sa mere et que son carac- 
tere inspire plus de confiance que celui d'une bru qu'on ne con- 
naitra guere d'avance. 

L'heritier choisi, dans quelle nature d'acte l'attribution de la 
quotite disponible lui est-elle faite ? 

Les partages entre vifs descendants sont a peu pres inconnus. 
On recourt au testament ou a une institution contractuelle lors du 
contrat de mariage de l'heritier. 

Ce dernier acte est le plus frequent. 

J'ai analyse trois contra ts de mariage passes dans yne famille 
de moyens proprietaires cultivateurs du canton de Saint-Jean- 
Pied-de-Port, en Basse-Navarre. Le premier date de i8i3, le second 
de i855, le troisifeme de i883. J'ai retrouve des dispositions absolu- 
ment semblables dans les trois actes, plus developpees et mieux 
precisees peut-etre dans le dernier que dans les precedents, ce qui 
denote, soit chez les parents, soit chez les notaires, l'intention plus 
arretee que jamais de rester fideles aux vieux usages. Et je suis 
convaincu qu'a moins de cataclysme, le prochain contrat qui aura 
lieu entre 1905 et 19120 sera conforme aux contrats anterieurs. 

Les clauses du contrat de j883 sont les suivantes ; 



|v/ «'"t^M 



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l84 LES COUTUMES SUCCESSORALES 

i° Les futurs £poux se marient sous le regime de la comma- 
naute rdduite aux acquets. C'est le regime adopts universelle- 
ment en Labourd et en Basse-Navarre dans toutes les families qui 
font des contrats de mariage ; les families de petits proprietaires 
6vitent le plus souvent les frais de contrat et se trouvent alors 
soumises au regime de communaute\ 

2 En consideration du mariage, les parents de la future Spouse 
(dans Fespece, il s'agit d'une Mritidre) \mfont donation entre vijs 
actaelle et irrevocable, par prfoiput et hors part, du quart de 
leur domaine present comprenant soit les biens appartenant au 
pere(qui, dans Fespece, 6tait Fhe>itier precedent), soit ceux acquis 
pendant le mariage, et du quart dub£tail, des outils et instruments 
aratoires garnissant la propriety. 

3° Deplus, Us font donation 6ventuelle, au m£me titre de pr6- 
ciput et hors part du quart de tous les biens meubles et immeu- 
bles et valeurs quelconques qu'ils laisseront a leur dtces et qui 
composeront leurs successions, sans aucune exception ni reserve. 
C'estune heureuse application de Particle 1082 du code civil. Elle a 
pour but de lier les mains aux parents et de les emp&cher de rien 
d£tourner au profit des autres enfants des biens qu'ils pourraient 
acque>ir par la suite. 

4° Toutes ces libe>alit£s sont faites a charge pour les futurs 
£poux de supporter dans les impositions la part afferente au quart 
donne* et de remettre aux donateurs la dot p£cuniaire apport£e par 
le futur £poux, pour en disposer pendant leur vie ainsi qu'ils le 
jugeront a propos. 

5° Constitution de cette dot par le pere du futur 6poux en avan- 
cement d'hoiric (8000 francs dans Fespece) et remise d'un mobilier 
d'une valeur de 1200 francs. 

6° Droit t de retour en faveur des donataires, dans le cas ou les 
futurs <$poux pr£d£c£deraient sans posterity. 

7 Gain de survie de 5oo francs en faveur du survivant des 
£poux. 

8° Une communautd d 1 exploitation et de jouissance est ttablie 
entre les futurs tpoux et les parents de la future Spouse : tous les 
revenus doivent 6tre partage*s, mfcme les inte>6ts des cr6ances et 
de la dot du futur 6poux. II est stipule* neanmoins qu'il n'y aura 
pas entre eux de socicHe* d'acqufcts. lis doivent faire menage com- 
mun ; mais F£ventualit6 d'une separation est pr^vue dans le cas oil 
ils ne pourraient s'entendre. Tous les biens mobiliers et immobi- 



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DU PAYS BASQUE l85 

liers seront di vises alors en deux lots £gaux, dontchaque manage 
jouira separ^ment ; il sera attribul a chacun une demeure distincte 
dans la raaison. 

9° Les futurs £poux acceptent d'etre tenus de la moiti£ d'une 
dette de 7000 francs contracts par les parents pour d£sint£resser 
leurs coh^ri tiers, sauf reprise. 

io° Pour garantir cette reprise 6ventuelle et la reprise de la dot 
du futur epoux, les parents donnent hypotheque sur les trois 
quarts du domaine leur restant. 

Telles sont les dispositions d'un contrat de mariage qui peut dtre 
consid£r£ comme type, au moins en Basse-Navarre. 

Si le p&re ou la mere se sent mourir avant d' avoir 6tabli un he>i- 
tier mari£ a la maisou, il recourt au testament pour faire la dona- 
tion du quart de ses biens a Tenfant qui doit gtre heritier. Le jour 
6u celui-ci se mariera, le survivant des parents lui fera donation 
a son tour du quart de ses biens dans le contrat de mariage. S'ii se 
sent mourir auparavant, il prendra les ni£mes dispositions par 
testament. 

Quel que soit le mode employ^, les parents n'h£sitent jamais a 
attribuer le quart a l'enfant fait heritier. Bien plus, si les parents 
ont 6t6 surpris par la mort avant d'avoir eu le temps de prendre 
leurs dispositions, il n'est pas rare de voir les coh^ritiers eux- 
mdnies reconnaltre spontan£ment a Th^ritier, l'aln£ d' ordinaire, le 
quart du domaine patrimonial ; e'etait la regie universelle autrefois, 
e'est la r&gle encore dans les parties les mieux conserves du Pays 
Basque. 

Cette attribution du quart a un enfant ne soul&ve aucun senti- 
ment de jalousie chez les autres enfants. lis savent, en effet, qu'elle 
est faite non par un sentiment de preference pour celui qui est 
avantag£, mais dans le but unique d'assurer la conservation du 
domaine patrimonial auquel est li£e la consideration de la famille 
dans le pays. lis savent que rheritier a achet£ cet avantage par 
une longue collaboration au travail des parents dans la maison- 
souche et qu'il accepte, en ^change, de lourdes charges et de 
lourdes responsabilit6s pour 1'avenir. Quand ils se marieront 
d'ailleurs dans une maison voisine, Th^ritier ou Th^ritiere qu'ils 
Ipouseront recevra le quart a son tour, et l'£quilibre des situations 
sera r£tabli, grace a runiversalite de cette coutume. S'ils prSfe- 
rent 6migrer, les pays Strangers oil ils se transporteront leur offri- 
ront des chances de fortune bien sup£rieures a celles que leur a!n<5 



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l86 LES COUTUMES SUCCESSORALES 

conserve dans le pays natal oil il est oblige* de rester ; coin me le 
constatait deja le general Serviez en Fan X, et comme on peut le 
verifier encore chaque jour, les Emigrants sont appeies, avecun peu 
de chance, a avoir un sort plus brillant que celui de leur alne. 
S'ils renoncent au mariage et a Immigration, la maison-souche leur 
garantit un asile contre les incertitudes de l'existence, splciale- 
ment contre la maladie et l'isolenient : attache's a la maison comme 
auxiliaires, auxiliaires particuliereraent recherches et honoris, 
ils auront la satisfaction de contribuer a Amelioration du bien de 
famille, a l'education des nouvelles generations, au maintien de la 
famille dans sa consideration locale. 

Voila les reflexions qui s'imposent a tous les cadets basques en 
presence de l'attrihution du quart a Theritier de la maison-souche : 
cette attribution est, du reste, inattaquable, puisque le code civil 
l'autorise. 

Les parents font-ils a leur heritier, par voie detournee, des 
avantages superieurs prohibes par le code ? C'est le secret de cha- 
que famille, secret bien difficile a penetrer. La vie commune rae- 
nee par le menage des vieux et celui des jeunes, l'exploitation du 
bien en commun, facilitent evidemment les faveurs secretes. J'ai 
entendu dire que les titres au porteur passaient aussi quelquefois 
de la main a la main ; mais je ne saurais rien a (firmer. Jamais rien 
n'a transpire au dehors, a ma connaissance, de ces pratiques mys- 
terieuses et n'a donne lieu a un differend rendu public. 

Les parents ont pris toutes les mesures que la loi autorise pour 
fa ci liter la transmission integrate de la maison-souche ; ils en ont 
peut-etre meme pris d'autres plus larges que leur puissance pater- 
nelle justifie entierement a leurs yeux. Que vont faire les coheri- 
tiers, les enfants non avantages, les cadets, si ce mot ne vous 
offusque pas trop? Le sort du domaine est encore dans leurs 
mains. Rien n'est assure tantqu'ilsn'aurontpas consolide par leur 
desinteressement Toeuvre ebauchee par la prevoyance des parents. 

Ils pourraient, amies du code, reclamer leur part en nature. 
Ils ne le font jamais. Deux considerations les arretent : la compo- 
sition du domaine qui, ainsi que la statistique de Tan X la si bien 
explique, est un obstacle presque insurmontable au morcellement, 
la veneration attachee a rintegrite du domaine familial. 

Ils pourraient provoquer la vente du domaine pour en prendre 
rigoureusement leur part en argent, lis n'y songent guere davan- 
tage. II est tres rare que cette mesure soit redain^e hors de I'ou- 



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DU PAYS BASQUE 187 

verture de la succession. On liquide la succession et on a l'habi- 
tude de rester dans l'indivision ; Tindivision dure quelquefois si 
longtenips qu'il n'est pas rare que deux generations aient a faire 
valoir lears droits sur le domaine. Et quand il se vend; c'est le plus 
souvent a la suite d'une longue attente qui a lass6 la patience de 
plusieurs generations de coheritiers non desinteresses. Tout 
domaine qui se vend n'est pas, d'ailleurs, fatalement arrache a la 
famille. Les etrangers, dans les parties les mieux conserves du 
Pays Basque, s'abstiennent de surencherir contre Theritier ou les 
membres de la famille. Certaines coinbinaisons permettent menie 
a Theritier designe de lutter victorieusement. contre les etrangers, 
et, grace a ces combinaisons, la vente publique est devehue quel- 
quefois un moyen souverain de regulariser des situations trop 
compliquees. 

Les coheritiers ne reclament ni le partage ni la vente du 
domaine familial. Mais, par ailleurs, ils pourraient faire naltre des 
diflicultes tres serieuses. Les parents ont donne a Theritier le 
quart de leurs biens presents et & venir : quelle est la valeur qui 
sera attribuee a ces biens ? Tout depend de ce point : une estima- 
tion trop eievee ecraserait Theritier sous le poids des soultes suc- 
cessorales et des dettes. 

C'est la le point faible de Torganisatidn successorale telle que le 
code civil Ta faite ; c'est par la que sont menaces les domaines 
echappes a la vente et au partage. Les coheritiers qui reculent 
devant une mesure violente sont tentes de grossir T estimation du 
bien pour grossir leur part. Gependant, dans les parties les mieux 
conservees du Pays Basque, Testimation amiable arrestee entre heri- 
tiers, sous la direction d'un notaire edaire, est generalement de 
beaucoup inferieure a Testimation que donneraient des experts 
rigoureux et au prix que produirait une vente : on se borne a mul- 
tiplier le revenu cadastral par 60, ce qui equivaut a multiplier le 
revenu net reel par a5 ou a capitaliser le revenu sur le taux de 
4o/o. 

Une fois la part de chacun fixee, tous les coheritiers ne la recla- 
ment pas a la fois. Ils la reclament successivement, au fur et a 
mesure qu'un mariage, un etablissement quelconque les obligent 
k la redamer. Ces deiais permettent a Theritier de reformer ses 
epargnes ou d'erfielonner ses emprunts pour les desinteresser. Et il 
les desinteressera d'ordinaire en achetant leurs droits successi/s, 
procede commode pour couper court k toute difliculte ulterieure, 



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l88 LES COUTUMES SUCGESSORALES 

Tons les coh£ritiers ne r£clament pas, d'ailleurs, leur part 
entifcre. Ceux qui vieillissent dans la maison, sans se marier, en 
font abandon partiel ou total. Ceux qui ont emigre et ont r6ussi se 
montrent souvent coulants et m&me genereux envers leur frfere ou 
leur soeur, leur neveu ou leur ni&ce : c'est une manure de se 
montrer oncles cTAmerique. Ceux qui sont entres dans les ordres 
donnent aussi Texemple du desinteressement; ilssoutiennentmgme 
leur maison natale de leurs conseils et de leur bourse. Or, sur 
une famille de quatre ou cinq enfants, il est rare qu'il n'y ait pas 
un prfitre ou un religieux, un emigrant ou un cllibataire. C'est 
autant de parts de rapins a payer en totality ou en partie. (Test 
la soupape de s&rett des maisons. 

Les regions ou existent de vastes paturages communaux sont 
propices egalement au maintien des maisons. Dans ces paturages, 
en effet, s'ei&vent et se nourrissent la plus grande partie de Tann^e 
les troupeaux, et pendant quatre mois les bStes a comes, et ce 
betail, eleve ainsi a bon compte, procure la plus grosse part des 
epargnes qui permettront a Fheritier de payer ses souites succes- 
sorales. Ces communaux sont done pour lui un supplement de la 
quotite disponible, supplement inattaquable, sur lequel il n'a a 
payer ni impdts ni droits dc succession. C'est encore une soupape 
de s&ret6 pour la maison-souche. 



Telles sont les coutumes successorales en honneur au dix-neu- 
vieine siecle dans le Pays Basque. Elles ne sont qu'une image 
affaiblie de celles qui florissaient jadis, mais telles qu'elles subsis- 
tent, elles maintiennent les vestiges d'une magnifique organisa- 
tion sociale. 

Crepes pour assurer la stabilite des domaines patrimoniaux et 
des maisons-souches, elles assurent du m6me coup le maintien 
des traditions ; mais, par surcroit, elles favorisent le progr^s de la 
civilisation, la colonisation des pays lointains au moyen des emi- 
grants qu'elles suscitent. 

Au lieu de se disputer les iambeaux du domaine, les enfants 
acceptent le sort qui leur est fait par la coutume : un seul conser- 
vera le foyer et ses traditions, un ou deux autres se marieront 
dans le voisinage et y consolideront d'autres foyers ; le surplus 
fournira de precieuses recrues au clerge, a Famine, aux colonies. 
De la sorte, la paix r&gne dans les maisons : les maisons-souches, 



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DU PAYS BASQUE 189 

suivant la belle expression de Le Play, sont les demeures de la 
paix. Et l'harnionie regne dans tout le corps social, parce que cette 
organisation pourvoit aux besoins essentiels de la soci6t£, sp£cia- 
lement aux besoins de tradition et de progres qui sont les deux 
pdles de la civilisation. 

Yous comprendrez, Mesdames et Messieurs, comment la famille 
basque se maintient gr&ce k ces usages, et, avec elle, tons les tr6- 
sors qu'elle renferme. (Test la poule aux oeufs d'or. Gardons-la 
soigneusement. 

Au moment oil les cbemins de fer, les 6coles et le service mili- 
taire mettent nos idees en contact plus £troit avec celles du reste 
de la France et les soumettent k une 6preuve decisive, il est ras- 
surant de constater qu'un changement favorable k nos traditions 
s'opere dans les hautes regions du pouvoir, de la justice et de l'o- 
pinion. Une loi r£cente facilite la transmission integrate des mai- 
sons ouvrieres et une loi est en preparation qui offrira la m£me 
faveur aux petits domaines agricoles. Un arr£t de la Cour de cas- 
sation vient de reconnattre aux assurances sur la vie la merveil- 
leuse faculte d'elargir la quotite* disponible contre les restrictions 
excessives du code civil. Enfin, comme symptdme des progres de 
Topinion, je lisais, en arrivant k Saint- Jean-de-Luz, sous la plume 
d'un radical, d'un socialiste mdme, M. Le Pelletier, ces paroles 
extraordinaires : « Le salut de la France est dans le r£tablissement 
du droit d'alnesse. La France du vingtieme siecle sera la France 
des cadets. » 

Nous ne demandons plus le droit d'alnesse dans le Pays Basque ; 
nous demandons simplement l'elargissement de la quotite dispo- 
nible, afin de rendre plus ais£e la transmission integrate des domai- 
nes ; nous demandons surtout le maintien des coutumes existantes, 
des idles rlgnantes dans les parties les mieux conserves du Pays 
Basque. 

Yous avez vu, Messieurs, a Saint-Jean-de-Luz, des joueurs de 
paume superbes, des danseurs charmants, de spirituels improvisa- 
teurs. Si un de ces joueurs de paume a fait une faute, si un des 
danseurs a manque* une pirouette, si un de ces improvisateurs a 
risqu£ un vers faux ou une expression francisle, admettons que 
c'est un accident f&cheux, tres regrettable pour l'estbltique basque ; 
mais si un de ces cadets dont je vous ai parl6 compromet par des 
exigences excessives le maintien d'une maison-souche, s'il oblige 
k la vendre k un citadin riche qui y mettra des metayers, recon- 



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I90 LBS COUTUMES SUCGESSORALES 

naissons Ik un vrai malheur, le malheur irreparable. S'il se g6n£- 
ralisait, le Pays Basque serait atteint, en effet, en plein cceur, dans 
la citadelle jusqu'ici presque intacte de sa propria paysanne, sa 
veritable et traditionnelle assise. 



Louis Etcheverry. 



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VI 



L'IDCE religieuse dans la famille basque 



PAR 



M. CARMELO DE ECHEGARAY 



Traduction trangaise de M. Victor Duhart 



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L'IDfiE RELIGIEUSE DANS LA FAMILLE BASQUE 



PAR 



M. GABMELO DE EGHEGARAT 



TRADUCTION FRANQAI8E DE M» yiCTOR DUHART 



excellentissime et illustrissime seigneur 6v£que t 

Mesdames, 

Messieurs, 



D£sirant contribuer, bien que dans une sphere bien niodeste, 
a la realisation des nobles fins que se proposent les organi- 
sateurs des concours et des conferences qui doivent avoir lieu, ce 
mois d'aout, sur diverses matiferes int£ressant le peuple basque, 
dans la pittoresque ville frangaise de Saint- Jean-de-Luz, je me suis 
senti pouds£ par une voix int£rieure irresistible et myst^rieuse a 
traiter de 1'idee religieuse dans la famille, parce que, la famille 
6tant, suivant l'heureuse expression de M^ Kopp, prince-arche- 
vfcque de Breslau, la cellule primitive de la soci£t6, son 6tat de 
maladie entralne le d6s£quilibre de tout l'organisme. 

Un des plus 61oquents orateurs de notre sifccle, Tillustre P&re 
Lacordaire, avec cette magnificence de parole et cette chaleur 

i3 



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iq4 l'idee kkligieusk 

communicative et g6nereuse qui lui etait particuliere, ex prima uue 
verite profonde, quaad il affirma, dans un discours sur le droit et 
le devoir de la propriete, que la famille est le coeur meme de 
Thorn me. 

En effet, la famille, nee de l'aniour, se perpetue par l'amour et 
meurt quand cet aliment de l'amour lui manque. Et comme Tame 
est la source et l'assise de toutes les grandes amours, et que Tame, 
seion l'energique et iuoubliable expression de Tertullien, est natu- 
rellement chretienne, il s'ensuit que la famille, pour Hre la plus 
douce communion d'6l£ments spirituels, edairee par la flamnie 
paisible et benie du foyer, doit 6tre soutenue et adenine par des 
liens religieux, seuls capables d'infuser aux enfants des hommes 
la force morale qui leur est indispensable pour surmonter les 
contraries dont la vie est pleine et les obstacles qui s'eierent a 
chaque instant entre nous et la realisation de nos desirs les plus 
ardemment caresses. 

Ne pour vivre en societe, rhomme sent un imperieux besoin de 
chercher au lien qui l'attache a ses freres une origins et une sanc- 
tion plus elevees que les caprices ephemeres qui s'evanouissent 
dans le temps et ne r£pondent qua des velieites de l'opinipn. Et 
comme la premiere des societes, base et fondement de toutes les 
autres, est la societe domestique, c'est en elle que se montre avec 
le plus d'edat cette n^cessite* d'infiltration de l'idee religieuse, qui 
nous fait voir les choses au point de vue de leterniie. 

La religion, qui recoit le nouveau-ne" et n'abandonne meme pas 
rhomme apres qu'il a frauchi le seuil qui separe la vie de la 
mort, penetre, comme une seve r£genera trice, dans l'arbre de la 
famille et lui fait porter des fruils d'une imperissable vigueur. II 
ne faut done pas I'oublier : quand rhomme livre a la terre ses 
froides depouilles, s^par6es deja de Tame qui leur donnait la vie, 
tout ce que cet homme etait et repr£sentait ici-bas ne finit pas : 
rhomme mort se perpetue dans ses enfants et revit dans les gene- 
rations qui ont recu de lui, avec le sang, la plus pure essence de 
son esprit. 

Des les ages les plus recules, rhomme a vu dans ce caractere de 
perpetuite inherent a la society domestique quelque chose qui se 
relie etroitement a la religion, laquelle s'oecupe de nos intents 
eternels et est le lien entre rhomme et Dieu. Le culte aux dieux 
lares, la v£ne>ation avec laquelle les anciens conservaient les cen- 
dres des ancelres dans l'enceinte du foyer domestique, le demon- 



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DANS LA FAMILLE BASQUE 1 95 

trent d'une manifere concluante. Fustel de Coulanges, dans son livre 
La Giti antique, un des fruits les plus savoureux et les plus m&rs 
de l^cole historique, a fait voir, avec une admirable sagacity de 
critique, ce qu*£tait la famille chez les peuples antlrieurs a la Croix, 
et comment l'autorit£ familiale s'alliait avec les fonctions sacerdo- 
tales que doit ezercer quiconque est appele* a conserver le feu sacr£ 
et a perp£tuer le culte domestique. La propriety elle-m6me, qui 
6tait la plus 61oquente manifestation de l'independance de la 
famille, prenait un caractere religieux et apparaissait comme 
consacr£e par les restes v6ne>ables qui allaient se d£posant autour 
du foyer, dans lequel demeuraient, dans la croyance erron£e de 
ces peuples, les ames des ascendants defunts. 

Chez les peuples post£rieurs a l'fivangile, la famille, instaur£e 
dans le Christ, comme tout le reste, fut elev£e a une dignity extra- 
ordinaire et surhumaine. Le mariage devint un sacrement et re- 
leva la condition de la femme, qui depuis cessa d'etre esclave pour 
devenir la compagne de l'homnie, la lumiere et la joie du foyer. Le 
Verbe fait homme voulut sanctifier par sa presence les noces de 
Cana, et le christianisme, s'inspirant des enseignements de son 
divin fondateur, ordonna au mari, par la bouche de l'apdtre des 
gentils, d'aimer sa femme comme le Christ a aim£ son £glise. En 
se repandant dans toutes les contrees de la terre, le bienfait du 
Christ y repandit la semence qui devait produire tant d'admirables 
heroines de la vertu, et le respect de la femme, preche* et diffusa 
par le christianisme, qui vene>ait en la Vierge Marie le modele 
eternel de la jeune fille, de Tepouse et de la mere, assit sur des 
bases solides et indestructibles le bonheur de la famille, assure 
deja par l'union myst£rieuse de la force, representee par le mari, 
et de la douceur, dont la femme £tait le symbole. Et cette alliance 
de la douceur et de la force a £te* et est la source de prodiges 
moraux dont nous ne tenons peut-3tre pas assez compte, soit que 
nous y soyons habitues par leur frequence, soit que nous ne nous 
arr&tions pas a conside>er ce qu'etaient les peuples les plus avanc£s 
et les plus cultiv£s de l'antiquite\ quand le divin Platon lui-menie, 
que je ne louerai pas en phrases inutiles, car son nom suffit, 
ne faisait pas difficulty de d^truire la society domestique par sa 
base, en proclamant dans sa R6publique la communaute* des 
femmes comme l'id6al a la realisation duquel devaient tendre les 
societes vertueuses et prosperes. 

Le sentiment populaire, avec une profondeur vraiment philoso- 



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I96 LIDEE RELIGIEUSE 

phique, a appeie le manage croix y parce que la fa mi lie, an milieu 
de joies spirituelles ineffables qui fortifient Tame, engeudre beau- 
coup de peiues et d'amertuines, et que pour les supporter il faut la 
force irresistible que donueut la religion et les couseils qui vien- 
neut d'eu haut. Quand deux etres qui se sentent n6s pour s'aimer 
portent cette croix sur leurs epaules et voient daus l'union mys- 
tique du Christ et de son 6glise le miroir de beautes infinies dont 
ils doivent s'efforcer de copier les perfections, le poids en devient 
leger et paratt ainoindri par les satisfactions intimes de la cons- 
cience et par une force interieure qui nous fait supe>ieurs a nous- 
mSmes et nous infuse la vigueur n^cessaire pour parcourir sans 
defaillance la carriere de notre vie. 

Ge n'est quavec cette penetration de la societe domestique par 
Tesprit religieux que la paix du foyer est possible, et la 0(1 il n'y 
a ni paix, ni accord de volonte, ni unite d'aspirations a une mSnie 
fin, il n*y a pas famille vraie, parce que la oil domine la diversity 
des volontes, la oh les aspirations sont en lutte, sans pouvoir 
s'harmoniser et se fondre, il ne peut y avoir societe, et nous avons 
deja dit que la famille est la premiere de toutes les societes hu- 
maines, sur laquelle reposent toutes les autres, comme sur leur 
fondement naturel. 

Et cela n'en est pas moins vrai pour avoir ete redit souvent, que 
le christianisme, qui semble ne s'Stre propose d 'autre fin que de 
procurer a l'homme le bonheur de Tautre vie, ne laisse pas pour 
cela de le lui donner aussi dans celle-ci. C'est pourquoi les peuples 
les plus veritablement et profondeinent Chretiens ont ete et sont 
les plus heureux, et peuvent le plus justement pretendre au titre 
de peuples civilises. Et comme le bonheur d'un peuple a sa racine 
et sa cause dans le bonheur de la famille, les peuples les plus Chre- 
tiens sont ceux qui, avec le plus d'efforts et la plus noble ardeur, 
se sont effbrces d'eiever la societe domestique, de la rendre res- 
pectable et m&me souveraine dans sa sphere propre et particuliere, 
en rehfor^ant Fail to rite paternelle et en protegeant eflicacement la 
feimne contre les embftches des mechants et les tentations dangc- 
reuses de la misere. 

L'illustre Le Play, a qui est due la gloire d'avoir applique la 
methode d'observation aux sciences morales, a dit dans un livre 
precieux, U Organisation du travail, oil sont condensees dans 
quelques pages des pensees d'ime inestimable valeur, les paroles 
suivantes, qui dans leur simplicite apparente peuvent fournir 



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DANS LA FAMILLE BASQUE I97 

matiere a de nombreuses et fructaeuses meditations : « Chez les 
peuples prosperes, la famille constitue la veritable unite sociale, 
parce qu'elle se saffit a elle-m&me et qu'elie offre tous les Elements 
essentieis de nationalites plus puissantes : mieux que tout autre 
groupe social, la famille voit dans le respect de Dieu la source de 
toute prosperity. » 

Cette affirmation de Tillustre auteur de la R&forme sociale, de- 
montr^e par les enseiguements toujours lumineux de l'histoire, 
c'est-a-dire par l'experience prolong^e a travers les siecles, ne 
devait pas Gtre dementie par ce qui s'observe dans le Pays Basque, 
dont la prosp£rite\ reconnue et vant6e par Le Play dans plusieurs 
de ses ouvrages, et sp6cialement dans celui qu'il a consacre a 
retude de l'organisation du travail et a la distribution geographi- 
que du bien et du mal dans l'univers, nait principalement de la 
solide, forte et pour ainsi dire indestructible constitution de la 
famille. (Test la le nerf de son admirable organisation sociale ; 
c est la la racine et la source d'oii derivent les actions les plus 
louables et les entreprises les plus fecondes que ce peuple a su 
r^aliser dans le cours des temps. La stabilite de la constitution 
sociale des Basques, sans exemple en Europe, vient, au jugement 
de Le Play, que je suis avec d'autant plus de plaisir qu'il est un 
guide expert et surentre tous, de la famille-souche. Et cette famille 
vit et se developpe puissamment par la vigueur que la loi ou la 
coutume, plus forte que la loi, donne a Fautorite paternelle et par 
la severity avec laquelle la vindicte publique condamne les atta- 
ques a l'honneur de la femme ; car, cela est hors de doute, la 011 on 
ne reconnatt pas dans toute leur ampleur les droits sacres et im- 
prescriptibles du pere, la ou Ton ne respecte pas avec une venera- 
tion voisine d'un culte la vertu de la femme, la il est impossible que 
la societe domestique subsiste forte et \vigoureuse : l'histoire le 
prouve par des temoignages irrecusables, et l'experience de cha- 
que j6ur le confirme de maniere a ne pas laisser place a discussion. 
Et pour nous restreindre au sujet particulier de nos observations, 
on ne peut nier que cette paix et cette prosperite qu'on remarque 
dans la famille rurale des montagnes basques naient leur cause 
principale en ceci, que dans cette famille Fautorite du pere est 
sacree et qu'y domine cette sage opinion que la femme a plus 
d'influence qu'ailleurs la ou Ton ne Tencense pas de galanteries 
vulgaires et vaines, mais oil on Testime profondement et ou Ton 
recherche ses heureuses inspirations pour la garde du foyer et le 



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I98 L'lDEE RELTGIEU8E 

gouvernement de la maison. Le ra^me caractere occulte et silen- 
cieux de cette influence de la ferarae fait qu'il faut la deviner plu- 
tdt que la d^montrer par preuves et documents, quand on l'etudie 
dans le cours de i'histoire; mais en laissant a l'idle tout ce qu v elle 
peut avoir de saveur fataliste, il nous est permis de soutenir 
quhierest aujourd'hui, et de ce que nous voyons aujourd'hui dans 
la famille basque, vivant dans son milieu, sans 6tre modifier par 
des accidents Strangers, nous pouvons induire, suivant les regies 
de la logique, ce qui se passa hier dans cette m^me famille, quand 
le chef s'elancait sur les mers tempgtueuses, affrontant des perils 
dont la seule pensle fait fr^mir, pour chercher le pain des siens, 
que la terre ne pouvait lui fournir. Que de prodiges d'6conomie, 
d'honn&tete* et d'intelligente administration ne fallait-il pas, dans 
Thumble demeure ou la femme restait seule, retenue par les soins 
des enfants et la garde du foyer! 

J'ai dlt ailleurs, et je le r6pete, que le role de la femme dans la 
socilte doit Gtre, pour employer une bien belle expression de 
l'illustre Ozanam, semblable a la mission des anges gardiens : 
exercer une influence puissante sur la marche de l'humanitl, mais 
rester cachee et invisible aux regards curieux du public indiscret. 
On ne la voit pas, on ne l'entend pas, on ne la remarque pas; mais 
dans la paix familiale, dans le bon ordre et la bonne administration 
de la maison, on respire l'odeur de sa vertu, d'autant plus sldui- 
sante qu'elle est plus cachee : c'est la violette odorante qui se d6- 
robe a la vue, mais dont le parfum exquis et suave la trahit. La 
femme prudente et pure a une grace supe*rieure a toute grace, dit 
le livre sacre* de MEccUziazte. Et cette grace incomparable de la 
feinme ne jouit des honneurs qui lui sont dus que la ou l'idle reli- 
gieuse court, comme la seve de la vie, dans toutes les branches de 
Tarbre robuste de la famille. 

La oil domine la loi de la force, on verra la femme sacrifice aux 
caprices de l'homme ; mais ou regne et triomphe la loi de l'amour, 
apport^e au monde par le Christ, r^pandue par ses ap6tres, cons- 
tamment prSch^e par son figlise, la femme sera le trait de l'union, 
Taxe et le centre de la famille, et elle aspircra a ^galer les gloires 
de la femme forte du livre divin des Proverbes et de T^pouse 
aim ante du Cantique des Cantiques. Le Play, en parlant de la 
famille du Lavedan, fait remarquer Timportance que la coutume 
basque a toujours donn£e a la femme dans le gouvernement du foyer, 
et l'influence puissante qua eue cette tendance dans la stability de 



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DANS LA FAMILLE BASQUE IQQ 

la society domestique, et moi j'ajouterai : j usque dans ce regime 
tres reinarquable du colonat basque, qui fait que le colon se per- 
pltue dans la mfcme maison et dans la culture des monies terres, 
comme s'il en 6tait rlellement le coproprtetaire. 

Et pour calculer jusqu' a quel point i'id^e religieuse a du contri- 
buer a 6tablir cette influence puissante et silencieuse de la femme 
dans la socilte* domestique, il suffit de consid^rer I'esprit profon- 
d£ment chre*tien des lois, couturaes et institutions basques. On a 
beaucoup discut£ sur l'epoque plus ou moins £loign£e ou les 
Basques embrasserent la foi du Christ, et j'ai £mis ailleurs mon 
humble opinion sur la matiere. Mais quelque opinion qu'on sou- 
tienne a cet 6gard, ce que personne n'osera mettre en doute, c'est 
que quaud le peuple basque 6couta la voix des pr£dicateurs de 
1'frvangile, il F^couta s£rieusement et fit rejaillir sur toutes ses 
coutumes et institutions les gouttes de la foi chre*tienne. Voyez la 
croix, unie dans une indissoluble 6treinte au chene immortel de 
Guernica, qui eleve vers le ciel sa cime feuillue a Tabri du sanc- 
tuaire de Notre-Dame de TAntigua; voyez la tradition forale 
d'Alaba, qui fraternise avec le culte de la Vierge d'Estebaliz; 
voyez Tartistique Iglise ogivale de Saint-Sauveur de Guetaria, 
dans le chceur de laquelle se r^unirent, le 6 juillet 1397, sous la 
presidence du c^lebre corregidor docteur Gonzalo Moro, les 1116- 
morables juntes de Guipuzcoa, qui r6digerent le fameux cahier 
des soixante ordonnances, premiere compilation £crite de la legis- 
lation particuliere de cette province, jusqu alors regie par la cou- 
tume. Pour que Tid^e religieuse soit si vigoureuse et si manifeste 
dans la vie publique, il fautque cette m&me influence bienfaisante 
soit absolument dominante dans la soci6t6 domestique, dans l'asile 
sacre" du foyer; car un peuple n'est que Tagr^gation des families 
qui le constituent. 

Et le peuple basque, compose, en ce qu'il a de plus propre et 
particulier, d'agriculteurs et de marins, a pour regie de chercher 
dans la religion la sauvegarde eflicace des droits, Forigine et la 
sanction supreme des devoirs, et c'est pourquoi il a su organiser 
si admirablement la fa mi lie et proteger rinviolabilite* du foyer 
domestique. Et c'est une chose a m£diter que la langue basque n'a 
pas de mot pour d£finir le delit qui tend le plus directement a 
relacher les liens conjugaux et a detruire la paix domestique ; et 
sans pr£tendre pour cela que les peuples euskariens aient 6t£ 
indemnes de ce vice qui a ronge les entrailles des civilisations 



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200 Ir'lDEB RELIGIEU8E 

les plus opposees, on peut affirmer que cette heureuse pauvrete de 
la laugue indique d'une mani&re bieu £loquente et significative 
que parmi les enfants d'Aitor il 6tait relativement rare que les 
£poux manquasseut au devoir mutuel de la fid£lit6 conjugate. Que 
l'esprit chr^tien ait contribu6 a cette purification des sentiments 
et k ce scrupuleux respect du devoir, c'est chose qui se dlduit de 
soi, pour peu qu'on veuille bien r6fl6chir. 

La famille, forte, f espect^e et prosp&re, est la pierre angulaire 
de l'gdifice social, et si le peuple basque, nourri de la foi chr£- 
tienue, qui est Valma mater de ses institutions, sait conserver 
vigoureuse cette cellule primitive de la sociltl, il peut esp^rer, 
sans secousses ni convulsions, voir venir les temps pr6dits par 
les anthropologistes, oil disparaltront les empires caducs et les 
races d6cr£pites, appauvries par le luxe, ruin6es par les raffine- 
ments du plaisir, rong£es par d'i legitimes et folles ambitions, 
pour faire place et ceder l'empire de la terre a d'autres races plus 
robustes et moins coiTompues. Quand viendront ces temps, les 
peuples sobres, laborieux et bonorables n'auront rien a craindre, 
ceux qui jamais ne recurrent devant les exigences souvent bien 
dures de l'inlluctable loi du travail, ceux qui ne oessferent jamais 
de placer la famille au rang trfes 6\ev6 qui lui est n6cessaire pour 
qu'elle soit le stimulant de la vertu et le frein puissant du vice. 
La vertu est hautement hygi&iique, et les individus, comme les 
collectivity, qui d£sertent l'observation du Decalogue non seule- 
ment ternissent la puret£ de leur &me sous les taches du vice, 
mais encore attentent k leur propre constitution physique, parce 
que, Thomme 6tant un, il n'y a pas de transgression de la loi 
morale qui ne porte avec elle la transgression d'une loi physique : 
Mens sana in corpore sano, ont dit les anciens, et a r£p£t£ a 
travers Thistoire le peuple basque, montrant avec l'6loquence des 
faits les merveilles dont est capable qui vit et travaille pour les 
siens et qui n'hesite pas, pour leur donner le pain et les joies 
intimes, k transformer en vergers, par un travail courageux, 
continu et pers£v£rant, les roches les plus escarp^es, les versants 
les plus rudes et les plus ingrats. 

Carmelo de Eghegaray. 



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VII 



LA CONTREBANDE AU PATS BASQUE 



PAR 



M. CLfiMENT HAPET 



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La Cootrebande au Pays Basque 

PAR 

M. CLEMENT HAPET 

Membre du Conseil d'arroadisaement de Bayonne 



L 'Industrie de la contrebande de France en Espagne fut, autre- 
fois, tr&s florissante sur notre frontiere. 
Les Basques s'y sont toujours distinguls par Jeur courage, leur 
sang-froid et leur habilete. Et les prouesses des Avkaitza, dcs Em- 
paran, des Artola, et de tant d'autres c^l&bres contrebandiers, 
sont demeur6es c&febres sur les rives de la Bidassoa. 

L'industrie contrebandifcre s'exerce de trois maniferes sur notre 
region : par terre, par eau, au grand jour. 

CONTREBANDE PAR TERRE 

La contrebande par terre est herissee de dangers de toutes sortes. 
Les troupes de contrebandiers se composeut ordinaire ment de dix 
a douze honimes, tons jeunes gens de 20 a u5 aus, au jarret d'acier 
et d'une endurance a toute 6preuve. Places en file indienne, et pre- 
c6d6s d^claireurs connaissant a fond les inoindres plis du terrain, 
ils cheminent silencieusement, a la faveur des nuits obscures, et 
parcourent de grandes distances, par les sentiers les plus ardus de 
la montagne, avec un ballot sur les £paules. Au moindre soup^on 



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364 LA GONTREBANDE 

de rencontre, les £claireurs poussent le cri d' alarm e. Quelquefois, 
an rocher, une einbuscade quelconque, surplombant le sentier 
qu'ils parcourent, s'illumine soudain d'une double ranged d*6clairs, 
et une gr£le de projectiles douanierd vient siffler au-dessus des 
expeditionnaires. (Test un poste inconnu de carabineros, place* la 
a la suite d'une dgnonciation. 

Les porteurs ne bronchent pas. En un clin d'oul, ils ont disparu 
dans la montagne avec leurs ballots, pour se retrouver plus loin a 
un point donne\ Quand les carabineros songent a poursuivre, il 
n'y a plus de contrebandiers. 

Le contrebandier basque est pacifique. Jamais il n'attaque le 
douanier. Mais nialheur au douanier s'il poursuit le contrebandier 
et s'il l'atteint ! Un corps a corps terrible s'engage, et souvent le 
douanier tombe morteilement frappe. 

CONTREBANDE PAR EAU 

Les expeditions par voie d'eau sont tout aussi perilieuses. En 
pareil cas, c'est un canot a plats bords qui glisse com me un poisson 
sur les eaux de la Bidassoa. La nuit est tres sombre. C'est a peine 
si les raineurs silencieux apercoivent Pextr^mite de leurs rames. 
Le plus souvent, rembarcation accoste a bon port et debarque sa 
cargaison en bonnes mains. Quelquefois aussi, elle est accueillie, 
au moment d'accoster, par une d^charge partie de la rive voisine. 
Ce sont les carabineros qui font bonne garde. 

Sur la riviere, gard£e par des embarcations douauieres, on n est 
pas davantage a Tabri. Les expeditionnaires y sont quelquefois 
surpris et forces de se jeter .a la nage, en faisaut abandon de leur 
cargaison. Parfois aussi ce sont les douaniers qui sontrefaits. Per- 
sonne a Hendaye u'a oublie Tamusante histoire des trente barils 
d esprit de vin saisis sur la Bidassoa, barils qui furent triomphale- 
ment conduits au magasin des douanes, et qui, a l'examen, ne lais- 
serentcouler que... de Teau pure. Le capitaine d'alors ne s'en est 
jamais console. 



GONTREBANDE AU GRAND JOUR 

Les Basques admettent le paiement d'un droit sur un article de 
commerce qu'ils importent, mais ils ne comprennent pas que l' ft tat 



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AU PAYS BASQUE 2<>5 

preleve des taxes exorbitantes sur des vfctements et objets de toi- 
lette a leur usage personnel. Dans les Provinces Basques, les families 
les plus honorables, les plus fortunes, croient devoir venir revitir 
a la frontiere les costumes et confections qui leur sont adressls de 
Paris. Et c'est un spectacle curieux que de voir fr£quemment a 
Hendaye des groupes d'616gantes dames et de charmantes demoi- 
selles arrivant le matin avec des fleurs dans les cheveux, etrepar- 
tant le soir eoiflfees de magnifiques chapeaux. C'est un moyen sim- 
ple, pratique, sans danger, de tourner la loi douaniere. Iln'est, en 
effet, interdit a personne de revitir un superbe costume ni de coif- 
fer un chapeau fleuri. . 

II n'y a pas bien longteinps, une grande famille de Saint-Slbastien 
avait commands a Paris. de tres belles toilettes a l'occasion dun 
mariage. La note a payer a la douane devait monter a ^ooo 
francs. La fiancee et ses amies intimes n'ont pas h6site\ Elles sont 
venues passer une journ^e a Hendaye dans un landau a quatre 
chevaux et sont reparties le soir, rev&tues de ieurs magnifiques 
atours. Quand le landau s'est arrSte* devant la douane, le ve>ifica- 
teur, Ibloui, n'a pu s'emp£cher de s^crier : « Mais tout cela, Mes- 
dames, est absolument neuf ! — Oh! tout ce qu'il y a de plus neuf ! 
out riposte* en riant les belles voyageuses; mais voudriez-vous 
done, Monsieur, qu'apres avoir trouve toutes ces belles choses a 
Hendaye, nous revenions chez nous avec des costumes passes de 
mode? — C'est juste, r^pondit le verificateur, navre* de voir glisser 
entre ses mains une recette de de 4000 francs ; passez, Mesdames, 
c'est votre droit ! » 

CONTRBBANDIERS NOTOIHES 

Parmi les contrebandiers de montagne dont on a gard6 le sou- 
venir, on peut citer Gambocha, qui, poursuivi un jour par un 
carabinero qui lui avait tir6 un coup de fusil, sauta sur lui, le ter- 
rassa, l'attacha comme un Christ a une croix de pierre qui se trou- 
vait sur les lieux, et le laissa la, sans lui faire, d'ailleurs, aucun 
mal. 

On peut citer encore Hermoso, qui, surpris pres du pont inter- 
national avec un sac de sucre qu'il emportait sur ses 6paules, passa 
au pas de course a travers les douaniers qui voulaient lui barrer 
le passage, et lanca son sac dans la riviere comme on lance une 
balle. 



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2o6 la CONTRABANDS 

Parmi les contrebandiers marina, il faut citer egalement Ar- 
kaitza, tu6 en pleine riviere par une balle douani&re, et le non 
moins c^lfcbre Joaquin. Ce dernier, surpris en rivi&re avec un 
chargement de cafe et gard6 a vue sur un bateau par un oarabinero 
arm£ jusqu'aux dents, sauta sur son gardien a l'improviste, le d6- 
sarma, le terrassa, le jeta a l'eau et sauva sa cargajson, qui valait 
Men 10.000 francs. 

Durant la derniere guerre carliste, un veritable combat eut lieu, 
prfcs de notre fronti&re, entre un groupe de contrebandiers navar- 
rais, qui escortaient un convoi de cafe et de cacao, et un poste de 
carabineros commandos par un sergent. Le sergent avait recu ao 
onces (Tor pour laisser passer le conVoi. Mais au moment du pas- 
sage dans un lieu desert, et dans l'espoir d'augmenter sa prime, il 
ordonna sur le convoi une dlcharge nieurtri&re. Les contrebandiers, 
irritls par cet acte de d£loyaute, se jetferent sur les assaillants a 
I'arme blanclie. Une heure apres, on retrouvait sur le cadavre du 
sergent les ao onces dor renfermees dans une bourse en soie 
verte. 

LA CONTREBANDE EST-ELLE UN D^LIT? 

La contrebande nest qu'un del it de convention, n'iinpliquant en 
soi rien d'immoral. Ce sont les lois (iscaies seules qui la rendent 
punissable. 

Pour les Basques, la contrebande est une action innocente et 
nature lie, d'autant plus naturelle que les frontieres ne sont g£n£- 
ralement que des limites fictives qui slparent un pays d'un autre 
pays, et que l'&ablissement de ces limites n'est le plus souvent 
qu'une application du pr£tendu droit du plus fort. 

Un £v6que, consults par un contrcbandier scrupuleux, ar6pondu 
que le p6ch£ de contrebande n'existe pas. La religion ne reprouve 
que le fait de corruption du propose a la garde de la frontiere. Hors 
du cas de corruption, point de p6che. 

FRATBRNITB ET SOLIDARITY DES BASQUES 

Le sentiment du pays natal, de ses montagnes, l'emporte, chez 
le Basque, sur tout autre sentiment. 

Sur les bords de la Bidassoa notamment, les Basques ne forment 



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AU PAYS BASQUE 207 

qu'une seule et mfinie famille. Leurs souvenirs, leurs coutumes, 
leurs besoins, leurs int£r£ts, sont communs. 

Des qu'ii s'agit de s'entr' aider, ils n'ont qu'un coeur, qu'une ame, 
qu'une pens£e. lis sout capables de tous les denouements, de tous 
les sacrifices. 

Et ce n'est pas aux Basques qu'on fera jamais croire qu'ils ne 
sont pas dans leur droit en essayant de soustraire des objets de 
premiere necessity au paiement de droits (Ju'ils considerent com me 
injustes. 

lis ne connaissent en un mot que les regies de la morale et les 
prlceptes de la religion. Ge sont ces regies et ces preceptes qu'ils 
se font un devoir d' observer. 



CONCLUSIONS 

Je suis libre-£changiste. 

Je ne puis admettre qu'apres avoir invents le tel^graphe, le tele- 
phone, les voies ferries, nous en soyons reduits a nous renfermer 
chez nous comme dans une prison. 

Je ne puis admettre davantage qu'apres avoir chante sur tous les 
tons l'expansion industrielle, la fraternity des peuples, nous en 
soyons reduits a Clever sur nos frontieres des barrieres douanieres 
plus hautes que des montagnes. 

Le pr ogres, la civilisation, ne consistent pas a s'entourer d'une 
infranchissable muraille, a s^parer par des bureaux de douane des 
peuples qui s'aiment, qui sont voues aux transactions les plus 
actives, qui ne forment, comme sur les Pyrenees, qu'une seule et 
me me famille. 

Clkment Hapet. 



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VIII 



IMMIGRATION 



M. ANTONIO ARZAC 



Traduction par M. MICHEL LIZARITURRY 



•4 



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L T E3^IG-ie^^TI03Sr 



M. ANTONIO ARZAG 



Traduction par M. MICHEL LtZARITURRY 



MoNSEIGNEUR, 

Mesdambs, 
Messieurs, 



Lb jour est a son d£clin : la unit survient. 
Dans one maison aux vieilles masures a demi cachle par la 
frondaison des cb&taigniers et des noyers, les parents avec leurs 
gallons et leurs filles en bas fige sont rentr^s pour dormir, ou 
plut6t pour pleurer tout en se cachant mutuellement leurs larmes, 
pendant que la grand-mfcre, serrant fortement les grains de son 
cbapelet, et son petit-neveu, la te"te pench6e et regardant le sol, se 
groupent dans un coin de la cuisine. Le chien, sur le seuil de la 
maison, lance un aboiement plaintif et prolong^ ; nulle trace de la 
lune ni des £toiles au firmament; la brume entoure les bois et les 
prairies dans le silence d'un sommeil trompeur ; on dirait que la 
tristesse s'elend aux alentours. Ab ! c'est que le deuxi&me des ills 
est- parti pour l'Amlrique; une longue et d6sastreuse guerre a 
ruine* la famille, et pour lui venir en aide l'amour filial le conduit 



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212 L EMIGRATION 

a travers les mers en laissant ici son coeur, tel le vent poussant le 
navire qui le porte au loin. Les jours se succfedent, et il navigue 
sur cette plaine sans limites, il ne voit plus les montagnes de sa 
patrie, il n'entend plus les sons gais des fetes de son village ni les 
vieilles chansons basques. Le ciel en haut, l*eau en bas... : tel est le 
monde. 

Apr&s avoir 6prouv6 de rudes tempgtes, il arrive enfin heureu- 
sement en Am6rique. 

II se met avec ardeur au travail, et sitdt qu'il complete la pre- 
miere once d'or (inappreciable entre toutes), il s'empresse de l'en- 
voyer a sa mfcre ch^rie. II lui recommandc d'acheter et de porter 
du tabac au vieux pfere Pello, qui habite la maison voisine : 
mani&re gracieuse et delicate de prouver qu'il conserve le souvenir 
de cette maison ou Tattend sa fiancee Katalin. 

Comme preuve de son amour, elle lui donne en partant son sca- 
pulaire de la sainte Vierge, qu'il porte nuit et jour sur sa poitrine, 
tout en conservant 1'honnStete des moeurs apprise au foyer 
paternel. Apr&s quelques ann£es, il avise la famille de lui envoyer 
le fr6re plus jeune pour le remplacer, et il revient apportant avec 
lui son petit tr£sor d'argent. Afin de prouver la loyaute de ses 
sentiments, il voudrait acheter la maison natale, mais son pro- 
prietaire s'y oppose, et alors il achate la maison de Katalin et se 
marie avec elle, tout en aidant ses parents et ses frfcres. 

Grand-mere est morte : on lui plante une croix a l'endroit oil la 
terre couvre ses restes; mort aussi le chien, Pinto, qu'il aimait a 
caresser et qui aboyait si lugubrement le jour de son depart. Les 
vaches sont remplac£es ; seuls restent debout les arbres v6n£rables 
qui se dressaient devant la maison et qui avaient convert les grands* 
parents de leur ombre. 

Le temps passe ; les affaires d' Am6rique, confiees au frere cadet, 
sont en pleine prosperity; celui-ci le reclame, il accourt et il 
revient de nouveau enrichi au pays, oil il fait preuve de largesses 
en restaurant le grand autel et le clocher de son village, et en y 
construisant des 6coles, une place de jeu de paume et un hospice 
pour les pauvres et les malades. 

Voila en peu de mots, et cela se voyait plus autrefois qu'aujour- 
d'hui, l'eioignement et le retour des Basques qui vont en Amdrique, 
je veux dire de ceux qui n'ont jamais oublie les principes appris 
dans leur enfance. En revanche, il en est d'aulres qui les oublient 
et qui perdent leur bonheur tout en amassant la fortune. 



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^EMIGRATION 2l3 

D'oii provient, Messieurs, Torigine de cette in6galit£? Elle pro- 
vient de l'amour. II en est qui, partis pour des contrees lointaines, 
restent parmi nous dans le pays, tandis que d'autres qui habitent ici 
en sont 6loign6s par le coeur. Quoique loin, ils sont prfes; quoique 
pr&s, ils sont loin ; je veux dire par ces mots que l'amour remplit 
toute notre vie ; si nous vivons sans amour, notre vie n'est qu'une 
ombre, soit que nous soyons prfes, soit que nous soyons loin. Si 
l'amour venait a disparaltre, les families et les peuples seraient 
inertes, tel le soleil s'6teignant pour toujours. 

N'est-ce pas l'amour du pays qui nous r^unit dans cette riante 
ville de Saint- Jean-de-Luz ? Ne sommes-nous pas mis au monde 
par Dieu afin de constituer une famille par la m£me langue, les 
mgmesmoeurs, les m£mes affections et les m&mes rfcves? 

Qu'importe que l'homme dise : « Voila la Bidassoa; c'est la fron- 
ti&re qui nous slpare »? Est-ce bien pour nous une frontifcre, 
lorsque Dieu nous a faits fr&res? C'est parce qu'il en est ainsi que 
nous deploy ons la devise de Sept une, et chacun nous apporte de 
son village, de sa province, de sa maison, de sa famille, les objets 
pr£cieux et les manuscrits qui nous parlent de nos p&res et de nos 
aieux. 

Aimons-nous done les uns les autres, depuis la naissance jusqu'a 
la mort, depuis le berceau jusqu'a ce que nous remettions notre 
ame dans les mains paternelles de Dieu, notre vie n'etant qu'un 
61oignement des choses perissables de la terre, un exil, et un 
retour a la vie 6ternelle. Qui n'a la-bas un Hre aim6? Qui done 
ignore que son retour ici-bas est impossible et que nous irons 
un jour le rejoindre? Messieurs, j'aime ma terre n a tale, les mon- 
tagnes me transported, la mer m'lmerveille..., mais, je Tavoue, je 
ne puis vivre sans regarder le ciel, ce ciel qui sera ma derniere 
demeure. 

Manuel Lizariturry. 



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IX 



REGHERCHES HISTORIQUES 

SUR LES CORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 



M. E. DUCERE 



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RECHERCHES HISTORIQUES 

SUR LES CORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 



M. E. DUGfiRfi 

SOUS-BIBLIOTHBCAIRB DB LA VILLE DB BAYONNB 



DE tous les genres d' Etudes historiques, il n'en est gufere de 
plus difficiles et de plus obscurs que ceux qui sont relatifs 
aux corsaires. Une date, un fait, une action d'^clat, et le marin qui 
a brill6 un instant comme un m6t£ore disparait brusquement, sans 
qu'on puisse* savoir ce qu'il est devenu. Pour beaucoup d'entre 
eux on ne trouve relate qu'une seule croisi&re, et mGme dans cette 
croisi&re qu'une seule action ; et non seulement nous ne savons 
rien de leur naissance, mais encore leurs campagnes suivantes 
sont brusquement tomb£es dans l'oubli. Et pourtant que de cou- 
rage, que de souffrances, que d*abn£gation mise au service de la 
patrie, et qui bien souvent est d6nu£e de toute id6e de lucre ou de 
rapacity ! Cette obscurity qui environne ces braves combattants se 
comprend jusqu'a un certain point, par l'habitude prise par un 
grand nombre de maisons d'armement de bruler plus tard, ou a 
leur liquidation, toutes les pieces relatives a des expeditions qui 
bien souvent les avaient enrichies. C'est ainsi que, en outre des 
fonds officiels dans lesquels il nous a 6X6 donne de puiser plus 



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2l8 RECHERCHES HISTORIQUES 

largement, nous n'avons pu trouver qu'un nombre assez restreint 
de pieces privies, mais qui du moins nous ont servi a restituer la 
vie de quelques-uns de ces intr£pides. 

De l'ensemble de ces recherches, nous d6tachons ici ce qui est 
relatif aux corsaires arm£s par Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, ou 
qui sont n£s dans ces deux villes. Nous ne doutons pas cependant 
que des recherches ult£rieures ne fassent surgir des noms nou- 
veaux ou n'accusent par des details plus precis les quelques 
esquisses que nous donnons. 

La situation topographique de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure, 
places au fond d'une baie immense et a Tembouchure de la Nivelie, 
en faisait un port d'une grande valeur pour les armements en 
course, car on pouvait en sortir et y entrer presque par tous les 
temps, et le blocus en 6tait de la plus grande difficult^. 

Le nom de Saint-Jean-de-Luz paralt pour la premiere fois dans 
le cartulaire de Bayonne sous le nom de Sanctus Johannes de 
Lais, en 1186, et dans les Rdles gascons en i3i5. C'est en grande 
partie la pGche, et* surtout celle de la baleine, qui donna aux 
Basques cet esprit d'aventure qui en fit des marins dune reputa- 
tion incontest£e. 

Pendant toute la p^riode du moyen age, on ne trouve rien qui 
soit particuli&rement propre a Saint-Jean-de-Luz. Sa population 
maritime dut etre 6troitement li£e a celle de Bayonne, sinon par 
ses armements, du moins par ses contingents de matelots. II 6tait, 
en effet, impossible que les flottes nombreuses que celie-ci mettait 
en mer, soit pour le service du roi de Castille, soit pour venir en 
aide au roi d'Angleterre, n'appelassent dans leurs Equipages tous 
les marins du littoral. Bayonne seule n'y aurait pas sufli. Ces 
escadres, on les trouve partout, soit a la croisade de Richard Coeur- 
de-Lion, soit aux sieges de Seville, soit au blocus de La Rochelle 
(124^), soit a la bataille de L6cluse, mais toujours avec le titre de 
flottes bayonnaises et sans qu'il soit fait mention des autres ports 
de la c6te'. 

A partir de i45i, c'est-a-dire du moment oil la ville de Bayonne 
et le pays de Labourd deviennent francais, on perd toute trace de 
leur navigation et de leurs armements. Le changement d'embou- 



1. Pour plus de renseignements sur cette periode, voir Pouvrage que nous 
avons publie sous le titre suivant : Histoire de la marine militaire de 
Bayonne. (Bayonne, Lamaignert, 1893, in-8' de 3a4 p.) 



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SUR LES CORSA1RES DE SAINT -JJBAN-DE-LUZ 21 9 

chure de 1* Adour, sur lequel on a taut ecrit, obligea la plupart des 
armateurs de Bayonne k se refugier k Saint-Jean-de-Luz et rn^rne 
k Saint-Sebastien. « (Test k cette epoqne, dit Antoine de Conflans, 
qu'on construit k Bayonne et k Saint-Jean-de-Luz de grosses nefs, 
et autres petits vaisseaux, « coraine c&ravelles, clinquars, pinaces, 
balleiniers, gabarres », etc. 

(Test encore un sujet tr&s controverse que Thistorique des 
p&cbes de la inorue, et il n'est gufere possible de pr^ciser k quelle 
epoque les Basques firent la decouverte des bancs de Terre-Neuve 
et des cdtes du Canada. La plupart des auteurs qui assurent que 
les Basques voyageaient d£ja dans ces contr^es a la fin du quin- 
zi&me si&cle ne s'appuient sur aucune preuve, A partir de i5ao, on 
trouve dans les registres des deliberations de la ville de Bayonne 
d'assez nombreuses mentions d* expeditions de navires du pays k 
la pgche de la morue k les Terrenabes, mais c'est en i5a8 que nous 
trouvons un corsaire arm£ directement par Saint-Jean-de-Luz, et 
qui, aide par les galferes de Biarritz et de Gapbreton, prend sur 
les Espagnols deux gros et magnifiques navires charges de froment 
et autres marchandises. 

II nous faut arriver en i555 pour trouver des details plus cir- 
constancies sur quelques-uns des armements en course de Saint- 
Jean-de-Luz. (Test k propos d'une enqu£te faite dans la ville de 
Saint-Sebastien au nom du roi. II s'agissait de connaltre les faits 
de guerre des capitaines corsaires du Guipuzcoa pendant les hosti- 
lites contre la France. Aussi les renseignements sur Saint-Jean- 
de-Luz n'y sont-ils fournis que par ses ennemis. 

Un capitaine de Saint-Sebastien declara qu'au retour d'une de 
ses croisi&res, il se heurta a une galfere de Saint-Jean-de-Luz accoin- 
pagnee de deux autres corsaires fran<?ais, et, apr&s un rude com- 
bat, il captura un de ces corsaires, et comme ils etaient six navires 
espagnols faisant voile de conserve, ils reussirent k L'amariner et 
k le mener dans un port du Guipuzcoa. Vers la m£me epoque, 
Saint-Jean-de-Luz fit un grand effort, et ayant arme « six puissants 
vaisseaux », ils pousserent jusqu'& la baie de Motrico, sur un 
avis qu'ils avaient re<?u. 6tant arrives de nuit et procedant par 
surprise, ils enlevfcrent la caraque de Saint- Jean-de-Sturiza, char- 
gee de marchandises. Le capitaine Martin Cardel fit aussitdt sortir 
de Saint-Sebastien et de Passages six vaisseaux et zabras, months 
par plus de 1200 hommes, et ils atteignirent les corsaires k I'entree 
du port de Saint-Jean-de-Luz. II paralt qu'ils leur reprirent la 



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220 RECHERCHES HISTORIQUE8 

caraque apr6s un sanglant combat, mais le capitaine Gardel fat 
bless£ k la tSte d'un coup d'arquebuse. 

Selon les documents espagnols, qui seuls parlent de ces faits de 
guerre, toutes ces actions d'6clat semfcrent une telle Ipouvante 
chez les Fran^ais, que le gouverneur de Bayonne avait fait armer 
a Saint-Jean-de-Luz six grands vaisseaux qui furent months par les 
meilleurs marins du pays, afin de reprendre les navires charges 
de morue qui avaient 6t6 captures par les corsaires espagnols. lis 
rencontr&rent en pleine mer les navires. de Saint-S£bastien et les 
combattirent toute une journSe. II y eut beaucoup de tuls et de 
blesses de part et d'autre, mais les corsaires espagnols r^ussirent 
k conserver leurs prises et k les conduire k Saint-S£bastien. 
Miguel de Iturain dit avoir capture la Grande-Gal&re de Saint- 
Jean-de-Luz, qui allait en course. 

Les courses ne se font pas seulement sur les cotes du golfe 
Gantabrique, mais encore dans les parages de Terre-Neuve, car 
les Espagnols paraissent avoir eu pour but la destruction des 
pgcheries de morue frangaises. Mais Saint-Jean-de-Luz ne restait 
pas en arrifere, et le mal que firent ses corsaires fut si affreux, que 
l'Espagne pr^para, a deux reprises difftrentes, des armements 
pour arriver k d^truire le nid de Taigle. D£j&, en i54a, nne armee 
provinciale, commandee par Sanche de Leiva, traversa la Bidassoa, 
renversa les milices de Labourd, qui avaient 6te* se placer a 
Teillatua, brula la maison d'Urtubic, et se porta sur Saint-Jean- 
de-Luz. Cependant tout porte k croire qu'il n'y eut qu'un petit 
nombre de maisons de Giboure pill6es et incendiles 1 . 

Une nouvelle exp6dition fut mieux concerted, car une armle 
espagnole envahit la frontiere a la fois par le Guipuzcoa et par la 
Navarre, et surprit Saint-Jean-de-Luz sans coup f6rir. La flamme 
d^vora la ville, les marchandises furent pill^es et les navires qui 
Itaient dans le port detruits. Ge ne fut bientdt qu'un vaste bucher. 
Ce d^sastre arriva le 3i juillet i558 : Bertrand de La Pueva, due 
d' Albuquerque, vice-roi de Navarre, presidait k 1' execution, et le 
cdlebre Esteban de Paribay, auteur d'une histoire d'Espagne fort 
estime, servait alors comme enseigne dans la compagnie de Mon- 
dragon. 



i. Lopez Martinez de Isasti, dans son Compendio historial de la provincia 
de Guipuzcoa, i6a5, imprime en i85o, assure que la ville entiere fut prise et 
incendiee. 



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SUR LES GORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ MI 

Avant de continuer l*histoire des hauts faits des corsaires de 
Saint-Jean-de-Luz, nous devons dire quelques mots sur les arme- 
ments faits par les gens da pays pour cette p£che de la morue a 
Terre-Neuve, qui jetait tant d'ombrage et suscitait tant de jalousie 
que les corsaires biscayens et guipuzcoans se livraient aux plus 
aventureuses expeditions pour les detruire. 

A la fin du r&gne de Francois I er ; un trfes grand nombre de 
navires de Saint-Jean-de-Luz allaient chercher a Bordeaux ou a 
La Rochelle les armateurs et les fonds destines a faciliter leur 
commerce. En i55a, nous voyons le navire le Saint-Esprit, de 
Saint-Jean-de-Luz, capitaine du Halde, emprunter a des n£gociants 
de Bordeaux une somme assez forte a la grosse aventure. Le 
navire est de 120 tonneaux, avec 4<> hommes arni£s chacun d'une 
arbal&te ou arquebuse, 20 pieces de canon avec la poudre et les 
boulets, deux douzaines de grandes piques, deux douzaines et 
demie de demi-piques ; en outre 6 chaloupes et i bateau, i tonneau 
de poudre, 20 tonneaux de vin, 120 quintaux de biscuit, 10 quin- 
taux de lard, 2 quintaux et demi d'huiie d'olive, 22 barils de 
vinaigre, 120 livres de chandelle, 1 barrique de ftves, 2 barriques 
de pescaulx et autres menues victuailles, pour faire le voyage. A 
la m&me £poque, nous pouvons citer d'autres navires de Saint- 
Jean-de-Luz : c'est le Baptiste, pour la pfcche de la baleine, la 
Marie, la Madeleine, le Saint-Jean-Baptiste et la Frangoise, ce 
dernier appartenant a Dagueru. On voit, d'aprfcs Tarmement de 
ces navires et leurs forts Equipages, avec quelle facility ils se 
changeaient eux-m£mes en corsaires et rendaient a Fennemi coup 
pour coup. 

Relevons rapidement, d'aprfes M. P. Musset, quelques expedi- 
tions des navires de Saint-Jean-de-Luz a Terre-Neuve, expeditions 
faites avec l'aide des armateurs rochelais. En 153^, nous trouvons 
la Marie, maltre et bourgeois Martin de Soubmyan, le Baptiste, 
maltre 6tienne Darrissagne, dit Chaiiier, et la Marie, d'Ascain, 
maltre Martin Dechasse. En i538, la Catherine, de Saint-Jean-de- 
Luz. En i54i, la Trinity, maltre et bourgeois Mactissans Dastin- 
gues, la Marie, maltre et bourgeois Michel de Rebillacque, et la 
Madeleine, maltre et bourgeois Pernotton de Sommyan. En 1542, 
le Baptiste, maltre Samson de Soumyen. En i544» la Madeleine, 
maltre sire Martin de Subregavay. En i54?, la Catherine, maltre 
Cousin du Halde. En i548, la Sainte-Anne, de Saint- Vincent, du 
bout du pont de Saint-Jean-de-Luz, maltre et bourgeois Pierre 



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222 REGHBRGHBS HISTORIQUES 

Daresteguy. Le Baptiste, de Saint-Jean-de-Lux, jauge 120 ton- 
neaux, la Marie, d'Ascain, et le Baptiste, 90 tonneaux, et la Ma- 
rie, de Saint- Jean-de-Luz, 70 tonneaux. 

Gomme tous ces navires 6taient arm£s en guerre, leurs Equipages 
sont trfes nombrenx ; en outre du raaitre et du contre-maitre, il y 
avait un maltre charpentier et souvent un maltre chirurgien, 
quelquefois un d6pensier ou tan commis charge de la conservation 
de la pSche. Un navire de 70 a 80 tonneaux avait de 18 a 25 hommes 
d'equipage. 

De 1 535 a i585, un long cri de desolation s^leva sur tous les 
rivages de l*Am6rique espagnole, pilles par les corsaires ; mais si 
partout on trouve des mentions de leurs hauts faits, leurs noms 
ne sont jamais cit^s. Cest a peine si nous pouvons designer les 
noms des capitaines de Haritsague, de Somian et d' Amogarlo, de 
Saint-Jean-de-Luz, qui enlev&rent plusieurs vaisseaux et plusieurs 
marchandises du cdt6 des Indes. En 1572, les armements en 
course se renouvellent dans tous les ports de France. Bayonne 
y est compt£ pour deux vaisseaux et Saint-Jean-de-Luz pour six 
galions. Toutefois, nos corsaires n'ont pas toujours le dessus, 
car une lettre dat£e de Fontarabie, en 1573, mentionne un navire 
de Passages, commands par le capitaine don Luis de Cavavaral, 
qui prend dans une croisiere deux corsaires de Saint-Jean-de- 
Luz. 

Cependant, il semble que toutes ces eroisi&res, que tous ces 
armements nombreux enrichissaient la ville rapidement, car elle 
commence a mSler son nom a l'histoire, et d6ja, au commencement 
du sifecle, des galores £quip£es par ses habitants concoururent a 
1'expedition de Charles VIII en Italie, et un certain nombre de ses 
volontaires grossit l*arm6e conqulrante. Paul Jovo, historien ita- 
lien, t^moin de rentree des Fran$ais a Rome, signale dans leur 
multitude, si diverse de race et d'armes, les Basques aux longs 
cheveux, aux costumes 6clatants, d£filant a leur tour sur les pas 
du roi. 

En 1621, Saint-Jean-de-Luz sollicita et obtint du pouvoir royal 
I'autorisation de r^primer les violences des Rochelais. Quelques- 
uns de ses navires s'arm&rent et s'£quip&rent en guerre, et deux 
barques rochelaises, enlev£es de haute lutte, furent, la mgme ann£e, 
ramen^es victorieusement dans le port. En 1625, des lettres 
patentes de Louis XIII « donnent mandement au bayle et aux 
habitants de Saint-Jean-de-Luz de construire et equiper quatre 



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SUR LBS GORSAIRES DB 8A1NT-JRAN-DE-LUZ 223 

vaisseaux poor la protection de leur commerce a Terre-Neuve » et 
la s&retl des c6tes. Ges quatre batiments, d'une jauge oflicielle de 
5oo tonneaux, mais d'une grandeur et d'une masse bien autrement 
considerables, furent construits rapidement sur les chantiers de la 
Nivelle. lis repr6sentaient, pour l'£poque, des vaisseaux de second 
rang et pouvaient servir a faire juger combien les faculty splciales 
de la ville et les conditions de son port £taient difif£rentes de la 
situation actuelle. Francois de Lohobiague, Jean d'Avetche, Mar- 
tin de Hirigoyen, Joaquin de Harist£gury furent leurs capitaines 
commandants, elus par les habitants, confirmes et commissionnls 
par le roi. Munis d'une forte artillerie, months par une jeunesse 
ardente et £nergique, deux des vaisseaux de Saint-Jean-de-Luz 
prirent le large en 1627, en faisant flotter au vept, a cdt6 du pavil- 
ion blanc fleurdelis£, le pavilion rouge et noir aux amies de la 
ville, d£ja bien connu et redoutl sur FOc6an. lis accomplirent 
leur mission de surveillance et de protection et, apr&s la conclusion 
du si&ge de La Rochelle, ils furent, ainsi que les deux derniers, 
acquis et retenus pour le service royal, car nous les voyons figurer 
dans un inventaire de la flotte dress6 par le sieur d'Infre ville en 
1629-31 \ 

On sait quelle grande part prirent a ce mfirae si&ge les esca- 
drilles de pinasses fournies par Bayonne et par le Pays Basque. 
Saint- Jean-de-Luz , principalement, se distiugua d'une manifere 
toute particuli&re. Les habitants avaient rlpondu avec empresse- 
ment a l'appel qui leur avait 6t6 fait. Ils armerent quinze pinasses 
et charg6rent de vivres et de munitions vingt-six flfttes, organisant 
ainsi une flottille imposante. Un seul de ses n£gociants, Joannot 
de Haraneder, fit spontan£ment don au roi de deux navires munis 
d'artillerie et dignes de figurer dans son arm6e navale. L'escadrille 
de Saint- Jean-de-Luz, commandle par le sieur d'Ibaignette, joignit 
celle de Bayonne, dirig^e par le capitaine Vallin,etcllesop£rferent 
le ravitaillement de l'lle deR6. Les pinasses de Bayonne et de Saint- 
Jean-de-Luz assisterent au si&ge de La Rochelle, car on les voit 
dans les estampes qui furent gravies par Gallot. 

Parmi les marins c61&bres qui illustr^rent ce si&cle, nous ne 
devons pas oublier de mentionner le flibustier Michel le Basque, 
qui, a ce que Ton croit, etait natif de Saint- Jean-de-Luz. Les 6\6- 
nements qui marquferent la vie de cet aventurier sont trop connus 

1. Documents sur FHistoire de France. — Correspondance de H.deSourdis. 



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224 recherches historiques 

pour que nous les reproduisions ici. II en est de m&me de Sopite, 
a qui les pgcheurs de baleines doivent Tinvention de faire fondre 
en mer le lara et le convertir en huile, ce qui produisit une 
grande Economic de temps et leur permit de faire des chargements 
complete. Mais nous allons quitter tous ces faits isol6s pour en 
arriver maintenant a l'histoire de la course sous l'ancien regime et 
voir enfin quelle fut la part que prit Saint-Jean-de-Luz dans ces 
longues guerres navales. 



LA COURSE SOUS L'ANCIEN REGIME 



Parmi les ports maritimes du Sud-Ouest, Bayonne et Saint- 
Jean-de-Luz se firent remarquer par une activity prodigieuse et un 
entrain sans pareil. Dans la seule annee de 1690, plus de quarante 
batiments de commerce furent capture's. Les capitaines basques 
ne firent pas les plus mauvaises prises, et nous pouvons signaler 
la Notre-Dame-du-Rosaire, prise par le capitaine Ghibau; le 
Jtisus-Maria-Joseph, par le capitaine Duconte ; le San-Jost, par le 
capitaine d'ltchepave; la Maria, par le capitaine Hiriart; la 
Sainte-Croix et le Neptune, par le capitaine Dasseche; YAmiral- 
Tromp, par le capitaine Hiribarrero; le Saint-Joseph etla Mart he, 
par le capitaine Descabide ; Y^cluse, par le capitaine Darralde ; 
le Succis et la Victoire, par le capitaine Harismendy. 

De Janvier a septembre 1692, 5a pieces furent amarin6es et con- 
duces dans les ports de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz ; le 
10 octobre, un corsaire labourdin y faisait entrer un vaisseau hol- 
landais de 24 canons et 3 reprises. Le a5 novembre, la Gazette de 
France annoncait a ses lecteurs que les arinateups de Bayonne et 
de Saint-Jean-de-Luz venaient de s'emparer de six navires anglais : 
quatre charges de morue pour les ports de Biscaye, un de ble* et 
un autre de tabac. Le i3 d£cembre, la indme feuille publiait que 
deux autres armateurs de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz avaient 
fait entrer dans ce dernier port un vaisseau anglais perce* de 
5o pieces de canon et charge* de 5ooo quintaux de morue, et un 
second portant i5oo quintaux de la mgnie marchandise. 

Cette epoque est le point culminant de la prospe>ite* de Saint- 
Jean-de-Luz. Dans cette m£me ann£e 1692, les corsaires avaient 
pris ia5 navires, et au moment ou le due de Gramont £crivait ces 



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SUR LES CORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ m5 

details an roi Louis XIV, il ajoutait qu'il y avait on si grand 
. nombre de na vires captures k Saint-Jean-de-Luz, « que Ton passait, 
de la maison ou logeait Sa Majesty, k Ciboure, sur on pont de 
vaisseaux attaches les uns aux autres ». L'eflroi et le tumulte sont 
dans les provinces espagnoles, oh tout le monde crie niisfere. 

Les corsaires de cette region ne se born&rent pas k des courses 
sur les cdtes cantabriques, et ils all&rent porter le trouble et le 
ravage dans les mers du Groenland. Les documents que nous 
avons pu recueillir sur cette glorieuse expedition sont en tr&s petit 
nombre et manquent de ces details precis que nous trouvons plus 
abondamment pour les corsaires des autres r&gnes. Nous ne dou- 
tons pas que ces pifeces qui nous font d£faut n'existent quelque 
part et qu'on ne parvienne k les mettre au jour pour la plus 
grande gloire de ces obscurs hlros. 

L'exp6dition se composait de quatre frigates llgferes, sous la 
direction d'un certain M. de La Varenne. Coursic et Harismendy 
commandaient les frigates VAigle et le Favori; le quatrifeme 
capitaine s'appelait du Gougas. Louis de Harismendy, qui devint 
capitaine de vaisseau, £tait n£ k Bidart en i645, et 6pousa, k 
Bayonne, le 27 septembre 1693, demoiselle Marie de Lafourcade. 
Brave marin dans toute Tacception du mot, nous n'avons pu trou- 
ver sur cette curieuse personnalit£ autre chose que son expedition 
dans les mers glaciales, oil il se couvrit de gloire k c6t6 de son 
matelot Goursic. 

Mais laissons la parole au due de Gramont, gouverneur de 
Bayonne, qui instruit le ministre de la marine des hauts faits de 
nos deux corsaires : 



A Monsieur de Pontchartrain. % 

Bayonne, le 29 septembre 1692. 

Vous m'av^s fait part, Monsieur, des nouvelles que vous a vies eu de 
Rotterdam au sujet de l'entreprise faite par nos quatre fregates au 
Groenland. 11 est juste que je reponde k cette attention de votre part 
pour vous faire le paroli de votre nouvelle en vous d6laillant avec 
armes parlantes comme les choses s'y sont passees. Voici, mot pour 
mot, ce qu'un Basque, nomm6 Hague tte, parent de celuy qui est k 
Monsieur, et que le Roy cognoit bien, me rapporta hier de Tile de 
Ferro, sur une des douze flutes que convoyait le capitaine Haris- 
mendy : 

Les quatre frigates du Roy entr£rent le 4 d'aoust dans la baye du 

i5 



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326 RBGHERGHES HI8TORIQUES 

Jund, oil ils aprirent que 55 vaisseaux holandois, ayant fait leur pesche, 
£toient mouill£s sur une mesme ligne dans la dite baye. Nonobstant le 
grand nombre, M. de la Varenne ne laissa pas de les faire attaquer 
par Coursic et Harismendy, lesqucls commencerent le branle et livre- 
rent un ass£s rude combat. Les Holandais s'atant deffendus comme 
des diables, quoyque faibles en canons et en equipages, nos deux 
fregates leur ont tire a5oo coups de canon et tu6 une tres grande quan- 
tity de matelots qui, apres avoir dispute leur terrain tout autant qu'ils 
ont peu, se jetterent dans des chaloupes et abandonnerent le corps de 
leurs batiments, dont Coursic et Harismendy se rendirent maltres. De 
ces 55 vaisseaux, il s'en est trouv6 ao sous pavilion danois qui, n'ayant 
fait nul acte d'hostilit6 et recognus danois apres un exainen tres exact, 
ont 6i6 renvoy^s ches eux, conform£ment a Instruction du Roy, avec 
force compliments. Quant aux Holandois, voici quel a ete leur sort. 

On a charge onze de leurs plus grandes flutes de tout le canon et de 
tout ce qu'ii y avoit de meilleur sur le total. Le reste a est6 brule". 
Cette expedition faite, les onze flutes ont 6te donnees a convoyer au 
capitaine Harismendy, qui commande le Favory, pour les mener en 
droiture icy. Ledit Haguette, dont j'ay parle cy dessus, en montoit 
une du port de 900 barriques ; il est venu avec Tescadre jusqu'a l'isle 
de Ferro, ou une brume l'ayant separe* des autres vaisseaux, il a con- 
tinue sa route avec un equipage de i5 hommes et est arrive, le vingt- 
unieme jour de son depart de Tendroit ou l'exp^dition s'est faite, a la 
rade de Saint-Jean-de-Luz sans poudre, sans canons, sans amies, et 
pendant sa longue route sans avoir rencontre* aucun batiment qui put 
lui donner un moment d'inquietude, ayant toujours le vent du monde 
le plus favorable, de sorte qu'il m'a assure, et il y a beaucoup d'appa- 
rence, que Harismendy doit arriver a toute heure. Voil&, Monsieur, 
pr£cis£ment, et mot & mot, ce qui s'y est passc\ 

Le duc de Gramont. 



L'exp£dition avait reussi d'une maniere complete, mais on eut a 
d^plorer la mort du capitaine Larr^guy, qui fut emporte* d'un coup 
de canon. M. de Pontchartrain envoya a Coursic un t£moignage 
flatteur de sa belle conduite ; quant a Harismendy, il avait recu 
d£ja depuis quelque temps le brevet de commandant de la frigate 
le Favori, que Ton avait arm6e a Bayonne. 

M. de Saint-Clair, capitaine d'une frigate du roi, VAdroite, 
obtint du duc de Gramont d'aller faire une croisiere de quelques 
jours entre Bilbao et le cap Machichaco. 

Le i or aout, il apercut sous le vent un navire qui paraissait assez 
grand, auquel il donna la chasse et qu'il atteignit vers neuf heures 
du matin. C'^tait un vaisseau hollandais de 54 pieces de canon, 
perce* pour 64 et monte par 200 hommes d' equipage. Le capitaine, 



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SUR LE8 CORSA1RES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ M? 

tr&s brave et trfes hardi, mit en panne pour attendre YAdroite et 
lni tira tonte sa voile quand ils furent vergue k vergue. lis se bat- 
tirent ainsi pendant deux heures presque bord k bord avec nne 
vigueur extraordinaire. Cependant, sous une dernifere dlcharge de 
la frigate frangaise, le feu se dlclara sur le vaisseau hollandais. II 
fut entiferement consume et on n'en put sauver que 68 hommes, y 
compris le capitaine et le lieutenant, qui Itaient blesses et furent 
menls k Saint-Jean-de-Luz. La frigate de M. de Saint-Glair n'avait 
que 4o canons. Parmi ceux qui se distingu£rent k bord de YAdroite 
on cita un capitaine de corsaire basque, nomm6 Valmana, qui 
avait Itl embarqul k Saint-Jean-de-Luz, et dont le capitaine de 
frigate exalta fort le courage. 

Parmi les capitaines de corsaires qui se distingulrent le plus au 
cours de ces longues guerres mari times, « on trouve, dit M. 
Goyetche, dans 18s papiers de Haraneder, l'ltat des prises faites 
en 1691 par la frigate le Saint-Frangois, capitaine Duconte ; elles 
s'llevent au nombre de onze pour une seule sortie et produisirent 
une somme de n3.ooo livres. Nous devons engistrer aussi les 
captures faites par la frigate le Saint- Vincent, commandee par un 
second Duconte, digne Imule de si>n fr&re alnl. On assure que 
Louis XIV voulut honorer la bravoure de Cepl, le redoutable 
corsaire de Saint-Jean-de-Luz, et qu'il le manda k la cour de Ver- 
sailles pour lui Itre prlsentl. » 

Nous trouvons encore le capitaine Jean de Sopite. Puis YAeen- 
turUre, capitaine ^Itienne Harambour, de Ciboure, armle par 
JeanLuze, deBayonne. Le Cantabre, de Saint- Jean-de-Luz, montl 
par le capitaine Pierre Dolabarade, qui fit, en 1706-1707, quatre 
prises au Groenland et captura, en revenant, le Semeur de Grains, 
de Hambourg, charge de cent pipes de lard. La Catherine, de 
Saint-Jean-de-Luz, armle par Jean Dalday et sous le commande- 
ment de Louis Fouquier, fit, en 1706, une prise portugaise chargle 
de cacao et de sucre. Un jour, sans doute, la lumi&re se fera sur 
ces braves marins, qui firent respecter notre pavilion sur les mers 
les plus lloignles. 

En ij44» l ft premifere declaration de guerre trouva les Basques 
prlts k commencer la course. Deja Saint-Jean-de-Luz fait cons- 
truire deux vaisseaux de 16 k 18 canons. Les armements se multi- 
pliaient. L*Basquaise, capitaine Sanson Dufourg, prit, le 12 fevrier 
1748, le London-Factor, de Londres, de a3o tonneaux, arml de 
14 canons et de 6 pierriers. La capture en fut facile, car il lui suffit 



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228 RECHERCHES HISTORIQUE8 

de trois on quatre coups de canon pour l'obliger a amener pavilion. 
Le 9 juiu de la m&me ann£e, le corsaire capturait la Leta Margue- 
rite Galley, de Flessingue, de mo tonneaux, avec 6 canons et 
4 pierriers, charg£e de bois rouge, cire et dents d'616phants. 

Le corsaire le Cantabre, capitaine Ba'rnetche, captura un galion 
du Perou de 35o tonneaux, trfes richement charg6. Ce navire,arm£ 
de 1 4 canons et de 6 pierriers, ne fit pas de resistance, car le mau- 
vais temps Pavait oblige a jeter huit de ses pieces d'artillerie a la 
mer. Le Neptune, commands par Larr^guy, s'empare successive- 
ment du True Britain, du Goorge Sara, du Hannolt, de Cork, et 
de la Prise, de Dublin. Le Prince-d' Orange, capitaine Joanis 
Dargainarats, prend la Barbade. La Basquaise, de Saint-Jean-de- 
Luz, 6tait comniand6e par le capitaine Sopite, descendant direct 
du fameux pfccheur de baleines. II brava toutes les croisiferes de 
Tescadre anglaise qui bloquait ^troitement nos ports, la traversa 
et parcourut les mers. II soutint plusieurs combats glorieux, mais 
dans une premiere croisifere il ne fit aucune prise ; la seconde fut 
plus heureuse, car il s' em para d'un vaisseau de la Compagnie des 
Indes Occidentales, richement charge ; sa cargaison consistait en 
soieries, draperies, mousseli^es et autres objets pr^cieux. 

La guerre de Sept ans ne prenait pas nos inarins au d^pourvu. 
Au commencement de cette longue guerre, Saint-Jean-de-Luz a 
d6ja arm£ ou prfits a partir le& nay ires suivants : la Frangoise, 
armateur Cazauvanc, capitaine Gouthier, 2 pierriers, 24 hommes, 
d£sarni6e ; VHyrondelle, armateur Jean Pagez, capitaine Hinair, 
i canon et 4 pierriers, 4 2 hommes, pris par les Anglais ; VEntre- 
prenante, armateur Jean Pagez, capitaine Dihoro, 1 canon et 
4 pierriers, 40 hommes, pris par les Anglais ; la Marie, armateur 
Bertrana Bereau, capitaine Jean Seppe, 2 pierriers, 24 hommes, 
en croisi&re ; le Saint-Jean-Baptiste, armateur Berindoague, capi- 
taine Pierre Barade, 2 pierriers, 21 hommes, en croisifere; V Ami- 
tit, armateur Bidigaray, capitaine Saubat Canony, 2 pierriers, 
20 hommes, en croisifcre; le Saint-Jean-Baptiste, armateur Jean 
Dibarart, capitaine Miquelena, 1 pierrier, 14 hommes, en croi- 
sifere ; la Rose, armateur Moracin, capitaine Jean Sopitte, 
20 canons de 6, 210 hommes, rentr£; VAimable Dauphin, arma- 
teur Monsigur, capitaine Barade Taln6, 8 canons de 4* 98 hom- 
mes, en croisifere ; le Saint- Antoine, armateur B. Bereau, capitaine 
Daput^guy, 4 canons de 4» 60 hommes, en croistere; la Gentille, 
armateur Moracin, capitaine Larreguy, 14 canons de 4» 180 hom- 



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SUR LES CORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 229 

mes, en armement; la Basquaise, armateur Danard, capitaine 
Havraneder, 20 canons de 6, a3o hommes, en armement; VAima- 
hle-Frangoise, armateur Gazauranc, capitaine Danglade, 18 ca- 
nons de 6, 220 hommes, en armement ; le Maes, armateur de 
Lissalde, capitaine Harismendy, iS canons de 6, 200 hommes, sur 
le chantier. 

A cette meme epoque, les deux ports reunis de Bayonne et de 
Saint-Jean-de-Luz offraient un total de 45 corsaires, arm£s de 
552 pieces de canon et months par 7103 hommes. 

Malheureusement sur la plupart de ces corsaires regne le 
silence le plus complet, c'est a peine si nous trouvons quelques 
mentions de captures faites par quelques-uns d'entre eux. 

La Basquaise, de Saint-Jean-de-Luz, armateur Dernard, capi- 
taine Havraneder, arm6e de 20 canons de 6 et montee par 23o hom- 
mes d f 6quipage, et qui avait fait une brillante croisiere avec So- 
pite pendant la guerre prec6dente, delmta bien dans celle-ci. En 
1757, elle prend le Falmouth, de Glascow ; YAntilope, charged de 
viandes salves; le Dauphin, allant a Terre-Neuve avec i5o hom- 
mes, en ranconne un autre pour la somme de 290 livres sterling, 
et conduit k Bayonne la Lady Strange, de Liverpool, charged de 
balloterie. Puis la Ba&quaise disparalt tout a coup de la liste de 
nos corsaires, sans que nous puissions savoir si elle a 6t6 capturee 
ou simplement disarmed. 

U Aimable-Franqoise, de Saint-Jean-de-Luz, armateur Cazau- 
ranc, capfWift^'^&^gMUle; *rm6e de 18 canons de 6 et de 220 hom- 
mes! 'pft lgqfifft^/As^, dH'Ji«"^f5jf; gMu£cPcttaVg£'d«r sel -et de 
provisions. VAmiral, ai^^TOl#WSfe? ^mitk^mm^, 
&^a*li<*^tf^^ 
Wm<hf$, W^sft^^l^cfetamW^^ 

fe^gWnfiSn^f «n JM6»liiBk V^5^% JHfatfftfe, tfe^H'flmq^rm 

campeche. Mais comme toute m6daille a son revers, les corsaft^s 
le Saint-Louis, VHirondelle et VEntreprenant, arm6s par Saint- 
Jean-de-Luz, furent captures par les Anglais au commencement 
de la guerre. 



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230 RECIIERCHES HISTORIQUES 

Terminons cette froide et s&che nomenclature en citant rapide- 
ment quelques-uns de ces bardis marins. C'est le Saint-Jean- 
Baptiste, arm6 par Berindoague, capitaine Pierre Barade, avec 
i canon, a pierriers et 21 hommes, qui, a l'aide de ce faible arme- 
ment, s'empare du Saint-Anne, charge de sel. L'Aimable-Dau- 
phin, mont£, l'ann£ suivante, par le m&me capitaine; la Rose de 
Saint-Jean-de-Luz, capitaine Harismendy ; YAmiral, par Pierre 
LarrSguy ; la Colette, par Dorcolabal; le Machault, par Piques- 
sary ; le Hasard, par Diparaguire ; la Gentille, par Larr^guy ; la 
Comtesse de Caradoin, par Diratce; le Grognard, par Jean 
Scpe; et tant d'autres que nous sommes obliges de passer sous 
silence ou qui ont trop peu d' importance pour que nous nous en 
occupions ici. 

Au moment de la guerre navale que Louis XVI Qt aux Anglais, 
on dressa la liste accompagn£e des £tats de service des ofQciers 
marchands susceptibles de prendre du service. Sans les citer tous, 
nous signalerons, pour Saint-Jean-de-Luz, Dominique Naguille, 
Jean Hiviart, Patrice Sallaberry; le total s'^leve, pour cette der- 
niere ville, a 43 officiers. 

II y eut a cette 6poque quelques armements en course, mais pres- 
que tous les grands corsaires sont remplac6s par de faiblcs chalou- 
pes. Ainsi nous trouvons, en 1778, le Hasard, double chaloupe de 
10 tonneaux, command^e par Maisans-Sarrouble ; la go£leltc, de 
38 tonneaux, VEsp6rance, capitaine Lauvair-LarrSteguy ; YEm- 
buscade, chaloupe de 10 tonneaux, capitaine Detcheparse, et par 
exception, la Minerve, de 5o tonneaux et 4 canons, capitaine 
Harismendy et arni6e a Saint-Jean-de-Luz. 

A la fin du dix-huitieme si&cle, Saint-Jean-de-Luz poss£dait 
encore un bon nombre d'excellents capita mes. Ainsi les pieces 
oflicielles signalent : Antoine Havrost6guy, Martin Hiriart de 
Giboure, Pierre Dufourcq de Ciboure, commandant un corsaire de 
Bayonne; Jean Larralde, Jean Darmagnac, S6bastien Malros, 
Joachim Realou, embarqu6s sur un cprsaire, etc. Gomme on le 
voit, quelques noms, quelques faits d'armes, quelques prises, mais 
pas une biographie, pas un journal de bord, pas un rapport 
ofliciel, tout est rentrd dans Tombre et semble n'en devoir plus 
sortir. 



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SUR LES CORS AIRES DE SAINT- JEAN-DE-LUZ Q3l 



LA COURSE SOUS LA R^PUBLIQUE ET L'EMPIRE 

Avec cette nouvelle pe>iode de guerre nous allons trouver de 
nombreuses mentions d'armements, plusieurs faits iso&s et aussi 
quelques faits d 'amies. Au d£but de la campagnc, la ville de Bor- 
deaux arma trois corsaires par souscription. C'6taient le Sans 
Calotte, la LiberU et le G6n6ral-Dumouriez. Ce dernier devai 
devenir c6l6bre dans l'histoire de la course et m£rite que nous lui 
accordions quelque attention. 

Le G6n6ral-Dumouriez portait aa canons de 6 et avait un Equi- 
page presque exclusivement compost de Basques et de Bayonnais. 
M. Dihinr, de Bordeaux, mais originaire de Saint-Jean-de-Luz, en 
Etait capitaine, et Dufourcq, de Ciboure, second. Le navire rait k 
la voile le i5 ftvrier 1793, et dEbuta par capturer une lettre de 
marque anglaise de 12 canons. 

Gependant le G6n6ral-Dumouriez avait obtenu des avis certains 
de Tarriv^e prochaine d'un galion qu'on attendait en Espagne. 
C'6tait le Santiago -du- Chili, exp£di6 par le gouverneinent du 
Perou pour la ni^tropole, et qui portait des richesses im menses. II 
s'agissait, en effet, de 224 millions dont la cour de Madrid avait le 
plus pressaut besoin. Le corsaire abandonna aussi t6t les cdtes 
d'Espagne et vola vers les Azores, oil nos hardis inarins croiserent 
sans rel&che k louestde ces ties. 

Enfin, le i3 avril, au point du jour, le Santiago-du-Chili parut 
k Thorizon ; c'6tait un beau vaisseau arm£ de 40 pieces de canon 
et monte* par un fort Equipage. L'Espagnol ne devait pas se frendre 
sans combat, mais apres les premieres volees le corsaire accrocha 
sa proie et Pellot, son premier lieutenant, conduisit les sections 
d'abordage. En combattant, il fut grifevement blesse\ mais les Bas- 
ques et les Bayonnais couvrirent le pont ennemi de cadavres. La 
resistance finit et le galion amena son pavilion. 

Que Ton juge de la joie des corsaires ; ils commencerent par 
transporter sur leur bord une partie de ces richesses et mirent k 
voile pour la France avec leur prEcieuse capture, mais l'aurore du 
lendemain leur mlnageait un triste reveil. Le 14 avril, par 4i° 4^' 
latitude nord et a5° longitude ouest, ils aperc.urent une petite 
escadre qui forcait de voiles pour les atteindre. Ces vaisseaux, 
sous le commandement du contre-amiral John Gell, Itaient le 



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232 REGHERGHES HISTORIQUES 

Saint-Georges, de 92 canons, capitaine Thomas Foley, le Gauge, 
V Edgar et YEgmout, tous trois de 74* et * a frigate le PKatton, 
de 38. 

II fallait fuir. Les vaisseaux ennemis s'avancaient avec une rapi- 
dity merveilieuse ; la frigate surtout paraissait voler sor les lames. 
La resistance etait impossible. Les corsaires utiliserent le temps 
de la chasse en deToncant des barils de poudre d'or. Les uns en 
rcmplirent leurs bottes et leurs bas, d'autres imaginferent d'en 
laisser glisser dans la doublure de leurs vdtements. Pendant ce 
temps, le Phaeton, laissant le vaisseau le Gauge, s'emparer du 
Santiago, continua la chasse du corsaire. Au bout de deux heures, 
le G6n6rdlrDuTnouriez fut capture k son tour. Les hommes de son 
Equipage furent rigoureusement fouilles et obliges de restituer For 
dont ils s'£taient munis. Quelques coups de garcette leur appri- 
rent ra^me que le meilleur parti Itait de s'ex^cuter de bonne 
gr&ce. Les Anglais trouverent que Tequipage du G4n4ral~Dumou- 
riez avait transports sur son bord une somme de 5 millions en 
680 caisses. Les deux prises arriverent k Portsmouth a la fin du 
mois. 

D'apres une convention conclue entre les gouvernements d'An- 
gleterre et d'Espagne, les reprises faites a l'enncmi commun 
devaient elre restituees r£ciproquement. Ge fut en vain que le 
commandant espagnol invoqua la loi des trails. Rendre, par scru- 
pule, ?4 millions, c^tait une folie dont les Anglais ne voulaient 
pas se rendre coupables. Le prince de la Paix, premier ministre 
de Sa Majeste* Catholique, r£clama l'ex£cution de la convention, 
« et, dit-il, le cabinet anglais ne voulut pas s'y conformer, prlfe- 
rant an soin de son honneur la miserable conservation d'un navire 
charge d'or 1 ». Quelque temps apres, lorsque l'Espagne deelara la 
guerre k V Angieterre, le vol des richesses du Santiago figura dans 
le manifeste de Charles IV comme Fun des principaux griefs de 
la nation espagnole. 

Le capitaine Destebetcho etait ne k Saint- Jean-de-Luz. Cepen- 
dant, nous devons aj outer que, nous n'avons trouve* que bien peu 
de renseignements susceptibles de faire ressortir une physiono- 
mie essentiellement originale. C'est, d'ailleurs, le propre de la 
plupart de ces vaillants marins, de n'avoir laisse que de faibles 
traces de leur passage. Un jour viendra, sans doute, oil des docu- 

1. M6moires de Godoi. 



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SUR LES CORSAIRES DB SAINT-JEAN-DE-LUZ a33 

ments nouveaux, sortant tout k coup de la poussi&re des archives, 
permettront k d'heureux chercheurs de retracer leur vie avec des 
details plus circonstancils. 

Destebetcho et, ainsi que le nomme Ribadien dans son Histoire 
maritime de Bordeaux, Destibetcho, doit avoir eu, pendant cette 
longue p6riode de croisi&res et de combats, une grande reputa- 
tion de bravoure, car il est dit que : <x Si Destibetcho fut le Du- 
guay-Trouin de la marine bordelaise, on pent dire que le capitaine 
Limousin en a 6X6 le Jean-Bart. » 

« Destibetcho semblait avoir 6X6 cr66 uniquement pour les com- 
bats nautiques et pour la vie d'aventures. Gomme I'immortel cor- 
saire de Saint-Malo auquel Louis XIV et Louis XV confierent le 
commandement de leurs escadres, il ne se trouvait k son aise que 
sur le pont d'un navire au moment de l'abordage. 

« Sec et maigre, il n'avait pas sur le corps un emplacement qui 
ne port&t la trace d'une cicatrice. Dans une rencontre sanglante, 
un jour qu'il 6tait aux prises avec une grosse frigate anglaise, 11 
avait eu les parties charnues du haut des cuisses enlev£es par un 
boulet. Cette particularity 6XaiX connue de tout Bordeaux : de Ik 
lui vint un surnom, plus glorieux dans le fond que poltique dans 
la forme, et qui, depuis cette £poque, lui est tou jours rest6. » 

C'est avec le corsaire la Bellone, de Bordeaux, armateur 
J. Comte, que Destebetcho accomplit ses plus belles captures. Le 
16 frimaire an VIII, par les 5o° a5' de latitude nord et 17 de lati- 
tude ouest, il s'empara, apr&s un vif combat, du Westmoreland, 
de Falmouth, arm£ de 6 canons et de 27 hommes. Ce navire venait 
de la Jamaique, portant en Angleterre des d£p6ches qu'il jeta k la 
mer lors de sa capture. Cette prise entra le 28 frimaire k Saint- 
Jean- de-Luz. 

Un pen plus tard, il faisait entrer dans le port de Bordeaux le 
Williamson, b&timent anglais d'environ 45o tonneaux, venant de 
la Jamaique, charge de 4 Q 4 barriques, 34 tiercons et 2 quarts de 
sucre et autres marchandises de valeur, le tout estim6 60.000 
francs. 

En 1798, Destebetcho monte un navire de Bayonne, le Huron, 
de 3oo tonneaux, arm£ par Comte en guerre et eji marchandises, 
avec 20 canons et ia3 hommes. Dans une croisiere faite avec ce 
navire, il prend et fait entrer dans la rivi&re de Bordeaux un 
brick portugais allant d'Islande k Lisbonne, charge de beurre et 
estim6 i5o.ooo francs. 



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234 RECHERCHES HISTORIQUES 

Le mGme corsaire capturait aussi le Jans, exp£die de Darmouth 
pour Saint-Jean-de-Terre-Neuve, avec une cargaison de sel et de 
marchandises riches. En outre, il ayait pris, dans le cours de la 
m6me croisiere, le Britannia, de 600 tonneaux, richement charge, 
que deux frigates anglaises l'obligerent k abandonner apres lui 
avoir donne* la remorque pendant plus de huit jours. Puis Deste- 
betcho disparalt, ou du moins nous n'entendons plus parler de 
lui. 

A peine si de temps a autre on trouve dans les 6crits du temps 
quelques mentions fugitives sur les hauts faits des corsaires bas- 
ques. Pour la plupart d'entre eux les renseignements manquent, et 
ils sont bien rares ceux sur lesquels on pent obtenir des details 
suflisants pour restituer leur vie. Cependant, il y a des actions qui 
meritent d'etre cit6es, et nous allons ici faire une breve recapitu- 
lation de quelques-uns de ces hardis mar ins. 

Dans le mois de mars 1793, la Calcedonia, de Blyth, capitaine 
William Naxon, mont£e de 12 homines d' Equipage, fut prise par 
Fenseigne de vaisseau Martial Sarrouble, qui, avec quelques ma- 
rins de Ciboure, monta sur une pinasse et alia enlever, en pleine 
mer, le navire anglais, qu'il fit entrer k Saint-Jean-de-Luz. A 
la nieme 6poque, les pinasses de Saint-Jean-de-Luz firent entrer k 
Bayonne trois navires espagnols qu'elles 6taient allies capturer 
au large. 

En 1796, un tour de corsaire fut joue* par des marins de Saint- 
Jean-de-Luz k 1' equipage d'un navire de guerre anglais. 

VEntreprise Itait un petit chasse-maree de 3o tonneaux, portant 
a canons et commands par le capitaine Valence ; il avait £t£ 
arme* par Dufourg. Son equipage Itait compose* de 7 ofliciers, 
3 ofliciers mariniers, a ofliciers non mariniers, 38 matelots, 2 novi- 
ces, 2 mousses et i5 supplemental res, au total 69 hommes. Le 
129 juin 1796, le corsaire naviguait le longde la cdte d'Espagne, en 
vue de la Corogne, « lorsque, dit une lettre du consul de la R6publi- 
que franchise dans cette ville, au mlpris de la c6dule du roi 
d'Espagne, du 3 Janvier dernier, portant que tout b&timent de 
guerre s'abstiendra de sortir d'un port pour attaquer les embarca- 
tions qui se trouveraient k la vue, une des deux corvettes anglaises, 
que je vous avais an nonce' Hve mouill6e ici, mit k la voile et donna 
chasse au corsaire; celui-ci, trop infSrieur en force et pres d'etre 
atteint par l'ennemi, se jeta k la cdte, 0(1 son Equipage eut le bon- 
heur de se sauver; les Anglais, apres s'dtre approch6s k la portee 



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SUR LES GORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 235 

du pistolet du corsaire 6chou6, et lui avoir tir6 plus de soixante 
coups de canon k boulets et k niitraille, dont partie a port6 sur le 
hameau espagnol de Lema, les feroces Anglais, dis-je, exp^dierent 
leur chaloupe avec 14 hommes pour s'emparer de YEntreprise. 
Lk les attendait le premier ch&timent de leurs forfaits : quelques 
moments apres Ventr^e des 14 hommes dans le corsaire, une explo- 
sion occasionn6e par une mecheplac^e avec artifice par les Fran<?ais 
fit sauter 10 a 12 hommes; tous eurent les jambes et les bras 
emportls : c'est aujourdTiui k nos braves marins et k 1'Espagne k 
achever notre vengeance commune. J^cris en consequence au 
commandant des amies pour demander satisfaction au nom de la 
Republique fran^aise. » 

Presque dans le m£me mois, le corsaire le Goujon, de Saint- 
Jean-de-Luz, capitaine Gortala, conduisait au port de Vigo un 
b&timent portugais k trois m&ts, arm6 de 4 canons et 2 pierriers, 
qu'il enleva apr&s une vive canonnade. Cette prise 6tait charg^e 
de 5oo bariques de sel. II prit aussi un navire anglais devant la 
barre de Corniulia, en Portugal. 

Au mois d'avril 1797, nous pouvons mentionner une prise faite 
par le corsaire le Vengeur, de Saint- Jean-de-Luz, capitaine Hiriart. 
Le combat dura deux heures. et au bout de ce temps il se trouva 
que c'etait le navire portugais le Ltiri, de 280 tonneaux et de 6 
canons, venant de Rio de Janeiro, charge de 826 caisses de sucre, 
860 sacs de riz, 27 balles de coton, 36 sacs de caf6, 924 cuirs sees 
en poil, 1000 cuirs tannes, 12.000 cornes de boeufs. La prise fut 
envoy£e dans le port de Vigo et fut d'autant plus appr£ci6e, que 
le corsaire 6tait un des plus petits 6chantillons connus, car, arm£ 
par Recur, il ne jaugeait que 3o tonneaux, 6taitarm6 de 4 pierriers 
et avait un Equipage de 28 hommes. 

La Reprise, de Saint-Jean-de-Luz, arm£e aussi par Recur, paralt 
avoir fait mieux encore : n ay ant que 2 canons, 8 pierriers et 
23 hommes, k la suite de trois tentatives pour parvenir k 1'abor- 
dage, et d'un engagement qui dura cinq heures, elle prit le navire 
portugais la Caroline, de 400 tonneaux, arme de 6 canons de 12, 
8 et 6, double en cuivre, et se rendant de Femambouc k Porto, 
avec 6000 quintaux de sucre, 242 ballots de coton, 2i35 cuirs de 
vache, 421 billes de bois pour meubles et 1900 cornes de boeufs. 
Ce riche b&timent fut conduit k Vigo ; le capitaine du corsaire 
etait le brave Larague, vieiliard de quatre-vingts ans, qui s'6tait 
offert en remplacement de son Sis, retenu k terre pour maladie. Le 



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236 RECHERCHES HISTORIQUES 

ministre de la marine ecrivit une lette de felicitations au capitaine 
Larague de la part du Directoire, mais peu de temps apres ce 
navire etait signaie comme perdu en mer. 

UHyene etait nn des pins grands porsaires, comme la Reprise 
et le Vengeur etaient des plus petits. II appartenait au port de 
Bordeaux, mais arm£ a Bayonne, par Balguerie, il eut pour capi- 
taine un des plus braves marins de Saint- Jean-de-Luz, Michel 
Larreguy. Durant sa premi&re croisiere, il s'empara du navire 
anglais la Britannia, dont la vente produisit 3743° francs, de 
l'am£ricain la Conception, 157.828 francs, la Procidentia Diligen- 
cia 9 844»3a8 francs, la Florde Finival, 725.533 francs, Santa Rosa* 
472.446 francs, la Carlota, 675.106 francs, ces derniers portugais. 
La liquidation de ces prises fut faite en Tan VI de la Bepublique. 

\JHykne jaugeait 400 tonneaux, etait arm6e de 22 canons et 
montee par 217 hommes. Eu 1798, ce corsaire passa a rarmateur 
Labrouche, de Saint-Jean-de-Luz, et, sous le commandement du 
capitaine Mathieu Berrade, fut pris par les Anglais. 

Saint-Jean-de-Luz paraf t avoir eu surtout la sp£cialit6 des petits 
corsaires qui se r£unissent entre eux pour s'emparer d'un grand 
navire. C'estlefaitdu/tozara, duLtgu, deia Gageureet dela R6us- 
site, qui conduisirent a Santander un navire americain nomm6 le 
Poggy, riche prise de 25o tonneaux, charge de cacao, cire et hor- 
logerie. 

Ce ne sont pas toujours les plus gros corsaires qui font les plus 
belles captures. On en a pour preuve les croisidres de Vlnddpen- 
dant, lougre de 39 tonneaux, 2 canons et 2 pierriers ; arm6 par 
Pagis, sous le commandement du capitaine Etchebaster, de Saint- 
Jean-de-Luz, et avec 21 hommes d*£quipage, il prend en Tan VII, 
et fait entrer a La Corogne, un navire portugais nomme la Farna, 
richement charge, puis aide par YEntreprenant, corsaire de Bor- 
deaux, il s'empare d'un batiment anglais charge de comestibles. 

Le 1 5 prairial an VIII, le corsaire lougre la Ldgdre, de Saint- 
Jean-de-Luz, de 4 canons de 4* prit & Fabordage et fit entr,o£jrf» 
port de Vigo, en Espagne, un navire portugais d'enviEoniogoJtoq- 
neaux, portant 8 canons de 8, et dont la cargaiaeiMdtaib qtftita»& 
i5o.ooo francs. uo xuniuinp oood dovb 

11 arrivait frequemnient que lorqitfwf parti pfca&ttoi un^cvwrfakge 
qui s' etait distingue, soit; $^/<Us JtinfifliiTdsiYiS^^ pair 

des combats glor^ux^tfanJre&ptoia&B^aia^ 
qui prenaieixtj^i9gmfe&0CKlta;,ctilihAe^ 



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8UR LES CORSAIRES DB SAINT -JEAN-DE-LUZ o3j 

k tour la Dorade, le Poisson volant, et autres titres fameux. II en 
fut de m£me pour le Tilsitt, qui en one senle croisi&re s'empara de 
sept navires tons richement charges. Anssitdt un armateur de 
Bayonne, all£ch6 par ce r6sultat, armaun navirequi prit le nom de 
Tilsitt n° 2, et se distingua pendant un voyage fait pendant les 
ann£es 1809 et 1810. 

II avait £t£ exp£di6 de Bayonne, en lettre de marque, le s*4 juil- 
let 1809, arml de i5 canons, commands par Dumolan, mais pour 
second le Basque Garat, dont nous n*avons pu retrouver le lieu de 
naissance. II arriva heureusement aux £tats-Unis, d'ou son capi- 
taine M. Dumolan le r£expedia sous le commandement de 
M. Garat. II entra k Passages, et, apr&s s'y Stre ravitaill£, il sortit 
le 27 avril 1810, pour continuer sa croisi&re. 

Pendant seize jours que dura cette croisi&re, huit fiirent employes 
k louvoyer dans le golfe de Biscaye. La mer 6tait tellement cou- 
verte de vaisseaux ennemis, que dans ce court espace il fut chass6 
successivement par cinq frigates anglaises difl^rentes. Deux 
d'entre elles le poursuivirent vivement juste au moment oh son 
m&t de hune venait de casser. II parvint cependant k r^parer cette 
avarie, et rlussit k leur 6chapper. 

II essuya cinq combats, le dernier contre deux bricks anglais de 
12 k 14 canons chacun et portant quelques troupes sur leur bord. 
La fermetl du capitaine Garat et la bravoure de son Equipage 
suppl£&rent k I'in6galit6 des forces. Les deux bricks anglais furent 
tellement maltraitls, que Fun d'eux amenaitson pavilion, lorsqu'un 
gros b&timent de guerre venant k toutes voiles a son secours, et 
annongant son arriv^e k coups de canon, for<?a le capitaine Garat 
k se retirer, abandonnant les deux bricks et les prises faites qu'il 
avait conserves k port£e. II n'avait que 55 hommes ; un de ses 
officiers Stait bless6 et la poudre £tait sur le point de lui manquer ; 
il avait en outre k garder 54 prisonniers, provenant de ses prises. 

Ces derniers 6taient : le brick americain Spanish Ladey, 
charge de farine, destine pour Jersey ; le brick anglais Retrouvti, 
de i5o tonneaux, charge de rhum, caf£, et bois de campgche, arm6 
de 14 canons ; le navire la Jeanne, de 35o tonneaux, arm6 en guerre 
et en marchandises, avec une riche cargaison. Ce b&timent tout 
neuf, double en cuivre, £tait arm6 de 12 pieces de canon, dont 6 
de 12 et 6 de 6. 

Le combat avec ce b&timent commen$a vers les trois heures 
apr&s midi, et continua jusqu'a la nuit : le capitaine Garat employa 



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Q38 IlECHERCHES HTSTORIQUES 

Tintervalle jusqu'au lendemain k r6parer ses avaries, conservant 
toujours le batiment k portle de canon, et le lendemain il recom- 
menga le fen ; k sept heures, fatigu6 de la resistance de 1'ennemi, 
il manoeuvra pour l'aborder et le At amener vers les onze heures 
du matin. 11 avait ses voiles, ses manoeuvres criblles, son mftt d'ar- 
timon k moiti6 coup£, sa dune en morceaux, et deux boulets dans 
sa cale ; il etait dans un tel £tat que le capitaine Garat fut oblige 
d'envoyer une vingtaine d'hommes pour r^parer les plus fortes 
avaries; lui-m&me avait le pivot de sa grande pi&ce cass£ et amarr^ 
k poste fixe. Ge fut en cet Stat qu'il arriva k Passages, ignorant le 
sort de ses prises. 

A mesure que la guerre s f eternise, il semble que les armements 
sont, non pas moms importants, mais que les navires qui y sont 
employes deviennent plus petits. Les armateurs enl&vent ainsi k 
leur capitaine et k leurs Equipages les moyens de combattre en ne 
leur donnant que des barques avec lesquelles il n'etait pas possi- 
ble d'affronter la haute mer. lis Staient ainsi obliges de se r^fugier 
dans les petits ports de la cdte, pour y attendre patiemment leur 
proie. Ges faibles navires se retrouvent k toutes les £poques de la 
guerre, mais surtout k la fin de TEmpire, ou iis deviennent de v£ri- 
tables coquilles de noix. Nous terminerons cette 6tude rapide en 
signalant ceux de ces corsaires qui grace k I'audace de leur capi- 
taine firent le plus parler deux. 

En 179S, nous voyons YAventure, de 10 tonneaux et sans canon, 
prendre la mer, arm£e par Barter&che et ayant pour capitaine 
Doyanibih&se, et montle par i5 hommes. Puis vient le Clair 
QOjyant, capitaine Lichigaray, dit Lissabo, armateur Laussue 
jaugeant ia tonneaux, 1 canon, a pierriers et ao hommes. En 1799 
le Courageux, de 18 tonneaux et i canon, armateur Lanoulet 
capitaine Dominique Doussinague, de Bidart. En 1800, le Coura 
geux, de 5o tonneaux et 4 canons, armateur Bihurza, et capitaine 
Hiribarren, avec 70 hommes. En 1793, YEpereier, de 60 tonneaux, 
capitaine Lavague, armateur Levit, arm£ de 4 canons de 3, 
a de 2, 9 pierriers, 7 espingoles, 5o fusils, 5o pistolets, 5o sabres, 
5o haches d'armes et un Equipage de 79 hommes. En 1798, la 
Bagarre, de 12 tonneaux et 4 pierriers, arm6e par P6clu, capitaine 
J. Hinact, qui sur un equipage de ia hommes compte un capitaine 
d'armes. En 1797, la Trincadoure, de 8 tonneaux; le Havqy, avec 
4 pierriers et 1 espingole, arm£ par Sauvirut, capitaine Sarrou- 
ble, et montS par 17 hommes. 



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SUR LES CORSAIRKS DE SAINT-JEAN-DE-LUZ $3$ 

Un de ces pygmies des eaux fait cependant de belles captures. 
C eat VIndfyendant, de Saint-Jean-de-Luz, de3<)tonneaux, 2 canons 
et a pierriers, arni6 par Pages, capitaine Etchebaster et mont£ par 
21 hommes. En 1798, ii prend et fait entrer k La Corogne un navire 
portugais, la Fama ; le i er pluvidse de la m&me ann6e, il s'empare 
du brigantin anglais la Gtirds, et le i3 prairial, de concert avec le 
corsaire VEntreprenant, de Bordeaux, il prend encore un b&timent 
anglais charge^ de comestibles. L'annee suivante, le lougre VInd6- 
pendant change de capitaine, et est command^ par Dulbaralde. 

Nous sommes arrives au terme de ces 6tudes. Mais quelques 
recherches que nous ayons pu faire, nous nous apercevons d£ja 
qu'elles sont bien vagues et bien incompletes. Quoi qu'il en soit, 
elles pourront peutr&tre servir de jalon a des chercheurs plus heu- 
reux, et les documents qui surgiront un jour ou l'autre serviront 
k rendre enfin un glorieux t£moignage de ceux qui combattirent 
pour leur pays, et leurs noms, qui sont d6ja presque effaces de 
toutes les memoires, r6pandront alors un lustre nouveau *. 

Bayonne, le i3 aoftt 1897. 

E. Duckue. 



1. Pour d'aulres renseignemenls sur lescorsaires bayonnais, voir : E. Ducbr&, 
His to ire maritime de Bayonne, Les corsaires sous VAncien Regime; Bayonne, 
Hourquet, j?r. in-8° de /Joo p.; — Sous presse : E. DccftRR, Les Corsaires 
basques et bayonnais sous la R&publique et VEmpire ; Bayonne, Lamaignere, 
in-8* de plus de 400 p. 



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Les Pastorales basques 



M. WENTWORTH WEBSTER 



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Les ZFastorales toascruLes 



M. WENTWORTH WEBSTER 



Mesdames, Messieurs, 



Je dois vous parler un moment sur les pastorales basques, des- 
quelles on va jouer tout a Fheure quelques scenes devant 
vous. 

Les pastorales basques ne sont pas du tout une espece de drame 
particuliere aux Basques. II ne faut y chercher aucun jet de lumiere 
sur Forigine des Basques. On ne trouve dans les manuscrits aucun 
langage different de celui qui est parle par les Basques d'aujour- 
d'hui, ou tout au plus par les Basques du siecle dernier. Nos 
manuscrits les plus anciens des pastorales ne s'etendent pas au 
dela du milieu du dix-huitieme siecle. Mais si nous ne pouvons pas 
leur dormer tout le charme d'une haute antiquity, elles ne sont pas 
a cause de cela d£pourvues d'un grand int£r£t et de traits qui 
m^ritent votre attention. 

Les pastorales basques, comme on les joue encore aujourd'hui 
dans les villages de la Soule 1 , sont presque les seuls restes du 



i. C'est depuis un temps comparativement recent que les pastorales ne 
sont jouees que dans la Soule. Autrefois, et meme au dix-huitieme siecle, on 
les jouait dans les autres parties du Pays Basque francais. Nous avons 



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244 LKS PASTORALES BASQUES 

grand drame populaire du moyen age. Elles sont les descendantes 
directes des mysteres, des moralites, des miracles, qui faisaient 
les devices de nos peres et qu'on jouait partout en France et en 
Espagne, en Provence et en Gascogne, et dans l'Europe entiere. 
Elles sont les survivantes non seulement des drauies religieux, de 
ces representations dramatiques qui furent donn6es dans les 6glises, 
dans les cou vents et sur la place publique les jours des grandes 
fetes chr£tiennes; elles ont aussi conserve* la m^moire et la tradi- 
tion toute populaire des grandes 16gendes et romances, des chansons 
de geste, des romans de chevalerie, des poemes ^piques du moyen 
age, figures par des jongleurs devant grandes dames, seigneurs et 
chevaliers dans les salles des chateaux feodaux et sur les foires et 
marches du peuple. (Test une litterature qui fut tout k fait n6glig6e et 
m6pris6e, presque oubli6e par les ^crivains et par les savants du 
dix-huitieme siecle, mais qui se conservait encore parmi le peuple, 
qui en appr6ciait toujours le charme et dont elle faisait Instruc- 
tion. Mais nos ancStres du moyen age ne furent pas seulement un 
peuple religieux, chevaleresque ; il avait aussi son c6t6 gaulois, il 
aimait le gros rire, la malice, la farce et les bouffonneries. Nous 
poss£dons aussi des exemples de ce genre, quoique relativement 
peu nombreux, dans les pastorales. 
Si nous mettons en ordre les pastorales dont les titres ou les 



recueilli quelques fragments d'une farce rabelaisienne jouee a Sare il y a 
environ soixante-dix ans. Une autre piece, beaucoup plus gracieuse, fut 
jouee a Louhowoa, il y a trente ans, pour souhaiter la bienvenue a des jeunes 
gens de retour de PAmerique du Sud. Dans les ecoles des Soeurs, les iillettes 
jouent quelquefois des petites pieces en basque. Nous avons assiste a une, a 
Sare, ViEuf casse, qu'on disait avoir et£ ecrite par M. PaumOnier du couvent 
a Uztaritz, auteur tres estime pour ce genre de composition. Nous avons vu 
aussi au refuge d'Anglet une tres jolie pastorale, Joseph, representee par 
les pensionnaires, sous la presidence de M sr Lacroix. M. E. Baret, dans son 
Espagne et Provence, appendice 1, page 35a (Paris 1857), nous parle d'une 
pastorale, Les douze Pairs de France, jouee en Bearnais, a Castels, dans la 
vallee d'Ossau, en i833. On nous a parle d'une Sainte Genevieve en gascon, 
representee pres de Pau au commencement du siecle. M. Vignancour a im- 
prime, avec traduction francaise, a la fin du tome 11 de ses Poesies bear' 
naises, La Pastorale did Pajrsaa, per Moussu Foundeville, de Lescar, 
page 261 (Pau, i860). De l'autre cdte des Pyrenees, j'ai devant moi : Nais- 
sance de Notre-Seigneur Jesus-Christ, ou Creche pastorale, en quatre actes 
et sept tableaux, en vers francais et provencaux, par Pierre Bellot, Mar- 
seille, i85i. M. Petit de Julleville, Les Mysteres, page 79, nous parte d'autres 
pastorales du centre et du nord de la France, jusqu'en i834, 1841. Tout ceei 
demontre que les pastorales basques de la Soule ne sont que les derniers 
restes, mais tres bien conserves, d'un theatre qui se jouait autrefois partout. 



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LES PASTORALES BASQUES SlZp 

sujets nous sont connus (il doit y en avoir beaucoup plus que nous 
ignorons), notis en trouvons onze dont les sujets sont tir6s de 
Thistoire de F^criture sainte ; seize de rhagio ffraphie ou <\$f* vi^s 
d es saints : quatre de la literature classique, grecque et romaine ; 
vingt-cinq des romans de la chevalerie, des chansons de geste ou 
des contes du folk-lore ; quatre sont des farces grossieres rabelai- 
siennes ; une est une trilogie moderne intituled Napoleon : i° Le 
Consulate sa° V Empire, 3° la Sainte-I16Wne. 

Vous vous demanderez peut-£tre comment toute cette Erudition 
s'est conservee parmi les paysans basques de ce coin de la France. 
Le m£me ph6nom6ne se constate chez les Bretons, cette autre popu- 
lation de la France qui ne parle ni le francais ni aucun de ses pa- 
tois. Les sujets des mysteres bretons et des pastorales basques sont 
tout a fait semblables, la liste en est presque identique. Comment 
alors, nous demandons-nous, est-ce que ces paysans illettr^s, qui 
parlent une langue a part, qui ne savent ni lire ni £crire, comment 
ont-ils pu apprendre toute cette science? II n'y a pas longteinps 
(i83jm837) que. les manuscrits de la Chanson de Roland et du 
roman de Roncevaux, la plus belle de toutes les chansons de geste, 
furent d^couverts par M. Monin, a Paris, et par M. Francisque 
Michel, en Angletcrre; les romans de la chevalerie ne furent 
connus que par des gens instruits, par les Be^iedictins, par les 
professeurs et par les savants, jusqu'a ce que MM. Paul et Gaston 
Paris les eurent revels aux lecteurs de nos jours. 

Nous nous demandons alors comment est-ce que toute cette lit- 
terature du moyen age est arrived jusqu'aux Basques et aux Bre- 
tons. Cette literature fut ^crite en latin, en francais, en provencal, 
en italien, en espagnol, mais jamais en basque ou en breton. Elle 
leur est venue par ces petits livres de quatre ou dix sous qu'on 
dSbite dans les villes et a la campagne les jours de foire ou de 
marche\ M. Charles Nisard a fait un livre excellent : Histoire des 
livres populaires on de la literature da colportage (a vol., Paris, 
i854), ou il rend compte de cette literature populaire et donne 
Tanalyse de beaucoup de ces petits livres. Nous avons 6te* assez 
heureux pour faire la connaissance, a Tardetz, dans la Soule, du 
sieur Pierre Irigarez, de Laguinge, auteur de la pastorale : His- 
toire des quatre fils Aymon, laquelle fut jou6e le i5 juin i8^5, et 
dont quelques morceaux furent reproduits ici m£me, a Saint-Jean- 
de-Luz, dans nos dernieres f£tes basques. L'auteur avait compose 
sa pastorale d'aprfes un petit livre intitul6 : Histoire des quatre 



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246 LE S PASTORALES BASQUES 

Fils Aymon (nouvelle Edition, orn^e de huit gravures, k Spinal, 
chez Pellerin, imprimeur-libraire, s.d., petit in-4° doubles colon nes, 
de 96 pages). Les Editions et r&mpressions des livres de cette espece 
sont innombrables. Ea voici une autre de : Les quatre Fils 
d Aymon, imprimee k Limoges. II y a toute uue bibliotheque des 
vies des saints et des saintes et des r6cits bibliques imprimee et 
6dit6e de la in£me facon. 

Mais si on trouve assez facilement les sources et la matiere fon- 
cifere des pastorales basques actuelles, c'est tout une autre affaire 
d'ecrire une pastorale basque et de la mettre sur les planches. Les 
petits livres dont nous avons parle* ne nous donnent pas tout. lis 
ne nous en offrent que la matiere brute, dont Tartiste se sert pour 
composer son ceuvre. II y a toute une s£rie de rdles et de person- 
nages k y ajouter. Quel que soit le sujet d'une pastorale, et quelle 
que soit l'6poque de l'histoire et de la mythologie k laquelle elle se 
rapporte, il faut qu'il s'y trouve toujours des Satans et des Turcs. 

Qu'est-ce que ces satans ? Qu'est-ce que les Turcs ont k faire dans 
cette galere ? Ici nous touchons k la partie la plus essentielle des 
pastorales. Quoique les sources Scrites, la trame de ces pieces 
soient modernes et emprunt£es, la tradition des rdles accessoires 
et incorpores, la mise en scene, appartiennent k une antiquity bien 
plus reculle. Dans son beau livre : Histoire du ihidtre en France, 
Les Aiysttres, M. Petit de Julleviile remarque, tome I, page 12 : « 11 
est curieux d'observer que le theatre au moyen age, quoiqu'il ait 
peri sous les coups des disciples et des adorateurs de l'antiquite, 
ressemblait bien plus au theatre des Grecs que le theatre classique 
(francais), qui l'a d6poss6de* et dStruit au nom des Grecs. Le mys- 
tfere ressemble au drame grec au moins en ce point, qu'il c£lfebre 
lui aussi l'histoire des dieux et des demi-dieux, j'entends de la 
divinity, des saints, des martyrs, qu'adoraient ou honoraient le 
peuple et le temps ou il a fleuri. » Comme au fond de chaque tra- 
g£die grecque nous voyons la figure k moiti£ cached du Destin, de 
la Fatalite, et de cette loi supreme a laquelle les Dieux, aussi bien 
que les mortels, sont obliges de se soumettre ; ainsi, par l'intro- 
duction des satans et des Turcs, toute pastorale devient, quel qu'en 
soit le sujet accidentel, un Episode de la lutte £ternelle du bien 
contrc le mal, de la guerre entre Satan et le bon Dieu, ou la vic- 
toire reste toujours a celui-ci, mais ou l'autre, quoique toujours 
vaincu, ne se rend jamais. 

Outre cette ressemblance morale, la pastorale a des rapports 



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LKS PASTORALES BASQUES 24? 

encore plus rapproches avec le theatre grec. De toutes les repre- 
sentations dramatiques qu'on peut voir aujourd'hui, je crois qu'une 
pastorale basque, comme elle se joue dans les villages 61oign£s et 
par les villageois, ressemble le plus a ce qu'etait le theatre pritnitif 
grec. 

Les conditions materielles sont k peu pres les memes. D'abord, 
les deux drames ont lieu en plein air, devant un auditoire tres 
nombreux. Ce fait amine avec lui la necessite de se faire entendre 
au loin ; c'est pourquoi ' le debit ne peut pas 6tre celui de la 
parole ordinaire ; pour que la voix porte au loin en plein air, il 
faut le d^bit monotone, la parole change. La pastorale esttoujours 
ainsi r£citee. Les drames grecs sont tous ecrits en vers, de m&me 
sont les pastorales. Mais la po£sie fut une des trois sceurs, et pen- 
dant longtemps beaucoup trop modeste pour se montrer seule 
devant le grand public. Ses deux sceurs ,1'accompagnaient toujours 
sur la scene. La musique, la danse, la po&ie, furent inseparables 
alors. On ne comprenait guere Tune sans les autres. Les mots 
techniques dont nous faisons encore usage aujourd'hui peuvent 
nous rappeler combien Funion des trois fut etroite. Le metre, la 
mesure, les pas ou pieds, les pauses, en po£sie ou en musique, ne 
sont que les pas cadences, la marche, la danse des acteurs sur la 
seine. Le vers (versus) n'est que le tour fait par Tacteur quand il 
arrive k la limite de la scene; la strophe et Vantistrophe des Grecs 
sont les figures tournantes des danses qui se ripetent. Tout ceci se 
voit conserve par tradition avec la plus complete exactitude dans 
une pastorale basque. Chaque action a son rythme et son mouve- 
ment propres. Les caracteres bons debitent leur rdle plus grave- 
ment, et leur demarche est beaucoup plus lente et serieuse que celle 
des mauvais. Lair pour les bons est indique dans les manuscrits : 
Sonnez champs; celui pour les mauvais : Sonnez infidel. Les 
batailles ont pour elles un air qu'on trouve dans la CU du caveau. 
Les satans dansent k Fair : Bon voyage, cher Dumolet, et les 
Turcs font leur entree au son de Fair : Marie, trempe ton pain, 
joue avec prestesse, allegro vivo 1 . Voili la musique qui a remplace 
les vieilles melodies grecques. 

Mais il y a d'autres particularites communes aux pastorales et au 
theatre grec. Un des traits qui distinguent le theatre grec du theatre 



i. Le Folk-Lore du Pays Basque, par Julien Vinson (Maisonneuve, Paris, 
1893, p. 38). 



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248 LES PASTORALES BASQUES 

latin et da theatre modcrne est lechor.os, le choeur, et son role dans 
le drame. Le poete latin Horace, dans son Epistola ad Pisones, 
De Arte poetic a, nous a bien decrit ce que c'^tait le choeur grec 
et son action dans la trag6die : 

« Le choeur est la pour prendre le parti des gens de bien, pour 
ctre leur ami, leur conseil; qu'il tempere les Ames qu'lchaufle la 
colore; qu'il se plaise avec ceux qu'effraie la pensee du crime ; qu'il 
vante les devices d'une table frugale, et la justice tutelaire, et les 
lois, et la paix, Taimable gardienne de nos demeures; qu'il sache 
tenir un secret, qu'il invoque et flSchisse les dicux, afin que la for- 
tune se ravise pour les malheureux, qu'elie s'eloigne des superbes 1 . » 
(Traduction de Nisard.) 

Le rdle des satans dans les pastorales basques est identique avec 
cette description du choeur grec fait par Horace; seulement — avec 
une difference — le rdle est interverti. An lieu d'aidcr et de favo- 
riser les bons, les satans font tous leurs efforts pour vaincre les 
bons et pour favoriser et aider les me'chants. Tout a fait au con- 
traire de ce que dit Horace du choeur grec : « Chorus turpiter 
obticuit, sublato jure nocendi. Le choeur, auquel elle dta le droit 
de nuire, se tut honteusement », les satans chantent tout haut leurs 
m£chancet£s et se rejouissent de faire le mal. lis sont toujours les 
allies des Turcs et des infldeles. Mais le rdle, quoique ainsi inter- 
verti, est le mdme au fond dans les deux theatres. 

Quiconque a lu une trage*die grecque doit avoir £t6 frappe de la 
beaute* des vers chantes par les choeurs. Cette po^sie lyrique est 
bien plus 61abor£e, bien plus complexe dans son rythme ct dans 
ses mesures que les vers du dialogue. Sa musique et ses danses 
sont bien plus compliquees aussi*. Les vers d6bit6s dans le choeur 
des satans ne different pas, il est vrai, de ceux du dialogue, mais 



i. Actoris partes chorus olTiciumque virile 
Defendat : neu quid medios intercinat actus 
Quod non proposito conducat, ct ha^reat apte. 
Ille bonis faveatque et consilietur amicis, 
Et regat iratos, et amet pacare tumentes. 
Ille dapes laudet mensa 4 brevis; ille salubrem 
Justitiam, legesque, et apertis otia portis; 
Ille tegat commissa, Deos precetur et oret 
Ut redeat miseris, abeatque Fortuna superbis. 

(Horace, De Arte poetica, 193-201.) 

2. « Les danses qui les (c'est-a-dire les cho3urs) accompagnaient furent des 
plus prestes et des plus vigoureuses dans la tragedie aussi bien que dans la 
comedie. » (The Attic Theatre, par M. Haigh, p. 223 et note, Oxford, 1889.) 



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LES PASTORALES BASQUES 2$g 

la musique, la danse, le chant et le d£bit sont beaucoup plus etu- 
des. Le rdlc des satans est le plus difficile a remplir et le plus 
important dans les pastorales. II exige plus des acteurs qu'aucun 
autre. Les satans sont presque toujours en scene et ils n'y sont 
jamais tranquilles; toujours en action bruyante, ils dansent, chan- 
tent et font leurs diableries tout a la fois. Mais, en revanche, leur 
costume traditionnel est le plus joli, leur danse est la plus vive et 
la plus gracieuse, et leur chant le plus entralnant. 

Nous avons presque omis un de leurs accessoires. Les satans 
portent toujours une petite baguette entortillee de rubans, terminer 
par des crochets de fer, avec laquelle ils font toutes leurs diable- 
ries et tous leurs miracles. Le moindre coup de cette baguette 
magique donne la mort, ou ressuscite, ou metamorphose les per- 
sonnes. Cest la caducee de Hermfcs ou de Mercure. Parfois cette 
baguette est remplac£e par un petit fouet d'enfant. Cest alors 
Mercure le he>aut, le messager, le courrier des dieux. 

Encore un autre trait par lequel les drames grecs et les pasto- 
rales se rapprochent. Les sexes n'y sont jamais mel£s. Les beaux 
drames grecs furent represented par le sexe masculin seul. CVytem- 
nestre, Antigone, Alceste, furent representees par des garcons ou 
des jeunes gens. Cest la m£me chose dans les pastorales : on admet 
par exception, et par une exception tout a fait charmante, qu'une 
pastorale puisse se jouer par des femmes et des filles seules. Seu- 
lement on ne permet pas aux jeunes gens et aux jeunes filles de 
paraltre ensemble sur la scene; il y a seulement quelquefois des 
acteurs d'age mur qui peuvent jouer le rdle fatigant des satans 
dans les pastorales f£minines ; autrement les personnages sur la 
scene sont tous ou des hommes, ou des femmes et des filles. Dans 
les pastorales ordinaires, les r6les feminins sont figures par des 
jeunes garcons habilies en femmes. Nous savons que l'apparition 
des actrices sur la scene est d'une date comparativement r^cente. 
Les rdles des femmes furent tous represented autrefois par des gar- 
90ns et des jeunes gens. Les acteurs basques s'acquittent admira- 
blement de leur emploi feminin. II y mettent une espece de coquet- 
terie des plus curieuses. Pour les habillements, les autres acteurs 
suivent plus ou moins un costume traditionnel, sans 6gard pour les 
modes actuelles ; mais les garcons-demoiselles se parent des der- 
nieres modes du jour. Ainsi nous avons vu les heroines du temps 
de Clovis portant les crinolines du second Empire, et presque 
toutes les modes qui se sont succ£de* depuis. 



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a5o LES PASTORALES BASQUES 

Ge rdle de garcons-demoiselles est souvent on des mieux r6ussis 
de toute la pi&ce. La voix claire et p£n6trante d'un jeune gar$on se 
fait entendre beauconp mieux en plein air que la voix plus douce, 
mais moins vibrante, d'une jeune fille ou d'une femme. Des per- 
sonnes qui ont assists au grand drame de la Passion (le Pas- 
sionspid) k Oberammergau, dans la Bavifere, nous ont dit que la 
voix des femmes qui y jouent les r6les de Marie et de Made- 
leine s'entend rarement aussi bien que celle des hommes. Les 
jeunes gar$ons basques imitent trfcs bien le rdle des gentilles 
amoureuses ; s'il leur mauque un peu de tendresse, il y a plus de. 
piquant et d'inattendu dans leur jeu. Outre les femmes^ le rdle des 
anges y est souvent r6serv6 pour les enfants ou les jeunes gens. 
En An, le dernier trait de ressemblance des pastorales avec les 
drames grecs est que dans tous les deux, l'excellence, la vraie 
beauts de la sc&ne ne depend pas tant du m6rite de l'acteur indivi- 
dual que de Faction et de la disposition du groupement du tableau 
g£n6ral. Les acteurs grecs portaient toujours des masques. C'^tait 
done impossible de voir le jeu des traits de la physionomie. C'6tait 
la beauts des groupes et de la d-marche qui attirait l'admiration 
das spectateurs, beautds qui pnt 6t6 si merveilleusement repro- 
duites dans les chefs-d'oeuvre de la sculpture grecque f . Ainsi dans 
les pastorales il ne faut pas regarder autant Taction des individus 
isol£s que la marche et la danse d'ensemble, les tableaux qui se 
forment au milieu de la scene, la naivete des scenes de bataille, la 
lente d-marche des caract&res bons, l'agitation et la turbulence des 
m£chants et des satans. Lorsque nous parlons de ces rapports 
entre le theatre grec et la pastorale basque, il ne faut nullement 
s'imaginer que les paysans basques aient la moindre connaissance 
du drame classique. lis n'en ont m&nie jamais entendu parler. 
Jusqu'a ces derniferes annees, la plupart des acteurs des pastorales 
ne savaient ni lire ni £crire. lis ne connaissaient que la tradition 
qui leur est arriv^e. lis ne jouaient que comme leurs p&res et 
leurs aieux avaient fait avant eux. 

Rien de plus joli ni de plus simple que la mise en scene d'une 



i. «Sur la scene longue et etroite, les acteurs se tenaient en groupes pitto- 
resques et saisissants, et les actes qui se succedaient dans le drame furent 
presented aux spectateurs comme une serie de tableaux artistiques. Les 
representations de personnages et scenes tragiques, consignees dans les 
aeuvres d'art, sont caracterisees par un repos et une dignite qui rappellent 
les chefs-d'oeuvre de la sculpture grecque. x> (The Attic Theatre, p. aoi.) 



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LBS PASTORALES BASQUES a5l 

pastorale dans un des villages eloigned du beau Pays Basque. 
Corarae Horace dit d'Eschyle : « II dressa la scene surde petits tr6- 
teaux 1 », ainsi est construit le theatre basque. Sur la grande place 
du Tillage ou du bourg, on construit trois rang£es de barriques 
renvers6es, on attache des solives, la-dessus on cloue le plancher; 
on l'adosse g6n£ralemeht contre le mur de quelque maison, de 
sorte qu'on peut descendre sur la scene ou sur les coulisses par 
les fenStres du premier £tage. Mais devant la maison, a une dis- 
tance d'environ un ou deux metres, s'£tendent de grands draps de 
lit orn£s de fleurs et de rubans, qui dependent des tr6taux. Le 
passage fait entre la maison et ces draps sert de coulisses pour les 
acteurs. A droite et a gauche sont les deux entries, Tune affected 
aux bons, Fautre aux mauvais personnages. Au-dessus de Tentrle 
des m£chants se tient un pantin, ou pouple en bois, remu6 par des 
cordes, qu'on appelle l'idole de Mahomet 1 , que les m£chants, les 
satans, les Turcs et les infideles doivent saluer, auquel ils proniet- 
tent leur ob£issance et adressent leurs prieres a chaque sortie de 
la scene. Outre les acteurs, il y a toujours un orchestre, qui se tient 
quelquefois a une des fenGtres de la maison, quelquefois sur le 
plancher meme ; il consiste ordinairement en un tambourin bas- 
que, espece de guitare dont les cordes sont frappe*es avec une 
baguette, ou plectrum, pendant que l'artiste joue du chirola ou 
flftte, du violon et d'autres instruments. 

Aux quatre coins ou angles du plancher se tiennent debout 
quatre gardes arrays de fusils, costumes ordinairement de jolies 
blouses, ceintures de cuir et sandales. Leur office est de conserver 
un peu d'ordre parmi l'assistance, quelquefois assez bruyante, de 
crier a haute voix : « cho ! » chut, silence, et surtout de tirer leurs 
pieces lorsqu'un h6ros tombe et meurt. Alors vous entendez, 
parmi l'assistance, des jeunes filles effrayles par la detonation 
et 6mues du sort lamentable du h£ros pousser un long cri, tout a 
faitcomme dans les tragedies grecques : Ay, ay, ay, ay, ay, ay, ay*. 

II reste encore un personnage tres important, le souffleur ou 



i. AZschylus et modicis instravit pulpita tignis, c. 284. 

2. « Quelle que soit l'absurdite de ces recits, ils sont moins extravagauts 
que l'opinion generaiement r6pandue au mo yen age, au moins parmi le vul- 
gaire, d'apres laquelle « Mahom » Itait, avec Apollin, Jupiter et l'enigmatique 
Fervagant, une des idoles qu'adoraient les Sarrasins. » La Literature Fran- 
gaiseau moyen dge, par Gaston Paris. (Hachette et C'*, 1888, p. 220,) 

3. Cf. les Supplices d'Eschyle, le Philoctete de Sophocle, et passim. 



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25a LES PASTORALES BASQUES 

regisseur, qui, sans fausse honte, se met, nianuscrit en main, en 
Evidence sur la scfene, donne le mot aux acteurs, m&ne et dirige le 
tout. 

Pendant les longues soirees de l'hiver, Finstituteur et les meil- 
leures plumes du village se sont occup^s a copier, du grand ma- 
nuscrit de la pastorale, les morceaux propres a chaque acteur. 
Geux qui savent lire em portent ces morceaux chez eux et les 
apprennent par coeur. A ceux qui ne peuvent les lire, ils sont 
r6cit£s mot par mot, ligne par ligne, par des personnes qui les 
savent par cceur. « Comment est-ce que vous avez appris a si bien 
jouer votre rdle? » avons-nous demand^ a un trfes gentil gar^on- 
demoiselle : « C'est mon pere et ma mfere qui me Font appris les 
soirs pendant l'hiver », nous r^pondit-il. 

Enfin, tous les r6les sont appris par coeur, toutes les repetitions 
ont 6te faites, le beau jour du printemps ou de Y6M est venu pour 
la representation de la pastorale. Je dis « le beau jour », car il est 
impossible de jouer une pastorale avec le mauvais temps. Nous en 
avons vu des essais, les acteurs tachant de s'abriter sous des para- 
pluies; mais toujours la pluie et les orages ont fini par avoir le 
dessus. Mais enfin le temps est beau. De tr&s bonne heure, le 
matin, les acteurs commencent a se costumer. La premiere visite 
est chez le barbier ; on sort de chez lui rose et bien rase. Charle- 
magne, Abraham ou Alexandre endossent l'habit de gendarme ou 
de sous-prefet ; les Turcs, Nabuchodonosor et les satans mettent 
leurs jolis habits rouges. Les quelques couturi&res du village sont 
trfcs afifairees. Elles surveillent et donnent les dernieres retouches 
aux robes et aux atours de sainte Heiene, de Clotilde ou de la 
princesse Gamathie. Des m&res ou des sceurs attachent le clin- 
quant ou ajustent les morceaux de miroir qui brillent comme des 
diamants et des bijoux sur les fronts des h£ros, des rois, des 
empereurs et des saints; on fait de jolis nceuds pour les cravates, 
on attache les ceintures et les ep£es ; on prend les Cannes qui ser- 
vent pour des sceptres, et tous, sauf les satans, mettent des gants 
blancs. 

Eufin, tout est pr6t pour le defile, lequcl est de rigueur a cheval. 
On fait d'abord une promenade a travers le village, on fait une 
visite a M. le maire, a M. le cure, a M. le juge de paix, s'il y en a, 
et a tous les autres notables. En t£te, vient le drapeau fran^ais, 
les gardes, Torchestre, precedant tous les bons personnages, les 
bleus, chacun sur son cheval ou mulet. Ils se campent fiferement, 



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LBS PASTORALES BASQUES 253 

ou font semblant, sur lenrs coursiers de bataille; viennent alors 
les heroines, les reines et les princesses-garcons ; mais coinme 
elles ne sont pas habitudes k nionter en amazone, on rnene tres 
prademment leurs mulets par la bride. En fin, s'il y en a dans la 
pastorale, vient, le dernier, M* 1 T6v6que, sur son mulet, souvent 
accompagne* d'un ange, qui s'assied en croupe, se cramponnant des 
deux bras k la taille de Sa Grandeur. Quand tons les bona ont 
pass£, viennent les m£chants et les rouges, le roi des Turcs, les 
infideles, les Anglais et, pour terminer la procession, les satans. 
Les bons ont marche* en ordre, s£rieusement, comme des gens qui 
se respectent, sur des montures paisibles ; mais les rouges, et sur- 
tout les satans, ont choisi pour eux les animaux les plus fougueux 
que possede la commune ; ils s*y demenent k leur aise, font des 
caracoles, des bonds, et montrent k tous leur science de cavalier. 
On arrive devant le theatre, et chacun met successivement pied k 
terre dans T ordre de la marche. Pour acceder k la scene, il y a une 
petite £chelle ou escalier de bois tout au milieu. Les bons montent 
facilement, les garcons-denioiselles sont tres courtoisement aid£s, 
afln que leurs belles robes ne s'accrochent et ne se d£chirent; mais 
quand vient le tour des mauvais, il y a grand tracas. Ils vou- 
draient d'abord monter k cheval, c*est entreprendre l'impossible ; 
ils descendent, mais une force invisible re'siste k leurs efforts ; ils 
font des appels k Mahomet, Tidole, et enfin, avec des sauts et force 
gestes, ils sautent sur la scene. Tous les acteurs se retirent alors, 
chaque groupe par son entree splciale, dans les coulisses, sauf un 
qui est d^signe* pour faire lehen pheredikia (le premier sermon). II 
debute par le compliment r£giementaire k l'assistance, lequel est 
a peu pres identique dans les mys teres bretons et dans les pastora- 
les basques. « Peuple admirable, que Dieu vous donne la patience 
de nous 6couter avec attention. » II expose le sujet de la pastorale, 
y ajoute quelques reflexions morales et va chercher ses camara- 
des. Tout ceci se recite sur un chant monotone ; le r^citateur com- 
mengant au milieu de la scene, en face de l'£chelle, dit une strophe 
ou stance de quatre lignes (toute la pastorale est £crite en vers 
basques) ; alors il se dirige k Tangle droit de la scene, y debite un 
autre verset, retourne au milieu, ensuite k Tangle gauche, retourne 
au milieu, et ainsi jusqu'a ce que son sermon soit fini. Pendant 
tout ce temps il est accompagne* d'un autre acteur qui agite avec 
gr&ce le drapeau national au-dessus de sa t£te. 

Comme nous Tavons dit plus haut, il ne faut pas attendre d'une 



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254 LES PASTORALES BASQUES 

pastorale pins qu'elle ne pent vous donner. Plus elle se conforme 
k la tradition exacte, plus elle est simple, naive et inconsciente, 
plus elle est admirable. line faut pas y chercher des effets pro- 
pres au theatre moderne ni de grands artistes parmi les acteurs. 
Tout y appartient k un autre siecle et k d'autres moeurs. Mais vous 
remarquerez bient6t la difference entre les bons et les mdchants : 
comme les bons sont graves, majestueux, to uj ours calmes; comme 
les mauvais s'agitent toujours, toujours, et font des fanfaronnades 
6normes pour cacher leur couardise. Vous serez 6\onn6 de voir 
comment un rude garc.on des champs ou un enfant de l'6cole pri- 
maire peut se conduire bien comme princesse ou comme ange. Les 
combats vous rappelleront les danses martiales des guerriers de 
l'antiquit£, telles que vous les avez vues representees sur les 
ceuvres d'art ; et lorsqu'un h£ros vient k succomber, vous tressail- 
lerez en entendant les coups de feu des gardes, vous serez charme* 
de voir le serieux avec lequel les demoiselles avancent sur la 
scene et elendent sur le plancher un grand drap blanc pour rece- 
voir le corps, afin que ses beaux habits ne soient pas degrades par 
la poussiere. L' assistance, c'est-fc-dire tous ceux qui comprennent 
la langue basque, suit avec attention le dialogue, et surtout Taction 
de la piece. Les acteurs jouent avec conviction. Les satans d£- 
ploient toute leur grftce et leur activite* dans leur r6le penible. Les 
garcons-demoiselles font force minauderies. Les saints, les e>£- 
ques, les anges, prennent leur r6le au grand se>ieux, et tout le 
monde tftche de faire de leur pastorale une des meilleures qui 
aient jamais 6X6 joules. 

II ne faut pas neanmoins supposer que, parce que le fond d'une 
pastorale est grave et slrieux, il ne s'y trouve aucune plaisanterie. 
II y a souvent un intermede intercal^, mfime dans les pastorales 
bibliques. M. J. Vinson en a imprimd un, beaucoup trop libre, 
dans la pastorale Le Fils Prodigue 1 , Les Basques de la Soule 
aiment beaucoup k taquiner leurs voisins les B6arnais. II y a une 
scene tres amusante dans la pastorale Abraham, od les bergers de 
Loth sont represented comme des bergers b£arnais, tricotant des 
bas. Dans Richard, due de Normandie, le he*ros, le champion du 
christianisme guerroye contre les Turcs et les satans et les bat 
toujours. Satan, k bout de ressources, commande au d£mon Brin- 
damour de se transformer en une demoiselle si merveilleusement 

i. Le Folk-Lore du Pays Basque, p. 335. 



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LBS PASTORALES BASQUES 255 

belle que Richard ne peut que l'lpouser. Sa femme le tourmente 
de mille fa$ons outrageantes, va mourir pour le jeter dans le 
d£sespoir, et le transit d'horreur en revenant comme d£mon. Mais 
avec l'aide de M* 1, Fevfique et de 1'ange, Richard triomphe de tout, 
in£me de sa femme. 

La pastorale terminle, il y a asken pheredikia, le dernier ser- 
mon, r£cit£ comme le premier, mais avec tous les acteurs sur le 
plancher. G'est une action de gr&ces envers l'assistance ; lcs acteurs 
esp&rent que leurs efforts a plaire ont 6t6 agr66s; on ajoute g6n£- 
ralement quelques compliments improvises, souvent assez bien 
tourn£s, a l'adresse des notability pr6sentes et de ceux qui ont 6t6 
les plus glnlreux en dons d'argent pour couvrir les d£penses. 
(Une collecte est faite pour ceci, parmi la foule, pendant la repre- 
sentation, par des gracieuses jeunes filles vous invitant k boire un 
verre de vin.) On souhaite a tout le monde bonne sant£, bon appltit 
au souper du soir et bon repos. 

L'assistance est pr6te a partir, mais il reste un proc£d£ trfes sin- 
gulier : Tench^re. La faculty de danser le premier saut basque sur 
la sc&ne vide est mise aux ench&res par le chef des acteurs. Les 
concurrents sont les jeunes gens rivaux des villages voisins. lis 
rench6rissent les uns sur les autres : dix, vingt, cinquante, 
Jusqu'a soixante-dix francs se payent pour le privilege inestima- 
ble de faire valoir la science et la grace de sa danse devant un tel 
auditoire. 

Nous n'avons rien dit des pastorales des filles. Elles sont char- 
mantes; les actrices sont costuni£es ordinairement en blanc, avec 
des berets ou toques, avec 6charpes et ceintures bleues ou rouges, 
selon qu'elles ont de bons ou de mlchants r6les. Les h6roines ont 
des robes de longueur ordinaire, les h6ros-filles portent des jupes 
plus courtes, avec des continuations qui singent le pantalon du 
sexe laid. II n'y a rien de decollete, tout est modeste et bienseant. 
Les guerri&res manient leurs armes avec une gaucherie et des ges- 
tes adorables, et elles prennent leurs rdles au grand sSrieux. 

II n'y a que deux choses qui diminuent Fattrait d'une pastorale. 
Un stranger ne comprend mot du basque : une pastorale contient 
souvent de quatre a six mille vers et au dela ; elle comprend une 
quarantaine de rdles; elle demande six, huit, dix heures sans 
rel&che aucune, pour dtre jou6e enti&re. C'est pour quoi nous ne 
pouvons vous la representee Mesdames et Messieurs, que par 
morceaux et par extraits. 



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256 LBS PASTORALES BASQUES 

Quant aux auteurs des pastorales ou tragedies, elles furent 
g£n£ralement 6crites par des instituteurs ou par des artisans de 
village. Augustin Ghaho ! nous a conserve les noms de queiques- 
uns des plus c61&bres : J.-B. Lafforfes, de Tardetz; Goyheneix, 
d'Al^ay ; Laxague, de Lichans, auxquels nous pouyons aj outer Bis- 
siger, professeur de trag£die, a Esquiule; Arhex, Salvador Ba- 
ratchegaray; Gratien Ghangard, de Saint-Palais; Etchebarne, dc 
Gharitte ; Pierre Fourcade, fils aln£, dit Hollo ton; Jacques Oihart; 
Larronde, de Uhart-Mixe; Oihenart (1770); Jacques Oih6nart 
(1827); M6cot, fils aln6, regent d'Ainharp et d'Ordiarp ; LarchS, de 
Sauguis; Bernard, de Larrau, Irigaray de Laguingue. 

De Saffores, nous avons vu a Tardetz quelques pieces en manus- 
crit. A la suite de sa tragedie d'Astiage, roi de Perse, il a fix£ ce 
joli signalement : 

14 Mars 1837. Ap. a J.-B. Saffores. 
Le caycr vient a pcrdre 
le quelqa*un trouver. 11 aura 
la bonte de rendre au sieur 
J.-B. Saffores, cordonnier de Tardetz, 
qui est un brave homme reconnu 
par tout son pays. Et un homme 
comme il faut pour manger 
quelque tranche de jambon et 
des oeufs frigit dans la poele 
pendant tout le temps de l'annee 
a la place de chardines. 

Mais Bissiger, d'Esquiule, prend son m6tier bien plus au 
solennel. II 6cvii en t6te de La destruction de Jerusalem par Ves- 
pasien : 

« La belle representation prise sur la destruction de la ville de 
Jerusalem par Vespasien, empereur romain, Fann6e de notre 
salut 70, contenant d'autres myst^res, savoir : le sujet principal 
est le proph&te Jesus, fils d'Anonas. » 

Avant le second prologue, nous lisons : 

« L'auteur de cette pi&ce a cru utile de donner au public un 
exemple pour renouveler la m6moire sur la destruction et ruine 
enti&re de la ville de Jerusalem, qui fut detruite par Vespasien et 
Titus, empereurs romains, Tan de notre salut 70, suivant quelques 



1. Augustin Chaho, Biarritz entreles Pyrenees et VOc&an. (Bayonne, 2 vol. 
in-12, vol. II, p. ia5.) 



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LES PASTORALES BASQUES %5j 

au tears. Les spectateurs verront ici comment Dieu punit les hommes 
obstin^s dans les crimes de p£ch6. Le 17 avril, par moy r Bissiger, 
professenr de tragedie, a Esquiule. » 

Un auteur inconnu, a la fin de sa pastorale de Nabuchodonosor, 
fait briller son Erudition dans ce couplet de pseudo-latin : 

Finis coronas topns 
Rex, sol et jaslitie. 

a Toutes les fois », dit M. fimile Picot dans sa Notice sur Jehan 
Chaponneau, « qu'il s'agissait de jouer un myst&re ancien, les 
acteurs chargeaient un pofete experiments d'en re voir le texte, d'y 
introduire la division par actes et par scenes, et d'y faire, s'il y 
avait lieu, les changements necessites par les differences des temps 
etde la laugue 1 . » 

Voici la preuve sur le titre d'un myst^re dans une edition de 
1490. 

« Cy commence le mistfcre de la Passion de nostre Saulveur 
Jehus Grist, avecques les additions et corrections faites par tr&s 
eloquent et scientifique Docteur maistre Jehan Michel. Lequel 
mist&re fut joue a Anglers moult triomphamment et sumptueuse- 
ment en Tan mil quatre cens quatre vingtz et six, en la fin 
d'aoust 1 . » 

Les pastorales ont ete souvent traitees de cette mani&re. Nous 
les trouvons retouchees, allongees, raccourcies de mille fagons, 
selon le nombre des acteurs, le temps a leur disposition, la fantaisie 
du jour. Nous connaissons deux versions &' Abraham Men dis- 
tinctes ; Tune a quarante-trois rdles et l'autre n'en a que trente ; il 
existe quatre versions de sainte H^Une, deux de Charlemagne, 
une par Saffores, l'autre par Bissiger ; deux de sainte Genevidve et 
ainsi avec d'autres sujets favoris. Dans les pastorales, comme au 
theatre grec, « chaque acteur devait jouer plusieurs rdles successi- 
vement, et paraltre tantdt en homme, tantot en femme 1 ». 

Le plus ancien manuscrit que nous avons vu est celui de Richard 
de Normandie, de la date du 4 aout 1769, par Larche de Sanguis. 



1. Notice sar Jehan Chaponneau, par Emile Picot, p. 2. (D. Morgaud, 
Paris, 1879.) 

a. Jecan Michel de PUrrevive,.. et le Mystire de la Passion, par Achille 
Chereaa, p. 5. (J. Techener, Paris, 1864.) 

3. The Attic Theatre, p. a45. 

17 



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358 LBS PASTORALES BASQUES 

Le Prodiga fut « ereprlsantle par Le juenese de Venae Le jour Le 
no any oust 1770, plus ceste pi&ce a 6t6 erepr6sant£e par le juenese 
Darrast Le jour le 19 Juin 1796. » II y avait eu bien des change- 
ments entre ces deux 6poques. En 1770, pour conclure v , les acteurs 
disaient : 

Dugan te deon kanta 
Oroc algarrequl! 

(Chantons le Te Deum 
Tons avec joiel) 

En 1796, les mots te deon furent biflfes; on a 6cri% au-dessus 
d'abord nacionarenjabori; mais cela m£me ne fut pas jug6 suffi- 
sant, et on l'a ray£ pour £crire en sa place : kaminola (chantons 
la carmagnole!). Saint Claudius et sainte Marsimisse, proyenance 
de Montory, est 6crit sur du papier avec des comptes en assignats. 
De sorte que mfime les pastorales, les compositions les plus anti- 
historiques qui furent jamais 6crites, peuvent nous enseigner 
quelque chose sur i'histoire de la grande nation de la France. 



Wbntworth WebsteH. 



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APPENDICE 



Liste de quelques pastorales basques et mysUres bretons 



Les noma des myst&res sont tiv6s d'un Catalogue des manus- 
crits celt iq ues et basques de la Bibliothique nationale, par 
M. H. Omont, et de Les derniers Bretons, pqr Eraile Souvestre. 



Pastorales basques 



Mysteres bretons 



SUJETS BIBUQUBS 



Abraham, aveo Sara et Agar, 

Josul et Molse, 

David, 

NabuchodoDosor, 

Judith et Holopherne, 

Prodiga, 

Samson, 

Saint Jean-Baptiste, 

Saint Pierre, 

Saint Jacques, 

Saint Etienne. 



La Creation du monde, 

Jacob et ses fils, 

Joseph, 

Pharaon, 

Molse, 

La Naissance de Jeans, 

La Passion de Jesus, 

La Resurrection de Jesus-Christ, 

L'Enfant prodigue, 

Saint Jean-Baptiste, 

Saint Pierre et saint Paul, 

Du jugement dernier. 



SUJETS HAOIOGRAPHIQUBS 



Saint Alexis, 

Sainte Agnes, 

Sainte Catherine, 

Saint Claudicus et sainte Marsimissa, 

Destruction de Jerusalem, 

Sainte Engrace, 

Saint Eustache et sainte Euphemie, 

Sainte Genevieve, 

Sainte Helene ou Elaine, 

Saint Julien d'Antioche, 

Saint Louis, 

Saint Martin, 

Sainte Marguerite, 

Sainte Philippine, 

La vie de saint Paul, 



Sainte Anne de sainte Emeran- 

sianne, sa mere, 
Saint Antoine, 
Sainte Barbe, 

Saint Cognomerus ou Comorre, 
Saints Crepin et Crepinien, 
Destruction de Jerusalem, 
Saint Eulogius, patron des macons, 
Saint Garand, saint Denis, saint 

Clement, 
Saint Guennole, 

Saint Guillaume, comte de Poitiers, 
Saint Guiner, 
Sainte Helene, 
Saint Laurent, 



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a6o 



PASTORALES BASQUES 



Pastorales basques 

Les trois martyrs, temps de Diocle- 
tien. 



Mysteres bretons 

Saint Louis, 

Saint Martin, 

Sainte Nonne, 

Le purgatoire de saint Patrice, 

Sainte Triune. 



SUJBTS GLASSIQUBS, ORBCS OU LATINS 

CEdipa, 

Alexandre, 

Astiage, roi de Perse, 

Bacchus. 

CnANSONS DE OBSTB, ROMANS DB CHE VALERIE, CONTBS DE FOLK-LORE 



Antoine de Constantinople, 

Bajazet, 

Celestine de Savoie, 

Charlemagne, 

Clovis, 

Charles VI, 

Les donze pairs de France, 

Genevieve de Brabant, 

Godefroi de Bouillon et la delivrance 

de Jerusalem, 
Jeanne d'Arc, 
Jean Callabit, 
Jean de Calais, 
Jean de Paris, 
Marie de Navarre, 
Mustapha, le grand Turc, 
La princesse Cachemire, 
La princesse de Cazmira, 
La princesse de Gamathie, 
Les quatre (lis Aymon, 
Richard, due de Normandie, 
Robert le Diable, 
Roland, 

Thamar Koule-Kan, 
Thibaut, 
"Warwick. 



La conquete de Charlemagne, 

Charlemagne et des douze pairs, 

Chedoni et Helena Rosalba, 

Les douze pairs de France, 

Genevieve de Brabant, 

Godefroy de Bouillon et la deli- 
vrance de Jerusalem, 

Huon de Bordeaux, 

Orson de Valentin, 

Pierre de Provence et la belle 
Maguelonne, 

Le prince Fadlala, 

Les quatre ills Aymon, 

Robert le Diable. 



FARCES RABBLAISIBNNBS 



L'homme battu par la femme, 
Pane art. 



Arlequin et Flavia, 
Amours d'un vieillard, 
La fille aux cinq amoureux, 
Resurrection d'Arlequin. 



MODERNBS 



Napoleon : i* Le Consulat, 
a* L'Empire, 
3° La Sainte-Helene. 



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ET MYST&RES BRET6nS 261 

Dans le mystire breton Sainte Trifine, les demons B6rit et 
Astarok paraissent sar la seine, mais n'y jouent pas le mSrae rdle 
que les saians basques. 

Pour faire voirce qu'un classique grec devient comme pastorale, 
je donne la liste des dramatis persona A' CEdipa, M. J. Vinson 
a donnl une analyse de cette pifece dans Le Folk-Lore du Pays 
Basque, pages 339-341 • Eile contient 3ji2 vers et 19 roles, une des 
plus courtes des pastorales. 

CEdipa fait a la le 1763, fait a Garindein Le 26 May 
1793, Tan 4* de la Liberty. Mecot fils. 

CEdipa Erreguia, Allexandre parrein, 

Iocasta Erreguina, - Olimpia andere aurenna, 

Laija, Laiyaren Semi a, Creon Ereguia, 

Eleocla Ediparen Lehen Semia, Hemon ere onen Semi a, 

Poloniee bigueren Semia, Antigonna Prince ssa, 

Larrein arcainna, Teresia itxie ororaxi, 

Guilein arcainna, Soldadua, 

Socrasta prophettaa, Giganta, le sphinx, 

Ardaa, Mithilcoua guida. 
Jollicceur, 
Ataila, 



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XI 



LES MASCARADES SOULETINES 



M. J.-D.-J. SALLABERRY 



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LES 

MASCARADES SOULETINES 



PAR 



M. J.-D.-J. 3ALLABERRY 



Lb Pays Basque frangais est divis£ en trois petites provinces, 
qui, toutes, font partie du d6partement des Basses-Pyr£n6es : 
la Soule, la Basse-Navarre et le Labourd. 

La Soule comprend la totalite des cantons de Maullon et de 
Tardets, et quelques communes du canton de Saint-Palais. 

De ces trois provinces, la plus rapproch6e des hautes montagnes 
est la Soule. Trop peu connue encore des touristes, elle m£riterait 
d'etre visit^e plus souvent qu'elle ne Test. Nous n'en voulons pour 
preuve que l'appr6ciation aussi juste que flatteuse qu*a faite de 
cette mignonne valine quelqu'un qui la connaissaitbien, un savant 
eccl£siastique double d'un po&te. 

Voici le tableau pittoresque et fort ressemblant que M. Fabb6 
Menjoulet, d'Oloron, ancien vicaire general du diocese de Bayonne, 
a trac6 de la Soule dans sa Chronique du Diocise et du Pays 
d'Oloron (Btarn meridional et Soule) f . 

« Voici, suivant nous, dit-il, sous le double aspect des sites et 
de i'histoire, la reine des valines pyrdnSennes. La Soule descend 

i. Voir 1. 1, p. 39. 



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266 LBS MASCARADES SOULET1NES 

du sud au nord, et eile est plus en dehors qu'au milieu des mon- 
tagnes. A part le quartier de Bassa-Buria (tfite sauvage) — c'est lc 
quartier de la Haute-Soule, comprenant le canton de Tardets, qui 
est tout a fait montueux et ou se trouvent les villages de Larrau, 
Licq et Sainte-Engrace* — la plaine arrosde par le Gave, appelE 
Uhaiiz-Handia (rivi&re-grande) ou Saizon, n'est encadrle que 
par des tertres d'une mediocre hauteur. Une culture facile rend 
ces coteaux parfaitement habitables ; on y trouve, en effet, quel- 
ques beaux villages, qui, rEunis a ceux de la plaine, font du pays 
de Soule, malgrE d'incessantes Emigrations, la plus populeuse de 
nos valines. 

« C'est aussi la plus riante. Si le quartier de Bassa-Buria justifie 
son nom quelque peu terrible, si le Saizon, torrent imp&ueux, 
ravage ses bords au sortir des montagnes, il n'en est pas moins 
vrai que, de Tardets a Sauveterre, ou elle se confond avec la plaine 
du Gave, la valine de la Soule offre une suite admirable de ravis- 
sants panoramas. A chaque instant, les ondulations capricieuses 
de ses collines changent le tableau ; mais c*est toujours pour oflrir 
au regard enchants le spectacle mobile de frais bocages avec de 
verdoyantes prairies, de champs merveilleusement fertiles au- 
dessous de collines que les plus riches paturages couvrent de leur 
manteau. II n'y a pas jusqu'aux modestes villages, entourant des 
clochers plus modestes encore ou groupEs autour d'un vieux castel, 
qui n'ajoutent singuli&rement k la belle et gracieuse harmonie de 
l'ensemble. » 

Les Souletins sont un peuple essentiellement pastenr. Leurs ber- 
geries, od ils Ei&vent, tous les EtEs, de nombreux troupeaux, sont 
•itules sur les hautes montagnes, dans les environs du mont Orhi 
et du pic d'Anie (Ahune-Mendi). 

Est-ce k la proximity de ces montagnes, k l'entralnement naturel 
occasionnE par la n£cessit£ de gravir des hauteurs escarpEes, quest 
due 1'agilitE remarquable des habitants de la Soule ? Nous ne sau- 
rions l'affirmer, bien que cela soit fort probable. Mais un fait bien 
certain, c'est que, dans le Pays Basque fran<?ais, c'est, sans contre- 
dit, aux Souletins que Ton accorde la palme de la souplesse et de 
l'agilitE, et c'est en Soule qu'ii faut chercher les meilleurs sauteurs 
et les meilleurs danseurs basques. Par voie de consequence, c'est 
en Soule que florissent les danses typiques des Basques fran$ais, 
et tout spEcialement les mascarades, qui font l'objet de la prEsente 
Etude. 



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LES MASCARADES SOULBTINES 2&J 

Les mascarades souletines ont eu jusqu'a present peu dlristo- 
riens. Gelui qui s'en est le plus occupe, c'est le Souletin Augustin 
Chaho, de Tardets, qui se laissa malheureusement absorber par 
les d^cevautes illusions de la politique, au lieu de se con tenter de 
rester, pour la gloire du Pays Basque, un savant linguiste, unbril- 
lant 6crivain. 

En dehors des descriptions que Chaho nous a donn£es de ces 
mascarades, nous n'en trourons que des mentions sommaires dans 
Le Pays Basque, de Francisque Michel, et dans d'autres auteurs 
qui ont bien voulu s'occuper de choses euskariennes. 

Mais, mfcme dans les r6cits images de Chaho, la musique sur 
Uquelle se dansent les mascarades est rest£e lettre morte pour 
tous ceux qui ne les ont pas tu danser. Jusqu'a present, du moin* 
a notre connaissance, les airs de ces clauses sont rest£s presque 
tous inldits, et nous sommes heureux de les mettre au grand jour, 
seule maui&re de les sauver d6finitivement de l'oubli, comrae nous 
avons eu le plaisir de le faire, en 1870, pour cinquante chants 
populaires du Pays Basque. 

Pendant que, pour notre agr&nent personnel, nous recueillions 
ces chants, nous nous disions plus d'unefois, avec regret, qu'Olhe- 
nart, le Souletin Oihenart, de Maul6on, le savant auteur de la 
Notitia utriasque Vasconhe, lorsqu'il se mit en tfcte de faire et de 
publier son recueil si prScieux de proverbes basques, aurait bien 
fait de colliger aussi les paroles et la musique des chansons popu- 
laires basques existant de son temps ; et persuade qu'il s'est perdu, 
faute d'un pareii recueil, de nombreux chants confi^s exclusive- 
ment a la mlnioire fugitive des populations, nous rlsolfimes 
d'imiter Oihenart, dans la faible mesure de nos moyens ; de faire, 
pour les melodies euskariennes, ce qu'il avait fait pour les pro- 
verbes basques ; et c'est k eette pens^e patriotique qu'est due notre 
publication, d'ailleurs incomplete, de chants populaires du Pays 
Basque 1 . 

Mais revenons k nos mascarades. 

Dans toutes les communes du pays de Soule, on danse tous les 
dimanches du carnaval. Ghaque ann6e, dans quelques-unes d'entre 
elles, des jeunes gens se groupent pour faire des mascarades. 



1. Chants populaires du Pays Basque, paroles et musique originates, 
recueiliies et publiees avec traduction francaise, par J.-D.-J. Sallaberry (de 
Mauleon), avoeat. — - 1 vol. grand in-S*, 1870. 



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368 LES MASGARADES SOU LET INKS 

Yoici comment ce genre d'amusement a 6i6 d£crit, en quelques 
phrases pittoresques, par Chaho, qui se souvenait d'y avoir pris 
part dans sa jeunesse : 

« Je n*ai pas oubli£ vos mascarades da Garnaval, fait-il dire par 
un des personnages de son Voyage en Navarre (p. 335) ; le 
Cherrero ouvre la danse avec son balai de crin, sa ceinture de 
clochettes, ses bas, dont Tan est blanc, 1 'autre rouge, sa toque eni- 
plum6e et sa veste de mille couleurs; le Berger, arm6 d'une 
grande hache, conduit ses agneaux, derri^re lesquels trotte 
YOurs; les Kukulleros gambadent k la suite, v&tus de soie, bario- 
16s de rubans, agitant le l£ger caduc6e qu'ils portent k la main, 
guides par le Zamalzatn, danseur incomparable qui fait caracoler 
son cheval postiche avec tant d'agilit6, de grace et d'aplomb ; le 
Jaon, l'£p6e au cdt6, donne le bras k sa dame; le Labor aria 
marche sur la mdme ligne, accompagn6 de son Etchekandere ; il 
tient son aiguillon d'une main, et de Y autre une flottante banni&re ; 
apres eux tourbillonnent hommes et femmes, les Boh6miens tapa- 
geurs, portant le havresac et brandissant leurs sabres de bois, 
ray£s de noir ; viennent enfin, par groupes dansants, les diflferents 
corps de metiers ; les chaudronniers auvergnats, dont i'6quipe- 
ment, la mine et le jargon sont si comiques ; puis T£v6que, montl 
sur un &ne ; deux vieux mendiants ferment la marche. La masca- 
radc, arrivSe sur la place publique, execute, avec les habitants du 
village, une jarandole joyeuse ; les spectateurs forment ensuite un 
grand cercle et les masques font admirer leurs danses respectives 
suivies d'un ballet g£n£ral, avec accompagnement de tambours ; 
la fete se termine par des festins et par un bal qui dure jusqu'& la 
nuit. » 

Gette description ne rend qu'en partie la physionomic de ces 
mascarades, telles qu'elles se dansent k present. Depuis i836, 
6poque od Chaho publiait son Voyage en Navarre, quelques-uns 
des 6l6ments des mascarades anciennes ont disparu ; d'autres 616- 
ments nouveaux y ont 6t6 introduits. Nous signalerons, au fur eta 
mesure de notre description, ces modifications, dont quelques-unes 
ne nous paraissent pas tr&s heureuses. 

Nous voici done dans un village de la Soule, voire mSme de la 
Haute-Soule ou Ba&aburia. Le carnaval bat son plein. Nous avons 
et£ avertis par la renomm£e aux cent bonches que, dans le village 
voisin, de magnifiques mascarades ont 6t6 organises. On dit le 
plus grand bien de la gr&ce et de l'agilitl du premier sujet, du 



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LBS MASCARADES S0ULET1NBS 269 

ZamalzaXn. Le Cherrero est renomml pour la fougue de son en- 
train diaboliqne. 

Les organisateurs de ces amusements ont annoncl k la jeunesse 
de notre village qu'ils vont lui faire Fhonneur d'une visite aujour- 
d*hui m£me, et nos jeunes gens s'apprStent consciencieusement k 
leur faire la reception la plus cordiale, la plus accueillante pos- 
sible, bien entendu k charge de revanche dans Favenir, peut-6tre 
an carnaval prochain. 

Des enfants, envoy^s en estafette, accourent, k perdre haleine, 
annoncer que les mascarades arrivent, qu'elles sont Ik, jetant un 
dernier coup d'oeil k leur toilette et se groupant en un cortfege 
r^gulier, pr&s de la premifere maison du village. 

Les laissera-t-on entrer ainsi tout bonnement, sans la moindre 
difficult^ ? Non ! Gela ne se fait pas ; cela ne se doit pas ; cela est 
contraire aux antiques traditions! Bien quon ait aflaire k des 
amis, ce n'en est pas moins une invasion k subir. II faut s'y oppo- 
ser, tout au moins pour la forme. 

Et alors nos jeunes gens, d£jk tout habill£s pour la reception de 
la mascarade, se h&tent vers l'entr£e du village et Ik, avec de 
grands b&tons et de longs manches k balais, s'adjoignant les 
femmes et les enfants, accourus en grand nombre, ils forment une 
barricade, une espfece de digue vivante et mouvante destinee k 
arrSter le flot des envahisseurs. 

Mais cette barricade ne saurait les retenir longtemps. Cherrero 
en t6te, aprfes quelques bruyants coups de fusil tir£s par le 
Bohame-Jaon, la chafne qui la formait est rompue et tout le cor- 
tege s'£lance dans le village, au son d'une musique entralnante, 
jou6e par le tchurula national, flftte k trois trous, accompagn6e du 
tambourin k quatre cordes et d'un tambour. 

Ainsi done s'avancent en cadence les divers acteurs de la mas- 
carade. 

Et d'abord le Cherrero, espfece de courrier, charg£ de faire place 
nette, afin de permettre aux danseurs de donner k leurs Evolutions 
chortgraphiques tout le dEveloppement, toute l'ampleur n£ces- 
saires. Le costume que porte actuellement le Cherrero n'est plus 
celui que Chaho nous a d6crit. II se rapproche beaucoup, pour la 
veste, les culottes, les bas et la chaussure, du costume du Zamal- 
zaXn ; il a conserve la ceinture de grelots et clochettes qui dEnonce 
de loin son arriv^e, ceinture dont les sons bruyants font une mu- 
sique parfois discordante avec les trilles aigus du tchurula. 



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2J0 LBS MASCAKADfeS SOULETINBS 

Aprfcs la Cherrero, on ne voit plus dans nos mascarades ours, 
agneau ni berger, mais bien une cantini&re agile qui, tout en dan- 
sant, prlsente la provende an Zamalzaln-CentSLUve ; et nn danseur, 
Gathia, le chat, dont le costume blanc a l'air d'etre illustrl de 
confetti de tontes couleurs, et qui s'amuse, tout le temps de la 
mascarade, a jouer toutes sortes de tours a tout le monde, acteurs 
on spectators. Jadis, il n'y avait pas de cantini&re dans les mas- 
carades ; son r6le actuel 6tait rempli par une forte Bohlmienne 
qui, toujonrs a cdt£ du Zamahain, dansait avec lui et lui offrait la 
provende dans son tablier. 

Ensnite s'avance le majestuenx Zamahain, le cavalier, avec son 
hippogriffe ail£. 

Pour vous les d£peindre, nous ne saurions mieux faire que 
d'empnutter la description qu'en donne Chaho dans 900. Itit^r aire 
pittoresque : Biarritz entre les Pyrinies et VOc4an (a e partie, 

P- 97) • 
« Puis voltige, bondit, pirouette en mesure, l'Ecuyer-danseur, le 

Zamahain. Toque indescriptible, coifture de zephyr, couronnle 

de perles et de strass imitant le diamant, orn6e de rubans qui 

retombent sur les Ipaules et le long du dos a ce joli gar$on, un 

danseur incomparable ; brodequins basques, chaussure 6Ugante et 

16gfere, bas blancs a jarretieres rouges, culottes blanches et veste 

rouge ; tout ceci n'est que le menu d'un costume traditionnel dans 

lequel le pantalon blanc n'est admis que par abus ; la pi&ce impor- 

tante est le cheval qui porte le danseur. 

« Ce cheval d'osier a un poitrail et une coupe arrondie que 
recouvre une housse rouge de soie a franges ; c'est un bidet alrien 
portant un grelot d'argent, avec sa petite tGte noire et sa crinifcre 
arqule ; il n'a point de jambes, mais des ailes. Les r6nes que le 
danseur tient de la main gauche et le fouet qu'il fait claquer de la 
main droite lui servent a faire caracoler la bete avec lui ; il danse, 
il tourbillonne, et toute la largeur du chemin n'est pas de trop 
pour les Evolutions qu'on lui voit ex^cuter. La housse de soie va a 
la hauteur des genoux ; on ne voit que les pieds du danseur, on les 
voit a peine ; ils semblent ne pas toucher terre ; le Zamahain 
est toujours en Pair. » 

Voila encore aujourd'hui, sauf quelques variantes dans son cos- 
tume, la physionomie du Zamahalnt 

Apr&s lui et faisant cortege arrivent les Kukuilleros, qui forment 
en quelque sorte sa suite. Habill6s a pen pris de la m£me mani&re, 



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LES MASCARADBS SOULETINES 2^1 

il» dansent, ils gambadent demure lui, deux k deux, au nombre 
de dix on douze, brandissant un leger caducle enrubannl. 

Ensuito viennent les mar6chaux-ferrants, Manichalak, ordinai- 
rement au nombre de trois, le patron et deux ouvriers ; Leur r6le 
sera de ferrer le cheval du ZamahaXn, dont les sabots sont census 
rapidement us6s par sa danse 6chevel£e et les sauts et bonds for- 
midable* qu'il fait tout le long de la representation. Veste rouge, 
pantalon blanc, grand tablier de cuir jaune, longue calotte rouge 
retombant sur l'oreille, tenailles et marteaux, tel est le costume, 
tels sont les attribute du mar6chal-ferrant. 

Puis arrivent le monsieur, Jaona, et la dame, Anderia ; le mon- 
sieur, l'£p£e au c6t6, la canne k pomme d'or k la main droite, v6tu 
dun habit ou d'une redingote, coiftl d'un chapeau k haute forme, 
grave, majestueux, donnant le bras k sa dame ; puis le paysan, 
Laboraria, et la paysanne, Laborarish ; le paysan, tenant d'une 
main le makhila, bftton de n6Qier que le vrai Basque ne quitte 
jamais, et de r autre un Itendard multicolore qu'il agite en cadence. 

Dans les mascarades actuelles, il n'existe pas de rdle d'6v6que. 
Ghaho avoue qu'il n'a tu qu'une seule fois ce rdle dans la masca- 
rade souletine. Quant k nous, nous ne l'avons jamais vu et nous 
n'avons trouve personne qui 1'ait vu non plus parmi les nom- 
breux compatriotes, vieux et jeunes, que nous avons consults k 
ce sujet. 

Apr&s le paysan et la paysanne, nous voyons s'avancer deux 
hongreurs, Kherestouak, en veste et culotte courte de velours, 
avec des bottes montant jusqu'aux genoux et une cravate aux vives 
couleurs, laissle l&che autour du cou et n6gligemment nou£e sur 
la poitrine. Ce r6le n'a pas 6t6 mentionnl par Ghaho, bien qu'il 
exist&t dejk d£s son 6poque. 

Puis apparaissent deux remouleurs ou gagne-petit, Ghorrot- 
chak, le maltre et le domestique, avec leurs grands tabliers de 
cuir, leurs chapeaux de feutre mou et les attributs de leur profes- 
sion. Ge sont les bardes de la compagnie, qui vous assassinent de 
compliments en vers improvises, qu'ils cbantent tout en dansant 
sur un air qui, nous devons Tavouer k regret, mais en toute since- 
rity, n'est autre que Fair : Au clair de la lune, k peine modifi£ ; 
ils vous rendent aussi le service de vous aiguiser tout ce que vous 
voudrez : bftton, canne, chapeau, jusqu'au pan de votre veston ou 
de votre robe, le tout pour un minime salaire. 

Arrive ensuite le Bouhame-Jaon, le seigneur boh£mien, avec 



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YJI LES MA8CARADES SOULETINES 

sa tribu ; son costume et surtout son blret sont bariolls da diverses 
couleurs ; il porte un fusil, un havresac et un sabre de bois ray6 
de noir, comme s*il devait tout pourfendre, tout piller. Mais, mal- 
gr6 son air tapageur, c'est un brave gar^on qui accepte volontiers 
de petits cadeaux. Les Boh6miennes, Bouhameshk, pas toujours 
bien rashes (car dans les mascarades souletines, pas plus que 
dans les pastorales, le melange des sexes n'est jamais admis parmi 
les acteurs), les Bohlmiennes sont armies d'une brosse avec 
laquelle elles vous brossent consciencieusement, en vous persua- 
dant, d'un air caressant, que vous devez avoir sali vos habits ; du 
reste, elles ne sont pas exigeantes sur le salaire et s'en rapportent 
a votre g6nerosit£. 

EnOn viennent, toujours dansant, gambadant, les chaudronniers, 
Kaouterak, avec leur pauvre bourriquot, charge de vieux chau- 
drons tout trouls, tout bossel£s ; puis le m6decin, l'apothicaire, 
qui vous offrent, dans les prix doux, leurs utiles offices ; le bar- 
bier, qui vous rasera avec un immense rasoir de bois, et des 
mendiants loqueteux, minables, qui font appel a vos sentiments 
de charity. 

Tous ces derniers acteurs, cette s6quelle, forment le cortege du 
Zamalzaln noir, dont le principal rdle consiste a se montrer en 
tout, autant que possible, la parodie, la caricature du Zamalzaln 
rouge. 

Le cortige ainsi compost danse, tout le long des rues, sur un air 
& la fois majestueux et sautillant (voir Appendice, n° i), jusqu'au 
moment oh il s'arrGte devant les demeures des autorit£s et des 
principaux personnages de la commune. Pendant ce temps d'ar- 
r6t, Fair change d'allure et chacun danse sur place, en faisant 
vis-a-vis a son voisin d'en face. (Voir Appendice, n° a.) 

Apr&s avoir regu des personnages visitls un accueil gracieux 
qui se traduit ordinairement en argent ou en verres de vin versus 
a la ronde, chacun reprend sa place dans le cort&ge, et tous, dan- 
sant sur le premier air, se rendent sur la place publique, oh d6ja 
la foule des habitants s'est amass6e. 

C'est le moment de la farandole, Bralia, oil tout le monde est 
invito a se joindre aux acteurs de la mascarade. 

Le Zamalzaln rouge, le Jaon, le Laborari, invitent des jeunes 
filles appartenant aux meilleures families du village, qui ne font 
aucune difficult^ d*accepter cette invitation; chacun des autres 
acteurs fait aussi son choix, et les danseurs des deux sexes, se 



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LES MASCARADES 80ULETINES 2^3 

tenant tous par la main, serpentent en cadence, en tons sens, dans 
la place, an son d'an air gai et grave tout a la fois. 

(Test apres la farandole que commence le vrai ballet, toujours 
sur la place publique. 

Le Cherrero, bondissant et £cartant la foule, trace, avec son 
balai de crins, un large cercle; au milieu, les danseurs s'exerceront 
et feront admirer leur souplesse, leur 616gance, leur agility. 

Alors, dans 1'espace ainsi r£serv6, le Zamalzaln rouge apparalt. 
A tout seigneur tout honneur ! Aucune trace de fatigue ne marque, 
sur son visage ni dans son allure, la carriere d£ja longue qu'il 
vient de fournir, toujours dansant, toujours pirouettant, depuis le 
depart de son village. 

Sur un air special tres entralnant (voir Appendice n° 3), il recom- 
mence a danser, a pirouetter ; bient6t il est en butte aux attaques 
des marechaux qui veulent a toute force le ferrer, comme c'est 
leur devoir. Malgre* sa resistance acharn£e, ils r6ussissent dans 
leur entreprise, et le Zamalzaln semble y puiser de nouvelles 
forces, une agilite* plus grande encore. C'est le moment solennel ! 
Le Zamalzaln va ex£cuter la danse du verre, gobalet dantza. 
Voici en quoi consiste cette danse : 

Un verre plein de vin est pose* au milieu de 1'espace maintenu 
libre par les soins du Cherrero. II s'agit, pour le Zamalzaln, de 
danser autour de ce verre des pas r6gl6s par une tradition cons- 
tante. Puis, pour finir, il doit se planter sur le verre, droit sur son 
pied gauche, et, apres avoir trace en l'air, du pied droit, un signe 
de croix, bondir le plus haut possible et retomber a terre, apres 
un dernier entrechat. Malheur a lui sil est assez maladroit pour 
renverser le verre ! II sera disqualify, d6shonor6 pour jamais ! 

Apres la danse du Zamalzaln ont lieu, dans Fordre suivant, les 
danses des autres acteurs de la mascara de. 

D'abord, le Jaon et YAndere dansent une contredanse avec le 
Labor ari et la Labor arish. 

Puis c'est le tour des Kherestouak, ensuite des Chorrotch, du 
Bouhame-Jaon et de sa tribu, des Kaouter, etc. 

Tous ces acteurs dansent sur des airs sp6ciaux, conserves par la 
tradition. Puis, Ton en revient a Fair initial, a celui de la marche 
du cortege. 

Enfin le ballet, la fete flnit par les sauts basques, mouchikouak, 
dans£s en rond par toute lamasearade, et chaque habitant emmene 
chez lui un ou plusieurs danseurs et s'efforce de leur faire oublier 

18 



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274 LES MASCARADES SOULETINES 

les fatigues de ces violents exercices, autour d'une table bien 
fournie en mets et en bons vins des cms : Arrast, Irouleguy, 
BaXgorry, auxquels il est fait honneur avec un entrain qui ne 
d£c&le aucune lassitude. 

Que repr6sentent les divers acteurs des mascarades souletines ? 
De quelle 6poque datent-elles? Voilk des questions que Ton se 
posera sans doute en nous lisant. 

L'origine de ces mascarades remonte-t-elle au seizi&me sifecle ou 
mSme au deli, et figurent-elles t comme cela est pr6tendu dans Le 
Pays Basque de Francisque Michel (p. 6a), les diverses classes de 
la soci6t£ feodale? 

Dans cette hypoth&se, le Jaon et YAnderia reprlsenteraient le 
ch&telain et la ch&telaine. lis auraient convoqu^, dans la cour de 
leur manoir seigneurial, les habitants de leur village, en un jour 
de fete, et tous se r£uniraient pour se rendre sur la place publique, 
afin de consacrer la soiree k des danses partieulifcres et varices, 
suivant la condition de ceux qui les ex6cutent. 

Cette hypoth&se a contre elle ce fait acquis : c'est que la ftodalitl 
n'a jamais exists dans le Pays Basque, surtout en Soule, pays de 
franc-alleu, dont les antiques for* et coutumes portent, dans leur 
premier article, que « tous les naturels (natius) et habitants de ce 
pays sont, de toute anciennet£, francs et de franche condition, sans 
tache de servitude * ». 

Cette hypoth&se est encore contredite par la musique sur laquelle 
s'exlcute la contredanse donn6e par le Jaon et VAnderia, en face 
des Laborari et LaborarisA : cette contredanse se danse, en eflet, 
sur un air qui rappelle infiniment Tair r£volutionnaire du Qa ira, 
qui date de 1789. 

Chaho pr6sente une autre hypothese. Pour lui, le Zamalzaln 
repr£sente la chevalerie navarraise, le Jaon, le chef militaire et le 
juge-n6 du pays, l'homme de quality, le gentilhomme du premier 
ordre soule tin. Quant au Laborari, c'est le gentilhomme du second 
ordre souletin. 

Pour ce qui nous concerne, nous avouons humblement qu'ii 
nous a et£ impossible de nous faire une opinion precise sur ce 



1. o. Per la costume de toute ancienetat observade et goardade, touts los 
natius et habitans en la terre son francs et de franque condition, sens tache 
de servitut. » (Art. 1" du 1" chapitre de Lea Coustumes ginirales da Pays et 
Vicomte de Sole, a Pau, chez Jerdme Dupoux, imprimeur et libraire, proche 
l'horloge. M. DC. XCI1.) 



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LBS MASCARADES SOULETINES a^5 

sujet. L'origine, le sens intime des mascarades souletines, restent 
toujours myst£rieux pour nous. Mais comment nous Itonnerions- 
nous d'un mystfcre de plus, quand il s'agit d'un peuple oil tout ce 
qui a trait k ses origines, aux premiers temps de son histoire, reste 
convert d'un myst&re que les plus grands savants n'ont pas encore 
pu p6n£trer? 

jVussi nous contenterons-nous d'admirer l'agilit6, la bonne 
gr&ce des danseurs de la mascarade, tout en remarquant que, 
parmi leurs airs de danses, il y en a quelques-uns qui sont rlelle- 
ment, incontestablement originaux, tandis que d'autres semblent 
empruntls k la vieille musique fran$aise, k moins qu'ils n'aient 6t& 
pris anciennement k la musique basque et imports en France 
par des cadets souletins partis k l'aventure pour tenter fortune. 

Quoi qu'il en soit, voici comment nous classons les airs des 
danses des mascarades : 

Ceux qui nous paraissent originaux et remontant k une 6poque 
recuse sont : 

i° L'air de danse du cortfege en marche (appendice, n° i) ; 

2° L'air de danse du cortege arrStd (ibid., n° a) ; 

3° L'air de danse du Zamalzain (ibid., n° 3); 

4° L'air de la farandole ; • 

5° L'air de danse des Boh6miens (ibid., n° j). 

Quant aux autres airs, les suivants ont une grande ressemblance 
avec des airs fran$ais connus. Ainsi : 

i° L'air des hongreurs, Kherestouak. II se compose de deux par- 
ties distinctes, dont la premi&re rappelle Itonnamment un air que 
nous trouvons dans la Clefdu Caveau, 4 e Edition, n° aa (voir Appen- 
dice n° 4)» La principale difference existant entre ces deux airs, 
c'est que le dernier est sur le mode mineur, tandis que l'air dans£ 
dans la mascarade est majeur. La seconde partie, dans une de 
ses reprises, est textuellement un morceau de la contredanse fran- 
$aise : LaFricasse'e, n° 683 de la Clef du Caveau (ibid.). 

a L'air de danse des Jaon et Anderia avec les Laborari et La- 
bor arisa semble copte, dans sa premiere reprise, sur le fameux 
chant r^volutionnaire : Ah! ga ira, n° 947 de la Clef du Caveau 
(ibid., n° 5). 

3° L'air des Chorrotch, c'est tout simplement, comme nous 
l'avons d6ja dit, sanf une 16g£re variante, l'air du : Au clair de la 
lune, attribul k Lulli (ibid., n° 6). 

Enfin, quant k l'air des Kaouter, il nous paralt original, avec 



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Otfi LES MASCARADES SOULETINE8 

ses trois reprises aux vitesses differentes, dont la premi&re doit 
6tre joule lento, la seconde allegro et la troisi&me vivace (ibid., 
n°8). 



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APPENDICE 



Musique des Mascarades souletines 



N° 1. — Marche da cortdge 



Allegro maestoso 



wm^lk 



$7?_r j g 1 r*Bl J | r ^JU gg Bl ^g lJ 







D.C. se repute nombre de fois, pais Fin. 



N° 2. .— Arrdt da cortdge 



.Allegro vivo 




D.C. se repete plasiears fois, 
Fin. 



N° 3. — Danse da Zamalzain ou danse da Verre 

Allegro vivo 



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iffe^gg 



^p 



^l^HP^IS^ 



^^^^p^^g 



:£*=« 



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2^8 



LBS MASGARADES SOULETINES 




D.C. se repute nombre de fois, ~ t* fff ~f~ 

pais pour finir r <fo fa | ■ j 1 I i i 



N° 4. — Danse des Kherestouak 



Allegro 




jlL 






» p , 
















> ■ 1 


\y 4 1 '^ 












: — —-J 














D.C. & •#, se repete nombre de fois. 



Comparer avec la premi&re partie du n° 4 ci-dessus : 
La Clef da Caveau, 4 e Edition, par P. Gapelle. 

Ih 22 



Allegretto 




fc^X£ te^ WFrW&3 g^ $ 



Comparer avec la deuxieme partie du n° 4 ci-dessus : 

Ibidem, n« 683 



p^pi^gz?i 




^^^P ^g g^^^Bg a^fT^ f 1 ^ 



• F • 



p£3EfE^E^ ^^ 



ssp 



D.C. & $ 



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LKS MA6CARADE8 SOULET1NES 



279 



N° 5. — Danse des Jaoon-Andere et Laborari-Laborarisa 



Allegro 




f=mte=g &^3s^^mm&s m§m 




D.C. 

Comparer avec la premiere reprise du n° 5 ci-dessus 
N- 947 da « La Clef du Caveau » 



aSgg 




YTTg£T^g mm ** 



N° 6. — Danse et chant des Chorrotch 



Moderate 



ji! ?Te ra 



frtf i fH^^ j^^^g 



$i±x-£u s^m 



Comparer avec Tair : Au clair de la lune. 



N° 7. — Danse et chant dn Bonhame-Jaona 




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a8o 



LE9 MA.8CARADES SOULET1NES 



p^^ ^ ^^ ^T=3=J^^^mTjT7^ 



J L J'^ + — J. ~jd I J y - D * c « •* Janse p'oMOT" fo« 



Sur cet air se chante le couplet suivant : 

Thotchaz amoros nintzanian, 
Haltzez nian ezpata ; 

Ainharbari haoatse neron 
Zazpi kolpuz espalda. 

TRADUCTION 

De Thotcha quand j'ltais amoureux, 

De aulne j'avais l'epee ; 

A l'araignee je cassai 

Par sept coups (de cette epee) l'epaule. 



N° 8. — Daiise des Kaouterak 



Moderate 



Plus vile 



Do plus en plus vite 



^^g^pfljg^r^l 



jusqu'a la fin 






wh~5 ^£ r ff *T ~^~ ^'^* M < * ailie P* U8 * enr8 foia. 



J.-D.-J. Sallaberry. 



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XII 

ESKUALDUN ZUHUR-HITZAR 

(PROVERBES, SENTENCES ET DICTONS BASQUES) 

sum d'une rectification 
SUR LA COUVADE DU PAYS BASQUE 



M. L'ABB£ HARISTOY 

Cur6 de Ciboure 



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ESKUALDUN ZUHUR-HITZAK 

(PROVERBES, SENTENCES ET DICTONS BASQUES) 

suivi d'une rectification 
SUR LA COUVADE DU PAYS BASQUE 



fif. L'ABBti HARISTOY 

Curd de Ciboure 



UN proverbe est une courte maxime devenue commune et vul- 
gaire. (Test le resultat de l'observation des peuples. II repond 
toujours k an cdte" special, k an point de vae pittoresque, k une 
maniere d'etre qui nest pas ordinaire. Dans leur formule concise, 
les proverbes sont le r£sum6 de la sagesse pratique d'un peuple. 
Si Ton a pu dire que celui-ci met dans sa langue sa vie tout 
entiere 1 , k plus forte raisron peut-on affirmer que son bon sens 
pratique se reflete dans ses proverbes. A les lire et k les mediter, 
on connalt tout d'abord Tesprit, le caractere, la maniere de vivre 

i. Talis hominibus oratio qualis pita. (Senfcque, ep. cxiv.) 



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384 PROVERBES, SENTENCES 

de tout on peuple. On pent rafime en tirer des applications morales 
et des enseignements pr^cienx pour sa conduite personable. 

Familiers au peuple, les proverbes servent encore a 1'bomme de 
lettres, a l'lrudit. lis ornent un discours et parent dc quelque 
grace nne dissertation aride. Ghaqne nation a ses proverbes. L'his- 
toire n'a pas d6daign6 de nous conserver les noms des pbilosophes 
et des savants qui en ont fait des recueils et des repertoires. Je ne 
vous citerai ni Aristote, ni Th^ophraste, ni Scaliger, ni, avant eux 
et au-dessus deux, la Bible, qui nous a donne* le livre des Prover- 
bes et la Sagesse de Salomon. Mais vons trouverez, Mesdames et 
Messieurs, que je remonte bien haut, presque jusqu'au deluge, et 
j'ai hate d'arriver a des temps moins eloigned et a des auteurs plus 
recents. 

Tout pres de nous, un homme dont les Lettres b£arnaises pleu- 
rent encore la perte, le savant M. Lespy, a public en 1875 et 189a 
deux Editions d'un livre charmant intitule* : Les dictons et prover- 
bes du Pays de B6arn. II a recueilli bon nombre de « ces mots qui 
sont de tout temps dans la bouche du peuple », comme parle Mon- 
taigne. II a surtout, et e'est la que se trouve l'originalit6 de son 
livre, r£uni, comme en une gerbe fort pittoresque, les sobriquets 
dont on gratifie les habitants de certains villages du Beam : toys 
(TAas, sabatds d'Abdre, Maquinous de Morlaas, e'est-a-dire, teles 
dures d'Aas, savetiers d'Abere, maquignons de Morlaas ; sans en 
citer d'autres d'une convenance parfois douteuse, injurieux, louan- 
geux ou comiques, qualificatifs, tels que les ages les ont faits et, 
souvent, d'une precision et d'une ve>ite* reconnues. On pourrait 
6tablir une division logique des proverbes, non plus ranges par 
ordre alphabelique, comme l'a fait M. Lespy, mais classes, dans 
un certain ordre d'id£es, en proverbes religieux, moraux, histori- 
ques, philosophiques, etc... On pourrait ensuite les comparer a 
ceux de divers pays, et Ton arriverait souvent a cette conclusion 
extrdmement curieuse que les m&mes proverbes sont rlpandus un 
peu partout, a des points de vue diff&rents, avec des formes 
di verses, mais sous un fond inalterable qui prouve que l'homme 
est toujours le niGme et que le sens commun ne varie pas. Yous 
me pardonnerez si je rappelle, a ce propos, l'ouvrage tres original 
que M. Leroux de Lincy a public sur les proverbes francais*. II 



1. Le Livre des Proverbes francais ; Paris, Delahaye, 1859, a vol. — Nous 
pourrions encore citer « les Illustres Proverbes nouveaux et bistoriqucs, 



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ET DICTON8 BASQUES 285 

les prend pour ainsi dire a leur berceau, dans nos trouvires et 
chez nos troubadours. 11 en fait Fhistorique avec un grand luxe de 
details et un commentaire des plus riches. II invoque le t£moi- 
gnage des autres langues mortes ou encore vivantes, et il en tire 
vraiment des comparisons, des r6sultats qui montrent bien que 
l'humanite a toujours ri, pleurl et souflert de la m^me mani&re. 

Malheureusement, et pour cause, il n'a gu6re pu comparer ses 
proverbes avec les ndtres. 

Le peuple basque, en effet, peuple primitif et ayant toujour 9 
v6cu de la tradition rationale, ne pouvait manquer d'avoir ses 
proverbes, ses maximes, ses dictons, en un mot, ses paroles sages, 
zuhur-hitzak, et d£s a present je me hate de dire que si chez d'au- 
tres peuples on trouve des proverbes exprimant les sentiments 
bons et mauvais de Thomme, nous n'en connaissons pas en basque 
qui soient au service des mauvais instincts. 

Les proverbes basques m^riteraient une 6tude profonde comme 
celle de MM. Leroux et Lespy. A cette besogne, ilest vrai, un seul 
homme ne suffirait pas. II faudrait &tre multitude, c'est-a-dire se 
grouper pour recueillir dans chaque village, en France et en 
Espagne, dans le Labourd, la Soule, la Navarre et le Guipuzcoa, 
ces expressions communes et vulgaires, ces traits d'esprit et de 
niceurs, ces locutions rapides, parfois exclusivement locales; en 
un mot, toutes ces maxiines qui sont le r£sultat spontan£ ou Itudil 
de la sagesse et peut-gtre aussi, il faut le dire, de la causticity de 
nos ancgtres. 

II est certain que les rivalites de villages ont ici ou la, comme 
en B6arn, aflubl6 de gracieuses 6pith&tes (gracieuses, il faut s'en- 
tendre cependant), ont affubl6, dis-je, de ces 6pithfetes des voisins 
jalousls, je n'ose dire m6pris6s. 

Parfois aussi, un fait passager, un £v6nement remarquable, 
a-t-il donn£ lieu a des qualificatifs bien diflKrents et dont quelques- 
ttns ont tout Tair d'etre une satire ou des sobriquets. 



expliqnez par diverses questions curieuses et morales, en forme de dialogue 
qui peuvent servir a toutes sortes de personnes pour se divertir dans les 
compagnies, divisez en deux tomes..., i663. » Le recueil, fort curieux, est tres 
rare. On y re marque une grande planche in-4°, du temps, ayant pour titre : 
les Illu8tre8 Proverbes, gravee a l'eau forte *par de La Fosse, qui represente 
les principaux proverbes en images. Cette planche ne se trouve que dans 
quelques exemplaires. Elle porte au bas cette inscription : A Paris, chez 
Pierre David, au Palais, avec privilege du Roy pour neuf ans. 



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286 PROVERBES, SENTENCES 

Connaissez-vous en Soule : 

Les Huguenots de Sanguis? (Zalgiztarrak, Hugenotarrak?) 

Les processifs de Trois-Villes? (Iruritarrak, prose&kariak?) 

Les contrebandiers de Sainte-Engr&ce? (Santa- Graziarrak, 
kontrabondista, salbqyak?) 

Les Graraontais orgueilleux de Haux? (Hauzetarrak, A gar a- 
montes urguilhui&uak?) 

Les ventres rouges (haineux et vindicatifs) de Barcus? (Bar- 
kochtarrak, zorro gorriak ?) 

Connaissez-vous en Basse-Navarre : 

Les saints austeres et durs de Helette? (Heletarrak, saindu 
mokhorrak?) 

Les robustes cceurs de chene de Saint-Martin d' Arberoue ? (Dona 
Marthiritarrak, haitzak?) 

Les mauvais capuchons de Ba'igorry? (Bafgorritarrak x kaput- 
cha tcharrak?) 

Ne connaissez-vous pas an Labourd : 

Les mangeurs de corbeaux de Haltsou? (Haltzuarrak, bele 
r aleak ?) 

Les mangeurs de chipes de Larressore? (Larresorotarrak, 
chipa-chorroak ?) 

Les gros et araples genoux de saint Pee? (Semperetarrak, 
belhaun buru handiak?) 

Les gens de Sare qui ne sont jamais presses? (Sara, astia 7) 

Enfin, ne connaissez-vous pas ce que je ne puis dire delicate 
ment en francais, mais qui passera bien en basque : 

Les cordonniers de Hasparren assis sur leurs larges faces? (Haz- 
pandarrak, iph... handiak?) 

Apres ces dictons qualificatifs des locality, nous en donnerons 
quelques-uns relatifs. 

i° Au temps : 

Alba gorri, hegoa edo uri. (Aube rouge, vent du Sud oupluie.) 

Goiz gorriak, urt; arrats gorriak, egunaldi. (Le matin rouge 
apporte de la pluie ; le soir rouge, du beau temps.) 

Goiz hortzadar, arrats ithurri. (Arc-en-ciel du matin, fontaine 
du soir.) 

a Aux saisons : 

Bichintcho hotz, neguaren bihotz; Bichinteho bero, negua gero. 
(Froid & la saint Vincent (22 Janvier), coeur de Thiver ; chaud k la 
saint Vincent, l'hiver apres.) 



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ET DICTONS BASQUES 287 

Gander ailuz bero, negua Bazkoz gero. (Ghandeleur chaude, 
Thiver apr&s Piques.) 

San Mark, arthorik baduk lurrari emak; ez baduk bilha zak. 
(A saint Marc (a5 avril), si tu as du mais, mets-lc en terre; si tu 
n'en as pas, cherches-en.) 

Santa Luzia eguna, argia deneko ilhuna. (Le jour de sainte 
Luce (i3 d£cembre), des quil fait jour, il fait nuit.) 

3° Aux niois : 

Abendoan, elhurra burdinez; 

Urtharrilan, elhurra altzairuz; 

Otsailean, elhurra zurez; 

Marchoan, elhurra urez. (La neige en Avent (decembre) est de 
fer ; en Janvier, d'acier ; en f^vrier, de bois; en mars, d'eau.) (Effets 
de la temperature.) 

Marcho lore, urde lore; aphiril lore, urhearen pare; mqyatz 
lore, gabe baino hobe. (Fleur de mars, fleur de cochon; fleur 
d'avril, pareille k Tor; fleur de mai, mieux que sans fleur.) 

Mayatzean, ttipi baniz edo handi baniz, burutu behar naiz* 
(En mai, si je suis petit ou si je suis grand, il faut que je porte 

rspi.) 

Majyatz hotz, urthea botz. (Mai froid, ann£e gaie.) 



II 



Pour etre complet, il faudrait citer quelques proverbes g£n£- 
raux, mais le temps nous presse; il nous suflira de donner la 
bibliographic des travaux parus sur ce sujet. 

L'ouvrage le plus remarquable est celui d'Arnaud d'Oihenart, 
de Maul6on, avocat au Parlement de Navarre, k Saint-Palais, et 
notre plus grand historien. Si nous nations au Pays Basque, je 
dirais qu'au jugement des plus autorisls, il dispute la palme au 
celfebre Marca. En i65j, il fit paraitre une collection de 53 j Pro- 
verbes ou adages basques recueillis par lui et publics sous le 
titre de Atsotizac eta Refravac. Plus tard, il donna un supple- 
ment de 169 vers intitule : Atsotizen urrhenquina, dont il ne reste 
qu'un exemplaire unique k la bibliotheque nationale. Le premier 
ouvrage d'Oihenart a 616 re*imprim£ k Bordeaux en i84j, par 



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Il88 PROVERBES, SENTENCES 

Francisque Michel, qui y a ajoute' : i Q un recueil des 164 prover- 
bes du savant espagnol don Benito Maestro, sous le titre de 
Algunos refranes de la lengua bascongada; a un recueil de 
100 proverbes, en dialecte labourdin, de Voltoire, philosophe dis- 
tingue* des premieres ann6es du dix-septifeme siecle; 3° enQn, 
i4 proverbes qui lui furent fournis par M. Archu d'Aussurucq, 
inspecteur primaire a La R6ole. 

II y aurait beaucoup a critiquer dans l*£dition de Francisque 
Michel; il s'est permis des corrections inacceptables. Le savant 
M. Duvoisin a fait, a ce sujet, un travail que nous possldons et 
qui servirait a une Edition definitive d'Oihenart. 

Augustin Ghaho a public dans le Messager de Bqyonne le sup- 
plement dont nous avons parte plus haut. En 1892, nous avons 
public une derniere edition, dans YEskualduna 1 . 

On trouve encore un certain nombre de proverbes dans le dic- 
tionnaire trilingue de Larramendi, dans VArte de aprender a 
hablar la lengua castellana d'Urtiaga, dans le Compendio histo- 
rial de Guipuzcoa d'Isarti 1 . 

Gitons encore Ernest Gar ay, qui a public en Belgique, en i85a, 
des sentences et maximes basques parues par fragments dans le 
journal des Artistes, a Paris, et en Hollande, dans le journal de 
Maestricht; Jean-Baptiste Dascofcaguerre, de Saint-Jean-de-Luz, 
dans les fichos du Pas de Roland ; Tabb6 Dartayet (Jean-Pierre) 
de Hasparren, mort cur£ de Macaye, dans son Guide on Manuel 
de la conversation jrangaise-basque ; Julien Vinson, dans son 
Folk-Lore du Pays Basque; enfin M. le docteur Larrieu, de Mau- 
l6on, qui prepare sur ce rafime sujet un nouveau travail. 

A notre tour, nous esp6rons publier une collection de proverbes 
due aux recherches de M. Duvoisin, de M. l'abbe Larre, ancien 
cur4 de Lecum berry, et a nos recherches personnelles. 

On le voit, nous avons recueilli soigneusement, en Pays Bas- 
que, ses proverbes, dictons et adages. On a d6ja fait beaucoup. 
La collection est-elle complete? fividemment non. Si les prfctres, 
les instituteurs, les lettr^s, les amateurs, ceux que passionne notre 
beau et cher Pays Basque voulaient se donner la peine de recueil- 



1. Gette publication, avec un tirage a part de aoo exemplaires, precede* 
d'une courte notice sur d'Oihenart et ses immenses travaux, a et£ faite snr 
une copie prise pour nous, par un bascophile bien connu, M. E. S. Dogson, 
sur l'unique exemplaire de Paris. 

2. Manuscrit de 1621, imprime a Saint-Sebastien, grand in-S°, p. 171-175. 



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ET DICTONS BASQUES 289 

lir autour d'eux les proverbes et les dictons, ils seraient ^tonnes 
des formes pittoresques et varices qu'a su revGtir le parler basque 
dans ses maximes populaires. Nous n'£mettons ici qu'une idee; 
mise en pratique, elle serait ftconde en resultats heureux. Que ce 
soit la un des vceux formes a l'occasion de ces belles fetes basques 
dont nous felicitous, dont nous remercions la Socfefe d'Ethnogra- 
phie nationale, qui en a eu 1'initiative, et la municipality de Saint- 
Jean-de-Luz, qui en realise, ehaque jour, le programme avec une 
ampleur, une perfection dignes de tout 61oge. 



Ciboure, ce 17 aoiit 1897. 



19 



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RECTIFICATION 
SUR LA COUVADE DU PAYS BASQUE 



On appelle couvade une coutume en vertu de laquelle, quand 
une femme est accouch£e, le mari se met au lit, prend r enfant et 
recoit les compliments des voisins. 

Un des brillants conferenciers des belles f&tes basques de Saint- 
Jean-de-Luz (an. 1893), M. Nicola'i, avocat k la cour d'appel de 
Bordeaux, a aflirme" dans sa savante conference que cet usage 
existait dansle Pays Basque. L'interessant auteur n'a pas invents 
le fait. II le tenait — il nous l'a declare 1 — du r£ve>end Went- 
worth Webster, de Sare; celui-ci, il nous l'a dit aussi, Tavait em- 
prunte* au Bulletin de la SocUti des sciences, arts, etc., de Pau. 

(Test ainsi que des pr^tendus faits historiques, racont^s par 
divers auteurs, s'accreditent quelquefois aupres d'un public igno- 
rant, voire m6me aupres des savants. 

M. Webster, homme erudit et serieux, informe* de l'inexactitude 
du fait enregistre* dans le Bulletin des Sciences de Pau, n'a point 
hesite* a reconnaltre sa propre erreur et a la corriger dans ses 
Merits. Consulte par le docteur Marray, savant auteur du grand 
dictionnaire de la langue anglaise public* par livraisons, il lui 
r^pondit que la couvade de la famille L..., d'Ayherre (cit£ par le- 
dit Bulletin de la Soci6t4 de Pau), 6tait une faussete (liv. du 17 d6- 
cembre 187a). Nous ne doutons pas que M. Nicolai, hon moins 
e>udit ni moins ami de la ve>ite\ ne veuille aussi corriger son 
erreur. 

Voici done l'histoire de la pr^tendue couvade d'Ayherre. 

M. Piche, avocat, traitant un jour la question de la couvade 



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RECTIFICATION SUB LA COUVADE 29 1 

dans le Bulletin de la Socteli des sciences, etc. % dePau (an. 1874-7$, 
p. i33), £crivit : « A la naissance de 1' enfant, c'est le pere qni se 
met au lit et qu'on soigne ; c'est ce qui s'appelle, en B£arn, faire la 
couvade. » A la page suivante, il interroge en ces termes : « La 
coutume designee par les auteurs sous le nom de la couvade 
a-t-elle exists dans le Blarn ou le Pays Basque? » 

M. Lochard, percepteur a La Bastide-Clairence (Basses-Pyr6- 
nles), lui repondit aflirmati vement (ibid., an. 1877-78, p. 74*77) st 
dlclara avoir appris de M. Etchecopar, instituteur a Ayherre, que 
« dans une famille des plus aisles de cette commune, chaque fois 
que la femme accouchait, le mart se mettait immtdiatement au lit 
(ce n'est point nous qui soulignons ces mots), faisait le malade et 
recevait les soins que comportait la situation de la femme ». On 
nous epargnera tout commentaire. Disons seulement : i° que le 
h£ros de la couvade est bien d£sign£. II est « n£ k Ayherre..., il est 
marchand de laine brute..., jnort il y a cinq ou six ans. Sa veuve 
reside a Ayherre »; 2 que M. Lochard ne doute pas du fait : « II 
le tient com me historique, les sources 6tant des meilleures. » 

Les membres de la Soci6t6 des sciences, etc., de Pau, ayant sans 
doute quelque scrupule sur les allegations de l'instituteur Etche- 
copar, se refus&rent a insurer dans leur bulletin la lettre de M. Lo- 
chard qui les contenait. Cela ne faisait pas, parait-il, 1'afFaire de 
ce dernier. II tenait a sa dexouverte. Le 29 juin 1877 il adressa a ce 
sujet une lettre a M. Raymond. M. Piche lui repondit en deman- 
dant « une enquSte circonstanci£e ». EUe cut lieu et elle fut 6crits, 
s'ii vous plait, « sur papier timbre^ ». Dfes lors, on le voit, la 
lumiere etait faite et le fait prouve* « comme bien historique ». 
L'enquSte fut attested et sign£e par M. le maire et M. l'instituteur 
de La Bastide-Clairence et par M. Londaits, maire d' Ayherre. 
Les deux premiers, en hommes prudents, se contentent d'affirmer 
avoir entendu raconter le fait k l'instituteur Etchecopar. Le troi- 
si&me, maire oblige de son secretaire, declare « avoir entendu dire 
plusieurs fois que le mari de la dame L... se mettait au lit chaque 
fois que sa femme accouchait, et qu'il recevait les felicitations de 
ses amis ». (Ibid., p. 77.) 

Voici une nouvelle declaration que, sur nos representations et 
reproches de fausset£, le niSme maire nous a d61ivr£e. 

« Je soussign£, Jean-Pierre Londaits, proprtetaire et ancien 
maire de la commune d' Ayherre, declare que jamais je n'ai entendu 



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1292 RECTIFICATION SUR LA COUVADE 

dire qu'aucun pere de famille de cette commune, apres V accouche- 
ment de sa femme, ait pris sa place apres la naissance de l'enfant, 
et que l'histoire de la couvade, dont mon ancien secretaire Etche- 
copar a parte pour rire dans quelques reunions da mis, est de pure 
farce. 

« Fait k Ayherre, le 26 avril 1893. 

« P. Londaits. » 

Enfant d* Ayherre, nous avons connu et fr£quente* pendant plus 
de cinquante an* ledit Etchecopar, instituteur de notre village 
natal. Nul ne now condamnera en disant que — malgre* ses quali- 
ties — c'dtait mn farceur et un adulateur, toujours a son profit. 
Nobs >avons 6galement connu et fr£quent£ « le marchand de laine 
brute ». M. L... (lisez Larralde), homme de tenue, absolument 
inoapable du rflle honteux qu'on veut lui faire jouer. Nous avons 
connu sa dame , femme forte sachant s'acquitter de tous ses 
devoirs de mtae. Enfin nous connaissons leurs nombreux enfants. 
Et voici la protestation indign6e d'mj de ceux-la, grand negociant 
k Hasparren. \ 

FABIEN LARRALDE Hasparren, le q8 octobre iSgj. 

HASPARREN 
(BASSES- PYRENEES) 

« Je soussigne Larralde Fabien, n6gociant k Hasparren, fils de 
Martin Larralde, marchand de laines k Ayherre, informe* de 
l'usage elrange et inconnu dans le Pays Basque de la couvade 
attribu£ faussement k ma famille dans le Bulletin de la Sociiti 
des sciences et arts de Pau (ann£e 1877-78, p. 74-75), je declare, au 
nom de toute ma famille et de toute la commune d' Ayherre, que 
la couvade n'a jamais ete* pratiquee dans ma famille, et que les 
declarations qu'en prltendait avoir de M. Etchecopar sont fausses, 
contre lesquelles je proteste avec Anergic . 

« Hasparren, le 28 aout 1897. 

« Fabien Larralde. » 

L'histoire de la couvade d'Ayherre et toutes celles baties sur 
elle, comme Pelion sur Ossa, sont fausses. Et, nous le dirons en 
passant, ce n'est point la seule erreur qui court sur les Basques. 
Les uns les font, dans l'ancien temps, polythelstes, les autres, dans 



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DU PAYS BASQUE * icfi 

les temps modernes, superstitieux, sauvages, laches, etc., etc. 1 , et 
Ton peut dire que leur histoire est encore k faire. Mais revcnons a 
la couvade. 

II y en a qui veulent trouver je ne sais quet symbolisme dans 
cette coutume absurde. II est naturel, ajoutent d'autres, que la 
femme accouch£e, pour.se soustrairea Amotion, a la fatigue des 
visites, cede sa couche et son enfant au raari. 

Comprend-on nos vigoureuses Basquaises, qui, jusqu'au dernier 
jour de la gestation, vaquent aux travaux des champs, et dont lcs 
sept dixiemes, dans la huitaine de leur deliv ranee, se livrent aux 
soins de leur manage, s'esquivant k la fatigue de quelques rares 
visites? 

Comprend-on nos anciens Gantabres, nos fiers Basques, au lit de 
leurs femmes, avec leurs b£b£s au bras, recevant les visites du voi- 
sinage 1 ? Mais ces maris, s'il en ex is tail, seraient ridiculisls, cban- 
sonnes et auraient leur Asto-laster*, comme les maris qui se lais- 
sent battre par leurs femmes. 

Non, la couvade n'a pas 6te* pratiqu6e dans le Pays Basque. 
Aucun auteur ancien ou moderne n'en parle, et nous n'en avons 
constate* aucun vestige dans aucune de nos villes ou localites. Le 
mot couvade, qui nous paralt d'origine b£arnaise, n'y est point 
connu, et notre belle langue ne possede aucun mot pour exprimer 
ou rappeler cette coutume bizarre, pour ne pas dire autre chose; 
ce qui n'a pas empSche* un auteur de nos jour d'ecrire en 1877 : « Du 
Pays Basque, dans les Pyr6n£es espagnoles, cette absurde coutume 
semble s'Stre propag^e jusqu'en France, oil elle a recu le nom de 
« faire la couvade » (Suppl. au Diet, de la langue francaise, par 
E. Littre\ mot couvade). C'est ainsi qu'on 6crit l'histoire. 

I/abbe* Haristoy, 
curi de Ciboure J Basses-Py reprices) . 



1. 11 y a meme des auteurs qui confondent les Basques avec les Bearnais, 
alors que ces deux peuples different essentiellement par leurs origine, langue, 
moeurs, etc. Le dictionnaire de Bouillet ne nous dit-il pas : « Les Basques, 
habitants da BSarn, ont conserve leur costumes », etc. (art. Beam)! 

a. Mais faut-il parler des lits, des cayolars, des huttes de bardeanx, habi- 
tations primitives de nosanc&tres? 

3. Espece de tragedie jouee sur la place publique soit pour ridiculiser le 
mari battu par sa femme, soit pour chatier l'epoux infidele. 



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XIII 



LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUHS 



FAR 



M. CHARLES BORDES 



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n 






LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 



M. CHARLES BORDES 

Directeur des Chant eurs de Saint-Gervais 



C'est surtout de Fart popuiaire, art d'intuition et d'ing6nuit6, 
qii'on a pu dire qu'il ex prime fidfelement le caractfere de la 
race, qu'il reflate avec clart6 et profondeur les traits essentiels du 
pays ou cette race a fixe sa vie. Cette loi, maintes fois v£rifi£e, 
s'applique d'une manifcre frappante a la musique basque. Rien ne 
fait mieux connaltre un Basque que sa chanson. Elle traduit, dans 
sa langue naive et charniante, les vives sensations et les fiers 
sentiments qui composent cet &tre admirable. Nous y saisissons 
toute son humeur et toute son ame, ses qualitls primesauti^res et 
traditionnelles, son ardeur, sa gaiet£, son amour de liberty, sa 
joie de vivre et son mSpris de la mort, et surtout sa foi robuste, 
plus morale que mystique, qui donne au Labourdin tantde noblesse 
et de s6rdnit£. 

C'est le sentiment religieux et moral, qui a inspire toutes ces 
chansons 6difiantes sur le devoir du chr^tien, les vertus de la 
famille, l'amour de la maison, toutes ces poesies intimes et buco- 
liques, qu'un pofcte contemporain, Eliissambure, a merveilleu- 
sement r£sum6es. Quant a son amour, le Basque l'a chants libre- 



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298 



LA MUSIQUE POPULA1RE DBS BASQUES 



ment, franchement, sans langueur et sans mievrerie, avec tendresse 
et enjouement. Enfin, l'esprit du Basque, surtout en Soule, est 
moqueur, ironique, jamais grossier mfime dans une extreme liberty : 
de la ces « tchikitos » alternls et ces chansons satiriques, dont la 
rausiqae alerte et curieusement rythm£e accompagne exactement 
les traits ac£r£s et la grace effrontSe. 

J'oserai aller plus loin. Gette musique n'exprime pas seulement 
les sentiments et les sensations du Basque, elle a encore une 
myst£rieuse correspondance avec sa vie physique, son travail, son 
jeu ou sa danse. Le rythme musical reproduit le rythme plastique. 
Et le po&te ira plus loin encore : il ne pourra entendre quelques- 
uns de ces themes, sans voir le Pays Basque lui-m£me, Tenivrante 
nature de ce coin de terre que Loti a su si bien peindre dans son 
roman de Ramuntcho. 

Sans plus tarder, donnons quelques exemples de cet accord 
entre la musique et la vie morale et physique du Basque. 

Le port gracieux et ferme de ces hommes a la d-marche d£cid6e, 
ne le retrouverez-vous pas dans le rythme de cette chanson tout 
d£bordant de j eunesse ? 



CHORIBTAN BUR UZ AG I 



Joyeux. 



I^Ba^^ P^ggj^g uLg e r *?+F 



Cho- ri- 



e- tan bu-ru-za- gi Erre- sinoula khan-ta- ri 



mffflr^g ^^^^^^^^ l^^^ ^^ 



Khan-tatzen di-zu ederki, Goizan ar- gi hasti- a- ri; Oi! harenaire 



^HHtrFlT^ ^ HHf^^f P^ 



e- derrak Cho-ra-turik nai e- zari. 

Erresinoula khantari, 
Ghori ororen buruzagi. 
Hanitchetan behatu niz 
Haren botz eztiari, 
Jeikirik ene oheti, 
Khanberako leihoti. 



Gazte niz et'alagera 
Bai et'erria goihera ; 
Kountent, irous, a lager a, 
Deusek ez egiten phena; 
Ororekil' adichkide 
Estekamenturik gabe. 



Traduction. — i. Parmi les oiseaux est superieur — Le rosBignol (comme) chan- 
teur : — II chante bellement, — Le matin au point du jour. — Oh ! sa belle voix — 
Me plongc dans le charrae. 

2. Le rossignol chanteur — Est superieur a tous les oiseaux. — Bien des fois j'ai 
ecoute — Sa voix douce, — M'dtant leve du lit, — De la fenetre de ma chambrc. 

3. Je suis jeune et joyeux — Et j'ai le rire eclatant; — Content, heurcux, gai, — 
Sans la moindre peine, — Ami avec tous, — Sans aucun engagement. 

L'exquise humility de ces femmes basques, toujours m^lanco- 



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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 



299 



liques et r6serv6es, mSme dans leurs Cfttes, ne la retrouvez-vous 
pas dans la chanson si touchante de Voiseau dans la cage'? 



CHORINOAK KAIOLAN 



Unt. 



pMMj^ ^ 



^^S^ 



Chori-no-ak kaio- Ian Triste- rik du khanUtzen : Di-a-la-rik 



han zer han, zer e- dan, zer e- dan, Kanpo- a de- si-rat- zen 



Kanpo-a dc- sirat- zen Ze- ren, ze- ren, ze- ren, Li- ber-ta-ti- 



f*V-^J ! J^\M 



a zonnen e-der den ! 

Kanpoko choria 
So'giok kaiolari : 
Ahai balin bahedi, 
Hartarik begir'adi 
Zeren, zeren, 
Liberia tia zonnen ederden! 



Barda amets egin dit 
Maitia ikhousirik : 
Ikhous eta ezin minlza, 
Ezta phena handia? 
Ala ezina ! 
Desiratzen nuke hiltzia... 



Traduction. — L'ofseau, dans la cage, — Chante tout attriste : — Tandis qu'il y a 
de quoi manger, de quoi boire, — 11 desire le dehors, — • Parce que, parce que — La 
liberty est si belle. 

Oiseau du dehors, — Jette un regard a la cage : — Si cela t'est possible,— Garde- 
t'e© bien, — Parce que, parce que, — La liberty est si belle. 

Hier au soir j'ai reve — Avoir vu ma bien-aim6e, — La voir et ne pouvoir lui 
parler — N'est-ce pas bien grand'peine ? — Ah ! d£sespoir ! — Je desirerais bien mourlr. 

Gette foi robuste, qui fait vibrer Feglise sous le chant des tri- 
bunes, ne la retrouvez-vous pas tout entifere dans ce trfcs ancien 
cantique? 



OOURE JAONA 



Lento. 



Gou-re Jao-na, os- ti- asaintu hontan Gorde- rik gi- zon 



ji^-ntTf* 



^ ^=r=iftffipg ffpp^ 



gu-zien hou-netan, Bi- hots umil ba- tez de zagun a- do- ra E- 



p^*m r^^^^ ^^ ^p g^gEfgjgj 



ta e- gi-az-ki, maitha houra be- ra, mai- tha hou-ra be- ra. 

Jesus houna, amorioz bethia, Ziek or ok, ainguru gloriousak, 

Zu zirade ororen hazkurria. Gourekechi ematzie eskerrak, 

Ah ! betha gitzatzu beneditzionez, Orai eta bethi, Trinitatiari, 

Eta bethi lagunt zoure houn guziez. Hainbeste ukhen dugulakoz fabori. 



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3oo 



LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 



Traduction. — Notre-Seignear, dans cette sainte hostie — Cache poor le bien de 
tous les hommes, — Adorons arec un cceur humble, — Et aimons veri tablemen t lul 
seul. 

Bon Jesus, plein d'amour, — Vous fites l'aliment de tous. — Ah ! comblez-nous 
de benedictions, — Et nous aidez toujours de vos bienfaits. 

Vous tous, Anges glorleux, — Remerciez pour nous, — Maintenant et toujours, 
la Trinite, — De ce que nous avons regu tant de faveurs. 

Enfin si vous voulez sentir la douce resignation de tout Basque 
devant la mort, qu'il subit avec son instinct de fataliste et sa foi de 
chr^tien, Icoutez ce doux cantique, oil semble concentrle toute la 
po6sie du cimeti&re basque, sem6 de petites croix et de tombes 
rondes, plein d'iris et de roses tremikres, tout bourdonnant 
d'abeilles : 



Moderate. 



GIZONA NOUN DUK ZUHURTZIA? 



p^ JJ'l r e- r pi r p j ^1 J = 1 1 s fr-z 



Gi-zo-na noun duk 
Ez-te-la deus- e- 



zu-hurt-zi-a? Zer! ez-ta- kik Hu-gunt e- 
re bi- zi-a Khe-bat bai- zik ! 



zak rnundn er- ho- a O-rai da- nik; Ah! ez-tuk hu-rrun he-ri- 



p?^mm 



o- a Hi-re ga- nik. 

Munduko plazer erhoelan 

Habilana, 
Jinko Jaona hire gogoan 

Eztiana, 
Ohart emak hil behardela 

Eta bertan; 
Oren bat segurrik eztela 

Mundu hontan. 

Aberatsa, hi dihariak 

Hai ulautzen, 
Mundu hounlak' utchur* izunak 

Enganatzen, 
Laster hire placer maitiak 

Tuk galduren, 
Jinkoari hire khountiak 

Tuk emanen. 

Gaztia, eztuk zeren ari 

Khorphitz horren 
Manier jarraikitzen bethi, 

Bai edertzen. 
Herioa gaztelarzunaz 

Duk trufatzen, 
Gazteriari jatzartziaz 

Duk gozatzen. 



Tratulant irabaz gosia, 

Deusek ere 
Mundu hountan ezin asia 

Behinere, 
Sarri hobia duk ukhenen 

Ostatutzat, 
Diharu guziak eitziren 

Besterentzat. 

Laboraria, aoherretan 

Hiz nekatzen : 
Herioa ouste gabian 

Zaik hullantzen; 
Ereitzetan egitcko ianak 

Tuk hirelzat, 
Eta haien frutu ederrak 

Primientzat. 

Bat elzaio herioari 

Ezkapiren, 
Zorrozki zaio bakhoitzari 

Jarraikiren : 
Bilhaturen tu erregiak 

Alkhietan, 
Hala noula jente chehiak 

Etcholetan. 



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LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES 3d 

Traduction. — Homme, oik done est la sagesse? — Quoi ! ne sals-tu pas — Que 
la vie n'est rien — Qu'une fumee? — Hais les folies da monde — Des main tenant ; — 
Ah ! la mort n'ett pas loin — De toi. 

Dans les fols plaisirs du monde — Toi qui vas, — Du Seigneur, qui, dans ton 
coeur, aucun compte — Ne tiens, — Souviens-toi qu'il faut mourir, — Et bientot ; — 
Que tu n'as pas une seule heure assuree — En ce monde. 

Riche, toi les riehesses — Taveuglent, — Les faux charmes de ce monde — Te 
trompent; — Bientdt tes chers plaisirs — Tu perdras, — A Dieu tes comptes — Tu 
rendras. 

Jeune homme, tu te mets en vain — De ce corps — A suiyre les ordres — Et a 
1'embeUir; — La mort de la jeunesse — Se moque, — A s'attaquer a elle, se plait. 

Negociant aflame de gain, — Que rien — En ce monde n'assouvira — Jamais, — 
Tan tot tu auras une tombe "— Pour demeure ; — Tons tes biens tu laisseras — A 
d"autres. 

Laboureur, en vain — Tu fais des efforts ; — La mort sans y penser — S'appro- 
che ; — La peine de somer — A ete pour toi, — Et les l>elles recoltes (seront) — Pour 
tes heritiers. 

Pas un a la mort — N'echappera; — A chacun acharnee — Elle s'attachera; — 
Elle ira trouver les rols — Sur leurs trdnes, — Aussi bien que les petites gens — 
Dans leurs chaumleres. 

Mais on demande k un musicien, traitant ce sujet, autre chose 
que des impressions et des reveries, on exige de lui des notions 
precises et techniques. Dans une rapide esquisse nous tenterons 
done de marquer les particularity de la musique basque, d6cid6 
d'ailleurs k r£duire le plus possible le commentaire pour faire 
place aux exemples, grouper et comparer des types, rien ne valant 
le document dans un recueil de tradition. 



Si nous 6tudions d'abord la chanson basque dans son Evolution 
g£n6rale, dans sa formation successive, nousdlcouyrironsplusieurs 
plriodes, plusieurs couches, analogues k celles que pr^sente 
Thistoire commune de la musique. 






La premifere p£riode a sa base dans le plain-chant, dont elle tire 
non seulement ses modes, mais aussi ses rythmes, ou pourrait 
dire ses neumes. Deux genres de th&mes populaires sont issus du 
plain-chant, les uns de rythme libre, les autres asservis k une 
mesure isochrone, ces derniers plus modernes, mais tous ayant 
gard£ tr&s pure leur modalitl grlgorienne. 



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3oa 



LA MU8IQUE POPULAIRE DB8 BASQUES 



Corame module des premiers, je citerai cette longue m£lop6e 
sans paroles que chantent les bergers de la Haute-Soule et oil ils 
pr6tendent reconnaitre le vol de la base, Belatsa. Cette version 
m'a 6t6 change par un.gar$on de vingt ans, solide gaillard, nomml 
Jaur6guy, dit Lako, un jour pluvieux de 14 juillet, en 1889, an 
coin de l'atre de Tauberge de Larrau. 



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Lent * : gi (battel a la eroche librement). 




Pour tout plain-chantiste, Fanalyse de ce fragment r^vfele un gra- 
duel avec ses retours habituels et son verse t 61ev£. Nous sommes 
sans doute en presence d'un type ancien, empruntl au lutrin du 
village, appartenant a quelque liturgie disparue. Ce thfeme, nd sous 
un cloltre peut-6tre, je l'ei^tendis encore le lendemain de la bou- 
che d'un berger, en plein air cette fois, sur les bauts plateaux 
qui regardent le pic d'Orhy. Le soleil avait chass£ la pluie de la 
veille, les nuages se r£solvaient dans les valines, et le mont d'Anie 
tout argents etincelait dans l'azur transparent. En entendant ce 
th&me librement chants, je pressentis Tart admirable qu'£tait le 
vrai plain-chant. Depuis, en l'ltudiant a Solesmes, je pus constater 
que la naive m£thode du petit berger chantant Belatsa reposait 
sur les principes m&mes qui constituent la savante mlthode b6ne- 
dictine. Cette version agrandie, magnifide de la liturgie, dont les 



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LA MUSIQUE POPULAJRE DES BASQUES 



3o3 



6chos rlpltaient les thesis du chant aux strophici incommensu- 
rables, jamais je ne l'oublierai. Elle a 6t6 pour moi la confirmation 
inattendue et originale des prlceptes logiques et natorels de l'ex6- 
cation du chant gr£gorien et la condamnation radicale de toutes 
les utopies mensuralistes. 

II y a d'autres exemples de melodies sorties de la melop£e libre 
do plain-chant; j'en donne un extrfcmement bean, la chanson 
Aranoa. Le premier vers de la poesie paralt seul contemporain 
do th&me, le reste doit gtre toot moderne. Gomrae pour la m£lop£e 
de Belatsa, la notation du plain-chant m'a para rendre la m£lodie 
plus exactement qu'aucune autre. 



ARRANOAK BORTIBTAN 



■ ■■ 



Arrano- ak borli- e- tan gorudabil-tza hegale- tan ; Ni ere le- hen an- 



~m- 



■ * ■■■ 



u 



de-re-ki ebilten khan-bere-tan; o-rai aldiz, ardura ardu- ra ni- 



< ' ■ " S r^r^ 



garra di- zut be-gi- e- tan. 

Pas tent (batttz a la croche, librement) H2 = J^ 



^^=^m^=m 



Arrano- ak bor-tUe- tan goradabil- tza he- ga-le- 



tan; Ni e-re le- hen an-dere- ki ebilten khan bere- tan; 




O- rai aldiz, ardura ar-du- ra n i -garra di- zat 




Hartzen dit hartzen oflzioa Iratiat ulhan benoa ; 
Noula beitut bizioa oihanetan khantatzekoa, 
Abis hounik emaitez eta egia erraitez banoa. 

Ahaire hao zahar umen da; duda gabe, ene adin beita, 
Ho on tan nahi dit khantatu eia zouin den gazte perfeita, 
Gezur guti erraile beita, umil, eta serious feita. 

Arrosatziak eijer lilia : zuhain berak du ilhorria; 

Amorio traidoriak berarekila azotia. 

Hala dio borogatiak, begira tronpa, ene aorhidiak! 



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3o4 LA MUSIQUE POPULAIRE DE8 BASQUES 

Aitak diozu alhabari : «r Noun abila, laidogarri?» 
Alhabak bertan aitari gezur zounbait, abts hounen sari, 
Orai bera dolugarri martir beitateke sarri. 

Orai bera doluturik dago, bai bena berantu zaio ; 
Herritik joan nahiago, egoitia laido beitzaio; 
Hil baledi aldiz orano hobian sarthu nahichago. 

Hanbat duzu aflijiturik, libertatia galdarik, 
Phena dolorez kargaturik, osagarriz gabeturik, 
Horik oro berak erazirik, amorioak traditurik. 

Lao ourthetako haor gachoa, leial duk hire amorioa : 
Hi tan dezagun bar etsenplu houna, maitfra protsimoa, 
Iztinkcriak eilzi, eta zerbutcha zeluko Jinkoa. 

Khantore hoien egitian ulhafi nintzan ni boriietan ; 
Phasatzen peko oihanian abis hounik emaiten benian, 
Deusen ere ezin sinhets eraziz, bankarot egin aiherrian. 

Hartz handidat oihan hartan nihaori so jarri zeitan ; 
Hortzak chouri, lephoa lodi, begiak gorri beitzutian, 
Khantoren egitia eitzirik, arra bankarot egin nian. * 

Traduction. — Les aiglet, dans les montagnes, s'elevent bien haut sur leurs 
ailes. — Moi aussi, jadis, j'allais en chambre avec les demoiselles; — Malntenant au 
contraire sou vent j'ai les larmes aux yeux. 

Je prends, oui, un metier en allant patre a Iraty. — Puisque j'ai la manie de chanter 
dans les bois, — Je vais donnant de bons conseils et disant des vGrites. 

Get air est vieux dit-on ; comme il est sans doute de mon age, — Je veux sur lui 
chanter quel est le jeune (homme ou jeune personne) parfait, — Qui est disant peu de 
mensonges, modcste, et serieux de caractere. 

Le rosier a une jolie fleur : le meme arbuste porte des epines; — L'amour trai- 
treusement (porte son) chatiment avec lui. — Ainsi parle celui qui en a fait Pexpe- 
rience ; gare vous tromper, mes (Teres ! 

Le pere dit a la lille : « Ou vas-tu, honteuse? » — La nlle aussitotau pere(repond) 
quelques mensonges pour prix de ses bons conseils ; — Malntenant elle est bien a 
plaindre, car elle sera bien tot martyre. 

A present la voila repentantc, oui, mais il est trop tard. — Elle prefererait quitter 
le pays, car de rester elle a honte; — Elle prefererait mourir et descendre dans la 
torn be. 

Elle est tenement affligee, ayant perdu la llberte, — Chargee de maux et de 
peines, la sante perdue, — Tout cela par sa propre faute, l'amour 1 'ayant trompee. 

Pauvre enfant de quatre ans, ton amour est bien sincere : — Prenons exemple 
sur toi, aimons le prochain, — Laissons l'hypocrisie, et servons le Dieu du ciei. 

Lorsque je composais ces chansons, j'etais patre dans la montagne; — Comme 
passant par la forfit d'en baa, donnant de bons conseils, — Desesperant de me faire 
ecouter, j'avais envie de tout abandonner. 

Un grand ours, dans cette foret, se mlt a me regarder; — II avait les dents 
blanches, le cou epais, les yeux rouges ; — Je laissai la de faire des chansons, et aban- 
donnai tout cette Ibis. 



Encore une autre chanson, dont la melodie pr£sente des ailinit6s 
^troites avec le chant grlgorien, tant par le modalite que par le 
rythme : 



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LA MUS1QUE POPULAIRE DES BASQUES 



3o5 



CHOKI KHANTAZALB KIJKRRA 



Avcc libeite. 



i^--^^^^=r=?=F& mEg ^s 



Chorl khanta- za-le ei- jerra noun o- the hiz khantat-zen? Aspal- 



i 



fcS ^-fj-tf- Egggg- ^ Ejig g^Si 



dian nik ez- 



ti-at hi-re bot- zik en- tzu- ten : Ez o- re- nik, ez ar- 



pjLr^^^ =m= s==^\i^^^ 



terik ezti- at e- roai- ten Noun e-hi-tzaitan or hit- zen. 



Itchasoan umen duzn 
khantazale eijerbat, 

Tronpatzen ezpalinbaniz, 
zirena deitzen denbat. 

Ar'inganerazten tizu 
itchason gainti joailiak, 

Hala noula ni maitenak. 

Itchasoa, eguriok, 

phaosa hadi mementbat, 
Ene phena ororen berri 

eman nahi dereiat. 
Bat maithatu, eta dena 

kitatu behar diat 
Zorthia ountsa kontre diat! 



Baratzian eijerrenik 

da arrosa lilia : 
Haren urrinak duluratzen 

ene sendimentia. 
Berthuterik ederrena 

da fldelitatia : 
Houra da ene sinhestia. 

Ghori khantazale eijerra 
khanta ezak eztiki : 

Mundian zorgaitzdunik 
eztuk sorthu ni baizi. 

Eni adio erran gabe 
ihes egin herriti : 

Hark ditak nigarra bethi. 



Oiseau joli chanteur, — Ou done chantes-tu? — Depuis longtemps je n'ai point en- 
tendu ta voix : — Ni heure, ni moment — Je ne passe — Sans me souvenir de toi. 

II est dans la mer — Une jolie chanteuse, — Si je ne m'abuse, — Qui s'appellc 
pirene ; — EUe trompe — Ceux qui vont par ia mer, — Gomme moi ma bien-aimee. 

Attends, Ocean, — Galme-toi un instant; — Toutes mes peines — Je te veux contcr. 
— J'en ai aime une, et celle-la meme — Je dois quitter. — Ah ! j'ai le sort bien con- 
trol re. 

La plus jolie dans le jardin — Est la Qeur de rose ; — Son parfum trouble — Mon 
elre. — La plus belle des vertus — Est la lidelite : — Je n'y faillirai pas. 

Oiseau, joli chanteur, — Ghante doucemrnt ; — Au monde, de malhcureux, — 11 
n'est ne que moi. — Sans me dire adieu, — Tu as quitte le pays. — C'est ce qui me 
met toujours la larme a l'oeil. 

Com parous cette melodie avec la neume initiate d'un alleluia : 
en quoi serait-elle d6plac£e dans un graduel? 



Sl ~^v rt r»N<-^H ak4 M =i 



a ■ 
Alle-lu 



*M 



ia. ij. 



-%—ft—g 1 



^j= 



Nous pourrions multiplier de pareils exemples. Mieux vaut 
donner un specimen de melodie, bien carree dans son metre, mais 
encore tres pure dans sa modalite ancienne. 

20 



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3o6 



LA MUS1QUE POPULA1RE DES BASQUES 



ARGI7.AGI KDBRRA 

(DicUecte labourdin) 
Note. — Cette chanson est ecrite dans le premier mode gregorien. 



Unt, 72 = 
Argi za- gi e~ der- pa, ar-gi e- gi-da- zu. : O-rai-no 



bi-de lu-ze- an joan behar*> ra nu- zu; Gauhuntan na-hi 



^fc^M^ 



gggq ^g^E 



ztift 



nu-ke mai-te-a kausi- Ui. Haren bortha- rai- 



argi e- 



ro=& 



gi-da- zu. 

Lotara ziradea, lozale pollita? 
Lotara ez bazlra so'gin dazu leihora, 
Eta egiaz mintza, oi ! izar ederra, 
Zur* ama othe denez oraino lotara. 

Etcheak eder du, bai, saihetsean labe ; 
Zer ala zu ez zauzke goardiarik gabe? 
Maitea, m ez nauke egia erran gabe, 
Noiztanka holakoak tronpatzen dirare. 

Kanpotik aarthu, eta barnera ondoan, 
Maitearekin nindagon, oi ! gustu onean ; 
Amak, hautemanikan, oi, uste gabean 
Gainetik jautsi zaukun kolera handitan. 

Zu zinela ez nuen gogoan phasatzen, 
Niri heben berean afrontu egiten ; 
Jenden erranez ez niz ez orai estonatzen, 
Etsenplu dudanean nihaurek ikhusten. 

Orai banohako, adios erranik ; 
Berriz jiteko ere ez esparantzarik. 
Kitatzen ez banuzu arras bihotzetik 
Zure ganako bidea hautseko dut nik. 

Jendek erraiten dute hal' ezdena frango, 
Izar cliarmagarria, zur 1 et' enetako, 
Gu ez girela gisan elgarrekitako : 
Bi hok akort bagire, nori zer dohako? 

Traduction. — i. Belle lune, eclairez-moi ; — J'ai encore un long chemin a parcou- 
rir. — Je voudrais cette nult trouver ma belle. — Kclairez-moi jusqu'a sa porte. 

2. Dormez-vous, jolie dormeuse? — Si vous ne dorrnez pas, regardez-moi a la fene- 
tre, — Etdites-moi t raiment, 6 belle etoile, — Si votre mere dort encore. 

3. La maison est embellie, oui, par un four place a cOte : — Quoi done ! ne pouvez- 
vous rester sans gardien? — Bien-aimce, moi je ue puis pas dire la verite, — Parfois 
lea pareils (gardiens) se trompent. 



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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 



3o; 



4- Etant rentre do dehors, — J'etais avec ma bien-aimee, oh! bieo content; — La 
mere nous ayant entendus, par surprise, — Descendit d'en haul en grande colere. 

5. Je n'aurais pas cru que cefut vous — Qui ici vous trouviez pour ma honte; — 
Des dires du monde je ne m'etonne plus, — Maintenant que je vois ia chose moi-mdme. 

6. Maintenant je m'en vais disant adieu ; — Plus d'espoir de revenir ! — Si vous ne 
m'effacez tout a fait de yotre coeur, — Je trouverai bien le moyen d'aller vers vous. 

7. Les gens en disent beaucoup, comme ceia n'est pas, — Charmeuse etoile, de vous 
et moi; — Que nous ne sommes pas falts Pun pour l'autre. — Si tons deux nous som- 
mesd'accord, a qui (cela) importe-t-il? 



Nous arrivons a une seconde p£riode ou la m£lodie prend la 
carrure m^trique et devient franchement majeure 00 mineure. 
Nous y trouvons une slrie de themes profondement originaux, 
d£gag£s de toute influence 6trang6re. Nous ne voyons pas a quels 
types de la musique artistique pourraient £tre rattachees ces pieces 
si spontan£es, si viriles et si tendres a la fois. Le module le plus 
parfait est certainement la chanson Gaxtetasunak bainerabila. 

OASTBTASUNAK BAINERABILA 



frB^PPJzC-fl 1 1 1 J g 



^m 



J V V 



^ 



Gas- te- ta- sunak bainera- bi-la ai-re-an ainhara be- za- 



gM i-S-g g I r \ Eg p|rp-p^g=^ 



la, Ganak pa- satzen ditut ar- dara e-gunak bali-re be- za- la, Oi! 



m* 



*=+ 



^ 



=8= 



S 



'4=9=- 



arda-ra nabi-la mailia ga-na. 

2. Maite nnuzula zuk erraitiaz, ni ez naiz alegeratzen ; 
Baizikan ere neure bihotza arras duzu tristetzen, 

Oi! zeren ez nauzun kitatzen. 

3. Amodiorik badodala ez zeraazia bada iduri? 
Itsasoa pasa nezake, zure gatikan igeri. 

Oi! zeren zaren hain charmagarri. 

4. Charmagarri banaiz ere eznaiteke izan zure, 
Nitaz agrada direnik bertzerik munduan beitire; 

Oi ! ni ganik urrun zaite. 

5. Khantu haukien ontzaliak etzuien eskripularik ; 
Kaderan dago jarririk, eta segar alegerarik, 

Oi! penarik gabe, bat galdurik. 

Traduction. — 1. La jeunesse me transporte comme dans. les airs Phirondelle ; — 
Je passe souvent les nuits comme 91 c'etaient des jours; — Oh! je vais souvent vers 
ma bien-aimee. 

2. Je ne me rejouis pas de ce vous me dites que vous m'aimez; — An contraire, 
raon coeur s'attriste profondement, — Oh! de ce que vous ne me quittez point. 



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3t>8 



LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES 



3. Ne vous semblc-t-i) done pas que je sois capable de vous aimer?— Je franchirais 
pour vous l'ocean a la Dago, — Oh ! tant vous etes plcine de charmes. 

4. Fu0s6-je charmante, je ne pourrais Petre pour vous ; — II en est d'autres de par 
le monde a qui j'ai plu ; — Oh ! eloignez-vous de moi. 

5. L'auteur de cette chanson n'avait pas de souci ; — II se tlent assis sur sa chaise, 
trcs heureux assurement, — Et sans peine d'en avoir perdu une. 

Voici dans le mfcme genre quelques melodies de caract&re m£- 
Lancolique, parentes du Chorinoak Kaiolan cit6 plus haut, et 
probablement contemporain. Tout d'abord, cette belle coinplainte 
de la Soule dite Alageraz, qui semble avoir conserve un fragment 
informe de sa po6sie primitive. 



ALAOKRAZ 



Lent. 



lybgEg^^N^g^^aBIPg^E^^ 



A- la- ge- raz nik ez-tut khanlu- tzen be-na bai sofri- tzen 



V — *-V ■— n-= • J — ' >-— "^ : K 

Bai-e-ta ko- mu- ni- ka-lzen Et- sai-a espanta- tzen N«ulaz da- 



dan kan- ta-tzen a- la-gera ga- be. A- la- ge-ra ga- be. 

Gai anhera abilou'etcherat 
Eitz nezak lotarat 
Gaiaren igaraitera 
Hire plazer handia 
Ene iratzartzia 
Gaiaren minian. 

Traduction. — Je ne chante pas avec joie — Mais je souffre — Et je le montre. — 
Mon ennemi s'etonne — Comment je chante — Sans allegresse. 

Chauve-souris, va-t'en chez toi ; — Laisse-moi dans le sommeil — Passer la nuit. — 
Ton grand plajsir — Est de me reveiller — Au milieu de la nuit * . 



Et puis un autre th&me du Labourd cette fois f lui aussi, n'a 
gard6 qu'un seul couplet de sa poesie ancienne. II me fut chants 
par M. Dorbe, adjoint d'Urrugne, un vieillard aimable, qui repr£- 
sentait noblement le vieux Labourdin religieux et moral. 



TRI8TB NIZ BIHOTZRTIK 



Lentement. 



J m^*FTfeT &S&= £& - 



Triste niz bi- hotz- e-tik, Badakit zer ga- tik : 



Neure fal - tarik 



Er*££ ;^l^'^M1 ^ ^^^ :3g[| ^ 



zyzzL 



ba-lin ba-liz, Ez nu- ke phe- na- rik : Bainan ber-tzen fal-taz 



1. La version de Sallaberry porte : Hire plazer handia — Lukek iratzarzia — Lo 
daguen ihizia : Ton grand plaisir — Serai t de reveiller — Le gibier qui dort. 



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LA MUS1QUE POPULAIRB DBS BASQUES 



309 



££3^ 3 E &^ 3^ tf^-&Trrjtt £ 3& 



z^h-l 



hai- nitz po-bre niz. Jin- to o- naren es- pe- rantzan gel-di-tu-ren 



fep 



Traduction. — Je suis triste d« coeur, — Et je sail pourquoi : — SI c'eut ete de ma 
faute, — Je n'en aurais nulle peine ; — Mais c'est par la faute das a u Ires que je suis 
tres malheureux ; — Je resterai dans l'eapoir du bon Dieu. 

II est impossible de fixer les dates a ces chansons. Dans d'autres 
pays ou les legendes chanties abondent, ou des faits historiques 
ont et6 mis en complainte, la chronologie est relativement facile. 
Au Pays Basque, la chanson 16gendaire on he>oique, la complainte 
historique est tellement exceptionnelle qu'on peut dire qu'elle ne 
compte pas. On lira dans ce meme livre le travail si attachant de 
M. de Jaurgain, qui a reconstitue* l'etat civil de plusieurs chan- 
sons. Nous en allons citer une, qu'il a £tudiee et dont par lui nous 
savons Torigine. La 16gende ne remonte pas au dela du dix-sep- 
tienie siecle et, au premier examen, la musique ne paralt pas ant£- 
rieure a la l^gende. La carrure m^trique s'y precise, la modality 
mineure moderne est caracteris£e. Avec elle nous atteignons une 
p6riode nouvelle de la chanson. 



GOIZIAN OOIZ1K JAIKI NINDUZUN 



Lent. 



■j= u^, pirJ i rpel J g j? «tPPfi 



Goizian goi-zik jai-ki nin-duzun esposa nintzan goi- zi- an, 
Baie-ta e- re zetaz bez-ti-tu iguzkia a- the- rat- zi- an, 



^^^^^^r ^ n r r yln ^ 



Etchek'an-dere handi nin- du-zun e-gu- er-di gaini- an, Alhargun 



f^S 



r_z*=h l -U— UL 



■*-Tr 



i« 



gaz- te gelditu nintzen iguz-kia sarthu ze- ni- an. 

Musde Hirigaray, ene jauna, altcha dautazu buria 
Ala dolutu othezuzu enekin esposatzia? 
— Ez, ez, etzi zautazu dolutu zurekin esposatzia, 
Ez eta ere dolutu ren, bizi nizeno munduian. 

Nik banizun maitefiobat grazia ederrez betherik, 
Mundu ororen ichilik, eta Jinko jaonari jakinik; 
Buket ederbat igorri zautan, lili arraroz eginik, 
Lili arraroz eginik, eta barnean phozoaturik. 

Zazpi urthez atchiki dizut, senharra hila etchian, 
Egunaz arrosa pian, ela gauaz bi bcsoen artian 
Zitroin urez berekatuz astian egun batian, 
Astian egun batian eta ortzirale goizian. 



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3io 



LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 



Traduction. — Le matin de bonne hcure jc me levai, le jour de mon mariage — Et 
jV'Uis habillee de soie au lever du solcil. — Je devins grande dame sur le midi, — Et 
demeurai jeune yeuve lonque le soleil se coucha. 

Monsieur Hirigaray, mon seigneur, relevez la,tele vers moi : — Vous repentiriez- 
YOU3 de nVavoir epousee ? — Non, je n'ai aucun regret de vous avoir epousee, — Et 
n'en aural jamais, tant que je vivrai. 

Moi j'avafs une bien-aimee, pleine de belles gr&ces, — En cachetie de tous et au su 
du Seigneur Dieu ; — Elle m'a envoyc un beau bouquet de fleurs rares, le dedans 
empoisonne. 

Durant sept ans j'ai tenu a la maison mon mari mort, — Le jour sous le rosier, le 
soir entrc mes bras; — En le frottant d'eau de citron une fois par scmaine, — Une 
fois par scmaine, le vendredi matin. 

Au point de vue de sa forme, ce theme represente une sorte de 
petit « air » avec le retour du premier motif apres un motif inter- 
medial re. Coupe tres conimuue surtout dans les chansons bas- 
navarraises, notamment ce magnifique Argizagi ederra recueilii a 
Val Carlos, deja cite, mais ayant conserve, lui, sa modalite 
ancienne. 



A vrai dire, ces deraiers exemples semblent appartenir a peu 
pres a la m&ine epoque, placee entre la fin du seizieme siecle et le 
milieu du dix-septieme siecle. Mais la decadence n'est plus loin : 
les themes exterieurs, fades, pompeux et conventionnels du dix- 
huitieme siecle vont apparaltre meme sur la terre basque. Sous la 
forme de chansons martiales naissent de nombreuses reminiscen- 
ces de nos marches de gardes francaises ou des sonneries de cors 
de chasse, d'oii sont sortis tant de cantiques. En voici un exemple. 

ALA BAITA DOLU EQINOARRI 



Ala baita do la e-gin- garri 



Amo 1 






o-tan de- 



na, 



,s^ U-J-UUi 



Bethi phenan baite-ra- matza Gaua e- ta e- gu- na. Ez de-ia ba- 



da pe-na e- ne bi-ho- ze- an de- na ? Ni-hork e- zin de- zake 




nik sofri-tzen du- 



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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 



3ii 



Charmagarri zu ere 

sanjakorra zare ; 
Ene pena eta dolorez 

ongi irafatzen zare. 
Norbaitek deraizkitzu 

beharriak ongi bethe, 
Eta, dudarikan gabe, zu 

heien erranen sinhesle. 
Gaizki mintzatu nahi dena 

nork enphatoha lezake ? 



Izar charmagarria, 

zu bazine neuria, 
Zu zintazke bakharrik 

neure kontsolagarria. 
Zure begi eztia 

bihotzean dut sarthuia 
Eta amodiozko sokez 

ban ongi amarratuia. 
Ez zinukeia bada izanen 

nitaz pietatia. 



Gizon gazle floria, 

erraten dautzut egia, 
Eztudala hartu nahi 

pietatezko bizia 
Ez eta ere eman 

elizako fedia, 
Zeren zuk eman duzun 

bertze norbeiti zuria. 
Sinhets nezazu, ezin daiteke 
biez baizik egin paria. 

Traduction. — Qui) est done a plalndre, l'amoureux ! — Car il passe dans la douleur 
la nuit et le Jour. — N*est-ce pas grand peine que celle qui est en mon cceur? — Per- 
sonne ne pcut comprQndre quelle est la cause de mes soupirs, — Ni ce que je souffre 
ne pouvant gagner une que j'aime. 

Enchanteresse (amie), vous aussi vous etes inconstantc. — De mes peines ct douleurs 
vous vous moquez bien. — Quelqu'un vous a bien comble les oreilles, — Et, sans 
doute, vous l'avez cru. — Qui peut empecher quelqu'un de dire du mal? 

Etoile cbarmante, si vous Atiez a moi, — Vous seriez, vous seule, ma consolation. — 
Votre douz regard a transperce mon cceur, — Et Pa solidcment none des liens de 
l'amour. — N'aurez-vous done pas pitie de moi? 

Beau jeune homme, je vous dis en verite — Que je ne veux point prendre une vie 
de piete, — Ni vous donner non plus une promesse sacree, — Gar vous avez donne 
votre foi a une autre. — Croyez-m'en, il n'est possible de faire la paire qu'a deux. 

Le temps de la fiere chanson est revolu. Voici, se substituant 
aux antiques in£lop£es, des themes doucereux, eertainement pris 
a quelques cahiers de romances a la mode. Ne rencontrerons-nous 
pas, sous des paroles basques, la romance de Martha et celle de 
Sifttais roi? 

Voici co mine type de ces chansons du dix-huitieme siecle la 
romance Adios ene maitia, empruntee au recueil pr^cieux de 
M. Sailaberry. 

ADIOS BNE MAITIA 



i 



^ 



g 



^ mfw^fv^TT]^^ ^ 



m^ 



Adi- os, e-ne mai- ti- a, a- di- o 



sekula- ko ! Nik ez- 



3C* 



3=T 



Sfe£ 



titbes-te phe- narik, maiti- a, zoureta- ko, Zeren eiz- ten zu- 



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3 1 2 LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 



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.efcfcjr \r.a f=fc pp~ ^^ zz l E\Ex£$. 



cf^"- 



tu-dan bain li- bro bestenta- ko. 

Zerlako erraiten duzu, adio sekulako? 
Ouste duzia eztudala amorio zouretako? 
Zak nahi banaizu enukezu bestentako. 

Traduction. — i. Adieu, ma bien-aimec, adieu pour toujours! — Je n'ai d autre 
regret, araic, pour vous, — Que de vouslaisser ainsi libre pour les autres. 

a. Pourquoi dites-vous adieu pour toujours? — Croyez-vous que je n'aic point 
d'amour pour vous? — Si vous voulez dc moi, jc nc serai pas pour d'autres. 

Ne nous attardons pas a cette periode de d^clin, et, quittant le 
point de vue historique, citons, en les groupant d'apres leur genre, 
les plus beaux thenies basques, ceux qui sont restcs dans la m6- 
moire des vieux, niais qui, h61as! meurent tous les jours avec eux, 
remplaces par la chanson de cafe-concert et les danses banales dc 
la fanfare. 



II 



On peut classer les chansons populaires basques en cinq cate- 
gories : i° les cantiques; a les noels; 3° les chansons Agenda ires 
morales et rcligieuses; 4° les chansons d'amour; 5° les chansons 
satiriques. 

* 
* * 

Les cantiques sont d'epoques differentes : quelques-uns sont 
anciens, sans que leur origine soit tres lointaine. C'est que l'usage 
de chanter en langue vulgaire a Feglise est presque moderne. Je 
ne parle pas, bien entendu, de ces lais champ£tres et complaintes, 
que cite Bernard d'Angers et que Ton chantait dans les peleri- 
nages et les fStes patronales des les onzieme et douzieme siecles. 
Je ne parle que du cantique admis dans les c6re*monics de Feglise 
pour Tedification des fideles. Le cantique suivant donnera une 
id6e exacte de ces petites pieces religieuses. 

IRATZAR HADI BBKHATORIA 

Moderate. 



^•3^.]^^^E^^if^ll^^i^ 



l-ratzar hadi be- kha-to- ri-a, O-rai duk, orai, or- di« 



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LA MUSIQUK POPULA1RE DES BASQUES 



3l3 



^r^^jfe^gj ^^ gigfe^iig^^^j^i 



a; Go- gomak, gai-cho-a, Kontre duk Jinko- a; Ordu di- a- no e- 



:tS* 



in 



gin it- zak Hare-ki la- ko ba- ki- 

Orai heltu duk Gorocbuma, 
Egin ezak penitenlzia ; 
Kobesa gogotik 
Bekhatiak osoki, 
Eta gero erresoli 
Ez utzulzera jagoiti. 



ak. 

Arartekari ezagut ezak 
Andere Dona Maria, 
Aithortzen diala 
Min handirekila, 
Hanilchetan Jinko Jaona 
Hik ofentsatu diala. 



Igain hadi mendingana 
Kalvario saintiala : 
Ikhousircn duk ban 
Jesus kliurutcbian, 
Odolelan sountsilurik, 
Goure salbalzia gatik. 

Traduction. — Reveille-toi, pecheur; — Void le temps venu; — Prends garde, 
malheureux, — Le cicl est contre toi; — Maintenant que tu lc peux, — Fais avec lui 
la paix. 

Nous void au Careme; — Fais penitence; -- Confesse de cceur — Et enlierement 
tea peches; — Et puis fais lc propos — Dc n'y retomber jamais plus. • 

Prends pour av oca tc — Dame sainte Marie; — Que tu avoues, — Avec grande dou- 
leur, — Que souvent ie Seigneur Dieu — Tu as offense. 

Va sur la montagne — Du saint Calvaire : — La tu verras — Jesus 6ur la Croix, — 
Couvert de sang — Pour notre salut. 

Quant aux noels, si nombr.eux et si charmants dans d'autres 
regions de la France, Bretagne, Limousin, Provence, ils ne pre- 
sentent pas un grand intenH au Pays Basque. Beaucoup ne sont 
que des adaptations ou transformations de themes connus et ceux 
qui ont la marque basque ne sont pas tres anciens. Nous avons la 
preuve de l'importance de la plupart de ces noels dans l'emploi du 
refrain, forme absolument inconnue dans la literature populaire 
basque. Toutes les poesies basques, anciennes ou dues a des 
improvisateurs modernes, sont en strophes sans refrain. Quelque- 
fois, dans le d^sir de faire participer tous les fideles au chant des 
cantiques, de bons cur6s ont ajoute" des refrains a des melodies 
anciennes, mais le proc6de est sans malice et il est toujours facile 
de r6tablir le texte primitif. 

Yoici deux noels basques : 

KUANTA BBZA 




bi- to-ri- a bozta- ri- oz mundi- ak. 

handi- ak. Gaitza zen ha- 



Khanta beza 

Phorro- katu du bu-ri- a beren suge 



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3l4 LA MUS1QUE POPULAIRE DES BASQUES 

ren aidi-a, bena goilhu Mesi-ak; I-khara-zi i-ferni-a Sal-ba- za-le 



sortki- ak. 

Ulhunpeko zekuriak; 

goza goza argia; 
Hilzemanik zen Mesiak 

ekharri du bakia; 
Asmcziak bethe dira, 

agertu da egia : 
Gaiaz ekhiak argitu 

Betlemen barrukiu. 

Bazakian Jinko Jaonak 

go a re behar handia, 
Noula gu ezkintakian 

gour* indarrez balia : 
Halaz, arren, bethi danik 

haitatu du Semia, 
Sorthuren zena lurrian, 

bekhatoren bermia. 

Adam goure lehen aita 

Satanek inganatu : 
Egin zian bekhatia 

berak czin bardintu. 
Laor mil'ourlhez etzen ihour 

pharadusian sarthu : 
Azkenekoz Jesus haorrak 

hanko borthak zabaltu. 

Haor handibat da jaiotu, 

alagera gitian. 
Har'k eztu bere bardinik 

zelian ez lurrian. 
Agertu balitzeiku 

Jinkoren urhalsian 
NouP etzaikeion eginen 

batzarre houn lurrian. 

Elaz! goure Jinko Jaona. 

establia bate tan 
Behar zinena jaiotu, 

animalen artion? 
Guk merechi guniana 

hola khuputs zentian? 
Ala gizona belzaizu 

hanitch kbosta lurrian. 



Mundian zen jaoregirik 

haituz ederrenian 
Zinalialarik sorthu, 

printze kalitatian; 
Borda tcharbat irekirik 

haitatu'zu lurrian, 
Kargaturik goure zorrez, 

sorthu aberen artian. 

Zelian zunialarik 

hanitch khorte egile, 
Aingururik ederrenak 

dira berak jakile, 
Guk merechi gabetarik 

gison egin zirade ; 
Ginelarik bekhatore 

hartu zoure aorhide. 

Gour' arima pheretchatu 

duzu gaiza bekhana : 
Gora zian prezioa 

hala noula erostuna. 
Hao da hao amorioa, 

nour eleite eslona, 
Jinkoa du haor' erazi 

salba lezan gizona. 

Zelietan ainguriak 

urgulliak utsutu 
Zeren nahi izan diren 

Jinkoa uduritu; 
Mundu hountan dabilana 

nahi bad a salbatu 
Haien hulsari soginik 

behar d'umiliatu. 

Photeria da Aitari 

bcthireko bizian ; 
Semiari zuhurtzia 

heben eta zelian ; 
Ezpiritia biekin 

bat da Trinitatian ; 
Phitz dezala bere suia 

guzien bihotzian. 



Traduction. — Qu'il chante victoire avec allegresse, le raonde : — Lc grand Serpent 
a triple tote s'est brise la tete: — Sa fureur etail grande, mais le Messie Ta vuincu. 
— L'enfer a tremble a la naissance du Sauvcur. 

Slecles de tenebres, goutez main ten ant la lumiere; — Le Messie promis a portela 



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LA MUSIQUE POPULAIHE DES BASQUES 



3l5 



paix ; — Les propheties se sont accomplies, la verite a paru ; — La source de lumiere 
a cclaire 1'etable de Bethleeiu. 

Le Seigneur Dieu connaissait notre grande misere, — Et comment de no us-m ernes 
nous etions impuissants : — Aussi avait-il choisi de iouie eteniite le Fils, — '■ Qui, sur 
terre, devait naitre pour sauver les pecheurs. 

Adam notre premier pere par Satan fut trompe; — II ne put reparcr la faute qu'il 
avait commise. — Durant quatre mi lie ans, personne n'etait entre en Paradis : — 
Enfin, 1 'Enfant Jesus en ouvrit la porte. 

Un grand Enfant nous est ne, rejouissons-nous : — 11 n'a pas son pareil au clel ni 
sur la terre. — S'il fut venu avec la inajeste d'un roi, — Qui ne lui cut fait bon accueil 
sur terre? 

Ah ! Notre-Seigneur Dieu ! dans une etable — Deviez-vous naitre, au milieu des 
animaux?— Meritions-nous que vous vous iissiez si humble? — C'est que l'hommc 
rous est bien cher en ce monde ! . 

Dans le palaisle plus beau du monde, — Vous eussiez pu naitre, 6tant roi; — Vous 
avez choisi une miserable etable sur cette terre, — Et, vous ohargeaut de nos dettes, 
6tes ne au milieu d'animaux. 

Tandis qu'au ciel vous aviez tres belle suite, — Les plus beaux anges pour vous 
faire cour, — Sans que nous eussions aucun merite, vous vous etea fait homme, — 
Et, bien que nous fussions pecheurs, vous avez fait de nous des freres. 

Vous avez estime notre Ame chose rare; — Elle avait un grand prix, et bien grand 
etait l'acquereur. — Quel est done cet amour (qui n'en serai t surpris ?) — Qui a fait 
de Dieu un enfant pour qu'il put sauver Thomme? 

Dans le ciel, l'orgueil aveugla les anges, — Qui voulurent s'egaler a Dieu; — Celui 
qui va de par le monde, s'il veut se sauver, — Voyant leur faute, doit &'hu'mllier. 

Gloire au Pere, l'eternlte; — Sagesse au Fils, au ciel et sur la terre; — Que le Saint- 
Esprit, uu avec eux dans la Trinlte, — Embrase de ses feux les coeurs de tous. 



JAON IIANDIAK 




ZJmLTZ&i 



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e££EJ 



Jaon han-di-ak ikhousa- zi- e Jin- ko bat e-gun ni-ga- rrez; E- 



fr p ^ jj j J4 ^^gE { - ^L^^ ^ gT"PTgs 




Ororen buruzagi dugu : 
Ainguriak, erregiak 
Bai eta diren guziak 
Beraren peko dutu. 



(berr) 



Debriaren pian beikinen, 
Karitatiak goithurik, 
Jin da, khupusten zelarik, 
Libratzera guzien. (berr} 

Gibeltzen deiku ifernia. 
Minak gutu deslorbatzen ; 
Halaber gutu sendotzen 

Den senthagallu hounak. (berr) 



Sal baza le haor goure minaz 
Nahi izan da kargatu? 
Hountarzuna da gerthalu 
Garbaitzen justiziaz. (berr) 

Nokugabe, gaichtoentako 
Guzia sakriiikalzen; 
Eta barrukian sortzen, 

Gizounen salbatzeko. (berr) 

Barrukian da hedaturik : 
Jinkoak zer khuna dian ! 
Gu umil izan hitian 

Haor hola ikhou9irik. (berr) 



Traduction. — Grands seigneurs, voyez — Un Dieu en pleurs, — Et, eflrayes de cela, 
- Tremblez. (bis) 
11 est le m aitre de tous : — Anges, rois, — Et tout cequi existe, — Lui sont soumis. 



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*»fi LA MUSIQCE POPULAIRE DBS BASQUES 

ns au pouvoir du demon : — Vaincu par l'amour, — 11 est vcnu, s'humi- 
>us sauvcr tous. 

Slivre de Penfer, — Le mal nous presse ; — Mais il nous guerit, — Lul qui 
line remede. 

ur a voulu — Sc charger de notre mal ; — La bonte s'est trouvee — Vain- 
justice. 

1 pour le coupable — Se sacriiie tout entier; — II nait dans unc etable — 
r les hommes. 

itendu dans 1'etable. — Ah ! quel berceau Dieu s'cst donne ! — Pour nous, 
ables, — L'ayant vu ainsi. 



es chansons legendaires et morales nous entrons au cceur 
idition. Je l'ai deja dit, le Pays Basque possede peu de 
chanties. Peut-Stre les a-t-il oubliees. Mais nous pensons 
le ce petit peuple, replie sur lui-m6me, ayant de tres rares 
avec ses voisins, tres particulariste, n'a pas trouve* dans 
)ire ces sujets de chants Ipiques. Des Ipoques he>o*iques 
is reste rien, le chant d'Altabiscar celebrant la defaite de 
5tant tout moderne. Les Labourdins du bord de la mer, 
is marins qui parcoururent le monde, auraient pu avoir 
its sur leurs lointaines conqu&tes. Mais la tradition est 
Seule, cette informe chanson, dont nous ne publierons 
)esie, semble faire allusion a leurs courses aventureuses. 

Jeiki, jeiki etchenkoak, argia da zabala : 
Itchasotik mintzatzen da zilharrezko trounpeta, 
Bai eta're aranatzen Olandresen ibarra. 

on. — Dcbout, debout, gens de la maison ! il fait grand jour : — Du cdte de 
>nne la trompette d'argent, — Et aussi se remue la rive des Hollandais. 

les tres rares l£gendes chantees que nous avons pu 
r, figurent la chanson Errege Jan, qui n'est autre que la 
basque de la ceiebre chanson francaise de Jean Renaud, 
on dite de Tardets, magistralement commented par M. de 
1, et la curieuse et informe l£gende Anderia gorarik, 
che sous une chanson d'amour, sorte de s£r£nade, le drame 
d'un CEdipe basque. Voici ces chansons capitales : 

KRREGB JAN 

Pas lent 112 = J^ 



^E^g^ ^yigigiiiiii gii^i 



Er-re-ge Jan, za- o- ri- tu-rik : Jin i zan daar-ma-de-ta- 



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LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES 



Si? 




Am* an-de- pi- a ba - ra- tu 



t^ j ^M 



la- ge- ra- rik. 



« Errege Jan, kontsola zite, 
Korajereki sar zite : 
Zur'emaztiak errege tchipibat 
Barda sorthu ukhen dizu. » 

— • « Bz ene emaztia gatik, 
Ez errege tehipibat gatik, 
Ni enaiteke kontsola : 
Haiek biek jakin gabe, 
Ama, hiltzeko ohebat. » 

— « Am'anderia, zer die mithil hoick, 
Hainbeste nigar marrasketan? » 

— « Ene alhaba, ezin begira, 
Galdu dine zaldi gris bat. » 

— « Am'anderia zer die neskato hoiek, 
Hainbeste nigar marrasketan? 

— « Ene alhaba, ezin begira, 
Haotse dine urn' ountzibat. » 

— a Ez zaldi gris baten gatik, 
Ez urn* ountzi baten gatik, 
Ez othoi egin nigarrik : 
Errege Janek ekharriko dizu 
Urhe eta zilhar armadetarik. » 

— « Ene ama, othoi, errazu, 
Khantu hoiek zer diren hain gora. » 

— a Ene alhaba, denser ik ez, 
Prosesionia dun joaiten. » 

— « Am' anderia, zer zaia behar dut jaontsi, 
Ohe hontarik jalkhiteko? » 

— a Ene alhaba, chouria, gorria, 
Ederrena duken bellza. » 

— « Am'anderia, zer du lur saintu hounek, 
Hain gora dagoenian ? » 

— « Ene alhaba, ezin begira, 
Errege Jan dun ehortzirik ! » 

— « Am'anderia, oritzu giltz hoiek, 
Urhe eta zilharren hoiek, 

Eta errege tchipitto hori 
Artha handieki eraik. » 

— «c Lur saintia, erdir'adi, 
Ni barnen sar ahal nadin!... 
Lur saintia erdiratu, 

Eta nik errege Jan besarkatu! 



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3i8 



LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 



a Lur gaintia, zerr'adi, 
Ni barnen bara ahal nadin!... 
Lur saintia da zerratu, 
Ni errege Janeki baratu. » 

Traduction. — Le roi Jean, blesse, — Est revenu des armees ; — Dame (sa) mere lui 
est restee — A la maison, joyeuse. 

Roi Jean, consolez-vous, — Rentrez avec courage; — Votre femme d'un petit roi — 
Hier au soir est accouchee. 

Ni pour ma femme, — Ni pour un petit roi, — Moi je ne sauraia me consoler. — 
Sans que cea deux le sachent, — Mere, (donnez-moi) un lit pour mourir. 

Dame (ma) mere, qu'ont ces domestiques, — Avec tant de pleura et de gemisse- 
ments? — Ma fille, impossible (de le) dissimuler, — lis ont perdu un cheval gris. 

Dame (ma) mere) qu'ont ces servantes, — Avec tant de pleurs etde gemisaements? 

— Ma fille, impossible (de le) dissimuler, — Elles ont brise un plat d'argent. 

Ni pour un cheval gris, — Ni pour un plat d'argent, — De grace, ne pleurez pas : — 
Le roi Jean apportera — Des armees de Tor et de l'argent. 
Ma mere, dites-(moi) — Ge que sont ces chants si elevee. — Ma fille, rien du tout : 

— C'est la procession qui defile. ' 

Dame fma) mere, quelle robe dois-je mettre — Pour sortir de ce lit? — Ma title, 
blanche, rouge, — La plus belle sera la noire. 

Dame (ma) mere, qu'a cette terre sainte — Pour fttre si eleves ? — Ma fille, impos- 
sible (de le) dissimuler, — C'est le roi Jean qui (y) est enseveli. 

Dame (ma) mere, prenez ces clefs, — Gelles de Tor et de l'argent, — Et ce petit roi 

— Avec grand aoln elevez. 

Terre sainte, entr'ouvre-toi, — Afin que je puisse entrer dans tes profondeurs. — La 
terre sainte s'est ouverte, — Et moi j'al embrasse le roi Jean! 

Terre sainte, referme-toi, — Que je puisse demeurer dans tes profondeurs. — La 
terre sainte s'est refermee, — Moi je suis restee avec le roi Jean! 

ATHARRATZB JAORBOIAN 



^^jf-r- ^ ^Tj j~1TT^E5HT' J ^ 



At-ha - rra-tze jao- re- gi- an, bi zi-trou do-ra- tu : Hon-gri- 



$S 



^ FJ^^^g^trr^pi^i^gFFP 



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a- ko er-re-gek ba- tto du gal-tha- to. A-rra-pos-tu ukheo- du esti- 




TTt \ J. j i 1 Jg g 



re- la houn- tu. Houh- 



di-re- nian ba- tto ukhe-nen - du. 



Atharratzen den hiria, hiri ordoki : 
Hour handibat badizu aide bateti, 
Erregeren bidia erd' erditi, 
Maria Maidalena beste aldeti. 

— a Aita saldu naizu idibat bezala ; 
Ama bizi ukhen banu zu bezala, 
Ez nunduzun ez, joanen Ongrian be h era 
Bena bai ezkounturen Atbarratze Salala. 

« Ahizpa, Joan zite portaliala, 
Ingoiti horra dnzu Ongriako erregia ; 
Erran ezozu, olhoi, ni eri nizala, 
Zazpi ourtlie hontan ohian nizala. » 



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LA MUS1QUE POPULAlRE DE8 BASQUES 3lQ 

— « Ahizpa, ez nukezu, ex, sinhetsia, 
Zazpi ourthe hontan ohjan zirela, 

Ez eta ere nan eri gaitz zirela. 
Bera nahi dukezu jin zu ziren lekhila. 
« Ahizpa, jaonts ezazu arropa berdia, 
Nik ere jaontsiren dit ene chouria. 
Ingoili horra duzu Ongriako erregia : 
> Botzik kita ezaza zoure aitaren etchia. » 

— « Aita, zu izan zira ene saltzaie ; 
Anaie gehiena dihariren harzale, 
Anaie artekoa zamariz igaraile 
Anaie tchipiena ene lagnntzale. 

a Aita, joanen gira oro algarreki; 
Hounat jinen zira biholzmin handireki, 
Bikotza kargatnrik, begiak boustirik, 
Eta zour' alhaba hobian ehortzirfk. 
« Ahizpa, zoaz'orai salako leihora, 
Ipharra ala hegoa denez jakitera : 
Ipharra balinbada goraintzi Salari, 
Ene khorpitzaren bilha jin dadila sarri. » 
Atharratzeko zeniak berak arrapikatzen ; 
Hanko jente gazteriak belzez bestitzen. 
Andere santa Klara hantik pharlizen. 
Haren zaldia urhez da zelatzen. 

Traduction. — Dans le chateau de Tardets, il est deux citrons dores : — Le roi de 
Hongrie en a demande un : — II a recu reponsc qu'ils n'etafent pas mors ; — Quand 
ils le seroot il en aura un. 

La ville de Tardets est en plaine; — Elle a une grande eau d'un ©6te> — La route 
royale au beau milieu, — (La colline de) la Madeleine, de l'autre c6te. 

Pere, vou9 m'avez vendue comme un bceuf ; — Si raa mere eut ete en vie, com me 
vous, — Je n'aurais point ete au fond de la Hongrie ; — Mais je me serais niariee (a vec) 
La Salle de Tardets. 

Ma sceur, ailez au portail ; — Sans doutele roi de Hongrie arrive deja. — Dites-lui, 
je vous prie, que je suis malade, — Au lit depuis voila sept ans. 

Ma soeur, on ne croira pas — Que depuis sept ans vous eles alitee, — Et que vous 
etes si malade. — Lui-meme voudra venir a l'endroit ou vous 6tes. 

Ma soeur, revelez-vous de votre robe verte; — Moi aussi je revetiral ma blanche. — 
Sans doute le roi de Hongrie arrive deja. — Quittez heureu* e la maison de votre 
pere. 

Pere, c'eat vous qui m'avez vendue : — Mon frere atne a pris Targent ; — Le cadet 
m T a aidee a monter a cheval, — Et le plus jeune m'a accompagnee. 

Pere, nous irons ensemble ; — Vous reviendrez ici avec grande douleur, — Le cceur 
accable, les yeux en larmes, — Et votre fille sera mise au tombeau. 

Soeur, allez maintenant a la fenetre du salon, — Voyez si le vent du Nord souffle 
ou celul du Sud. — Si c'est le vent du Nord, faites savoir a La Salle — • Qu'il vienne 
tantdt chercher mon corps. 

Les cloches de Tardets sonnent toutes seules : — La jeunesse de l'endroit s'habille 
de noir, — Parce que demoiselle sainte Claire s'en va; — Le cheval qu'clle monte a 
une selle d'or. 

ANDBRIA GORARIK 






-4-»~ 



Ande- ri-a gora-rik zaude iei-ho- an Zure sen ha- rra behera 



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^.4 



320 LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES 



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I 



da-go Frantzi- an Ilu-ra handik jin daite- ken arti- an, Es-ku- ta-ri 



=U-^tst: 



ni har ne- za-zu •t-chi- an. 

Ene senharra behera deia Frantzian? 
Hura hantik jin daiteken arti an, 
Beskotari nibaar aski niz etchian, 
Hauzoak hurbil ulzi deraazkitan juaitian. 

Izan niz E span i an eta Frantzian, 
Bai eta ere Anglaterra orotan ; 
And ere ederrik ikhusi dizit heietan; 
Zure parerik ez zen ene begietan. 

Muthil^gaztia, ederki zira mintzatu, 
Zure ganako o statu gure etchian baduzu ; 
Ohia churi, ganbarak garbi diaudetzu ; 
Ni ere aldian hurbil izanen nuzu. 

Zure senharra ni baino gizon hobia ; 
Zazpi urthez harek eman deraut ogia ; 
Zortzi garrenian Frantziarako bidia, 
Eta harek in bere peko zaldia. 

Uri haizia, ura duienian uherlo 
Andretto hok girare guziak parlero; 
Hitzno hori juan zerautazu iachero. 
Ene senharra zutan truka ezniro. 

Anderia hirain zautzu denbora 
Eskeintu tuzu ohia eta ganbara 
Eta haiekin zure gorkhutz propia. 
Ezteia bada, errazu, hori egia? 

Beskotari bilho urdin falsuia, 
Hi othe hiz ene lehen semia ? 
Altchazadak eskerreko begia, 
Ene semiak han dik sor seinalia. 

Traduction. — i. Madame, qui files haut placee a la fenetre, — Voire mari est au 
fond de France. — En attendant son retour, — Prenez-moi chez vous comme serviteur. 

a. Mon mari est-il au fond de la France? — En attendant qu'il en revienne, — Je me 
suffls chez moi; — 11 me laissa en partant de proches voisins. 

3. J'ai couru la France et l'Espagne, — Et aussi toute l'Angleterre; — J'y ai vu de 
belles dames, — Mais pas une qui put vous etre comparee. 

4- Cest bien parle, mon ami ; — II y a pour vous bon gtte ceans ; — Un lit blanc, 
une chambre propre, — Et je ne serai pas loin dela. 

5. Votre mari est meilleur homme que moi. — Pendant sept ans il m'a donne du 
pain, — La huitieme, il m'a facility le c he 111 in de France, — Et donne le cheval qu'il 
montait. 

0, Quand l'eau ondulc sous le vent, e'est signc de pluie. — Nous femmes nous 
sommes toutes quelque peu bavardes; — Je vous ai fait un aveu un peu a lalcgere. — 
Je n'echangerais certes pas mon mari pour vous. 

7. Madame, le temps vous parait long : — Vousm'avez offert bon gite, bon lit, — Et 
aveccela votre propre corps. — N'est-ce pas vrai, dites-moi? 

8. lkuyer a la chevelure fauve, — N'es-tu point mon premier-nc? — Leve-moi ton 
ceil gauche; — Cost la que mon ills a son signe de naissancc. 



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LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES 



321 



Gette derni&re llgende se chante egalement sur an autre air ; 
nous l'avons entendue sous cetie nouvelle forme a Saint-Esteben 
prfes de Hasparren, pendant nne veillSe oil Ton 6cossait le mais. 
Un Basque me Fa change en 6grenant ses £pis sur une vieille 
6p6e rouillle. Gette version est incontestablement plus belle que 
celle cit£e plus haut, mais elle paralt avoir 6t£ adapted apres 
coup a la chanson. 



1 *» 1 3 ~rr ^h i i j " 3 • i o -**y P> 0. - J^ i » i f ! 



Ande- ri- 



a go- ra- rik zau-de lei-ho- an;zu- 



j^U'JJj'Ljj' JjU JJ-slrr l r r a s 



sen-ha-rra bc-he-ra 



da- go Frantzi- an : Hu- ra handik jin daite- 



ken ar-ti- an, Es-ku- ta-ri ni hap ne- za-zu et-chi- an. 

Quant aux chansons religieuses et morales, elles seront repre- 
sentees par deux exemples int£ressants : une chanson sur les 
comtnandements de Dieu, recueillie a Urrugne (la po£sie en est 
moderne), et une chanson morale recueillie a Hasparren, et dont 
les paroles ont 6t6 certainement adapt6es a un theme parent des 
marches de regiment des dix-septifeme et dix-huitieme si&cles : 

HUN A BKRTSU BERRIAK 




Ha-na bertsu be- rri - ak nik o-rai para 



Ha-mar 



^LJU-^-g- 






' 



3tZ 



manamenduak nola goarda- tu : Lehen e-ia bizi- ko-a Jioko-a maitha- 



tu, Lagan protsi-moa' re bethi es-tinia- tu. 

Bigarren mandamendoa juramendu guii, 
Mihiari nahi duena ez erratera utzi. 
Egiteko hortan ezda liferentzia tiipi : 
Zerurat igaran edo ifernorat jautsi. 

Mezabat osoa entzun igande egunean 
Obligatuak gerare hirurgarrenean ; 
Obra hon hainitz dezagun egin azkenean, 
Loria goza dezagun eternitatean. 



ai 



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• -acr^ 



3m la musique populaire des basques 

Laugcrren mandamendua bere burhasoak 
Egin ahalaz laguntzen ez dulien gaehoak. 
Handiak izan dira hekien trabajuak 
Halarik ere ezbaitira ongi pagatuak. 

Borlzgarren manamendua nihor ez hilzea 
Baita gauza lazgarria den heriotzea. 
Aski da Jesus Jaunari arraparatzea 
Gure gatik hartu duen harek gurutzea. 

Garbitarzuna goardatu sei garren hortan, 

Obraz, phentsamenduz eta solaz lizunetan. 

Zer khonda garratzak mandamendu horrek derauzkan! 

Tentazione gaichlo frango bada mundu huntan. 

Zazpigarrenak dakharke, deusik ez ebalsi 
Nor berearekin eden, bai bertzena utzi. 
Debruak erakasten da egiteko gaizki : 
Hatzemaiteko sareak hedaturik dauzki. 

Zortzi garren manaan ban egin behar duga : 
Jakilegoa izunik nihori ez altchatu. 
Jakilegoa izunetan goratzen badugu, 
Egun batez khondu garratza bebarko dugu. 

Bederatzigarrenean ezdago bertzerik 
Ezdezagun nahi bertzen senhar emazterik. 
Sekulan ez har hekien odolean pharlerik 
Arima gaichoak izan ezdezan kalterik. 

Gure Jinkoak emanik hamar manamendu, 
Horien begiratzeaz har dezagun khondu; 
Obra hon egiteaz ez beidurrik hartu; 
Maria sainduak gu lagunturen gaitu. 

Mila zortzi ehun eta berrogoita hameka 
Jesus Kristoren urtheak nonbeit hor dabiltza, 
Manamendu horietan chuohen badabiltza 
Salbaturen ginela eman zuen hitza. 

Esteban dut izena, deitura Llanda. 
Khantu horik eman ditut gogoan eta 
Salbamenduaren ontzeko segida horida. 
Ezdakitenik balinbada jakitea honda. 

Traduction. — i. Voici de nouveaux vers que j'ai composes, — Comment U fautgar- 
der les dix commandements ; — Le premier et plus important de tous, aimer Dieu, — 
Et estimer toujours le prochain. 

2. Le deuxieme commande de jurer peu, — De ne point laisser dire a la langue cc 
qu'cile veut. — Gette affaire n'e&t pas de mini me importance : — Monter au ciei ou 
descend re en cnfer. 

3. Une messc entiere entendre le jour du dimanche — Nous est commande par le 
troisieme. -En un mot faisons de bonnes ceuvres, — Pour jouir de la gloire dans 
Peternite. 

4. Le quatrieme commande nos parents — Secourir de tout notre pouvolr dans leurs 
besoins. — Leurs traverses ont eta grandes, — Et malgre ccla ils n'en seront pas bien 
payes. 



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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 



3a3 



5. Le cinquieme est de ne tuer personne, — Gar c'est une terrible chose que la mort. 
— II s u fflt de regarder le Seigneur Jesus — Qui porte pour nous la croix. 

6. Lc sixieme de garder la chastcte, — (D'evitcr) les eeuvres, pensecs et discours 
deshonnetes. — Quelle sanction severe renfermc ce commandcmcnt ! - II y i beau- 
coup de mauvaises tentations en ce monde. 

7. Le septieme ordonne de ne rien voler, — De se contcnter du sicn, de laisser le 
bien d'autrui. — Le dlable nous inspire les mauvaises affaires — Et nous tend des 
pieges pour nous prendre. 

8. Le huitieme nous defend, — De rendre faux temoignage pour qui que ce solt. — 
Si nous temoignons faussement, — Un jour nous devrons en rendre un compte 
severe. 

9. Le neuvieme ne dit autre — Que ne point desircr mari ou femme d'autrui. — 
Jamais n'ayons part dans leur chair, — Pour que notre flme n'eprouve point de 
dommage. 

10. Notre Dieu nous ayant donne ses dix commandements, — Attachons-nous a les 
observer. — Ne craignoos point de faire de bonnes oeuvres ; — La tres sainte Vierge 
nous aidera. 

11. Les mil-huit-cent cinquante et une — Annees du Christ sont accomplice, ou a 
peu pres, — Depuis qu'il promit de nous sauver, — Si nous marchioos droit suivant 
ses commandements. 

la. Mon prenom est Etienne, Llande mon nom ; — Voila les vers que m'a dictes 
mon inspiration. — Telle est la regie de bien vivre. — SMI en est qui ne la sache pas, 
11 lui sera bon de l'apprendre. 



ASKO JBXDBK BZ DUTB USTE 



Martial. 



Asko jen- dek ez date as- te Ze-ra-an ba- de-la 



loria- 



w^ 



m^-^h^^ ^^^ 



rik : Jaon Jin- koaz orhoitu ga-be Be-thi be- khata-an bi- 




zo-gun miseri- kordi-a be- tlii mise- ri- kor- di- 



fjEgE£g£££5Eg^ 



a be- thi 



3= 



Hil c- ta juan git- zan bere- kin. 



Azken jujamenduan, 
Jauna jiten denean, 
Ethorriko da aire eztt batean 
Hedoi baten gainean : (bis) 
Daunatuen urrikia 
Zoinen handi den orduan ! 
Bere faltaz ifernuan ! 



Traduction. — Bien des personnes ne croient pas — Que dans le ciel il y a de la 
gloire : — Sans se soucier du Seigneur Dieu — Elles vivent toujours dans lo peche. — 
Pour nous demandons-lai — Toujours misericordc, — Ailn qu'apres la mort, il nous 
mene avec lui. 



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3a4 



LA MUSIQUB POPULAIRE DBS BASQUES 



Au dernier jugement, — Quand Dieu viendra, — 11 am vera avec an air doux, — 
(Porte) sur un nuage : — Ah! quo la douleurdes damnes — Sera grande alorsl — Par 
leur fautc (lis seront) en enter. 



Dans l'abondant recueil des chansons d'amour, nous choisirons 
trois pieces d'un grand caractere. 

La premiere : Salbatore gora da, est fort ancienne et tres musi- 
cale. 



SALBATORB GORA DA 



Modirt. 



fu-^ V jr^-^rH^r i r *t&*Em 



zfcr 



Sal- ba- to- re go- ra da Ga- ra- zi al- di- an : Ni- 



f^g-g^m i y j r/ 1 1 C -g * gE ^-J4^^ = 



e- re han nun-du- znn i 



ga-ran as- ti- an, De- 



bo-zi- o- ne 



gabe sen-tho-ra- li- an, E-ne gazte la- gu- nak han bei- tzira-di- 



i 



Bortietan artzain, eta ez jaisten ardlrik, 
Oantsa jan, edan, eta egin lo zabalik, 
Mandian ez ahalda ni bezan irousik. 
Enuke aegtur nahi bizitze hoberik. 

Izarbat jeikiten da goizerri aldeti, 
Argi eder batetan, lenhuru bateki, 
Erien sendotzeko photeriareki ; 
Hounki jin egin diat nik hari segurki. 

Izar houra jiten da boztarioreki, 
Zelialat eroanen naiala bereki ; 
Hitzaman diriozut nik hari segurki, 
Haren zerbutchari nizatila bethi. 

Amorio zabarra behar hait kitatu, 
Haniteh phena dereitak hik eni kaosatu. 
Maite berribat zitak ezpiritian sarthu 
Hari behar deroat bihotza libratn. 

— Amorio zaharrak zutia jenatzen, 
Berribaten jitiak haniteh agradatzen? 
Zu ere gaztettorik hasi zinen maithatzen 
Hoberik duzunian orai naizu kitatzen. 



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LA MU8IQUE POPULA1RE DES BASQUES 



3a5 



Zounbat aldiz nik eztut egin nigarrez uthurri, 
Zu zinadiala kaosa amak eraginik, 
Arrazou ere baziala sobera badakit, 
Zeren zutzaz benintzan charmaturik bethi. 

Kitatzeko sajeta othe zer ahalden 
Ahal bezain etsatoki ari nqzu phentsatzen. 
Ene buria deuselzaz ere eztit akusatzen 
Inozent nuzu; eta Joan zile arren. 

Traduction. — Saint-Sauveur est bien eleve du cdte de Gize ; — Moi anssi j'etais la- 
bas la semaino passee, — En pelerinage sans devotion — Parce que mes camarades 
s^y trouvaient. 

Je suit berger sur les montagnes, et je ne trais point de brebis ; — Bien manger et 
boire, faire de bons sommes : — II n'est sans doute pas au monde d'aussi beureux que 
mot, — Je ne sonbaiterais certes pas d'autre existence. 

Une etoile se leve du cote de l'Orient — Avec une clarte et un brillant, — Et le 
pouvoir de guerir les malades; — Je loi ai certainement souhaite la bienvenue. 

Gette etoile vient avec joie ; — Sans doute elle m'eraportera avec clle au ciel. — Je 
lui at fermement promts, — Que je serai toujours son servlteur. 

Amour d'antan, je dois te quitter : — Tu m'as cause bien des peines. — Une nou- 
velle amie est entree dans mon esprit ; — Je dois lui livrer mon coeur. 

— Ab 1 votre amour premiere vous pese, — Et vous fttes cbarme de la venue d'ane 
nouvelle? — Vous aussi bien jeune avies commence a aimer, — Et quand vous avez 
mieux vous me quittez. 

Que de fois n'ai-je pas verse des flots de larmes, — Que me provoquait ma mere, a 
cause de vous ! — Je ne sals que trop qu'elle avait raison, — Gar de vous j'etals tou- 
jours cbarme. 

Ge que peut bien fitre votre sujet de me quitter, — Je cherche aussi soigneusement 
que possible. — Je ne vols rien dont je puisse m'accuser : — Je suis innocente. Eb 
bien ! partez done, puisque vous ne voulez plus de moi. 

La seconde, Kalla Kantuz, est encore populaire. On rencontre 
ce th&me avec les poesies les plus diverges. J'en donne deux ver- 
sions : Tune tr&s connue, l'autre qui m'a 6X6 change avec une 
version po6tique diff&rente par une Basquaise ayant quitt6 le pays 
depuis plus de vingt ans ; le second th&me paralt avoir gard6 plus 
complfetement son accent primitif. 



KALLA KANTUZ 



MoHtrt. ^ m 



l^^SUl 



Kalla kan- tuz o- 



gi pe- tik uzta- ril* a- go- rri le- 



tan; Maite- a ganik et- chera- ko-an ent-zun i- zandut bortzetan 



Amodi- o- ak bai- ne- ra- bil- kan haren a- tbe lei ho- 

Amodioa, amodio nahi duenak bar diro. 
Nik batenzat bartu dut eta sekula ez utziko 
Ez sekula, tonbaren barnen sartbu artino. 



tan. 



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3a6 



LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 



Kukuiak umeak chilho ttipian haritz gainean ; 
Ama, ni ere nahi niz ezkondu adinak dttudanian ; 
Ene lagunak egtnak dire joan den aspaldi handian. 

Primaderan zoinen eder brioletaren loria ! 
Aspaldian nit ezdnt ikhusl, nenre maitiaren begia; 
Balinba gaichoak eztuahantze niri emanfedia. 

— Orhoitzen nuzu orhoitzen, ez zaaiazu ahantzten ; 
Madalena batek bezanhat munduiun dut sofritzen. 
Jaten dudan ogia ere nigarrez dut trenpatzen. 

Gaaa ilhun, bidia laze, ezdea phena handia? 
Zore ikhoustera jiton gira, izar charmagarria; 
Bortha irek'aguzu, zuk, tendreziaz bethia. 

Gaua luze izanagatik, argi mentsik ez dugu 

Izar charmagarri hura leihoan omen dagozu : 

Gu etchian sarthu artino, harek argituren derauka. 

Traduction. — 1. La caille chante sous les bles en juillet ot aofit; — Je Pal enlcndue 
maintes fois enrevenant dc chez ma mie; — Gar Pamour souvent me menait a sa 
porle ou 4 sa fenStre. 

De l'amour peat prendre celul qui en veut. — Moi j'en ai pour une et jamais je nc 
la laisserai, — Non jamais jusqu'a la mort. 

Le coucou met ses petits dans un petit trou sur la cime d'un chene ; — Mere, 
' moi je voudrais me marier lorsque je serai en fige : — II y a deja longtemps que mes 
compagnes le sont. 

Que la fleur de la violette est belle au printemps ! — II y a longtemps que je n'ai 
vu Pcell de ma mie; — Peut-£tre la pauvrette se souvlent-elle de la foi qu'elle m'a 
juree. 

Je m'cn souviens, je m'en sou v lens, je ne Pai point oubliee; — Je souffre dans ce. 
monde autant qu'unc Madeleine ; — Et j'arrose de mes larmes le pain que je mange. 

La nuit est sombre, longue la route, n'est-ce pas une grande peine? — Nous 
venons vous voir, etoile enchanteresse ; — Ouvrez-nous la porte, vous qui fites pleine 
de tendresse. 

Quoiqu'il fasse nuit noire, nous ne manquons point de lumiere; — Cette etoile 
charmanto se tient a la fenfitre : — Elle nous eclairera durant le temps que nous ren- 
trcrons a la maison. 



Bozte- rre- tik baz- te- re- rat Oi ! mundu- a- ren 



Ez-taki- enak e-ran li-rozu ni a-la- ge-ra niza-la 



Hor-tze-tan 




pp^^g^^^^^^ ^Tjvn? 



zut e- rri-a e- ta bi be-gi- e- tan 



ni-gar- ra. 



Notre troisienie chanson d'amour est prise, k quelques variantes 
pres, au recueil de M. Salaberry, qui contient sans aucun doute la 
version musicale la plus parfaite de ce beau theme ; comme tant 
d'autres, il a servi de timbre k une foule de chansons. Je l'ai 
recueilli k Barcus sous la forme de chanson a boire ! 



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LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES 



32^ 



EOUNTTOBATBZ NINDAGOBLARIK 



Andante. 



py^ j 7T3 = ±st* Ijglllilllllll 



e£e 



E-guntto-ba- tez nin-da- goe-la-rik mai-te-na-ren leiho- 



an, Er-ran u- khen ni- ri- o- zun houra nia-la go- go- an, 



E- ne phe-na e-ta do- lo- rez pi- e- ta-te har le- zan. 



±±£^ ^ s^m 



pi- e- ta- te harle- zan. 

Zoure pbena eta dolorez pietate nik bad it 
Ene khorpitz tristiaz eztiot egin plazerik 
Zeren promes egin beitut zeluko Jaonari. 

Or'amorio, oro eijer zira zu, ene maitia. 
Zoure eakutik nahi nikezu bizi nizano ogia 
Eta ni izanen nnzu zoure zerbuteharia. 

Enuzu ez ni han eijerra noula zok beitiozu. 
Mnndu hountako eijerrena berthutia lukesu, 
Hari ogenik egin gabe maithatu nabi banaizu. 

— Baratzian zounen eijer julufreia loratu! 
Aspaldian nahi niana orai dizut gozatu : 
Houra gozatu eztudano gaiik eztiot mankatu. 

— Baratzian eijer deia julufreia loratu? 
Aspaldi nahi zuniana orai duzu gozatu? 
Houra gozatu duzunian berriak eman itzatzu. 

Ene maite bihotz gogor, ezpiritu zorrotza 
Orai ikousten dizut etzitzakedala goga. 
Amorioa eitzi eta indarrez dezagun boroga. 

Jaona othoi, pharka izazu, haor gaztebat ninuzu. 
Zouri arrapostu emaitez debeiaturik nuzu ; 
Errandelako indartto hori bestetan bali'ezazu. 

Traduction. — Un jour que j'etais a la fenetre de celle que j'aimais, — Je lui fis 
l'aveu de mes pcnsees, — Et (la priai) d'avoir pi tie de ma peine ct de ma doulcur. 

De votre peine et de vos douleurs j'ai grand pitie; — Mais je ne puis disposer de 
mon pauvre corps — Qu'au Seigneur du del j'ai promis. 

Vous etes tout aimable et toute belle, ma mie ; — De votre main je voudrais 
recevoir le pain toute ma vie ; — Et moi je serais votre fidele scrviteur. 

Je nc suis point aussi jolie que vous le dltes; — La plus belle chose au monde c'esf 
la vertu, — Si sans la blesser vous voulez m'aimer. 

Gombien est jolie, dans un jardln, la giroflfce flcurie! — J'ai gagn6 le cceur de celle 
que je desirais depuis longtemps; — Je n'ai pas failli une scule nuit pour y arriver. 

EUe est done belle la giroflee fleuric, dans un jardin? — Vous tenez done maintenant 
pelle que vous desiriez posseder? — Des que vous l'aurez ne manquez pas de le faire 
savoir. 



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3*8 



LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES 



Ma mie, au coeur dur, a l'esprit mordant, — Je vols maintenant que je ne puis vous 
avoir; — Laissons la persuasion, et essayons par la force. 

Pardon, Monsieur, je vous prie ; je ne suis qu'une jeune enfant ; — Je suis lasse de 
vous repoodre ; — Allez ailleurs essayer cette force dont vous parlez. 



Quand nous aurons cite les chansons satiriques, nous aurons 
pr£sent6 tous les types essentiels du chant basque. Les chansons 
satiriques sont innombrables et presque toutes modernes, mgnie 
r6centes. Un improvisateur, digne du nom de poete, assez mau- 
vais sujet, en a compost des centaines. J'ai nomme* Topet-Etche- 
hun, de Barcus, celebre dans toutes les auberges du Pays Basque 
et m£me au tribunal de Saint-Palais. La verve satirique est la 
seule qui inspire encore les nombreux improvisateurs qui chan- 
tent aux fetes de village et aux concours institu6s par M. d' Abba- 
die et quelques municipality intelligentes. Grace a ces efforts, la 
vieille coutume n'est pas encore perdue. Mais on engage vaine- 
ment ces poetes de grand route a composer des chansons lyri- 
ques, expressives, intimes, morales, comme celles du temps pass£. 

Avec filissambure, qui etait d 'ailleurs un lettr6, la vraie po£sie 
populaire a disparu. 

Des trois chansons que nous donnons, la premiere est certaine- 
ment ancienne. Nous empruntons cette musique vive et spirituelle 
au livre de M. Sallaberry. Nous avons recueilli la seconde a 
Esquiule. La trqisienie, tres populaire sous la Restauration, paralt 
imported de la Navarre espagnole. 

URZO LUMA ORIS OAICUO 



P P^ E ^ ^ 



Ur-zo lu- ma gris gaichoa o- re bi- da-jian ba- ho- a. 



i 



Haiduru duk mousde Sa- rhi, i- hiz- la- ri zorrotz houra; 



Begi-reik ; ikhousten ba- hai, oi!Phe-ti- rifialat ba- ho- a. 

Urzo gaichoak umilki 

Err a it en mousde Sarriri : 
Nahibada ulsian den haren saretan erori 
Eilz dezan igaraitera bere usatu bideti. 



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LA MUSIQUE rOPULAIRE DBS BASQUES 3o§ 

— Aoher duk, aoher, urzoaj 
Juratu diat fedla 

Aorthen behin jin behar hli eneki Phetirinala. 
Han nik emanen dereiat arthoz eta ziz asia. 

— Bai houn lukezu asia, 
Denian libertatia. 

Orhiko ezkurra zitazut janharibat hobia : 
Angleser ihes joaitcko, eizten dut eizten Frantzia. 

— Urzoa, ago ichilik, 
Franizian eztuk Angleaik. 

Agaramountek Baiounan jinak oro hilen tik : 
Eztuk Phetirinalako zaragolla laze hetarik. 

— Fida niz zoure erraner 
Fidago ene begaler : 

Goraintzi erran behar ziezu, jiten badira, Angleser, 
Halaber nik ere erranen diet Espanoul papogorrier. 

Mezuler naika ni eizten, 

Ene sariak hol'esten ? 
Ountsa diat ora ikhoasten nitzaz hizala trufatzen ; 
Ez enaik beste ourthe batez bortian hotzeraziren. 

Urzoederra, airian 

Arhin bahoa bortian 
Jaon larru chouriak hiri mintzo tuk aoherrian ; 
Hire adin heneko gutik lumak garbi hen kaiolan. 

Traduction. — i. Palombe pauvrette au gris plumage, — Tu vas ton voyage ; — 
M. Sarhi, ce chasseur adroit, t'attend; — Prends garde! S'il le voit tu iras a Beyrie. 

a. La palombe paurrette, humblement — Dit a M. Sarhi : — Quoiqti'elle soit tom- 
bee a l'aveuglette sur ses filets, — Qull la laisse passer son chemin accoutume. 

3. (Test en vain, palombe; — Je Pai jure ma foi, — Que cetteannee tu dois une fois 
venir a Beyrie ; — La tu auras a foison du mais et du gland. 

4. Ge serait vraiment bon d'avoir 1'abondance, — Mais avec la liberte. — La faine 
d'Orhimeparait une nourriture meilleure. — Pour fuir les Anglais, jequitte la France. 

5. Palombe, tais-toi, — II n'est point d' Anglais en France. — S*il en vient Gramont 
a Bayonne tuera tous ceux qui viendront, — II ne viendra pas a Beyrie de ces hom- 
mes aux longues chausses. 

6. Je crois ce que vous dites, — Mais j'ai plus de conflance dans mes ailes. — Mes 
compliments, s'ils viennent, aux Anglais; — Je ies ferai de meme aux Espagnols a la 
gorge rouge. 

7. Me laisses-tu ainsi, messager, — Et e'est le cas que tu fats de mes filets? — Je 
vols bien main tenant que tu tc moques de moi. — Tu ne me feras certes pas une 
autre annee prendre froid sur la montagne. 

8. Belle palombe, en Pair — Tu vas par la montagne; — Les messieurs a la peau 
blanche te parlent en rain. — II en est pourtant peu de ton age qui soient pures dans 
leurs cages. 




A- mi- ku- ze- ko Gi- lien, khi-lo e- gi- le- ak Et-che- 



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33o LA MUSIQUE POPULAIRB DE8 BASQUES 

tik khendu di- tu be- re langi- le- ak, Se-hi mai-te- ak Ze-ren 



tik khendu di- tu be- re langi- le- ak, Se-hi mai-te- ak 



gal- da di-tu- enbere i- rabaz bi-de- ak. 

Ez dezake nihon sal khilo ardatzak 
Nausitu baitzaio galtzerdi orratzak, 

Moko zorrotzak ; 
Ez dira nekalu nahi oraiko neskatcbak. 

Elbe bilha dabiltza, galchoina eskuan ; 
Laneko gogorikan ez dute buruan, 

Alfer moduan, 
Oibal guti emanikan khutcbaren chokbuan. 

Gazte irule gutida Euskal Herrian 
Nibor er'ezdug'ikhusten khiloa gerrian 

Atbe hegian; 
Oi! zer prendak horiek sallxeko feiretan I 

Oralno zonbeit bada, zahariio horietan, 
Iruten ari denik berant arretsetan, 

Bihotzminetan, 
Ilobek ez lagunduz behar orduetan. 

Askotan altchatzen da amasoren boiza : 
Bainan alabak ez da nahi hartu ontsa, 

Lanerat lotsa, 
Arrantze gabe nahi beiluke arrosa. 

Amak goizean oihu : < Jeiki hadi, haorra ; 
Ezdea aski laze hiretako gaua? 

Harzan haitzurra, 
Itzuli beharra beiia baralzeko lurra. » 

Alhabak arraposta ohetik gustura : 
< Bego bihar artino baratzeko lurra, 

Arte laburra, 
Zeren joan behar beiniz egun merkhatura. » 

Zuri galde egiten dut izeba tanta Maria, 
Ilea lakhet lekhu den gaztentzat hiria! 

Hain da egia 
Hara joaiteko badut hainitz gutizla. 

Ez dira izartu nahi oraiko neskatchak : 
Lur lanetako dira sobera beratzak, 

O alfer hotchak ! 
Akabo eginen du laster laborantzak. 

Neskatcha gazte direno, itchurak maithagarri; 
Esposatu berrian senharrentzat umil, 

Ondoan zarphil, 
Galzetako zilhoak erdirat ezin bil. 



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LA MUSIQUE POPULAIRB DBS BASQUES 



33l 



Traduction. — Guillaume de Mix©, le fabriquant de quenouilles, — Dc la maison a 
rcnvoye les ouvriers, — Car II a perdu — des sources de revenu. 

En aucune facon il ne peut vendre quenouilles nl fuseaux, — Parce que lui out pris 
le dcssus les aiguilles a trlcoter — Aux bees efflles; — Les Ollettes d'aujourd'hui ne 
veulent pas se donner de mal. 

Elles s'en vont les bas a la main recueillir les cancans; — Elles n'ont point en tete 
d'idee de travail, — (Vivent) dans laparesse, — Aroassant peu de linge dans Pinterieur 
dc la maison. 

De jcune fileuse dans les villages basques, — Nous ne voyons personne la que- 
uoulllc a la ceinture — Sur le seull de la porte. — Ob ! quelles pieces celles-la a vendre 
dans les foircs! 

II en est encore, parmi ces vieillottes, — Qui sont a filer tard dans la soiree, — Le 
regret au coeur, — De ce que les nieces n'aident point dans les moments de bcsoln. 

Souvent s'elevc la voix de la mere ; — La fiUe ne veut pas bien prendre cela, — Crai- 
gnant la besogne, — Car sans merite elle voudralt elre dotee. 

La mere, le matin, crie : c Enfant, leve-toi. — La nuit n'est-elle pas assez longue 
pour toi? — Trends la beche, — Car la terre du jardin a besoln d'etre retournee. » 

La fllle de repondrc du lit avec desinvolture : — t Laissez jusqu'a demain la terre du 
jardin, — Court espace de temps, — Car aujoud'hut je dois aller au marche. » 

Elles ne veulent pas sucr, les fillettes d'aujourd'hui, — Pour les travaux de la terre 
elles sont trop delicate*, — O froldes paresseuses ! — C'en sera blentdt fait de Pagri- 
culture. 

A vous je demande, ma tante Marie, — Si e'est lieu de plaisance pour les jeunes 
que la ville,— Tant il est vrai — Que j'al grand deslr d»y aller la-bas. 

Tant qu'elles sont jeunes lilies, leur physionomie est aimable ; — Nouvelles mariees, 
(elles sont) bumbles a regard de leurs maris, -7 Negligees dans la suite, — Ne pouvant 
raccommoder les trous de leurs robes. 



IIAUCHE DA IKHAZKBTAKO 1 



im^m^^wmM^m^ 



Hau-che da i- khaxke-ta- ko mandoa-ren tra- za Bu-ru- 
a band! du e- ta itch or a gait- za, I- li- a lat- za; Baa-tape- gu- 



^^ 



ZftZJE 



ch< 



3r=^z+ z^m ^n3 - Z L l^ =^ 



zi-ti-kan zau-ri- a bal-sa ; Hauche da sal-sa! Kristaurik ez di- 



: al-dc 



teke al-de-tik pba-sa, Kristaurik ez-di- teke alde-tik pba- sa. 

Lephoa mehe eta burua ez ttipi, 
Mathel bezurrak seko, begiak eri, 

Oro beharri 
Bi sudur zilhoetarik mukua dari, 

Ezpainak larri : 
Hortzik izan badu ere ez dik ageri. (bis) 

1. La poesie de cette chanson a etc certainement adaptee apres coup au 
theme et a de*form6 les mesures 8, 9 ct 10, dont la version originate elnit 
celle-ci : 



irv — p- 



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332 LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 

Hauche da mandoaren arhats aphurra ; 
Lau zangoak tremel ele anka makharra, 

Juntetan ura ; 
Ezpata bezain zorrotz bizkar hezurra, 

Ezduk gezarra; 
Noiz larraturen zantan ni naiz beldurra. (bis) 
ir les autre* couplets voir Sallaberry. 

iductlon. — Void le portrait du mulet du charbonnier : — T6te grande, aspect 

iche, — Poil rude; — Sous tout lc bat, large plaie : — Oh ! quelle sauce! — Un 

lea ne saurait passer aupres de lui. 

. le cou mince, la t£te pas petite, — Les maxillaires decharnes, les yeux chas- 

:, — De grandes orcilles, — Les naseauz noyes de morve, — Les levres epaisses; 

jamais il eut dcs dents, ca ne se voit point. 

is la demarche menue du mulet : — II a les membres tremblants, la hanche de 

trs, — Les jointures enflees, — L'epine dorsale aussi aiguC qu'une epee ; — . Sans 

ir, — Jc m'attcnds a la voir traverser la peau. 

a terminant cette breve revue des chants basques, nous devons 
Laler l'absence de certaines formes tres r6pandues dans les 
»es provinces, la chanson dansle, la chanson altern6e, les ron- 
etc. Dans notre £tude de la musique de danse basque nous 
staterons que la musique instrumentale n'a aucun rapport avec 
lusique vocale. Au Pays Basque francais, la musique instru- 
itale est presque nulle : elle n T a pris son r£el d6veloppeinent 
lu Pays Basque espagnol. En France, je ne connais qu'un seul 
ne de danse chant6e ; encore est-il souletin, £chapp6 de quelque 
carade ou charivari. Les paroles sont beaucoup trop libres 
r que je puisse les 6crire et la musique est deTormee k plaisir : 



'est k croire que la facture d'un instrument rudimentaire a 

6 au musicien populaire cette Strange modulation. 

3 n'ai rencontre* aussi qu'une seule chanson alternee, et 

n'a aucun caractere basque. M. Sallaberry a recueilli une 
ason singuliere, unique au Pays Basque : la chanson de la 
face, qu'il faut rapprocher du Recteur vole 3 , public par M. Paul 
illot dans ses Contes populaires de la Haute-Bretagne (Char- 
lier, 1880). Un cure* vole* a jure* a son voleur de ne parler du 
qu a Dieu seul. Pendant la preface de la messe, s'adressant a 
u, il raconte a haute voix le vol, et toute la paroisse Tapprend 

ce detour ing6nieux. Yoici la po£sie de cette 16gende, qui se 
ite sur le ton de la preface : 



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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 333 

Aldibalez joaiten nintzalarik 
Bidebatelan gainti 
Olandabera jeiki zeitan 
Oihan baten erditi. 
Ehun diru beinutian, 
Hourak ziztadan idoki, 
Horik beno maitiagorik orano 
Nian mandobat haleki. 
Arbol'ostobat zeitadan 
Kontsekra erazi, 
Mando phicha chortabat 
Harlan edan erazi, 
Bai eta hitzeman erazi 
Eznial' erranen ihouri, 
Zeliiko Jinko Jaona, 
Zouri zihaori baizik. 
Eztit, ez erraiten ihouri, 
Zonri zihaori baizik, 
Olandabera dezazon 
Hatzaman erazi. 

Traduction. — Une fois que j'allais — Par un chemin, — Olandabera Yint vers 
moi, — Du milieu d'un boig. — Gomme j'avais cent ecus, — II me les enleva, — Et 
encore quelquc chose que j'aimais plus que cela, — Un mulet que j'avais en meme 
temps. — Une feuille d'arbre il me fit — Consacrer, — Puis un peu d'urine de mulet 

— 11 me fit boire dans cette feuille ; — 11 me fit aussi promettre — De ne Hen dire a 
personne, — Seigneur Dieu du ciel, — Qu'a vous seul. — Je ne le dis, non, a pcrsonne, 

— Qu'a, vous seul, — Pour qu'Olandabera vous — Fassiez prendre. 

Apr&s avoir expose les types principaux de la chanson basqne, 
essayons d'en d£gager les traits distinctifs et les particularity 
mnsicales. 



Ill 



La mosique basque est essentiellement rythmique. (Test son 
rythme d6cid6, trfcs male et pourtant souple et plastique, poor 
ainsi dire, qui constitue sa plus forte originality. 

Deux 616ments composent le rythme d'une chanson, le rythme 
pur, c'est-a-dire le jeu des accents, qui est coinme l'organisme du 
thfeme, et le metre, qui en est l'ordonnance. Un th&me peut parfai- 
tement se passer de mesure au sens 6troit du mot, 6tre purement 
rythmique : mais la mesure seule n'a jamais pu donner la vie a 
une chanson. II y a done deux sortes d'accents, les accents rythmi- 
ques et les accents metriques, qui pourront parfois se r^unir, 



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334 



LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES 



qui d'autres fois s'opposeront, errant ainsi de precieux moyens 
d' expression. 

Les accents rythniiques sont ceux qui naissent des elans et des 
repos de la nielodie, appells scientifiquement arsis et thesis. Les 
accents m£triques sont les temps forts et faibles de la mesure. Les 
accents rythmiques sont libres dans leur mouvement, ne sont pas 
soumis k une dur6e rigoureuse dans leurs rapports r6ciproques, 
enfin ils sont divers dans leur dynamique, e'est-a-dire dans leur 
force ou leur in ten site. Les accents m£triques, au contraire, sont 
isochrones, periodiques, r6guliers, egaux dans leur force, asservis 
au temps. 

Ges principes une fois admis, quel est leur rdle dans la forma- 
tion de la melodie basque ? Dans les anciennes melodies, que nous 
avons fait venir du plain-chant, nous ne trouvons que 1' accent 
rythmique, qui leur donne le caractere de melop£e, si saisissant 
quand elles sont entendues dans leur cadre de forets et de monta- 
gnes. Ainsi le theme Arranoak bortietan perd toute originality si 
nous le faisons entrer de force dans une mesure reguliere, si nous 
le disposons entre des temps forts egaux. Nous allons en juger : 

VERSION RYTHMIQUE 



Arrano- ak borti-c- taa goradabil- tza he- ga-le- tan, etc. 



VERSION MBTRIQUB 



Pour les gens nombreux dont le gout musical est pleinement 
satisfait par les beaut£s du pas redouble, la seconde version est la 
plus logique, la plus fidele a nos conventions musicales actuelles. 
Mais combien l'artiste pr^fere la premiere, plus souple, plus 
vivante, plus plastique ! On ne saurait ecouter avec trop de soin 
et de scrupule le chanteur populaire, avant de noter sa chanson, 
pour transcrire fidelement son rythme et son mode. 

Qu'on me permette k ce propos un souvenir personnel. En sep- 
tembre 1890, k la fete de La Ghapelle, petit quartier de Barcus, 
par une nuit de pluie diluvienne, dans une auberge enfumee, jc 
recueillis ce theme admirable de la bouche d'un grand garcon me- 
lancolique nomm^ Notary : 



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LA MXJ81QUB POPVLAIRE DBS BASQUES 



335 



MAITIAK BILHOA UOLLI 



^^ ^^j g ^-^-jrm : tt^^ : ff g^^ 



Mai-ti- ak biiho- a ho- Hi E-tako- lo-ri-a go- rri Es-ku- 



ko larri- a churi, zil- har fi- na u- du- ri E- ta bera charma- 



f Pr * ^^ F6 



garri best 1 o- ro-ren ga- ne- u, 



Etchettobat badizut nik 

Jaoregi baten parerik 
Hartan barnen egonen zira, zilhar k aid era n jarririk 
Ihourk ezpeiteizu erranen nahi eztuzun elherik. 

Nik badutut mi la ardi, 

Bortian artzaneki ; 
Katalounan ehun mando bere zilhar kargeki : 
Hourak oro badntuketzu, Jiten bazira cneki. 

Baduzia mila ardl 

Bortian artzaneki? 
Katalounan ebun mando, zilhar dibarureki ? 
Hourak oro ukhenik ere, eniz Jinen zureki. 

Maitenaren etehekoak 

Khechu umen ziradeie : 
Alhaba ene emaztetako sobera umen zaizie. 
Ez emazte, bai amore : sofritu behar duke. 

Senhartako emozie 

Frantziako errege ; 
Frantzian ezpada ere, Espanakoa bedere : 
Bada errege, enperadore, phuntsela ja ez tuke. 

Traduction. - Ma mie a la cheveiure blonde, — Et de bonnes couleurs, — La peau 
des mains blanche, comme de l'argent fin ; — Elle-meme est pleine de charmes plus 
qu'aucune autre. 

J'ai une maison, moi, — qui est l'egale d'un chateau ; — Vous y demeurerez, assise 
sur un siege d'argent; — Personne ne vous dira ce que ne voulez point entendre. 

J'ai mille brebis — En montagne avec leurs bergers, — En Catalogne cent mulcts 
charges d'argent : — Tout cela vous aurei si vous venez avec moi. 

Ah ! vous avez mille brebis — En montagne avec leurs bergers? — En Catalogne 
cent mulets charges deraonnaie d'argent? — Pour avoir tout cela, je n'irai point avec 
vous. 

Vous les parents de ma mie, — Vous etes, parait-il, fort mecon tents : — Votre lille 
vous parait trop haute pour devenir ma femme; — Non, femme, de l'amour — II lui 
faudra souffrir. 

Donnez-lui pour mari — Un roi de France; — Et s'il n'cn est point en France, cclul 
d'Espagne tout au moins : — Qu'il soit roi ou empereur, il ne I'aura certainement pas 
pucelle. 

Rentr£ a Maul^on, tres fier de ma trouvaille, je chantais a tout 



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336 



LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES 



iant cette d^licieuse chanson d'amour, insistant avec joie sur le 
8 qui me ravissait par sa saveur. Mais k la ville j'eus peu de 
c&s. « Vous chantez faux, me disait-on, ou la version que Ton 
ls a donn6e est d6natur6e. » Pour les uns, c'6tait ce timbre-ci : 




D.C. 

lentable de mensuration rigoureuse. 
our d'autres, cette chanson : 



Martial 




los contradicteurs se disputaient entre eux, mais tons 6taient 
cord pour me plaisanter sur mon timbre. En Soule, on dit les 
ses en face et nettement. Je me sentais d6j& menacl de quel- 
couplet satirique ! Quelques jours aprfes, au marchd de Mau- 
i, je rencontre mon Notary, menant au champ de foire un 
ie veau docile. En un tour de main j'attachai le veau k un 
re et j'eminenai mon Basque tout surpris chez mon ami et 
aborateur le docteur Larrieu. J'appelai quelques-uns de mes 
[ques qui se promenaient sur la place, je mis Notary sur la 
3tte devant un bon verre de vin blanc et je lui demandai sa 
ison. Je tremblais demotion. Le terrible do 8, cause de la 
*elle, surgira-t-il au bon moment? Le brave chanteur r£p6ta, 
: une exactitude de phonographe, la version que j'avais not£e. 
lo 8 incrimin6 sortit triomphant. J'etais hors d'affaire. Alors 
nvectives se d£plac&rent, et ce fut Notary qui fut accus£ de 
iter faux et tout de travers. Mais notre Souletin, son verre de 
Elvale, dans une saillie pleine de finesse, ramassa de la belle 
n nos quatre chapeldun 1 , retourna son b6ret sur sa t&te, saisit 
makila et alia dSlivrer son veau, fredonnant sa chanson, la 
e, celie qu'il tenait de ses parents ou d'un camarade d'auberge. 
'oublions pas, 6 chapelduns du Pays Basque, pour les tradi- 

En francais : « porte-chapeaux ». 



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LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES 



33 7 



tions populaires, c'est Gros-Jean qui doit en remontrer a son curl 
ou a sou instituteur. 

Mais revenons au rythme. Son intervention dans la m61odie 
franchement mltrique anienera des contre-terops, trfcs caracte>is- 
tiques de la musique basque, que les mensuralistes appelleront des 
deplacements de temps. 

En voici deux exemples : 



i £E Fr-p-r g BBiili 



Chant de quite recueilll au chdleau d'Abbadia (Hendaye). 



w w m^^^^^^mW 



^mmp- 



Chanson de m&me provenance, 

Ces rythnies nous conduisent a parler d'une des plus curieuses 
particularity de la musique basque, 1' usage de la mesure a cinq 
temps, rlpandue surtout en Espagne et dans la musique de danse. 

Je citerai unc des rares chansons basques-francaises concues 
dans ce metre : 

URZO CUOURIA, URZO CIIOURIA 



MXk£ft!^ =5=&=& 



Urzo chou-ri-a, ur- zo chouri- a, Errani-zadak o- thoi e-gi- 



z^^^^m^m m^ m 



Nourat bu-ruz houndou- en bida-jez, Aldatu ga- be pa- sa- 



jcz. 

Ene herritik, phartitu nintzan 
Espanalako desenian ; 
Heltu nundnzon Ahansusera 
Ene plazeren ban galzera. 

Traduction. — 1. Blanche palombe, blanche palombe, — Dis-moi, de grace, la verity : 
Oq allais-tu en voyage, — Sans changer de route? 

a. De mon pay9 j'etais partie — Avec le desscin d'aller en Espagne; — J'irrivai a 
Arhansus, — Pour y perdre mes plaisirs. 

On rencontre quelquefois des chansons satiriques a change- 
ments de mesure, oil le cinq temps est employ^ avec un singulier 

a-propos : 

22 



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338 



LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES 



URZOBAT JIN IZANDA 



g, gg^^^ ^ ^^^ ^ ^^g 



Ur- zo-bat jin i- zanda Ka- ta-lou-na al-de- tik Pha- pa- 
Be- re la- ma gris e- ta Zan- khoho- Hi - e- kin ; 



go-lan phao- sa- tu da Be- re lin-ja- re- kin. 



Tra- la la la la 




la la la la la la 




Urzoa noural bona, 
Hegalez aidian, 
Aita ama zaharrak 
Eitzirik habian? 
Lumasutu nuk eta 
Acholik ezliat. 
Tra la la, etc. 

Janak triste niz eta 
Enaile konlsola ; 
Bi maile ukhen, ela 
Olsoek jan bata : 
Ezpenian gogatzen 
Holako malnrra. 
Tra la la la, elc. 

Traduction. — i. Une palombe est venue, — I)u cote de la Catalogue, — Avec son 
plumage gris, — Et ses pieds jaunes. — Ellc s'est arretee a Phagolle — Avec ses 
effets, — Tra la la la la, — Avec ses effets. 

a. Palombe, ou vas-tu, — En Pair sur tcs ailes, — Pcre et mere ages, — Laissant 
au nfd? — Je suis couverte de plumes — Et n'ai aucune crainte. — Tra la la, etc. 

3. Ah ! jc suis triste — Et ne puis me consoler; — En avoir aime deux, — Et le loup 
a devoid Pun. — Je ne m'attendais point — A un tel malheur. — Tra la la la la, elc. 

Voici une chanson k mesure mobile : je ne Fai entendue qu'une 
seule fois; comme toute chose rare, elle est restee dans peu de 
ra6moires : 



NIK BADUT MAITRONOBAT 



Ugtr. 



Nik ba-dut maite- nobat, oi ! be-na no- la- ko? Ez-da 
tti- pi ez bandi, bai bi- en ar- te- ko; Be-gi-a po-lli-ta 



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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 339 



i ffiaFg ^ r^^^^j^^^^^a^ 




dena a- mo- ri- o : Bihot-zl- an sarthu zaut, ezbaitzaut 

m 

jalgi- ko. 

Zuri nuzu hersatzen, arrosa ederra, 
Phena gaitz hoietarik, nezazun athera; 
Balin badut hortarik hiltzeko malurra, 
Bazindukea bada bibotzian phena? 

Amodioaren phena, oil phena khiralaa! 
Orai dut ezagatzen harek daukan phena. 
Amodioa ezpaliz den bezain krudela, 
Ez nezakezu erran maile zaitudala. 

Munduan zenbat urhats oi ! ezdut egiten ! 
Ez ahal dira oro alferrak izanen. 
Jendek errana gatik guretako el he, 
Orotaz trufa neinte, zu bazindut neore. 

Zeruan zenbat izar, maitea, ahal da ? 
Zure parerik eue begietan ezda. 
Neke da pharlitzia, mailia, enelzat : 
Adio nik derautzut, denbora batentzat. 

Zuri erranik ere, maitia, adio, 
Ez nezazula, olhol, ni ukhan bastio : 
Bain an bai bihotzetik izan amodio, 
Etzaitnt kitaturen thonban sar artio. 

Traduction. — i. Moi j'ai une amie, oh! mais comment est-elle? — Elle n'est ni 
petite, nt grande, entre deux; — Kile a l'oeil joli, tout amour. — Elle est entree dans 
mon coeur pour n'en plus sortir. 

a. Je m'adrease a vous, belle rose,— Four que vous me sortiez de cette peine cruelle; 
— Si j'ai le malheur d'en mourir, — En auriez-vous de la peine au coeur ? 

3. Le mal d'amour, ah ! quel mal amer ! — Je vols ma in tenant toutes les peines quMl 
me donne; — SMI n'etait pas aussi cruel qu'il est, — je ne dirais pas que je vous aime. 

4. Que d'allees et venues no fais-jc pas? — Elles ne seront sans doute pas en vain. — 
Qu'importe ce qu'on dira de nous? — Je me moquerais bien de tons, si vous etiez a 
moi. 

5. Combien peut-il y avoir, ma mie, d'etoiles au ciel? — A mes yeux, il n'en est 
point qui vous egalc. — O ma blen-aimee I il en coute de partir; — Je vous dis adieu 
pour quelque temps. 

6. Quand meme je vous ai dit adieu, ma mie, — N'ayez aucun ressentiment contre 
moi; — Mais gardez-moi votre amour dans le coeur, — Je ne vous qultterai point 
que quand je serai au tombeau. 

La formule finale est certainenient d£natur6e. Yoici le plan 
rythmique de cette chanson : rythmes de qaatre et cinq mesures 
altern£es : 

3/4 a/4 3/4 a/4 

a/4 3/4 aft 3/4 a/4 

3/4 2/4 3/4 a/4 

a/4 3/4 3/4 3/4 



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) LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES 

)es chansons de ce genre se rencontrent encore an Pays Bas- 
3 ; j'en transcris nne antre qni nitrite d'etre analyst ; elle 
chante couramment sur le timbre suivant. M. Sallaberry Fa 
bltee k la page 3^7 de son recueil. II l'a not6 en 6/8, en dilatant 
rythme, qui, jecrois, est identique k celni de la chanson quej'ai 
ueillie, m£lodiquement differente ; il s'agit d'un rythme k huit 
ips coup£ ainsi : 

3/8 a/8 3/8 

seci sym6triquement pendant tontc la dur£e de la chanson. 
I oici la version de M. Sallaberry k 6/8 : 



pp M I r g j J ^m ^B^^ ^^^^ 



Ghori e- rre-si-nu-la, hots, e-mak e-ne- ki, 



Mai-tena- 



^■fSEESS 



:& 



&^ 



=F= 



=3S^ 



ztt 



ren borlhola bi- ak alkharre- ki ; 



Botzez-ti balez i- zok 



^ai^ ^'? ^g ^ 



de klara se- gret- ki 



Haren adizkide bat ba- de- la hi-re- 



^3&& 



ki. 



foici maintenant notre version propos6e en 8/8 : 



tf;m z mwF^ =±t F5^ gh> jNji 



Cho- ri e- rre-si- noula, hots, e-mak e- ne- kin ; Mai- ti- a- 



ren bop- thala, bi- ak al- ga- rre- kin : De- kla-ra i- zok ge- ro 



>otz ez-ti- ba-tc- kin, Ha- ren a- dichki- debat ba- de-la hire- kin. 



r oici enfin la version unique que j'ai recueillie d'un sandalier 
M aul£on : 



CHORI BRRESINOULA 



l J7"7~p ggf^gg 



Cho- ri e- rre-si- noula, hots, emak e-ne- ki; mai- ti-a- 



j g^ liigl i^ ^liilg i i p^ 



pen bor-tha- la bi- ak al- garre- kin : De- klara i- zok ge-ro botz 



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LA MUSIQUB POPT7LA1RE DBS BASQUES 



34l 



-ft 1 1 T\ * h E t • " 



g£f££^| 



ezti- ba-le- kin. Ha- ren a- dichki- de- bat ba- dela hi-re- kin. 

— Helta ginenian maitiaren borthala, 
Horak hasi zeizkun tchanphaz berhala, 
Ni ere joan nintzan bertan gordatzera 
Erresinoula igain haritchbatetara. 

< Nour dabila hor gainti ! Nounko zirade zu ? » 

— « Etokondorik eztizut, pharka izadazu; 
Egarri gaichtobatek heben gabilzazu : 
Uthorri bounbat, othoi, erakats' zadazu. » 

— < Egarr' izanagatik ezta mirakuUu : 
Igaran egunian berochko egin da; 
Utharri hounik, heben, batere eztoza : 

Zak galthatzen duzuna, goure behar duga. » 

Traduction. — Oiseau rossignol, allons, viens avec moi ; — ( AHods) a la porte de 
ma mie, tous deux ensemble ; — Puis, d'une voix douce, annonce-lui, — Qu'un de ses 
amis est avec toi. 

Quand nous fames arrives a la porte de ma bien-aimec, — Les chiens se mirent 
aussitdt a aboyer. — Moi aussi jc m'en allai bien vite me cacher, — Et le rossignol se 
percha sur un chene. 

t Qui va par la? D'ou etes-vous? • — « Pardonnez-moi, Jc n'ai point de famille; — 
Unc soif ardente me mene ici ; — Montrez-moi, de grace, une bonne fontaine. » 

c 11 n'est pas surprenant que vous soyez altCre; — La journee passee a ete un peu 
chaude : — 11 n'est point par ici de bonne fontaine; — Nous avons besoin pour nous- 
memes de celle que vous demandez. • 

Autre coupe curieuse observed dans la musique basque : la 
mesure a quatre temps suivie d'une mesure a deux temps avec 
temps forts identiques, pouvant se ramener a une mesure a trois 
temps large dont le troisieme temps serait fort : 



etc. 

Motif interieur d'une danse basque espagnole, Qaarrentaco Erreguela, 
empruntee au livre de Iztueta. (Voir notes bibliographiques en appendice.) 

Ou bien encore le commencement de cette chanson bas-navar- 
raise : 



S 



i^^m 



s^ 



Ar- gi- a de la di-o- zu gau- herdi Orain' ez du- zu, etc. 



Un des metres les plus singuliers rencontres au cours de nos 
recherches est celui-ci, type d'une veritable mesure a 1 1 temps; 
c'est un cantique. 



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34a 



LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES 



ZOURB HOUNTARZUNAZ HOUNEHRIK 




Aux amateurs de la carrure a outrance nous donnerons encore a 
m£diter les exemples de coupes rythmiques suivants : i° le type du 
cantique sur la Mort cite* plus haut, qui est entierement concu 
sur le rythme de trois mesures : 



Formule anacrousique \ 



lule a nacrousiq ue | 



etc. 



a celui des Commandements : 



$ 



&= 



f-&Hfef-S£ 



m 



etc. 



De pareils exemples sont innombrables. 

Quant aux particularity melodiques, elles resident dans le choix 
des modalit£s anciennes pour la plupart et dans l'emploi pres- 
que exclusif du mode mineur, ce qui n'empfcche pas la musique 
basque d'etre souvent pleine d'all6gresse, en g6ne>al peu melan- 
colique, et jamais monotone. Ce qu'il importe de remarquer, c'est 
la force de tradition encore vivace dans la constitution des degrees 
de la melodie et le respect des anciennes formes. 

Ainsi le do 8, qui g&nait tant nos « chapeldun », dans la 
la m£lodie de Notary, est absolument logique et d'accord avec la 
tradition. Si nous transposons la melodie d'un degre, on s'en con- 
vaincra facilement; il s'agit du triton, evit6 du reste avec une 
grande habilete\ le Ja etant sous-entendu, en montant le si est 
naturel, en descendant il est b6mol\ rien de plus juste selon rat- 
traction des notes et le respect des lois de la musique me*die* vale : 



II se pr^sente pourtant des cas ou le triton n'est pas adouci ; 
cette version d'une de nos chansons en est la preuve : 



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LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES 343 



II est juste de dire que je ne l'ai entendu chanter ainsi qu'excep- 
tionnelleinent, comme je le disais, d'une Basquaisc £iuigree, qui 
avail appris h chanter faux h Paris, dirait un « chapeldun ». La 
version avec le b6mol est tres commune. 

L'analyse melodique de la chanson basque pourrait £tre pouss£e 
bien plus loin ; des rapports des intervalles entre eux on tirerait 
des deductions singulierement int£ressantcs. Pour les airs de 
danse, notamment, la conformation des instruments populaires a 
du certainement influer sur le choix des intervalles. 

Enfin, il serait tres curieux d'^tudier a fond la transformation 
des timbres. Nous n'avons voulu signaler ici que les traits essen- 
tiels, insistant surtout sur le rythme, qui donne a la musique bas- 
que sa r£elle originality. L'examen, trop superficial nialheureuse- 
ment, de la musique de danse nous en donnera une nouvelle 
preuve. 



IV 



Nous ne nous proposons pas de d£crire, ni meme de compter, 
toutes les danses populaires du Pays Basque, du Pays Basque espa- 
gnol surtout, ou presque chaque ville a eu sa marche de fete et sa 
danse propre. Nous nous bornerons a indiquer les plus carac- 
te>istiques et a en noter la musique, sans repr£senter leurs nom- 
breuses figures. 

La danse populaire la plus celebre du Pays Basque francais est 
le saut basque. II y a en tout vingt et une manieres de le danser. 
Pour le profane, ces vingt et une figures aux attitudes et « piques » 
varies, avec leur air approprie\ se confondent facilement. Mais 
l'amateur de danse basque ne s'y trompe pas. Rien n'est beau, 
d'une beaute vraiment antique, comme ce grand cercle de jeunes 
gens, vetus de la petite veste flottante de la Soule, dansant sur la 
prairie, dans ces petites fetes de quartier qui ne connaissent pas 
encore le feu d'artifice, les chevaux de bois, les lampions et la 
fanfare. C'est Ik vraiment qu'il faut voir le saut basque, la danse 
noble, virile et gracieuse par excellence. Voici le theme initial d'un 
saut basque, le plus connu, le mutchikoak : 



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344 



LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES 



MUTCHIKOAK 



Allrpro vivo 




PI # jt^ \ fJ i_ — z zzr i ~ 

jj p^F — £ | [ 1 4 ' g * # I r f — 




Et cela continue ainsi tr&s longtemps, la mosique se transformant 
ind6fmiment ; et toutes ces combinaisons avecles trois trous d'une 
fl&te de buis! 

Au Pays Basque espagnol, la danse nationale est Yaurescu. Les 
ic in ines y prennent part, mais s£par6es des homines par des mou- 
choirs tenus bout a bout, pudique coutume que je crois assez 
r^cente. Uaurescu est un veritable ballet avec ses figures. Les 
homines dansent d'abord seuls, a tour de role ; un chef de file se 
detache du cordon des danseurs et vient sauter devant la jeime 



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LA MU8IQUE POPULAIRB DBS BASQUES 



345 



fllle qu'il a choisie dans la foule et qu'il finit par amener k la dansc. 
Le ruban d6ploy£ est interminable, gra.ce anx mouchoirs qui l'al- 
longent encore. Quand le dernier danseur a conquis sa danseuse, 
le cordon se d6noue, et l'aurescu se termine par un fandango en- 
diabll, les doigts claqaent dans Fair joyeosement. Voici les motifs 
de qaelqaes-ones des figures de l'aurescu, empruntles a 1 Edition 
qu'en a donnle M. Santesteban, de Saint-S£bastien : 



AURRESCU 
Dantzaren asieraco sonua 




ftp r 1 P| , r Pp iP p r Pp 1 gp / HSp rJ^ 




P f r i ^r^ h P p f J » f i fy r i J^yfy > ^ r r 








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346 LA MUSIQUE POrULAIRE DES BASQUES 




en flargi&sant. 
Escu aldatzeco sonua 



All? mod 1 ? 




Andre en deico sonua 



Moderato 




Un ouvrage trfcs pr^cieux du commencement du siecle, du a 
Iztueta, traite tres en detail des danses du Pays Basque espagnol. 
Ce vieux manuel est suivi d'un recueil des airs de danse, malheu- 
reusement d'une notation tres incorrecte. La tradition aidant, on 
a pu reconstituer plusieurs de ces danses. Et maintenant, aux fetes 
patronales, on peut voir cette fiere jeunesse danser les danses an- 
cestrales aux gestes guerriers et heroiques. Certaines municipa- 
lity, qu'on ne saurait trop louer pour leur initiative et leur gout 
de la tradition, ont cr£e l'emploi de mattre a danser de la ville, 



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LA MTJ8IQUE POPULAIRE DBS BASQUES 



347 



charge* d'instruire les enfants des 6coles et de former parmi eux 
ud quadrille de danseurs modules. Grace a elles, nous avons pu 
voir, aux fetes de Saint- Jean-de-Luz, les charmants danseurs 
d'Andoain et de Beasain, puis ces nobles jeunes gens de Beris, 
admirables de fiert6, de grace, de fougue guerri&re. Yoici quelques 
timbres de ces danses, entre autres celui de la c£lcbre danse des 
6p6es, ezpata dantza : 

EZPATA DANTZA 




j 1 niTnn n i rt i Hh h ; ^ 




nnf 



n fnnnrii j i j r iffnfli iag^ 





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348 



LA MU8IQUE POPULA1RK DES BASQUES 



JOBRAI DANTZA 



Mode re 




fy AflfllJ. Pi \ JSn£i\itif^ 






$ r ^p ; mf p t m m i j hJ • i a i ^^ 




U. I 5= : ] -[I J J i n J 'hf r IrTrf-f f 



ra#. motto. 



Beaucoup de ces danses composaient des corteges pr6c6dant les 
municipality ou les officiants dans les processions religieuses. 
C'est dans ce cadre qu'il faut les voir, dans ces petites ruelles des 
bourgs de la Navarre ou du Guipuzcoa, a l'ombre des maisons 
seigneuriales aux larges toits sculpted, traverses de loin en loin 
par un ardent rayon de soleil. La, sur les larges dalles, tandis que 
la procession se dlroule, sous les bannieres armoriees, au feu des 
mousqueteries, les jeunes gens, aux tailles bien prises dans leur 
ceinture de soie, dansent leur pas sacr6 avec leurs batons ou leurs 



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LA MUSIQUE POPULA1RB DBS BASQUES 349 

6p6es. A Tolosa, le jour de la saint Jean, j'ai vu ainsi la danse tra- 
ditionnelle da pordon dantza, la danse du baton, et c'est nn des 
pins charmants souvenirs de ma vie de musicien voyageur. Voici 
la musique exquise de cette danse : 



PORDON DANTZA 




•* * r r a ' 1 / j r * p r r r j * l 1 1 I c 




r iiLiiHuiii iiiiriiiin in if ir i 




Ges quelques lignes, consacrles a la musique de danse, suffiront 
pour donner une id6e de sa vari&6 et de son caractere. 

Pour terminer, nous citerons une des plus amusantes marches 
locales, celle de Fontarabie, dite marche de Cond4 f en mlmoire 
du si&ge de i638, lev6 par ce general et appel6e vulgairement 
titibiliti. 



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35o 



LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES 



MARCHE DE FONTARABIE 






etc. 



La version d'lztueta est incomplete et quelquefois different© de celle-ci. 






Ici se place naturellement la description des instruments qui 
servent k faire danser tous les Basques aux jarrets d'acier. (Test 
d'abord la Hide a trois trous, ordinairement en bois 16ger au 
Pays Basque franca is, en Arable au Pays Basque espagnol. L'ins- 
trument de percussion est de deux sortes : en France, dans la 
Soule, il est represents par cet Strange instrument a cordes, 
nomm£ tambourin de Gascogne, sur lequel frappe obstm6ment le 



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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 35 1 

m6n6trier avec sa bagaette sculpt£e, ne tirant de cette pauvre 
viole qu'un son confas et sourd. En Espagne, c'est le vrai tam- 
bonrin de nos tambourinaires de Provence, raoins haut pour- 
tant, au son clair se mariant irhs bien aux notes aigues de la fl&te. 
II est aussi tr&s rgpandu an Labourd. Au Pays Basque fran- 
$ais, le musicien est ordinairement seul, jouant a la fois de sa 
flftte et de son tambourin. En Espagne, il est g6n6ralement accom- 
pagn6 de deux acolytes, un second musicien jouant comme lui de 
la fl&te et du tambour et faisant une seconde partie, puis un tam- 
bourinaire tapant sur une caisse claire de regiment ou un tambour 
vulgaire, pour accuser les temps forts du rythme, avec deux ba- 
guettes. Enfin je dois nommer la gaita ou flageolet en cuivre, aux 
sons aigres et stridents. Geux qui ont assist^ aux fttes de la Tradi- 
tion basque a Saint-Jean-de-Luz, en 189a, n'ont pas oubli£ cette 
criante musique qui les r&veillait chaque matin. La gaita remplace 
la flfite dans les mains et aux l&vres des tambourinaires, surtout 
en Navarre. N'oublions pas le manjureta, sorte de corne k bou- 
quins, dont les sons prolongls, le soir, dans les hauts p&turages, 
ont une si po6tique mllancolie. Et puisque nous parlons des 
pasteurs, mentionnons les cloches de bttail, aux sons graves ou 
argentins, dont quelques-unes sont superbes de forme et d'ornemen- 
tation. Le violon du m£netrier est a peu pr&s inconnu au Pays 
Basque. Je n'en ai rencontr6 qu'un seul a La Madeleine, pr&s de 
Saint- Jean-le-Vieux. Quant a l'accord£on, si common dans les pays 
de musique populaire, comme la Norw&ge et le Tyrol, il est tr&s 
peu adopts au Pays Basque. Mais le piston nous menace! 

De tous ces instruments, de ces Elements originaux, en comple- 
tant les families (basses de clarinettes, par exemple), on compose- 
rait un petit orchestre trfes pittoresque, se pr&tant k merveille k 
PexScution de la musique de danse basque. Dans les fttes de village, 
cette petite bande arrgterait peut-£tre l'invasion de la fanfare 
funeste, corruptrice du go&t populaire. Nous connaissons, au Pays 
Basque fran$ais, en Labourd, certaine troupe pistonnante, engagle 
dans toutes les fttes de la region, dont les pas redoubles et les 
« defiles » viennent g&ter les plus belles parties de pelote. Cette 
horrible musique de cirque, fausse d'ailleurs a miracle, accompa- 
gnant ce noble jeu, cette lutte antique, quelle derision ! Puisque la 
musique y est traditionnelle, ramenez-nous le vieux tambourinaire 
d'antan ou un choeur de ga'itas, adouci de fliltes, jouant les danses, 
les airs, les marches du pays ! 



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35a 



LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 



C'est a dessein que nous avons omis de parler de la chanson 
basque espagnole. Dans sa forme ancienne, elle est tres rare, nous 
le croyons du moins, ayant pen fouille* le Pays Vascongado en com- 
paraison de nos provinces francaises. Nous l'avons assez £tudiee 
pourtant pour nous convaincre que toute une literature sentimen- 
tale est venue, depuis un siecle, l^toufler. Beaucoup de ces romances 
sont dues au celebre chansonnier Iparraguire, auquel on 61eva 
une statue de marbre dans son village de Zumarraga. 

Un de ses chants restera a jamais fameux, c'est l'hymne fu6riste 
<r Gaernikako arbola », dont la musique a H6 attribute a un 
organiste de Lequetio. Elle est moderne comme la po6sie elle- 
mgme. L'une et l'autre sont anim£es dun souffle superbe. On 
peut y relever quelques fautes de gout, des cadences banales et a 
effet, mais, dans une ceuvre de ce genre, le sentiment emporte 
tout. L'histoire du Gaernikako arbola est deja v£n£rable : il a 
soutenu des luttes hlroiques, vibre" sur les champs de bataille, et 
recu le bapt&me du sang. En France comme en Espagne, les 
Basques se levent et se d^couvrent quand il delate dans les ffetes. 
II fait passer des Eclairs dans tous les yeux. Saluons done avec 
respect et avec amour la fougueuse chanson, bien qu'elle sente un 
pen la poudre, puisqu'elle a €\€ choisie par les Basques pour reprl- 
senter Tesprit meme de leur race, cet esprit d'independance 
farouche, de fierte, de courage, de toujours jeune ardeur. Pour 
nous, elle repr£sente avant tout le culte des traditions seculaires, 
toute la foi, toute la vertu et tout Tart des sept provinces : Zazpiak 
Bat, sonne done le Guernikako arbola ! 



GUBRNIKAKO ABBOLA 



feg^^ fett^JLiL^ ^a ^^ 



Gaer- nikako ar- bola da bedein-katu- ba, Euskal- dunen ar- 



te- an guztiz maila- to- ba. Guer- ba; Eman taza-bal- za- zv 



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LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES 



353 



manduban fra- tu- ba ba, Adoratzen zai- lu-gu arbo-la santu- 



-^zv-r-j 




*3=§= 



*Ct= 






= feE^2 



Adoratzen zai- tu-gu ar- bo-la santu- ba. 



a. Mila urthe in guru da 
Ezaten dutela 
Jaiukoak jarri zubela 
Gernikako arbola : 
Zaude bada zutikan 
Orain da denbora 
Eroritzen bazera 
Arras galdu gera. 

3. Etzera eroriko 
Arbola maitia 
Baldin portatzen bada 
Bizkaiko juntuba 
Haurok arluko degu 
Zurekin partia 
Pakian bizi dedln 
Euskaldun jendia. 

4. Beliko bizi dedin 
Jaunari eskalzeko 
Jarri gaitezen danak 
Laster belauniko : 
Eta bihotzetikan 
Eskatuez gero, 
Arbola biziko da 
Orain eta gero. 

5. Arbola botalzia 
Dutela pentsatu 
Euskal herri guztian 
Denak badakigu : 
Ea bada jendia 
Denbora orain degu 
Hori gabetanik 
Iruki biazu. 



7. Arbolak erantzun du 
Kontuz bizitzeko, 
Eta bihotzetikan 
Jaunari eskalzeko : 
Gerlarik nai ezdegu, 
Pakia betiko, 

Gure lege zuzenak 
Emaen maitatzeko. 

8. Erregutu diogun 
Jaungoiko jaunari 
Pakia emateko 
Orain eta beti : 
Bai eta indarrare 
Zedorren lurrari 
Eta bendizioa 
Euskal-Erriari. 

9. Orain kanta ditzagun 
Laubat bertso berri 
Gure probinlziarcn 
Alabantzagarri : 
Alabak esatendu, 

Su garrez beterik, 
Nere biotzekua 
Eutziko diat nik. 

10. Gipuzkoa urrena 
Arras sentiturik 
Asi da deadarrez 
Ama gernikari : 
Etorri elzeiten 
Arrimatu neri 
Zure sendogarria 
Emen nukezu ni. 



6. Beti egongo zera 
Uda berrikua 
Lore aintzinetako 
Mancha gabekoa : 
Erruzaitez bada 
Bihotz gurekoa, 
Denbora galdu gabe 
Emanik frutuba. 



Ostoa berdia eta 
Zaiiiak ere fresko 
Nere seme maiteak 
Enaiz eroriko : 
Bcartzen banaiz ere 
Egon beti pronto 
Niganikan etsaiak 
Itzurreraz teko. 



23 



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\ 



354 LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 

12. Galiz maitagarria, 
Eta oestargina, 
Begiratu gaitzatzu, 
Zeruko Erregina, 
Gerlarik gabelanik 
Bizi albagifia 
Oraindano izandegu 
Guretzako dina. 



Charles Bordes. 



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BIBLIOGRAPIIIE MUSICALE BASQUE 



Don Juan Ignacio de Iztueta. — Guipuzcoaco dantza gogoan- 
garrien condaira edo historia beren sonu zar t eta itz neurtu 
edo versoaqain. Baite berac ongui dantzazeco ira caste edo 
instruccioac ere, etc... Berraren equillea D. Juan Ignacio de 
Iztueta. Guipuzcoaco erri leial Zaldivian jaioa, etc. Donostian, 
Ignacio Ramon Barojaren Moldizteguian, 1824, Garren urtean 
cguina. (Notice ou histoire des danses les plus ni^morables du 
Guipuzcoa, avec les airs anciens et les paroles en vers qui les 
concernent, et aussi avec des instructions pour les bien danser, 
etc.) 

Une premi&re edition parut sans paroles, la censure s'opposa a leur 
impression; plus tard une nouvelle edition suivit, avec musique gravee 
et paroles, sous le titre suivant : Eiiscaldun ancina ancinaco ta are 
lendabicico etorquien Dantza on critei pozcarri gaitzic. Gahecwn sonu 
gogoan garriac beren itz neurtu eddo versoaquin. Donostian, Ign. Ra- 
mon Barojaren Moldizteguian, 1826, Garren urtean eguina. (Les danses, 
les amusements innocents des anciens Basques et de ceux d'aujour- 
d'hui, avec la musique et les paroles mesurees ou vers.) In-folio de 
35 pages, plus 3 feuillets de titres et preliminaires. 

11 est regrettable que les airs a cinq temps aient ete tous not£s en 6/8, 
chaque mesure a 6/8 formant deux mesures a 5/8. Ainsi : 

r rC£/ ~ HXf " poup rrt~&TS-£r 

Le principe une fois admis, on s'y reconnalt facilement. Nous souhai- 
tons qu'il soit fait une Edition moderne de cet interessant ouvrage, 
peut-etre unique dans la bibliographie du Folk-Lore. Certaines danses 
avec paroles sont d'une grande beaut6. Le recueil ne contient pas 



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356 BIBLIOGRAPHIE MUSICALE BASQUE 

moins de cinquante et une danses diflferentes, dont trente avec paroles. 
Les Archives de la Tradition basque en projettent une rendition. 

Francisque Miguel. — Le Pays Basque, sa population, sa langue, 
ses mceurs, sa Utteralure et sa musique. — Paris, Firmin Didot, 
56, rue Jacob, mdccclvii. 

L'ouvrage de Fr. Michel contient, outre un chapitre raalheureu- 
sement tres succinct sur la musique basque, quelques feuilles de mu- 
sique a la fin du volume, contenant un saut basque (le mutchikoac), 
le pordon Dantza et le cuarrentaco erreguela, empruntes a l'ouvrage 
de Jztueta, et la chanson Choria Caiolan, en tout 4 pages. 

M me de La Villeuelio. — Douze Chants des Pyrinies. — Pu- 
bli6s a Paris, avec accompagnement de piano. 

Pascal Lamazou. — Cinquante Chants Pyre'ne'ens. — Paris, chez 
Pascal Lamazou, 14, rue Taitbout; en dtfpdt chez S. Richault, 
4, boulevard des Italiens. 

Ce recueil, public avec accompagnement de piano, contient divers 
chants des Pyrenees, dont douze airs basques seulement. 

J. D. J, Sallaberry (de Mauleon). — Chants populaires du Pays 
Basque. — Bayonne, imprimerie de veuve Lamaiguere, rue Che- 
garan, 3o, (1870). 

Le recueil le plus important public jusqu'a ce jour, contenant cin- 
quante chansons avec la traduction francaise, certaines avec accompa- 
gnement de piano. 

J. A. Santesteban. — Coleccion de Aires Vascongados para 
canto y piano. — San Sebastian, almacen de rausica. 

Collection importante d'airs basques espagnols publics s6parenient, 
puis reunis apres coup. Beaucoup de ccs chansons sont modcrnes, 
notamment dTparraguire. 

M£:me auteur. — Cantos y Bailes tradicionales Vascongados , 
arreglados para piano por J. A. Santesteban. — San Sebastian, 
Santesteban, editor, avenida de la Libertad, 3a. 

Sous ce tilre, M. Santesteban a en cours de publication une grande 
quantite de themes basques espagnols. II est assez difficile de se re- 
connaltre dans cette collection, qui semble divisee en deux categories : 
i° Cantos, 2" Bailes, les premiers sans paroles et dans un format in-S°. 



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BIBLIOGRAPHIE MUSIGALE BASQUE 35^ 

Meme auteur. — Coleccion de Marchas, Bailes, Cantos Vascon- 
gados para piano. — Une collection similaire qui scmble faire 
double emploi avec la pre*ce\lente. 

Julien Vinson. — Le Folk-Lore du Pays Basque. — Paris, Mai- 
sonneuve et O, editeurs, a5, quai Voltaire, i883. 

Un chapitre de Finteressant livre de M. Vinson est consacre aux 
chansons, qu'il public avec lcs airs, un premier couplet basque et la 
traduction francaise complete. Le volume contient en tout vingt-quatre 
chansons, divisdes en chansons politiques, chansons amoureuses, chan- 
sons satiriques et humoristiques, berceuses. 

ARCHIVES DE LA TRADITION BASQUE. — Religion, histoire, 
langue, podsie, contes, pastorales, proverbes, musique, chan- 
sons, danses populaires, coulames, jeux. Publication de docu- 
ments entreprise par un groupe d'ecrivains et d'artistes, pour 
servir a Thistoire de la tradition. — Paris, aux bureaux des 
Archives de la Tradition Basque, i5, rue Stanislas, fid. iu-4° 
paraissant par livraisons. Prix des livraisons, i fr; pour les 
souscripteurs, 5o cent. 

LIVRAISONS PARUES 

Charles Bordes. — Dix Cantiques populaires basques en dialecte 
souletin, recueillis et notes au cours de sa mission par Charles Bordes, 
charge de mission du Ministerc de l'lnstruction publique, Directeur des 
Chanteurs de Saint-Gervais. Textes basques revises et traduits par le 
D r J.-F. Larrieu. 

— Douze Noels populaires basques en dialecte souletin, recueillis et 
notes par Ch. Bordes. Textes basques revises et traduits par le D r 
J.-F. Larrieu. 

— Dix Chansons legendaires et morales du Pays Basque, recueillies 
et notees par Ch. Bordes. Textes basques revises et traduits par le D r 
J.-F. Larrieu. 

— Douze Chansons d'amour du Pays Basque, recueillies et notees 
par Ch. Bordes. Textes basques revises et traduits par le D r J.-F. Lar- 
rieu. 

POUR PARAITRE ULTERIEUREMENT 

— Douze nouvelles Chansons d'amour. 

— Douze Chansons satiriques. 

— C/iansons dwerses, politiques, berceuses, chants de quete et dc 
noces, etc., en deux livraisons. 

Le tout pour former un volume d'environ cent chansons. 



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358 BIDLIOGRAPHIE MUSIGALE BASQUE 

M£me auteur. — Ckoix des plus excellentes dames du Pays 
Basque espagnol. Zortzicos, danses caracteristiques , bailes, 
marches et parades, publics par Gh. Bordes. 

J. D. J. Sallaberrt. — La Musique dans les pastorales et les 
mascarades au Pays Basque, public par J. D. J. Sallaberry. 

M£me auteur. — Les Qingt et un Sauts basques du paysde Soule, 
par J. D. J. Sallaberry. 

Charles Bordes. — Le Chant populaire a l'&jlise et dans les 
confr6ries et patronages, collection publtee par la Schola 
Cantorum, soctete de musique religieuse, k Paris, i5, rue Sta- 
nislas. 

— Kantika espiritualak, choix de cantiqucs populaires basques. 

— Euskal Noelak, choix de 12 noSls basques, precedes d'un Angelus 
populaire. 

Edition sans accompagnement : chant seul et texte complet, o fr. 5o; 
Edition avec accompagnement : chant avec accompagnement, avec uu 
seul couplet de texte, a francs. 

Ces pieces, & peu de variantes pres, sont la reproduction des chants 
publics dans les Archives de la Tradition Basque, sans traduction fran- 
caise et avec accompagnement de piano. 



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XIV 
QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

DU PAYS DE SOULE 



M. JEAN DE JAURGAIN 



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QUELQUES LfiGENDES POfiTIQUES 

DU PATS DE SOULE 



PAR 



M. JEAN DE JAURGAIN 



URRUTIAKO ANDERIA 

Ahetzeko anderia 
Urriitian khorpitzez ; 
Hot dizu here buria, 
Kampoan da bihotzez. 

— Nur dii here maitia ? 
Nahi niike egia. 
Jinkoak nahi badii, 
Hiltzia Ukhenen dii. 

— Gurejaon Urrutia, 
Khechian bethi zira ; 



LA DAME DE RUTHIE 

La demoiselle d'Ahetze 

Est de corps au chateau de Ruthie ; 

Elle a la tele la, 

De coeur, elle est dehors. 

— Quel est son bien-aim£ ? 
Je voudrais la verity. 

Si Dieu le veut, 
11 aura la mort. 

— Ruthie, notre seigneur, 
Vous etes toujours en colere : 



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362 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

Erradaziit zertako, 
Ni enuzil kampoko. 

— Hiirrunt zite ni ganik 
Eztit zure beharrik ; 
Bazoaza kampora 

Eni adar biltzera. 

— Jaona, holako gaizak, 
Ahetzeko anderiak 
Eztitizu ikhasi ; 

Hen doazu ihesi. 

Elhe hoiek ahotik 
Jalkhitzen zielarik, 
Urriitiak bilhoti 
Therresta dii ebili. 

— Jinkoa, zer bizia, 
Oil jaon Urriitia, 
Ni Ahetzeko etchian 
Niinduziin bai bakian. 

Hunatjin behar nizun, 
Ene zorthia ziiztin, 



Dites-moi pourquoi, 

Je ne suis pas une Itrangere. 

— Eloignez-vou8 de moi, 
Je n'ai pas besoin de vous ; 
Yous allez au dehors 

Me cueillir des cornes. 

— Seigneur, de pareilles choses, 
La demoiselle d'Ahetze 

Ne les a pas apprises ; 
Elle va en les fuyant. 

Au moment 011 ces paroles. 
Sortent de sa bouche, 
Ruthie la saisit par les cheveux 
Et la tralne a terre. 

— Dieu ! quelle existence ! 
O seigneur de Kuthie, 

Moi, dans la maison d'Ahelze 
J'etais, oui, en paix. 

II fallait que je vinsse ici, 
C'6tait ma destinee, 



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DU PAYS DE SOULE 

Bihotz min ukheiteko, 
Zure khecharazteko, 

Ogen gabe zii, bethi 
Mintzo zitzaist gogorki ; 
Othoi, zure begiak 
Utz ditzala khechiak. 



363 



* * 



Goizian goizikjeikirik, 
Ogi ophilak eginik, 
Ahetzeko anderia, 
Lehia diin handia. 

Zareta bat biirian 
Kamporatjalkhitzian f 
Mus d' Urriitiak zian 
Baratu bai bidian. 
— Nun zabiltza hain goizik, 
Jauregia hiisturik? 
Galthatzen do Urriitik, 
Begiak oldartiirik. 



Pour avoir des maux de cceur, 
Pour vous faire'mettre en colere. 

Sans que j'aie aucun tort, toujours 
Vous me parlez avec durete. 
Que vos yeux, je vous en prie, 
Abandonnent leurs coleres. 



Levee de grand matin, 

Et apres avoir fait des petits pains, 

Demoiselle d'Ahetze, 

Grand est ton empressement. 

Une corbeiliee sur la tele, 
Au moment ou elle sortait, 
Monsieur de Ruthie Tavait 
Arr&tee, oui, sur le chemin. 

— Ou allez-vous si matin, 
Abandonnant le chateau ? 
Lui demande Ruthie, 
Les yeux en fureur. 



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*«■ 



364 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

— Jaona, ikhnsiren diizii, 
Nahi balin badiizii, 
Nurat orai nabilan, 
Zareta hau biirian. 

Jente eikeliari 
Emaiteko sokhorri, 
Madama Urriitiak 
Hartu zutian bidiak. 

Ophilez zaria beitzen 
Betherik jente prauben, 
Urriitiak zarian 
Eskia ezari zian. 

Ophilak, ordii hartan, 
Jin ziren haillikotan, 
Urriitiak berhala 
Uste trumpatii zela. 

— Ehiiliaren etchera 
Zoaza bilberaztera ? 

— Jaona, ikhusten duzii... 
Orai, ziik badakizii . . . 



— Seigneur, voas verrez, 
Si vous le voulez, 

Ou je vais maintenant, 

Avec ccttc corbeillee sur la t£te. 

Aux gens necessiteux 
Poor donner secours, 
Madame dc Ruthie 
Avait pris les chemins. 

Parce que de petits pains la corbeille 
Etait pleine pour les pauvres gens, 
Ruthie dans la corbeille 
Mit la main. 

Les petits pains, au merae moment, 
Se changerent en pelotons de HI. 
Ruthie aussitdt 
Crut qu'il s'etait trompe. 

— A la maison du tisserand, 
Vous allez les faire tramer. 

— Seigneur, vous voyez... 
Maintenant, vous, vous savez... 



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DU PAYS DE SOULE 365 

— Pharka izadazut arren, 
Bekhaitz eniizii izanen : 
Emazte hurt zirela 
Orai badit nik proba \ 



— Pardonnez-moi done, 
Je ne serai plus jaloux : 
Que vous etes bonne femme 
Maintenant j'ai, moi, la preuve. 

Le texte de cette trfes ancienne et curieuse l^gende, dont le sou- 
venir est k peu prfcs perdu dans les villages de la Soule, nous a 
6t6 fort heureusement conserve par M. Francisque-Michel, qui le 
recueillit et le publia en 1857. Je n'y apporte que de l£g&res mo- 
difications d'orthographe ; mais je corrige le nom de famille de la 
ch&telaine de Ruthie, car, d'apr&s les documents que je vais citer, 
la tradition orale a £videmment fini par transformer Ahetzeko 
anderia — la demoiselle d'Ahetze — en Hauzeko anderia — la 
demoiselle de Haux. 

Au cours de mes longues investigations historiques dans les 
depots d' archives de Paris, de la Gascogne et des pays euskariens, 
j'ai eu la bonne fortune de relever des renseignements assez com- 
plets sur les trois maisons souletines de Haux, de Ruthie et 
d'Ahetze sans trouvcr aucune trace d'alliance entre les deux pre- 
mieres. 

Les seigneurs de Haux me sont connud depuis Raymond-Ar- 
naud, qui vivait en i3i5 et dont la posterity s'6teignit dans la mai- 
son de Gramont, vers la fin du quatorzi&me sifecle, par le mariage 
de Gracianne, h£ritifere des chateaux et seigneuries de Haux et 
d'Olhaiby, avec Bernard dit Berdot de Gramont, chevalier, 
comme le constate une charte du 28 avril 1407 \ 

Pour les dames de Ruthie d'Aussurucq, j'en ai la suite inin- 
terrompue k partir de Marie, h6riti£re de cette maison, qui epousa 
vers l'an 1400 noble Andr6 de Suhare, seigneur de la Salle et gen- 
tillesse de Casenave de Suhare. Leur fils aln6, Menauton, seigneur 
de Ruthie d'Aussurucq, figure comme gentilhomme juge-jugeant 

1. Voy. Francisque-Michel, Le Pays Basque, Paris, 1857, in-8% p. 399. 

a. Papiers de Jaurgain, Inventaire des Archives de Bidache, du seizieme 
siecle. — Bibl. Nat., mss., Collection Duchesne (Papiers d'OIhenart), vol. 114, 
f 209. 



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366 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

de la terre de Soule dans un grand nombre d'actes de i453 k 1464 ; 
un document postlrieur nous apprend qu'au moment de sa mort, 
arriv£e peu de temps apr&s, il fonda une pr£bende dans P^glisc 
de Saint-Jean de Berraute-lez-Maul£on. 

Ge Menauton de Ruthie, qui est, trfes vraisemblablement, le 
h£ros de notre ballade, avait a peine vingt ans quand son pere 1c 
maria, vers 1422, avec Domenge d'Ahetze, damoiselle, soeur de 
monseigneur Arnauton d'Ahetze, chevalier, seigneur d'Ahetze de 
Peyri&de — depuis, Ordiarp — et d'Erbis de Musculdy. 

Plusieurs enfants naquirent decette union, entre autres : Arnau- 
ton, seigneur de Ruthie ; Menaud de Ruthie, chevalier de l'ordre 
de Saint-Jean de Jerusalem, commandeur de Berraute et d'lris- 
sary de i455 a 1472 ; Guilhem de Ruthie, niari£, puis pr£tre et 
recteur de Laruns, en Soule, en 1482 ; Jean de Ruthie, pr6ben- 
dier en 1469. recteur d'Aussurucq et vicaire de Suhare de i483 a 
1488 ; Gracianne de Ruthie, femme de noble Menautoxe de Jaure- 
guibery de Libarrenx ; et Marie d'Aussurucq-Ruthie, dite aussi de 
Suhare, alli£e : i° vers i444 & Bertrand de Behasque, donzel, sei- 
gneur de la Salle de Behasque ; a par contrat du 28 juin i456 
k Peyrot d'Anguelu d'Oneix, qui testa le 27 aoftt 1459; enfin, 
3° par contrat du 5 aoftt 1460 a Jean de La Mothe, seigneur 
adventice de la Salle de Saint- Palais f . 

Par un acte du mois d'octobre i^63, 011 Ton voit intervenir qua- 
tre generations de sa famillc, Arnauton, seigneur jeune de Ruthie 
d'Assurucq, declare qu'au temps pass6, £tant alors Ag6 d'un peu 
plus de vingt ans, il avait, avec lau tori sat ion d'Andr6, seigneur 
de Casenave de Suhare, et de Menauton, fils de celui-ci, seigneur 
proprtetaire de Ruthie, et pfere de lui, Arnauton, fait transport, 
vente et donation a Gracianne, sa soeur germaine, femme de 
Menautoxe de Jaureguiberry de Libarrenx, et k ses h^ritiers 
descendants de loyal manage, de tous ses droits sur les maison, 



1. Arch, des Basses-Pyrenees, Minutes de notaires de Soule, non classees. 
Arch, du scminaire d'Auch, Minutes de notaires de Saint-Palais. — Le con- 
trat da 5 aout 1460 est remarquable en ce qu'il contient les clauses de trois 
manages : celui de Marie de Ruthie ; celui d* Arnauton, seigneur de la Salle 
dc Behasque, son flis mineur du premier lit, avec Jeanne de la Salle de Saint- 
Palais, fille d'un premier mariage de Jean de La Mothe, et celui de Jean, 
seigneur de la Salle de Saint-Palais, (lis du meme Jean de La Mothe et de 
1'heritiere de la Salle de Saint-Palais, sa premiere femme, avec Marguerite 
de Behasque, fille de Marie de Ruthie. Ghacune des deux Jeunes fiancees 
eut une dot de 3oo florins. 



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DU PAYS DE SOULB 36j 

place, devoirs, fiefs, moulin, dimes, herbages, eaux, cayolars et 
autres appartenances de Gasenave de Suhare. Maintenant, etant 
agd de quarante ans, un peu plus ou moins, Arnauton se presente 
devant un notaire, accompaga6 de Pierre-Arnaud, son ills ain6 et 
h^ritier. Tous deux assises et autorises d'Andr6 de Suhare et de 
Menauton de Ruthie, leurs p&re, a'ieul et bisaieul, confirment par 
un nouveau contrat la donation et vente pr6c£demment faite a 
Gracianne de Ruthie *. 

Devenu, par sa femme, seigneur de Gasenave de Suhare, Menau- 
toxe de Jaureguiberry se reconnut d£biteur d'une somme de 
45 florins envers Arnauton, seigneur jeune de Ruthie d'Aussurucq, 
le a6 Janvier 1464 (n. st.), et, le m£me jour, en presence d* Arnau- 
ton, seigneur d'Ahetze de Peyrifcde, et de Johannot, fils d'Arbide 
de Juxue et de la Salle de Gotein, les deux beaux-fWres firent 
serment d' assurer sous peu le mariage de Pierre-Arnaud, fils de 
Menautoxe et h^ritier de Gasenave de Suhare, avec Domenge de 
Ruthie, sa cousine germaine, fille d' Arnauton \ 

La maison de Ruthie, encore representee de nos jours, hors du 
pays, compte parmi ses rejetons un grand nombre d'hommes 
d*armes et d'archers des ordonnances, plusieurs prllats et offi- 
ciers distingues. 

Peyrot de Ruthie, chevalier, seigneur de Ruthie en Soule et de 
Cheverny, au diocfese de Blois, fils de Pierre-Arnaud et de Mar- 
guerite de Navailles, mort le 6 octobre i54a, 6tait Tarrifcre- 
petit-fils de Domenge d'Ahetze. Admis en 1507 dans la bande 
des cent gentilshomines de Thdtel du roi, et pourvu en 1527 des 
charges de capitaine du chateau neuf de Bayonne et de chatelain 
du Maullon, gouverneur de la vicomt£ de Soule, il fut aussi pre- 
mier 6cuyer de la petite 6curie du roi, lieutenant de la v£nerie et 
capitaine de Saint-Germain-en-Laye \ Le 14 avril i533, Francois I cr 
lui fit don d'une somme de ao.000 livres pour le r£compenser de 
ses services et Taider a trouver un parti convenable 4 . C'est a lui 
que Ton doit la reconstruction de la partie la plus ancienne du 



1. Arch, des Basses-Pyrenees, Minutes de notaires de Soule. Le feuillet 
portant la date manque, mais Tacte qui vient immediatement apres est du 
3o oclobre i463. 

2. Archives des Basses-Pyrenees, Minutes de notaires de Soule. 

3. Voy. Jauroain, Les Capitaines chdtelains de Maulion (Revue de Bearn, 
Navarre et Lannes, i884» p. a54). 

4. Arch, nat., Acq. sur V&pargne, J. 960', f 8 49* 



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368 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

chateau de Ruthie qui, actuellement, sert de presbytere au cure* 
d'Aussurucq. 

Bernard de Ruthie, neveu de Peyrot, entra dans les ordres et 
devint aumonier de Francois I er , en i54a. Le 4 niai i55o, il e*tait 
conseiUer du roi et son premier aumonier, abbe* de Pontlevoy et 
commandeur d'Ordiarp. Nomme* grand aumdnier de France le 
i er juillet 1 55a, il fut sacrl ^veque de la cour par le Pape Jules III, 
a la demande du roi Henri II, et mourut le 3i mai i556. 

Jean de Tardets, chevalier, seigneur de Ruthie d'Aussurucq, de 
Cheverny et d'Arango'is de Luxe, gentilhomme ordinaire de la 
maison du roi, succ6da en i54a a Peyrot de Ruthie, son oncle ma- 
ternel, dans la charge de capitaine chatelain de Maul6on, et aux 
biens de la maison de Ruthie, a la condition d*en prendre le 
nom et les armes. 

Pierre de Ruthie, docteur en th6ologie, abbe* de Sainte-Engrfice 
en 1677 et grand archidiacre de Comminges en 1680, fut sacre* 
6v6que de Rieux en 1705 ; il mourut en 1709. 

Enfin, — et j'en passe, — Charles-Francois de Ruthie, qui mou- 
rut en 1741, 6tait lieutenant-colonel du regiment de Cambrlsis. 



II 



BERETERETCHEN KHANTORIA 

Haltzak eztii bihotzik, 
Ez gaztamberak ezurrik : 
Enian uste erraiten ziela aitunen semek gezixrrik f . 



LA CHANSON DE BERTER^CHE 

L'aulne n f a pas de moelle, 
Ni le fromage d'os : 
Je ne croyais pas que les gentilshommes disaient des mensongea. 



1. On retrouve presquc le niSme couplet, en dialecte bas-navarrais, dans 
une complainte moderne, Hit kechua, publiee par M. Francisque-Michel, Le 
Pay a Basque, p. 401 : 

Halzak eztu ekharten ezkurrik 

Ez gaztamberak ezurrik 

Eznien uste bazela 

Jinko semetan gezurrik. 



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DU PAYS DE SOULE 369 

Andozeko ibarra, 
Ala ibar luzia! 
Hiruretan ebaki zaitan armarik gabe bihotza. 

Bereteretchek oheti 
Neskatuari eztiki : 
« Abilj eta stfginezan ageri denez gizonik. » 

Neskatuak berhala, 
Ikhusi zian bezala, 
Hirur dozena bazabilzala leiho batetik bestera. 

Bereteretchek leihoti 
Jaon kuntiari goraintzi; 
Ehiin behi bazereitzola here zezena ondoli. 

Jaon kuntiak berhala, 
Traidore batek bezala : 
<r Bereteretch, aigii borthala, utzuliren hiz berhala. » 

— « Ama, indaziit athorra, 
Mentiiraz sekulakua ! 
Bizi denak orhit iikhencn du Bazko biharamena » . 



La vallee d'Andoce, 
Oh! la longue valine! 
Trois fois elle m'a fauche le cceur, sans arme. 

Bertereche du lit 
A la servante avec douceur : 
« Va, et regarde s'il paralt des hommes. » 

De suite la servante, 
Comme elle l'avait vu, 
Que trois douzaines vont et viennent d'une fenetre a I'autrc. 

Bertereche de la fenetre 
. Complimente le seigneur comte ; 
11 lui offre cent vaches avec leur taureau a la suite. 

Le seigneur comte, aussit6t, 
Comme un traltre : 
« Berlereche, viens a la porte, tu rctourneras de suite. 

— « Mere, donnez-moi la chemise, 
Peut-etre celle pour jamais ! 
Qui vivra se souviendra du lendemain de Paques. » 

24 



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3^0 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

Marisantzen lasterra 
Bostmendietan behera ! 
Lakharri Biiztanobian sarthii da bi belhainak herresta. 

— an Biiztanobi gaztia, 
Erie anaie maitia, 

Hitzaz hunik ezpalimbada, ene semiajuan da! » 

— <r Arreba, ago ichilik, 
Ez, othoi, egin nigarrik ; 

Hire semia bizi balimbada, mentiiraz Mauliala da. » 

Marisantzen lasterra 
Jaon kuntiaren borthala 1 
« Ai I ei ! eta, Jaona, nun diizie ene seme galanta ? » 

— « Hik bahiena semerik 
Bereteretchez besterik ? 

Ezpeldoi altian dun hilik; abil, eraikan bizirik! » 

Ezpeldoiko jentiak, 
Ala sendimentii gabiak, 
Ilila haih hullan iikhen eta, deixsere etzakienak! 



Oh ! la course de Marie-Santz 

A la descente de Bostmendicta ! [les deux genoux. 

Elle est entree dans la ma i son de Bustanoby de Lacarry, en se tralnant sur 

— « Jcune Bustanoby, 

Mon frere bien-aiml, 
S'il n'y a secours de toi, mon tils est perdu ! 

— « Soeur, tais-toi 

Je t'en pric, ne verse pas de larmcs. 
Ton (lis, s'il vit encore, est peut-etre arrive a Mauleon. 

Oh ! la course de Marie-Santz 
A la porte du seigneur comte !. 
« Ale, ale, seigneur, ou avez-vous mon galant tils ? » 

— a Avais-tu, toi, de fils 
Aulre que Bertereche? 
11 est aux environs d'Espeldoy, mort; va, releve-ie vivani. » 

Les gens d'Espeldoy, 
Oh ! les gens denues de sentiment, 
Qui avaient un mort si pres, et qui n'en savaient rien ! 



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DU PAYS DE SOULE 3?I 

Ezpeldoiko alhaba 
Margarita deitzen da; 
Bereteretchen odoletik ahixrkaz biltzen ari da. 

Ezpeldoiko bukhata 
Ala bukhata ederra! 
Bereteretchen athorretarik hirur dozena iimen da '. 



La fille d'Espeldoy 
Se nomme Marguerite, 
Elle ramasse le sang de Bertereche a pleines mains. 

La lessive d'Epeldoy, 
Oh! la belle lessive I 
II s'y trouve, dit-on, trois douzaines de chemises de Bertereche. 



II faut avoir entendu cette magnifique complainte, change a 
pleine voix, la nuit, dans nos montagnes, pour en appr6cier toute 
la beauts, l'ind^finissable expression de melancolie et d'£tranget£ 
que la notation musicale est impuissante k bien rendre. 

Cest assureraent Tun des types nationaux les pins complets de nos 
vieilles 16gendes euskariennes. Mon excellent ami J ales Sallaberry 
pensait, lorsqu'il pnblia son recueil, que le meurtrier de Bertereche 
6tait probablement un comte de Troisvilles, lieutenant du roi en 
son chateau de Maul6on'; raais le comt6 de Troisvilles date de 
i643, et le premier capitaine chatelain de Mauleon de cette famille, 
Armand-Jean de Peyr6, comte de Troisvilles et abb6 commenda- 
taire de Montier-en-Der, exer^a la charge de gouverneur de Soule 
de 1676 k 1681 s . 

Notre complainte denote une facture beaucoup plus ancienne, et 
la tragique aventure dont elle nous a conserve le souvenir est 6vi- 
demment ant^rieure au dix-septienie siecle. J'en vois la preuve 
certaine dans le pr6nom de la mire de Bertereche, Maris antz de 
Bustanoby , trfes frequent en Soule au quinzi&me siecle, encore usit£ 

1. Recneillie et publiee par J. Sallaberry, Chants populaires du Pays 
Basque, Bayonne, 1870, p. 309. 

La musique recueillie et notee par Gh. Bordes differe legerement de ceile 
donnee par Sallaberry. 

2. Chants populaires du Pays Basque, p. 406. 

3. Yoy. pour les comtes de Troisvilles, le comte de Gandale et le comte de 
Lerin, Les Capitaines chdtelains de Mauleon (fievue de B4arn t Navarre et 
Lannes, i884-i885). 



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3ja QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

dans la premiere moitie* du seizi&me, et que Ton n'y rencontre plus 
quelque temps apr&s. 

Or, avant 1646, je ne vois dans la s6rie des capitaines ch&telains 
de Maul6on que deux personnages auxquels puisse s'appliquer le 
qualificatif de jaon kuntia : Jean de Foix, comte de Candale, et 
Louis de Beaumont, comte de Lerin, baron de Guiche et de Gurton, 
constable de Navarre ; mais le premier doit £tre £carte, car il ne 
trouva pas le loisir de venir prendre possession de sa charge ; 
d'ailleurs, le comte de Lerin commandait k Mauleon depuis i/p4, 
comme lieutenant du due de Glocester, pr6d6cesseur de Jean de 
Foix, et il refusait de rendre la place. Beaumont £tait lebeau-frfere 
de Jean d'Aragon, roi de Navarre, et Henri VI, roi d'Angleterre, 
qui avait quelque int£r£t k le manager, lui laissa, par lettres du 
16 mai i447» la jouissance du chateau de Maullon jusqu'k ce qu'il 
fftt pay£ des frais de construction dune tour qu'il avait fait elever 
pour la defense de la forteresse et d'autres reparations, le tout 
6valu6 k une somme de mille livres sterling. Le 8 aofit 1448, noble 
Guillaume, Mtard de Beaumont, s'intitulait «cappitaine et garde deu 
castet de Mauleon per lo tres honorable et potent senhor mossenhor 
Loys de Beaumont, condestable de Navarre, senhor et ministre 
deu castet et castelanie de Mauleon et de la vicomtat de Sole per 
nostre tres souveran senhor lo rey d'Angleterre et de France 1 *>. 

Depuis, Henri VI ne porta pas longtemps ce titre de roi de 
France, car les Francois commencement la conquete de la Guyenne 
pr6cis6ment par le chateau de Mauleon, qui tomba en leur pouvoir 
au mois de septembre i449* « En ce diet mois, — raconte Jean Char- 
tier, auteur contemporain', — les comtes de Foix et d'Estrac, les 
vicomtes de Loumaigne et de Lautrec et plusieurs aultres barons, 
chevaliers et escuyers des pays de Foix, de Comminges, d'Estrac, 
do Bigorre et de Beam, jusques au nombre de six k sept cent lances 
et dix mil arbalestriers se partirent des pays de Beam et entrerent 
au pays de Basque ou a ville et chastel nomm6e Mauleon de Sole, 
laquelle ledict comte de Foix fist assieger de tous costez. Et quand 
ceux deladicte ville se virent enfermez, doubtant estre prins d'as- 
sault, se rendirent par composition et mirent ledict comte de Foix 
dedens. Les Anglois tindrent ledict chastel dont estoit garde le 
connestable de Navarre. lis le pouvoient bien tenir, car e'est le 

1. Arch, de M M la comtesse de Brancion, aujourd'hui & M. Paul Labrouche, 
Papier8 d'Othenart. 

2. HUtoire de Charles VII, rojr de France, p. 19a. 



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DU PAYS DE SOULE 373 

phis fort chastel de Guyenne, assis sur un moult hault rocq. Ledict 
comte fut accerten6 par ceux deladicte ville qu'il y avoit pou vivres 
dedens. Si y mist le siege de toutes parts. » Le comte de Lerin, 
ayant eu la certitude qu'il ne recevrait aucun secours du roi de 
Navarre, rendit le chateau, en obtenant la vie sauve pour la gar- 
nison, et se retira a Pampelune. 

C'est done de la premiere moiti6 du quinzteme si&cle, entre i434 
et i449> que date la ballade de Berterfeche, car le meurtre du fils 
de Marisantz de Bustanoby fut certainement commis ou ordonn6 
par le comte de Lerin, — qui 6tait Navarrais et parlait le basque, 
— pendant qu'il commandait au chateau de Maul6on. 

La Soule 6tait alors le theatre d'une sanglante querelle des fac- 
tions rivales de Luxe et de Gramont, qui, depuis plus d'un si&cle, 
partageait tout le Pays Basque cispyr£n6en en deux camps enne- 
mis ; Louis de Beaumont favorisait le parti du seigneur de Luxe, 
son proche parent, et la mort de Berterfeche fut un des mille inci- 
dents de cette guerre civile. 

Par lettres patentes sign£es au chateau de Pau le i3 novembre 
1427, Jean, comte de Foix et de Bigorre, vicomte de B6arn, donne 
commission a Guillaume-Arnauton de M6ritein d'arrfiter et con- 
duire aux chateaux d'Orthez, de Sauveterre, de Bellocq, de Pau et 
de Montaner, un certain nombre d'individus qui ont contrevenu a 
la paix de dix ans par lui faite. avec pleins pouvoirs des parties, 
entre Jean, seigneur de Gramont, et Gracian de Gramont, seigneur 
de Haux et d'Olhaiby, d'un cdt£, Arnaud-Loup, seigneur de Luxe, 
et le seigneur de Domezain de l'autre. II ordonne de les arrfiter 
n'importe oil, excepts en lieux sacr6s et religieux, et s'il doit, pour 
cela, dgmolir ou brftler des maisons, s'il s'ensuit plaies ou mort, 
le comte Ten relive 1 . 

Les deux partis avaient des adherents non seulement en B6arn, 
mais encore en Navarre, en Guipuzcoa et en Guyenne. Le 26 ftvrier 
i43 1, a Bordeaux, Francois, seigneur de Gramont, et Gracian de 
Gramont, seigneur de Haux, signent avec Bertrand, seigneur de 
Montferrand et Langoiran, et Francois de Montferrand, seigneur 
d'Uza et Belin, une ligue par laquelle ceux-ci promettentd'aiderles 
deux premiers dans leurs propres guerres contre tous, sauf le roi 
d'Angleterre, le comte de Foix etLongue ville, et le captal de Buch, 
de fournir vingt-cinq hommes d'armes, bien months et habilles, et 

1. Archives de M m * de Brancion, Papiers cTOihenart. 



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3^4 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

de les mener a leurs propres d6pens aux lieux oil les seigneurs de 
Gramont et de Haux auront la guerre, cinq semaines apr&s qu'ils 
en seront requis. Et si ces derniers ont besoin de plus de gens, 
Bertrand et Francois de Montferrand promettent de les aider de 
tout leur pouvoir, de leurs corps et de leurs biens. Par un autre 
traits fait entre le seigneur d'Uza et Gracian de Gramont, le pre- 
mier promet au seigneur de Haux vingt-cinq hommes d'armes et 
deux cents arbal£triers, un mois aprfes qu'il en sera requis, et s'il 
faut davantage, il fera son possible '. 

Francois de Gramont obtint aussi le concoursdu comte de Foix, 
vicomte de B6arn, qui, par lettres de i434 et i436, promit de Taider 
et secourir envers et contre tons, hormis les rois d'Angleterre et 
de Navarre, chaque fois qu'il en serait requis*. 

Quelque temps aprfes, Bertrand, seigneur de Montferrand et de 
Langoiran, se d6gagea de son alliance avec le lignage de Gramont 
et £pousa Jeanne de Luxe, fille de Jean I w , baron de Luxe, Osta- 
bat, Lantabat, Tardets, Ahaxe et autres seigneuries, ricombre de 
Navarre et chambellan de la princesse de Viana, et de Marie de 
Peralta. Le contrat de mariage fut pass6 devant Jean de Bergara, 
notaire du pays de Labourd, le 6 avril i44*>» et Jean de Luxe 
donna pour cautions de la dot promise deux gentilshommes de son 
lignage, Arnauton, seigneur de Belsunce, et Arnauton, seigneur 
d' Armendarits \ 

Le seigneur de Luxe avait lui-m6me assez de partisans et d'al- 
lies pour tenir t£te aux nombreux et puissants adherents de son 
adversaire, car on le voit donner entre les mains du s£n6chal de 
B6arn, par lettres dat£es de Menditte, le 22 septembre i44$» sftret6 
a Francois, seigneur de Gramont, et a ceux de son lignage, qu'il 
ne leur sera fait aucun mal pendant quinze jours 4 . 

Deux ans plus tard, quand la guerre £clata entre l'infant Don 
Carlos, prince de Viana, et Jean d'Aragon, son p&re, qui detenait 
la couronne de Navarre depuis la mort de la reine Blanche, les 
lignages de Luxe et de Beaumont se rang&rent du cdt6 de Don 
Carlos, tandis que les Gramont et les Navarre-Cortez se dSclaraient 



i. Arch, de M"* de Brancion, Papiers d'O'ihenart. 

a. Ibid. — Arch, des Basses-Pyrenees, Serie E, cartons 4^7 et 438. 

3. Arch, du seminaire d'Auch, Papiers d'Oihenart, Noblesse de Gascogne et 
Navarre, f* 67. 

4. Inventaire des titres de la maison de Gramont, manuscrit du seizieme 
siecle, P 180. 



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DU PAYS DE SOULB 3^5 

pour le roi. Les hostility commencerent au mois de septembre 
i45o, et Jean de Luxe s'empara aussitftt de Saint-Jean-Pied-de- 
Port, qui £tait la principale place forte de la Basse-Navarre 1 . 

La querelle des Luxetins et des Grainontais prend alors de 
telles proportions en Basse-Navarre, que les chefs des deux partis, 
le tres noble En Francois, seigneur de Gramont, et En Arnaud- 
Guillaume, seigneur de Domezain, l'un des tuteurs de En Johan II, 
seigneur de Luxe, pupille, se reunissent avec d'autres gentilshom- 
mes et bonnes gens de Tun et 1' autre lignage, le lundi 2 juillet i453, 
dans une prairie dite de Sorhabil, et designent six commissaires, 
trois de chaque cdte\ pour rSdiger les articles d'une hermandad au 
pays de Mixe, afin de mettre fin aux meurtres, pilleries et autres 
exees qui se commettent journellement, en public et en secret, 
entre les lignages de Gramont et de Luxe, et que la justice ne pent 
reprimer a cause de la division qui regne entre les princes, leurs 
souverains seigneurs. 

Ges commissaires se reunissent dans l'eglise Saint-Jean-Baptiste 
d'Amendeuix le lundi 3o du m&me mois et arretent les clauses sui- 
vantes : 

La paix est renouvelee entre les deux lignages. Les malfaiteurs 
devront dire apprehended et livre*s a la justice royale par le pre- 
mier venu de ceux qui sont engages dans cette hermandad, au 
besoin ab crit et biaffore et orde sonade, repic de campane, e'est- 
a-dire avec cris, appel au secours, tocsin et sonnerie de cloches a 
coups pr£cipites, sous peine d'une amende de 6 florins du bon 
coin d'Aragon, applicable au soutien des charges de la herman- 
dad. 

On arrete ensuite des mesures repressives contre quantite de 
gens du pays ou Strangers qui vivent de vols, sous pr^texte qu'ils 
sont du parti du roi ou de celui du prince. 

Si quelque personne genereuse, e'est-a-dire noble et puissante, ou 
autre qui n'adhererait pas a Tunion desdits seigneurs, d£fie, meur- 
trit, menace ou injurie aucun de ceux qui ont charge d'executer ces 
prescriptions, le procureur de Fun desdits seigneurs devra la pour- 
suivre devant toute juridiction royale ou seigneuriale, aux frais 
des deux partis, jusqu'a entiere satisfaction du plaignant. 

Si quelqu'un commet quelque crime ou vol et se reTugie sur le 
territoire des baronnies de Luxe ou de Gramont, on pourra les y 

1. Arch, de Pampelune, caisses i55, n° 49, et i56, n* 18. 



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3^6 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

poursuivre sans violer les preeminences, franchises et liberty de 
ces baronnies, et, une fois pris, on les presentera an capitaine ch£- 
telain, bayle on clavier de la baronnie, en reque>ant de lui comply 
inent de justice, et s'il refuse, le baron ou son tuteur sera tenu de 
punir le malfaiteur suivant le cas, au criminel, s'il est question 
d'action criminelle, et de Fobliger k dedommager au double le 
plaignant, s'il s'agit d'action civile. 

La duree de ces dispositions est laiss£e k la discretion des deux 
seigneurs. S'il arrivait que le roi ou le prince ordonn&t chose due 
ou indue, les deux seigneurs, vu tel mandement, tiendraient con- 
seil entre eux et feraient reponse. 

M* r de Gramont pour lui et son parti, et le seigneur de Dome- 
zain pour lui, plus Gracian de Luxe, seigneur de Saint-Pee en 
Labourd, et le meme seigneur de Domezain, corarae tuteurs du 
noble En Johan, seigneur de Luxe, et comme procureurs du Reve- 
rend Pere en Dieu M* 1 " Pees de Pcralta, evGque dc Pampelune, 
aussi tuteur dudit pupille, du c6te de la mere, devront fournir cau- 
tion et jurer ces articles, sous peine de perdre Thonneur et de payer 
une amende de 2000 livres de Morl&as 1 . 

Mais Thistoire de ces factions m'entralnerait trop loin et je vais 
seulement citer quelques documents qui prouvent combien les 
attentats du genre de celui dont Bertereche fut la victime etaient 
frequents en Soule, au quinzieme siecle. 

Un fragment d'enqufcte du 14 avril 1478 nous apprend qu'un 
gentilhomme d'Alcay, Menauton d'Athaguy, fut attaque et 
blesse par Guilhemto, fils de la maison noble d'Irigaray d'Alcay, 
ct Menautoxe, fils du chapelain de Gorritepe, ayant en leur compa- 
gnie plusieurs de leurs parents, los totz abilhatz d'armes, 
comme son valestes, lances, spades et broques. Ces individus se 
retirerent ensuite dans Teglise d'Alcabehety, ou ils demeurerent en 
force et qu'ils refuserent d'ouvrir, lorsque, par mandement du 
ch&telain de Mauieon, le bayle de Soule-Souverain se presenta 
pour les capturer. Guirauton de Sainte-Colonie, lieutenant du 
gouverneur, fut oblige d'y aller lui-m£me, avec des archers, et ils 
se rendirent alors ; mais quelques parents . intervinrent et le lieu- 
tenant laissa en liberte Guilhemto d'Irigaray et Menautoxe de Gor- 
ritepe, sous la caution de Picrre-Arnaud, seigneur d'Irigaray 
d'Alcay, et du sieur de Bertereche de Cihigue, se contentant de les 

1. Arch, de M"* de Brancion, Papiers d'Oihenart. 



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DU PAYS DE SOULE 3^ 

assigner a la cour de Licharre pour le a mai suivant; mais il leur 
imposa la condition de rester hors du pays jusque-l&, sous peine 
d'une amende de a5 marcs d'argent. A la priere de monseigneur de 
Luxe, le lieutenant prorogea le delai de comparution jusqu'au 
i er juin*. 

Le 22 d6cembre i44?» Roger, seigneur de Gramont, £crit de 
Bidache a M m * Jeanne de Beaumont, fille du constable et de 
Jeanne de Navarre, veuve de Jean II, seigneur de Luxe, pour se 
plaindre que malgre* la paix finale conclue entre les deux lignages 
par le deTunt roi Phebus, les compagnons de Domezain ont assas- 
sin^ Bernard de Rospide* et commis, depuis, biend'autres meTaits. 
« Vous avez aussi oui dire, je pense, ajoute-t-il, que lesdits de 
Domezain, avec quelques-uns de leurs compagnons du lignage de 
Luxe, habitants du pays de Mixe, se sont mis dans un bois, pres 
de Sussaute, qui est de mon lignage, et, de la, en tirant leurs 
traits, ils ont tu6 un fils d'Alsarrec d'Arbouet, mon compagnon. 
Et ils en auraient fait davantage sans l'aide de Dieu et les bons 
eflets que Ton fit. On n'a pas entendu dire que vous ni votre 
lignage ayez pense* a punir ces meTaits, et bien que j'aie sursis et 
et u'aie pas permis qu'on en tirat vengeance, je ne sais plus que 
repondre quand on vient se plaindre. Je vous prie done et vous 
requiers au besoin de punir les coupables. J'attends votre bonne 
r6ponse a . » 

Au mois de mars i486, M m0 Catherine de Caste tpugon, veuve de 
Gracian de Gramont, chevalier et ricombre de Navarre, seigneur 
de Haux, Olha'iby, Montory, Abense pres Maullon, la Salle de 
Cheraute, etc., 6crivit de Haux ou de Montory k Roger, seigneur 
de Gramont, son fils, une lettre dont voici la substance : 

« Les gentilshommes du lignage de Tardets suppliaient M mo de 
Gramont de vouloir bien envoyer un messager a son fils pour qu'il 
lui plut faire la paix et mettre fin aux mefaits qui avaient suivi et 
pouvaient encore suivre les meurtres et autres exces commis par 
quelques fils d'iniquit£ de leur lignage, en Soule et ailleurs. 

« A leur priere M me de Luxe s'^tait transported en Soule et avait 
assemble, le 25 mars, les gentilshommes et communaut£s du lignage 
de Tardets, et leur avait fait jurer la paix. 

« Ils se seraient adress6s a monseigneur de Luxe, s*iis ne lui 

1. Arch, des Basses-Pyrenees, Minutes de notaires de Soule non class ees. 
a. Gentilhomme du village d'Aroue, pres de Domezain. 
3. Arch, de M M de Brancion, Papiers d'Oihenart. 



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3^8 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

eussent 6t6 d6plaisants, a cause de quelques dommages faits par 
leur parti aux lignages de Haux et d'Olhaiby. Et, a cause de cette 
crainte, ils out recours a M mo de Gramont comme a la meilleure 
me'diatrice. » 

Roger de Gramont rlpondit a sa mere : 

« Madone, Taut humilementz cum pusc me recomandi a votre 
bone grace, et vos plassi saver que ey recebudes las lettres que per 
lo rector de Montori present portador vos ha plagut me scrivre et 
trametre, la una de vos a mi et l'autre deus gentiushomis et com- 
panhoos deu linadge de Tardetz a vos dirigide, laquoau dite lettrc 
portabe credence, et, segont lodit rector en vertut dequcre ere- 
dense me ha diit et esplicat, semble que los dessus dits ayen deli- 
berat dessi en abant de voler vivre en patz ; et me desplatz que 
totz temps davant daquestes hores ne han agut tal prepaus et deli- 
beracion, car si adagossen lors cors, las animas et las bees de edz 
et de nos ne valeren betcop mes que non fen. 

« Madone, vos sabetz que ayssi cum la may son de Lucxe a tres 
linadges so es assaber Lucxe, Ahatze et Tardetz, que parelhementz 
jo ey Gramont, Aus et Olhaiby en losquaus ha Dieu mercer betcop 
de gentiushomis et d'autres gens de bee, ab losquoaus suy delibe- 
rat de communicar so qui a vos a plagut me scrivre et mandar, 
car nia plusors que an recebut dampnage et no sere pas ben feyt a 
mi de estar tan presumptuos que de mi medix responossi adaquestc 
materi que es de tan gran importanssa. Per laquoau cause, Ma- 
done, et per complir votre mandament suy deliberat congregar et 
assemblar mons dits linatges et los far venir a Gramont. Et per so 
que bonement, lo linatge d'Aus schetz grand fatigue no y poyre 
venir, me semblere fosse bon que donassen scharge etpodera dus 
gentiuhomis et a dus deu comun per venir part dessa a la assem- 
blade, au jorn que per mi lor sera feyt assabut, et me semblere 
(sauban votre meilhor aupinio) que los gentiushomis per lo linatge 
d'Aus fossen Beleterrech * et Monguillot d'Arhansette, et pareilie- 
ment que ni vieyra autant deu linatge d'Olhavy, ausquoals jefarey 
sabidors. 

« Et ab tant, Madone, pregui Diu que vos doni so que votre cor 
desire. 

« De Bardos lo darrer jorn deu mes de martz '. » 



i. Ramonet, seigneur de Bertereche de Menditte. 
a. Arch, de M~ de Brancion, Papiers d'Oihenart. 



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DU PAYS DE SOULE 3^9 

Le 21 d^cembre i486, k Bidache, Roger, seigneur de Gramont, 
Haux, Olha'iby, Hastingues, etc., oonseiller et chambellan du roi 
de France, maire et capitaine g£n6ral de la ville de Bayonne, 
donne pouvoir k mossen Guixarnaud d'Arhancette, recteur de 
Haux et de Montory, M e Menaud de Barbfene, bachelier fes arts, 
demeurant k Maul6on, nobles Ramonet, seigneur de Berter&che de 
Menditte, Jean, seigneur de Gharritte, et Johannot, seigneur 
d'Audaux, de se presenter, en son nom, devant noble Jean, sei- 
gneur de Miglos, commissaire d6put6 par la reine de Navarre, 
pour etablir en Soule, entre les seigneurs de Gramont et de Luxe, 
et leurs lignages, une trSve dont la dur^e sera fix6e par ces sei- 
gneurs eux-m$mes, pour 6dicter des peines.contre les violateurs 
de cette tr6ve, et les faire ratifier, pour faire jurer la trfcve par les 
deux seigneurs, et enfin pour faire r^parer, k dire d'experts con- 
venus, les dommages d£j& commis entre les deux partis de Luxe et 
de Gramont 1 . 

Dans un m£moire que Roger de Gramont fournit, quelques an- 
n6es plus tard, sur les meurtres et pilleries commis par les Luxe- 
tins sur ceux du lignage de Haux, les deux gentilsbommes les 
plus charges sont P6trissantz, seigneur de Rutigofty de Lichans et 
de Gorritep6 d'Al^abehety, et Amauton, abb£ laique de Barcus. 
On nomme aussi, parmi les Luxetins, le potestat du Domec de 
Sibas, Pierre- Arnaud de Suhare, seigneur de Casenave de Subare, 
les b&tards d'Espfes, Casenave de Restoue, Pierre- Arnaud, seigneur 
de Laphitz de Subare, etc. 

« L'an i493 — y est-ii dit, — les serviteurs de monseigneur de 
Luxe et les compagnons du lignage de Tardets allerent, la nuit, a 
Licq et entr&rent dans la maison de Jean de Licq, feignant de vou- 
loir y manger et boire. La, s'introduisant par force dans la 
cbambre dudit Jean, ils le tuerent dans son lit, sans qu'il eftt 
jamais rien fait et sans lui donner lieu de se confesser. 

« Depuis s'61evfcrent, c'est-k-dire prirent les armes, Jean de La 
Salle, staganer (administrateur, gardien, locataire) de la maison 
de Tardets, et ledit Petrissantz, seigneur de Rutigoity, avec d'au- 
tres gentilshommes et compagnons du lignage de Tardets, et cou- 
rurent k Atherey pour piller et tuer. Ceux de Licq et de Haux 6tant 
venus au secours d' Atherey, un homme de Licq, nomm6 Etchego- 
ren, fut tu6. 

1. Arch, de M"* de Brancion, Papiers d'Oihenart. 



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380 QUELQUES LEGENDES POET1QUES 

« Ensuite, ledit Rutigoity et d'autres ses compagnons revin- 
rent a Atherey et mirent a mort on idiot de Licq qui fauchait de la 
foug&re. 

« Pais ledit Jean de La Salle et Rutigoity, avec leurs compa- 
gnons, coururent a la campagne de Licq et atteignirent an homme 
de ce village nomni6 P£es Tome ; ils le ta&rent, demandant la 
confession de quoi le chrestiaa (cagot) de Tardets ly fe las 
gorges. 

a Pais vint le seigneur de Luxe avec ses gentilshommes et ses 
compagnons audit lieu, et la, ils tuirent Pierre, sieur d'Arhauspe 
de Haux, demandant la confession. 

« Puis lesdits Rutigoity et abb6 de Barcus, Guilhemto de Trois- 
villes, Guilhein-Arnaud, potestat du Domec d'Ossas, et le potestat 
de Gasenave de Suhare, avec a peu prfes 3oo compagnons du lignage 
de Tardets, coururent h treyl pen&at jusqu'a Laguinge et y tu&rent 
Guilhem-Arnaud, seigneur de Laxague, sans nul merci et sans qu'il 
eut fait d£plaisir ou dommage a homme du monde. 

<\ Un de ces jours-la, Sancho d'Arhancette, voyant tons ces excfes 
des Luxetins a Licq, alia vers l'abb6 de Barcus et le seigneur de 
Rutigoity pour leur demander s'il ne se pouvait pas 6tablir paix 
entre les deux partis de Luxe et de Gramont, et, pendant qu'il 
parlait, il fut tu£ en presence desdits Barcus et Rutigoity, et a leur 
requisition. 

« Peu de jours apr&s, le m&me abbe de Barcus vint a Laguinge 
avec ses compagnons et y tua de sa main un nomm£ Guixarnaud 
d'Insagorspe, d'Urdaix (Sainte-Engrace). » 

Le mlmoire relate ensuite tout au long les vols de b^tail et de 
menbles, et raconte enfin que, le 7 aout i4<P, les batards d'Esp&s et 
leurs compagnons avaient tu£ a Montory Jean de Barr6na, qui 
venait du moulin, et Johannot d'Arospide, qui gardait son 
maltre *. 

On voit par un acte de Guicharnaud d'Ohix, notaire, du 2 oc- 
tobre i494» <J ne certains meurtres, excfes et voies de fait ayant 6t& 
commis peu de temps auparavant et s'6tant continues de jour en 
jour, le lieutenant du s£nechal des Lannes vint au pays de Soule 
pour y r<§tablir l'ordre et la police ; il fit arrSter les honorables 
Johan, seigneur d'Esp&s, et Tristan, seigneur de T Abbadie de San- 
guis, et les livra a 1' honorable Pierris Gros, lieutenant de Mau- 

1. Arch, de M* a de Brancion, Papiers d'Oihenart. 



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DU PAYS DE SOULE 38l 

16on, pour les faire enfermer dans les prisons da ch&teau, lui re- 
commandant de les tenir en fid&le garde. Mais Pierris Gros ayant 
d61ib£r6 d'aller au pays de Rouergue vers monseigneurd'Arpajon, 
son maltre, ne voulut pas retenir plus longtemps lesdits seigneurs 
d'Esp&s et de Sauguis. Consid6rant que ledit lieutenant du s6nechal 
6tait retourn6 k Dax sans lui donner d'autres instructions et vou- 
lant complaire auxdits Johan, seigneur d'Esp&s, et Tristan, sei- 
gneur de l'Abbadie de Sauguis, attendu qu'ils Itaient gentils- 
hommes, il les mit en liberte sous caution. Les honorables Arnaud 
de Tardets, seigneur d'Ahetze de Peyrtede, Guilhem-Arnaud, sei- 
gneur d'Arbide de Juxue et de la Salle de Gotein, Guilheinto, 
seigneur du Domec de Lacarry, et Roger, seigneur de Lichos et de 
Casenave de Charritte, gentilshommes du parti de Luxe, jur&rent 
de rendre les corps et personnes desdits seigneurs d'Espes et de 
Sauguis au ch&teau de Maul6on, trois jours apr&s qu'ils en seraient 
requis, sous peine d'une amende de ioo marcs de bon argent fin 
au profit du roi, obligeant pour cela leurs corps et leurs biens 1 . 

Par un autre acte du niSnie jour, l'honorable Ramonet, seigneur 
de Berter^che de Menditte, gentilhomme du parti de Gramont, fut 
mis en liberte aux monies conditions, en donnant pour garants un 
cordonnier et un barbier de Mauleon *. 

Une requite pr£sent£e par ce Ramonet de Bertereche au ch&te- 
lain de Mauleon raconte comment son fils fut tu£ par les Luxe- 
tins : « A vos Moss or lo cappitaine et governador de Solle, Ex- 
pause et humilment remustre noble homme Ramonet, senhor de 
Berretereche de la parropie de Menditte, subget deu Rey nostre 
senhor, que pot aver ung an et miey o environ ung aperat Arnau- 
ton, abat de Barcuxs, lo senhor de Salaverri deMendi, Chicot, filh 
deu tisner de Tardetz, Maititoa, sabeter deu loc de Tardetz, Johan 
de La Salle, lo maestrot de Pagolle..., et autres lors complicis et 
aliatz, no savem per quenh spirit solicitatz, aben lor maubade in- 
tention en lors coradges, se transportan armatz et inbastonatz de 
lanses, espades, balistes, broques et autres invassibles armes en la 
parropie de Menditte, a gueyt apens, et aqui rencontran ung ape- 
rat Pierres, fiih deu medixs Ramonet, distan deung treyt de baliste 
de la maison deudit Ramonet, auquoal, sens luy aber cometut 
cause per que mes volen lor maubade intention meter a execution, 



x. Arch, des Basses-Pyrenees, Minutes de notairea de Soule. 
a. Ibidem. 



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382 QUELQUES LEGENDKS POETIQUES 

qui aixi fin, lo donan plussors cops de treyt de baliste, lance et 
espade audit Pierres, desquoaus cops lodit Pierres es anat de vie a 
trespas, et so non obstant non estantz conteatz deusdits cops audit 
Pierres, lo pilhan raubau et bajulan sa baliste, sint... auret argent 
et autres causes que portabe suus ; de laquoale mort, pilhatories 
et raubatories deudit Pierres, son filh, sa enrer, luy dit Ramonet 
s'en thiese grebat, injuriat, et totalement dampnadiat recor... da- 
bant vostre senhorie deusquoaus susdits murtris, pilhadors et 
raubadors, lodit Ramonet done per clamor et rencune criminosse 
tant force que pot, cum au cas se apparthiey, requerent vos placi 
far la justice au cas susdit pertinente 1 ... » 

La suite et la date manquent, mais le meurtre de Pierre de Ber- 
ter&che est posterieur au 26 juin 1492, car, k cette date, il servait k 
Dax, comme archer, avec Johannot de Charritte, homme d'armes, 
et Pierre- Arnaud de Ruthie, 6galement archer, dans la compagnie 
du seigneur de Gramont 1 . 

Un gentilhomme luxetin assez peu fortune, puisqu'il labourait 
lui-m&me son champ, va nous fournir le pendant de la requite du 
seigneur de Berter^che de Menditte. 

« Le 4 aout i495, Arnautoxe, seigneur de la maison noble de 
Carrfcre d'Abense, se rend devant la porte de la borde du ch&teau 
de Maul6on, en la presence du trfes noble et puissant seigneur 
monseigneur Guy, sire d'Arpajon, capitaine et gouverneur des 
pays et vicomt6 de Soule, et lui expose qu'il y a cinq ou six mois 
passes, un peu plus un peu moins, Bernard, fils de Reteguy d'Et- 
charry, Gaxernaud, son fr&re, Arnautoxe de Bortiry, dudit lieu 
d'Etcharry, Guilhem-Ramon, fils d'Ascon de Charritte, Gracian, 
fils de Garagar (Gargatain?) de Viodos, Petiry, appel6 Villoro- 
handy, dudit Viodos, Gracian, fils d'Irigoyen de Licharre, le ba- 
tard de Bohoxantz de Menditte et un autre homme appel£ le Va- 
cher de Montory, se transportferent k sa borde, ou lui et son fils 
Guilhem-Arnaud labouraient au champ, avec des boeufs. lis y 
vinrent insidieusement et malicieusement, instigu£s et pouss£s par 
le malin esprit, tuerent son fils Guilhem-Arnaud et lui volirent 
son arbal&te et ses habillements, sans que jamais, de fait ou de 
parole, il les eut offenses. Pourquoi, ledit Arnautoxe fait clameur 
etrequiert justice desdits meurtre et vol, en demandant Tadjonction 



1. Arch, des Basses-Pyre'ne'es, Notairea de Soule, 
a. Bibl. Nat., mss., Fonds frangais, vol. 21, 5oa. 



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DU PAYS DE SOULE 383 

au capitaine chatelain de M e Guillaume de Chele, procureur du 
roi, en presence de 1' honorable Guilhem-Arnaud, seigneur de Jau- 
reguiberry de Libarrenx et de Menaud de Recalt, d'Abense 1 . » 

En plus de la maison noble de Berterfeche de Menditte, il y avait 
en Soule des maisons rurales du meme nom — qui s'est 6crit Bere- 
tereche et Berretereche jusqu'au dix-huitieme siecle — a Larrau, a 
Lichans, a Cihigue, a Al^abehety, a Viodos, etc., mais, d'apres la 
tradition, c'est de celle de Larrau qu'etait la victime du comte dc 
Lerin, ce qui s'accorde d'ailleurs avec les indications geographi- 
ques de notre ballade. 

En effet, la montagne de Bostmendieta separe Larrau du village 
de Lacarry, ou se trouve la maison de Bustanoby, et la valine 
d'Andoce conduit de Larrau a Licq. Enfin, la maison d'Espeldoy est 
situee dans la campagne d'Etchebar, non loin d'Atherey. On y voit 
encore aujourd'hui, enclave^ dans la basse-cour, une croix dc 
pierre erig^e a l'endroit mgme ou fut tu6 le malheureux Berte- 
r&che. 



Ill 
ATHARRATZE JAUREGIKO ANDERIA 

Ozaze Jaurgaihian bi zitroh doratu, 
Atharratzeko jaonak bata du galthatii 
Vkhen dii arrapostii eztirela huniii. 
Huntiirik direnian batto iikhenen dii. 

— Portaliala juan zite, ahispa maitia, 
Ingoiti horra diizii Atharratzeko jaona ; 

LA DAME DU CHATEAU DE TARDETS 

Au manoir de Jaurgain d'Ossas sont deux citrons dorls, 
Le seigneur de Tardets a demande Tun. 
II a eu reponse qu'ils ne sont pas mars ; 
Lorsqu'ils auront muri, il en aura un. 

— Allez au portail, ma soeur bien-aimee, 
Sans doule, le seigneur de Tardets arrive deja ; 



i. Arch, des Basses-Pyrenees, Notaires de Soule. 



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VvT 



384 QUELQUES LEGENDES TOET1QUES 

Olhoiy erran izozu ni eri nizala, 
Zazpi egiin hoietan ohian nizala. 

— Bai, bena eniikezii hortan sinhetsia 
Hari erraiten badot zii eri zirela, 
Zazpi egiin hoietan ohian zirela, 
Bera nahi diikezujin zii ziren lekhila. 

Ahizpa, jaunts ezazii arrauba churia, 
Nik erejauntsiren dit ene zaia berdia, 
Ingoiti horra diizii zure senhar geia; 
Botzik kita ezazii zure sor etchia. 

— Klara, zuaza orai salako leihora, 
Ipharr' ala hegua denez jakitera, 
Ipharra balinbada, goraintzi Salari, 

Ene khorpitzaren cherkhajin dadila sarri* 

Ama,juanen gira oro alkharreki. 
Etcher at jinen zira changri handirehi, 
Bihotza kargatiirik, begiak bustirik, 
Eta zure alhaba thumban ehortzirik. 

Ozazeko zehiak dii arrapikatzen, 
Jaurgainek* anderia herritik phartitzen. 



Je vous en prie, dites-lui que je suis inalade, 
Que depuis sept jours je suis au lit. 

— Oui, mais je ne serai pas crue en cela, 
Si je lui dis que vous etes maladc, 

Que depuis sept jours vous etes au lit. 

11 voudra venir lui-meme a l'endroit oil vous vous trouvez. 

Soeur, revelez votre robe blanche, 
Moi aussi je mettrai ma robe verte, 
Sans doute, arrive deja votre futur epoux. 
Quittez, joyeuse, votre maison natale. 

— Claire, allez maintenant a la fenetre dc la salle, 
Savoir si c'est le vent du Nord ou celui du Sud qui souffle. 
Si c'est le vent du Nord, mes compliments a La Salle. 
Qu'il vienne tout a Theure chercher mon corps. 

Ma mere, nous nous en irons tous ensemble, 

Vous reviendrez a la maison avec un grand chagrin, 

Le cceur gros, les yeux mouilles. 

Et vous aurez descendu voire fille dans la tombe. 

La cloche d'Ossas carillonne, 

La demoiselle de Jaurgain part du village ; 



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DU PAYS DB SOULE 385 

Haren peko zaldia iirhez da zelatzen, 
Hanko tchipi handiak beltzez dira bezlitzen. 

Atharralzeko hiria hiri ordoki, 
Hur handi bat badizii aide bateti; 
Errege bidia erdi erditi, 
Maria-Maidalena beste aldeti. 

— Ama, saldti naiziX biga bat bezala, 
Bai eta desterratii, oi ! Espahiala. 
Aita bizi iikhen banu, ama, zii bezala, 
Enunduzun ezkunturen Atharratze salala \ 



Le cheval qui la porte est selle d'or 

Et la, petits et grands s'habillent de noir. 

La ville de Tardets est en plaine, 

Elle a une riviere d'un c6t6, 

Le chemin royal [la traverse] par le milien. 

[La ehapelle de] Marie-Madeleine est de l'antre c6te. 

— Mere, vons m'avez vendue comme une genisse, 
Oui, et exilee, helas ! en Espagne. 
Si j'avais eu mon pere vivant, mere, comme vous, 
Je ne me serais pas mariee an chateau des Tardets. 



La belle llgende de la chatelaine de Tardets, tres populaire 
encore aujourd'hui dans les trois provinces basques cispyreennes, 
peut marcher de pah 1 avec la complainte de Bertereche, et comme 
poesie et comme musique ; mais la version primitive en a 6te sin- 
gulierement alteree par une tradition orale trois fois seculaire. 

Dans ces transmissions successives et par suite de confusions 
inevitables dans un texte qui ne paralt pas avoir 6U jamais fix 6 
par la plume, on a fini par chanter Atharratzjauregian au lieu de 
Ozaze Jaurgaihian, par donner k la fiancee du seigneur de Tar- 
dets, devenue — selon Texpression de Chaho* — sainte par deses- 
poir d'aniour, le nom de Santa Klara, qui £tait celui de sa soeur, 
andre Klara, et enfin par faire de l'6poux de notre heroine un 



i. Voy. Franci9qub-Miciibl, LePays Basque, p. a65; Sallabbrry, Chants 
popnlairea du Pays Basque, p. 284 ; Paul Pbrrbt, Le Pays Basque, grand 
in-8% p. 484. 

st. Biarrits, 1" partie, p. 198. 

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386 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

roi de Hongrie ', ouun certain Ongriagaray qui Taurait eminence 
en Espagne *. 

II y a bien vingt-sept ans que cette naive et touchante ballade 
m'int£ressa pour la premiere fois, ct je cherchai a Tcxpliquer dans 
un article sur les Chants populaires de nion ami Jules Sallaberry, 
envoys au Courrier de Bqyonne, en 1870, au moment oil j'allais 
perdre pour quelque temps le loisir de in'occuper de poesies et de 
traditions euskariennes. 

Depuis, j'ai pu, non sans d'assez longs t&tonnements, en recons- 
tituer le texte, tel qu'on vient de le lire. Est-il rigoureusement 
exact ? On va pouvoir en juger par les donnees et les documents 
qui servent de base k ma le$on. 

La persistance des deux vers : Baieta desterratu, oi! Espahiala 
— Oui, et exitee, h61as ! en Espagne, — et Enixnduzen ezkunlu- 
ren Atharratze salala — Je ne me serais pas marine au chateau 
de Tardets *, — dans toutes les versions que j'ai recueillies moi- 
m£me en Soule et en Basse-Navarre, comme dans celle publi£e par 
M. Francisque-Michel, prouve jusqu'a l'^vidence qu'ii s'agit d'une 
jeune fille marine contre son gr6 au seigneur de Tardets, puis 
exilee en Espagne. 

Or, — on va le voir, — Marie de Jaurgain avait dix-sept ans au 
plus quand elle cpousa Charles, baron de Luxe et de Tardets, fige* 
lui-ni£me d'une cinquantainc d'ann^cs, ce qui permet de supposer 
qu'elle eftt prSfere un mari plus jeune, sans doute le La Salle ou 
Salha \ dont parle la romance : 

Ipharra balinbada, goraintzi Salari 
Ene khopitzaren cherkhajin dadila sarri 

1. FnANCisQUE-MrcHBL, Le Pays Basque, p. a65. 

2. Sallaberry, Chants populaires du Pays Basque, p. 284. 

3. Dans nos conlrles, on donnait le nom de Sala t la Salle, a la plupart 
des maisons nobles ou chateaux, et il en £tail ainsi pour le manoir de 
Tardets : le 9 fe>rier i5^3, a Alos, devant la porte de la maison de Salaberry, 
(ivatiere de la Salle de Tardels, ou, de toute anciennete, il a etc accoutume 
de tenir la cour seigneur iale defaymidret de ladile Salle de Tardets, hono- 
rable horarae Georgito Aguerreberry, d'Alos, bayle du seigneur dlrecle de 
la Salle de Tardels, tient cour avec nobles Pierre-Arnaud du Domec, potes- 
tat de Sibas, et Jean de Muret, seigneur de la Salle de Sibas, juges jugeants 
en la cour de Licharre et au pays de Soule ; et la comparait Jean de Behety, 
sieur de Castarrain de Mauleon, receveur general dudit seigneur de la Salle 
de 'Tardets, qui fait saisir la maison d'Etcheberry d'Alos, faute de paiement, 
pendant trois ans, d'un lief annuel de cinq conques de froment. 

4- Plusieurs families de Soule avaient (ini par prendre pour nom le quali- 



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WT PAYS DB SOULE 38j 

Et elle suivit son mari, lorsque, deux ans plus tard, il fiit oblig6 
de s'enfuir en Espagne, dans des circonstances assez tragiques. 

La baronnie de Tardets, qui englobait huit paroisses de la 
Haute-Soulc, £tait possedee dhs la premiere moiti6 du treizifcme 
si&cle par une branche cadette de la maison vicomtale de Marsan, 
qui en prit le nora, tout en retenant ses armes d'origine : losangt 
d'or et de gueules, et, en 1377, monseigneur Arnaud-Sanche, sei- 
gneur de Tardels et d'Ahaxe, chevalier et ricombre de Navarre, 
entra en possession des biens de la maison de Luxe, par suite de 
son mariage contracte vers 1370 avec Dofia Saora ou Saurine de 
Luxe, seconde fille du tres noble et tres puissant seigneur Arnaud- 
Loup II, seigneur et baron de Luxe, d'Ostabat et de Lantabat, 
chevalier et ricombre de Navarre, conseiller et chambellan de 
Charles le Mauvais. Sa posterity releva le ilom et les armes de 
Luxe. 

Fils aln6 de Jean IV, baron de Luxe, et d'Isabeau de Gramont, 
Charles de Luxe naquit au chateau de Tardets le 8 novembre i535 
et succ£da a son pere le 26 juillet i55<). II se mit a la t£te des Bas- 
Navarrais et des Souletins r6 voltes en 1567, quand Jeanne d'Al- 
bret publia T6dit par lequel elle proscrivait la religion catholique 
de ses £tats, et il d6pensa la majeure partie de sa fortune k soute- 
nir une longue guerre contre les huguenots. 

Cette fortune £tait pourtant considerable. Dans un d^nombre- 
ment de ses biens, Charles de Luxe £numfere six ou sept baronnies 
et plusieurs grandes seigneuries, avec justice haute, moyenne et 
basse. II declare qu'il est le chef des trois lignages de Luxe, de 
Tardets et d'Ahaxe « de Ik ou le susdit seigneur, pour une neces- 
site et pour garder son honneur et celui de sa Maison, il leveroit 
cent gentilshommes, tous ali6s de lad. Maison, et de cinq & six 
mille hommes de pied, tous affectionn£s de jamais en 9a, qui est 
une belle autorite. De sorte que la Maison de Luxe, avec ses 
appartenances, vaut au moins quarante mille livres de rente — ce 
qui ferait environ quatre cent mille francs de rente, en monnaie 
actuelle, — sans comprendre les loix de sang et autres droits qui 
sont en grand nombre '. » 



ticatif de leurs maisons, tels les La Salle de Sibas, les La Salle d'Abense, les 
La Salle de Rivareyte. Salha elait le nom d'ane maison noble d'Alcirlts, en 
Basse-Navarre, alors alliee aux Jaurgain, par les Armendarits-Saint-Pee. 

i. Papiers de Jaurgain, portefeuille de Luxe, copie du dix-septieme siecle. 
L'original de ce denombrement se trouveaux archives du seminaire d'Auch, 



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388 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

Les actes qaalifient Charles de Luxe haut et puissant seigneur, 
baron, souverain * et comte de Luxe, baron d'Ostabat, Lantabat, 
Sainte-Livrade, Tardets, Ahaxe, Esquiule et autres places et sei- 
gneuries, chevalier de l'ordre du roi, capitaine de 5o hommes d'ar- 
mes de ses ordonnances, colonel des capitaines entretenus en la 
fronttere du royaume de Navarre et mestre de camp d'un regiment 
d'infanterie, capitaine chatelain de Maullon et lieutenant glnlral du 
roi au gouvernement de Soule. II avait 6pous6 en premieres noces, 
par contrat pass£ au chateau de Bourg, s6n6chauss6e de Guyenne, 
le i* septembre i564, damoiselle Claude de Saint-Gelais-Lezignem, • 
fille de haut et puissant seigneur messire Louis de Saint-Gelais, 
seigneur de Lansac, de Samyn, de Cornefou et du Vernon, cheva- 
lier de l'ordre, conseiller au conseil privl, chambellan ordinaire 
du roi ayant charge de la personne de S. M., capitaine de 5o hom- 
mes d'armes des ordonnances, depuis, chevalier d'honneur de la 
reine Catherine de Mexlicis et surintendant de sa maison, ambas- 
sadeur a Rome, capitaine des cent gentilshommes de Thdtel du roi 
et chevalier du Saint-Esprit, et de feue Jeanne de La Roche-An- 
dry, sa premi&re femme. 

La dot de Claude de Saint-Gelais fut de 3a.5oo livres tournois, et 
Charles de Luxe affecta a la surety de cette somme « la maison, 
tcrre et seigneurie de Tardets, en la vicomte de Soule, avec ses 
appartenances et d£pendances qui sont huit paroisses et villages... 
avec toute juridiction moyenne, juspatronats, cens, fiefs, lods et 
ventes, etc. » 

Tardets 6tait, depuis pris d'un demi-si&cle, la principale resi- 
dence des barons de Luxe a . Dans une lettre, non datee, a Jeanne 

porlef. io85, liasse ai5, n* 12374. A moins dedications contraires, tons les 
acles cites dans cette notice sont en originaux parmi les papiers de l'auteur. 

i. Les Luxe pretendaient etre souverains dans la grande baronnie de leor 
nom, tout comme les Gramont a Bid ache, et, par le fait, ils y exercaient la 
haute justice, sans appei, de me* me que d'autres droits quasi regaliens. A 
une seance des Etats gen6raux de Navarre tenue a Saint-Palais le la mai 
1593, Charles de Luxe se plaint que dans la nuit du 9 mai les gens de la 
chancellerie ont enlev6 un nomine* Vizcay de sa maison situee dans la 
baronnie de Luxe et l'ont mis en prison. U demande reparation de cet abus 
de po avoir et les Etats appnient la requite qu'il remet au president, M. de 
Benac, conseiller et chambellan du roi, pour obtenir justice. (Arch, de 
M M de Brancion, Papiers dTOihenart.) 

2. Le chAteau de Tardets couronnait le sommet du mont Gaztelagain qui 
domine le village de Sorholus et le bourg de Tardets, nomine* Villeneuve- 
lez-Tardets j usque vers le milieu du dix-septieme siecle. Entierement recons- 
truit par Charles de Luxe, ce chateau disparut vers la tin du siecle dernier* 



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DU PATS DE SOULE 389 

d'Albret, Charles de Luxe expose que, durant la guerre contre 
Charles-Quint, il plut au roi Henri II de Navarre de faire d£molir 
le chateau de Luxe, situ6 pris de la ville et du chateau de Garris, 
k condition de r^parer le dommage. Le roi dlsigna le seigneur de 
Miossens, s6n6chal deFoix, et Bernard d'Abbadie, chancelier de 
Navarre, pour fixer arbitralement la reparation due an seigneur 
de Luxe, et les deux arbitres se transportfcrent sur les lieux, 
cinquante ans environ avant cette lettre, Jean IV, pfcre de 
Charles, 6tant seigneur de Luxe ; mais on ne retrouve pas leur 
proems- verbal. Charles demande done qu'il plaise a la reine faire 
^valuer par des experts le dommage souffert par les seigneurs de 
Luxe pour la perte des b&timents et de beaucoup de beaux meu- 
bles, et lui assigner sur les'revenus les plus clairs du royaume de 
quoi batir une habitation convenable a son rang '. 

Cinq filles naquirent du premier manage de Charles de Luxe : 
Charlotte-Catherine ; Valentine, allied apr&s le 18 juillet 1604 k 
messire Corboran de Morell d'Aubigny ; Claude, qui Ipousa par 
contra t du i5 d6cembre 1590 Don Diego de Frias et Salazar, sei- 
gneur de Robres en Castille ; Esplrance, femme de Philippe de 
Sus, chevalier, seigneur et baron de Sus et de Saint-Germain ; et 
Lucette de Luxe, abbesse de Sainte-Ausanie d'AngoulSme. 

L'aln6e, Charlotte-Catherine, comtesse souveraine de Luxe et 
h6ritiere des biens de sa maison, — la loi navarraise, comme celle 
de Soule, pr£f6rant pour continuer la f ami lie une fille du premier 
lit au fils d'un second mariage, — etait demoiselle d'honneur de la 
reine Catherine de M6dicis en 1679 *. Elle fut marine par contrat 
du 4 octobre i5<)3 k Louis de Montmorency, seigneur et vicomte de 
Boute ville, Blaincourt, et autres lieux, chevalier^de Tordre, con- 
seiller du roi en ses conseils d'fitat et priv6, gouverneur de Senlis 
et vice-amiral de France, dont Tapport dotal devait servir k payer 



II y a une trenUine d'annees on en voyait encore quelques ruines, presque 
an ras du sol. 

1. Ce fat en vertu d'un ordre de Jean 111, baron de Luxe, dat6 de Pau le 
5 novembre i5i5, que noble Jean, seigneur de Saint-Jay me d'Ibarre, remit les 
clefs et fit livraison du chateau, dont il etait capita ine, a Jean de Tar dels, 
seigneur dArangoIs, ecuyer du roi de Navarre, le 10 du meme mois, par 
acte passe* devant Tristan de Beyrie, notaire du pays de Mixe. a II y a — 
ajoute Olhenart — un inventaire curieux de tout ce que Fecuyer du roi de 
Navarre prend en garde, des munitions et meubles du chateau de Luxe. » 
(Arch, de M mo de Brancion, Papiers cTOihenart.) 

a. Bibl. Nat., mss. Collection Clairambault, vol. 836, f 3190. 



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3gO QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

les dettes de la maison de Luxe. Mais, sur ce point, les espgrances 
de Charles de Luxe furent digues, ainsi qu'il l'atteste dans son 
testament : « Je dis et declaire que lors du mariage de mad. 
fille Charlotte Caterine avec led. sieur de Montmorency Boute- 
villeonme dit et asseura que led. Bouteville.m'aporteroit une 
somme notable pour liquider et desengager une partie de mes 
biens, qu'i. Voccasion des troubles et affliction &moy survenus j'ay 
este constraint alliener et par ce moyen aussi subvenir a mes au- 
tres necessity et conduite de mes enfans, ce que toutefois n'a este 
effectue\ Et partant je veulx et ordonne que mon heritiere cy bas 
nominee efiectue entierement les legatz par moy faicts en faveur 
de mesd. enfans du premier et second mariage sans quelle puisse 
recevoir et recueillir Theredit^ que soubz ceste condition. » 

Le baron de Luxe 6tait veuf depuis quelques annles et, comme 
je l'ai dit, il avait quarante-neuf ans r^volus, quand il s^prit 
de la jeune Marie de Jaurgain. II demanda sa main, l'obtint, et le 
mariage fut c6l€br6 en i584» 

Peu de temps apris, k la suite d^v^nements politiques que j'ai 
racont6s ailleurs ! , Jean de Belsunce, vicomte de Macaye, qui 6tait 
marie* avec une soeur de Charles de Luxe, et le mestre de camp 
Jean de La Lanne dlspoure vinrent, a la t£te de quelques compa- 
gnies d'arquebusiers et de gens de pied du roi de Navarre, assi6ger 
le chateau de Maul£on, oil habitait le nouveau manage. Luxe n'a- 
vait que peu d'hommes k leur opposer ; jugeant que toute resis- 
tance serait impossible, il r^ussit k quitter la place le a fevrier 
1587, et, serr£ de pres par les huguenots, ildirigea sa retraite vers 
Tardets, d'ou il passa aussitftt en Espagne. 

Charles s'installa k Ochagavia avec sa femnie et quelques-uns 
de ses partisans. On Ty voit signer des actes qui le qualifient « el 
illustrisimo Senor Don Carlos de Lussa, senor y baron de Lussa 
y de Tardetz y de otros muchos lugares, tierras y senorias », le 
3 mai 1587 et le 9 dScembre 1591, en presence de Guillaume d'Et- 
chebarne, de Garris, son secretaire et intendant de sa maison. II 
^tait de retour a Luxe le 28 mars i593, et le 19 avril 1594 au cha- 
teau de Tardets, ou sa fille ain£e, qui r£sidait habituellement k 
Paris et au chateau de Precy-sur-Oise, vint le voir ace moment-la. 

Pour parer a de pressants besoins d'argent, le 23 avril 159/}, 



1. Les capitaines chdtelains de Mauleon, dans la Revue de Beam, Navarre 
et Lanncs, 1884 et i885. 



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DU PAYS DE SOULE 3qI 

« dans le chasteau de Tardetz, au pays et viscompt6 de Soule, apres 
midy... hault et puissant seigneur messire Charles de Luxe, sieur 
et baron dudit lieu et de plusieurs autrcs terres et seignories, che- 
valier de l'ordre du Roy et lieutenant general de Sa Mayeste* audit 
pays et viscompte de Soulle », donna procuration a haute et puis- 
sante dame Charlotte-Catherine de Luxe, sa fille aln£e, dame de 
Bouteville, « illec estant presente », pour affecter et hypoth^quer 
leurs biens en faveur de messire Francois de M£ritein, capitaine, 
seigneur dudit lieu et d'autres terres et seigneuries, jusqu'a concur- 
rence de 5ooo £cus sol d'or, etant temoins « M° Arnaud de Beha, 
licencyd ez droitz, natif et voisin de la ville de Garris, au pays de 
la Basse-Navarre, noble homme Nicolas Le Clerc, secretaire de la 
feue Royne mere du Roy, Jacques Garnaud, demeurant avec ladite 
dame de Luxe et de Boudeville, et Gcaeian du Tisner, voysin et 
habitant dudit lieu de Tardetz ». Mais cette procuration fut inutile, 
car noble Francois de M^ritein, seigneur de Nabas et de Bisquey ', 
se rendit lui-iu&me a Tardets ; il prfcta au baron de Luxe 3o6 ecus 
sol d'or, comptant 12 r£aux par ecu et 5 sols tournois par r£al, et 
recut en garantie la terre et seigneurie d'Ahaxe, au pays de Cize, 
avec toutes ses appartenances. 

Charles de Luxe paie aussitot 1000 francs a noble Philippe de 
Sus, son gendre, a valoir sur la dot d'Espe>ance de Luxe, et de- 
clare vouloir employer le restant de la somme emprunt£e, soit 
56 ecus sol, a acheter des etoffes et des provisions pour recevoir 
madame Lucette de Luxe, sa fille, abbesse de Sainte-Ausanie 
d'Angouteme, qui doit arriver d'un jour a Tautre au chateau de 
Tardets. L'acte est passe* en presence de noble Dom Tristan de 
Luxe, abbe de Sauvelade et de Sainte-Engrace, prieur d'Ainharp, 
frere germain du baron, et de nobles Jean de Muret, seigneur de 
la Salle de Sibas, Pierre d'Etchebarne d'Al^abehety et Pierre de 
Barreche, seigneur d'Onismendy. 

D'ailleurs la comtesse de Bouteville s'inte>essait fort peu aux 
affaires de son pere, si Ton en juge par la curieuse lettre que celui- 
ci lui £crivit deux ans apres sa visite a Tardets : 



1. Francois, seigneur de Meritein, Berenx, Nabas, Bisquey, Montgaston de 
Gharre et Olliegain de Moncayolle, se pretendait souverain de Nabas et Bis- 
quey en 161^. II fut accuse du crime de lese-majeste et tue d'un coup de pis- 
tolet, en 1C17, pres du village de Lohitzun, en Soule, par un garde du mare- 
chal de La Force. Voy. Memoires du due de La Force, 1. 1 et II. Mknjoulbt, 
ChronUjue (TOloron, t. II, p. 207. 



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392 quelques legendes poetiques 

« Ma fille, Na pas quinze jours que je vous ay escript par un de 
mes gens quj me gardera de vous faire la presente plus longue et 
seulement ce que je vous diray c'est qu'afaute de nestre assists de 
vous en ma necessity je patis autant qu'autre miserable pourroit 
faire. Je vous ay assez de fois adverty comme vostre nom sen aloit 
perdu avecque nioy si tost vous ny donnies ordre. Jeuserois en- 
core volontiers derrechef de priere si je pensois quelle peut avoir 
quelque lieu en vous, mais je suis quasy au desespoir voyant que 
je ne me suis encores peu prevaloir de vos grans biens et encore 
inoins de vostre credit, si ne scaurois je croire qu'il nait est6 en 
monsieur de Boudeville et vous de remettre ceste maison en son 
premier estat ou bien a faute de ce faire de me moyenner du Roy 
le gouvernement et domayne de ce pays par le moyen de. Monsieur 
le Gonestable. J'attendray le retour de mes gens pour prendre plus 
grande asseurance de vostre affection vers moy, au reste vous 
scaves que mon frere a faict de debtes en ce dernier voyage qu'il a 
faict en court pour moy. Je vous prie les vouloir payer et sur tons 
le cappitayne Echaux ', car il est plus raisonnable que vous payes 
les debtes quj ont est6 faicts en mon occasion que non poinct luy. 
Je desirerois aussi que vous moptinsies de sa mayeste" levesche* 
d'Oleron vacant par la mort de feu Claude Regin dernier evesque, 
et c'est au nom de mondit frere vostre oncle ", ensemble l'abaye de 
Sabalade * et faudra que les provessions soient obtenues du Gonseil 
de Navarre. Je si peu de moyen quil na este en moy de bailler a ce 
pourteur asses dargent pour faire son voyage de part della, je vous 
prie lu bailler pour son retourner comme aussi a celuy que je 
envoye* au paravant luy. Et esperant que vous feres mieux que 



i. Martin d'Echauz, seigneur de Masparrautc et de Gabat, gentilhomme 
ordinaire de la chambre du roi et capitaine des gardes du due de Montmo- 
rency. II eiait 01s batard d'Antoine d'Echauz, vicomte de Balgorry, cham- 
bellan de Henri III, roi de Navarre, et frere naturel de Bertrand d'Echauz, 
archeveque de Tours, premier aum6nier de Louis XIII et prelat commandeur 
du Saint-Esprit. Henri IV Iui donna des lettres de legitimation le 14 mars 

a. Claude Regin eut pour successeur, en 1598, Arnaud I" de May tie, qui 
declare dans deux actes du 1" mai 1602 avoir obtenu reveche par le secours 
de Charles, baron de Luxe. Par reconnaissance, il lui fait donation de douze 
conques de froment de fiefs nobles dependants de la maison noble de Jaur- 
gain et du quart du moulin de Jaurgain, qu'il tenait en engagement. 

3. C'est~a-dire que Tristan de Luxe conserverait cette abbaye. II 6tait 
archidiacre de Lavedan et docteur en th6ologie, lorsqu'il en fut pourvu, en 
1572. 



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DU PAYS DE SOXJLE 3g3 

vous naves faict le passl, je vous diray que je suis et ser6 tons- 
jours, 

« Ma fille, 

« Vostre bon pere, 

« Charles db Lusse. 
« A Tardetz ce dernier de jnillet 1596. » 

Suscription : « A ma fille Madame de Boudeville a Pressy. » — 
Cachet aux armes de Luxe : « £cartel6, au I trois chevrons ; an II 
trois fasces ond6es ; au III un lion couronn6 ; au IV tiered en pal, 
au 1 losang6, au 2 trois fasces, et au 3 trois coqnilles en pal » ; l'6cu 
entour6 du collier de Tordre de Saint Michel 1 . 

Ce fut 6videmment pendant le s^jour de Charles de Luxe et de 
Marie de Jaurgain k Ochagavia, oil naquirent au moins deux de 
leurs enfants, Don Juan et Arnalde, qu'un barde souletin chanta 
pour la premi&re fois la touchante infortune de cette toute jeune et 
charmante femme qui, marine contre son gr6 k un grand seigneur 
de trente ans plus ag6 qu'elle, fut contrainte presque aussitftt de 
s'exiler avec lui dans une bourgade perdue de la valine de Salazar. 

Au reste, le baron de Luxe n'eut qu'k se louer de Faffection et du 
dlvouement de sa nouvelle compagne, et il lui en tlmoigne une 
vive reconnaissance dans le testament qu'il fit au cb&teau de Tar- 
dets, le 10 juin 1604 : « En oultre, dit-il, je d6claire aussi que, 
c6mme est notoire a un chacun, ma maison de Tardetz estoit ruy- 
nee et dissip£e de bastiment lors que je fus mari6 avecq mad. pre- 
miere femme, et, qu'aprfes la mort d'icelle, j'aurois fait led. basti- 
ment et construction avec grands fraiz et despens, lesquels fraiz 
j'aurois prins non du fonds de mes maisons, mais du revenu du 
domaine que Sa Majesty m'auroit donn£ en ce pays de Soule et des 
commanderies d'Ordiarp et de Misericorde que j'avois par le 
moyen de ceux de Roncesvaulx et Saincte-Christine. A ceste cause 
desirant recognoistre les bons, longs et agreables services que 
dame Marie de Jaurgain, ma femme en secondes nopces, m'a faits, 
tant en mes grandes afflictions en la retraicte constrainte en Espai- 
gne que du despuis en mes gi ief ves et longues maladies et vieil eage 



1. Papiers de Jaurgain, original. — La lettre est 6crite par le secretaire du 
baron ; il n'y a de la main de celui-ci que les mots : Vostre bon pire et la 
signature. 



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394 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

auquel je suis, je veulx et ordonne qu'elle ait la demeure en lad. 
maison de Tardetz, sa vie durant, en telles des chambres du second 
estaige qu'elle choisira, et, oultre ce, lay ordonne et legue la 
somrae de quatre mil cinq cens livres tournois... en recompense 
de sesd. services et remuneration d'iceulx... » 11 fait d'autres avan- 
tages a sa femme et lui laisse la moiti6 de sa vaisselle d'argent. II 
legue 3ooo 6cus k chacun de ses six enfants du second lit, et, de 
plus, a Valentin, son ills alne\ les armes qui sont au chateau de 
Tardets. « Et finallement, ajoute-t-il, parce qu'en mes afflictions et 
cage, j'aurois receu beaucoup de services de damoiselles Margue- 
rite et Claire de Jaurgain, et desirant leur recognoistre leursd. 
services, je donne et legue k chacune d'icelles la somrae de trois 
cens livres... Et parce que institution hereditaire est le fondement 
de tout bon et valide testament, je nomme, cree et institue pour 
mon heritiere universelle de tous et chacun mes biens Charlotte 
Catherine, ma fllle aisnee, marine avec le sieur de Montmorency 
Bouteville, sous la charge toutesfois d'acomplir entierement mon 
present testament, la priant et en rautorite* de pere commandant 
de ne rejeter mesd. femme et enfans du second lit, ains les tenir 
pour recommand£s et aymer com me ses mere freres et soeurs, et 
que si je ne luy laisse mes terres et possessions si liquides que je 
desirerois c'est a mon Ires grand regret et qu'elle a veu avec tous 
les autres les grandes afflictions et persecutions que j'ay eu pen- 
dant ces troubles, aussi le peu de secours, subvention et soulage- 
ment que j'ay eu d'elle et de son mariage. » 

Le mfime jour, Charles de Luxe remit ce testament, clos et scell6 
en presence d'un notaire et de sept temoins, a Marie de Jaurgain, 
« pour le tenir et garder en toute fid£lite jusques apres son d6ces ». 
11 fut ouvert et public* en la cour de Licharre, le 18 juillet 1604. 

Pas3ons maintenant a la famille des deux citrons dores de la 
ballade, qui devaient 6tre Marie et Marguerite de Jaurgain, puis- 
que leur soeur Claire, marine en 1597, n'avait guere plus de dix 
ans en i58/J. 

Noble Pierre-Amaud de Rutigoity, seigneur des maisons nobles 
et gentillesses de Rutigoity de Lichans et de GorritepS d'Aleabe- 
hety, semaria par contrat du iofevrieri5ai ! (n. st.)^i noble Margue- 

1. Arch, du scminaire d'Auch, portef. 7, liasse i3, n' 8t>a, original sur par- 
chemin. — Cette famille de Rutigoity etait une branche de la maison de 
Jaurgain. Noble Pierre-Amaud de Jaurgain, seigneur de Gorritepe d*Alcabe- 
hety, cpousa vers 1470 Marie, lille et heritiere de noble Jean, seigneur de 



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DU PAYS DE SOULE 3g5 

rite d' Armendarits, damoiselle de TAbbadie de Sauguis, et en eut : 
Pierre, Martin, trois autres fils tu6s & la guerre, et plusieurs 
filles. 

Pierre, qui succ6da aux biens de sa ma i son, sedislingua dansles 
guerres d'ltalie et d'AUemagne, et fournit une carriere mi lit a ire 
des plus brillantes. Admis parmi les pages dc la v£nerie de Fran- 
cois I er , en i5^o, sous les auspices de Peyrot de Ruthie, son parent, 
il ftit successivement archer de la garde du roi en i55a, gentil- 
homme de la venerie et enscigne de la compagnie de gens d armes 
du seigneur de Cypiere en i554, lieutenant de la compagnie de 
200 chevau-l£gers du m&me seigneur en i556, capitaine de 100 che- 
vau-legers le 3 no'vembre i557, gentilhomme de la chambre et 
maitre de la garde-robe du due de Lorraine en i55<), gentilhomme 
ordinaire de la chambre du roi Henri II et chevalier de l'ordre en 
cette ra&me annee, et enfin grand chambellan de Lorraine 1 . II 
mouruten i563. 

Quant u Martin, il prit du service comnie archer des ordonnances 
sous la charge de Francois de Vend6me, vidame de Chartres, che- 
valier de l'ordre du Roi, capitaine d'une compagnie de 4<> lances, 
et fut promu horn me d'annes le 28 Janvier i553, d'apr^s le rdle 
d'une revue pass£e k Fontenay-le-Comte le 26 avrii suivant*. II 
cpousa, avant le 26 juin de la mSme ann£e, Jeanne de Jaurgain, sa 
cousine, a peine ag6e de quatorze ans, fille et h£ritifcre de feu 
noble Johannot de Ruthie, homme d'armes des ordonnances du 
roi, et de Jeanne de Jaurgain, damoiselle, dame de la noble maison 
et gentillesse de Jaurgain d'Ossas. 

De cette union naquirent : Jaxques, vers i56o ; Marie, vers 1567, 
baronne de Luxe et de Tardets ; Marguerite, vers 1570, et Claire, 
vers 1574. Celle-ci, marine par contrat du 8 mars 1597 au capitaine 
Tristan d'Arabehfcre, vivait encore le 9 aout 1647. 

Jacques de Rutigo'ity, seigneur de Jaurgain, fut appel6 en Lor- 
raine par son cousin germain, Chrestien-Charles de Rutigo'ity, ba- 
ron de Courgivaulx, seigneur de Rutigo'ity, Gorritep£, Ys en Bas- 



Rutigolty de Lichans, et de Louise de Luxe, et en eut : Petrissaulz, seigneur 
de llutigoity et de Gorrilepe, fiance a Tage de douze ans, par contrat du 
7 juin i$8'*, avec Miramondc du Domec, dite de La Salle d'Abense, d'oii : 
Pierre- Arnaud, epoux de Marguerite d'Armendarits-Sauguis. 

1. Bibl. Nat., mss., Cabinet des Hires, vol. 9^7 et vol. 1045, P 102. — Cau- 
martin, Recherche de la noblesse de Champagne, art. Artiootly. 

2. Bibl. Nat., mss., Fonds jrancais, vol. 21621, n° 1537. 



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396 QUILQUES LEGENDES POETIQUES 

signy, Haulcourt et Malencourt, chevalier de l'ordre, gentilhomme 
ordinaire de la chambre du roi, conseiller d'etat du due de Lor- 
raine, gouvernenr de Marsal et mestre de camp d'un regiment 
d'infanterie, qui, peu apr&s le 2 mai 1576, le fit admettre comme 
archer des ordonnances sous la charge de Charles de Lorraine, 
due d*Anmale, pair et grand veneur de France 1 . II assista k one 
revue des 60 lances de sa compagnie pass£e k Paris le 4 Janvier 
1 579* et fut port£ comme absent k une autre montre faite k Bellen- 
glise, prfes de Saint-Quentin, le 28 aoftt i58i ; mais le marechal do 
Matignon, aupr&s duquel il servait alors, avait ordonn6, d&s le i3 
du mgme mois, de lui allouer scs gages*. Jacques de Rutigoity 
mourut au service quelque temps apr&s, et sa soeur Marie devint 
alors Mriti&re de la maison de Jaurgain. Le i5 novembre i586, 
Jeanne de Jaurgain, damoiselle, dame proprtetaire de Jaurgain 
d'Ossas, vend une pifece de terre k M. M° Gracian de La Salle, 
pr6tre, recteur d'Ossas, a pacte de rachat perp^tuel, pour ia6 francs 
bordelais, et confesse que le dtfunt Martin de Rutigoity, 6cuyer, 
seigneur de Jaurgain, son mari, devait 40 francs k l'acqu£reur, et 
elle-m6me le reste, qu'elle avait employ^ tant « k l'entretenament 
deu deffunct son filz aulx escolles que en sas aultres necessitas ur- 
gentas d'evitar plus grand damnaige ». 

La veuve de Martin de Rutigoity 6tait assez mauvaise m6nag%re, 
et ses n6cessit6s urgentes, frlquemment renouvetees, eurent pour 
consequence des emprunts nombreux et la vente de plusieurs terres 
de la maison de Jaurgain. Sa fille alnle, qui lui avait aussi pr£t6 
de 1' argent, vouiut y mettre ordre et sauvegarder son heritage : 
on voit, par une procedure engag£e en la cour de Licharre le 
3i aoftt 1599, que « Marie de Rutigoity, dite de Jaurgain, damoi- 
selle », fit « saisir et crteer lad. maison noble de Jaurgain avec 
toutes ses appartenances et dependances » au prejudice de « Je- 
hanne de Jaurgain, aussi damoiselle, dame propri^taire et func- 
ti&re de lad. maison et appartenances, k faulte de paiement de 
certaine somme de deniers ». 

Par un acte passl en la maison noble de Jaurgain, le 37 Janvier 
1618, dame Marie de Jaurgain, veuve relicte de feu messire Charles 
de Luxe, seigneur et baron dudit lieu, chevalier de Tordre du 



1. Ibid., Collection Clairambault, vol. 129, n° 1337. 

a. Ibid., vol. 377, n e 5073. 

3. Ibid., ForuU francais, vol. 21. 538, n # 0274. 



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DU PAYS DE SOULS 397 

Roi 1 , declare qu'a l'occasion des reproches qu'elle regut de Char- 
lotte-Catherine de Luxe et de Bouteville, hlritifere universelie du- 
dit seigneur de Luxe, elle fat contrainte, tdt apr&s le d£cfes de 
celui-ci, de quitter le chateau de Tardets et de se retirer, avec et 
en compagnie de tons ses enfants legitimes d'entre ledit seigneur 
de Luxe et elle, au nombre de six — Valentin, Jean, Arnalde, Va- 
lentine, Esplrance et Marguerite, — en sa maison maternelle -de 
Jaurgain, au lieu d'Ossas, « et illec nourrir et entretenir tons ses 
dilz enfans a ses despens particuliers et de sa dite maison mater- 
nelle sans avoir estl en part nest quart, assistfe de lad. dame de 
Luxe », et quelle se trouve « destitute de tous moyens et facult£s 
pour avoir tout mesme employ^ lesd. biens de sa dite mayson ma- 
ternelle de Jaurgainh a la nourriture et entretenement desdits six 
enfans d'entre ledit feu seigneur de Luxe et d'elle, ainsi qu'est 
notoire a un chacun ». 

L'aln6 de ces enfants, Valentin de Luxe et de Jaurgain, fut 
nomm6 par sa mire, le ao ao&t 1608, a la cure d'Ossas, dont la 
maison de Jaurgain 6tait patronne alternative avec l'abbaye de 
Sainte-Engrace ; mais il n*avait pas encore re$u les ordres sacrls 
et il ne put en prendre possession que le 4 novembre 1609. Puis il 
changea d'id6e, quitta la soutane et voulut suivre la carri&re des 
armes. Le 3o novembre 1610, « dame Marie de Jaurgain, dame de 
la maison noble de Jaurgain, et Valentin de Luxe, escuyer, son 
fils aisne, seigneur d'icelle », engagent des fiefs et rentes nobles et 
fonci&res pour 210 livres tournois, dont partie sera employee « a 
faire le voyaige que lesditz sieur Valentin de Luxe et Jehan de 
Luxe, son frire, escuyer, font pour aller au service du roy en 
France ». Valentin 6tait de retour en Soule, un an plus tard : le 
2 d£cembre 161 1, par un acte dans lequel il se qualifie « noble 
Valentin de Luxe, seigneur de Jaurgain, il engage encore des 
rentes fonci&res avec sa mire pour une somme de i5o livres, « de- 
clairant avoir ice lie, pour subvenir a ung certain voyage que lad. 
dame a deliber£ faire par devotion et pellerinage a Notre-Dame de 
Monsarat ». 

Le 28 juillet 1621, Charlotte-Catherine de Luxe, dame dudit lieu 
et de Bouteville et autres places et seigneuries, expose a la cour de 



1. Dans des actes des 11 Join 1627, 10 juillet 1697, etc., Marie de Jaurgain 
est dite veuve de « fen messire Charles de Lusse, vivant seigneur $ouverairig 
dudit lieu et autres places ». 



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3g8 QUELQUES LEGBNDES POET1QUES 

Licharre qu'a cause de la residence qu'elle fait en France, prfes de 
la cour du roi, elle avait commis pour l'administration du chateau 
et de la terre de Tardets Arnaud de Casenave, chanoine de Sainte- 
Marie d'Oloron, et que « sans aucun droict ny raison, Valentin et 
Jehan de Jaurgain, prebtre et escuyer, s iutroduirent dans led. 
chasteau clandestine meat et d'authorite* priv^e, et s'en em pare rent 
ensemble desd. rentes et revenus d'iceilui, il y a quelques annles, 
tellement que de leurs attemtaptz et facon de faire le Roy en auroict 
6te* adverty ». Sur Tordre de Louis XIII, le due de Mayenne, lieu- 
tenant general en Guyenne, envoya un de ses gendarmes en Soule 
pour demander main-forte au gouverneur, afin de faire rendre 
cette baronnie a la comtesse de Luxe, et le 3o juillet i6ai, Ligny, 
sergent royal, assiste de deux mortes-payes du chateau de Mau- 
l£on, alia saisir les fiefs, cens, rentes, dimes, fruits et revenus du 
chateau de Tardets, a Tardets et a Abense-de-Haut, oil il trouva 
Valentin et Don Juan de Luxe et de Jaurgain, £cuyer, Esperance 
et Marguerite de Luxe et de Jaurgain, damoiselles, freres et soeurs. 
II leur signiiia la saisie. Valentin pro testa « contre les mots offen- 
sifs a son honneur » dont le procureur de la dame de Luxe avait 
fait usage dans sa requite, et dlclara ne faire aucun emp&chement 
aux commissaires. Quant a Don Juan et a ses deux soeurs, ils s'op- 
poserent a la saisie, « comme His et filles legitimes de la maison 
noble de Luxe », et protesterent de tousd6pens, dommages etint£- 
rfits contre qui il appartiendrait, offrant de dire leurs causes d'op-r 
position en temps et lieu. 

En t6m, Valentin avait repris la cure d'Ossas, qu'il permuta 
contre celle de Camou, et en i6a3 il eut un diffe>end avec Pierre de 
Conget, bailli royal de Barcus et de Villeneuve-lez-Tardets, homme 
d'affaires de la comtesse de Luxe, a propos de la dime d'Ossas, et, 
quoique prfctre, il voulut lui faire mettre Y6p6e a la main et vider 
la querelle par un combat. « Le sixiesme juillet i6si3, raconte le 
bailli dans son compte de gestion, apres plusieurs contestations 
que j'eus avec monsieur de Jaurgaing, jusques a me donner le 
duel, a cause des proclamatz que je (is faire a Ossas et ail leurs, et 
parce que luy et madamoiselle sa mere vouloient avoir la disrae, 
je Taffermay pour deux ans a Tristan d'Arabehere, capitaine, a 
raison de cent cinq livrcs par an ». En cette m£me anne'e i6a3 et 
avant le 21 deeeinbre, Charlotte-Catherine de Luxe pourvut son 
fc&re Valentin de la cure de Tardets et Abense, dont il £tait encore 
titulaire le 8 decembre 1628. Le i3 octobre 1640, Valentin £tait dq 



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DU PAYS DC SOULE 899 

nouveau cur£ d'Ossas et chanoine de Sainte-Engr&ce. II v£cut au 
moins jusqu'au i3 mai 1671. Dans une enqu£te de cette date, il est 
dit Ag6 de quatre-vingt-six ans. 

Jean de Luxe et de Jaurgain, £cuyer et capitaine, en faveur 
duquel Valentin renon^a h son droit d'ataesse, par contrat du 
12 aout i643 f servit le roi pendant quatorze ans et se maria en 16*24 
avec Saurine d'Ozenx, damoiselle, fille et heritiere de noble An- 
toine d'Ozenx, £cuyer, seigneur d'Eyheresquy de Cainou, et de 
Catherine d'Eyheresquy, damoiselle. II a continue la famille de 
Jaurgain. 

Arnalde de Luxe et de Jaurgain 6tait religieux de Tordre de 
Saint-Augustin, a Saint-6tienne-du-Plessis, en 1620, et Valentine 
novice, sous le nom de Sceur Saint-Hierosme, en 1624, au couvcnt 
des Carmelites de Caen, qui venait d'etre fond6 en 1622 par sa 
so3ur Valentine et Corboran de Morell d'Aubigny, mari de celle-ci. 
Arnalde et la novice firent donation de leurs droits sur la succes- 
sion paternelle a la comtesse de Luxe, leur soeur alnle, par actes 
du 20 aotit 1620 et du 3o mai 1624, qui furent insinuls en la cour 
de Licharre le 3o aoftt suivant ; mais, en Basse-Navarre, l'insinua- 
tion souffrit quelques difficultes et finalenient ne put £tre faite en 
la chancelierie, a cause du titre de souveraine de Luxe que prenait 
Charlotte-Catherine. Voici comment Pierre de Conget raconte ces 
incidents, assez cnrieux au point de vue de la pr£tendue souverai- 
ncte de Luxe. 

« Madame de Gramont * m'aiant faict savoir qu'elle avoit quel- 
ques papiers a Vidache et que j'envoiasse les querir, j'y envoiay 
un horn me expres et pai£ pour la despanse et peyne d'iceluy qua- 
rante huict sols. 

« Ledict homme me porta aveq une lettre de Madame * les dona- 
tions que Arnalde de Jaurgaing, religieux dc Saint Estienne du 
Piessis, ordre de Saint Augustin, et Soeur Valentine de Suinct 
Hierosme, novice au cou vent des religieuses carmelites de Caen, luy 
feirent pour les faire insignuer au sifcge de Lixarre, ce que je fis 
faire le 3o d'aoust 1624, et pai6 tant au juge, greffier que a I'advo- 



1. Claude dc Monlmorency, fille de Charlotte-Catherine de Luxe et seconde 
femme d'Antoine II, comte de Gramont et de Guiche, souverain de Bidache, 
depuis due de Gramont. 

2. C'est to u jours ainsi que Conget designe la comtesse de Bouteville et de 
Luxe. 



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4<X> QUELQUBS LEOENDES POETIQUES 

cat et procureur desd. donnations, comprins le clerc de greffe, unze 
livres quatre sols. 

« Aussy tost je m'en allay a Sainct Palais en Basse Navarre et 
remonstr£ a messieurs de Lespade et Armena, advocatz, le des- 
seing que j'avois de faire lesd. insignuations, suivant Fad vis des- 
quels aiant faict dresser une requeste audict sieur Lespade nous y 
travaillasmes, mais ne peusmes rien faire a cause de I'incistance 
que monsieur le procureur general forma sur le subject des mots 
de souverain de Lusse contenus ausd. donnations et pate aud. de 
Lespade pour sa peyne trois livres quatre sols... 

« Ayant receu nouvelles de monsieur de Gompigny et aussy 
acertaind de de$a que monsieur de Gramond et M n de la Chance- 
lerie de Navarre s'estoient reconciles despuis l'affaire qui se passa 
concernant quelque rebellion d'aucuns de la ville de Sainct Jean, 
je m'acheminay devers Monsieur et Madame de Gramont pour reti- 
rer d'eux lettres de faveur adressantes ausd.sieursde la Chancelle- 
rie pour faire passer lesd. insignuations et enregistrement desd. 
donations encores bien que le mot de souverain y fust, lesquels je 
trouvay k leur ferrerie qui me remirent au landemain k Vidache. 
La aiant parl6 et confer^ au sieur de Romatet l'advocat qui diet 
que puisque led. seigneur de Gramont estoit le chef des ofliciers de 
Sa Majesty en Navarre ', il ne pouvoit escripre telles lettres, mais 
qu'il falloit tascher a faire passer cela par dexterity. Sur ce j'alay 
k Sainct Palais, ou Monsieur d'Esquille le Vischancelier me donna 
esperance. Mais nonobstant cela et ce que Pedesert et moy sceu- 
mes faire, Monsieur de Vidard le procureur general se roidit, de 
telle sorte qu'il n'y heult moien de rien operer. De maniere que 
pour ne faire plus de bruict sur ce et ne renouveller les affaires 
passtes entre Madame et ladicte Chancelleries je me retiray en 
ma maison aiant sdjourne quatre jours et despandu 8 livres... 

« Appres avoir receu amples nouvelles de Madame, suivant sa 
volonte le 6 septembre 1625, je fus au pais de Size en Basse Na- 
varre et fis insignuer en la cour de Size les donnations faictes par 
les fils et fille de Jaurgaing et paid pour l'enregistrement, insi- 
gnuation et grosse, tant k Talcalde greffier que k d'Arosteguy, 
procureur desd. sieur et damoiselle de Jaurgaing deux escus sol. 

« En octobre i6a6, je fis faire semblable insignuation devant les 
baillif roial et juratz de Sainct Palais ou le mot de souverain de 

z. Comme gourerneur du royaume de Navarre. 



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DU PATS DE SOULE 4o* 

Lusse passa, et pai£ k tons pour l'expedition six livres huict sols. 

« Le mesme mois d'octobre 1626, je fis faire mesme insignuation 
en la cour de Mixe, au lieu de Garris, et pate pour Venregistre- 
ment, insignuation et grosse, comprins le droict de Tadvocat et 
procureur desd. de Jaurgaing six livres huict sob. 

« Gomme aussy je fis enregistrer et insignuer lesd. donnations 
en la forme que dessus en la souverainett de Lusse, ensemble en la 
baronnie d'Ostabat, baronnie de Lantabat, et en la baronnie 
d'Ahatze, et pai6 aux greffiers pour les enregistremans, copies et 
grosses, ensemble k ceux qui servirent d'advocat et procureur 
desd. de Jaurgaing douze livres seze sols. » 

Esp6rance de Luxe et de Jaurgain 6pousa noble Arnaud de Ber- 
ter&che de Menditte et resta veuve sans enfant en 16219, son mari 
« estant mort vers Paris k son retour de la suitte de la cour ». En 
i635, elle plaidait encore au sujet de sa legitime contre son petit- 
neveu Francois-Henry de Montmorency, comte souverain de Luxe, 
baron de Tardets, etc., depuis due de Piney-Luxembourg et de 
Beaufort-Montmorency, pair et mar£chal de France. 

Enfin, Marguerite ne parait pas s'Stre marine. 

Quant k l'h6roine de la ballade, Marie de Jaurgain, elle 6tait 
encore vivante le 21 d^cembre i63i, et d£funte le 3 juillet suivant. 
Elle avait done environ soixante-quatre ans lorsqu'elle mourut, k 
peu pris ruin£e par son mariage avec un homme de quality beau- 
coup plus riche qu'elle. 

IV 

EGUN BEREKO ALHARGUNTSA 

Goizian goizikjeiki niinduziin, ezkuntii nintzan goizian; 
Bai eta ere zetaz beztitii ekhiajelkhi zenian. 
Etchek* andere zabal niinduzun eguerdi erditan, 
Bai eta ere alhargiintsa gazte ekhia sarthu zenian. 



LA VEUVE DU JOUR MftME 

Je me levai le matin de bonne heure, le matin ou je me mariai ; 
Oui, et ansa! je m'habillai de soie lorsque le soleil fut leve. 
J'eiais maitresse de maison parfaite a midi, 
Oui, et aussi jeune veuve quand le soleil fut concha. 

2 



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v , ■* 



1 



40Q QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

A/us <fe Irigarqy, ene jaona, aUcha izadaziit buria, 
Ala dolutzen othe zaizu enekila ezkuntzia? 

— Ez, ez, etzitadaziX dolutzen zure espusatzia, 
Ez eta ere dolutiiren bizi nizano, maitia. 

Nik banizun maitetto bat miindix ororen ichilik, 
Miindii ororen ichilik eta Jinkojaonari ageririk; 
Buket bat igorri ditadazut lili arraroz eginik. 
Lili arraroz eginik eta erdia phozuaturik. 

— Zazpi urthez etcheki dizut gizon hila khamberan ; 
Egunaz liir hotzian eta gaiaz bi besuen artian, 
Zitru hurez iikhuzten nizun astian egun batian, 
Astian egun batian, eta ostirale goizian *. 



Monsieur d'lrigaray, mon seigneur, relevez la tele, 
Ou bien regrettez-vous de vons 6tre marie 1 avec moi ? 

— Non, non, je n'ai pas de regret de vous avoir epousee, 

El je ne le regretterai pas tant que je vivrai, ma bien-aimee. 

J'avais une bien-aimee, en secret de tout le monde, 
En secret de tout le monde et a Dieu seul avouee; 
Elle m'a envoys un bouquet fait de fleurs rares, 
Fait de fleurs rares, et dont le milieu 6tait empoisonn6, 

— Pendant sept ans j'ai gard6 un homme mort dans ma chambre; 
Le jour dans la terre froide et la nuit entre mes deux bras. 

Je le lavaia avec de l'eau de citron un jour par semaine, 
Un jour par semaine, et c'6tait le vendredi au matin. 

L'hSroIne de ce pr£coce et tragique veuvage fat, a n'en pas 
douter, Tune des fllles de noble Bernard de Loiteguy, seigneur des 
Salles de Qaro, d'Aincille, d'Ipharce et de Sainte-Marie de Larce- 
vau, conseiller mattre des requites du roi en sa Maison et Gou- 
ronne de Navarre, avocat au parlement, et de Gracianne de 
Logras : Gabrielle de Loiteguy, damoiselle de Qaro, qui avait d£ja 
atteint la trentaine quand elle £pousa, le 8 juillet i633, noble 
Pierre dlrigaray, 6cuyer, seigneur d'lrigaray d'Ah;ay et de Case- 
nave de Menditte. 

La preuve certaine nous en est fournie par un acte du 9 juin 
i635. Bernard de Loiteguy de Qaro y declare qu'il doit prendre des 

1. Recueillie et publiee par J. Sallabbrry, Chants populaires, p. 190. — 
Voyez aussi Souvenirs des Pjrrine'es, douze airs basques choisis et notes par 
M" db La Villbhblio, pp. iq et i3. 



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DU PAYS DE SOULE /\03 

seigneur et dame de Casenave de Menditte et d'Irigaray d'Al<?ay, 
en Soule, une somme de 1875 livres tournois qu'il avait pay£e pour 
partie de la dot de Gabrielle de Lo'iteguy, sa fiiie, le 8 juillet i633, 
jour oti furent sign6s les pactes du mariage de celle-ci, et que les 
int6r£ts lui en sont dus k compter de la m&me date 1 . 

II ressort done des conditions de ce retour de dot que Pierre 
d'Irigaray mourut le jour m£me ou il avait 6pous6 Gabrielle. Ses 
deux fr&res se nommaient Pierre, comme lui. L'aln6 lui succ6da ; 
il se maria k Saurine d'Oiiberon et continua la famille. Luce d'lri- 
garay, son arrifcre-petite-filie, dame d'Irigarray d'Al^ay et de 
Casenave de Menditte, 6pousa, le i3 septembre 1763, noble Jean- 
Pierre d'Uhalt, seigneur de Rospide d'Aroue. 

Par un testament olographe du 18 mai 1627, Bernard de Lo'iteguy 
de Qaro avait fix6 a 3ooo francs bordelais, et 5o £cus sol pour lha- 
billement, la dot de chacune de ses filles non encore mariees, 
Gabrielle, Gracianne et Paule \ 

Gabrielle resta fiddle k la m^moire de son mari pendant une 
quinzaine d'ann6es; puis, k l'approche de la cinquantaine, son 
cceur se laissa attendrir par les galanteries d'un gentilhomme sou- 
letin un peu plus &g6 qu'elle, Henry d'Ahetze, 6cuyer, seigneur des 
maisons nobles d'Ahetze d'Ordiarp et d'Erbis de Musculdy, qu'elle 
6pousa en 1648. 

Second fils de noble Bernard d'Echauz, seigneur d'Ahetze et 
d'Erbis, et de Framboise de Sauguis, Henry d'Ahetze servait, avec 
Jean d'Irumberry, le 20 octobre 1618, dans une compagnie de 109 
hommes de guerre k pied des gardes du roi, sous la charge du 
capitaine L6on d' Albert de Luynes, seigneur de Brantes, d'aprfcs 
le rdle d'une revue pass6e k Paris, devant la porte du chateau du 
Louvre 3 . 11 succ^da k Laurent, seigneur d'Ahetze, son fr£re atn6, 
mort le 18 Janvier i633, sans posterity de son mariage avec Anne 
de B6arn-Bonasse\ 

Au moment de son convol, la veuve de l'infortun6 seigneur 
d'Irigaray avait quarante-six ans sonn6s, ce qui ne 1'empScha pas 
de donner trois enfants k son nouvel 6poux : Jean, en 1649; 
Martine, en i65i, et Catherine, en i65a. Elie 6tait veuve, 



1. Arch, de M. de £aro, an Chateau d'Athagny, a Alcay. 
a. Ibid. 

3. Bibl. Nat., mss., Fondsjrangais, vol. 25.844, n° a3o. 

4. Papiers de Jaurgain, Minutes d'Irigaray, notaire. 



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4<>4 QUELQUES LEGENDE8 POETIQUBS 

pour la seconde fois, et tutrice de ses enfants le 19 juia 1664 t . 

Jean d'Ahetze alia faire ses 6tudes » Bordeaux. II y tomba 
malade en novembre 1666, et fut ramenl au chateau d'Ahetze, oil 
il mourut peu de temps apr&s, ce qui est narrl dans un acte du 
17 octobre 1686*. 

Marti ne, devenue h^riti&re d'Ahetze et d'Erbis k la mort de son 
fr&re, 6tait d6ji pourvue, en 1675, d'un mari de dix-huit ans plus 
&g6 qu'elle, M e Arnaud de Berter&che, 6cuyer et avocat en la cour 
de Licharre, rejeton de la maison noble de Berter&che de Menditte 
et h^ritier, par sa m&re, des maisons rurales d'Etcheberrittoua, 
d'Elissagaray et d'Oiihoborro, a Musculdy. II mourut le 21 Jan- 
vier 1688, k Fftge de cinquante-cinq ans, sans laisser de posterity*. 

Catherine epousa, le i3 fevrier 1680, k vingt-huit ans, Raymond 
de Bordegaray, marchand, du village de Pagolle 4 . Eile en eut au 
moins un fils, Thomas, qui hgrita des biens d'Ahetze, et, suivant 
la coutume du pays, en prit le nom et les armes. 

Quant k Gabrielle de Lo'iteguy, elle mourut au chateau d'Ahetze 
le 27 avril 1688, k Tdge respectable de quatre-vingt-six ans*. 



V 
MUS DE SARRI 

Urzo liima gris gachua, 

Ore bidajin bahua; 
Gerthatzen bazaik mas de Sarri,jaon apetitii hun hura, 
Begiz ikhusten balin bahai, Phetirinalat bahua. 

MONSIEUR DE SARRY 

Pauvre palombe a plumes grises, 
Tu pars done en voyage; 
Si tu rencontres Monsieur de Sarry, ce seigneur a l'excellent appltit, 
S'il te voit de l'oeil, tu iras a Beyrie. 



1. Papiers d'Elissagaray, d'Ossas, Minutes de notaire. 
a. Ibid. 

3. Arch, de la mairie d'Ordiarp, &tat civil. 

4. Ibid. 

5. Ibid. 



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DU PAYS DE SOULE /JoS 

Urzo gachuak iimilki 

Diozii mus de Sarriri 
Egiindano eztereiola ogenik eginjaon hari % 
Utzi dezan igaraitera usatii dian bideti. 

— Auher duk t auher, iirzua! 
Juratu diatjedia 

Aurthen, aurthen, jin behardiala eneki Phetiritiala, 
Han nik emanen dereiat arthoz eta ziz asia. 

— Arthoz asia hun dtizii, 
Libertatia bagiinii; 

Orhiko bago ezkurtto hurak guri hobeche zizkiitzu, 
Anglesa Frantzian sartzen bada, Espatiialat baguatzii. 

— Urzua, ago ichilik, 
Frantzian eztiik Anglesik; 

Baiunarajiten badira Agramuntek hilen tik, 
Phetirifialat eztuk heltiiren zaragolla luze hetarik. 

— Fida niz zure erraner, 
Fidago ene hegaler ; 

Goraintzi erran behar derezujiten badira Angleser, 
Nik ere ber gisan erranen diet EspaHol papo gorrier. 



Humblement, la pauvre palombe 

Dit a Monsieur de Sarry 
Qu'elle n'a Jamais fait de tort 4 ce seigneur, 
Qu'il la laisse passer par son chemin accoutume. 

— C'est en vain, en vain, palombe ! 
J'ai jure" sur ma foi 

Que cette annee, cette annee, il te faut venir avec moi a Beyrie, 
Je t'y donnerai du mala et des glands a satiety. 

— Du mala 4 satiety e'est bon, 
Si nous avions la liberte; 

Les falnes des hetres d'Orhi nous sont un peu meilleuros; 
Si 1' Anglais entre en France, nous allons en Espagne. 

— Tais-toi, palombe, 
II n'y a pas d'Anglais en Prance ; 
S'ils viennent a Bayonne, Grammont les tuera, 
II n'arrivera pas 4 Beyrie de ces longues chausses. 

— J'ai confiance dans vos paroles, 
Plus de confiance encore dans mes ailes ; 
II vous faut dire un compliment aux Anglais, s'ils viennent, 
Moi aussi, de meme, J'en dirai aux Espagnols 4 poitrines rouges. 



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4o6 QUEIQUES LEGENDES POET1QUES 

Go'aintzi erraile Angleser 
Ni nailf ezarten mezuler? 

Orai diat, orai, ikhusten nitzaz hizala triifatzen; 

Bena enaik, beste urthe batez, bortian hotzeraziren. 

— Jaona, zuaza etcher at , 
Mauletik Phetiriftalat, 
Chori eta bilhagarro gizen zumbaitenjatera, 
Urzo hegal azkartto hoiek eztira zure bianda *. 



— Pour faire compliment aux Anglais 
Est-ce moi que tu mets messager? 

Maintenant je vois, maintenant, que tu te moques de moi ; 
Mais, une autre annee, tu ne me feras pas refroidir dans la montagne. 

— Seigneur, allez a la maison, 
De Mauleon a Beyrie, 

Manger quelques oiseaux et grives grasses. 
Ces ailes de palombe, un peu fortes, ne sont pas votre viande. 

L'abb6 de Sarry, docteur en th^ologie et cur£ de Beyrie, jaon 
apetitu hurt hura, dont cette chanson raconte la m6saventure 
galante, 6tait un b&tard de la maison de Mont-R6al-Troisvilles. 

En 1711, la marquise de Moneins, Francoise-Madeleine de Gas- 
sion, se trouvait, en compagnie, dans le grand salon du chateau 
de Troisvilles, lorsque son fils, alors &g6 de dix-huit a dix-neuf 
ans et mousquetaire de la garde du roi, entra et lui dit : « Madame, 
il vient de me naltre un fils. Quel nom vous plalt-il que nous lui 
donnions ? — Sarri (tout a l'heure) », r£pondit la marquise, en 
basque*. 

Sarry £tait pr6cis6ment une maison noble que les Mont-Real 
avaientk Juxue, en Basse-Navarre. Lejeune mousquetaire ne com- 
prit pas la r^ponse de sa mere, ou y vit peut-Stre une indication : 
il fit baptiser son bdtard sous le nom de Jean-Pierre de Sarry. 

Armand-Jean de Mont-R£al, dit de Moneins, II e du nom, 
n6 le 12 octobre 169a et pr^sente au bapteme, k Mauleon, le 18 du 
meme mois, 6tait le fils unique de haut et puissant seigneur 



1. Francisqub-Michbl, Le Pays Basque, p. 093. — Sallabbrry, Chants 
populaires, p. 204. 

2. Cette anecdote s'est conservee dans la famille d'Andurain; elle me fut 
racontee, il y a bientdt trente ans, a Amendeuix, par mon excellent et regrette 
ami, M. Franck d'Andurain. 



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DU PAYS DE SOULE 4°7 

Armand-Jean de Mont-R6al, dit de Moneins, I** da nom, chevalier, 
marquis de Moneins 1 , comte de Troisvilles, vicomte de Tardets, 
baron de Montory, de Gayrosse et de Domezain, seigneur de 
Barcus, Amendenix, Masparrante et autres lieux, capitaine cha- 
telain de Maul£on, gouverneur du pays de Soule, grand s6n£chal 
de Navarre, et de Fran^oise-Madeleine de Gassion. Entr6 an service 
dans la premiere compagnie des mousquetaires de la garde du roi, 
il y fut promu cornette le i* juin 1717 et sous-lieutenant le a5 Jan- 
vier 1726 \ 

Armand-Jean II de M ont-R6al h6rita des biens de sa maison en 
1 720, ainsi que des charges de capitaine chatelain de Maul6on, gou- 
verneur du pays de Soule, dont il avait obtenu la survivance le 
11 aout 1718*, et de grand s£n6chal de Navarre. Pour ses relations 
mondaines, il pr^fera au titre de marquis de Moneins, porte par 
son p&re, celui de comte de Troisvilles qu'avait illustr6 songrand- 
oncle, Armand-Jean de Peyr£, comte de Troisvilles, capitaine-lieu- 
tenant des mousquetaires de la garde du roi, lieutenant g6n£ral de 
ses armies et gouverneur de la province de Foix \ 

Le comte de Troisvilles pourvut largement a Fentretien et a 
1' education de Jean-Pierre de Sarry. II lui fit embrasser l'6tat 
eccl6siastique et le nomma a la cure de Troisvilles, en Soule, puis, 
le 7 Janvier 174a, a celle de Beyrie — en basque souletin, Pheti- 
rifia, — au pays de Mixe. 

Noble Jean-Pierre de Sarry 6tait encore titulaire de la cure de 
Beyrie le 4 novembre i749« II y fut remplac£, avant le i er Janvier 
1753, par noble Armand-Jean d'Irigaray-Jaureguizahar, prfctre, de 
Menditte. 

On le trouve ensuite qualifi£ messire Jean-Pierre de Sarry, de 
Maul6on, batard de Troisvilles, le ao juillet 1764, et messire Jean- 
Pierre, abb6 de Sarry, le 16 septembre 1768. II mourut a Maullon 
et fut enterr6 sous le porche de l'6glise de Barcus, ou Ton voit 
encore son 6pitaphe : 

Id REPOSE MESSIRE JEAN PlERRE DE SARRY DE TROISVILLES, 
PRETRB, DOCTEUR EN TH&>LOGIE, PREBEND^ DE BARCUS, B EYRIE ET 



i. On eerit aujourd'hui Monein. 

3. Bibl. Nat., ms8., Collection Chtrin, dossier de Mont-R6al. 
3. Ibid. 

4- Voy. Jauroain, Troisvilles, d'Artagnan et les Trois Mousquetaires, in-8% 
tirage a part de la Repue de Biarn, Navarre et Lannes. 



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4o8 QUELQUES LEGENDES POETIQUES 

MoNEIN, MEMBRE DBS ETATS g£n£rAUX DU PATS DE SoULE, d£c£d£ 

a Maul^on le a5 octobre 1777, ag£ de 66 ans. Priez pour lui. 

L'Agramunt dont parle 1'abbl de Sarry, ^tait Louis de Gramont, 
souverain de Bidache, due de Gramont, pair de France, chevalier 
des ordres du roi et lieutenant general de ses armies, vice-roi de 
Navarre, maire et capitaine g6n6ral de Bayonne, tu£ k la bataille 
de Fontenoy le 11 mai 1745, ou Antoine-Antonin de Gramont, son 
fils, qui lui 8ucc6da comme vice-roi de Navarre et capitaine g£n6ral 
de Bayonne. 



VI . 
ARBOTIKO PRIMA EIJERRA 

Jaon baruak aspaldin 

Chederak hedatii ztitin, 
Chori eijer bat hatzaman dizii Paubeko seroren komentin; 
Orai harekin biziren dtizu, a&paldian go gun betzin. 

Jaon barua, orai, zii, 

Felizitatzen ztitugu, 
Zeren beitiizu Mas de la Plazaren prima eijerra esposatii ; 
Andere hori hirus diizii : zuri ezteizugii dolii. 

Chedera baliz halako 
Merkhatietan saltzeko, 



LA JOLIE H^RITlfiRE D'ARBOUET 

Depuis longtemps, monsieur le baron 
Avait tendu des lacets, 
II a pris un joli oiseau, aii convent des Soeurs de Pan ; 
Ma in ten ant, il vivra avec lui, comme il en avait l'idee depuis longtemps. 

Maintenant, monsieur le baron, vous, 
Nous vons feiicitons, 
Parce que vous avez epous6 la jolie heritiere deM.de La Place ; 
Gette demoiselle est heu reuse : vous, nous ne vous plaignons pas. 

S'il y avait de pareils lacets 
A vendre dans les marches. 



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DU PAYS DE SOULE 4<>9 

Ziberuko aitunen semek eros litzazkie oro, 
Halako chori eijertto zumbaiten hatzamaiteko ' / 



Les gentilthommes de la Soule les acheteraient tous, 
Poor attraper quelques-uns de oca jolis oiseaux ! 

Get £pithalame, encore tr&s r6pandu de nos jours tant en Soule 
que dans la Basse-Navarre, date du milieu du dix-huiti&me sifccle. 
II fut improvise, par quelque convive souletin, aux noces du che- 
valier Armand-Jean d'Uhart et de Marie de La Place d'Arbouet, 
fille alnle et h^ritifere de messire Salvat de La Place, baron d'Ar- 
bouet, en Basse-Navarre, seigneur de Tabaille et abb£ laique d'Es- 
piute, en B£arn, conseiller au parlement de Navarre, etde Jeanne- 
Justine de Nays-Candau. 

Armand-Jean d'Uhart, mousquetaire de la garde du roi en 1750, 
puis major du regiment de Royal-Cantabre et chevalier de Saint- 
Louis, qui prit lors de son mariage le titre de baron d'Arbouet, 
etait le second fils de Gabriel d'Uhart, chevalier, baron d'Uhart, 
et de Sorhapuru, en Basse-Navarre, grand bailli du pays d'Osta- 
baret, lieutenant-colonel du regiment des milices de Soule, et de 
Madeleine de Sauguis, hlriti&re des maisons nobles de l'Abbadie 
de Sauguis, du Domec de Libarrenx et du Domec de Gihigue, en 
Soule. II fut admis aux fitats de B£arn, comme seigneur de 
Tabaille, le 24 mars 1757, et aux Etats de Navarre, comme seigneur 
d'Arbouet, le 3 mars 1758. 

Marie de La Place d'Arbouet ne lui donna qu'un fils, Jean- 
Alexandre-N6r£e d'Uhart, baron d'Arbouet, baptist le 12 mai 
1761, et pourvu, avec dispense d'age, le 14 mai 1783, d'une charge 
de conseiller au parlement de Navarre, qu'il exer$a jusqu'a la 
Revolution. II mourut sans laisser de posterity, apr&s avoir ins- 
titu6 pour h^ritier le baron d'Arripe de Lannecaube, directeur de 
la Monnaie de Bayonne, et les biens de sa succession furent 
adjug6s le i5 f6vrier 1806 : Arbouet, a M. Jean-Pierre Daguenet, 
chef de bataillon du g£nie, et Espiute a M. Laurent d'Abbadie 
d'lthorots, baron de Saint-Loup. 

Jean de Jaurgain. 



1. Recueillie a Mauleon en aottt 1895, change par M B * Mathilde Sarthou, de 
Saint-Palais. — Voy. les variantes incompletes publiees par M. Francisqub- 
Micbkl (Le Pays Basque, p. 3»5), et par M. J. Sallabbrry (Revue des Basses- 
Pyrintes et des Landes, 1. 1, 1883-1884, p. 7). 



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XV 

LA LANGUE BASQUE 

MEMOIRE DE 

M. ARTURO CAMPION 

ex-depute de Pampelune aux Cortes 



TRADUCTION DC M. VICTOR DUHART 



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LA LANGUE BASQUE 



MEMOIR! DB 



M. ARTURO CAMPION 



RX-DBFUTB DB PAMPELUNB ACX COHTB8 



TRADUCTION DE M. VICTOR DUHART 



Entre la rigoureuse sentence du P&re Mariana : « Seuls les 
Gantabres (lisez les Basques) conservent encore leur langage 
grossier et barbare, sans aucune 616gance », en passant par l'opinion 
populaire que l'AcadEmie royale d'Espagne accueille dans les Edi- 
tions successives de son Dictionnaire : « La langue basque, si con- 
fuse et si obscure qu'on ne peut la comprendre », et ce tEmoignage 
que la v£rit£ arrache a la plume de M. Vinson, contradicteur des 
bascophiles qui proclament a Venvi cette langue la plus admirable 
et la plus parfaite du monde : « En comparant le basque au latin, 
au grec, au fran$ais et aux autres langues analogues, l'Ecrivain 
reste frapp£ d' ad miration, et il lui semble contempler un gEant 
superbe a c6t6 d'un nain diffbrme » ; entre ces injures, ces preju- 
g£s et cet aveu, la linguistique moderne tient le milieu, tout en 
laissant pencber la balance du c6t£ cber au legitime orgueil des 
Basques. 



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4l4 LA LANGUE BASQUE 

On a pu leor conjester, a tort ou a raison, avec des arguments 
plus ou moms grossiers ou subtils, l'originalit£ de leur organisa- 
tion sociale, la 16gitimit6 de leur constitution politique, leurs 
exploits, les services rendus aux rois et aux peuples auxquels ils 
s'alli&rent, au cours de leur histoire; la seule chose que tous pro- 
clament a Funisson, sauf les ignorants et les sots, c*est Fantiquitl, 
la beauts et l'originalit£ de leur langue. 

Elle s'61£ve, solitaire et isotee, du milieu des autres, dans un 
coin de FEurope, avec le prestige de la viei Hesse, la majesty des 
ruines, la po6sie du niystere. Le temps la rongee et minle vaine- 
ment, sans pouvoir d^truire sa structure geante. Aujourd'hui, c'est 
une langue bien humble, le parler familial de quelques milliers de 
paysans et de pfccheurs. Que lui importe? Couronn^e de violettes 
et de coquelicots champgtres, elle est reine. Oui, reine, et elle 
peut faire aux nouvelles venues vaniteuses qui l'enserrent et lui 
disputent Fair, la reponse du Basque au Montmorency orgueil- 
leux de sa noblesse dix fois s£culaire : « Moi t je n'ai pas de date. » 
Elle peut plus encore : montrer sur ses bras sans marque de servi- 
tude les lignes pures d'une liberty native jamais perdue et dire aux 
dedaigneux : « Ne regardez pas ma pauvrete* par-dessus Fepaule ; 
je possede un joyau que vous ne pourriez acheter au prix de tous 
vos tremors : je n'ai jamais g£mi, je ne me suis jamais courb6e, ni 
sur la glebe germaine, ni dans le harem du Sarrasin, ni dans les 
prisons de Rome. » 

II est done nature!, a raison de la valeur inestimable de cette 
archeologie vivante, de cette merveille parlee, que Fillustre Soci6te 
d'Ethnographie nationale et d'Art populaire et la digne municipa- 
lity de Saint-Jean-de-Luz aient inscrit, dans le programme des 
conferences et meinoires des fetes de la Tradition, un travail sur la 
langue basque. Le zele* maire de cette ville, M. Goyeneche, a eu la 
bonte\ dans des termes elogieux qu'il n'est permis ni d'oublier ni 
de d£daigner, de me confier Fhonneur de traiter ce sujet. 

Deux m^thodes s'offraient a moi. L'une, brillante, mais dange- 
reuse : consid^rer la langue basque en termes generaux et la com- 
parer a un type id^al d' organisation linguistique et a d'autres lan- 
gues, mortes et vivantes, pour en faire ressortir les perfections. 

L'autre, aride, mais sure : analyser Forganisme de la langue, 
avec ses organes et ses fonctions. 

JTai choisi la second e, sacrifiant sans doute a Fesprit de F^poque, 
plus curieuse de faits que de dissertations philosophiques. 



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LA LANGUE BASQUE f\l§ 

Je crains d'avoir d6pass£ de beaucoup les limites ordinaires de 
ce genre de travaux, mais il m'a 6t6 impossible d'etre plus bref, 
sans mutiler cruellement le sujet. J'aurais voulu dire deux fois plus 
que je ne dis, et la langue basque m£rite encore beaucoup plus. 

NOM ET CARACT&RE DE LA LANGUE 

La langue des Basques s'appelie elle-mgme suivant les dialectes, 
heskuara, eskuara, hemkara, euskara, euskera, eskoara, uskara, 
tiskara, d'ou proc&de le nom national du peuple qui la parle : 
Heskualdun, Euskaldun, etc., c'est-a-dire eskuaradun — qui a 
l'euskara ; — mani&re de s'appeler observee aussi chez les Fin- 
nois, qui ne se servent jamais de ce nom, employ^ par Tacite et 
Ptol6m£e, maisdecelui de Suonabailen, dans lequel entre, comme 
composante, le mot Suoni, nom indigene de l'idiome finnois. 

Au Moyen-Age, on appela la langue basque basconia lingua, 
langue basconne (Cartulaire de Seyre douzi&me sifecle); bas- 
quenz (Fuero gin^ral de Navarre), et lingua Navarrorum {Le roi 
D. Sanche le Sage, dans le Livre rond de la cathSdrale de Pampe- 
lune). 

Veuskara est une langue agglutinative avec tendance au poly- 
synth6tisme ; elle a sa place entre les ouralo-altaiques et les am6- 
ricaines. Son caract&re Iminemment agglutinatif n'exclut pas d'une 
mani&re absolue le proc6d£ flexif, qui apparaft Evident dans le 
verbe. 

TBRRITOIRE ET DIALECTES 

La langue basque est parl6e par les habitants d'une bande sep- 
tentrionale de l'Alava, ceux des trois quarts, a peu pr&s, de la Bis- 
cay e, tout le Guipuzcoa et presque la moitie de la Navarre, au 
nord, au nord-ouest et au nord-est de la P6ninsule. 

En France, c'est la langue de Tarrondissement de Bayonne pres- 
que entier et de celui de Maullon, soit des anciens pays de Soule, 
de Basse-Navarre et de Labourd. 

En Espagne, les groupements basques conservent au moins le 
nom et les lignes g£n6rales de leur personnalit6 historique ; en 
France, 1' Assemble Gonstituante les engloba dans le,d6partement 
des Basses-Pyr6n6es, en les £miettant dans les arrondissements de 
Bayonne, d'Oloron et de Mauteon, pour les assujettir aux B£arnais 



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"• IPC* 



4l6 LA LANGUE BASQUE 

dans le Gonseil g6n£ral. Get attentat se perp&ra, il faut le suppo- 
ser, contre la volontt des Basques, k l'heure od Ton proclamait 
cependant le plus haut le respect de la souverainetl du peuple : 
digne besogne des hommes qui, portant au cceur la haine sacrilege 
de la tradition, et reniant le passl, voulurent changer la France de 
Clovis, de Jeanne d'Arc et de Henri IV en une sorte d'enfant 
trouv£, au milieu des nations europlennes. 

I Les limites linguistiques de la langue basque se conservent in va- 
riables en France depuis des si&cles; il n'en est pas de m6me en 
Espagne ; elle s'6teindra bientot en Alava ; la Biscaye est p6n6tr£e 
par le langage Stranger; la Navarre a vu honteusement, pendant 
ce si&cle, passer plus de deux cents locality, y compris sa capi- 
tate, sous le joug absolu du patois latin. Aimer la tradition politi- 
que, c'est bien; mais aimer la tradition sociale, aimer sa langue, ce 
qui est aimer sa mfere, c'est mieux. 

La langue basque compte huit dialectes qui se nuancent en une 
foule de vari6t£s : quatre en Espagne, le biscayen, le guipuzcoan, 
le haut-navarrais du Nord et du Midi; quatre en France, le soule- 
tin, le labourdin, le bas-navarrais oriental et occidental. 

Les deux premiers de chaque cdte sont les dialectes litt6raires. 

Le guipuzcoan brille par une plus grande richesse de vocabulaire 
et la r£gularit£ de son verbe, de m£me que par le nombre et Tim- 
portance des ouvrages imprimis; mais le biscayen et le souletin 
lui sont sup6rieurs par la conservation des Elements purement 
i x grammaticaux. Le souletin l'emporte sur tous les autres en origi- 
nality et en abondance phonique, tandis que la palme de l'impor- 
tance scientifique appartient au labourdin ancien, tel qu'il apparalt 
dans la traduction protestante du Nouveau Testament, faite par 
Juan Lizarraga, et imprim£e a La Rochelle en 1571. Geux qui dif- 
ferent le plus entre eux sont les plus distants : le biscayen et le 
souletin. A ce dernier il convient de grouper les deux dialectes 
bas-navarrais, et au guipuzcoan les deux haut-navarrais et le 
labourdin. 

Aucun ne correspond exactement au territoire qui lui donne son 
nom : le biscayen sort de la Biscaye et p6n£tre en Guipuzcoa par 
Bergara et Salinas; le guipuzcoan s'^tend en Navarre, dans la 
valine de la Burunda, Echarri- Aranar ; le labourdin entre en Espa- 
gne par Urd^x et Zugarramurdi ; le haut-navarrais septentrional 
occupe en Guipuzcoa le territoire des Baskons, confirmant la geo- 
graphic des classiques (Oiarso, Olarso, Oiasso), ville et promon- 



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LA LANGUE BASQUE 4 1 ? 

toire : Fontarabie, Iran, Lezo, Oyarzun; le souletin, le bas-navar- 
rais oriental et occidental franchissent les cols, proclamant a leur 
maniere qu'entre les Basques il n'y a pas de Pyrenees, dans les 
valines de Roncal, Aezkoa, Salazar et Yalcarlos (Erronkari, 
Ayezkoa, Saraitzu et Luzaide). 



PHONOLOGIK 

L'6chelle phonique se compose de cinquante-trois sons. Les plus / 
en usage, outre les voyelles, et entre celles-ci, a, sont les sifflants, 
les nasaux, les gutturaux et les palataux. II y a six voyelles : a, e, I 
i, o.aetu souletin, u fran$ais, lesquelles se prononcent en certains 
endroits nasalis6es ; il y a aussi deux voyelles intermediates ou 
mixtes : ce et u. 

Les consonnes forment quatre groupes : muettes, aspir£es, 
vibrantes et fricatives. Quand elles sont actives, elles ont les deux 
nuances forte et douce. 

Les muettes sont Zc, t, p, g, d, b. 

II y a deux f, Tun dental et l'autre demi-dental mouille ; deux p, 
Tun explosif et l'autre continu ; deux g % guttural et palatal ; deux 
d, dental et demi-lingnal ; trois b, explosif, continu et sourd. 

Le gronpe des aspir6es se compose de i (espagnol iamas) et de 
h (francais de honte, mais plus dur) ; Yh existe sur le territoire fran- 
cais; il ne passe pas la frontifere avec le dialecte. Entre les deux 
sons il en existe un interm£diaire, un i demi-aspir£. 

Aux vibrantes appartiennent l t W, m, n, ft et r, Gette derniere 
lettre se d6double en forte et douce (carro, caro). 

Les fricatives se subdivisent en chuintantes et semi-voyelles. 

II y a trois chuintantes sifUantes ; trois, ch, s et ts qui se pronon- 
cent avec l'aide du palais, et trois autres, z, tz et j qui demandent 
celle des dents. Ch sonne fort (espagnol chato), et doux (francais 
chat) ; ts et tz sont trfcs caracteristiques du basque, et bien qu'ils 
s'^crivent grossierement, au moyen de plusieurs lettres, ils sont 
simples. 

/ est une, modification du d ou son dental, doux et sifllant. 

II y a trois chuintantes sourdes :j,s et z\ cej est mouille. Les 
sons 8 et z qui figurent parmi les sifHantes et les sourdes ont trois 
nuances distinctes, selon leur plus ou moins de stridence ou de 
douceur. 



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4l8 LA LANGUE BASQUE 

Le sous-groupe des semi-voyelles est represente par y, dont le 
son est triple, selon qu'il est nasal et palatal, doux ou fort. 

Tous les dialectes n'ont pas ces cinquante-trois sons ; plosieurs 
sont sporadiques, d'autres exclusifs. Comrae exemple de ces der- 
niers, je citerai le j sourd et mouilie, appartenant au souletin, et le 
j dental mouilie et sifUant, caracteristique du biscayen. L'aspira- 
tion j gutturale et forte et continue ne s'entend pas dans les dia- 
lectes fran$ais, mais seulement dans le gnipnzcoan et qnelqaes va- 
rietes dn biscayen et du haut-navarrais septentrional et meridional. 

L'h se combine avec I, k, I, n, ft, p y r et t, pour former de nou- 
veaux sons qui ne se distinguent de leurs sons simples que par 
Inspiration. 

ORTHOGRAPHE 

Pour ecrire les sons de la langue basque, on a recours a l'ortho- 
graphe fran$aise et espagnole comme base, en la modifiant au 
goftt de Tinspiration personnelle plus ou moins £clair£e. Aujour- 
d'hui, la plupart des ecrivains des deux versants emploient un 
syst&me uniforme ou quasi uniforme, dont les principes sont : 

Le m£me signe graphique ne represente pas deux sons difflrents 
(caro, ciento, cavite, ciel). 

Les signes graphiques differents ne peuvent exprimer le m&me 
son (bebOy vivo, castor, querella). 

Et comme consequence de ce qui pr£cfcde, les mots s'ecrivent 
comme ils se prononcent et se prononcent comme ils s'ecrivent. 

La langue basque, n'ayant de liens de filiation ni de famille avec 
d'autres, trouve dans cette situation des facility exceptionnelles 
pour adopter une orthographe phonetique. Dans la p^riode de 
transition entre l'orthographe romaine et Torthographe basque, un 
peu d'£clectisme etait inevitable ; l'emploi des signes ch dont le 
son fort se represente en fran^ais par tch, 11, rr, tz, ts, est une 
derogation au principe phonetique. La cause de ce dernier triom- 
phe et le seul danger a craindre, c'est son exageration qui entralne 
avec elle l'excessive multiplicite des signes graphiques. 

Voici un texte de Detchepare, auteur du premier livre imprime 
en basque en i545 : 

Berac bacu dirade ni are nago viciric 
Hongui igum uste vaylut ohorezqui ralguiric 
Gayca nola hona ere rauguinenda vertaric 
Gayz eqhussi eztuyenac hona cerden ezlaqui. 



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LA LANGUE BASQUE 4*9 

Gomparez cette orthographe avec Forthographe modenxe : 

Berak bazu dirade ni are nago bizirik 
Hongi egum nate baitut ohorezki yalgirik 
Gactza nolo, ona ere yauginen da bertarik 
Qaitz ekusi esluyenak hona cer den eztaki. 

lois et ph£nom&nes phon£tiques 

Le basque offre a l'&ude de nombreux et curieux faits phon£ti- 
ques : changement et Elision de voyelles et consonnes ; incorpora- 
tion de sons dermis aux vocables, ts'est-k-dire intercalation de let- 
tres de liaison (voyelles), 6penth6tiques (voyelles et consonnes), et 
euphoniques (consonnes).. Pour les changements, on ne pent le plus 
souvent que constater purement et simplement le fait, l'6tablisse- 
ment des series 6tant arbitraire ; par exemple : edoi, odei (nu£e), 
nagusi, nabasi (maltre), changent Ye en o et le g en b ou vice 
versa. 

Pour formuler des lois d'une valeur re*elle, il manque la base 
solide de la comparaison avec des langues cong£neres et avec les 
formes conserves par une literature ancienne. Le basque, bien 
qu'il soit une langue tres antique, n'a qu une literature des plus 
rScentes et des plus pauvres. A cette pauvrete* et h la difficult^ 
resultant de l'i sole men t de la langue on ne peut supplier, jusqu'b 
un certain point, qu'en formant la statistique des sons que chaque 
dialecte pr^fere, en 6tudiant la forme que rev&tent les mots Stran- 
gers et en appliquant, mais avec beaucoup de prudence, les princi- 
pes de la lingnistique g6n£rale, laquelle, jusqu'k present, n'est 
guere plus qu'une syst&natisation des ph£nomenes phon&iques 
qui se produisent dans la famille aryenne. 

Le basque varie et combine les voyelles de ses mots d'apres 
le principe gene>ateur de Yantagonisme, en vertu duquel les dures 
(a, e,~o) sympathisent avec les douces (i, u, u). II y a des change- 
ments de voyelle d6termin£s par la presence d'une autre qui suit 
immSdiatement : alaba (fille) au lieu de alabea (la fille) fait alabea 
ou alabia ; seme (fils), semia (le fils) ; beor (jument), bior ; arto 
(mais), artua (le mais) ; olio (poule), ollaa (la poule) ; burn (t£te), 
et bum, biiria. D'autres sont produits par Tinfluence de la voyelle 
qui precede, soit imm6diatement, soit dans la syllabe ante>ieure 
du mgme mot, ou m6me dans le dernier mot ; exemple : begia, 



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420 LA LANGUE BASQUE 

begie (roeil) ; zerua, zerue (le ciel) ; argi bat, argi bet (une lu- 
mifere) ; enfin, les deux causes de changement peuvent se reunir : 
alabie, semie, etc. Tous les dialectes n'observent pas cette harmo- 
nie des voyelles, et elle est plus frequente dans le langage popu- 
laire que dans la literature. 

D'autres faits phonetiques peuvent, par leur Constance, s'eiever 
a la hauteur de lois generates, bien que non obligatoires ni toutes 
ni toujours : repugnance a IV initial, qui exige la precession de a 

* ou de e dans les mots Strangers : arrazoi (raison), erreye (roi), etc.; 

| aversion des groupes de consonnes qui formeraient syllabe, quand 
eilea proviennent de 1' agglutination du suflixe au nom : batek (un), 
et non batk ; lanek (travail), et non lank, et du contact des deux 
muettes fortes k et t : bakide (compagnon), de bat-kide; elision de 
la consonne forte finale heurtant une autre consonne douce, ou 
absorption de celle-ci : onakera, onager a (nous sommes bons), de 
onak gera ; durcissement du g suivant par influence d'un z prece- 
dent : janez kero (aprfcs diner), au lieu de janez gero et de z ren- 
forcee en tz pour la nigme cause : etzuen (je ne Tavais pas), au lieu 
de ez zuen ; changement de tz en t pour eviter le choc avec les sif- 
flantes z, s, ts : aztea (nourrir), de azi t et non aztzea ; ikustea 
(voir), de ikusi, et non ikustzea ; onestea (paraltre bien), et non 
onestzea ; suppression frequente de n devant r et I : nora (ou), au 
lieu de nonra ; zuela (qui Tavait), au lieu de zueula ; antipathie 
pour le groupe kn provenant d'agglutination : dekan (que tu Tas), 
au lieu de dekn ; durcissement de rf, g et z initials dans les formes 
verbales causatives par suggestion de l'affirmatif bai, bei prefixe : 
de dire (ils sont), baitire ; de giitii (il n'a pas), beikiitii ; de zen (il 
etait), baitzen, phenoni&nes analogues a ceux qui decoulent de la 
presence de ez dans les formes negatives : de balu (s'il Tavait), 
ezpalu ; de dute (ils Tont), eztute ; de giitu (il n'a pas), ezkutii ; de 
zera (tu es), etsera ; opposition a repeter le mfime son, bien que la 
correction grammaticale ensouflre, emakumeakin (avec les femmes), 
au lieu de emakumeakkin ; repulsion a l'hiatus, excepts pour le 
dialecte biscayen, provenant presque toujours de la suppression 
d'une consonne, specialement de h et de r : zar, zahar (vieux); 
ikaatu, ikaratu (trembler) ; hiatus qui se resout par l'eiision de la 
voyelie ou Finterposition d'une lettre euphonique : aita (le p£re), 
et non aitaa ; gizonaren (de l'homme), et non gizonaen. 

Le basque a une propension marquee a assourdir la gutturale 
forte, a Tadoucir par toutes les notes de son cchelle phonique, 



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LA LANOUE BASQUE 4 21 

jusqu o l'£liminer : kau : a Salazar et Roncal kaur, gau a Aezkoa, 
hau en Labourd, an en Guypuscoa (celui-ci). Les mots composes 
reprennent souvent le k perdu : arkume (agneau), de ari (mouton), 
et ume (petit). 

Le langage vulgaire oblit sans entraves au principe du moindre 
effort montrant d'innombrables contractions organiques et gram- 
maticales : ze biezu (de quoi avez-vous besoin), au lieu de zer bear 
dezu ; erteizu (vous le dites), au lieu de erraten dezu ; echejaun 
(maltre de .la maison), au lieu de echeko jaun ; geo (plus), au lieu 
de geyago. 

Les voyelles et les consonnes permutent entre elles avec la liberty 
dont jouissent les ph^nomenes phonetiques lorsque la culture lit- 
tlraire ne leur met pas un frein. Les changements de consonnes 
sont presque sans nombre ; celles que Ton peut consid^rer comme 
normales sont : g en b ; r en I ; r en J, s, g ; d en r, z, tz g, t ; b en 
m ; n et n en r ; p en b, m, I, t ; I en h, n ; z et tz en ch ; n en n ; 
k enj\ II en est d'autres anormales et r£pandues au ha sard. 

Les changements de voyelles forment les series suivantes : a en 
i, o, u ; e en o ; i en e, o, # ; u en e, i, o ; u en u. 

On peut appeler ces changements organiques, parce que c'est le 
corps du mot qui les supporte et qu'ils se produisent spontan£- 
ment. 

D'autres sont provoqu^s par une relation gramma ticale, par 
exemple : les formes conjonctives du labourdin et du souletin im- 
posent les changements de a en e : dela (qu'il est), de da, et celles 
du biscayen la transformation de e en i et de o en u quand le k final 
s'61ide : daikiala (que tu le pourras), de daikek ; duala (que tu 
Fas), de dok, etautres semblables. 

Les consonnes £prouvent aussi des changements d'origine gram- 
maticale. Les formes negatives souletines, quand les flexions abso- 
lues commencent par une voyelle, changent le z de la negation en 
h : ihitzait (tu ne ui'es pas), au lieu de ez itzait ; le biscayen, sou- 
vent, montre ley ou les autres dialectes emploient z : zqyo, jako 
(il Test). Le labourdin et le guipuzcoan resolvent les groupes kd, 
kb en t ou p y quand ils proviennent du contact d'un nom et d'une 
flexion verbale : onatira (ils sont bons), au lieu de onak dira ; 
onapalira (s'ils 6taient bons), au lieu de onak balira. 

Les voyelles le plus souvent £lid£es sont, par ordre : i, e, a, u ; 
la plus r6sistante est o. Dans les consonnes, la suppression de n, 
r, g, k et h est plus fr^quente que ceile de d, g, b, /, t, />, z et s. 



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432 LA LANGUE BASQUE 

Je pr^sente ces series comrae provisoires et reTormabies. 

Le basque 6vite le contact de sons reTractaires an moyen des 
voyelles de liaison a et e : batek (un), et non balk ; edozeiiek (qui- 
conque), et non edozefik ; Parisen (dans Paris), et non Parisn ; 
zurezko (de bois), et non zurzko ; datorrela, datorrala (celui qui 
vient), et non datorla, etc. II y a des exceptions : nork, nok 
(qui). 

Les lettres 6penthttiqu.es sont celles qui paraissent non organi- 
ques, par exemple : Ye du locatif dans les mots terminus par une 
consonne : lurrean (dans la terre), et non lurran ; Yi avant Yn % 
dans les mots d'origine latine : aingeru, de angelus. Quelquefojs 
cela repr^sente une nasalisation primitive : ailgeru. 

Les langues, comme les femmes, sont coquettes ; elles aiment k 
s'orner. Les lettres euphoniques et de liaison sont comme les 
fleurs, les rubans et les bijoux f&minins, des riens qui embellis- 
sent ; Yy, ley de Biscaye, le b (et quelquefois I'm et IV), sont les 
lettres choisies pour 6viter l'hiatus. 

Les mots terminus en i prennent j : de mendi (montagne), men- 
diyan, mendijan (dans la montagne) ; de andi (grand), andiyetan, 
andijetan (dans les grands). 

Les flexions interrogatives du souletin introduisent y entre a 
interrogatif ct la voyelle finale, queiles changent en e si elle est a ; 
de gira (nous sommes), gireyal (sommes-nous ?) Les flexions 
conjonctives biscayennes met tent en contact /, u et a de liaison 
qu'exige le suffix e conjonctif par suite de la suppression dek final 
et r6clament Tinterposition de j dans le premier cas et de b dans 
le second : de dalk (tu le peux), daijala ; dejakuk (il n'est pas), 
jakubala. 

L'o et Yu finals veulent b euphonique quand ils se heurtent k 
Tarticle ou k la premiere voyelle du suffixe : de bum (t£te), burua 
et buruba (la tele) ; de olio (poule), olloa et olloba (la poule) ; de 
leku (lieu), lekuetan et lekubetan (dans les lieux). L'euphonisme 
avec l'article est plus frequent qu'avec le suffixe. Une variante bis- 
cayenne preTere m k b ; arto (mais), artoma. Les Bas-Navarrais 
dissolvent le groupe na en^ ' de ordu (moment, temps), orduya ; 
de su (feu), suya. 

L V, en s'interposant, 6vite le choc de voyelles dans la suffixation 
du nombrc singulier et dans le mode indefini : de seme (Vils), semif- 
ren (de fils) ; alabarentzat (pour la fille), pour alabaentzat. 

Get r est arrive" k acqu£rir une valeur grammaticale, comme 



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LA LANGUB BASQUE 4?3 

signe du singulier : gizonaren (de rhomme), gizonen (des hom- 
ines). La variante de la valine de Salazar se distingue par une par* 
ticularit6 curieuse : les mots terminus en a, en pressant Tarticle, 
loin de ['absorber ou de le changer, introduisent un r euphonique 
et le conservent : alabara (la fille), au lien de alaba, alabea ou 
alabia. 

INALTERABILITY DBS MOTS 

Le dynamisme accentuS des sons basques pourrait faire soup- 
Qonner que le basque se trouve dans un 6tat d'incoh£sion analogue 
a celui des langues polyne'&iennes, dont la matiere est si variable 
que, comme Faffirment certains auteurs, les idiomes 6voluent et 
divergent jusqu'au point de constituer de nouveaux exemplaires 
au bout de quelques ann6es et que les tribus voisines cessent de 
s'entendre. Le basque varie beaucoup dans l'espace et peu dans le 
temps, comme s'il 6tait dou£ d'une vertu antiseptique particuliere. 
Je veux dire que les mots prennent des formes varices, mais que 
les formes se perp^tuent. Cette v£rit6 (paradogique) r^sulte de 
T^tude des mots accidentellement conserves dans les documents 
du Moyen-Age. 

Le Codex Compostillanus (douzi&me sifccle), Liber de Miraculis 
S. Jacobi (Livre des Miracles de saint Jacques), nous a conserve 
dix-huit mots : urcia (Dieu) ; Andrea-Maria (la dame Marie) ; 
orgui (pain), ogi ; ardum (vin), ardo ; aragi (viande) ; araign 
(poisson), arrafiy arrai; echea (la maison), ianoa (le seigneur), 
jyauna, fauna ; andrea (la dame); elicera (i'^glise), comme a Sala- 
zar ; belatera (prStre), bereterra en roncalais ; gari (froment) ; 
urik (eau), (ur -f le suffixe ik) ; eregia (le roi), erregia ; aucona 
(dard) ; lavarca (chaussure de cuir de boeuf non tann6, faite primi- 
tivement de tiges, comme l'indique son nom abarka); saia (cape, 
aujourd'hui saya en espagnol). Ces mots, excepts aucona et urcia 
(Dieu), ortz (nuage) en bas-navarrais ; ihortziri, ihurtziri (tonnerre) 
en labourdin, sont aujourd'hui usuels dans le Pays Basque, et 
leurs alterations fort l^geres doivent fitre imputes a ceux qui les 
ont Merits. 

Les cartulaires, privileges, actes, etc., du Moyen-Age, examines 
a cette fin, fournissent une abondante moisson de mots, base, je 
ne dirai pas d'un diction naire, mais au moins d'un vocabulaire de 
la langue basque. Le plus souvent, e'est clair, il faut supposer 



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V 



4^4 LA LANGUE BASQUE 

rinalt£rabilit£ de la signification, mais il y a aussi pour la prouver 
la traduction latine ou romane, et si le terme est g£ographique. 
Implication au terrain donne la cle\ si elle est satisfaisante. 



COMPOSITION DBS MOTS 

Le basque forme les mots par les proc6des ordinaires de la 
composition et de la derivation. 

La liberty de cr6er des mots par composition estabsolue. Cepen- 
dant il existe un certain nombre de composants ad hoc : void les 
principaux : 

Aide (region, cdte\ proximity). II indique la position de cause : 
iturralde (voisinage de la fontaine), de iturri (fontaine). 

Aldi (tois, espace de temps, conjoncture, occasion). II indique 
Topportunite* ou l'lv&iement m£me de Faction : itzaldi (discours), 
de itz (parole). 

Ar ou tar (male). II indique nature ou habitation : Paristar 
(Parisien). 

Asi, kari (occupation ou £tat habituel du sujet) : arrantztri 
(pecheur), de arrantz (peche). 

Aro (temps, station) : izaro (novembre), de azi (semence). 

Ano, kano (portion, region, lieu) : galdiano (pays de beaucoup 
de froment), de gari (froment + di, abondance, plurality). 

Antzo, antz (apparence, ressemblance) : urreantz (aspect d'or), 
de urre (or). 

Be, pe (position basse de la chose ; au sens figure : subordination, 
suction) : leorpe (cabane), de leor (sec) ; menpeko (esclave), de 
men (obe*issance + ko). 

Bide (chemin, facility ou possibility d'action) : ikasbide (doc- 
trine), de ikasi (apprendre). 

Dan, forme relative du transitif, signiGe « qui a » : zaldun (cava- 
lier), de zaldi (cheval). 

Egile, egille (faiseur) : ehnille (tisserand), de ehaitu (tisser); 
ongille (bienfaiteur), de on (bien, bon). 

Ekin, egin (faire ex£cuter, entreprendre) : okifi (boulanger), de 
ogi (pain). 

Gai, gei, kai (apte, capable, afTaire, matiere) : ezkongai (c6liba- 
taire), de ezkondu (se marier) ; sinisgai (t£moignage), de sinistu 
(croire). 



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LA LANGUE BASQUE 4 2 $ 

Gaitz (mauvais , difficile, maladie) : sinisgaitz (incroyable) ; 
ameskaitz (cauchemar), de amets (songe). 

Gain, gafl (au-dessus) : bidegain (au-dessus da chemin). 

Gari (haut, superieur, eieve) : echegarai (maison haute). 

Keri % fieri, eri (maladie, indique qualite vicieuse, reprehensible): 
astakeri (stupidite), de asto (ane). 

Men (puissance, pouvoir, juridiction, obeissance, capacite, 
creux, au sens propre et figure) : ahomm (bouchee), de aho (bou- 
che). 

Oste, ozte (multitude, abondance) : ardioste (troupeau), de ardi 
(brebis). 

Tegi, toki (lieu, place): lantegi (atelier), de Ian (travail); irazoki 
(lande), de iratze (fougere) ; sagardoi (verger), de sagar (pomme). 

Une, kune (moment, conjoncture, place) : utsune (defaut), de 
uts (vide); urmeune (gu£), de ur (eau + m #» mince, en petite 
quantity). 

Uts, ots (vide, denude, pur) : oflutz (dechausse), de oft (pied). 

Zain, zai (garde) : aurzai (bonne d'enfant), de aur (enfant) ; 
qyarzain (garde forestier), de oyan (bois, for£t). 

Zale, tzale (aimant, afTectueux) : euskarazale (bascophile). 

Etsi est un nom verbal qui signifie juger, appr£cier, et s'unit 
aux noms indiquant une impression morale. II cr£e des noms ver- 
baux : onetsi (estimer une chose bonne), de on (bon) ; baitetsi (ap- 
prouver), de bai (oxxi). 

Le basque forme des noms par repetition en changeant la con- 
sonne initiale en m, ou b, ou en prefixant m si le mot repete com- 
mence par une voyelle : erran, merran (parole grossiere, murmure), 
de erran (dire); jira, bira (chute), de jiratu (tourner); zaldiko, 
maldiko (petit cheval, bidet). 

La derivation s'eflfectue par le moyen de suffixes ou terminaisons 
qui, isoiees, ne signifient rien aujourd'hui. Je citerai les principales : 

Aga, denote abondance : zumarraga, ormoie, de znmar (orme). 

Di, ti (abondance), s'applique non settlement aux choses mate- 
riel les, comme aga, mais aux choses spirituelles : arizti (lieu 
plante de chenes), de aritz (chGne) ; ondi (grand nombre de bons). 

Dura, tura, forme des substantifs indiquant quelquefois la ten- 
dance ou le mouvement de la chose a etre ce qu'elle signifie : ezti- 
dura (adoucissement), de ezti (miel). 

Eta, eto, keta (abondance) : legarreta (lieu oil il y a beaucoup 
de gravier), de legar (gravier). 



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4^6 LA LANGUE BASQUE 

Gaillu, kaillu (aptitude) : lo gaillu (bande), de lota (attacher). 

Garri (incline*, provocateur, capable, auteur): irrigarri (risible), 
de irri (rire) ; maitagarri (aime\ aimable), de maite (aimer). 

Gi (lieu convenable a la chose ou action), c'est le r£sidu de tegi : 
gordagi (cach£), de gorde (garder). 

Giro (lieu ou saison des choses) : belhargiro (6poque des foins), 
de belhar (herbe, foin). 

Ki donne l'id£e de fragment, portion : oihalki (morceau de toile), 
de oikal (toile). 

Kizun forme des substantifs de>iv6s des adjectifs verbaux : 
etorkizun (avenir), de etorri (venir). 

Koi forme des adjectifs qui marquent tendance ou inclination : 
iragankoi (transitoire), de iragan (passer) ; berekoi (Sgoiste), de 
here (sien). 

Kor a la m&me signification et usage : ibilkor (coureur), de ibilli 
(marcher). 

Kunde, kunte, uni aux noms verbaux, forme des substantifs qui 
indiquent impulsion, tendance : ohikunde (coutume), de ohi (accou- 
tumer). 

Le exprime le caractere et agent, c'est le r6sidu de egille ; era- 
kusle (maltre), de erakutsi (enseigner). 

Pen forme des substantifs de>iv6s du nom verbal : erospen 
(achat), de erosi (acheter). 

Tasun, targun, qualite inherente au sujet ou a la chose : nausi- 
tasun (domaine), de nausi (maltre); garbitasun (puret6), de garbi 
(propre). 

Te (abondance, persistance) : agorte (secheresse), de agor (sec); 
elurte (chute de neige), de elur (neige). 

Teli (amas, entassement) : egurteli (amas de bois), de egur 
(bois). 

Tiar, liar (affection, devotion) : berantiar (retardataire), de be- 
randu (tard). 

Tzu, tza (abondance) : dirutsu (qui a de Targent), de dim (argent 
monnayS) ; egurtza (pile de bois). 

Tze forme des substantifs : udaritze (lieu plants de poiriers), de 
udari (poire). 

Za, ze y zi, zu, che y chi, pluralite : zabalza (largeur), de zabal 
(large) ; otazu (plantation de tilleuls), de ote (tilieul). 

Le nombre de suffixes indiquant abondance et plurality appelle 
Inattention. II est hors de doute qu'iis portent une note particuliere, 



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LA LANGUE BASQUE 4 2 7 

mais pour ceux qui sont purement toponymiques, nous restons r£- 
duits aux conjectures. 

i/ ARTICLE ET LE NOM 

II y a un article singulier, a, et un autre pluriel, ak, avec forme 
intensive, ok : gizona (l'homme), gizonak (les hommes), gizonok 
joango gera (nous autres les homines irons). 

La difference entre le mode indeTini et le mode dlfini (singulier 
et pluriel) depend de la presence ou de l'absence de Tarticle : begiri 
(k ceil), begiari (k Tceil), begiai (aux yeux). Primitivement, la 
forme plurielle s'obtenait en agglutinant les suffixes a l'article plu- 
riel, comrae encore aujourd'hui le font Irun et Fontarabie : begiaki 
(aux yeux) ; mais 1' ordinaire, surtout dans le langage familier, est 
la chute de fe, les deux nombres se differenciant par IV eupho- 
nique ou un suffix e pluralisateur. 

Mendiren (dela montagne); mendien (des montdLgnes); meridian 
(dans la montagne) ; mendietan (dans les montagnes). 

LE GENRE 

Les noms basques manquent de genre grammatical. Le sexe na- 
tural s'exprime par un nora different, ou s'indique par la composi- 
tion. Exemple : idi (bceuf) ; bey (vache) ; zaldi (cheval) ; beor (Ju- 
ment) ; ollar (coq), de olio (poule) et or (m&le) ; katueme (chatte), 
de katu (chat) et erne (femelle). 

LBS DEGRES DE COMPARAISON 

Quand la comparaison est relative, intervient le suffixe go, qui 
s'agglutine au positif d£fini, et apres le compare" se place la con- 
jonction barlo, beho, biho, etc. 

Eder (beau), ederragu (plus beau), ederragoa (le plus beau), 
ederragoak (les plus beaux) ; gaba baho beltzago (plus noir que 
la nuit). 

La comparaison absolue, ou superlatif, demande le suffixe de 
possession en et Particle : de itsusi (sale), itsusiena (le plus sale). 
Si la comparaison s'entend d'une maniere abstraite, le nom se 
r^pete ou se qualifie par un adverbe de quantity : andi-andi (tres 
grand), chit andi (tres grand), hanitz (beaucoup), guztiz (du tout), 
etc., etc. 



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4^8 LA LANGUE BASQUE 

L'id£e d 'augmeutatif est exprim£e par les suffixes to, ko, tzar; 
celle de diminutif par cho, chu, flo, fii ; celle d'exces par egi : zal- 
ditzar (gros cheval), maiteni (petit ami), aberatsegui (trop riche). 



NOM DE NOMBRE 

Le systeme de la numeration basque est vigesimal ; les noms de 
nombre dans les quatre dialectes litt&raires sont : 

i bat, a bi, bya, 3 hiru, kirur, 4 '#«» lour, 5 bost, bortz, 
6 sei, 7 zazpi, 8 zortzi, 9 bederatzi, bederatzu, io amar, hamar, 
ii amaika, ameka, hamaka, hameka, ia amnbi, hamabi, etc.; 
18 emezortzi, amazoirtzi, hemezortzi, hamazortzi, 19 emeretzi, 
hemeretzi, hemeretzu, 20 ogei, hogoi, hogei, 21 ogeitabar, hogoi- 
tabat, hogeitabat, etc. ; 3o ogeitamar, hogoitamar, hogeitamar, 
3i ogeitamaika, hogoitamaka, hogeitameka, etc. 

4o berrogei, berrogoi, 5o berrogoi eta hamar, berrogei eta 
amar, 60 irurogei, irurhogoi, hirurhogei, 80 larogei, laurhogoi, 
laurhogei, 100 eun, ehun, 1000 milla, milia, mila, 1. 000.000 
milloi, miliu. 

Des cardinaux de>ivent les ordinaux, au moyen du suffix e gar- 
ren : bigarren (second), irugarren (troisieme), etc. 

Premier a un terme special, compose* avec Tadverbe en (avant) : 
lenbizi, lenbiko, lendabizi, lendabiziko, lenengo, lehenbizi, etc. 

LES PRONOMS 

Le basque possede des pronoms personnels, possessifs, d£mons- 
tratifs, relatifs et ind£finis. 

Les pronoms personnels sont : ni, neu (je ou inoi); — gu, gii, gen 
(nous) ; — 1, hi, eu (tu familier) ; — zu y zii, zeu (tu courtois) ; — 
zuek, ziek (vous pluriel). 

De ceux-ci derivent les possessifs, au moyen du suffixe de pos- 
session : nere, neure, ene, niire (mien) ; — gure, giire, genre 
(ndtre); — ire, hire, eure (tien familier); — zure, ziire, zere, zeure 
(tien courtois, v6tre singulier) ; — zuen, zien (vdtre pluriel) ; — 
bere (sien) ; beren (leur). 

Les pronoms d£monstratifs sont : au, hau (celui-ci) ; — ojrek, 
oek y oneek % haukiek, hauk (ceux-ci); — ori, hori (celui-lk); — 
oriek, hoikiek, horiek, hoik, horik (ceux-l&); — lira, a (pronomfas- 



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LA LANGUE BASQUE 4 a 9 

cay en qui sert d'article dans tous les dialectes) ; hura (celui-la) ; — 
qyek, aek, hekiek, hek (ceux-la). 

Les pronoms relatifs sont : nor (qui) ; — norlzuk (biscayen) 
(lesquels) ; — zeh, zein, zoin, zixii (quel) ; — zeiikuk (biscayen) 
(quels) ; — zer (quoi) ; zerkuk (biscayen, quelles choses). 

Les pronoms ind6finis sont : bat, qui pour ce cas ajoute la suffix e 
de possession au nom qu'il determine : gizonen bat (litt6ralement, 
des hommes un) ; — batzuek, batzu, batzu (quelques-uns) ; — eli- 
bat (souletin, quelques-uns) ; — bakoitz, bakoch (chacun) ; bathe- 
dera (labourdin, souletin) (un chacun) ; — beste, bertze (autre) ; — 
inor, iiior, nihor, nehor, nihur, ihur (personne) ; — norbait, nur- 
bait (quelqu'un) ; — zerbait (quelque chose) ; — zenbat, zunbat 
(combien) ; — zenbait, zunbait (combien, pluriel) ; — norbera, 
norbere (chacun) ; — ezer (rien) ; — edozein, edozeiH, edozufi 
(quiconque, quelconque). — Bana est un distributif : Emango 
dizutet eun sagar bana, Je vous donnerai a chacun cent pomtaes ; 
— banaka (un a un). 

En outre des pronoms personnels ci-dessus, il en existe d'autres 
de la m£me nature, mais intensifs : nirau, neroni, nihaur (moi- 
m£me) ; — gerok, geroni, gihaur (nous-mdmes) ; — erori, heroni, 
hihaur (toi-m6me, familier); — zerori, zeroni, zihaur (toi-m£me, 
courtois, ou vous-m£me); — zer ok, ziaurek (vous-m£mes) ; — bera, 
berbera (iui-m£me) ; — berok, eurok t berak (eux-m£mes). 

Le biscayen et le guipuzcoan possedent des demonstrates inten- 
sifs : berau (celui-ci m&me) ; berori (celui-la niSme). Les communs 
acqui&rent force red^monstrative ou doublement intensive en ag- 
glutinant la particule che : auche, qyekche (ceux-ci monies), etc. 

Le substantif burn (tdte) exerce les fonctions de pronom r£flexif 
dirigeant sur lui Faction du verbe : beri burua ill du (il s'est tu6 ; 
litt£ralement : il a tue sa tSte). Gette periphrase donne lieu a des 
locutions fort curieuses : bularretik sartu zion bere buruari gani- 
beta (il se plongea le couteau dans le cceur ; litt6ralement : il plon- 
gea le couteau dans sa t&te du cceur). 

ADVERBES 

Le basque a les adverbes de position, de lieu, de temps, de raa- 
ni6re, de comparaison, de quantity, d' affirmation, de negation et 
de doute. 

Plusieurs d'entreeux sont des noms pourvussouvent des suffixes 



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430 LA LANGUB BASQUE 

correspondant a la relation qu'ils expriment. J'omets leur longue 
liste et ne parlerai que de ceux qui se forment par derivation. 

Les particules ki, zki, to, do, jouent le mfeme rdle que mens, 
mente, meat, dans les idiomes n£o-latins : de eder (beau), ederki, 
ederto (bellement), de egia (v£rit6), egiazki (veritabiement), de on 
(bon), ondo (bien). 

Le suffixe ka, kal indique la forme ou la maniere dont se fait 
Taction : de oju (cri), ojiuka (k cris, en criant); de zaldi (cheval), 
zaldika (k cheval, chevauchant). 

K o sert pour les locutions de temps : Noizko egingo dute ? — 
Biarko. (Pour quand le feront-ils ? — Pour demain.) II se joint au 
suffixe ra pour indiquer un temps futur ou qui commence k courir 
de ce moment : datorren urterako (pour Tan qui vient). 

Aucune particularity propre ne donne lieu k parler des conjonc- 
tions copulatives, conditionnelles, disjonctives, etc., ni des inter- 
jections. 

LBS SUFFIXES 

Le basque n'exprime pas les relations grammaticales des noma 
et des pronoms par le moyen de cas, comme dans les langues clas- 
siques, ni par Temploi de propositions, comme les idiomes romans. 
II se sert d'un riche appareil de suffixes qui s'agglutinent au nom 
pur, appele* alors thfcme, ou au noin deTini. Le nom reste presque 
toujours invariable, et les modifications de forme que le phon6tisme 
exige tombent sur les suffixes. Geux-ci peuvent s'unir aussi k cer- 
taines formes du verbe. 

La suffixation pronominale est plus compliqu£e et moins r6gu- 
lifere que celle des noms : k cela contribuent l'observance de noni- 
breuses minuties phon^tiques, 1' existence de doubles formes, acti- 
ves et passives, et la croissante promiscuity entre les suffixes per- 
sonnels et materiels, dejk commenced dans la suffixation des noms ; 
de toute sorte, les difficult^ de Tune et de l'autre sont principale- 
ment d'ordre phon£tique, et celui qui a la clef du phon£tisme bas- 
que les r^sout toutes sans peine. 

Les suffixes, sauf eta, qui est pluriel, sont ind6finis quant au 
nombre : T indication de celui-ci est confine k Tarticle, comme cela 
a H& dejk dit, bien que la rigueur primitive soit all£e en s'affai- 
blissant et qu'elle se compense en beaucoup de cas par l'emploi de 
eta ou le possessif en sans r euphonique. 



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LA LANGUE BASQUE 4^1 

Voyons quels sont les suffixes. 

K indique l'agent ; il est obligatoire pour tout sujet de verbe 
transitif : gizonak jateu du (rhomme le mange), gizona dabil 
(l'homme marche). 

Les pronoms demonstratifs simples, intensifs et red£monstratifs 
poss&dent des formes actives splciales, c'est-a-dire des formes qui 
ne r6sultent pas de 1' agglutination du suffixe actif au th&me, 
comme il arrive, par exemple, dans les pronoms personnels : m- 
nik, gu-guk. 

Ces formes actives sont : onek, hunek (celui-ci) ; orrek, korrek 
(celui-la) ; ark, ark, arek (celui-la) ; beronek (celui-ci mfirae) ; be- 
rorrek (celui-la mfcme) ; onechek (celui-ci m&me) ; orrechek (celui- 
la m£me); archek (celui-la m£me). Les demonstratifs biscayens 
au, a et les reddmonstratifs anche, ache, ob£issent aux principes 
de la formation de 1* actif : auk, ak, auchek, achek. 

Les formes actives influent sur l'agglutination des suffixes, parce 
qu'en rfcgle g£n£rale elles sont pr6fer£es aux passives. Par exem- 
ple : on dit oni, a celui-ci, empioyant Factif onek et non auri, 
comme l'indique la th£orie. II est curieux que le pronom biscayen 
correspondant, bien qu'il manque de forme active, suive les r&gles 
du guipuzcoan et dise comme lui onen, oni, one g an, etc. 

Le suffixe bage s'agglutine a la forme passive dans tous les dia- 
lectes : aubage. 

Ek, agent pluriel, appartient aux dialectes basquo-fran^ais, a 
l'alto-navarrais meridional et le sous-dialecte du Baztan septen- 
trional : gizonek darame (les hommes le portent), gizonak da- 
biltza. 

Les dialectes de France ont quelques pronoms a forme active 
plurielle : hauek (Labourd), hauyek (souletin, ceux-ci); hqyek 
(Soule, ceux-ci); hoy ok (Soule, ceux-ci); hetik (Labourd); heyek 
(Soule, ceux-la). 

/, recevant : gizonari (a rhomme); arriari (a la pierre); gizonai 
(aux hommes) ; arriai (aux pierres) ; gizonaki, arriaki primitif et 
a Fontarabie et Irun. 

En, possession : mendiaren (de la montagne); mendien (des 
montagnes ; primitif : mendiaken). 

Kin, ki, unitif, accompagnatif : gizonarekin (avec l'homme) ; 
gizonakin, gizonakkin, gizonekin, gizonenkin (avec les hommes). 
Le biscayen emploie gaz : arraugaz (avec Tenfant) ; aurrakaz, 
aurrakgaz (avec les enfants). 



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43a LA LANGUE BASQUE 

Tzat, zat, destinatif : gizonarentzat (pour l'homme); gizonent- 
zat, gizonakentzat (pour les hommes). 

Le biscayen emploie le suffixe compost tzako. 

N, locatif materiel : meridian (dans la montagne) ; mendietan 
(dans les montagnes). 

Malgr6 son caractere materiel marqu6, les etres animus le re- 
coivent : gizonetan. 

Gan, locatif personnel. Le biscayen etleguipuzcoan l'emploient 
a Texclusion de tout autre avec les noms de personnes et d'6tres 
raisonnables : Mariagan ou Mariarengan (en Marie) ; gizona- 
gan ou gizonarengan (dans l'homme) ; gizonakgau, forme litt6- 
raire ; forme vulgaire : gizonakau ou gizonengau (dans les hom- 
mes). 

Les dialectes de France forment le locatif personnel a l'aide du 
substantif bait ha, beitha : Martinen baithau (en Martin) ; gizona- 
ren baithau (dans l'homme) ; gizonen baithau (dans les hommes). 
Les mdmes proc£d£s sont employes dans les dialectes espagnols 
oong^neres des dialectes fran<?ais, le haut-navarrais et le sous-dia- 
lecte du Baztan. 

Rai, lai, ra, la, direction mat^rielle, mouvement vers un point 
ou une chose : banoa echera (je vais a la maison) ; qyhanerat (au 
bois); echetara (aux maisons); qyhanetarat (aux bois). 

Les formes avec t et e sont basques-francaises. 

Le substantif baitha, beitha, s'unit a ce suffixe pour produire 
des formes personnelles : semearen baitharat, semeen baitharat 
(au flls, aux fils). 

Ganat, gana, directif personnel : gizonagana, gizonarengana 
(a l'homme); guizonagana, gizonakgana, gizonengana (aux 
hommes). 

No, Ho, ino, ifio, limitatif de direction ; s'unit obligatoirement 
au directif materiel : mendirario (jusqu'a la montagne); mendieta- 
raho (jusqu'aux montagnes). 

Les adverbes le reyoivent directement : onaiio (jusqu'ici). Suffix £ 
a la flexion intransitive da (il est), il forme des locutions de temps : 
aurten dailo (jusqu'a cette ann^e). 

II s'unit, en Biscaye et en Guipuzcoa, au substantif a rte(espace), 
qui peut aussi s'employer pourvu du locatif : ill arteraiio, ill ar- 
lean, ill arte (jusqu'a mourir). Ge sont des formes contractus : 
arteHo, arteo, artio. 

Rontz, runtz, directif ind£fini, appartenant au biscayen et au 



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LA LANGUE BASQUE 433 

guipuzcoan : echerontz (vers la maison), bosterretarontz (vers les 
maisons). 

Avec les noms d'etres rationnels, il s'unit au locatif personnel : 
aitaganontz, aitaganrontz $ gironenganontz (vers les hommes). 
Garti, gatik, causality : gizonagatik, gizonarengatik (poor 
I'homtne); gizonagatik, gizonakgatik, gizonengatik (pour les 
hommes). En souletin, quand il s'ajoute a la forme d£finie, il 
acquiert une signification adversative : gizonagatik (malgre* 
l'homme). 

Tik, dik, ti, di, provenance materielle. II s'ajoute an theme pur, 
excepts au pluriel : zerutik (dn ciel), zeruetarik (des cieux). 

Gandik, ganik, provenance personnelle. S'ajoute au nombre 
d£fini : E spirit u santua sortzen da Aita eta Semeaganetik(Y Esprit- 
Saint procede du Pere et du Fils). 

Les dialectes de France veulent Intercalation du possessif : 
etzaiarenganik (de l'ennemi); etzayenganik (des ennemis). 

Ik y interrogatif nlgatif, s'emploie pour exprimer des quantity 
ind6termin£es, pour parler hypoth&iquement et conditionnelle- 
nient, et ce pour se rapporter a un superlatif : Badezu ogirik ? 
— Estet ogirik (Avez-vous du pain? — Je n'ai pas de pain) ; 
eskerrik asko (beaucoup de retnerciements); bildotsik oberenak 
(les meilleurs agneaux). 

Gabe, bage, baga, bago, boko, substantif suffixable qui signifie 
faute, manque : gizonagabe (sans l'homme) ; et de fait sans les 
hommes (gizonakgabe, forme litte>aire). 

Pour le mode indefini, on y joint le suflixe ik : arririkgabe. 
Gabe se combine avec le locatif pluralist et Tinterrogatif n£ga- 
tif, qui ne rlpugnent pas a recevoir le locatif, et il en r£sulte une 
forme hypertrophique : bildugabetanik bildugabetanikan (sans 
se r6unir). Je n'ai vu toute cette agglomeration de suffixes que pour 
le guipuzeoan. 

Ko y go y de>ivatif, s'unit au theme, marque l'extraction, l'origine, 
Tindig^nat : easkalerrico neskatchak (les filles du Pays Basque). 

Jamais il n'indique possession : echekojaun est chose tres diffe- 
rente de echearen faun ; la premiere locution s'appliquera au chef 
de la famille, bien qu'il demeure dans une maison qui n'est pas la 
sienne; la seconde, au proprietaire de ceile-ci. 

Avec l'article, il forme des adjectifs possessifs : lurrekoa (de la 
terre), de lur (terre). Ge suflixe admet di verses combinaisons avec 
d'autres. 

28 



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434 LA LANGUK BASQUE 

Z, modal, instrumental : bai egrVw (oui, vraiment), chien attache 
avec une chalne ; izerdiz bustia (mouill6 de sueur) ; urtearen zer 
demboraz? (en quel temps de l'ann^e?) 

II se pluralise avec eta. II indique mouvement dans certaines 
phrases adverbiales : kalez-kale (de rue en rue), et mani&re en 
d'autres : bioiruz (de m^moire), ofiez (a pied). 

Zko, mati&re, composition d'une chose : zillarrezko eskua (main 
d'argent). 

Joint a Tarticle, il forme des adjectifs : pekatu aragizkoak (p6- 
ch6s charnels). 

La preuve qu'ils sont adjectifs, c'est qu'ils se placent apr&s le 
substantia suivant la regie g6n6rale. 

Les exemples donn6s, si on les 6tudie attentivemerit, rendent 
compte des principaux ph&iom&nes phon6tiques de la suffixation, 
de mfeme que de la mani&re dont s'expriment Tind6fini, le singulier 
et le pluriel. lis indiquent aussi quels sont les suffixes qui peuvent 
s'unir au th&me pur, a la forme articul£e et a d'autres suffixes. 

La suffixation pronominale imite cello des noms ; que cette for- 
mule suffise, sans descendre aux cas particuliers. 

Parlons maintenant du verbe, creation merveilleuse de la langue 
basque, qui peut l£gitimement se vanter de poss^der une conju- 
gaison sup^rieure, par la richesse de ses formes logiques, le nom- 
bre de ses temps et la vari6t£ des relations qu'elle exprime, non 
seulement aux langues parlies en Europe, mais aussi a celles qui 
appartiennent a la famille aryenne et a la famille s£mitique. Je 
m'efforcerai d'en donner une id6e succincte, car si je devais traiter 
convenablement le sujet, le volume entier de la Tradition basque 
y serait insuffisant. 

LA CONJUGAISON 

Le verbe basque considfere Taction sous ses deux modes essen- 
tiels de se produire : transitif et intransitif. Parce que le nom 
verbal izan signifie itre et avoir, beaucoup de grammairiens ont 
suppose, et particulifereiuent ceux du pays, que le verbe £tait unique 
et que les conjugaisons transitive et intransitive n'ltaient que ses 
deux voix. 

Outre qu'elle est transitive et intransitive, la conjugaison est 
simple : nabil (je vais), et compos^e ou p6riphrasique ijaten det 
(je le mange, litteralement : en manger je l'ai). La conjugaison 



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LA LANGUB BASQUE 4^5 

p£riphrasique exige la combinaison d'un nom verbal qui exprinie 
la chose signifi6e : jan (manger), et d'un auxiliaire transitif : det 
(je Vai, etc.), ou intransitif naiz (je suis, etc.), k qui il incombe de 
d£roulerles accidents de la conjugaison, personne, nombre, regime, 
traitement. Les quelques noms verbaux qui poss&dent conjugaison 
simple peuvent se conjuguer aussi p£riphrasiquement, mais ibiltzen 
naiz n'6quivaut pas par r6ciproque k nabil. L' usage est juge de 
cette promiscuity, qui th£oriquement est constante. 

Les formes des auxiliaires ont £t£ appel6es de diffi&rents noms : 
articles, desinences, terminatifs, etc. Je les appelle flexions, de 
m^me que celles de la conjugaison simple. 

Les flexions verbales expriment : a) le sujet et le nombre ; det 
(je Fai), degu (nous l'avons) ; nabil (je vais) ; gabiltza (uous allons) ; 
— b) le r6gime indirect : da (il est) ; zago (il Test); — c) le regime, 
singulier et pluriel : nan (il m'a) ; du (il l'a) ; ditu (il les a) ; — 
d) le regime direct et indirect k la fois : dit (il me l'a) ; dizkit (il me 
les a) ; — e) le traitement : ind6terniin6 ou de zu t que beaucoup 
appellent courtois, familier, ou de ik, qui est masculin en parlant 
k un homme et feminin en parlant k une femme, et respectueux, 
propre au souletin. Exemples : je Vai, je les ai se disent : det-ditut 
(mo), diat-zetikas (familier masc), difiatzetiHat (fam. fern.), dizut- 
ditiz&t (resp.). Le masculin est caract£ris£ par k et le fcminin par 
n ou ft. II y eut certainement des pronoms masculins et f&minins : 
i-ik, en dehors de la flexion verbale, sert aujourd'hui pour les deux 
genres. Le bas-navarrais oriental poss&de un traitement enfantin 
ou diminutif qui n'a pas d'importance grammaticale, car il est 
constitu^ par des flexions respectueuses prononcees d'une mani&re 
efF6min6e. 

£l£mRNTS CONSTITUTIFS DBS FLEXIONS 

Sont done £16ments coustitutifs des flexions, les pronoms faisant 
fonctions de sujet et de regime, soit sous leur forme integrate ou 
alt6r£e, soit sous celle de lettres pronominales qui peuvent &tre 
consid£r£es comme leurs r£sidus. II faut ajouter k ces 61£ments 
ceux qui sont caract£ristiques de mantere et de temps et les eupho- 
niques, qui servent de liaison et de fusion des uns avec les autres, 
selon les exigences esth£tiques de la langue. La flexion basque les 
chose complexe, et ce n'est pas toujours une t&che facile d'en isoler 
ses elements, par suite des deformations reconnues. 



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436 LA LANGUE BASQUE 

La flexion est-elle un element verbal? La rlponse est unanime 
pour un grand nombre. Pour moi, je suis d'accord avec ceux qui 
l'6tendent k toutes, m£me k celles qui constituent les modes indica- 
tif, conditionnel, suppositif et optatif du conditionnel de la conju- 
gaison transitive oil, il faut l'avouer, l'£l6ment verbal se montre si 
d6natur£ que, isolgment, il n'a ni sens ni forme verbales. 

Que l'id6e verbale, exprim6e par un 616ment obscur ou apparent, 
se cache dans toutes les flexions, cela, k mon avis, r6sulte de la 
comparaison entre les formes suivantes, prises, les unes aux 
formes verbales de la conjugaison simple, et les autres aux formes 
auxiliaires de la conjugaison p6riphrasique. 

d-akan4, je le porte; — d-akar-zu, tu le portes; — d-akar, il le 
porte ; — d-akar-gu, nous le portons ; — d-akar-zute, vous le por- 
ted ; — d-akarte, ils le portent ; 

d-e-t, je Tai; — d-e»zu, tu Tas; — d*a, ill'a; — d-e-gu, nous 
Tavons; — d-e-zute, vous Favex; — d-u4e, ils l'ont; 

n-abil, je vais ; — z-abiUtza, tu vas ; — d-abil, il va ; — g-abil-tza, 
nous allons ; — z-abil-tza-te, vous allez ; — d-abil-tza, ils vont; 

na-iz, je suis; — z-era, tu es ; — rf-a, il est; — g-era, nous som- 
mes ; — z-erate t vous Gtes; — d-oia> ils sont. 

Si akar et abil, reprgsentants des verbaux ekarri et ibilli, mon- 
trent Tid6e verbale particularism par les £16ments pronominaux, 
et si on concede qu'il en est de mfcme pour les flexions tr&s obs- 
cures du verbal izan (Stre), dont le radical ne se montre qu'a la 
premiere personne du singulier, je ne vois pas de raison d'adopter 
un crit^rium different pour les flexions det, dezu, etc., pour bien 
que e et u et toute la s£rie ult^rieure de leurs transformations (a, 
£, o, tf, ai 9 eij ea> aa, ao, re, u, 00, iti, uu) soul&vent le difficile 
probleme de leur origine, qu'il n'y a pas lieu d'examiner ici. 

CLASSIFICATION DES FLBXIONS 

II faut grouper et sprier les flexions sur la base des relations 
qu'elles expriment. Le regime direct entre toujours dans les 
flexions transitives. On ne peut pas dire en basque : « Je vois *>, 
mais : « Je le vois. » Le regime direct de la troisifcme personne est 
singulier et pluriel; il s'ensuit que ses flexions sont doubles : 
jaten det ogia (je mange le pain) \jaten ditut ogigak (je mange les 
pains). 

Abandonnant, pour plus de commodity de la locution, la termi- 



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LA LANGUE BASQUE $3j 

nologie de regime direct, indirect et double, je dirai que le tran- 
sitif a douze flexions objectives, c'est-&-dire flexions dont Taction 
retombe sur un objet extSrieur au sujet ; seize flexions pronominales, 
dont Faction retombe sur un pronom personnel distinct de celui qui 
figure comme sujet, et cinquante-six objectivo-pronominales qui 
marquent conjointement les deux relations pr6c6dentes ; prenons 
pour exemple la troisi&ine personne singuli&re du present indicatif 
transitif : du-ditu (il Fa, il les a); dit-diskit (il me l'a, ii me les a) ; 
dizu-dizkiru (il te Fa, il te les a); dio-dizkio (il le lui a, il les lui a) ; 
digu-dizkigu (il nous Fa, il nous les a); dizute-dizkizute (il vous 
l'a, il vous les a); die-dizkie (il le leur a, il les leur a); nau (il 
ma); zaitu (il t'a) ; gaitu (il nous a); zaituzte (il vous a). Total, y 
compris toutes les personnes, 84 relations, auxquelles il faut ajou- 
ter i44 autres familieres et 36 respectueuses, ce qui fait 1264 pour 
chaque temps capable de les avoir et les ayant de fait, suivant les 
dialectes. Et je dis capables de les avoir, parce que Fimp&ratif ne 
peut avoir les premieres personnes du singulier et du pluriel. 

La conjugaison intransitive, par sa nature propre, n'a que 
6 flexions directes, c'est-a-dire dont Faction retombe sur le sujet 
lui-in&me, et 16 pronominales , dont Faction, re<?ue par le sujet, est 
transmise k un pronom de premifere, deuxi&me ou troisi&me per- 
sonne. Exemple : da (il est); zat (il m'est); zatzu (il t'est); zaro 
(il lui est); zagu (il nous est); zatzute (il vous est); zaye (il leur 
est). Total, 22 ; et en comprenant les 5o du traitement familier et 
les 16 du traitement respectueux, 88. 

Qu'il soit bien entendu, dans la statistique des flexions transi- 
tives coinme des intransitives, que le mot flexion ne s'emploie pas 
comme synonyme dejorme, car quelques rares fois deux relations 
diflferentes s'exprinient par les m&mes 61£ments materiels; par 
exemple, zaituzte (ils font) et zaituzte (il vous a). 

11 semblerait que cette merveilleuse fecondit^ dftt d^noter un 
parfait 6tat de conservation du verbe basque : rien n'est moins 
certain. La conjugaison a perdu k peu pr&s le tiers de ses flexions. 
II manque, panm les pronominales transitives, celles qui devaient 
avoir comme regime direct le pronom de troisi&me personne : k 
lui. Celles de regime double presentent seulement le regime direct 
avec la troisifcme personne, tandis que le regime indirect peut se 
rapporter k la premiere personne, k la seconde et k la troisifeme. 

Le Nouveau Testament de La Rochelle d6montre que ces lacunes 
n'ont pas toujours exists. 



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438 LA LANGUE BASQUE 



TYPES DE L ORGANISATION DE LA FLEXION 

L' etude d'ensemble des flexions montre qu'elles se rapportent k 
deux types organiques distincts. Le premier pr6fixe le sujet : naiz 
(je suis); le second le suflixe : det (je l'ai). Au premier type corres- 
pondent toutes les flexions intransitives et les transitives de regime 
direct de troisieme personne, employees au pass£ de l'indicatif et 
k son similaire le pass£ du subjonctif, avec leurs derives. Au 
second les autres. Les flexions objectives et objectivo-pronomi- 
nales du second type commencent par d. 

LA CONJUGAISON SIMPLE 

Les noms verbaux qui peuventse conjuguer par eux-m6mes sont 
fort peu nombreux. Voici les principaux : iduki, eduki, euki 
(avoir); egin (faire); efcarrf (apporter); eraman (emporter); era- 
billi, erabil (remuer, mouvoir, faire aller); ikusi (voir); jakin 
(savoir); esan, err an (dire); egon % (&tre); joan, gan (aller); ibilli, 
ebiliy ebil (marcher) ; etorri (venir) ; jarritu, jarraike, yarraiki 
(suivre) ; etzan, etzin (Stre couch£). 

Ces verbaux sont d6fectifs ; les moins incomplets possedent le 
present et le passe" de l'indicatif et l'imp6ratif ; par exception egin 
manque maintenant des deux premiers temps, mais conjugue le 
passe et le present du subjonctif. Tres peu ont le nombre complet 
des flexions de chaque temps; quelques-uns, comme etzan, sont 
r&iuits aux flexions directes. 

En regie g6ne*rale, mais non absolue, ces verbaux dansleur con- 
jugaison accentuent la difference entre le present et le pass£ en 
alterant le theme et en donnant la preference aux formes avec a 
pour le premier et e pour le second : dakustQe le vois), neku- 
san (je le voyais); daki (il le sait), zekien{\\ le savait); daude (ils 
sont) ; zenden (ils etaient). 

Les flexions transitives det, dezu t etc. ; nuen, zenduen, etc. ; 
duket, dukezu (lab.), dtiket, dukezix (soul.), etc. ; et les intransi- 
tives naiz, zera, etc. ; nintzan, zifXan, etc.; naiteke, zaiteke, (lab.); 
nizate, zirate (soul.), etc., auxiliaires de la conjugaison pe>iphra- 
sique, dans le mode indicatif, constituent le present, le passe* et le 
futur (lab., soul.) de avoir et $tre, quand ils se conjuguent isol6- 
ment. Mais les autres temps et modes de ces verbes ne s'obtiennent 



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LA LANOUE BASQUE 4^9 

qu'au moyen de la conjngaison p£riphrasique, c'est-k-dire en com- 
binant les verbaux izan (fitre et avoir), et iikhen (avoir), avec les 
flexions auxiliaires correspondantes. De sorte que les id£es pures 
d'etre et avoir conjugules s'expriment en partie par conjngaison 
simple et en plus grande partie par conjngaison composed. 

Le fait que lesdites flexions isol£es n'ont pas besoin de izan pour 
signifierji Vai, tu Vas, etc.,je Vavais, tu Vavais, etc. t ye Vaurai, 
tu V auras, etc., je suis, tu es, etc., f&ais, tu 4tais, etc., je serai, 
tu seras, etc., est une nouvelle preuve que dans ces flexions est 
incorporle Fid£e verbaie de avoir et itre. 

FLEXIONS ABSOLUES ET ALT<r£eS 

La forme des flexions s'altere quand, en outre de leur id£e pro- 
pre absolue, elles doivent exprimer une autre id6e accidentelle. 
Les flexions alte>6es sont de sept classes : 

a) conjonctives ; elles servent k coordonner deux verbes du 
mdme discours. On les obtient en suffixant la particule la : 
darama (il le porte), daramala (qu'il le porte); det (je l'ai), 
dedala (que je l'ai) ; nago (je suis), nagoela, naiz (je suis), nai- 
zela (que je suis). 

b) relatives; on suffixe n; elles se rapportent au sujet ou au 
regime direct du verbe : daki (il sait), daizen (qu'il sait) ; naiz, 
naizan. Cette forme se substantive avec l'article et se place en 
position de recevoir les suffixes : nago (je suis), nagoen, 
nagoena, nagoenari, nagoenaren, etc. 

c) affirmatives ; k la flexion absolue on pr^fixe la particule 
affirmative ba, contraction de l'adverbe bai : du (il a), badu ogia 
(il a le pain) ; elle ne va pas avec la conjugaison p£riphrasique. 

d) dubitatives ; mSme proc£de* ; mais 1' accent tonique passe k la 
flexion ijaten badu ogia (il le mange le pain). 

e) negatives ; on pre* fixe la negation ez ; pour obtenir forme 
negative il faut que l'adverbe ou la flexion 6prouvent une altera- 
tion ; autrement il n'y a que phrase negative simplement : dezu 
(tu Fas) ; eztezu, haigu (nous Favons), echiagu. 

I) causatives; on prefixe bai (lab.), bei (soul.), niz (je suis), 
beniz. Elle renforce le sens positif de la flexion par une relation 
de causality tiree d'elle-me'me, comme dans les phrases — parce 
qu'il Fa, parce qu'il est. Le biscayen et le guipuzcoan suppleent a 
la forme causative qui leur manque par la forme relative. 



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44<> LA LANGUE BASQUE 

g) interrogatives ; on suffixe a, eya on ya k la flexion (soul.) 
niz (je suis); niza? (suis-je?) ; dira (ils sont); direya? (sonMls?) ; 
dezake (il le peut); dezakeial (le peut-il?). 

Ces formes alte>£es sont simples : il y en a d'autres composees : 

a) affirmatives-conjonctives : baduela; 

b) dubitatives-relatives : baduen; 

c) n£gatives-conjonctives : extuela ; 

d) negatives-relatives : eztuen ; 

e) negatives-dubitatives : ezpadu ; 

j) affirmatives-dubitatives (lab., soul.) : baduen; 

g) n^gatives-causatives (lab., soul.) : ezpaitu ; 

h) affirmatives-interrogatives(»oul.) : badia? 

i) n^gatives-interrogatives (soul.) : eztia ? 

J'ai dit que les flexions relatives penvent prendre les suffixes ; 
mais la qualification de verbales ne convient pas aux formes qui 
en r£sultent ; au contraire elle convient aux flexions relatives et 
conjonctives, qui, en prenant certains suffixes, acquierent un sens 
special : 

a) conjonctive-de>ivative-locative : duelakoan (supposant que) ; 

b) relative-derivative : dueneko (pour quand il Fa); 

c) relative-locative : duenean (quand il Fa); 

d) relative instrumentale : duenez (selon qu'il Fa) ; 

e) relative-disjonctive (bisc, lab., soul.) : debenez (il l'a ou 
non); 

j) conjonctive-de*rivative (bisc, guip.) : duelako (parce qu'il 
l'a) ; 

g) conjonctive-infinitive (lab., soul.) : duelarik (tandis qu'il 
la); 

h) relative-limitative (lab., soul.) : dueno (en tant qu'il l'a); 

i) conjonctive-de>ivative-d£finitive (bisc.) : dabelakua (en sup- 
posant qu'il Fa); 

j) conjonctive-derivative-instrumentale (soul.) : dielakoz (parce 
qu'il Fa); 

k) conjonctive-ddrivative-destinative (soul.) : dialakotzat (en 
supposant qu'il Fa). 

Ces onze formes conjonctives et relatives de signification sp£- 
ciale, combiners avec les formes composees £nume>£es plus haut, 
engendrent dix-sept autres formes recompos^es qui se divisent en 
trois groupes : affirmatives, dubitatives et negatives. Je vais 
donner un exemple pour chaque groupe : baduelakoan (en suppo- 



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LA LANGUE BASQUE 44 l 

sant qu'il l'a); — badabenez (s'il Ta ou non); — eztuelakoan (en 
supposant qu'il ne l'a pas). 

LB NOM VERBAL 

£tant connu le premier 61£ment n£cessaire de la conjugaison 
p6riphrasique, qui est la flexion, Studious maintenant le second, 
qui est le nom verbal. 

Le nom verbal est 1$ mot qui dlsigne Taction exprim^e par un 
verbe, ou bien le propre nom de celui-ci : eman (donner), joan 
(aller). 11 se traduit couramment par l'infinitif des autres langues, 
mais sa signification exacte est celle d'un participe passl. Son 
th&me ou radical est la partie du mot qui demeure invariable, quand 
on y ajoute les suffixes. 

II est substantif et adjectif ; l'adjectif est le nom verbal pur, 
c'est-&-dire sans article ni suffixe ; le substantif verbal se forme en 
y ajoutant le suffixe te ou tze : ematze t joate* 

Les noms verbaux sont propres et d£nominatifs ou d6riv£s. Les 
substantias et adjectifs communs, les pronoms et les adverbes 
peuvent 6tre convertis en verbes en y suffixant la particule verba- 
lisante tu, duz : de aur (enfant), a urtu (devenir enfant) ; deaberats 
(riche), aberastu (s'enrichir) ; de gure(n&tre) t guretu (s'approprier 
quelque chose) ; de bezala (comme, comparatif), bezalatu (se rendre 
semblable). Les noms et adverbes m£me modifies par un suffixe se 
transforment en verbes : de echera (k la maison), echeratu (aller k 
la maison); de dirugabe (sans argent), dirugabetu (s'appauvrir) ; 
de nora (ofc, avec niouvement), noratu (se diriger vers un endroit). 
La vivacity, T6nergie, la concision, le coloris et la facility de- 
pression des plus delicates nuances de la pens£e que cette admi- 
rable propria communique k la phrase dlpassent toute mesure. 

FORMES DU NOM VERBAL 

Les substantifs et les adjectifs verbaux sont trails comme les 
substantifs et les adjectifs ordinaires. On appelle formes du nom 
verbal celles qui proviennent de l'agglutination des suffixes, quand 
ils entrent obligatoirement dans la conjugaison periphrasique, ou 
qui ne s'emploient pas avec les noms communs, ou qui sont dotees 
dune signification splciale, ou qui sont employees trfcs fr^quem- 
ment pour exprimer l'idle verbale. 



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442 



LA LANGUE BASQUE 



Formes du substantif verbal, en prenant pour exemples eron 
(tomber), ikusi (voir), dont les radicaux sont eror, ikust. 



(b) 
(c) 
(d) 
(e) 
(0 
(g) 



indefini 




erortze, 


ikuste 


d£6ni 




erortzea, 


ikustea 


locatif 




erortzen, 


ikusten 


iatensif 




erortzen, 


ikusten 


destinatif 




erortzeko, 


ikusteko 


directif 




erortzera, 


ikustera 


instrumental deflni 


erortzeaz, 


ikusteaz 


— 


indefini 


erortzez. 


ikustez 



FORMES DE L ADJECTIF VERBAL 



(a) adjecti 


f verbal ind6fini 


erori, 


ikusi 


o>) - 


— defini 


eroria, 


ikusia 


(c) - 


— positif 


eroriren, 


ikusiren 


(d) - 


— derivatif 


eroriko, 


ikusiko 


(e) - 


instrumental d£fini 


eroriaz, 


ikusiaz 


(0 - 


— indefini 


eroriz, 


ikusiz 


(g) - 


infinitif 


eroririk, 


ikusirick 


(h) - 


ind£termin6 


erorita, 


ikusita 



De ces seize formes, six settlement font par tie de la conjugaison 
pe>iphrasique : le substantif verbal locatif, les adjectifs verbaux 
indgfini, derivatif, possessif et le radical. 

MODES ET TEMPS DE LA. CONJUGAISON P&UPHRASIQUE 

Les verbaux izan et tikhen se combinent avec les pr6ce"dents pour 
former les temps composes. Ceux-ci se prfctent a un grand d6ve- 
loppement a cause de la multitude des combinaisons possibles. Et 
comme il y entre aussi d'autres verbaux modificatifs, tels que oi 
(avoir coutume), al (pouvoir), il en resulte que les auteurs ne sont 
d' accord ni sur le nombre et le nom des modes, ni sur ceux des 
temps. Par exemple, Lardizabal comptc 5 modes et i5 temps, et le 
prince Bonaparte n modes et 91 temps (tons en usage). Je crois 
remplir les indications de la th£orie et de la pratique en admet- 
tant 9 modes et 35 temps. Voir le tableau suivant : 



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LA LANGUE BASQUE 443 

I. Indigatif. 

i present, ikusten du (il le voit, cela) ; 

2 pr£t£rit imparfait, ikusten zuen (il le voyait) ; 

3 pass6 proche, ikusi du (il l'a vu) ; 

4 pass£ eloigned ikusi zuen (il le vit) ; 

5 plus-que-parfait proche, ikusi izandu (il l'avait vu) ; 

6 plus-que-parfait 61oigne\ ikusi izanzuen (il l'eut vu) ; 

7 futur present (lab., soul.), ikusten dute (lab.) (il le verra) ; 

8 futur catlgorique, ikusikodu (il le verra) ; 

9 futur conjectural proche, ikusikozuen (il devra le voir) ; 

io futur conjectural 61oign6 (bisc, guip., lab.), ikusiczangodu 
(il devra l'avoir vu). 

II. POTENTIEL. 

ii present (bisc), ikusi dai (il peut le voir, cela) ; 

ia futur present, ikusi derake (il peut on il pourra le voir); 

1 3 futur conjectural (bisc.), ikusi lei (il pourrait le voir); 

i4 pass£ proche, ikusi lezake (il pouvait le voir) ; 

i5 pass6 £loign£, ikusi zezakean (il put le voir). 

III. SUPPOSITIF DU POTENTIEL, 

1 6 present, ikusi albadeza (s'il peut le voir) ; 

17 futur conjectural, ikusi albaleza (s'il pouvait le voir) ; 

IV. CONDITIONNEL. 

18 present (soul.), ikusten luke (il le verrait) ; 

19 pass6 proche (bisc. et soul.), ikusi liika (soul.), il l'atirait vu ; 

20 pass6 61oign6 (bisc, lab., soul.), ikusi leikian (bisc), il l'au- 
rait vu) ; 

21 futur proche (bisc, guip., lab.), ikusiko luke (il le verrait); 

22 futur 61oign£(bisc, guip., lab.), ikusiko sukean (il l'aurait vu). 

V. SUPPOSITIF DU CONDITIONNEL. 

23 present, ikusten balu (s'il le voyait) ; 

24 pass6 proche, ikusi balu (s'il l'avait vu); 

25 pass6 61oign6, ikusii zan balu (s'il l'avait eu vu) ; 

26 futur (guip., lab., soul.), ikusiko balu (s'il le verrait). 

VI. OPTATIF DU CONDITIONNEL (S). 

27 present, ailu ikhusten (plaise a Dieu qu'il le voie) ; 

28 pass6, ailii ikhusi (pliit a Dieu qu'il I'eftt vu) ; 



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444 LA LANGUE BASQUE 

29 futur, aileza itkus (plaise a Dieu qu'il le voie ; mot a mot : 
qu'il le verrait). 

VII. CoNSUftrUDINAIRE (b). 

30 present, ikusi daroa (il a coutume de le voir) ; 
3i pass6, ikusi eroian (il avait coutume de le voir). 

VIII. Imp£ratif. 

3t2 present, ikusi beza (qu'il le voie, cela); 

33 futur (bisc), ikusi begike (il le verra). 

IX. Subjonctif. 

34 present, ikusi dezan (qu'il le voie) ; 

35 passe, ikuzi zizan (qu'il le vtt). 

Ce tableau demande quelques explications. Les exeniples, en 
general, sont pris dans le guipuzcoan ; quand il n'y a pas dedi- 
cation sp6ciale, les modes et les temps sont communs aux quatre 
Bialectes littlraires; dans le cas contraire, j'avertis entre paren- 
thfese et j'indique aussi l'origine dialectique de l'exemple, chaque 
fois qu'il n'est pas guipuzcoan. 

Le souletin, pour les futurs de l'indicatif, pr£fere le possessif 
ikusiren au d£rivatif ikusiko, et le labourdin l'imite, quand dans 
la composition du temps entre izan, auquel le souletin substitue 
toujours iikhen dans la conjugaison transitive. Le radical ikhus 
sert a composer les temps du potentiel, du suppositif du potentiel, 
de l'imp6ratif et du subjonctif, dans les dialectes labourdin et sou- 
letin, et le futur de l'optatif du conditionnel. Le guipuzcoan seul 
forme le suppositif du potentiel avec al (pouvoir). Dans les temps 
et modes contcnus dans mon tableau, l'adjectif verbal d^fini ikusia 
ne fonctionne pas. 

La composition, les modes et temps de la conjugaison intran- 
sitive sont les mdmes. 

EXPLICATION MORPHOLOGIQUE DBS FLEXIONS PAR RAPPORT ' 
AUX TEMPS 

Eu 6gard a leur derivation formelle, nouspouvons dire qu'il y a 
des flexions mdres et dirivtes. 
Sont flexions mires : 
a) celles du pass6 de l'indicatif, nuen, etc.; — pour celles du 



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LA LANGUE BASQUE 44^ 

conditionnel, nuke, etc. ; — de l'optatif du conditionnel, ainii, et 
da sappositif du conditionnel banu, lesquelles s'obtiennent en 
extrayant la syilabe finale des m&res, en leur ajoutant he et leur 
prefix ant ai et ba, suivant les cas. 

b) celles du present du subjonctif dteadan (que je l'aie), par pap- 
port a celles du present du potentiel dezaket, etc., et du present 
du suppositif du potentiel badezat, etc. 

c) celles du passl du subjonctif nezan (que je Feusse), par rap- 
port a celles des passes du potentiel nezake, etc., nezakean, etc., et 
a celles du futur du suppositif du potentiel baneza, etc. 

d) celles du present dot (lab.), diit (soul.), etc., niz (soul.), etc., 
par rapport a celles du futur duket (lab.), diiket (soul.), (je Faurai), 
etc., nixate (soul.), (je serai). 

Le labourdin emploie pour son futur intransitif les m6mes 
flexions que pour le futur proche du potentiel, naiteke, etc. 

Le d&veloppement morphologique des flexions intransitives est 
taill£ sur le m$me patron que les flexions transitives, excepts pour 
le present et le pass£ du potentiel, qui introduisent un radical dis- 
tinct de celui qui figure dans les flexions mferes. (Testa cette cause 
qu'il faut attribuer aussi les differences de la conjugaisori bis- 
cayenne. 

Le suffixe verbal re est trfes digne d'attention : il sert pour 
caractlriser le conditionnel, le possible et le futur ; c'estque, entre 
ces trois id6es, il y a une liaison tr£s 6troite. 

LES AUXILIAIRES DE LA CONJUGAISON P^RIPHRASIQUE 

Oihenart, avec une remarquable perspicacity, remarqua la pre- 
sence de divers auxiliaires dans la conjugaison (Not. Utr. Vasco- 
nice, 1. 1, c. xiv), mais il a fallu longtemps pour faire accepter cette 
v6rit£. II nest pas facile de les indiquer tous ; plusieurs ont perdu 
leur vie indlpendante on bien leurs formes ont beaucoup souffert. 
Le transitif possfcde izan pour le subjonctif, le potentiel, le suppo- 
sitif du potentiel et l'imperatif, sauf le biscayen qui forme ces 
temps (sans excepter peut-Stre le potentiel lui-m6me, dont le radical 
est ai) avec egin (faire), eroan (porter), pour le consu6tudinaire et 
probablement iduki ou ukan, uken pour Findicatif et ses d6riv£s. 
L'intransitif renferme des 616ments plus nombreux et plus 6nig- 
matiques ; en outre de izan, je citerai itzaki (atzaki, atzai, itzai), 
tza, eki, era, adi, etc., etc. 



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44^ LA LANGUE BASQUE 



LES VBRBAUX MODIFICATIFS 

Ges verbaux ajoutent k l*id6e absolue exprimge par la forme 
pe>iphrasique une autre ide> accidentelle et compl6mentaire. 

Les verbaux modificatifs sont : al, ahal (pouvoir) ; ikusi izan 
aldu (il l'avait pu voir) ; ari, hari (Stre faisant quelque chose), 
lequel r£git toujours une flexion intransitive : ikusten ari du (il est 
occupe* k le voir) ; oi, ohi (accoutumer) : ikusten oidu (il a coutume 
de le voir); ezin (ne pas pouvoir): ikuzi ezingo du (il ne pourra 
pas le voir) ; bear, behar (besoin) : ikusi bear on bearko luke (il 
devrait le voir ; nai, nahi, gura (vouloir, dlsirer) ; ikasi naidu 
(il a voulu le voir). Quelques-uns de ces modificatifs ont servi a 
angmenter le nombre des modes. 

Le modificatif arazo, erazo, erazi suffix6 an radical verbal on k 
l'adjectif verbal ind£fini, snivant les dialectes, prodnit une conju- 
gaison factrice ou causative complete : ikusi erazoten du (il Fa 
oblige* k le voir) ; il peut s'unir aux noms communs : de hero (cha- 
leur), beroerazi (faire chauffer). Contracts en era pr6fix6 on infix6, 
il forme de nouveaux verbanx dont la signification diftere quelque- 
fois de la signification primitive. De ikasi (apprendre), irakatsi 
(faire apprendre, enseigner); de entzun (entendre), erantzan 
(faire entendre, r6pondre); de eman (donner), eraman (porter); 
de ikusi (voir), erakusi (faire voir, enseigner, montrer), sans que 
pour cela ces verbaux soient prives de la faculty de prendre de 
nouveau le facteur erazo, et de dire eraman erazi, eratkusi-erazo, 
etc., etc. 

QUALIT^S DE LA LANGUE BASQUE 

Ici finit mon aride dissection de la langue basque. Je voudrait 
maintenant la montrer vivante; dire le logique enchalnement 
syntaxique de ses termes, la liberty de construction de ses phrases, 
l'el^gance de ses p£riodes, la profonde po6sie de ses expressions ; 
je voudrais Staler ses tremors de suavity, de flexibility, de precision, 

de concision, d'6nergie, d'eloquence mais j'ai rempli et an delk 

la place dont je pouvais disposer. 

La merveilleuse quoique incomplete somme de formes gramma- 
tieales que je viens d'6num£rer paraltra, k premiere vue, une 
complication excessive, une richesse embarrassante qui fatigue 



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LA LANGUE BASQUE 44? 

l'esprit : creation originate et belle, oui, mais qu'il est impossible 
d'apprendre et de s'assimiler, en somme. 

Erreur. La langue basque a 6t6 avec raison compare a l'algfebre, 
dont les dements sont simples et les combinaisons innombrables. 

L'unit£ brille dans toute la graminaire. Ghaque relation gram- 
maticale s'exprime par un element propre et sert toujours au 
m£me but. L'article est an ; les m£mes suffixes servent aux noms, 
pronoms, adverbes et noms verbaux. La complexity da verbe pro- 
yient de l'abondance des relations, mais est compens6e par r absence 
de verbes irr^guliers, l'analogie entre ie syst&me verbal p^riphra- 
siqae et simple et la reduction de toutes les conjugaisons a deux, 
qui, en fait, ne sont que la voix transitive et la voix intransitive 
d'une conjugaison unique : les regies grammaticales sont absolues ; 
il n'y a que de trfcs rares exceptions et les formes pratiques corres- 
pondraient toujours aux formes th6oriques, sans les exigences de 
la phonetique. 

Comparons-la a la langue latine, mfere des illustres patois latins 
qui l'entourent et envahissent son domaine : rappelons-nous les 
cinq types de la d£clinaison des substantifs, avec leurs irr^guliers ; 
les deux types de d£clinaison des adjectifs, la d£clinaison du pro- 
nom, diffcrente et different aussi dans ses propres types ; la dis- 
tinction arbitraire et compliqu£e des genres ; le verbe auxiliaire ; 
les quatre conjugaisons r6gulieres, les verbes irr£guliers, depo- 
nents et semi-deponents, la formation embrouillee des supins et 
des prints, avec leurs quatorze regies, leurs cinquante et quel- 
ques exceptions generates et autant de particuliferes ; le regime vari£ 
des substantifs, adjectifs, verbes, prepositions, adverbes, les con- 
cordances, etc., etc. — Et disons, apres cela, de quel c6t6 sont la 
clartl, la simplicity l'ordre, la logique, la lumiere! 

Et comme on ne d^couvre dans le latin aucune trace de superio- 
rity intrins&que sur le basque, quand le mate>ialisme pseudo-scien- 
tifique vient nous parler de pr^tendues lois naturelles qui con- 
damnent notre langue a mourir, ne reprochons sa disparition qu'a 
notre incurie, a notre deTaut de patriotisme, a notre stupide poli- 
tique qui nous entralne a Idcher la proie pour V ombre, au lieu de 
r£agir virilement, dans la souverainet£ de nos ames libres, contre 
les facteurs historiques et sociaux qui nous tuent et nous an£an- 
tissent. 



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448 LA LANGTJE BASQUE 



* 



LA RACE ET LA LANGUE BASQUES * 

L'existence, an pied des Pyr£n6es occidentales, d'un peuple qui 
parle une langue agglutinante, sorte d'llot lingaistique au milieu 
des idiomes aryens qui l'environnent de toutes parts, est uu fait 
aussi interessant que myst^rieux. 

Le problfeme du Sphynx euskarieu a 6X6 aboixU k Tenvi par les 
anthropologistes et les linguistes : la sp£cialit£ ds la race corres- 
pond-elle k celle de la langue? Jusqu'k pr6sent, la r£ponse est 
negative : les Basques ne paraissent pas 6tre les repr^sentants 
d'une cinquifeme race, distincte des quatre grandes races n6oli- 
tiques qui forment la base de la population de I'Europe occiden- 
tals 

Le peuple euskarieu, d'aprfes ce qui ressort des travaux d'an- 
thropologie les plus r6cents, se r^vfele k nous comme le produit du 
croiseuient trfcs 61oign6 d'un 616ment ib&re (Homo Mediterranceus, 
brun, petit, dolichoc^phale) et d'un autre appel£ improprement 
ligure ou celte (Homo Alpinus, petit, brachyc^phale), avec infil- 
tration posterieure de sangkymris(//o/ri0 Europceus), rouge, 6le\6, 
dolichoc6phale) et avec cette note caract&ristique que le type bra- 
chyc6phale pr&Lomine parmi les Basques fran^ais, et le type doli- 
chocephale parmi les Basques espagnols et que les premiers sont 
l'anneau anthropologique qui rattache les seconds aux Auvergnats. 

Comme la langue basque devait n6cessairement appartenir k un 
seul des composes ethniques, et qu il faut ecarter le kymrique, il 
en r^salte, pour le moment, que l'anthropologie r^duit le problem© 
de l'origine de la langue basque k ce dilemme : ou elle est celte, ou 
elle est ib&re. 

Les linguistes, laissant de c6%6 l'anthropologie, ont tent£ k leur 
tour de d6chiffrer T6nigme : compulsant des vocabulaires dans le 
cercle de leur sp6cialit6 ou de leurs preferences, ils y ont cherch6 
k la loupe des affinity, des ressemblances et jusqu'fc une parents 
r6elle entre le basque et l'h^breu, I'arabe, le Sanscrit, le persan, le 

i. J'exaraine ce probleme avec lout le d£veloppemenl que j'ai pa y apporter 
dans raoQ ouvrage: Les Orlgines du peuple basque, Geltes, Ibereset Basques; 
eludes d'anthropologie, histoire et lingaistique, ea cours de publication 
dans la Revue Euskal-Erri. II sera traduit en francais. 



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LA LANOUE BASQUE 449 

chaldlen, le grec ; entre le basque et les langues ouralo-altaiques. 
(tare, samoy&de, vogoul, maggiar), caucasiques, esquimales, am^ 
ricaines ; et cela, avec la rigueur scientifique, qui se traduit par ce 
r&ultat monstrueux, s'il £tait vrai, que le basque serait une sorte 
de langue franque, non plus des C6tes du Levant, mais du monde 
entier. Le d6sir immodlrf de trouver des parents au basque et de 
diminuer la richesse indigene de son vocabulaire a conduit aux 
plus atroces exc&s de linguistique. On est alll jusqu'k couper arbi- 
trairement les mots et k attribuer la paternity des morceaux aux 
langues les plus disparates entre elles. 

(Test ainsi que j'ai vu expliquer alor (heritage, champ de labour) 
par al 9 article arabe, et hortus, subs tantif latin; aker (bouc), par le 
Sanscrit dga (chfevre), et er, alteration suppos£e du basque ar 
(male). 

Beaucoup des analogies entre le basque et d'autres idiomes, 
quand elles se bornent au lexique, ce qui est le cas le plus ordi- 
naire, doivent &tre regardles, presque toujours, corame des coin- 
cidences fortuites; et quand elles s'61&vent jusqu'& l'organisme 
grammatical, ce sont des analogies g£n£rales et vagues, propres 
au type linguistique (ragglutinant) auquel appartiennent les lan- 
gues compares. Mais il est encore k 6crire, le iivre ou la concor- 
dance lexique et grammaticale prouve clairement la parents du 
basque avec une quelconque des langues connues. 

Laissant de c6t£ les analogies de la premifere classe, je dirai 
quelques mots seulement des secondes, qui meritent plus d'attention 
et d 1 etude. 

LE BASQUE ET l'aGGADIEN 

La langue basque 6tant comprise dans la famille trfes etendue des 
idiomes appeles touraniens, dont faisait partie, k titre d'anedtre 
venerable, ou du moins de module tr&s ancien, l'accadien ou som- 
m£ranien, idiome pr£-s6mitique de la Chald6e, une illustre per- 
sonnalite scientifique, M. Sayce (Principles of philology), a indi- 
qu£ la parents du basque et de la langue primitive de la Chaldee. 

- L'id£e a appele mon attention et j'ai voulu l'examiner. Voici 
quelques analogies ou ressemblances auxquelles ont pu arriver 
mes faibles moyens d'informations. 

- L'accadien n'a pas de d£clinaison : les relations grammaticales 
se forment au moyen de suffixes appeles casuels, quand ils font 
office de cas, qui s'unissent au radical ou th&me invariable. Trois 

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450 LA LANGUE BASQUE 

•de ces suffixes ressemblent aux suffixes basques : celui du datif 
ra : addara (au pere), dont le radical ra (se diriger sur), et dont, 
en effet, le sens originaire et la forme correspondent a ceux du 
directif basque : eche-ra (a la maison) ; le comitatif kit (avec), ad- 
dakit (avec le pfcre). Kite est apocope de kita, qui signifie littlra- 
lement : « lieu dans », c'est-a-dire que o'est un locatif, relation qui 
figure aussi par hasard dans l'unitif basque ki-n ( altar ekin). Le 
suffixe qualificatif ou adverbial accadien est as, es; le basque 
marque la relation instrumentale au moyen de la sifflante %. Taku 
est une postposition qui signifie « depuis » et ne differe pas beau- 
coup du separatif basque tik, dik. 

L'accadien forme 1' immense majority des derive* par le moyen 
de suffixes. Le de>iv6 est consider^ comme radical pouvant rece- 
voir d'autres suffixes. Le suffixe le plus usit6 du pluriel, mes, se 
place apres le radical, et le suffixe casuel le suit : addames (les 
peres), addamesra. C'estle mdme proc£d£ primitif dans le basque : 
gizonak-en, gizonak-ai. Parmi les pronoms, celui de la seconde 
personne zu, zae t et celui de la troisieme an : le premier est iden- 
tique au pronom basque et le second rappelle le demonstratif bis- 
cayen a. 

La seconde se>ie pronominale possede un pronom de la premiere 
personne dab ; les flexions objectivo-pronominales basques repr6- 
sentent le regime indirect par une dentale, r£sidu, indubitable- 
ment, d'une forme inconnue et mysterieuse : dit (il me Fa), didate 
(ils me Font). II y a en accadien un cas forme par la suffixation du 
pronom de la troisieme personne bi t dont le th&me est ft, et en 
basque, les troisiemes personnes de l'impeYatif montrent un b pr€- 
fix£, que Ton croit le r£sidu d'un pronom perdu : beza (qu'il Fait), 
bedi (qu'il soit). Ge pronom accadien remplace Farticle, comme, en 
basque, le demonstratif. 

L'accadien indique quelquefois les cas par simple position syn- 
taxique ; le basque Fimite, quand il supprime le suffixe de posses- 
sion : eche-andre (dame de la maison), au lieu de echearen andre. 
II peut des adverbes deliver des substantifs, pour exprimer une 
quality ou modality appr£ci£e subjective ment, en recourant au suf- 
fixe bi : de gal (grand), galbi (grandement). 

Le basque, de audi (grand), tire andiki (grandement). 

II manque de genre grammatical. Le substantif precede Fadjec- 
tif, et celui-ci recoit les desinences du pluriel et les suffixes des 
cas : autant l'accadien que le basque impriment au dernier mot la 



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LA LANGUE BASQUE 4^1 

relation grammaticale qui est commune k plusieurs : eche zuri an- 
dietan (mot k mot : maison blanche grande les en). II connalt une 
certaine harmonie th6matique de voyelles. 

L'accadien possede la conjugaison p6riphrasique, dont l'auxi- 
liaire est men (6tre). 

Sa conjugaison, au point de vue morphologique, peut se diviser 
en prepositive et postpositive : la premiere est la plus habituelle, 
avec formes simples qui incorporent au radical les pronoms sujets, 
et avec formes objectives qui incorporent le pronom regime. La 
conjugaison postpositive manque de formes objectives et consiste 
simplement dans la suffixation au thfeme ou radical, sous sa forme 
de pass£ ou present, des pronoms sujets. Tout cela, en partie, re- 
produit les deux types organiques des flexions basques, les unes 
pr£fix£es, les autres suffixees au sujet : naiz, det. 

L'accadien emploie le nombre duel pour d£nommer les objets 
qui par eux-m£mes sont doubles, en suffixant au substantif le 
numeral kas (deux) : sikas (les deux yeux), pikas (les deux 
oreilles). 

Gette formation pr£sente, k mon avis, une analogie surprenante 
avec celle de certains noms basques d'objets naturellement doubles, 
ou semble palpiter le numeral bi pr£fix£ : begi (oeil), beso (bras), 
belarre (oreille), birika (poumon), belaun (genou), bular (sein, 
mamelle). 

Le lexique accadien, que je connais fort peu, m'a fourni une 
trentaine de mots extr£mement ressemblants k d f autres mots bas- 
ques ; plusieurs appartiennent k cet ordre £l£mentaire de connais- 
sances que forme, pour ainsi dire, la premiere couche du langage. 

Les maitres de la science linguistique d6cideront, en dernier 
ressort, s'il y a lieu ou non de suivre cette voie de comparaison. 
Moi, je ne sais pas si les ressemblances sont dues seulement k ce 
que les deux langues sont agglutinantes, et je n'ose pas non plus 
decider « si, suppose le large intervalle ouvert par le temps, Fes- 
pace et le d6faut de relations sociales » dont parle Sayce, ces ana- 
logies acquierent un caractfere de plus grande Evidence ou la per- 
dent complfetement. 

LE BASQUE ET LES LANGUES OURALO-ALTA1QUES 

M. A.-Th. d'Abbadie, dans ses Protegom&nes aux fitudes gram- 
maticale* sur la langue euskarienne, de Ghaho, a signals la res- 



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45a LA LANGUK BASQUE 

semblance entre la syntaxe basque et celle de « ce groupe d'idiomes 
dont les principales branches sont le hongrois, le finnois et le 
lapon ». II a indiqu£ plusieurs analogies : le nombre des cas de la 
prltendue d£clinaison et m£me la similitude syllabique de quel- 
ques-uns, le d£faut de genre, la presence du regime dans le verbe, 
la liberty absolue de crier des verbes dlnominatifs, la position et 
la forme des desinences ats, ke % etc. 

Tout cela 6tait le rlsultat d'un coup d'oeil plus on moins gonial, 
mais trfcs soramaire, et les choses ne sortirent pas du domaine des 
glnlralitls jnsqa'au jour oil, vingt-six ans aprfes, le distingul 
prince Bonaparte publia son mlmoire : Langue basque et langues 
finnoises. 

Le prince disait que ces langues, dont le g6nie est postpositif, 
prlsentent d'ltonuantes analogies dans leur grammaire ; ce qui 
n'est pas peu dire, quand il s'agit du basque, si different des autres 
langues. 

Les affinitls que le prince met en lumi&re sont : k pluriel en la- 
pon, finmark, hongrois et basque ; les fonctions de Particle rem- 
plies par le dlmonstratif en mordwin et en basque ; l'existence 
d'une conjugaison objectiyo-pronominale en mordwin, vogul, 
hongrois et basque ; l'harmonie des voyelles, sous la formule de 
I antagonisme en basque (les fortes avec les douces et vice versa) 
et du dualisme dans les idiomes finnois (les fortes avec les fortes 
et les douces avec les douces). 

La question des aflinitls basco-finnoises n'a pas fait nn pas de- 
puis le prince Bonaparte. Les linguistes ont jug£ sans doute que 
dans cette voie il n'y avait pas k attendre des rlsultats positifs. Le 
professeur hongrois Ribary, auteur d'un estimable Essai sur la 
langue basque, n'a mfime pas songl k renouveler la tentative. 
Loin de Ik, il a dlclarl que si taut est qu'il y ait dans la grammaire 
basque, en outre de certains radicaux analogues, des formes qui 
rappellent l'altafen, les differences sont si grandes dans les choses 
plus essentielles que le basque continue k &tre sai generis. 

Gertainement, le chapitre du prince Bonaparte sur les affinitls 
n'est pas inutile, surtout si Ton 6tend la comparaison, non seule- 
ment aux langues du groupe finnois, mais encore k d'autres de la 
famille ouralo-alta'ique. 

Le mordwin montre un recours analogue k celui du basque pour 
supplier au dlfaut de pronom rlfllchi, en additionnant les suffixes 
possessifs au substantif : pr'a (t£te), pfarik (ma tfcte ou moi-m^me). 



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LA LANGUE BASQUE #>3 

pr'at (ta t£te ou toi-mdme). L[/ est particulier au hongrois ; les 
autres idiomes du groupe finnois le remplacent par p ; le lapon 
partage cette repugnance et emploie b ; ce n'est pas non plus un 
son originairement basque. Le mordwin possfede une negative ez 
qui se prtfixe au verbe et perd sou vent la consonne finale, ph6no- 
mfene qui se retrouve dans les flexions negatives souletines. 

Les idiomes ugro-finnois et turco-tartares en g£n£ral placent le 
relatif avant le substantif dont il depend ; le basque observe le 
m&me ordre avec les flexions relatives. 

Le suflixe t> derive de celui du pluriel, qui dans le reste des 
langues ugro-finnoises a le sens de l'indefini, apris la signification 
de l'accusatif dans lostiake et le hongrois. Les flexions transitives 
basques renferment un element pluralisateur objectif, it, ditut (je 
les ai), ditugu (nous les avons), etc. 

Les langues du groupe turc, comme celles du groupe ugro-finnois, 
comme le lapon, expriment le genitif par la nasale n, pure ou ac- 
compagn^e d'une voyelle : tin (votiake), niu (turc oriental), nen 
(koibal), in (zyrian), na (ostiak), iana (yakoute), etc. ; n (finnois, 
vepse, lapon, mordwin), etc. ; le locatif ou inhesif du lapon est n, 
in; de l'ostiak et du yakoute na. 

En est le suflixe possessif basque et n le locatif. 

Les num£raux se pr&tent de m6me k une legfcre approximation ; 
ils commencent par la labiale, comme le basque bat(\m), le yakoute 
et l'osmanli bir, le tchuvache per, et comme le basque bost (cinq), 
l'ingour bis, le tchuvache pil-ik, l'osmanli be&. 

Ils ont des sifflantes comme le basque %a%pi (sept), le finnois 
seiceman, l'esthonien seice. 

La comparaison du lexique fait voir d'abondantes et curieuses 
correspondances ; mais ni celles-ci ni les affinites grammaticales 
signages n'autorisent k comprendre le basque dans la famille 
ouralo-altaique : les quelques ressemblances sont noyees dans la 
masse des differences. 

LE BASQUE ET LBS LANGUES Alfl&RICAINES 

La th^se de la parents du basque avec les langues am6ricaines 
date d'assez loin, elle remonte au moins k Mann. Humbold, tout en 
avouant que la comparaison de ces idiomes produit certainement 
des r^sultats etonnants, rejeta cependant toute aflinite et soutint 
energiquement que le basque est une langue « purement euro- 



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454 LA LANGUE BASQUE 

pgenne ». M. A.-Th. d'Abbadie, influence par sa preoccupation de 
chercher des analogies entre les mille formes de la parole eparses 
sur la terre, « parce que les lois de l'humanite sont partout les 
monies », nota certaines similitudes que lui offraient le mexicain 
et le quichua. Ges id£es furent reprises plus tard par M. Pruner- 
Bey et M. de Charencey. 

Suivant ce dernier auteur, la famille americaine qui a le plus 
d'affinite avec le basque est la famille algique (langues du Canada). 
II enumere com me caracteres communs le manque de/, l'emploi 
de postpositions, la manure de former les noms composes, l'usage 
de suffixes personnels et materiels (equivalent de ce que les am£* 
ricanistes appellent genre noble et genre innoble ou inanime), la 
copieuse distinction des degrees de parents, la conjugaison des 
noms, le systeme vigesimal de la numeration, la quasi-identit£ des 
pronoms personnels iroquois (ni = ni, n\ nin; hi = ki,k\ kin; 
hau (mais celui-ci est demonstratif) = o : guki; Incorporation du 
pronom au verbe, la distinction tres marquee entre la conjugaison 
transitive et intransitive, et d'autres similitudes grammaticales 
et lexiques qu'on peut lire dans la ,brochure : Des affinilis de la 
langue basque avec les idiomes da Nouveau Monde. 

La brochure deM.de Charencey, dans laquelle il ne manque 
pas d'erreurs palpables relatives au basque, n'a pas non plus ou- 
vert de nouveaux horizons k la science, et la majority des linguistes 
ont observe une prudente reserve et approuve Topinion de Hum- 
bold, que de telles ressemblances denotent « le degre* de formation 
des langues ». Pour le moment, on ne peut rien aj outer k ces 
judicieuses paroles de mon docte ami particulier, M. Vinson : 
« Nous croyons avoir d£montr6 que les affinites entre ces deux 
groupes, signalees avec tant de complaisance, ne sont pas 
exclusives, qu'elles s'etendent plus ou moins k d'autres idiomes 
europ£ens et asiatiques; qu'elles sont purement exterieures et 
s'expliquent parfaitement par l'6galit£ de developpement ou de 
decadence. » 

La plus grande ressemblance entre le basque et les idiomes am£- 
ricains se tire de la conjugaison et de la composition des mots ; 
mais les phenomenes d' incorporation n'arrivent jamais, en basque, 
jusqu'k noyer le nom comme regime du verbe, ni ceux depolysyn- 
th&isme jusqu'k la confusion extreme de conglomerer beaucoup 
de paroles en une seule, au moyen de syncopes et d'ellipses les 
plus violentes. 



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LA LANGUE BASQUE 4^5 

LE BASQUE ET LA LANGUE IB&UQUE 

L'id6e que la langue basque est ceile des habitants primitifs de 
l'Espagne se pr^sente k l'esprit si naturellenient a priori, qu'il ne 
faut pas s'^tonner qu'elle soit venue k beaucoup d'lcrivains enfants 
ou non du pays ; mais celui qui lanca v£ritablement cette these 
dans la circulation scientifique fut Guillaume de Humbold, plus 
encore par l'autorit£ de son nom que par les preuves de la c^lfebre 
Pr&fung, etc. 

La theorie ib£ro-euskarienne r6gna quelque temps sans contra- 
diction s£rieuse, mais depuis il s'£leva une croisade qui la com- 
battit avec une dpret£ que les questions scientifiques ne rev&tent 
pas d'ordinaire et qui pourrait en partie s'expliquer par des anta- 
gonismes provinciaux et des antipathies contre la signification re- 
ligieuse et politique des Basques. 

La naive supposition que l'ibfere est identique au basque mo- 
derne est demeur£e rlduite en cendres ; mais la reaction est allee 
trop loin : il en est qui pour combattre Humbold sont all£s jusqu'k 
nier que le basque connaisse le changement de r en Z, alors que le 
nom mfime national Euskaldun le renferme. 

Malgre tout, la formule du grand linguiste Pott est celle qui 
reste la plus probable : « Je ne me cache pas d'attribuer k 1' antique 
langue iberique le titre descendant du basque actuel, supposes, 
bien entendu, les trfes nombreuses modifications que celui-ci a du 
6prouver dans le cours des siecles. » 

Qu'on ne pense pas que je me laisse entrainer k aborder mainte- 
nant ce probleme embrouille\ par une analyse sommaire et une 
comparaison plus sommaire encore de l'ib£rien, de cette langue, 
comme le dit plaisamment Hiibner, « que tout le monde lit et que 
personne ne comprend ». 

Get illustre Ipigraphiste a reuni tous les renseignement desira- 
bles dans ses Monumenta lingua ibericce, et il n'y a qu'a les 6tu- 
dier avec m6thode, patience et sagacity. 

Une nouvelle tendance s'est fait jour, celle de considerer Tib6- 
rique comme langue hamitique : mais cette hypothese ne ferme 
pas encore la porte a la parents ibe*ro-basque, car des savants ac- 
courant k l'app&t, tels que le professeur Glaudio Giacomino, d£cou- 
vrent des relations entre le basque et l'antique Sgyptien. Ce que 
j'ai dit suflit pour se convaincre que le probl&me est tres complete 



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456 LA LANGUE BASQUE 

et que le basque n'a pas encore perdu definitivement soncaractere 
de langue solitaire. 



LA LANGUE BASQUE ET LA CULTURE INTELLECTUELLE 
DU PEUPLE BASQUE 

Les linguistes qui cherchaient a tort et a travers des affinit£s 
entre le basque et tous autres idiomes connus, et les plus models, 
comrae MM. Hovelacque et Vinson, qui abordaient Fetude du 
lexique basque sans cet amour qui est une lumiere ajoutee a In- 
telligence, et reduisaient Temprunt Stranger a ce qu'a pu fournir 
Foment latin et roman, ontcontribue a r6pandre ces idees inexac- 
tes et incompletes que le vocabulaire basque est tr&s pauvre et 
que par suite grande est 1' inferiority intellectuelle des Basques et 
notoire l'inutilite du basque comme instrument de culture. 

Mais les critiques de Tun et de l'autre parti n'ont raison que par- 
tiellement. Le basque est le langage habituel du peuple, c'est-a-dire 
des laboureurs, des pasteurs et des pScheurs. Par consequent, 
demander que son vocabulaire excede ses besoins, c'est demander 
un miracle. Est-ce que par hasard les villageois du centre de la 
France possedent le lexique des poetes Racine ct Victor Hugo, des 
philosophes Cousin et Taine, des savants Cuvier et Pasteur? 

Prendre a un autre peuple un mot pour donner un nom a un 
objet, cela ne signifie pas toujours, comme beaucoup d'historiens 
et de linguistes se sont trop hates de le conclure, que c'est recevoir 
de ce peuple 1' objet ou la notion de l'objet. De ce que les Basques 
modernes disent gorputz et Jerde, il n'y a pas lieu de deduire 
l'absurde supposition que jusqu'a la venue des Romains avec leur 
corpus et leur viridis, les Basques ne s'etaient pas apercus qu'ils 
avaient un corps de chair et d'os, ni que les monts et les arbres qui 
les entouraient de toutes parts etaient verts. 

L' acquisition de mots Strangers ne suppose, a bien penser, que 
la cohabitation, le contact ou les relations de deux peuples. Les 
autres consequences, d'ordinaire deduites, ne sont que des preemp- 
tions qui demandent un complement de preuves. J'ai assiste, pour 
ainsi dire, a la disparition, dans un village de Navarre, du mot 
osaba (oncle), et a son remplacement par le castillan tio. II a suffi 
que ce mot fftt en usage dans une fain i lie qui allait passer l'ete ail- 
leurs et parlait un basque tres espagnolise, phenomene d'imitation 
indefiniment r£p£te. 



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LA LANGUE BASQUE 4$7 

Beaucoup d'objets out deux noms : Tun basque, l'autre latin ou 
roman. Celui-ci, peu k peu, supplante l'autre. En voici un exemple : 
denbora a 6t6 tir6 du latin, probablement par le clerg6, poor signi- 
fier Tid6e m&aphysique du temps. Gomme, en espagnol et en fran- 
$ais, tiempo, temps, signifie en outre un £tat atmosphlrique ou 
m&6orologique, il est d6jk trfes frequent d'entendre de la bouche 
des Basques cet affreux barbarisme : denbora ona, denbora charra 
(le temps bon, le temps mauvais), au lieu de 1' expression pure et 
encore employee : eguraldi ona, eguraldi charra. 

La mdme chose est arriv^e pour/er<fe, qui doit se dire eze. 

Avant d'affirmer que le basque actuel manque d'un mot, il faut 
scruter les composes, dans lesquels se conservent les simples, 
quoique inusitls. Pour exprimer l'id£e catholique de ciel, on eut 
recours au latin et on lui prit zeru. Aujourd'hui, 1'idSe physique 
s'6nonce de la m£me mani&re, avec le m£me mot. Gependant, le 
mot indigene existe : orz t oz, visible dans ozadar (arc-en-ciel ; 
litt£ralement : rameau au ciel), dans ozgarbi (ciel serein ; littlra- 
lement : ciel propre), etc. Peut-Stre fut-il le nom d'une divinity et 
figure-t-il dans ozzegun (jeudi ; littlralement : jour du ciel), et 
ortziral (vendredi), plus difficile a expliquer. 

La pauvrete actuelle de termes indigenes pour 6noncer des idles 
religieuses, morales et psychologiques, s*explique par 1'influence 
du catholicisme, dont la langue liturgique est le latin. 

En r&uml, les insuffisances du yocabulaire ont 6t6 fort exag£- 
r6es et la langue poss&de des ressources propres pour les remplir, 
comme Ta dlmontre Axular en traduisant habilement des passages 
de Platon, d'Aristote, des saints P£res et des theologiens scolas- 
tiques qui £maillent les pages de son beau Geroko gero. Le basque 
est plus riche d'61£ments naturels d'expression que le castillan, le 
frangais et les autres langues parlies par ces dldaigneux, qui ne 
pourraient 6mettre une idle llevle si on leur fermait le d6p6t du 
latin et du grec. Le fameux Pere Moret, protestant contre les 
Ipithetes « grossifere et barbare x> que le P6re Mariana appliqua 
k la langue basque, rlpliqua : « S'il disait « peu Itendue et 
« peu cultivle » , nous accepterions sa censure ; mais champ 
fertile n*est pas condamnl comme mauvais parce qu'il est peu 
cultiv6 ; ce qui est condamnable, c'est le peu d'industrie des hom- 
mes. » 

L'ltude analytique qui forme la substance de ce mlmoire d6- 
montre, a elle seule, qu'attribuer I'inflrioritl suppos6e du peuple 



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459 LA LANGTJE BASQUE 

basque ksalangue est une proposition fausse, erron£e et trompeuse 
qui ne m^rite m£me pas les honneurs de la refutation. 

LE BASQUE ET LA PERSON NALIT^ MORALE ET HISTORIQUE 
DBS BASQUES 

Louis Lande, dans la Revue des Deux-Mondes, disait en parlant 
des Basques : « On peat, peut-ttre, quand on les connalt, ne pas 
Sprouver un profond sentiment d'estime et de respect, ni rendre 
hommage k leur caractfere. » Moi, je pourrais tresser une couronne 
d'or avec des phrases louangeuses prononcges en leur faveur par 
dss hommes illustres d'Espagne, de France, d v Allemagne et d'An- 
gleterre, et la poser sur le front de mon peuple. 

Je pourrais c£16brer la noblesse de son cceur, la loyautl de ses 
sentiments, la Constance de ses desseins, PhonorabilitS de ses 
moeurs ; je pourrais montrer les moissons et les fruits abandonn£s 
dans les champs « sans autre garde que le septi&me commandement 
de la loi de Dieu » ; exalter la solidite de la famille, l'amour de la 
religion, le respect de la hierarchie naturelle, la difficile alliance 
de la tradition et du progr&s, la democratic chr£tienne, antith&se 
vivante de la democratic politique, de celle que Proudhon a 
marquee de cette phrase au fer rouge : « La democratic, c'est 
Ten vie. » 

Je pr^ftre c6der la parole k V Anglais Bowles : a En parcourant 
ces pays, il me semblait £tre transports au si&cle et aux coutumes 
que d£crit Homere ; et celui qui cherche la simplicity, la vigueur 
et la veritable gaiety, les trouvera dans ces montagnes et compren* 
dra que si leurs habitants, en general, ne sont pas les plus opu- 
lents, ils sont essentiellement les plus heureux, les plus amou- 
reux de leur pays et ceux qui vivent les moins soumis aux puis- 
sants. » 

Toutes ces quality heureuses sont comme enchalnees k la lan- 
gue : l'experience est faite en Espagne d'une mani&re definitive et 
solennelle : le type social qui reinplace le basque est inferieur ; le 
cordon sanitaire a 6X6 rompu en m&me temps que la langue a 
disparu, et tout autour de lui campent toutes les infections. 

Ge n'est pas moi, c'est un Fran^ais, Ramond, qui avertit les 
Basques du danger : « C'est fait de vous si vous cessez de vous 
estimer plus que tout ce qui vous environne. » Physiquement, les 
enfants de ceux qui parlaient basque et ne le parlent plus appar- 



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LA LANGUE BASQUE 4^9 

tiennent a la mfime race; mais cependant quelque chose leur 
manque ! presque rien : ils out chang^ d'ame ! 

lis ont perdu le nom de Basque ; ils ont rente leur race, leur 
souche, leur lignage. Malheureux! ils ont r6pudi6 leur m&re! 



Pampelune, 3i octobre 1897. 

Arturo Campion. 



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* * - .'*'" , ^ 



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SUPPLEMENT A LA DEUXlfiME PARTIE 



HISTOIRE 
BIOGRAPHIE — HAGIOGRAPHIE 



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MAULtON et le pays de soule 

PENDANT LA REVOLUTION 



PAR 



M. LE DOCTEUR LARRIEU 



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MAULfcON ET LE PAYS DE SOULE 

PENDANT LA REVOLUTION 



LE DOCTEUR LARRIEU 



Le 5 mai 1789, s'ouvrirent a Versailles, sous la presidence de 
Loois XVI, les fitats generaux duroyaume, La presque tota- 
lite dc la France y etait representee : seuls la Bretaguc, le Beam 
et la Soule n'avaient pas envoye de deputes a l'Assembiee. La Bre- 
tagne, par attachement pour ses antiques droits, refusa m£nie de 
ehoisir une deputation. En Beam, oh un sentiment semblable avait 
lougtemps doming, les £tats ordinalres du pays ginirent la pre- 
tention de nomine r eux- monies les deputes aux fitats generaux, 
tout en soulevant des diffieultes d'un autre genre. Le pays de Soule 
s'etait retranche derriere la 111 i sere publique, et, pour ne pas aug- 
menter les charges considerables qui pesaient sur lui, hesitait a 
nouimer des representants qu'il faudrait defrayer des depenses du 
voyage et du sejour a Versailles. Au fond, la m&me consideration 
qui avait arrfcte les Bretons et les Bearnais etait, bien plus que la 
situation financiere du pays, la cause de ce desistement. La Soule, 
en effet, n avait jamais ete representee dans les Etats generaux 
tenus precedemment, bien que des avant le regne de Louis XI elle 
fit partie du royaume de France. 

Enfin pourtant, le jour m£nie de Touverture des titats gene- 
raux, Clement Meharon de Maytie, conseiller du Roi et lieutenant 
civil et criminel en la chatcllenie de Licharre, convoquait pour le 

3o 



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466 MAULEON ET LE PAYS DE SOULE 

1 8 mai suivant une assemble extraordinaire des fitats da pays, a 
leffet d'61ire des deputes. Disons un mot de ces assemblies et des 
coutumes du pays. 

La Soule 6tait essentiellement un pays de franchises person- 
nelles. LaCoutume, r6dig6eem520,portaitquetous«lesSouletains 
sont francs, de franche condition et sans aucuue tache de servi- 
tude; qu'ils peuvent porter les armes en tout temps pour leur 
defense et pour celle du pays ; qu'on ne peut exiger aucun droit 
sur leurs personnes, ni s'en faire suivre, soit dans la province, 
soit hors de ses limites, si ce n'est en temps de guerre... ; que tous 
ses habitants, en se mariant, peuvent ordonner clercs, c'est-a-dire 
faire des institutions h6r6ditaires, ce qui en France ne peut avoir 
lieu qu'entre nobles; que, chez eux, les coupablesde crimes graves, 
ou de trahison envers le Roi, auront la t£te tranch£e, ce qui n'ap- 
partient qu'a la noblesse ; que tous ont le droit de chasser et de 
pScher dans Tetendue du pays, sans Stre inquietes ni troubles dans 
ces deux privileges... En fin, suivant le Censier du pays, il ne doit 
Hen au Roi, quoiqu'il ne reconnaisse point d'autre seigneur que 
lui f ». — « II est a remarquer, dit l'intendant de Bezons, que la 
Cour des Aydes ny le Bureau des finances n'ont aucunejuri diction 
dans la Soulle ; il ne s'y l&ve point d impositions extraordinaires 
pour le Roy. » 

Le pays s' ad mini strait lui-m&me par ses fitats, qui, a 1'origine, 
se tenaient au bourg de Licharre, le premier dimanche aprfesla fete 
de saint Pierre. lis etaient convoqu^s en consequence des lettres 
adressees par le gouverneur ou son lieutenant aux trois ordres du 
pays, par rinterm£diaire des messagers. Ceux-ci remettaient des 
lettres d'appel individuelles aux gentilshommes et aux d£gans, ou 
repr^sentants des districts. Les d£gans. a leur tour, convoquaient 
lesfermances vezialeres ou messagers ruraux, qui mandaient eux- 
m&mes les habitants de leurs paroisses respectives. 

L'assembi£e durait ordinairement un jour, pendant lequel le 
grand corps (clerg6 et noblesse) prenait ses deliberations. Le 
resultat en etait transmis aux repr£sentants du tiers r£unis au 
nombre de treize, sept d£gans et six deputes des bourgs. Ceux-ci 
retournaient ensuite vers leurs commettants pour rendre compte 
des aflaires sur lesquelles il fallait deiib^rer, et environ quinze 
jours apres, iis rapportaient chacun Tavis de leurs quartiers et 

i. Sanadon, E8sai sur la noblesse des Basques, p. a43. 



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PENDANT LA REVOLUTION $6j 

bourgs respectifs al'assemblle du Silviet, et discutaient les affaire? 
du pays en presence de tous ceax des habitants qui voulaient s'y 
trouver. Le seul objet des Etats 6tait le reglement des impositions 
et lad ministration interieure du pays ; en niatiere financiere, 
com me cela avait lieu en Navarre, le tiers-eta t l'emportait, du 
moins en principe, sur les deux corps r6unis de la noblesse et du 
clerge\ 

Une modification sensible fut apportle a la tenue des Etats en 
1730. Des lettres patentes du Roi supprimerent leSilviet et ordon- 
nerent aux deputes des bourgs et aux d£gans de d61ibe>er concur- 
remment avec le grand corps, sans avoir a demauder avis aux 
habitants du pays. 

Le grand corps comprenait la noblesse et le clerge\ L'introduc- 
tion du clerge dans les Etats ne paralt avoir eu lieu qu'a une date 
relativement recente, et en fait il n'y assistait jamais, quoique les 
comptes rendus duxvm e siecle, les seuls qui nous soient parvenus, 
observent, chaque annee, qu'il a £te convoqu£ ». 

La noblesse en Soule etait rtelle, et n'avait que deux degres : la 
potestaterie et la noblesse proprement dite. Elle etait charged, 
sous la preside nee du chatelain de Mauleon, de la connaissance dc 
toutes matieres et actions civiles ou criniinelles, avec le droit d'ad- 
ministrer la justice haute, inoyenne et basse, dans toute l'£tenduc 
du pays. Le chatelain ou gouverneur £tait premier juge et presi- 
dent de cette assembled de la noblesse ou Cour de Licharre, Les 
pote stats, au noinbre de dix, suppleaient le president, en cas d' ab- 
sence, en leur qualite de po testa ts, e'est-a-dire de principaux 
juges. lis portaient T£p6e au edte* et avaient la faculte* de s'asseoir 

1. La Goutume de Soule, dans la rubriquc qui traite de la Cour dCOrde (ou 
ordre) ou reunion des trois Etats, est muette sur le rdle du clerg£, et ce nom 
n'y est meme pas ecrit. Dans la premiere phrase de Tart. 1, il est dit que les 
messagers« deben mandar los tres E stats a la Cort d'Orde », et Ton indiquc 
par apres le mode de convocation des potestats, gentilshommes et sages 
homines du pays. Pas la moindre mention du clerge. 

Les mots « tres Estats » ont du Stre inseres par le redacteur de la Coutumc 
par imitation de ce qui scpassait en France. On est d'autant plus fonde a le 
penser que jamais en Jait le clerge n'a pris part a la tenue des Etats. D'ail- 
leurs dans tous les Pays Basques le role du clerge dans les affaires civiles et 
politiques etait nul ou a peu pres. Et meme dans certains d'entre eux, non 
seulement il etait inter dit au cure d'avoir voix del ibera trice dans les affaires 
communales, mais encore il ne pouvait etre ni electeur ni eligible a aucune 
charge municipale. Un accord intervint, en 1786, entre 1'Eveque et la noblesse 
pour l'assistance duclerg6 aux Etats, mais ce dernier corps n'y assista pas 
plus qu'il ne l'avait fait auparavant. 



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468 MAULEON ET LE PAYS DE SOULE 

en jugement. La Soule, dit B61a, commentateur de la Coutume de 
ce pays, a vu ce tribunal d'autant plus respectable qu'il £tait com- 
post de dix potestats r6put6s pr6sidents-n£s de cette Cour, et de 
plus de quarante autres gen tilsho mines consid6r£s cooiuie en Itant 
conseillers. Exemple unique en France. 

La noblesse avait, en Soule, seulement charge de justice, etelle 
ne jouissait d'autre privilege que de Peremption des impositions 
ordinaires du pays ; les potestats avaient en outre, en raison de 
leur titre, la franchise en tout temps de certains troupeaux de bes- 
tiaux Strangers dans les terres vagues du pays. 

La noblesse 6tait r^elle, c'est-a-dire inh6rente a certaines mai- 
sons du pays ; seuls les proprietaires de ces maisons pouvaient se 
qualifier nobles, quelle que fut dailleurs leur origine, et seuls ils 
pouvaient faire partie, comme tels, de la Cour de Licharre, et 
assister, dans la tenue des fitats, aux deliberations du grand corps. 
La Coutume les appelle gentilshommes terre-tenants. Les cadets et 
His de maisons nobles ne pouvaient assister aux stances de la 
Cour ni des 6 tats, s'ils n'avaient, par mariage ou autrement, acquis 
inaison qualifiee noble *. 

Telle etait l'organisation de la Soule de par la Coutume r&ligle 
en i5ao. L'institution dun lieutenant de robe longue a la Cour de 
Licharre, en i55o, officier qui n'£tait pas choisi parmi les gen- 
tilshommes terre-tenants, fut la premiere alteinte port^e a cette 
Coutume dans l'ordre judicial re ; plus tard, vinrentles infeodations 



i. La noblesse de Soule est d'origine jadicialre tres probablement. Elle 
representait le degre superieur de la judicature dont les fermances vista- 
teres elaientle premier. Cette derni ere charge, comme la noblesse, elait reelle, 
c'est-a-dire inherente a certaines maisons, qui existaient au nombre de une a 
quatre, et merae plus, par paroisse, sutvant l'importance de la population. 
Elle ne donnait droit d'entree ni aux titats ni a la Cour de Licharre. C'est 
au xv* siecle seulement que Ton voit pour la premiere fois l'autorite royale 
soustraire une paroisse a sa juridiction naturelle, la Cour de Licharre. La 
fait se produisit plus frequemment depuis, non sans protestation de la part 
de la noblesse. La resistance qu'elle opposa fut raeme si vive a la suite de 
l'infeodation du ao mars 1614, que le sieur de Hegoburu, lieutenant de robe 
longue, ne put arriver a la vaincre momentanement qu'en faisant delraire 
en i6a5 la maison ou se tenaient les audiences de la Cour de Licharre. II 
semble qu'il y ait eu, a la fin du xvin* siecle, un retour a la coutume primi- 
tive. Du moins, voyons-nous leRoi, par lettres patentes duao seplembre 1778, 
« anoblir et affranchir la maison et enclos de May tie, sis a Licharre, en accor- 
dant a ses possesseurs le droit d'entree aux Etats, et ensemble tous autres 
droits, avantages et privileges dont jouissent et doivent jouir les autres pos- 
sesseur sdebiens et terres nobles ». 



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PENDANT LA REVOLUTION $6g 

avec creation de justices seigneuriales. Les intendants, a partir de 
la seconde moiti£ du xvn # siecle, furent les agents de la centrali- 
sation administrative, et la Soole, pas plus que les autres pro- 
vinces, n'£chappa a leur influence nefaste. lis furent singulierement 
seconds dans cepays par les lieutenants de robe longue, veritables 
despotes poor la plupart, et qui m£contenterent aussi bien la 
noblesse que le tiers. Les lettres patentes de i?3o, en modifiant la 
tenue et la composition des Etats, faciliterent singulierement Tac- 
tion du pouvoir central, et, au moment oil £clata la Revolution, les 
articles de la Goutume qui assuraient les franchises personnelles 
des Souletins etaient lettre morte ou a peu de chose pres. 

Les fitats extraordinaires convoques pour le 18 mai ne termi- 
nerent leur session que le 3 juillet. Les deputes furent : pour lc 
clerge\ M* r de Villoutreix de Faye ; pour la noblesse, le marquis 
d'Uhart, bien qu'il n'eut pas Tage requis ; et pour le tiers-6tat, 
d'Arraing, maire de Maul£on, et d'Escuret-Laborde , notaire 
royal. 

Le cahier du tiers-^tat est une longue protestation contre les 
impdts sans nombre dont, au mtfpris de la Coutume, le pays avait 
ete charge depuis le commencement du xvm° siecle. Quant aux 
motions d'un ordre general, elles sont en petit nombre et imbues 
pour la plupart de l'esprit philosophique du temps. Les Souletins 
y demandent Igalementla confirmation de leurs anciens privileges 
presque aneantis par la centralisation administrative. 

On connalt la marche des ^venemenis a la suite de la reunion 
des 6tatsg6ne>aux. A 1' Assemble Legislative succ£da 1' Assembled 
Gonstituante, et les transformations et suppressions que celle-ci 
decr£ta ne soule verent pas de bien gran des protestations en Soule. 
II faut dire, avant d'entrer dans le vif de notre sujet, que le mou- 
veinent r^volutionnaire y fut dirig£ par des personnes d'un naturel 
tres doux et paciflque qui devaient tourner tous leurs efforts a nc 
pas trop molester les reTractaires, sans paraltre violer les lois et 
d£crets du gouvernement. 

P^RIODE ANT^RIEURE A LA TERREUR 

La Gonstituante avait vote la suppression des couvents le i5 fe- 
vrier 1790, et interdit les voeux monastiques. II n'existait eu 
Soule qu'un seul monastere, celui des Gapucins, fonde a Mauleon, 
vers 1668, par les soins de M^ de Maytie, JllvSque d'Oloron. La 



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47<> MAULEON BT LE PAYS DE SOULE 

municipality ne prit une decision a 1'egard de ces religieux que le 
u6 mai suivant, et d^lib^ra qu'ii scrait proc^de a l'inventaire des 
ineubles et effets du couvent en presence de tousles religieux, tout 
eu leur en laissant la charge et la garde ; qu'on dresserait un 6tat 
des religieux profits qui devraient declarer leur intention de sortir 
des maisons de leur Ordre ou d'y rester. Plus tard, lorsque fut 
dress6 le relev6 des biens nationaux, la municipality ne decida 
d'acquerir le couvent des Gapucins « qu'autant que 1' Assemble 
Nationale jugerait necessaire d'enordonner la suppression, le vceu 
unanime des habitants de la ville et du pays Itant que cette maisou 
fut conservee pour la retraitedes religieux qui ne voudraient point 
rentrer en liberte ». (Seance du 4 septeinbre 1790.) 

La Constitution civile du clerg£ avait 6X6 d6cret6e le 12 juillet 
1790, mais ne devait 6tre approuvSe par le Roi que le 28 decembre 
suivant. Ce fut la mesure la plus audacieuse de TAssembl^e r£for- 
matrice, aggrav^e encore par le d^cret du 25 novembre, quiordon- 
nait a tous eccl^siastiques de prater serinent a la Constitution. 
Entre temps Maul£on£taitdevenu, lors de lanouvelle division ter- 
ritoriale de la France, le chef-lieu d'un district comprenant exac- 
tement l'ancien pays et vicomt6 de Soule. Devant la tournure que 
prenaient les ev^nements, le marquisd'Uhartetd'Escuret-Laborde 
avaient quitte l'Assenibl£e Nationale. En vain la municipality de 
Maul^on conjura-t-elle ce dernier d'aller rejoindre sonposte aupr&s 
de son collfcgue d'Arraing, en le chargeant de demander a TAs- 
semblee le maintien du college de Mauleon, fond£ par M. de 
Bela-Lassalle, et de d^montrer que le partage 6gal dans les succes- 
sions serait une loi destructive en Soule, ou le morcellement des 
domaines apporterait le plus grand de tous les nialheurs et au- 
cune utilite, etc. Sur le refus de Laborde, le cur6 de Mauleon, 
M. d'Etcheberry, fut nomme depute, del^gue extraordinairement, 
pour soutenir les interets du pays et de la ville. Mais il ne partit 
pas ! . 

Le 6 novembre 1790, eut lieu un changement notable dans la 
composition du corps de ville, oil s'introduisirent desofficiers plus 
imbus des idees nouvelles. Ces derniers devaient Stre dans les 
anndes suivantes les terroristes du pays. Mais comme nous le ver- 

1. II dut cependant faire un voyage a Paris pour prendre les ordres de son 
Kvequc, depute a l'Assemblee. Et s'il faut en croire le regislrc du Comite de 
surveillance, e'est lui qui aurait apporte, de ce voyage, de nombreux exem- 
plaircs des bulles du Pape condamnanl la Constitution civile du elerge. 



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PENDANT LA REVOLUTION ^Jl 

rons plus loin, les elements mod6r6s d^joueront tous leurs eilorts. 

En France, la prestation du serment avait 6t6 &x6e au 4 Jan- 
vier 1791. Grace au bon vouloir des membres du directoire du 
district, ce fut bien apr&s cette date que les cur6s de Soule furent 
appel6s a pr&ter le serment. Les defections ne devaient pas 6tre 
nombreuses dans la Soule septentrionale ; elles le furent davan- 
tage dans la Soule mlridionale. N6anmoins c'est a peine si Ton 
compte une dizaine de cur£s qui aient pr£t6 le serment pur et 
simple. Tous les autres, le cur£ de Mauleon en t£te, le pr^terent 
en r^servant formellement tout ce qui depend de Tautorite spiri- 
tuelle 1 . La conduite des Capucins fut tout autre : a 1' unanimity ils 
prfit&rent purement et simplement le serment civique, et perdirent 
par la l'estinie du peuple, reste foncierement attache a l'orthodoxie. 
Ils furent mftme a plusieurs reprises Tobjet de railleries et d'in- 
jures publiques. Le registre des deliberations municipales a con* 
serv^ le souvenir d'une de ces scenes : 

« II a 6te dit par un membre que les Capucins de cette ville don- 
nent en toutes les occasions des preuves de patriotisme et d amour 
pour la nouvelle Constitution. Une fille a injuria scandaleusement 
le P&re Yves, vicaire des Capucins; elle lui a dit qu'il £tait un 
higanaut cochon, qu'on le ferait courir sur Tane ; qu'il aspirait a la 
cure de Mauleon, mais que s'il mettait les pieds a l'eglise parois- 
siale on le tuerait. Cette fille est Marie, cadette de Toinieu, coutu- 
rifcre. » La municipality, 6mue de tant d'audace, le fait ayant 
d'ailleurs 6te confirm^ par deux temoins, cita la coupable a com- 
paraltre a sa barre. Elle dedaigna de se presenter devant le corps 
municipal, qui la condamna a cinq jours de prison, avec ordre au 
valet de ville de l'arrdter partout 011 il la trouverait. 

Lors de la nouvelle division territoriale, les trois pays basques 
de France avaient 6t£r6unis au Bearn pour former le departement 
des Basses-Pyrenees. L'adniinistration sup6rieure se composait de 
43 membres 61us par canton. Un president et dix des adminis- 
trateurs formerent le directoire du departement, tandis que les 
autres restaient attaches a leurs districts respectifs oil, au nombre 

1. « Le sieur d'Etcheverry, apres avoir celebre la messe, esl monte en 
chaire, ou etant il a explique son opinion sur le serment en question, et a 
pr6t6 le serment de veiller avec soin sur les fideles de la paroisse qui lui 
sont confies, d'etre tidele a la Nation, a la Loi et au Roi, et de maintenir do 
tout son pouvoir la Constitution deoretee par l'Asseniblee Nationale et accep- 
ted par le Roi, exceptant formellement les objets qui regardent le spirituel 
et qui pen vent interesser la religion... » (Doc. part,) 



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47^ MAULEON ET LE PAYS DE SOULE 

de cinq, avec Tun deux pour president, ils form^rent les direc- 
toires de ces districts. 

Partout s'organiserent les nouvelles municipality, et mfirnc on 
forma dans les villes de quelque importance des bataillons de 
garde nationale pour le maintien du repos public. CVtait a Elec- 
tion populaire a pourvoir a toutes les fonctions administratives on 
civiles, et, il faut le reconnaltre, le choix des electeurs se porta 
presque partout en Soule sur les personncs les plus respectables 
par leur situation ante>ieure et les honnStes gens. Ainsi nous 
voyons la municipality de Maul6on maintenir son cure\ bien qu il 
eut pr£te serment avec restriction des droits de Tautorite* spiri- 
tuelle, et noinmer, comme juge de paix du canton, 1'abbe* D'Arhets, 
6galement nou conformiste, aumdnier de l'hdpital. Mais cette situa- 
tion ne devait pas durer bien longtemps. 

L' Election constUutionnelle de l'Evgquedudepartementavaiteu 
lieu a Pau, dans Teglise des Cordeliers, le i* r mai 1791. 176 voix 
de d4Ugu6&-6lecteurs s^taient port^es au deuxieme tour de scrutin 
sur la t£te de Sanadon, principal du college de Pau, et 96 seule- 
ment sur l'abbe* de Guirail. Le premier fut 6ln, et alia prendre 
possession de son siege (Oloron), le samedi 21 mai. Le veritable 
&v£que d'Oloron, depute* a Paris, ne revint pas dans son dioc&se et 
alia finir ses jours en Angletcrre. Malgre* le manque de ses conseils 
et de ses encouragements, les cur6s de Soule refuserent, en grandc 
majority, de lire dans leurs eglises le mandement et la lettre de 
rfiveque intrus. Ils purent n6anmoins se maintenir dans leurs 
paroisses respectives, l'organisation nouvelle n'ayant pas encore 
6te* eflectu6e. Sanadon se concerta avec les assemblies administra- 
tives au sujet de la circonscription des futures paroisses et pr^para 
les Elections qui devaient les pourvoir de leurs titulaires. Ces 
elections eurent lieu pour le district de Maul6on les 9 octobre 1791 
et jours suivants, dans l^glise de Berraute, paroissiale de la ville. 
Les dtfldgufo-decteurs du district, au nombre de 34, sous la pr6si- 
dence de Jaur^guiberry, de Libarrenx, proc^derent done a la nomi- 
nation de « cures conformistes », et, le 11 octobre, « au moment 
que Tassembl^e, le peuple et le clerge 6taient disposes a entendre 
la messe, le president a proclame* a haute et intelligible voix, en 
leur presence : MM. Carricaburu 1 , cure" de Mauleon; Elissondo, 



1. Carricaburu, cur 6, fut quelque temps apres, le i3 uovembre, nomm6 
membre du conseil de ville, a titre de notable. 



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PENDANT LA REVOLUTION ^3 

cure d'Ordiarp; Bisquey, cure* de Tardcts; Agie, cure" d'Ossas; 
Loge, cure* de Barcus; Erbin, cure* de Larraun; Castillon, cure" de 
Mosculdy ; Harissabalet, care de Licq ; Inchauspe, cure* de Montory ; 
Jaure'guiberry, cure* de Cheraute ; Phordoy, cure d'Ainharp ; Arca- 
bisquey, cure* d'Abensc ; et Habiague, cure* d' A roue. Apres quoi la 
messc a 6te* cel£br£e par le sieur d'Etchandy, en presence da corps 
municipal de Maul^on qui y a assiste, revelu de leur 6charpe*. » 

Telle est la liste des cures r^gulierement nomm£s par Tasseni- 
bl£e des d61£gu£s-61ecteurs, qai comprenait plusienrs prfctres et 
cur£s : l'abbe* D'Arhetz, aumonier de l'hdpital, pr6c6demment 
nomme* juge de paix ; Carricaburu, cur6 d'Ordiarp, qui se fit nom- 
mer a la cure de Maullon ; Duro, cure* de Lacarry ; Etchandy, cure" 
de Trois-Villes(?). Ces deux derniers, probablement non confor* 
misteSy ne se firent pas adjuger de cure ; mais ils resterent, com me 
lea autres non conformistes, dans leurs paroisses respectives ou 
lcurs paroisses d'origine jusqu'au jour oil la persecution les obli- 
gea, vers le commencement de l'ann£e 1793, de fuir en Espagne. 
Quelques-uns, tels que B6hiateguy, Aguerremendi, ce dernier 
ancien vicaire de Sainte-Engrace, puis cure" constitutionnel d* Ar- 
rast, qui avaient prgte le sermentpur et simple, ou reconnu l'auto- 
rite* de Sanadon, s'adjugerent de leur pro pre autorite\ et sous la 
protection de Tad ministration du district, quelques cures a leur 
convenance. Parmi les prfttres jureurs, quelques-uns, entre autres 
de Tartas, cure" de Barcus, ayant reconnu leur erreur, se r^tracte- 
rent et continuerent le plus longtemps qu'il leur fut possible a 
evangeliser le pays. 

reinstallation des cur6s conformistes ne se fit pas partout sans 
protestations; a Maul6on, pour ne citer que cette locality, quel- 
ques citqyens adresserent au maire d'Arraing une petition ten- 
dant a provoquer une assemble g6ne>ale de la municipality au 
sujetde rejection du cure* constitutionnel; Election, pr^tendaient- 
ils, 6tait vicieuse puisque la municipality n'avaitpas 6te" consulted. 
Au fond Ton tenait a conserver le cure" « non conformiste », d'Et- 
cheberry, originaire du lieu et tres estime" de toute la population. 
Mais les d^crets 6taient la, et le corps de ville rejeta la petition. 
Les voisins de T^glise de Berraute, paroissiale de Maullon, et dis- 
tante de la ville d'environ un quart de lieue, se refuserent a tout 



1. Extrait des registres deft deliberations du directoire du district de Mau- 
leon. 



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474 MAULEON ET LE PAYS DE SOULE 

service de l^glise (sonnerie des cloches, etc.) et ne voulurent 
jamais fournir le feu pour les offices au nouveau cure. Devant leur 
t6nacit£, la municipality prit des mesures rigoureuses a regard dcs 
trois personnes qui habitaient la petite maisonnette, ancien hftpital 
attenant a i'6glise, devenue bien national. Elles furent expuis6es 
et remplac&s par un sonneur aux gages de la ville. (Obliteration 
du 4 avril i jgs.) 

PJ&RIODE DE LA CONVENTION ET DE LA TERREUR 

Des le mois de mai 1792, le corps des officiers municipaux de 
Maul eon s'6tait £mu des attaques auxquelles etaient en butte les 
cur£s constitutionals, les institutions nouvelles et leurs partisans. 
Et m£me un cur£ non conformiste, coupable sans doute d'avoir 
manifesto publiquement des id£es «r6trogrades », 6tait gard6 a vue f . 
Le corps municipal de Maul<§on, d'od sortiront, en majeure partie, 
les d^nonciateurs des partisans du regime dechu ou des gens 
coupables seulement de ne pas 3tre assez enthousiastes de la Cons- 
titution, ce corps, qui s'adjugera le droit de nommer un comity de 
surveillance, fit aflicher aux « lieux accoutum£s » le discours pro- 
nonc6 au sein de son assembler par le procureur communal : 

« Messieurs, on se plaint de toutes parts que certains individus 
mal intentionnes ne cessent d'avilir la nouvelle constitution par 
des propos enhardis, et m^priser les personnes qui la r^vferent, 
particuli&rement les prfitres conformistes, qui, sous Tapparence 
d'un Bref du Pape, sonttraitds de h6r£tiques et schismatiques. II me 
paralt done de toute urgence de surveiller ces captieux qui ne 
voient dans les calamity pubiiques qu'une occasion favorable a 
leur caprice. En consequence, je vous requiers, Messieurs, de 
prendre les mesures suivantes : 

1. Belapeyre, procureur de la commune deMauleon, se plaignait (seance du 
1 3 oclobre 179a) de s'etre a apercu que les habitants de la campagne, imbus du 
fanatisme que certains pretres avaient seme* dans leurs families, couraient 
en foule a la messe que l'abbe D'Arthez, ci-devant chanoine, celebrait dans 
l'oratoire de la ville ; et aussi que plusieurs d'entre eux affectaient de dldai- 
gner la messe et les autres ceremonies des ecclesiastiques conformistes ». 
Dans le m^rne oratoire officiait quotidiennement le citoyen Urruty, ancien 
Capucin ayant prcte le serment pur et simple. Mais sa messe ne devait guere 
etre suivie. Cet etal de choses ne pouvait durer, et l'assemblee communal e 
interdit a l'abbe D'Arthez de c£16brer la messe a l'oratoire de la ville, et le 
renvoya, si bon lui semblait, la dire a Berraute, en se concertant au prea- 
lable avec le citoyen Garricaburu, cure (constitutionnel). 



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PENDANT LA REVOLUTION (\*p 

« i° De prohiber qu'on avilisse la Constitution et les personnes 
qui la r6v&rent, sous quelque prltexte que ce soit ; 

« a De prier par la voie de la publication (sic) tous les bons 
citoyens de vous dlnoncer tous individus qui contreviendront & 
votre ordonnance... * » Sign6 : Belapeyre, procureur de la com- 
mune. 

Les deliberations du corps municipal ne mentionnent aucune 
mesure prise dans la suite contre les contrevenants ; il eut seule- 
raent k s6vir contre un citoyen de la ville qui, le a5 juin, avait 
« prof<6r£ des paroles indlcentes... en traitant de f... arpaillans 
(parpaillots) tous les membres ». Peut-Stre les membres du conseil 
de ville, presides par un maire aristocrate, chevalier de Saint- 
Louis, voulaient-ils seulement se donner lair de faire du z&le. 

Le a septembre, eurent lieu a Oloron les Elections des deputes 
a la Convention. Un des 61ecteurs de Maul£on, Neveu, avocat en 
Parlement, fut nomm£ comme reprlsentant du district, mais il 
n'avait de « pouvoirs suflisants et illiniit£s, que pour juger la 
d£ch6ance du Roy seulement * ». 

J usque-la, les Capucins avaient v£cu en paix dans leur monas- 
tfere, et les Soeurs qui etaient chargles de Thdpital g6n6ral conti- 
nuaient a soigner les malades et a instruire les enfants de la ville. 
Les Capucins avaient donn6 des gages suflisants a la Constitution 
nouvelle, ay ant tous pvH6 le serment civique pur et simple, et on 
les voyait circuler librement dans la ville. Le procureur de la 
ville, qui plus haut encourageait les ddnonciations, prit "ombragc 
de l'habit monastique des uns et des autres, « costume qui r6pugne 
au droit que la nature concede a 1' ho mine » et qui inspire « dans le 
general des idees inconstitutionnelles », bien qu'au particulier on 
fdt convaincu du dlvouement a la chose publique de ceux qui le 
portaient. La municipality se rangea a i'avis du procureur. 

A quelque temps de la, 1'lglise de Berraute 6tait convertie en 
magasin a fourrage, le sihge de la paroisse ayant 6t6 transfere 
dans la chapelle des Capucins ; ce a quoi avait consenti le cure 



i. Arch, man, de Mauteon, Reg. BB. 4* p. 393. 

a. Etienne Neveu, natif de Maul£on, licence £s droits civil et canonique de 
rUaiversite" de Pau, fut inscril comme avocat au Parlement de Navarre, le 
a juillet 1777. (Arch des B.-P. : B, 4767, i* id.) 11 ne vota point, de meme que 
ses colleguesdes Basses-Pyrenees, la mon de Louis XVI. On ne cite qu'an 
autre departement, celui des Hautes-Alpes, dont la deputation tout entierc 
ait cu une conduite semblable. 



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fyfo MAULEON ET LE PAYS DE SOULE 

constitutional. Au mois de decembre eut lieu un remaniement du 
corps de ville. Quelques-uns des elements moderns disparurent ; 
Beiapeyre ne fut plus, il est vrai, procureur de la commune, mais 
il devait £tre remplace par un de ses concitoyens, non moins 
ardent que lui, de qui les registres municipaux nous ont conserve 
les extravagants discours. C'etait d'ailleurs un partisan z£16 des 
idees nouvellcs. II provoqua au mois de fevrier la plantation d'un 
arbre de la liberty, ce signe « qui doit nous caracteriser dans les 
principes de la regeneration... » et qui « etend ses racines depuis 
le rempart de Nice jusqu'aux frontieres des tyrans ». Une autre 
fois, au mois d'octobre, demandant l'application de decrets relatifs 
a la cherte des grains, il ne put s'empfccher d'attirer sur un point 
special Tattention de ses collogues du corps municipal : « Ce 
n'est pas tout, citoyens ; nous pouvons par un effet de notre sur- 
veillance ajouter au grand bien qui doit r£sulter de cette loi. Tout 
le monde convient, en connaissance de cause, que les biscuits 
absorbent une quantity considerable de farine et des oeufs, sans 
qu'ils servent du tout a la sustentation, et de plus qu'il est tr&s 
facile de frauder la loi dans la vente de ces sortes de friandises, 
qui doivent leur naissance a la sensuality des castes oubliees, et 
sont, par cela m£me, autant d'orties pour les bouches des republi- 
cans. Je demande done que vous interdisiez la vente de ces vile- 
nies. II est encore un autre objet qui doit tomber sous votre 
patriotisme, les fruits ; ces productions deiicieuses de la nature sont 
particuli&rement destinies pour les republicains. Nous devons par 
consequent lever tous les obstacles qui les rendent inaccessible^ 
aux facultes evidemment bornees des republicains. La manie de la 
revente en est un, les deux mains, Tune plus ambitieuse que 
F autre, se reunissant toujours pour donner un prix enorme a toutes 
sortes de fruits. Je demande done que vous interdisiez l'achat des 
fruits pour les revendre. En travaillant ainsi, vous ferez glapir une 
deini-douzaine de personnes interessees, mais vous ouvrirez mille 
bouches qui vous combleront de benedictions ' . » 

La permanence avait ete etablie dans la maison municipale de 
Mauieon vers le 16 juin IJ93; mais cet exemple ne semble pas avoir 
ete suivi en fait par beaucoup de municipalites du district. Trois 
mois et derai apres, le conseil de ville convoqua les citoyens actifs 
de la commune, pour proceder, en execution du decret du 21 mars 

1. Arch. mun. de MaulSon, Reg. BB. 4» P- 4 l5 « 



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PENDANT LA REVOLUTION 477 

pr6c6dent, a la formation d'un comit6 de surveillance. Le direc- 
toiredu district, compose essentiellementd'&lments niod6r6s,avait 
jug6 inutile de provoquer une telle mesure. Mais certains Mau- 
l£onnais, rlvolutionnaires ardents, aspiraient a terroriser le pays ; 
c'est a eux que Ton dut la nomination d'un comity de surveillance, 
ou fort malheureusement ils se trouv&rent assez longtemps en 
majority pour provoquer et effectuer la presque totality des arres- 
tations qui eurent lieu. Nous en parlons plus loin avec details. 

Le 3 ventdse an II, sur un arrSte du directoire du district, la 
municipality est contrainte de faire enlever les meubles et orne- 
inents de l'6glise des ci-devant Capucins, qui sera transformee en 
hopital pour les nialades de Farm^e des Pyr6n£es occidental's. — 
Le 21 ventdse, ou environ, un membre propose la suppression du 
culte : « Aujourd'hui que la Revolution inarche a grands pas a 
une fin heureuse, nous ne devons pas avoir qu'une et mfirae opi- 
nion, ni d' autre culte public que celui de la raison; ainsi il 
demande que les Iglises de la commune soient sur-le-champ fer- 
inees et que Fargenterie qui se trouvera dans les £glises soit en- 
voy6e a la Nation par le ministere de l'administration du district, 
ct qu'enfin les ministres du culte catholique soient invites de 
cesser de faire aucune fonction de prfctrise '. » Mais la municipa- 
lity n'ose prendre de sa propre autoritl une telle mesure ; elle de- 
cide qu'une commission de quatre membres du conseil general de 
la commune ira demander avis la-dessus au directoire du dis- 
trict. 

Dans plusieurs communes 6loign£es du centre du district, le 
culte, du moins prive, ne paralt pas avoir £t£ suspendu, rafime 
aux jours les plus sombres de la Terreur. Si dans la plupart 
il cessa par la force in£me des 6v6nements, du moins n'y subs- 
titua-t-on pas le culte de la Raison, et les municipality se conten- 
tment des fetes d£cadaires autour des arbres de la liberty. Une 
municipality cependant fait exception, celle d'Aroue, ou l'agent 
national de la commune, Sunhary fils, etait, a l'instar de celui de 
Maul6on, un admirateur convaincu des £tres sanguinaires qui d6- 
solaient la France. II entralna le conseil de sa commune a voter 
toutes les mesures antireligieuses et antiroyalistes : d£fendre de 
sonner les cloches ; faire enlever de l'lglise la banni&re aux fleurs 
de lis, et les marques de la royaut£ de tous les lieux ; anlantir 

i. Arch. mun. de Maulion, R«g. BB. 4, p. 449. 



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4?8 MAULEON ET LE PAYS DE SOULE 

toutes les croix des endroits publics ; mettre a la disposition de 
T administration les grilles du cimeti&re et la croix du cloche r : 
d6molir le clocher de l'£glise, envoyer au district les cloches, lar- 
genterie, le linge de l'lglise, et consacrer l^glise an culte de la 
Raison 1 . L'on vit ce mfime Sunhary organiser des bals dans l'6glisc 
d'Aroue, transform^ en temple de la Raison. 

La SocUti populaire * de Maul£on s*6tait contents de planter 
un nouvel arbre de la liberty, et d'£tablir un antel de la Patrie an 
portail de la maison nation ale, sur la place pub li que. Presque 
toutes les £giises furent entiferement d6pouill£es de leurs objets 
les plus pr^cieux et des cloches, qui furent adress£s d'abord au 
si£ge du district, pour 6tre de la dirig£s sur Pay. 

ComiM de surveillance; les suspects. 

La ville de Mauleon, nous vcnons de le voir, s'6tait adjug£ 1c 
droit de nommer un comity de surveillance compose de douze 
inembres, trois de plus que celui du Salut public. L'assembl£e 
pl£niere des citoyens actifs de la commune, reunis dans i'oratoirc 
de la haute ville, fait choix des citoyens J.-Philippe Belapeyre, 
juge du tribunal du district, prec6demnient procureur de la com- 
mune; Bayonnes ain6, officier municipal, Laborde Tr^bucq, F^lix 
Andreau, Lagarde, Bel^aguy, directeur des postes, J. -P. Tomieu 
ills, Crohar6, Darthez, president du tribunal', Michau fils, Aguer 
et Cadet Amis. 

Le comite entre en stance des le 4 novembre et choisit pour pre- 
sident le citoyen Belapeyre et pour secretaire Andreau. Les citoyens 
Laborde-Tr£bucq et Pierregni Crohare sont nomnils commissaires 
d£l£gu£s pour se rendre de suite aupres des reprlsentants du 



i. Arch, manic. d'Aroue, Reg. jaune, pp. i33, i35, i3g, i63, 166, 174. 

a. II n'y eut pas dans le district de Mauleon d'autre SoeUU populaire que 
celledu chef-lieu. Suivant des notes manuscrites de l'agent national do district 
rectigees peu avant la chute de Robespierre, elle s'gtait epuree a plusieurs 
reprises, et sa composition avait tini par elre tres bonne : e'etaient « de bona 
sans-culottes, prets a mourir pour le maintien de la Republique et la defense 
de la Convention nationale, et dont la prineipale ambition etait de voir l'a- 
neantissement de tous les tyrans ». — Les jours de decadi, disent ces mimes 
notes, il y avait toujours quelques membres qui donnaient des instructions 
au peuple au pied de l'arbre de la liberte, ou les citoyens et les cttoyennes 
se rendaient au bruit du tambour et das instruments. (Doe. part.J 

3. Arch, manic, de Mauleon, BB. 4* Seances des 3i oct. et a nov. 1793; tout 
ce qui suit est extrait du registre IV L af a, conserve aux archives des 
Basses-Pyrenees, et des series AF 11 (i33* carton), et 111 (a55* carton), des 
Archives Rationales. 



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I 



PENDANT LA REVOLUTION 479 

peuple. L'un de ces derniers, Feraud, se trouvant a Mauieon pour 
la surveillance des recroes demandees pour Farmee des Pyrenees 
occidentals, accorde la surveillance provisoire dans l'etendue du 
district au comity du lieu, qui, dfes lors, fait choix d'une salie dc 
deliberations et demande a la municipality « une maison pour la 
r€clusion des personnes que le comity jugera necessaire d'y fairc 
enfermer ». 

II faudra k tout prix trouver des suspects, et « pour donner, 
dit Fun des membres, une preuve des principes republicans 
dont nous sommes p6n£tr£s, nous devons commencer par sevir 
contre les personnes qui appartiennent par les liens du sang a 
quelqu'un des membres du comity ». La liste est longue des per- 
sonnes arr&tees pendant pr£s de deux annees qu'un comite de sur- 
veillance a si^ge k Mauieon, et les motifs d'arrestation sont parfois 
des plus futiles et des plus inattendus. Nous en reproduirons seu- 
lement une partie, en faisant choix des plus curieux. 

Elisabeth Tomieu : servante de la veuve Beia-Charritte, emi- 
gree en Espagne ; y a suivi sa maltresse, en est revenue ; y est aliee 
rejoindre sa maltresse, est revenue de nouveau; a ete emissaire de 
sa maltresse, et n'a cesse de donner des preuves inciviques de sa 
conduite. — Mandatd'amener 1 . 

Marie Tomieli : propos inciviques contre un cure assermeute 
(voir plus haut). 

Le citoyen Casamajor : ci-devant baron de Cheraute, et conseil- 
ler au ci-devant parlement de Pau ; a manifeste qu'il n'avait pas 
de confiance dans les pr&tres constitutionnels, ni dans les decrets ; 
n*a pu obtenir dans sa commune de certificat de civisme ; a tenu 
des assembiees secretes dans sa maison appeiee de Cheraute. 

La femme et les deux lilies dudit Casamajor, comme etant cen- 
&6e& avoir les m&mes principes que lui. 

Lancel : suspect d'incivisme comme etant ci-devant noble et 
*procureur du Roi, ayant aussi manifeste des sentiments inciviques 
et eu des entrevues frequentes avec des personnes jugees sus- 
pectes. 

Mercatbide, meunier du moulin de Cheraute : accapareur de 
grains ; a participe a discrediter les assignats, en ne vendant son 
grain que contre des esp&ces metalliques. 



i. C'est an raandat d'amener qae Ton voit decerner k chaque denoncia- 
tion. 



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48o MAULEON ET LE PATS DE SOULE 

Ducoudrai, musicien : n'a donne aucune marque de civisme ; a 
enleve un arrete du departement au moment ou il venait d'etre 
affiche. 

Etcheberry, marchand (de Mauleon), a manifesto avec perseve- 
rance son attachement pour I'ancien regime et pour les pretres 
insernientes, et frequents des personnes reconnues suspectes. 

La cadette de Herrero (de Gotein), gouvernante du ci-devant 
cure refractaire dudit lieu ; actes inciviques ; a fait plusieurs voya- 
ges en Espagne. 

La citoyenne Basterreche (d' Alos) : a eu des relations et des cor- 
respondances avec des pretres d£port£s, et donne des preuves 
signages d'incivisme. — Deux religieuses demeurant chez ladite 
Basterreche, suspectes pour « avoir germe » le fanatisme dans la 
paroisse d'Alos en eloignant les paroissiens de la confiance qu'ils 
avaient dans le cure constitutionnel, et avoir eu des entrevues 
fr6quentes avec des personnes suspectes. 

Marianne Lateulade : a dedaigne les pretres constitutionals, 
fait une risee de leurs ceremonies ; a eu enfin des relations avec 
des personnes reconnues et jugees suspectes. 

Vignave dit Arroquain (de Garindein) : a eloigne le peuple des 
principes decretes ; a convoque des assembiees communes les 
jours de fete au moment que le cure constitutionnel ceiebrait les 
offices divins, pour einp&cher le peuple d'y assister, et faire ger- 
mer par la le fanatisme ; a publie de pretendues bulles du paque 
(sic) portant que les pretres constitutionals etaient des kereti- 
ques et scbismatiques ; a fait des affronts au cure constitutionnel ; 
estenGn ci-devant noble. 

Carrere dit Bedat (d'Abense) : pour avoir tenu des propos anti- 
civiques et dit que les patriotes sont des pecs, pour avoir dit en- 
core qu'il serait plus avantageux pour nous de laisser entrer l'Es- 
pagnol en France, et que si nous nous levions en masse, eux, e'est- 
a-dire lui avec les autres ci-devant nobles, nous attaqueront par 
derriere. 

Sunhary, notaire d'Aroue : pour avoir manifeste des propos 
anticiviques, avoir dit aussi que le cure constitutionnel etait un 
« cochon » et que sa messe ne valait rien ; pour avoir dit qu'aucun 
general n'avait train la France ; enfin pour avoir 6te en relation 
avec les pretres deportes. 

Landuix et sa mere (d'Aroue) : pour avoir desapprouve publi- 
queuieut la Constitution republicaine et dit qu'elle ne serait pas de 



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PENDANT LA REVOLUTION 4^1 

loague dur£e ; pour avoir dit aux personnes qui revenaient de la 
messe, si elles venaient de la comedie ; pour avoir eu des relations 
^pistol aires avec les prGtres deportes ; enfin pour avoir fr^quente 
constamment des personnes suspectes. 

Phordoy, cure constitutionnel d'Aroue, qui lui-meme avait de- 
nonce, peu auparavant, Les trois personnes ci-dessus : i° pour 
avoir dit, de l'eglise Saint-Blaise de l'Hftpital, dans le temps du 
serment des prfitres exige par la loi, que pour lui, il ne le pr&te- 
rait pas, qu'il laisserait plutftt r^pandre son sang de toutes ses 
veines ; a pour avoir dit, quelque temps apres la mort de Louis 
Capet, qu'il le regrettait infiniment, et qu'il voudrait l'ancieu 
regime de toute son Ame ; 3° pour avoir prfcche un jour, de l'autcl 
de l'eglise d'Aroue, qu'il y avait des personnes, ou pour micux 
dire, des charlatans qui faisaient r^pandre des fausses nouvelles et 
causaient des troubles, en disant que les prfctres se marieront, 
mais que tout cela etait faux et qu'il n'en fallait rien croire ; 
4° pour avoir voulu... exiger du froment... pour la benediction de 
l'air ; 5° pour avoir voulu exiger un sol ou deux liards de chaque 
personne qui s'est confessed k lui au temps pascal, etc., etc. ; pour 
avoir dit (en presence de i'accusateur) que, pour ^tre bien et heu- 
reux, nous avions besoin d'une religion dominante, et que ee 
propos a ete tenu depuis le gouvernement r6publicain. 

Galland, Chaho et Mons£gu (de Tardets) : pour n'avoir pas, etant 
sergents publics, fait viser leurs certificats de civisme par lc 
comite, ni donne* de marques de civisme, et pour elre regardes 
comme suspects par le public. 

Laberrondo (de Barcus) : comme ayant un frere ex-capucin, un 
autre pr&tre, aussi deporte ;... ayant eu des relations suivies avec 
des personnes suspectes. 

Abbadie (d'Arrast), notaire public : pour n'avoir pas fait viser 
son certificat de civisme par le comite ; comme ci-devant abbe-lai ; 
pour n'avoir jamais donne* des marques de civisme ; enfin pour 
avoir eu des relations avec des personnes suspectes. 

D'autres personnes furent egalement arreiees ou gardees a vue 
pour des motifs varies : les d'Arthez, oncle et neveu, chanoines ; 
d'Arthez-Lassalle ; Philippe d'Abense et sa fille ci-devant religieuse ; 
d'Onismendy, la citoyenne I ratchet, Harrielgui ; Marie Cupereix ; 
Tartas (d'Etcharry) et sa mere ; Sallenave pere (d'Arroue) et son 
fiis, ex-abb^; Etchecopar-Choco (de Licharre) ; J. -P. Vigneau (de 
Barcus) ; Montauban ; Vignerte (de Larrory) ; Belcun<?uburu et 

3i 



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4Ha MAULEON ET LE PAYS t>E SOULE 

Alcat (de Barcus) ; Berterr&che de Menditte ; Sunhary p&re et 
Gasenave fils (de Licharre); Landestoy, ancien juge; Lassalle 
(de Saint-fitienne) ; Sagarciague et Jaur6guiberry et ses soeurs (de 
Mendibieu), etc. 

Mais toutes ces arrestations ne sont pas maiatenues : Ambroise 
d'Arthez est mis en liberty sur une demande des jeunes gens de 
Maul6on. Et, si le comity s'6tait ing£ni6 k trouver des motifs d'ar- 
restation, il ne sera pas embarrass^ pour en trouver qui justifieront 
la raise en liberty de certains suspects, ou bien il alllguerade Fin- 
suflisance des premiers : Marie Tomieu etait en etat d'ivresse lors- 
qu'elle prononga les paroles rapport^es plus haut, et puis il y a 
deux ans de cela; la fern me du citoyen Gasamajor de Ch£raute et 
sa fille ainee sont mises en liberty purement et si m piemen t, la 
cadette provisoirernent, comme moins r£servee dans la conduite 
que Talnee. Sont 6galement mis en liberte : Lancel; Mercatbide, 
meunier; d'Arthez, prdtre ; Berterr&che de Mendite ; Sunhary et 
Gasenave (de Licharre) ; Ph. d'Abense, Vignave(de Garindcin); les 
citoyennes d'Andurain-Camou, de Carsusan-B6hic. (Seances des 5, 
8 et ii frimaire an II.) Les principaux denonciateurs avaient 6te : 
certains membres du comite que les comptes rendus ne dlsignent 
pas par leurs noms; Etchebest (de Mendibieu); Arcabisquay, 
cure constitutionnel d'Abense ; Phordoy, cure constitutionnel 
d'Aroue; Arc6n6guy f commissaire du canton de Domezain, et 
Sunhary fils, agent national d'Aroue. 

Un arrSte de F£raud, le repr£sentant du peupie a Famine des 
Pyrenees, et qui etait loin d'etre aussi sanguinaire que son collo- 
gue Monestier, suspendit, le 10 frimaire, le comite de ses fonctions 
et chargea le directoire du district d'en nommer un nouveau, qui 
eut k sa tete d'Escuret-Laborde, ancien depute k 1' Assemble 
Nationale, et Marmisolle pour secretaire ; les autres membres elus 
furent : D'Elissegaray, deja president de 1' administration du 
district ; Appalaspe, d' Arraing, fils de Fancien depute, procureur 
syndic du directoire ; Hagou, Haget-Lambert, Capagorry, Crohare, 
Pourtauborde, Habiague, Chuhando-Poeydevant. 

Le premier soin du nouveau coniite est d'empScher les derniers 
elargissements consentis par Fancien, sauf k examiner k son tour 
les motifs de delusion ; en attendant sont faites deux ou trois nou- 
velles arrestations. Une demande adress6e au president de Fan- 
cien comity, au sujet de renseignements k fournir sur certains 
detenus, se termine par ces paroles etonnantes de moderation et 



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ET LE PAYS DE SOULE 4^3 

d'equite, pour une epoque si trouble : « Tels so at, citoyen, les 
edaircissements qui sont demandes a votre comite, qui nous sont 
absolument n^cessaires pour r£gler nos operations. Le simple 
soupcon suffit dans ce temps de revolution pour ordonner des 
incarcerations, mais apres cette operation n^cessitee par les me- 
sures de sfkrete generate, il faut scruter avec scrupule la conduite 
des detenus pour les faire juger s'ils sont coupableset les renvoyer 
en liberty s'ils ne le sont pas. Salut et fraternity. » Signe : d'Escu- 
ret-Laborde et Marmissolle. 

Apres examendes dossiers fournis et des informations nouvelle- 
ment recueillies, le comite ordonne Telargissement des citoyens 
et citoyennes pour lesquels les motifs de r&lusion lui ont paru 
insuffisants : Elisabeth Tomieu, Lassalle (de Saint-£tienne), les 
deux religieuses d'Alos, Marianne Lateulade (les relations inti- 
mes que cette derniere avait eues avec des gens suspects n'ayant 
6t6 que des relations galantes), Casamajor (de Chlraute), Abbadie 
(d'Arrast), Sunhary pere (d'Aroue) 1 . 

Avis est demande sur ces elargissements au citoyen Feraud, 
qui les approuve pleinement. Plusieurs autres detenus vont 
etre encore remis en liberty, ce sont les citoyens et citoyennes : 
Arthez-Lassalle (bien qu'il ait voulu arracher la cocarde nationale 
au citoyen Capagorry, inais ce n'a ete qu'en badinant); la cadette 
de Herrero (de Gotein) ; Sallenave, pere (d'Etcharri) ; la ci- 
toyenne Landuix, Justine, Philippe et Marianne Carrere; la 
citoyenne Iratchet, Marie Cupereix et la citoyenne Tartas. 

Des mandats d'arrfct sont d£cern6s contre vingt-cinq habitants 
de Gestas (4 nivdse an II), coupables d'avoir organist une emeute, 
m^connu la loi, et meprise* le pouvoir municipal, en bafouant le 
citoyen Etchebarne, maire, et en le promenant revGtu de son 
echarpe sur un ane, avec menace de le pendre. 

Quelques autres detenus sont encore elargis : Jaur6guiberry, 
Touyaret, Etcheberry, marchand, Landuix, Tartas, Sallenave, 
cadet, Carrere-Bedat, Dubarbier-ELlissague, Landestoy. 

Avant de se dissoudre pour des raisons d'incompatibilite de 
fonctions, plusieurs de ses membres faisant partie de 1' adminis- 
tration du district, le comite ordonne la delusion de Laberrondo, 
notaire de Barcus, denonce par le comite de surveillance de sa 
commune, et fixe a 19 livres 3 sols la somme que chacun des 

1. Seances du a3 an a6 frimaire. 



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484 MAULEON ET LE PAYS DE SOULE 

detenus mis en liberte aura a payer pour frais da prestation. 

C'etait, on le voit, se tirer a bon compte d'une situation qui eut 
et6 bien p^rilleuse presque partout ailieurs. 

Le i3 pluvidse an II, un comity fut forml pour la troisi&me fois, 
qui se composait des citoyens Chuhando, Escuret-Laborde, Capa- 
gorri, d6ja membres du pr£c£dent ; filoi Landetchepare, Lagardc, 
Vidart, Goulette, Rospide, Lanalette, Michelot, Grison, president, 
et Tomieu, secretaire. 

Parmi ses actes intlressants, nous nous contenterons de men- 
tionner une instruction au sujet de la dlnonciation port6e contre 
le cur£ et le maire de Gestas, faite a la requite du comit6 d'Or- 
thez; la mise en surveillance, sur l'ordre du reprlsentant du 
peuple, de Lancel et Cazenave d6ja elargis, de Durruty, ex-capu- 
cin, « qui se permet de reprendre et d'instruire le peuple dans des 
id£es fanatiques ». Un arr$t6 du inline Feraud r^voque de ses 
fonctions de juge au directoire du district « le sieur Darthez, an- 
cien syndic des Etats de Soule, membre du precedent comity de 
surveillance, parce qu'il n'a jamais eu dans ee pays la reputation 
d'un patriote ; qu'au contraire, il reste constant qu'il a entretenu 
chez lui son fr&re Ambroise Arthez, ex-chanoine, qui a r£tracte 
son serment, et qui a £t£ arrSt6 par nos ordres, dans sa propre 
maison, et traduit au tribunal du dlpartement des Basses-Pyr£- 



i. Ambroise d' Arthez, cbanoine, quoique simple olerc tonsure, par suite 
de la resiliation faite en sa faveur par son oncle, prdtre, du canonicat dont 
il etait pourvu a l'eglise cathedrale de Sainte-Marie, avail deja ete arrets, 
comme on a pu le voir plus haut, de meme que cet oncle, pour explication 
par eux donnee du serment qu'ils avaient prel6 en execution du decret du 
i4 aout 179a. (Ce serment n'etait deja plus celui impose par la Constitution 
civile du clerge : il consistait a jurer de maintenir la liberty et l'egalite ou 
de mourir en les defendant.) Remls en liberty, Tun d'eux, l'ancien doyen du 
cbapitre d'Oloron, ne fut plus inquietl ; mais son neveu, j'ai en vain cherch£ 
pour quels motifs, fut l'objet des rigueurs de Feraud. II avail 6t& delivr6 
sur le vu d'une petition signee de tous les jeunes gens de Mauleon qui 
avaient 6te « aussi surpris que consternes de I'arrestation du citoyen Am- 
broise d' Arthez, leur frere d'armes ». La petition ajoutait qu'il n'avait cesse 
de donner des preuves d'un civisme pur et decide, avait exactement rempli 
le service de la garde nationale, avait 6te Tun des plus empresses toutes les 
fois que les pelitionnaires avaient du prendre les armes pour la defense de 
la frontiere ; qu'il avait toujours paru au-devant d'eux et s'etait le plus ex- 
pose au feu de l'ennemi ; qu'entin, depuis le moment oil ils avaient et6 mis 
en requisition, ils avaient forme le voeu unanime de 1'avoir pour un de 
leurs ofliciers. — Abusa-t-il de cette situation pour rendre la jeunesse bos- 



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PENDANT LA REVOLUTION 4^5 

Le comity dut encore s'occuper de retablir lordre dans la maison 
de inclusion, dont les gardes s'etaient relaches, depuis la prece- 
dente administration, au point que cette maison « ne respirait que 
la jubilation ». Un r&glement en dix articles assura la police inte- 
rieure des reclus. 

Queiques remaniements eurent lieu dans la composition de ce 
comite. Grison, president, et Tomieu, secretaire, sont remplaces, 
le i er vent6se, par les citoyens Lagarde et Vidart ; le 18 ventdse, 
d'Escuret-Laborde redevient president, avec Goulette pour secre- 
taire; et, conform 6 men t a la loi, ces changements se font de quin- 
zaine en quinzaine. 

Les arrestations ne sont plus bien nombreuses. L'eineute qui 
avait revolution^ la paroisse de Gestas fait les frais de bien des 
stances, et treize des coupables sont transfers a Pau pour com- 
paraitre devant le tribunal criminal du departement. Les enqufctes 
continuent sur les detenus. Elles nous revMent que deux d'entre eux, 
BelQun^aburu et Alcat, de Barcus, etaient coupables : le premier, 
d'avoir trouble, le a decembre 1792, Tassembiee primaire reunie 
pour I'eiection d'un juge de paix ; il avait, en outre, lea7 avril 1793, 
a I'occasion d'une fausse alerte (irruption des Espagnols), fait 
« marcher par la force et violence la municipalite, la menagant de 
la percer avec une broche, si elle ne marchait pas ». Le second l'a- 
vait appuye dans ses violences, et m&me mis « son fusil en joue 
contre un garde national ». 

Jusque-la la Terreur avait ete fort douce en somme dans le dis- 
trict : c'est que, nous I'avons donne a entendre plus haut, des 
hommes moderes se trouvaient a la t£te des diverses administra- 
tions; et s'ils se laissferent aller parfois a des arrestations en ap- 
parence bien arbitraires, ils surent remedier aux actes injustes 
que la timidite, sou vent mauvaise conseiliere, ou la crainte de plus 
grands maux les avait portes a commettre. Ils ne furent pas tou- 
jours eux-m£mes a l'abri des delations. Mauleon ne manquait pas 
de sans-culottes, qui etaient vexes de ne pas voir les directeurs 
du district ou les membres du nouveau comite se plier a toutes 
leurs injonctions. L'un deux denonga un jour au citoyen Feraud, 

tile a la Convention? Je ne saurais le dire. Quoi qu'il en soit, il fut con 
damne a mort; et, s'il faut en croire Berriat Saint-Prix, dans ses Etudes sur 
la justice revolulionnaire a Paris et dans les departements, ce fut la seule 
condamnation a mort, prononcee revolutionnairement, qui eut lieu a Pau. 
Au moment ou il allait etre execute, on le trouva mort dans sa prison. 



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486 MAULEON ET LE PATS DE SOULE 

repr£sentant dn peuple, un personnage notable de la vilie, Ton- 
malin, ancien notaire apostolique et qui, sans se mettre beaucoup 
en evidence, avait ete pendant ces temps troubles Tame de la con- 
ciliation ; on Faccusait d'aristocratie, parce qu'il n'allait point a la 
messe (des car£s constitutionnels bien entendu) et paraissait n'a- 
voir point de confiance dans les pr^tres, et d'etre i'emissaire 
d'£migr6s. II n'eut pas de peine pourtant a se justifier, dans un 
memoire qu'il adressa sans retard a Flraud. Ge dernier le d£char- 
gea de l'accusation portle contre lui dans une note adress£e au co- 
mite de surveillance, qui des l'abord, avait rejete la demande des 
denonciateurs : « Vu que ce genre d'aristocratie est comniun a tous 
ceux que la raison et la philosophic £clairent, qu'il n'est aucuu 
patriote eclair^ qui soit plus longtemps le jouet du charlatanisme 
des prStres, qu eux-m£uies ont €16 forces d'avouer et que la con- 
fiance ne se couimande pas ; vu qu'il est muni dun certiflcat de 
civisme delivre* par le conseil general de la commune;... d'un 
second certiflcat... vis6 et approuve par le district de Maul£on et 
par V administration £ puree du d6partement..., nous d£clarons que 
le citoyen Toumalin ne pourra ^tre recherche pour les faits rela- 
tifs a la liberty de ses opinions, ni pour les autres faits mention- 
n6sdans l'accusation... » (6 pluvidse an II.) 

A la suite d'une lettre du Comite* du Salut public, en date du 
18 germinal, aux counted pour recommander une plusgrande vigi- 
lance relativement aux detenus, lettre signle de Lindet, Carnot, 
Saint-Just, C. A. Prieur, B. Barrere, Collot d'Herbois et Robes- 
pierre, les membres du comite de surveillance se soumettent aux 
prescriptions qu'elle renferme, mais avec une sage lenteur. Les 
tableaux relatifs aux rectus et destines au Comite du Salut public 
sont cependant achev£s pour le 19 Aortal ; mais ils seront au prea 
lable adress^s aux maires des communes respectives des reclus 
pour gtre affich6s trois jours durant, et recevoir les modifications 
qu ils comportent. 

Rien de bien saillant ne se passe avant la reaction thermido- 
rienne ; le comite* ne fait que deux ou trois nouvelles arrestations, 
et continue a mettre en liberte des detenus coupables de futility 
grossies a plaisir. II ne reste plus au 8 thermidor dans la maison 
de reclusion que les citoyens Darthez aine, ancien juge; d'Arthez- 
Lassalle, Casamajor, baron de Che>aute, tous deux reclus pour la 
seconde fois ; Laberrondo, notaire ; Cambot, cure* de Gestas ; 
Alcat ; Belcuncaburu ; Harrielguy, et les citoyennes B aster r6che, 



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ET LE PAYS DE SOULE 4$7 

Bartibas, Guichen6, Fourcade, Garricondo, ex-religieuses ; Barti- 
bas et Sat^oury, ex-Sceurs converses. 

Les coniptes rendus des stances a partir du a3 theruiidor men- 
tionnent la plupart que les membres du comity ont ai6g6 jusqu'a 
sept heures sans qu'il se soit presents personne. Peu a peu les 
reclus restants sont remis en liberty*. C'est ainsi que finit, en 
Soule, ce regime de la Terreur, qui avait seme la desolation et la 
mort dans tant de regions. 

La reaction thermidorienne raarqua la fin des horreurs qui 
avaient ensanglant6 la France, et un d6cret en date du 12 prairial 
an III autorisa, moyennant conditions, la r6ouverture des Iglises 
et i'exercice priv6 du culte cathoiique. Quelques prfctres non con- 
forinistes sortirent de leurs retraites et regagn&rent leurs parois- 
ses ; ils ne devaient cependant pas &tre reconnus encore oflicielle- 
ment par les autorit6s locales, et Ton voit les prdtres conformistes 
se reinettre a la t£te des paroisses dont ils avaient 6X6 investis par 
l'llection ou qu'ils s'etaient d'eux-m£ines attributes. 

D&s le Q9 prairial, une vingtaine de citoyens de Maul6on deman- 
dent par voie de petition a la municipality l'usage de la chapelle 
du quartier d'en haut pour Texercice de leur culte. Ce qui leur est 
accord^, a charge par eux « d'entretenir la chapelle et de la Spa- 
rer ainsi qu'ils verront », et le corps de viile arr£te « que le culte 
sexercera avec la plus grande tranquillity, paix et union, aux dix 
heures du matin, sans qu'il soit permis auxdits citoyens de s'assem- 
bler au son des cloches ». Le mSine jour, le citoyen Fabian Dur- 
ruty, prStre cathoiique, apostolique et romain 1 , ex-capucin, se 
presente a la maison commune de Maul£on pour declarer se sou- 
mettre aux lois de la R£publique et dire qu' « il se propose d'exer- 
cer le niinistfere de son culte, connu sous la denomination de culte 
cathoiique, dans l'£tendue de la commune ». A quelque temps de 
la, le « citoyen Carricaburu, ex-cure » (constitutionnel), fait une 
declaration identique (i er messidor). — A la suite des menses roya- 
listes qui avaient eclate sur divers points du territoire, la formule 
du serment change, et Carricaburu et Durruty prdtent le serment 



1. Lorsque se fit, le 20 frimaire an III, le renouvellement des autorites 
constitutes da district, noas voyons nommer comme fonctionnaires plusieurs 
anciens reclus : d'Arthez-Lassalle, adjoint au directoire ; Lancel, president 
du tribunal ; Sunhary pere, suppleant au meme tribunal ; Detcheverry, La- 
xague et Lassalle de Saint-Etienne, membres du comity de surveillance. 

2. Ces quatre mots sont en surcharge, de la main meme de Durruty. 



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488 MAULEON BT LB PAYS DE SOULB 

« de haine a la royaute* et a I'anarchie, d'attachement et de fidelite 
a la Republique et a la Constitution de Fan III », et choisissent 
pour l'exercice de leur culte, le premier l'eglise de Berraute, an- 
cienne paroissiale de Mauleon, et le second, « la ci-devant eglise des 
Capucins ». L'abbe* d'Arthez qui, pendant la Terreur, s'^tait sous- 
trait aux poursuites exercees contre lui au titre de suspect et n'avait 
prete le serment que conditionnellenient, declare sirnplement faire 
choix pour Texercice du culte de la chapelle de Thospice civil, 
dont ii etait i'aumonier 1 . 

Dans les communes voisines se passent des faits identiques : 
Phordoy, ancien cur6 constitutional, qui, le qo ventose an III, 
avait ete choisi pour secretaire greffier de la commune d'Aroue, 
declare vouloir profiter de la nouvelle loi qui autorise le culte au 
sein des 6glises, en disant qu'il a vecu en bon citoyen et qu'il ne 
troublera point Tordre public ; de nierue Aguerremendy a Arrast, 
etc., etc., et successivement les serments de reconnaissance de 
luniversalite des citoyens pour le souverain et de haine a la 
royaute et a l'anarchie sont exig6s deux. 

Nous nous arrgtons ici : la Soule, qui restera quelque temps 
encore district ind£pendant, a perdu tout espoir de recouvrer ses 
libert6s per dues, pour ne devenir qu'une portion d'un d6partement 
et d'un diocese nouveaux. 

D r Larrieu. 



i. Arch. man. de Mauleon, Reg. du a3 prairial a Tan 9 (BB., 5?). L'abbe 
d'Arhelz, comme tous ses confreres non conformisles deportes, s'elait reTugie 
en Espagne, d'oa ii pouvait assez facilement entretenir des relations avec la 
Soule. Detail a noler, e'est que, a notre connaissance, aucun pretre oonfor- 
miste ne se maris. 



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II 



UNE PAGE OE L'HISTOIRE DU LABOURD 



Eleonore d'Autriche et la rangon de Francois I er 



M. FRANCISQUE HABASQUE 



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UNE PAGE DE L HISTOIRE DU LABOURD 



Eteonore d'Autriche et la rancon de Francois I er 



M. FRANGISQUE HABASQUE 

Conaeiller a la Cour dappel de Bordeaux, 
Corre8pondant da Ministere de Vlnatruction publique. 



Le o4 f&vrier i5a5, apres avoir combattu sous Pavie comme un 
h£ros d'Homfere, le roi Francois I w , perdant son sang par 
deux blessures, 6taitdemeur6prisonnier des capitaines de Charles- 
Quint. Bientdt transfer^ d'ltalie en Espagne, il y avait subi la plus 
dure captivity. Enferme dans I'Alcazar de Madrid, d£<ju £ans son 
espoir d'une paix prompte et honorable, ulcere par les implacables 
exigences de l'Empereur, il avait contracts une maladie des plus 
graves qui l'avait conduit aux portes du tombeau. Entrl en conva- 
lescence et convaincu que rien ne ferait flechir les pretentions de 
son ennemi, il s'ltait decide a feindre d'y c£der. Arguant de ce 
que, d'aprfes les lois de la chevalerie, un prisonnier surveill6 n'est 
pas tenu de garder la foi que la contrainte lui a arrach£e, il avait, 
par avance, dresse un acte de protestation contre ce qu'il allait 
faire, puis il avait sign6 le traits de Madrid. 

L 'article fondamental de ce trait£, celui dont le refus avait si 
longtemps empGche tout accord, 6tait la retrocession a Charles- 
Quint du duch£ de Bourgogne et de ses d£pendances, domaines de 
son bisa'ieul Charles le T£m£raire, repris, en vertu du droit 



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49 2 ELEONORB d'aUTRICHE 

salique, a sa grand-m&re, Marie de Bourgogne, par la couronne de 
France. 

Pour aller faire sanctionner par les Etats et les parlements du 
royaurae cette restitution de la Bourgogne, Francois I er obtenait 
imrnediatement sa liberte. Mais il envoyait a sa place, en otages, 
les deux fils aines qu'il avait eus de la feue reine Claude, le dau- 
phin, Age de huit ans et demi, qui ne regna pas, et le due d'Or- 
leans, age de sept ans, qui fut depuis Henri II. Messieurs les 
Enfants, comrae on disait, devaient Stre rendus apres la ratification 
et Tex£cution du traite. Alors aussi, Francois devait epouser 
El^onore d'Autriche, reine douairiere de Portugal, sceur de 
Charles-Quint. Co in me gage de raccoiuplissement de ce manage, 
d'6tranges fiancailles avaient eu lieu. Un matin le Roi, alit£ et 
souffrant de la fievre, avait vu entrer, dans sa chambre de l'Alcazar 
de Madrid, le vice-roi de Naples Lannoy, house et £peronne, qui, 
muni de la procuration de la reine de Portugal, venait la fiancer 
avec son futur 6poux. Les paroles consacrles furent exchangees 
entre les deux hommes, et, de ce jour, TEmpereur dit que Fran- 
cois I er devait appeler El^onore sa femme. II conduisit son nouveau 
beau-frere faire a celle-ci deux ou trois courtes visites d'apparat. 
II la fit m&me danser en sa presence, ce qu'elle faisait avec beau- 
coup de grace, et ce fut tout. Le Roi partit et, de tres loin, la Reine 
le suivit a petites journ^es. 

On sait ce qui advint. Francois I ep , de retour dans ses fitats, en 
mars i5a6, refusa d'executer le traits ; ses fils, s6par6s de leurs 
serviteurs, demeurerent captifs, et sa royale fianc6e fut retenue en 
Kspagne. Bientot une ligue formidable se formait contre Charles- 
Quint, dont T^norme puissance faisait redouter Taccession a la 
in on are hie universelle, et de toutes parts la guerre recommen$ait. 

Elle eut de nombreuses p6rip6ties et fut f&conde en Granges 
incidents, pour ne parler que du sac de Rome par le connetable de 
Bourbon et des provocations en combat singulier que s'adresserent 
le Roi et TEmpereur. Enfin elle fut termin^e, le 3 aout i5a9, par le 
traite* fameux que signerent a Cambrai, pour les deux monarques, 
la reine-mfere Louise de Savoie et Marguerite d'Autriche, r^gente 
des Pays-Bas, tante de Charles-Quint. 

De ce traite, qui visait presque toutes les contrees de V Europe 
occidentale, nous n'avons a retenir ici que deux clauses, les prin- 
cipals a la v^rite, celles qui 6taient en quelque sorte le pivot de 
la paix. Aux termes de Tune, TEmpereur renoncait a cette r6tro- 



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ET LA RANgON DE FRANgOIS V T 4&^ 

cession de la Bourgogne, pierre d'achoppement du traits dc 
Madrid, et, a la place, il recevait 2.000.000 d'6cus d or formant 
« l'honn&te rancon » dont Francois l er s'6tait toujours reconnu 
redevable envers lui et moyennant le paiement de laquelle il s'en- 
gageait a rendre les jeunes princes ses otages. Aux termes de 
Fautre, iemariage d'fil^onore d'Autriclie avec Francois I cr , a denii 
c616bre* en i5a6 et demeure* depais en suspens, devait recevoir sa 
consecration definitive. 

L'exlcution de ces deux clauses allait ajouter une nouvelie page 
a Thistoire si riche du Labourd. Sa situation formant trait-d'union 
entre la France et l'Espagne, le d£signait en eftet, comme il arriva 
si sou vent par ailleurs, pour etre le theatre de ces deux actcs 
d'importance : Techange de la rancon contre les princes et Fentree 
de la Reine dans son nouveau royaurue. 

Actuellement, avec les banques, le tel^graphe, le telephone et les 
cheinins de fer, en quelques jours tout eut 6t6 termini, et un beau 
matin, les Labourdins eussent appris par leur journal que la 
rancon 6tait pay£e et que la Reine et les enfants royaux etaient 
dans la capitale, installed dans leur palais. 

Mais, naguere, il n'en allait pas de meme ; les conditions de 
temps et de lieu etaient singulierement difflrentes et les habitants 
du pays frontiere leur durent alors d'avoir sous les yeux, pendant 
six mois, d'interessants et parfois de m£ mora b les spectacles. 

Le traits de Cambrai avait 6t6 signe* en aout 1529 ; le 20 Janvier 
de la ni&me ann£e (le premier de Tan 6tait encore fixe au q5 mars), 
les Saint- Jean-de-Luziens constaterent enfin, a leur grande satisfac- 
tion, qu'onenpoursuivait lexecutionnoriuale, en voyant, kl'heure 
de diner, un train brillant de trois cents chevaux faire halte sur 
leurs places. C'6tait le vicomte de Turenne, qui, avec des conseil- 
lers, des secretaires etune fringante elite de jeunes gentilshommes, 
s'en allait a Toiede, en gaiante ambassade, vers El£onore d'Au- 
triche, resserrer au nom du Roi les engagements matrimoniaux si 
singulierement £bauches par Lannoy. 

M. de Turenne venait de se reposer un peu a Rayonne de la 
penible traversee des Landes ; il 6tait aile voir, sur la greve, une 
baleine capture^ dans le golfe par les p&cheurs de Riarritz ; et 
maintenant, ayant mis sa caravane en bon ordre, il se pr£parait a 
prendre contact oflic\el avec l'Espagne en recevant aux abords de 
Saint-Jean-de-Luz les officiers d'l^leonore charges de faciliter son 
voyage au dela des monts. 



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494 ELEONORE d'aUTRICHE 

Les badauds do lieu n'avaient pas Oni de disserter sur le luxe 
dSploye* par le vicomte de Turenne, sur les habits de velours a ses 
couleurs de ses pages et de ses laquais, sur le riche equipement de 
ses mulets, le uombre de ses palefreniers, les 6pais troupeaux de 
moutons que ses vivandiers poussaient devant eux, que deja un 
nouvel aliment s'offrait a leur curiosity. 

Gette fois, c'6tait Messire Louis de Flandre, seigneur de Praet, 
chevalier de la Toison d'Or, qui, envoys de FEmpereur, se rendait 
a Bayonne avec des sp£cialistes experiment's pour y surveiller le 
bon aloi des i.aoo.ooo 6cus d'or qui devaient bient6t remplir le 
tresor toujours aflame de son puissant souverain. 

Ces i.aoo.ooo 6cus d'or au soleil, d'une frappe uniforme et du 
poids de seize grains, formaient la partie payable coniptant des 
2.000.000 de la rancon. Des 800.000 6cus restants, une part devait 
etre employee a retirer des obligations souscrites et des joyaux 
gag's au roi d'Angieterre par les empereurs Maximilien et Charles- 
Quint, notamment une grande fleur de lis en diamants contenant 
du bois de la vraie Croix ; le surplus 'tait Tobjet d'arrangements 
sp'ciaux. 

Neanmoins le versement a faire constituait pour I'epoque une 
somme enorme et, alors que le Nouveau-Monde n'avait point 
encore d'vers' sur TEurope les richesses de ses mines, repr6sen- 
tait une masse de m'tal pr'cieux presque invraisemblable. Aussi, 
depuis la fin de Tannee i5a8, Francois I er , dans la provision de sa 
rancon, travaiilait-il a la r'unir. II avait, des divers ordres du 
royaume, obtenu des subsides, les avait fait lever activement dans 
toutes les provinces et, a la fin de i5a9, des instructions avaient 6t6 
donn'es pour diriger sur Bayonne les sommes recueillies. 

Pour remplir la trfcs importante et complexe mission deprfsider 
a la concentration du tr'sor, de T'changer contre les Enfants de 
France, de recevoir la Reine au seuii du royaume et diriger son 
voyage jusqu'au Roi, ce n'ltait pas trop d'un des premiers person- 
nages de l*£tat. 

Le choix de Francois I er se fixa sur Messire Anne de Montmo- 
rency, grand-maltre et mar'chal de France et gouverneur du Lan- 
guedoc, lequel recut ses pleins pouvoirs. 

L' entourage de ce haut et puissant seigneur r'pondait aux 
diverses phases de Toeuvre qu'il devait accomplir. Pour le conseil- 
ler et Taccompagner, ii avait de grands dignitaires d'^giise et de 
robe longue ; pour r'gler les questions d'argent, de9 g£ne>aux des 



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J 



BT LA RANgON DE FRANCOIS l<* Qcfi 

finances ; pour se garder, lors de l'lchange, des capitaines dc 
choix ; pour escorter la Reine, les plus brillants gentilshommes de 
la cour ; pour la servir et assurer son voyage, les meilleurs officiers 
de la maison du Roi. 

Cette superbe compagnie, qui coraptait au moins deux mille 
chevaux, arrivait dans le Midi soucieuse de figurer avec un £clat 
digue d'elle en face des Espagnols et devant la souveraine. Aussi 
attirait-elle k sa suite des nu£es de marchands qui comptaient sur 
cette riche clientele pour 6couler leurs ItofTes de luxe et leurs 
somptueuses garnitures. 

Le an mars 1529, le grand- maitre entrait dans Bayonne et, sui- 
vant i'ordre logique des choses, donnait d'abord ses soins & la 
ran^on. Les g6n£raux des finances de Bourgogne et de Normandie, 
h ce d£partis, d6ploy&rent une diligence infatigable ; jour et nuit, 
d£p£ches et expr&s, envoy^s dans toutes les directions, press£rent 
les envois de numeraire ; sans rel&che, & mesure que les esp&ces 
arrivaient, les maltres des monnaies, pi&ce k pi&ce, les 6prou- 
vferent et les pes&rent ; de telle sorte qu'un mois k peine 6tant 
ecoule, put se passer au Ch&teau- Vieux une sc&ne probablement 
unique en son genre. 

Le mercredi 29 avril i53o, le grand-maltre, ayant invite a diner 
en son logis le seigneur de Praet. le pria, le repas fini, ainsi que 
les membres de son ambassade, parmi lesquels figurait le g6n6ral 
et mattre des monnaies de Flandre, de vouloir bien l'accompagner 
au Chfttcau- Vieux. Une fois Ik, on se dirigea vers la chambre r6ser- 
v6e au g£n£ral de Normandie. Un spectacle, tel qu'k le contempler 
« les yeux 6ballissaient », y attendait les arrivants. Au milieu de 
la chambre, sur un tapis vert recouvrant les carreaux, s'^levait un 
monceau scintillant, rutilant, £blouissant de 3oo.ooo 6cus d'or au 
soleil. A l'entour du monceau, ranges, dit la chronique, comme 
les apdtres autour du Maitre, se dressaient, l'orifice b6ant, soixante 
ou quatre-vingts sacs regorgeant d'autres esp&ces d'or : nobles a la 
rose, de Henry, angelots, ducats, doubles ducats, 6cus vieux, royaux, 
ecus k la couronne, alphonsines, rixdales, florins et philippes. 
Encore n^tait-ce Ik qu'un commencement. De la chambre du 
general de Normandie on passa dans celle du g£n£ral de Bour- 
gogne, ou un ingme arrangement frappait les regards. II y avait 
cette difference, n6anmoins, que le cas central comptait 600.000 
6cus au soleil au lieu de 3oo.ooo. Cette fois le flegme imperturbable 
des Espagnols fut vaincu, et ils avou&rent qu'ils trouvaient beaux 



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49^ ELEONORE d'aUTRICHE 

les deux monceaux d'or. Quant au grand-raaltre, il fit suivre la 
presentation de tant de richesse de ces politiques et philosophiques 
paroles : « Messieurs, vous voyez com me le Roi, qui vent tenir et 
executer les articles de la paix, se met en son devoir pour faire 
paiement a l'Empereur, pour avoir et retirer Messeigneurs ses 
Enfants ; et vaut beaucoup mieux de 1 employer en cette affaire que 
de faire la guerre et causer la perdition de sang humain. » 

Montmorency fit 6galement voir au seigneur de Praet les obli- 
gations, la fleur de lis et les joyaux retires a la decharge de l'Em- 
pereur des mains du roi d'Angleterre ; et, de plus, courant par les 
coins, quelque 100.000 marcs d'argent fin en cendr6e. II prouvait 
ainsi aux envoy^s d'Espagne, malgre leurs secretes defiances, qu'il 
6tait en etat de parfaire la rancon et qu'il se trouvait maintenant 
en droit de les inviter a arrSter, de concert avec lui, les mesures a 
prendre pour l'echange de ceux qu'on nommait Messieurs les 
Enfants. 

Ces jeunes princes, gardes depuis longtemps au milieu des mon- 
tagnes, dans la forteresse de Pedrazza de la Sierra, avec une 
vigilance d'autant plus soupconneuse qu'on redoutait qu'ils ne fus- 
sent enlev£s par le moyen de quelque sortilege, ces jeunes princes 
avaient enfin depuis quelques semaines quitte leur prison et 
s'etaient rapproches de la fronti&re sous la conduite de Don Pedro 
Hernandez de Velasco, conn6table de Castille. Investi, apr&s son 
pfcre, du soin de leur surveillance, le connetable avait pris toutes 
les mesures pour les tenir a distance a l'abri dim coup de main, 
et lui-m£me s'etait etabli a Fontarabie. Ayant recu de l'Empereur 
la rn&me haute mission que Montmorency du Roi, il lui appartenait 
de fixer avec celui-ci les details de l'echange des royaux otages. II 
donna ses instructions au seigneur de Praet pour suivre a Bayonnc 
les n£gociations necessaires. . 

Ces n6gociations ne laisserent pas d'etre longues et laborieuses. 
En effet le connetable et le grand-mattre se tenaient Tun et l'autre 
pour de vaillants capitaines et de dignes chevaliers ; mais les 
moeurs du temps toieraient parfois, sous couleur d'habilete ou de 
ruse, certaines licences qui seraient aujourd'hui plus severe men t 
qualifies. Or, tout au fond, le connetable craignait que le grand- 
maltre ne songeat a enlever les Enfants et la Reine tout en gardant 
le tr£sor, tandis que le grand-maltre n'eftt pas ete etonne outre 
mesure que le connetable n'eftt l'idee de prendre le tr^sor sans 
rendre la Reine et les Enfants. De cette preoccupation reciproque 



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ET LA RANgON DE FRANCOIS I er 497 

et da soaci orabrageux de ne pas laisser prendre a la nation 
adverse le moindre avantage de ceremonial dont sa vanity ptkt se 
targuer comme d'une ombre de superiority, naquit enfln un traits 
longuement libelie en vingt-huit articles. II descendait aux pins 
minutieux details et semblait plutot destine a preinunir les con- 
tractants contre les entreprises d'un mortel ennemi qu'a r^gler les 
formalites d'un acte supreme de paix. 

Le lien fixe pour l'echange fut Fentrde de la Bidassoa, juste sur 
la ligne frontiere, a 6gale distance entre Hendaye et Fontarabie ; le 
moment, celui de la pleine mer. Au point choisi on installeraitun 
ponton de 4<> pieds de long sur i5 de large, muni aux quatre coins 
d'un systfcme d'ancres et de cables assurant sa fixite* et sa flottaison. 
Une barri&re de 4 pieds de hauteur devait, dans sa largeur, diviser 
le ponton en deux parties 6gales. 

Deux gabarres de m£me grandeur amarr^es en face, l'une fran- 
$aise, sous Hendaye, 1' autre espagnole, sous Fontarabie, seraient 
armees chacune de douze rameurs de sa nationality et monies, 
celle d' Hendaye, par douze gentilshommes fran<?ais dont le grand- 
maltre, celle de Fontarabie, par douze gentilshommes espagnols 
dont le conn^ table. Les gentilshommes, en cape, ne porteraient 
que l'^p^e et le poignard ; les rameurs auraient des rames scrupu- 
leusement pareilles de longueur et de forme. La gabarre de France 
porterait Tor de la ran^on ; mais la gabarre espagnole, pour qu'elle 
n'e&t pas 1* avantage de la legerete\ serait lestee d'un mfime poids 
de fer. Dans la gabarre espagnole seraient, avec le seigneur de 
Brissac, les Enfants de France arrays de poignards; mais dans la 
gabarre franchise, pour maintenir l'egalite de force, seraient, avec 
Don Alvaro de Lugo, deux pages espagnols de m£me taille et de 
m£me age que les princes, ayant le poignard au cote. Apres une 
visite r^ciproque du ponton pour s'assurer qu'il ne cachait aucun 
pi&ge, les deux gabarres, a un signal donne, s'en approcheraient 
simultan6ment et, avec de strictes precautions, l'echange aurait 
lieu. 

La barque de la Reine, avec un Equipage mi-parti francais et 
espagnol, quitterait a ce moment les eaux espagnoles pour entrer 
dans les eaux de France. 

Mais ce n'etait pas assez de se garantir d'une surprise au ponton 
m&me, et les n^gociateurs jugerent prudent de se garder contre 
une attaque en r&gle prepare d'avance soit par terre soit par eau. 
Pour parer a toute entreprise des forces de terre il fut decide* que, 

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49$ ELEONOHE d'aUTRICHE 

dix jours avant et dix jours apr&s celoi de la dElivrance, aucune 
troupe d'hommes de goerre & cheval on h pied ne pourrait approcher 
de dix lieues de la fronti&re; le jour de la dllivrance, tout rassem- 
blement de gens da pays Etait interdit dans nn rayon de trois 
lieoes. Ghacnn des deux chefs pouvait seulement conserver sous sa 
main sept cents fantassins et deux cents cavaliers, identiquement 
arm£s et Equipls ; et, pour s' assurer que la convention ne serait 
point violEe, il avait le droit, douze jours durant, avant l'&hange, 
de Cure battre l'estrade dans la zone interdite du pays par douse 
de ses gentilshommes. Quant au chateau de Fontarabie, ses canons 
Itaient enlevEs pour Eviter toute volEe intempestive. Afin de pr6- 
venir une attaque navale, la mer serait surveillle par un galion 
espagnol croisant devant Saint- Jean-de-Luz et par un galion fran- 
$ais croisant devant Passages, tandis que, montles par des Equi- 
pages mixtes, deux barcrues garderaient la riviere, Tune en amont, 
Tautre en aval du ponton. Aucune autre embarcation ne devait se 
trouver sur les deux rives. 

Cependant que duraient les nlgociations, on avait achevl de 
classer les espfcces de la ran$on, dont beaucoup se trouv&rent trop 
16gferes, si bien qu'aux i. 200.000 Ecus il fallut en ajouter 40.000 de 
tare; on avait enclos le tout dans soixante caisses scellEes des 
sceaux des commissaires fran$ais et espagnols, et il devenait urgent 
d'activer les prEparatife compliquls nEcessitEs par la convention 
d'lchange. 

Pour les surveiller de plus pr&s, Montmorency quitta Bayonne 
et vint s'installer k Saint-Jean-de-Luz. 

Ce lieu charmant, si coquettement posE au fond de sa baie arron- 
die, n'avait pas encore £t£ mutilE par la fureur des flots; son com- 
merce Etait florissant, sa population nombreuse et prosp&re, et il 
est facile de se figurer le pittoresque encombrement et Inanimation 
joyeuse qu'il prEsenta durant le sEjour de trois semaines qu'y fitle 
grand-maltre. Dans les carrefours, sur le port oh ils musaient, 
dans les tavernes ou ils buvaient, chez les bourgeois od ils logaient, 
c'Etait un fourmillement de beaux soldats et d'616gants gentilshom- 
mes. Montmorency avait donnE ordre aux marchands de Bayonne 
de Tapprovisionner pour quatre mille homines et deux mille che- 
vaux. Aussi aflluaient les chariots charges de vivres et de grains, 
les pinasses rentrant de la p£che, les convois d'outres rebondies 
gonflEes de vin de Navarre. Ghaque matin, de six ou sept grandes 
lieues, accouraient, sveltes et accortes, 61anc£es sous leur fiardeau, 



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ET LA. RANgON DE FRANgOIS I er 499 

les filles de la cdte et des villages environnants, portant sur leur 
tfcte qui da pain, qui du poisson, des fruits, des legumes et du four- 
rage. Les rues, a toute heure, retentissaient du galop des cour- 
riers : les uus allaient a Bordeaux, ou 6tait le Roi, exp£di£s des 
diverses Stapes ou s'arrStait £l£onore d'Autriche, qui s'acheminait 
alors leutement de Tolfcde vers la France ; les autres arrivaient 
avec les d^pfiches et les ordres de la cour. Une nouvelle succ£dait a 
Tautre. Les 6v£nements se pr^cipitaient. Un jour, repassait le sei- 
gneur de Turenne revenant de sa galante ambassade. D'autres fois, 
sous la conduite des officiers et des palefreniers de la Reine, d6fi- 
laient des centaines de mulets harnach£s a l'espagnole, transpor- 
tant a Bayonne ses richesses, ses objets pr£cieux, sa garde-robe et 
les bagages de ses dames et de ses gens. Puis on apprenait que la 
Reine elle-mSine 6tait de l'autre c6t6 de la Bidassoa, tout pr&s, a 
Rcnteria. Successivement, en pompe, le grand-maltre, le Cardinal 
de Tournon, s'y rendaient pour lui presenter leurs respects. Le 
premier president de Toulouse faisait de m&me et Ton parlait fort 
de la harangue « tr&s belle et bien trouss6e » qu'il lui avait 
adressle. 

Vers la fin de juin tout 6tait pr&t et il fut convenu entre Mont- 
morency et le connetable de Castille que le vendredi i er juillet a 
la pleine mer de huit heures du matin, au lieu dit, les i. 200.000 
ecus seraient remis, Messieurs les Enfants d61ivr6s et que la Reine 
passerait en France. 

Done au matin du 3o juin, cent hommes d'armes des compagnies 
d'ordonnance et trois cents hommes de pied, complement de l'es- 
corte dont le grand-maltre avait droit de se faire accompagner a 
Hendaye, quitt&rent Bayonne, ou ils avaient 6X6 laiss£s a la garde 
du tr6sor, pour se diriger sur Saint- Jean-de-Luz, au point de con- 
centration. Chaque troupe avait d6ploy£ tout le luxe en son pou- 
voir. Les hommes de pied, la toque couverte de plumes, portaient 
chausses aux couleurs de la Reine, jaune, blanc et noir. Les cava- 
liers, appartenant a cette gendarmerie cel&bre ou commander cent 
hommes 6tait un honneur insigne m£me pour un prince du sang, 
les cavaliers caracolaient sur des chevaux d'Espagne couverts de 
housses de satin ou de velours aux couleurs des compagnies et por- 
tant un plumet de m6me au chanfrein. Cette magnifique cavalerie 
dut cantonner a GuSthary tellement Saint- Jean-de-Luz £tait plein; 
une place pourtant y avait 6t6 rlservle aux fantassins, quilogfcrent 
a l'hdtellerie de l'Estoile sur les sables. 



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500 ELEONORE d'aUTRICHE 

Deux heures apr&s le depart de ces troupes de Bayonne, le tr£sor 
se mit en marche, rtpartie par charges 6gales sur trente mulcts. 
Un trente et unienie portait la fleur de lys en diamants, les obliga- 
tions remises par le Roi d'Angleterre et des liasses de papiers 
rolatifs a des cessions de droits. Le tout 6tait sous la garde de cent 
soldats a pied, sans armes, le baton a la main et sous la surveillance 
jalouse du commissaire espagnol Don Alvaro de Lugo, qui ne devait 
plus perdre les caisses de vue. En effet, a SaintJean-de-Luz, selon 
Taccord fait, il s'enferma et coucha avec ses Espagnols dans la 
chambre du logis du grand-maltre oil elles furent d6pos6es. Mais 
le gardien lui-m&me etait strictement garde* par de solides postes 
francais places en haut et en bas de la maison, de telle sorte qu'il 
y avait quelque chance pour que, dans cette nuit du 3o juin au 
i w juillet, le tremor reposat en paix. 

Absorbs tout entier par le soin de donner ses ordres et d'en assu- 
rer l'exlcution, le grand-maltre, lui, ne reposa point. Dans la soi- 
ree, apres que le salut fut sonnc, il avait fait publier a son de 
trompe, de par le Roi, que personne, le lendemain, ne fut assez 
ose\ sous peine de la hart, pour franchir sans permission, vers 
l'Espagne, le pont de Saint-Jean-de-Luz. Puis, present partout, il 
avait inspects ses postes et organise le depart. A une heure apres 
minuit les trompettes sonnaient le boute-selle, les tambourins 
criaient que chacun se rendlt a son enseigne, et, a trois heures du 
matin, une premiere troupe de cinquante chevaux se mettait en 
marche pour 6clairer la route d'Hendaye. Trois enseignes de gens 
de pied suivaient ; apres venait le tr£sor, chaque mulet encadre* de 
quatre hommes pour le relever, s'il lui arrivait de rouler par les 
chemins. Quant au grand-maltre, v£tu d'une robe a chevaucher de 
velours noir chamarrSe de gros fils d'or, il 6tait superbement 
monte* sur un genfct caparacouue' a ses couleurs ; derriere lui, qua- 
rante gentilshommes d'^lite et, pour fermer la marche, cent cin- 
quante hommes d'armes, la lance au poing. Le senechal d'Agenais 
avec des archers de la garde du Roi demeurait a la garde du pont. 

Vers les sept heures du matin, l'ltincelante colonne arrivait a 
Hendaye, en face de ce merveilleux cirque de montagnes Itagees 
que la nature semble avoir dispose* pour servir de theatre aux 
grandes scenes historiques. La mer montait, le ponton se balan- 
ce xit au milieu de la Bidassoa; mais Fontarabie semblait dormir 
dans ses rem parts; sa marine, que l*on s'attendait a voir grouillante 
de monde, etait absolument ddserte, et le grand-maltre apprenait 



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i 



ET LA RANgON DE FRANCOIS V* 501 

avec stupefaction que le connEtable, refusant l'Echange desEnfants 
de France, venait de leur faire prEcipitamment reprendre le che- 
min de Renteria, d'ou ils Etaient partis a l'aube. Un espion Tavait 
avisE que les chemins de France se couvraient de troupes bien au- 
delk du chiffre convenu, et, redoutant V enlevement de vive force et 
sans rangon de ses augustes otages, il les avait mis hors de portEe. 

La surprise de Montmorency n'eut d'Egale que sa colore. Prenant 
k tEmoins les gentilshommes espagnols qui Etaient avec lui du scru- 
pule avec lequel il-s'Etait conformE aux conditions de l' accord, il 
se mit en mesure d'envoyer deTier le connEtable, le sommant d'exE- 
cuter le traits, sinon « qu il l'appellerait en lieu qu'il lui ferait 
confesser avoir failli a sa foi ». 

La Reine, de son cotE, depuis trois jours arrivEe k Fontarabie, 
avait cru enfin, apr£s avoir EtE marine deux fois par procuration 
au Roi de France et apres deux ans d'attente, que le jour avait lui 
de son entree dans son royaume ; sa fortune enti&re Etait k Bayonne, 
et voici qu'au dernier moment tout paraissait manquer. DEsespErEe, 
elle, d*ordinaire si douce et si calme, s'einporta et en vint aux 
menaces k Tencontre du connEtable. 

Enfin cependant, apres Echange de messages et force explica- 
tions, le malentendu se dissipa. Des courriers envoyEs ventre k terre 
k Renteria en firent revenir les jeunes princes. On se mit en 
mesure de faire de chaque c6tE les inspections et verifications prE- 
vues, et, corame il avait 6t6 dit, l'Echange se fit ce jour du i er juillet 
i53o ; mais ce fut k la pleine mer du soir au lieu de l'Etre k celle 
du matin. 

II Etait huit heures quand les deux gabarres avec leur prEcieux 
chargement quitterent les rives opposEes et vinrent se ranger, 
celle du trEsor, montEe par les Francais, au bord du ponton qui 
regardait Hendaye, celle de Messieurs les Enfants, montEe par les 
Espagnols, au bord du ponton vis-i-vis Fontarabie ; chaque Equi- 
page se massa k Tune des extrEmitEs de son bateau ; puis le cons- 
table et le grand-maltre, months simultanEment sur le ponton et 
sEparEs par la barriere, appelerent un k un chacun de leurs com- 
pagnons, qui, traversant aussi d'un mouvement simultanE, allerent 
prendre place k rextrEmitE laissEe libre du bateau adverse ; jus- 
qu a ce qu'enfin tout ¥ Equipage espagnol se trouv&t sur la gabarre 
du trEsor et tout 1 'Equipage francais sur la gabarre des Princes. 
Chaque navire alors, par une extrEmitE difFErente, contourna le 
ponton et fit force de rames vers la rive opposEe. 



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502 ELEONORE d'aUTRICHE 

A cet instant precis, le bateau de la Reine, cessant d'etre conduit 
par son patron espagnol pour passer sous la direction d'un patron 
francais, franchissait la ligne m6diane du fleuve. 6leonore d'Au- 
triche 6tait en France, ou elle prenait pied sur le territoire de 
Labourd presque au m&me instant que ceux qu'elle appelait dej& 
ses enfants. 

Dans sa stipulation essentielle, le traits de Cambrai 6tait exe- 
cute. La paix re'gnait entre la France et l'Espagne. 

Mais le temps pressait ; il fallait se hater de quitter cette greve 
et, au prix d'une course longue encore, aller chercher la couches. 
Aussi vit-on bient6t les longues flies du cortege remonter la pente 
des vertes collines qui dominent Head aye. La Reine 6tait port£e 
sur une litiere de drap d'or frise sur frise ; le Dauphin et le due 
d'Orl6ans raccompagnaient a cheval, tandis que ses dames et ses 
demoiselles suivaient assises en selle a la mode de Portugal sur 
des mules harnachSes de velours. Peu a peu cependant le voisinage 
de la mer, la brume s'elevant des valines, avaient rafraichi Fair ; 
£l6onore, redoutant pour les jcunes princes les suites des fatigues 
et des Amotions des jours precedents, les fit monter dans sa litiere. 
Puis l'obscurite* s'6tait faite et, pour dclairer la route, il avait fallu 
allumer des flambeaux, dont les lueurs espacles dissipaient ademi 
les ombres de cette belle nuit d'£te\ lorsque tout a coup, a mi-che- 
min de Saint- Jean-de-Luz, lair retentit de fr£n£tiques acclamations, 
et cinq cents jeunes Saint-Jean-de-Luziens, tons brandissant des 
torches, accourant comme une vague de feu, entourerent la litiere, 
qui, au milieu de cette mouvante clart6, d£passa Giboure et attei- 
gnit le pont de la Nivelle. 

C'6tait Tendroit oil Saint-Jean-de-Luz recevait officiellenient la 
Reine. 

La population n'avait gufere reposS la nuit pr£c£dente, mais, 
celle-ci, qui eut songe* a dormir ? On attendait la plus grande dame 
du monde, la Reine de France, la « meilleure » soeur de l'Empe- 
reur, roi des Espagnes, dont toutes les soeurs portaient la couronne 
royale. On attendait cette princesse, dont Theureuse influence 
empfceherait sans doute le retour, entre les deux plus puissants 
monarques de la chreHiente*, de guerres terribles si lourdes au 
peuple, si de*sastreuses a la frontiere. Gomme plus tard une douce 
fille de France allant £pouser un roi d'Espagne, celle-ci d£ja pou- 
vait s'appelait la Reine de la paix. D'ailleurs £tait-elle done 6tran- 
gere, cette 6l6onore d'Autriche, toute Franchise de langage et d f <- 



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ET LA RANgON DE FRANCOIS I«* 5o3 

ducation, et dans les veines de laquelle coulait le sang des grands 
dues de Bourgogne de la maison de Valois? Sanjs doute, faisant 
cesser k la cour le r&gne on6reux des favorites, elle allait y faire 
refleurir les temps regrett6sde la yertueuse Annede Bretagne etde 
la bonne reine Claude. Son histoire d'ailleurs attendrissait : son 
p&re enlev6 subitement en pleine jeunesse, sa m£re, affolle, inyst£- 
rieusement enferm^e dans un ch&teau d'Espagne, elle avait 6t6 
61ev6e, aln6e de six petits enfants, dans la Flandre, sa patrie, k ce 
que Ton appelait encore la cour de Bourgogne. LA, jeune fille, elle 
n'avait pu empfceher son cceur de parler en faveur d'un jeune et 
beau paladin, cadet de Bavi&re sans apanage. Mais Tidylle avait 
6X6 impitoyablement brisle dans sa fleur. Princesse, elle se devait 
k sa maison et, k dix-neuf ans, on Pavait marine au roi Emmanuel 
de Portugal, le souverain, disait-on, le plus riche du monde, mais 
contrefait, deux fois veuf, ayant une cinquantaine d'annee et buit 
enfants. Dans toute leur severe grandeur, elle avait accepts et 
rempli ses devoirs de souveraine, d'£pouse et de m&re. Apres la 
mort de son mari et apr&s avoir eu d'autres vues sur elle, Charles- 
Quint, un beau jour, avait jug^ utile de la liancer au Roi de France 
pendant sa captivity ; puis il F avait retenue pendant quatre ans en 
Espagne, et voici qu'elle arrivait pour rejoindre un mari dont elle 
aurait k conqu^rir l'affection, conduisant d'une effusion vraiment 
maternelle deux pauvres enfants, deux flls de France qui, k un &ge 
oil la liberte est si nlcessaire, venaient de souffrir longuement, 
emprisonn6s pour la patrie ! 

Aussi les coeurs 6taient profond£ment £mus chez ces braves habi- 
tants de Saint- Jean-de-Luz, « si loyaux serviteurs de la couronne 
de France qu'ils se seraient fait crucifier pour la querelle d'icelle » ; 
- et, depuis le matin, Tincertitude et l'attente exaltaient les esprits, 
lorsqu'& la vue de la foule qui bordait la Nivelle, apparurent & la 
tfite du pont, dans une lumi&re aussi vive que celle du jour, la 
Reine et les deux princes. Elle, dans sa liti&re d'or, brune, p&le, le 
visage bienveillant et gracieux dans Tattrayante maturity de ses 
trente ans, telle qu'on peut la voir encore au Louvre dans le 
tableau des Noces de Gana ; eux, dans un costume de faerie, robe 
de drap d'or fris6 sur frise doublle de satin cramoisi, pourpoint 
de satin violet et saie de velours cramoisi. 

Ge fut un instant d'inlnarrable enthousiasme, un veritable 
d61ire ; les cris ne pouvaient tarir de « France ! France ! vive le 
Roi! vive la Reine! vive le Dauphin! » Le pays paraissait en flam- 



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5<>4 ELEONORE d'aUTRICHE 

mes, tellement nombreux s'allumaient les feux de joie ; tout y £tait 
bon et on y jeta jusqu'aux bois de construction des navires, sacri- 
fice sans prix pour ce peuple de niarins. 

Gependant, sur le pont, les pr&tres avec la croix et l'eau blnite, 
la torche en main, chantaient le Te Deum laudamus ; le Bayle 
adressait a la Souveraine un discours de bienvenue d'une brievete 
tres gotlte^e ; puis les feinmes des principales families du lieu, an 
nombre de vingt-cinq ou trente, coiflees, a leur mode, de grandes 
comes sur la tSte, venaient en tourer la litiere et, portant elles aussi 
des torches, sans cesser d'acclamer les royaux arrivants, les accom- 
pagnaient au logis oft Eleonore allait enfin pouvoir goftter quelque 
repos. 

Elle y entra, tenant de chaque main Tun de Messieurs les En- 
fants ; mais ceux-ci ne tarderent point, conduits par le Grand-Maltre, 
a gagner a pied leur propre logis assez eloigned Chez eux les atten- 
dait un souper auquel ils firent honneur avec l'app&it de leur age; 
la Reine de son cdte* se mettait a table, tandis que ses dames et ses 
demoiselles, aflam£es par le voyage, demandaient aux officiers du 
pain qu' elles se hataient dalier manger cach6es derriere la tapis- 
serie. 

Montmorency n'avait plus qu'a annoncer au Roi le succes de sa 
mission. II y employ a le reste de la nuit, envoyant aussi des cour- 
riers au Pape et aux puissances amies, le Roi d' Angle terre, la R6- 
publique de Venise et Messieurs des Ligues. Ddja, de Hendaye 
mSme, il en avait exp6di£ un autre aux grands personnages denieu- 
r^s a Bayonne pour les prevenir que la Reine venait de toucher le 
sol du Royaume et pour qu'ils eussent a faire connaltre incontinent 
la bonne nouvelle au peuple par des salves d'artillerie. Ge message 
tourna d' assez plaisante facon. II ^tait minuit quand le courrier 
arriva aux portes. Tout dormait ; on mit quelque temps a lui 
ouvrir ; il alia droit a Tarchev^que de Bordeaux, lequel envoya 
qu^rir le seigneur de Saint-Bonnet, qui commandait la ville ; bref, 
d'avis en avis, d'ordre en ordre, il 6tait deux heures du matin 
quand tout a coup, dix ou douze grosses pieces de canon, tonnant 
avec furie, vinrent en sursaut r6veiller les habitants. Depuis des 
ann^es ont vivait en guerre, depuis des mois on parlait de surprise, 
la ville £tait pleine d'Espagnols, les Bayonnais croient a une 
attaque soudaine ; les hommes s'arment pr6cipitamment et courent 
a leur poste de combat, les femmes s'empressent a amasser des 
pierres et a bouillir de Thuile. II y fallut assez longtemps pour 



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ET LA HANSON DE FRANQOIS I er 5o5 

leur faire comprendre de quoi il s'agissait. Chacon se remit enfin 
d'une alarme si chaude et, « mettant gaiement le couteau sur la 
table », acheva la nuit en faisant bonne chere. 

D'ailleurs, ce joar qui se levait 6tait celui oix leur ville allait 
recevoir la Reine de France. 

Ce samedi 2 juillet, celle-ci se leva fort tard ; il en fut de mCme 
de Messieurs les Enfants. Chacun en leur logis, ils entendirent la 
messe, cUnerent k midi, puis tous les trois se reunirent pour monter 
dans la litiere royale et se diriger sur Bayonne, accompagn£s du 
Grend-Mattre et du Cardinal de Tournon. 

Ce fut encore un fier ct slduisant defile* de dames et de seigneurs 
que les Saint-Jean-de-Luziens virent s'eloigner vers Bidart et Gu6- 
thary; mais par-dessus tout, l'image des princes et de la Reine 
devait rester dans leur souvenir comme un el)louissement. Le Dau- 
phin et son frere avaient, en effet, revetu des ro*bes a chevaucher 
de velours cramoisi brodees selon la mode r^gnante avec de gros 
tils d'or, ils portaient des pourpoints de satin cramoisi, des hou- 
seaux de maroquin noir, et leurs bonnets, od s*enroulait une plume 
d'autruche, Itaient de velours noir richement ferret de fers d'or 
emails. Quant au costume d'l«!16onore d'Autriche, il ne faut rien 
dter de sa saveur k la description d'un temoin oculaire : « Elle 
avait une fine robe de velours noir doublee de satin cramoisi ; les 
manches montees satin cramoisi bandies de grandes bandes de 
drap d'or separ^es qui se tenaient k aiguillettes de rubans de fine 
soie ferries de fers d'or £maill£, charges de perles fort belles. Sa 
t&te £tait accoutre et habillee k la Portugalaise. Sur icelle il y 
avait un pourpris garni de pierres precieuses, beau et riche, k Ten- 
tour duquel il y avait d autres grosses perles qui donnaient fort 
beau lustre k la beaut6 et reluisance des cheveux ; sur son estomac 
avait un colleral garni triplement encore d'autres perles plus 
grosses ou 6taient in£l6s, parmi, des rubis et des diamants grands, 
beaux et de grande valeur qui reluisaient fort. Son dit estomac 
6tait tout d6couvert et blanc. comme l'alb&tre et da vantage un taut 
doux et benin visage avec un maintien de princesse sentant sa 
maison et le faisant tres beau voir. » 

Ainsi par6e comme une icdne, les pierreries dont elle £tait cou- 
verte jetant mille feux sous le soleil, majestueuse dans sa litiere de 
drap d'or, la Reine arriva jusqu'k la porte Saint-L6on de Bayonne. 
Devant elle chevauchaient, avec Montmorency, les Enfants dc 
France, qui avaient mont£ leurs haquen£es k une ported d'arbalete 



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5o6 ELEONORE d'aUTRICHB 

de F enceinte ; k ses porti&res se tenaient, sur leurs moles aux har- 
nachements dor£s, deux princes de rfiglise, le Cardinal de Tour- 
non et F&vGque d*Aire. 

De toutes parts, sur les remparts, au Ch&teau-Vieux, an Ch&teau- 
Neuf, le canon tonnait. A la porte 6taient massls les quatreOrdres 
mendiants, les chanoines de la cathldrale, tout le clerg£, les offi- 
ciers de justice, les jurats et les consuls en robe et chaperon 6carlates. 
Sous le porche, le derc de ville fit une harangue oil, par licence 
oratoire, tutoyant la Reine comme on tutoie la Divinite, il vantait 
sa puretl et sa simplicity colombine, son bon vouloir, sa beaute 
tr£s excellcnte, et la comparait savamment k Esther, k Abigail, k 
Julia, femme de Pomple, k Deborah et k la reine de Saba. 11 ne 
pouvait que plaire, et « ladite dame l'6couta tr£s volontiers sans 
tourner les yeux qk et Ik ». 

Alors, au son triomphant des trompettes et des clairons, les 
musiques jouant, les cloches sonnant k Xante voile, le clerg£ et les 
magistrate de Bayonne en tdte, la procession superbe s'achemina 
lentement vers la cath6drale, au long des rues sabl£es, toutes ten- 
dues de tapisseries, sur le fond diapr6 desquelles se d6tachaient en 
notes vives les toilettes et les parures des dames entass£es aux 
fendtres. La Reine s'avan$ait sous un po£le de damas jaune et 
rouge port£ par les consuls ; devant, dansaient et jouaient du tam- 
bourin trente enfants de la ville vStus de pourpoints et chausses 
£cartel6s de satin vert et rouge et coiflfes de bonnets rouges k plumes 
blanches. A Notre-Dame, on rendit gr&ce k Dieu et k la bonne Dame 
sa Mire ; puis la Reine, que le Cardinal et le Grand-Maltre soute- 
naient par-dessous les bras, d'une allure hilratique, sedirigea vers 
son logis. 

fel^onore d'Autriche venait d'accomplir, k travers le Labourd, 
la premiere 6tape du voyage triomphal au cours duquel elle allait 
enfin rencontrer son royal Ipoux et dont le terme devait fctre cette 
apothlose des reines de France, le couronnement, prelude trop 
souvent de bien des deceptions et de bien des tristesses. 

Le lendemain, 3 juillet, elle partait pour Saint-Vincent, common- 
$ant la dure travers£e des Landes. 



Francisque Habasque, 

(Jonseiller d la Cour d'appel de Bordeaux, 
Correspondent da Ministire de f Instruction pnbliqae. 



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Ill 



UHE PAGE D'HAGIOGRIPHIE BISQUE 



SAINT FRANgOIS-XAVIER 



LE R. P. ETCHEBARNE 



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UNE PAGE D'HAGIOGRAPHIE BASQUE 



SAINT FRANQOIS-XAVIER 



LE R. P. ETCHEBARNE 



Cb qui fait la force et la grandeur d'un peuple, d'une race, dit 
Guizot, c'est sa foi et ses convictions religieuses. Or les 
nombreux historiens de ce peuple basque, aux origines lointaines 
et myst£rieuses, affirmeut qu'il aeutoujoursa coeurde garder avec 
un soin jaloux sa religion et ses vieilles croyances. 

A travers les ages, l'ambition de leurs maltres, les calculs de la 
politique, les grandes crises sociales, ont pu jeter, au sein de ces 
populations, des idees nouvelles et des aspirations inconnues. 
Mais si le Basque a suivi la fortune d'un conqu6rant heureux, s'il 
a vu partager son territoire entre deux princes rivaux, il n'en est 
pas moins rest6 profondement religieux. (Test ce qui explique 
peut-Gtre son existence apr&s tant de peuples disparus et sa vitality 
parmi tant de ruines. 

II y a quelques ann£es, en un jour a jamais beni ', j'avais le 
bonheur de recueillir le t£moignage de cette v€rit6 profonde de la 
bouche m£me du glorieux Pontife qui preside avec tant de sagesse 
et de fermet6 aux destinies de l'figlise. Je garde avec amour, vous 
le comprenez, chacune des paroles tomb£es de ses levres augustes. 

i. 6 Janvier. — Reception des jeunes gens de l'lnstitut Catholique de Paris 
par Leon XIII. 



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5lO UNE PAGE d'hAGIOGRAPHIE BASQUE 

« Les Basques, nous disait L6on XIII, doiveat rester unis k l'figlise 
avec le m&me attachement qui les fixe aux flancs de leurs mon- 
tagues ; c'6tait leur gloire dans le pass£, ce sera leur sauvegarde 
dans l'avenir. » 

De tout temps, cette fid£lit6 k la foi des ancStres a multiple an 
sein du Pays Basque ces nombreuses families chr£tiennes ou la 
religion est cousid£r£e comme la plus belle part de l'h6ritage pa- 
ternal. 

Fran$ois-Xavier, notre biros, que vous connaissez dlj&, et dont 
le souvenir ne devait pas rester Stranger k nos belles fttes, naquit 
k Tun de ces foyers chr6tiens. 

Laissons aux Irudits le soin de fouiller encore biblioth&ques et 
archives avant d'&ablir dlfinitivement Torigine de ses aieux. 
Qu'ils appartiennent k la Navarre espagnole ou franchise, peu 
importe. Pour nous, on l'a d£jk dit, il n'y eut jamais de Pyr£n6es, 
et nos armes peu vent porter aujourd'hui, avec tout l'lclat de la 
v6rit6, cette vieille et ftere devise : Saspiak bat 1 . 

Le pere de Fillustre ap6tre des Indes, Jean de Jasso, vint au 
monde vers le milieu du quinzieme siecle, dans la maison Sala, de 
la paroisse Saint-Saturnin-de-Jassou, aujourd'hui Jaxu, a quelques 
kilometres de Saint-Jean-Pied-de-Port 1 . 

Seule une vieille chapelle, k peine reconnaissable et de venue 
l'lcole du village, indique aujourd'hui l'emplacement de l'antique 
manoir, solidement assis non loin de la belle voie romaine qui 
conduisait de Lapurdum k Pampelune. 

Jean de Jassou, nous dit un de ses excellents biographes s , fut 
envoys dans la capitale de la Navarre pour y faire son Education. 
II se livra avec ardeur k l'&ude, surtout a celle des lois du pays. 
S'il faut en juger par le titre 4 que lui donnerent ses concitoyens et 
par les hautes charges qu'iloccupa, il obtint les plus grands succes. 
Honore* de la confiance de son souverain, il devint bientdt premier 
president du conseil du royaume, et, en cette quality, il assista, 
le 10 Janvier i494» au couronnement de Jean d'Albret et de Cathe- 
rine de Navarre dans la cathldrale de Pampelune. 

Une femme accomplie, Marie, unique heritiere de Martin d'Az- 



i. Sept provinces, une race, 
a. Basses-Pyrenees. 

3. M. Haristoy, le docte curl de Ciboure (Basses-Pyrenees) ; Recherche* 
historiques sur le Pays Basque. 

4. « El egregio doctor, Juan de Jasso. » 



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SAINT FRANCOIS-XAVIER 5ll 

picuelta et de Jeanne de Xavier, avait nni sa destined k celle du 
noble Navarrais. 

Des six enfants que Dieu lenr donna, Xavier, notre heros, devait 
illustrer k tout jamais le nom de sa mere. II Tit le jour au chateau 
de Xavier, le 7 avril i5o6\ CSette demeure seigneuriale qui se trouve 
aux pieds des Pyrenees, k sept ou huit lieues de Pampelune, appar- 
tenait depuis deux cent cinquante ans k la maison de Xavier. Ses 
aleux maternels l'avaient obtenue du roi Thibaudl er , en recompense 
des services signaler qu'ils avaient rendus k la couronne de Na- 
varre. 

Au milieu d'une nature merveilleuse de ftcondite et de fraleheur, 
sous les regards de parents vigilants et pieux, Francois grandit, 
caresse* par les influences salutaires de la belle nature et environne* 
de la tendresse 6clair£e des siens. « II avait le corps robuste, nous 
dit son historian ; beaucoup d'agr£ment en son e*t£rieur ; surtout 
Thumeur gaie, complaisante et propre k se faire aimer 1 . » 

Dfes que son esprit fut assez ouvert pour s'interesser aux con- 
naissances humaines, son pire, sans nlgliger personnellement son 
education, le confia k un de ses parents, aussi celebre par ses 
grandes vertus que par sa science profonde. II s'appelait Martin 
de Azpicuelta, mais il est plus connu sous le nom de docteur 
Navarre*. 

(Test probablement sous l'inspiration de ce maltre illustre que 
Francois prit le parti d'aller achever ses Itudes k FUniversit^ de 
Paris, devenue le rendez-vous de la jeune noblesse d'Espagne, 
d'Allemagne et d'ltalie. Elle brillait d'un incomparable 6clat au 
moment ou Jean de Jasso donnait k son fib l'autorisation de se 
rendre en France. 

Le jeune Francois avait dix-huit ans. D'heureuses dispositions, 
un esprit penetrant, une mlmoire impeccable, un goftt tres stir, le 
portaient vers l'ltude des lettres. II laissa la profession des armes 
k ses freres. 

Comme notre jeune Francois ne retournera plus en Navarre, sinon 



1. Le Pere Bouhours, Vie de S. FrangoiS'Xavier. 

a. Charles-Quint, dans plusieurs trails, avait promts de restituer la Na- 
varre a son possesseur legitime, Henri II. Mais cet empereur et son ills, 
Philippe II, la conservaient toujours, non sans quelques scrupules. S'6tant 
adresses au docteur Navarre, qui passait pour un des premiers theologiens 
de son temps, celni-ci eut le courage de leur r6pondre que ia conscience et le 
devoir les obligeaieat a restituer a son maltre cette province usurpee. 



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5l2 UNE PAGE D'HAGIOGRAPHIE BASQUE 

pour la traverser en se rendant k Lisbonne, d'oii il gagnera les 
Indes, c'est pendant cette periode -de sa vie qu'ii faut placer ses 
nombreux voyages aux terres de Jassou. Les Annates de Navarre 
nous disent, en effet, que Jean de Jasso prenait souvent le cherain 
du pays natal et de la raaison paternelle avec sa famille, mais le 
plus souvent avec le jeune Francois. Celui-ci n'oublia jamais une 
demeure toute remplie des souvenirs de son enfance et gardienne 
peut-etre des cendres de son pere. Les premieres impressions de 
la vie ne sont-elles pas les plus durables? Le jour qui suit le jour 
s'envole, rapide, avec ses preoccupations et parfois ses surprises, 
laissant k peine une legere empreinte sur la trace profonde des 
premiers pas dans le chemin de la vie. Francois connut assur£ment 
les consequences de la commune loi. Son imagination ardente, aux 
jours de sa gloire mondaine, comme a l'heure des rudes et saints 
labeurs, dut le reporter souvent aupres de son vieux pere, reste* 
fidele au prince legitime et, pour ce motif, retire k Jassou, oil la 
mort vint probablement le surprendre ; car, apres l'usurpation de 
la Haute-Navarre par Ferdinand le Catholique, et malgre* les solli- 
citations de Charles-Quint, son successeur, la plupart des gentils- 
hommes basques suivirent la mauvaise fortune de Henri II. lis ne 
repasserent plus les Pyrenees. 

Sans nul doute les malheurs de son pays aviverentle patriotisme 
du jeune Navarrais. Aussi, k peine arrive k Paris, Francois, qui 
produit ses titres de noblesse, n'a garde d'oublier celui de Jasso, 
dont il est juste meat fier. Desormais, il se fera appeler Francois 
de Josse jusqu'aii jour ou, pour repondre k l'appel d'un autre Basque 
illustre, Iguace de Loyola, il foulera aux pieds, et pour toujours, 
les hochets de la vanite. 

Mais Theure de Dieu n'a pas encore sonne pour cette &me eprise 
de gloire et r§vantdes succes nouveaux. Pourquoi s'etonner alors 
de Tardeur qu'apporte Francois a Tetude de la philosophic ? 

En peu de temps, son savoir et sa reputation lui valent, apres 
une these brillante, le titre de <x maltre es arts » et une chaire de 
sciences au ceiebre college de Beauvais. C'etait en i53i, et Frangois- 
Xavier avait vingt-cinq ans. 

« En gentilhomme qu'il etait, nous dit un critique distingue *, le 

i. M. l'abbe Soubielle, cnr£ de Saint-Jacques de Pan : Origine francaise de 
saint Franco! s-Xavier, Revue des questions historiques, 55* livr., n* da 
i** juillet 1881 ; travail tres serieux et tres documente que termine une con- 
clusion irrefutable. 



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SAINT PBANgOIS-XAVIER 5l3 

jeune Navarrais voulut, ayant de paraltre dans sa chaire, faire 
preuve de noblesse. II s'adressa pour en avoir les moyens a Don 
Miguel, son fr&re aln6 ; et l'enquftte se fit avec un soin minutieux. 
Les pieces devant servir a une production legale et publique furent 
choisies, class£es avec exactitude et v^rifiees avec une rigueur 
toute juridique : il y en a m&me qui portent 1' attestation de quel- 
ques chanceliers du royaume signant an nom de leurs souverains. 
Quelles Itaient done ces pifeces qui devaient 6tablir pour Francois 
sa filiation et la noblesse de sa race? Sans doute celles de la 
maison de Xavier ou d'Azpicuelta?Non. Elles n'^taient autres que 
sa gen£alogie de Basse-Navarre et les titres attestant qu'il descen- 
dait de la maison de Jaxu. EnquSte pr£cieuse, dont les documents, 
heureusement conserves aux archives de la famille, sont devenus 
la source des plus sures et des plus authentiques informations. » 

Pendant que Francois enseignait la philosophie au college de 
Beauvais, il continuait de demeurer dans celui de Sainte-Barbe, ou 
il avait fait ses etudes. (Test la qu'il eut le bonheur de commencer 
ses relations avec Pierre Lefebvre, jeune Savoyard, dont les ma- 
nures douces et simples captivferent son cceur. Ne faut-il pas 
admirer, s'ecrie un illustre orateur *, comment la grace, cette excel- 
lente ouvri&re, pr6vient, dispose, ordonne toute chose, rappro- 
che les ames a leur insu, les ouvre Tune a l'autre, les touche 
r£ciproquement, et les 61feve ensemble dans les voies de la per- 
fection ? 

Francois et Pierre Lefebvre occupaient au college de Sainte- 
Barbe la m£me cellule. L'^tude, les repas, les recreations, tout 
leur £tait commun. N'ayant qu'un seul cceur, ils n'avaient qu'une 
seule bourse. L'agr£able difference de leur caractfere resserrait 
encore les liens de cette etroite amitie. Le gentilhomme de Navarre 
etait plus vif et plus hardi ; le paysan de Savoie, plus contenu et 
plus mod£r£. Tous deux etudiaient avec le mdme z&le ; mais Tun 
se passionnait pour l'honneur, l'autre pour la science ; Tun voulait 
briller, l'autre voulait savoir. 

Mais voici le maltre qui leur enseignera la vraie science et la 
vraie gloire. Ge maltre, nous Tavons deja nomml, e'est Ignace de 
Loyola. En peu de temps, il devient Tel&ve, le confident et enfin le 
p&re spirituel des deux amis. Ame ardente et gen^reuse, pr6par£e 
par la mortification et la retraite aux luttes de la vie et a la con- 



i. M" Besson, PanSgyrique du bienheureux Pere Lefebvre. 

33 



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5l4 TINE PAGE D'HAGIOGRAPHIE BASQUE 

qu6te des coeurs, elle n'a plus qu'une ambition, engager la bataille 
et triompher pour Dieu. 

Le glorieux blessl de Pampelune reraet aux jeunes 6tudiants un 
petit livre qu'il a compost dans la caverne de Manr&se. C'est le 
livre des Exercices spirituels. Sa lecture remue profondlment le 
coeur de Frangois ; la parole de nos saints Livres : « Que sert k 
l'homme de gagner l'univers s'il vient k perdre son &me? » decide 
sa volont£ 6branl6e et l'entralne k la suite d'Ignace. 

D&s cet instant, une lumi&re surnaturelle d6couvre k ses yeux le 
n6ant des choses humaines. Ignace, qu'il regarde comme son pere, 
parce qu'il a 6t6 son sauveur, n'aura pas de fils plus humble, plus 
sounds, plus capable de comprendre les saints 61ans de son z&le 
apostolique. 

Dans une lettre ou il annonce & son frfere Don Miguel son in£- 
branlable resolution, Fran$ois-Xavier parle en ces termes du pere 
de son &me : « Non seulement il m'a secouru par lui-m&me et par 
ses amis dans les n£cessit£s ou je me suis trouv6, mais ce qui est 
plus important, il m'a retir£ des occasions que j'ai eues de con- 
tracter amitil avec des gens de mon Age, pleins d'esprit et de poli- 
tesse, mais qui cachaient la corruption de leur coeur sous des 
dehors agr6ables ; lui seul a rompu des liaisons si dangereuses ou 
je m'engageais imprudemment 1 . » 

Ge premier 6cueil une fois surmont£, il restait encore k Francois 
bien des assauts k soutenir. Au prix de quels sacrifices et de quelle 
lutte va-t-il se dlbarrasser de la vaine gloire, son plus dangereux 
ennemi ! Mais comme il a appris d'Ignace qu'on ne pent remporter 
une victoire complete sur ses passions sans r£primer et mortifier 
sa chair, il entreprend de maltriser son corps par des aust£rit£s de 
toutes sortes. Encore ici, dans l'exercice de la penitence, Francois- 
Xavier nous apparalt avec les quality mattresses de sa race. Qui 
ne reconnaltra le Basque, plein d'une courageuse ardeur, dans ce 
trait caractlristique raconte par ses historiens? Avant de partir 
pour Venise, d'oii, avec Ignace et ses compagnons, il devait gagner 
la Palestine, Xavier s'£tait lie les bras et les jambes pour se punir 
de je ne sais quelle complaisance qu'il avait 6prouv6e en sautant 
et en courant mieux que les jeunes gens de son &ge. « Car il 6tait 
habile, dit Bouhours; et de tous les jeux d'6colier, il n'avait guire 
aiml que les exercices du corps. » Une operation fort douloureuse 

i. Leltres de saint Franeois-Xavier (Pages). 



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SAINT PRANgOIS-XAVIER 5l5 

fut jug£e n6cessaire pour extraire les liens qui avaient p6n6tr6 
profond£ment dans les chairs. 

J'espere bien qull ne viendra jamais k Yidte d'un moraliste 
quelconque, si 6ciair6 fot-il, de recommander cette pratique de 
mortification k nos jeunes s£minaristes et k nos vicaires basques, 
si fierement attaches au jeu de balle national, k ce noble desport, 
comme disaient nos anc&tres. Au contraire, et c'est le voeu de tons, 
qu'ils continuent dans Tint^r^t de leur sant£ et pour 1' amour sacre* 
de nos chores traditions, k entretenir leur agility en s'initiant chaque 
jour da vantage k tous les secrets du rebot et du blaid s . 

Gependant Ignace a fait de nouvelles recrues. A Lefebvre et k 
Francois-Xavier viennent s'adjoindre quatre jeunes disciples, dis- 
tingu6s et pieux. 

Sous la conduite d'un tel chef, ces hommes admirables avancent 
k grands pas dans la voie du renoncement et de la saintete\ Outre 
les trois voeux d'oblissance, de pauvrete* et de chastete\ ils sea- 
gagent au voyage de la Palestine, s'il est possible, ou k celui de 
Rome pour demander au Souverain Pontife de servir T^glise au 
gr£ de ses d£sirs. 

Ge fut le i5 ao&t i534 qu'Ignace et ses compagnons voulureui 
sceller dans une communion fraternelle ces engagements sacr6s. 
Une chapelle souterraine de Montmartre, oil la pi£t£ des fiddles 
croit que saint Denys fut d6capite\ donna asile k ces h6ros ignores 
du monde, mais que le regard de Dieu encourageait avec amour. 
Ils communierent tous de la main de Pierre Lefebvre, le seul prfitre 
de la soci£te\ La Compagnie de J6sus £tait fondee. A peine k son 
berceau, elle allait se partager le monde. 

L'ann6e suivante, Francois-Xavier, en attendant, k Venise, le 
moment favorable pour exlcuter le projet de pelerinage k Jeru- 
salem, recoit de son suplrieur l'ordre de se preparer au sacer- 
doce. Nulle parole ne pourrait exprimer la ferveur et le recueil- 
lement de l'homme de Dieu pendant la retraite de quarante 
jours qui pr£c6da sa premiere messe. Redoutant les distractions 
de la ville, il se retira sur le mont Felice, k quatre lieues de 
Padoue, dans une miserable hutte couverte de chaume et exposed 
k tous les vents : il couchait sur la dure, ch&tiait rudement son 
corps et ne vivait que d'un peu de pain mendie* dans les environs. 
Ainsi pr6pare\ Francois monta pour la premiere fois k l'autel, dans 

i. Deux sortes de jeux de paume. 



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5l6 UNE PAGE d'hAGIOGRAPHIE BASQUE 

l'6glise de Vicence, oil Ignace fit venir tous ses compagnons. De 
douces larmes coulferent de tous les yeux pendant cette pieuse c6r6- 
monie, tant 6tait vive Taffection mutueUe de ses fibres en religion 
et profonde ieur reconnaissance pour le divin Roi da ciel. 

Sur ces entrefaites, le roi de Portugal, Jean III, d£sireux d'ini- 
planter le r&gne de Dieu dans les immenses domaines que dlcou- 
vraient ses h^roiques navigateurs, demanda au Souverain Pontife 
quelques missionnaires de la Compagnie de J6sus.< Ignace indiqua 
le Pere Frangois-Xavier, qui accepta avec effusion la mission des 
Indes. II ne prit que le temps de raccommoder sa robe, d'embrasser 
ses confreres et dialler recevoir la benediction du Pape. « Allez, 
lui dit Paul III, au nom de Dieu et par l'autorite de son Vicaire. 
Ne craignez pas d'etre faible, car Dieu favorise ceux qu'il a 
choisis... » 

Xavier quitta Rome, le i5 mars i54o, avec l'ambassadeur de Por- 
tugal, Mascarenhas. Commeil traversait les # Pyr6n6es, on l'engagea 
fortement a alier saluer sa mfere, qu'il ne verrait peut-fitre plus en 
ce monde* « A Dieu ne plaise, dit-il, que je renouvelle la tristesse 
des premiers adieux ! je me reserve de voir mes parents au ciel. » 
Peut-on supposer que ce ne fut pas un cruel sacrifice pour 1$ coeur 
aimant dun fils si parfait ? 

Framjois-Xavier resta cinq ann£es enti&res dans la capitale du 
Portugal. Ses travaux et ses vertus frapp&rent d'admiration le roi 
Jean et ses sujets, qui voulurent s'opposer a son depart. Mais 
Thomme de Dieu, malgrl leurs larmes et leurs instantes prieres, 
s'embarqua pour les Indes le 7 avril i545, sur le vaisseau rafime 
qui emportait le gouverneur, Alphonse de Sousa. Deux autres reli- 
gieux de sa Compagnie partaient avec lui. 

Le voyage dura treize mois, a cause du long s6jour de la flotte 
portugaise a Mozambique, sur la cdte occidentale de TAfrique. LA 
encore, comme a bord du Saint-Jacques, malgrd la fi&vre qui le 
minait, il ne cessa un seul jour d'assister les malades et de prdcher 
a tous les sublimes v£rit£s de T^vangile. Enfin, le i3 aoftt i54a, 
la flotte abordait a 60a, mcHropole des Indes portugaises, residence 
de I'Evfcque et du gouverneur. 

Avec quels transports de reconnaissance Frangois-Xavier dut 
baiser cette terre b^nie vers laquelle il soupirait depuis si long- 
temps ! Douze rois a baptiser, trente royaumes a parcourir, onze 
cent mille anies a prfccher, a benir, a civiliser, les Grandes-Indes. 
le Japon. TOrient tout entier a faire passer de l'idolatrie au chris- 



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SAINT FRANCOIS-XAVIER 5lJ 

tianisme, des ombres de l'erreur aux clart^s de la vie 6ternelie, 
voil& la mission magnifique qui attendait notre Basque intrepide. 
Dix annles suffiront pour achever cette colossale entreprise ; au 
prix de quelles souffrances et de quelles fatigues, Dieul seul le 
sait ! 

Je n'essayerai pas de suivre le saiut P&re, comme on l'appelait 
d6ja, dans chacune des contr£es ou Tentralnait son zMe admirable. 
II faudrait des volumes pour raconter les prodiges accomplis par 
sa charity. 

Goa, Travancor, sur la c6te de la PGcherie, M&iapour au 
royaume de Coromandel, Malacca, les Moluques, visits kplusieurs 
reprises par le vaillant Navarrais, con<?oivent la plus haute id6e de 
sa vertu et lui t6moignent la plus douce con fiance. II en profite 
pour reprimer les scandales et les abus, pour fonder de ntfuvelles 
chr6tient£s, pour b&tir des eglises et des hdpitaux. Rien ne peut 
FarrGter, rien ne d^courage son ardeur apostolique, ni les intem- 
plries des saisons, ni les violentes temp&tes, ni les embuches des 
prfctres paiens dont il d6nonce les secretes fourberies. 

D6j& l'immense continent paralt trop £troit k son ambition d6- 
vorante. II tourne ses regards vers les lies du Japon; et comme on 
lui repr£sente les difficulty de Tentreprise et les dangers qui l'at- 
tendent : « Je m'ltonne, r6pond-il, que vous vouliez m'emp&cher 
d'aller, pour le bien des Ames, ou vous allez vous-ni£me pour un 
peu de profit temporel... Je ne puis soufFrir que les marchands 
aient plus de courage que les missionnaires. » 

Le jour de l'Assomption, le i5 aout de l'annle i549, Fran$ois- 
Xavier arrivait au Japon 1 . Au moment ou TEurope entiere a les 
yeux fix£s sur ce vieil empire, rajeuni par son entree dans la voie 
des conqugtes et de la civilisation moderne, il est int£ressant de 
connaltre de la bouche m£me de notre glorieux compatriote l'ltat 
de ce peuple, appel6 des lors par ses qualitls natives & de hautes 
destinies. 

« Je crois, ^crit-il, qu'il n'existe pas de nation sup£rieure aux 
Japonais pour l'excellence du nature]. Leur esprit est vif et plein 
d'ouverture ; ils sont tr6s avides de distinctions et de dignit6s et 
pr^ferent l'honneur a tons les autres biens. La plupart sont pau- 
vres, mais la pauvret6 n'est un d£shonneur pour personne ; les 



i. II dlbarqua a Cangozima (vers le 3o* lat. Nord), ville capita le et port 
da royaame japonais de Saxoma. 



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5l8 UNE PAGE d'hAGIOGRAPHIE BASQUE 

nobles sans fortune ne jonissent pas (Tune moindre consideration 
vis-fc-vis dn public que s'ils 6taient dans l'opulence ; et le noble le 
plus pauvre et le plus d£pourvu ne consentirait, k aucun titre, k 
s'allier au riche sans naissance... Les armes leur plaisent au plus 
haut point, et chacun met dans ses armes sa principale assurance. 
Les seigneurs, comme les gens du peuple, sont toujours arm£s du 
cimeterre et du poignard, m&me les enfants de quatorze ans... lis 
sont sobres et mod£r£s dans les aliments, mais il n'en est pas de 
m£me pour l'usage du via, qui s'exprime du riz ; il n'en existe pas 
d*autre dans le pays. lis ont horreur des jeux de hasard comme de 
la chose la plus honteuse, parce que les joueurs se passionnent 
pour le bien d'autrui et que l'amour du gain conduit souvent k la 
passion du vol. La plupart d'entre eux connaissent l'6criture, ce 
qui pent nous 6tre d'un grand secours pour leur enseigner les for- 
mules des priferes et leur donner l'intelligence des articles de la 
religion. lis n'ont qu'une seule Spouse. II existe peu de voleurs 
parmi eux, k cause de Fexcessive rigueur des peines inflig£es au 
vol, tous les coupables 6tant mis k mort. Toute nature de larcin 
est reputee abominable... Les Japonais sont merveilleusement dis- 
poses pour tout ce qui est bien et tr&s dlsireux de s'instruire 1 . » 
Vous le savez, Favenir a donne raison a saint Frangois-Xavier. 

Le succ&s de Fran$ois-Xavier au Japon fut immense. Pendant 
que les peuples se convertissaient en masse, les princes et les rois, 
fortement 6branl6s, faisaient publier des ^dits pour la r£forme des 
moeurs et la propagation de la religion chrltienne. Mais les bonzes 
mirent tout en ceuvre pour arrGter ses progr^s et le rendre odieux ; 
ils essay&rent de persuader au peuple que l'abandon de ses vieiUes 
croyances attirerait sur le pays des calamity sans nombre. Le 
peuple, nlanmoins, d6m£la sans peine les motifs de cette guerre, 
fidifie par la vie p6nitente de Xavier, il nlgligea les clameurs des 
pr&tres idoldtres. 

De son cdt£, le saint missionnaire ne pouvait cacher sa joie k la 
vue des succ&s de son minist&re. II £crivait k ses frfcres d'Europe : 
« Quoique je sois d6\k tout blanc, je suis plus vigoureux et plus 
robuste que jamais : car les fatigues qu'on endure en cultivant une 
nation raisonnable, qui aime la \6vii6 et desire son propre salut, 
donnent beaucoup de joie. Pendant toute ma vie, je n'ai jamais 
goute autant de consolations \ » 

i. Lettrea de saint Francois-Xavier, t. II, i, 149. 
a. Ibid., vn. 



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SAINT FRANgOIS-XAVlER 5l9 

Le bonheur de Francois-Xavier eftt 6U sans melange si, par un 
attachement excessif a ses idees, Tun de ses confix res, laissl a 
Goa, n'avait trouble la communaute* de cette ville, et particuliere- 
ment le college de Saint-Paul. Ges divisions interieures le decide- 
rent a hater son retour. Le 20 novembre i55i, lapotre infatigable 
qnittait le Japon avec, deja, le secret projet de p£n£trer dans ce 
yaste empire de Chine, ferm£ depuis des siecles aux hommes de 
TOccident. 

En effet, des que les affaires de la Compagnie furent r£gl£es, 
Francois exposa a ses confreres les d£sirs de son ame ; et, a limi- 
tation de notre Sauveur dans ses derniers entretiens avec les dis- 
ciples, il les consola par des lecons plus intimes, par des exem- 
ples plus touchants et des miracles plus sensibles et plus prodi- 
gieux. 

On devine qu'il a le pressentiment de sa fin prochaine ; aussi 
recommande-t-il instamment aux religieux de la Compagnie la 
perseverance dans leur vocation, l'amour de Tinstitut, la prompte 
ob6issance d'action, de volonte\ d'intelligence, en un mot toutes les 
vertus qui distinguent le vrai fils de saint Ignace. 

Nombreuses sont les difficulty's qui Tattendent; mais, malgre* 
tons les obstacles, Xavier veut mettre son projet a execution. Le 
gouverneur de Malacca, jaloux de n 'avoir pas la direction de 
l'ambassade de Chine, oblige le navire qui emporte notre Saint a 
faire voile vers File de Sancian. Ge n'est pas la route directe, mais 
Xavier se console a la pens6e qu'il se rapproche quand m6me du 
but de ses d£sirs. 

Dieu l'attendait dans cette lie lointaine pour r£compenser ses 
travaux et ses vertus. Francois avait fait assez pour sa gloire. Le 
20 novembre i55a, une fievre intense qui ne le quitta plus s'empara 
de son pauvre corps, amaigri par les fatigues et les privations. 
Gomme le mouvement du navire lui causait des maux de tdte vio- 
lents qui empechaient son union avec Dieu, il se fit descendre a 
terre. C'est la, dans une pauvre cabane ouverte de toutes parts, en 
face des cotes de la Chine, qu'il expira doucement, le 2 d£cembre 
i55a. II avait quarante-six ans. 

Bientot d'6tonnants prodiges s'opererent aupres de sa d£pouille 
mortelle : sa parfaite conservation, d'innombrables miracles, pro- 
clamerent bien haut la sainted de l'illustre missionnaire. La 
science humaine et la critique la plus jalouse resterent confondues; 
et, tandis que les reprtsentants les plus autoris^s des e*glises 



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520 UNE PAGE D'HAGIOGRAPHIE BASQUE 

dissidentes l m&laient leurs t£moignages d T admiration a ceux des 
catholiques fervents, TEglise inscrivait Fran$ois-Xavier an cata- 
logue des Saints, soixante-dix ans apres sa mort. 

Mais inimldiatement apr&s son bienheureux tr£pas, la voix des 
peuples, devan$ant la decision du Souverain Pontife, avait pro- 
clam£ les vertus h£ro'iques de celui qui, par la croix du Christ J6- 
sus, leur avait donn£ an avant-gout de la civilisation et du vrai 
bonheur. 

Le i5 mars i554, le corps de saint Fran$ois-Xavier est port6 en 
triomphe a Goa. Les multitudes accourent de toutes parts ; et le 
s6pulcre glorieux ou reposent ces restes v6n6r6s devient une source 
feconde de graces pr^cieuses et de bienfaits signals. Le culte du 
saint apGtre gagne bientdt les contr^es voisines pour se rlpandre 
en pen de temps dans la terre entiere. Les cotes qu'il a 6vang6li- 
s6es, les mondes qu'il a visits, les lies qu'il a arros6es de ses 
sueurs, le Grand-Mogol lui-mgme, envoient des repr£sentants au- 
pr&s de ce corps v6n6rable que respecte la corruption. 

Que fait la vieille Europe en presence du pieux enthousiasme de 
rExtrGme-Orient ? Elle unira sa voix a ce concert unanime de 
reconnaissance et d'admiration. On ne peut imaginer avec quelle 
Itonnante rapidite la devotion publique multiplie les autels et les 
images de notre Saint. Les villes le prennent pour leur protecteur 
et leur patron. Des temples magnifiques lui sont d6di£s. Les Sou- 
verains Pontifes enrichissent de faveurs spirituelles les pratiques 
de pi6t6 en son honneur*. Des presents magnifiques affluent a son 
tombeau. Enfin un Bref pontifical du i3 avril 1637 donne pour pa- 
tron a la Navarre le plus illustre de ses enfants. 

Tandis qu'on transformait en un pieux sanctuaire la chambre ou 
il naquit an chateau de Xavier, la maison de Jaxu et la petite cha- 
pelle qui rappelait le s&jour de notre Saint dans la demeure sei- 
gneuriale devinrent un lieu de p^lerinage c61&bre. La fureur des 
h6r£tiques de B6arn, excites par Jeanne d'Albret, eut beau entas- 
ser dans ce pays ruines sur ruines, elle n'arrSta point l'elan de 
pi6t6 de ces chr^tiennes populations. Le souvenir de Tapdtre des 



1. Baldeus, Hist, des Indes. — Haklvit, Navigations de la nation an- 
glaise. 

2. II faut citer en premier lieu la neuvaine de graces, da 4 au ia mars, jour 
anniversaire de la canonisation de saint francois-Xavier(i6aa). Des la fin du 
dix-septieme siecle, cette devotion est pratiquee en Espagne, en Portugal, en 
France, en Italie, en Allemagne, en Pologne et jusqu'au Nouveau-Monde. 



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SAINT FRANgOIS-XAVIER 5a I 

Indes resta vivant dans le pay 9. « On vit souvent, nous dit l'au- 
teur des Annates de Navarre \ de grands perso images, commeles 
£v£ques de Dax, de Bayonne et d'autres illustres seigneurs, faire 
k pied plusieurs lieues pour venir v6n6rer ces murs d'oii saint 
Francois-Xavier tirait son origine et od il avait passe* une partie 
de son enfance. » 

Apres la tourmente r6volutionnaire, nialgre* le passage dun 
prdtre assermente* a la cure de Jaxu, les populations basques furent 
fideles k la m6moire de leur glorieux patron. Si ce n'ltaient plus 
les belles manifestations publiques des Ages passes, le culte du 
souvenir ne s'affaiblit jamais. N'est-ce pas en notre siecle, plus 
qu'en tout autre, que le nom et les exemples de saint Francois 
Xavier susciterent cet enthousiasme sublime qui emporte chaque 
ann£e loin de notre pays ces jeunes et vaillants missionnaires, 
avides des m6mes sacrifices et des monies succes ? 

Depuis plus de vingt ans, un prGtre selon le cceur de Dieu * s'ap- 
plique avec un zele infatigable k faire revivre le culte de saint 
Frangois-Xavier dans la paroisse de Jaxu. Soutenu par les encou- 
ragements des iWSques de Bayonne et la sympathie de ses confre- 
res, il a su attirer de nouveau les populations chr£tiennes de la 
Navarre vers ce coin de terre privil6gie\ Dieu a recompense" ses 
efforts, et le pelerinage de Jaxu est restaur^. Deja, en 1887, M^ Du- 
cellier venait lui-m£me offrir k la petite 6glise du village une 
riche statue de saint Franc.ois-Xavier et consacrait son autel. Se 
faisant l'lcho de la tradition et de la pi6te* de ses auditeurs, le v6- 
ne*rable prelat disait : « Nos ancStres Tont vu parmi eux ; tout en- 
fant il a foule* votre terre et il est venu, sans aucun doute, prier 
avec son pere dans votre vieille 6glise : vous Stes les compatriotes 
d'un Saint. Un mfime sang coule dans vos veines ; la nationality, 
c'est bien, mais quelque chose de plus intime vous unit a. lui ; il 
est un lien sacre\ une plus noble et plus haute alliance, celle-ia 
vous ne Favez jamais bris^e, et ce pays ne la brisera jamais : la foi 
est son tr6sor, l'ob£issance a Dieu son besoin et son bonheur 3 . » 

Depuis lors surtout, chaque ann6e, k la cldture de la neuvaine 
de graces en Fhonneur de saint Fran<?ois-Xavier, le 12 mars, tous 
les sentiers de la montagne, tous les chemins des environs, ver- 



1. Le Pere d'Aleron, t. V, 1. xxxv. 
a. M. Seleri, cur6 actuel de Jaxu. 
3. Bulletin cath. du diocese de Bayonne, 29 mai 18 



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5m UNE PAGE D'HAGIOGRAPHIE BASQUE 

sent dans le petit vallon de Jaxu des caravanes de pieux pelerins. 
A pareil jour, il n'y a pas bien longtemps 1 , un bon religieux, 
appel£ k prendre la parole devant tin immense auditoire, s'£criait 
avec un air de bonhomie qui ne manquait pas de finesse et d'fc-pro- 
pos : « Mon Dieu, donnez & M. le cur6 de Jaxu un temple plus 
grand qui lui permette de mieux honorer son Saint et de recevoir 
plus commod6ment la foule des pelerins. » (Test aussi la pri&re que 
nous adressons tous k Dieu en ce moment, n'est-il pas vrai? 
Quand aurons-nous le bonheur d'aller dans notre sanctuaire natio- 
nal demander & saint Fran$ois-Xavier de garder au coeur de ses 
compatriotes cette religion qui rend les peuples forts et ces vertus 
chr&iennes qui font des Saints ? Sans doute l'entreprise est consi- 
derable et demandera beaucoup de temps et beaucoup d'argent. Le 
temps, Dieu l'accordera k M. le cur^ de Jaxu. L'argent, les Basques 
le donneront voiontiers pour une oeuvre si belle. 



R. P. Etchebarne. 



i. ia mars 18 



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.1 



IX 



LE MAREGHAL HARISPE 



M. ALBERT DDTET-HARISPE 



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LE MARfiCHAL HARISPE 



PAR 



M. ALBERT DUTEY-HARISPE 



Messieurs, 



Je n'ai pas la pretention de vous presenter une biographie 
complete du marlchal Harispe. Ge n'est pas seulement le 
temps qui me manquerait, c'est surtout la competence en matiere 
militaire. 

Je me propose d'etudier en Harispe le Basque, ses attaches au 
pays natal, le role qu'il y a joue\ Tamour qu'il lui a porte\ 11 me 
semble par Ik me conformer au programme trace* k vos conf&ren- 
ciers en ces reunions destinies k mettre en lumiere les titres 
d'honneur de notre petite patrie. 

Jean-Isidore Harispe etait Basque. Son nom Tindique. II signifie, 
en notre langue euskarienne, au pied du chSne. Si loin que m'aient 
permis de remonter dans le passe* nos archives communales, je 
ne lui ai trouve" que des ancGtres basques. Malheureusement, ces 
archives sont bien incompletes ; elles s'arrfttent au dix-septieme 
siecle 1 . Ses grand-meres, dont j'ai pu retrouver la trace, avaient 
nom Officialdeguy, Sarry, Oxalde. Sa mere etait une Harismendy. 
Les deux dernieres, sur lesquelles j'ai 6X6 k m£me de recueillir 
quelques details, £taient des femmes de rare intelligence et de 



i. La maison Harispia d'Ascarat, d'ou est issue notre famille, porte sur 
le linteau de sa porte d'entree le millesime de 1687. 



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&; 



LE MAR EG UAL HARISPE 

remarquable Inergie. (Test en partie d*elles sans doute que leur 
petit-fils et fils tint cette force de volontl qui lui permit d'exercer 
un si grand ascendant snr tons ceux qui l'entouraient. 

Lefotnr inarlchal naquit a Baigorry en d^cembre 1768. Son grand- 
pfcre, Charles Harismendy, £tait syndic de la valine et, en cette 
quality, soutint un long proc&s contre les seigneurs d'Echaux qui 
pr&endaient au titre de vicomtes de Baigorry. Cette qualification 
blessait la fiert6 des Basques d'alentour qui n'entendaient Stre les 
yassaux de personne. Harismendy prit leur cause en main et finit 
par obtenir du Parlement un arr£t qui leur donna raison. De la 
une rivalite ardente entre les deux families. Leur querelle ne fut 
pas sans rappeler celle, jadis calibre, des Capulet et des Montaigu; 
car, quelques ann£es apr&s la Revolution, le petit-fils du syndic, 
devenu le brillant chef de brigade des Chasseurs basques, Ipousait, 
apr&s mille p6rip£ties, la belle Marguerite, hlritifere des d'Echaux. 

Dans sa premi&re jeunesse, Harispe ne songeait gufere a la 
gloire des armes. Comme son pfere, comme son grand-pfere, il se 
destinait au commerce. Ses heures de loisir, il les consacrait a la 
chasse, pour laquelle il avait une vive passion. (Test ce qui lui 
permit de connaltre tous les sentiers et d£fil£s des montagnes 
avoisinant Baigorry. 

Mais, en 17912, TEurope semble vouloir se liguer contre la France* 
La patrie est declare en danger. De tous cdt6s des legions surgis- 
sent de notre sol. Aux menaces de l'Espagne, qui a groups sur nos 
fronti&res des forces importantes, Narbonne, notre ministre de la 
guerre, repond en ordonnant la creation d'une arm6e du Midi. 
Elle s'organise au prix d'eflbrts prodigieux qui attestent, non 
seulement le patriotisme ardent des troupes, mais celui des popu- 
lations elles-mgmes. Les Basques ne sont pas des derniers a se 
lever. Bien avant l'ouverture des hostility, ils se grqupent en 
compagnies franches, compos^es d'hommes robustes et agiles dont 
le courage naturel et l'habitude de lamontagne ne pouvaient man- 
quer de faire de pr^cieux auxiliaires. Vers la fin de d6cembre 17929 
quatre de ces compagnies occupent les environs de Saint-Jean- 
Pied-de-Port. Elles sont commandoes par Harispe, Iriart, Lassalle 
et Berindoague, qu'elles out £lus pour capitaines 1 . De nouveaux 



1. Les quatre freres de Harispe s'engagerent a sa suite dans les Chasseurs 
basques. Le dernier, Pierre, ag6 de quinze ans, debuta comme tambour. II 
devint capitaine, aide de camp de son frere, et mourut pendant la eampagne 
d'Espagne, en 1812. 



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LE MARECHAL HARI8PE &WJ 

groupes ne tardent pas a se former a la voix de d'Etchas et de 
Fargues. Au mois de septembre 1793, ils sont au nombre de dix, 
avec un effectif d'environ 1800 hommes. 

Au d6but de la guerre, les habitudes traditiounelles d'ind^pen- 
dance de ces montaguards les rendaient peu susceptibles dune disci- 
pline r6guliere. (Test surtout comme partisans qu'ils furent 
employes dans les premieres rencontres. II en fut de brillantes. 
Le col d'Isplguy, les crates d'Orisson, les Aldudes, le rocher 
d'Arrola virent de beaux faits d'armes. 

Tons les documents officiels s'accordent pour dire l'ascendant 
extraordinaire qu'Harispe acquit aussitdt sur ses compatriotes 
par sa bravoure, son sang-froid, son coup d'oeil ; il les 61ectrisait 
et leur faisait accomplir des prodiges. 

Voici comment les Fastes de la Legion (Thonneur * racontent le 
premier combat auquel il prit part : 

« Le jeune capitaine Harispe se distinguait le 3 juin 1793 k l'af- 
faire de Baigorry, oil le commandant Mauco, frapp£ d'une balle qui 
lui sillonnait le front, s'6criait en tombant : « Ce n'est rien, mes 
« amis ; mais songez k me venger. » A ces mots le courage des 
troupes se change en fureur. Harispe est bientdt maltre du rocher 
d'Arrola, qui s'616ve entre Baigorry et Saint-Jean-Pied-de-Port... 
Le lendemain, 3ooo Espagnols gravirent au point du jour la mon- 
tagne et cern&rent, en poussant des cris de fureur, ce nid d'aigles 
oil pas un homme n'apparalt ; mais, d&s qu'essouffl6s par leur course 
rapide, ils en atteignent le couronnement, une grSle de balles pleut 
sur eux; a toutes les crates se dressent des Baigorriens qui 
triomphent aiseinent d'un ennemi ext£nu6 de fatigue. 

« Au milieu du jour, les Espagnols retournent a la charge, mais 
ils arrivent en desordre et viennent encore 6puiser leur fureur 
contre ces pierres d'ou part un feu terrible. Une troisi&me fois, ils 
essaient l'attaque, et elle ne r&issit pas mieux que les deux pre- 
mieres. CulbutSs derechef et poursuivis jusqu'au bord de la 
montagne par les Baigorriens, ils virent avec douleur ceux-ci 
ramener prisonniers 5oo hommes, c'est-a-dire plus que leur effec- 
tif. » 

Quelque cinquante ans plus tard, des fengtres de son modeste 
chateau de Lacarre, le vieux marshal de France aimait a regarder, 
sur le flanc de la montagne d'Adarga, l'anias de rochers, veritable 

1. T. Ill, ann£e 1844. 



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5*28 LE MARECHAL HARISPE 

forteresse naturelle, oil, jeune capitaine, il avait regu le baptftme 
du feu. 

A la fin de la campagne de 1793, une nouvelle organisation est 
donn£e a Tarm^e. Les compagnies franches et notamment les 
Chasseurs basques sont group£s en bataillons. Les acclamations 
de ses coinpatriotes appellent Harispe au commandement du 
n e bataillon basque, form£ des volontaires de Baigorry et de la 
Fonderie. 

Quelque temps aprfes, le g£n£ral en chef nommait adjudant-g£- 
n£rai le nouveau commandant. A cette occasion, les hommes 
places sous ses ordres adress&rent a l'autorite sup£rieure la lettre 
suivante. Elle m*a paru intlressante : elle est en eflfet bien caracte- 
ristique de l^poque oil elle fut ecrite, et marque a quel point Ha- 
rispe avait su se faire aimer de ses soldats tout en s'en faisant 
ob£ir mieux que personne : 

« General, Notre commandant vient de nous apprendre le grade 
auquel le Comity de Salut public l'a promu. Ses services ont m6rit£ 
cette recompense; mais le bien du service y gagnera-t-il? Nous 
allons te soumettre, g£n£ral, nos observations la-dessus. 

« C*est au citoyen Harispe que nous devons en grande partie d'avoir 
pu Gtre utiles a notre patrie. 11 inocula T6nergie de son patriotisme 
a toute la jeunesse de ce canton qui se leva tout entiere pour 
defendre sa patrie et ses foyers ; il nous a depuis lors toujours 
conduits par le sentier de l'honneur a la victoire. 

« Le Basque, qui jusqu'alors n' avait point l*id6e du metier des 
armes, devint soldat a limitation de son chef. II avait plus de con- 
naissances que nous tous. Ses moments de loisir etaient consacres 
a nous les communiquer. II s'est fait aimer de nous, nous le regar- 
dons tous plutdt commo notre p£re que comme notre chef; et nous 
le perdrions ! 

« Oui, nous ferions le sacrifice sans nulle reclamation, s'il pouvait 
fitre remplac^ ; mais tu connais aussi bien que nous, g£n£ral, qu'il 
ne peut YMve. II a des talents, il connatt les locality, il est du 
pays. Le Basque, naturellement m6fiant, donne diflicilement sa 
confiance ; il a la n6tre, il Ta tout entifere. Tu nous as vus marcher 
sur ses pas ; nous ne doutions de rien, et cependant, a Touverture 
d'une campagne, nous sommes menaces de ne plus l'avoir a notre 
tSte. 

« Jaloux de son devoir, notre commandant n'a pu 6couter nos tr&s 
justes reclamations ; il est pr&t a aller a son nouveau poste. II a 



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. LE MAREGIIAL HARISPE 5^9 

n£annioins c£d6 a nos instances, lorsque nous lui avons dit que 
nous all ions implorer ton appui auprfes du g£n£ral en chef et aupr&s 
des repr6sentants du peuple pour qu'il soit uiaintenu commandant 
de notre bataillon. » 

La supplique fut agre^e. Harispe resta a la tfite de ses Baigor- 
riens. 

Dans la campagne qui s'ouvre, il prend part a plusieurs affaires. 

Au col d'Arrieta, il s empare dune redoute ennemie et ram&ne 
47 prisonniers. Le chef de brigade, dans son rapport au general de 
division, declare que la conduite de nos braves Chasseurs a 6t6 
au-dessus de tout eloge. 

Le 7 florlai (27 avril 94), les Espagnols prennent Inoffensive et 
abordent notre frontifere sur trois points *. Ba'igorry est menace par 
une forte colonne comprenant une legion d'emigr^s. L'attaque est 
furieuse, nos troupes sont un moment ebranl6es, elles reculent et 
du camp d'lramehaca vont se reformer autour du rocher d'Arrola. 
L'ennemi les y poursuit. Nos soldats, voyant son nombre croltre 
sans cesse, sont sur le point d'abandonner leur nouvelle position. 
Mais le commandant Harispe arrive au pas de course avec 4oo de 
ses braves ; il tourne les Espagnols, les prend a revers et fond sur 
eux aux cris r£p6t6s de : Ba'igorry ! Ba'igorry ! Saisis par l'imp^tuo- 
sit6 du choc, sentant leur ligne de retraite menac6e, les assail- 
lants hesitent, reculent et bientdt se retirent en d^sordre. Les 
£inigr£s laisserent 80 de leurs morts sur le champ de bataille; 
1 5 furent faits prisonniers. Ces malheureux furent le lendemain 
dirig^s sur Bayonne pour y tHre guillotines. 

Lc general en chef, pour r£sumer les 61oges qu'il adresse aux 
Chasseurs basques, £crit : « La conduite des Baigorriens a 616 admi. 
rable. » 

A peu de temps de la, notre arm£e prend a son tour l'offensive. 
Elle s apprete a p6n6trer en Espagne par la valine de Baztan. Pour 
cela, il lui faut s emparer des cols de Maya, Isp£guy et Berdaritz. 
Harispe et son bataillon sont dans la colonne de gauche, qui a pour 
objectif les Aldudes et Berdaritz. 

Le a5 prairial (3 juin 1794)* la lutte s'engage sur toute la ligne. 
700 Chasseurs basques, qui viennent de faire quatorze heures de 

1. Les pages suivantes ne sont guere que le resume du livre du capita ine 
Labouche : Harispe et les Chasseurs basques. Je me suis cru autorise a ces 
emprunls, le travail du capitaine ayant en grande partie 616 fait a Taide des 
documents recueillis par moi au ministere de la guerre. 

34 



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" / 



53o LE MARECHAL HARISPE . 

marche a travers la niontagne sans vouloir prendre un moment 
de repos, gravissent les flancs d'Urisca. lis ont a leur t£te le g6n6- 
ral La Victoire, r6cemment promu a ce grade et auquel les repr^sen- 
tants du peuple ont enjoint sous peine de mort d'enlever la redoule 
qu'il a devant lui. Mais des la premiere decharge, La Victoire tombe 
gravement blesse. Harispe prend sa place, retablit parmi ses 
ho in me s l'ordre quelque peu ebranle* et, malgre* les balles et la 
mitraille que vomit sur eux le fortin espagnol, il franchit a la t6te 
de ses chasseurs le fosse\ escalade les palissades, p^netre dans 
i'enceinte et assure ainsi le succes de la journ^e. 

II est promu sur le champ de bataille chef de brigade. En rati- 
fiant, quelques jours apres, cette nomination, la Convention Natio- 
nale dcrivait aux repr£sentants par la main de Carnot : « Nous 
avons vu avec grande satisfaction T61oge merits que vous donnez 
ja la brave arm£e des Pyr^nees-Occidentales et en particulier au 
eune Ha rispe et au general La Victoire. » 

Le 1 3 juin, la demi-brigade basque eta it constitute et placed sous 
les ordres dn chef qui lui etait tout naturellement designe* et en qui 
se persoimi fia it si bien la vaillance de ses soldats. 

Le nouveau corps ne tarda pas a se distinguer. Le general Mon- 
cey, qui en toutes circonstances se montra l'ami devout de nos 
compatriotes, venait de prendre le commandement de la division 
de Saint-Jean-Pied-de-Port. 

Ayant r£solu d'enlever un camp, dit des 6migr6s, que les Espa- 
gnols avaient etabli sur la niontagne d'Arguinzu, a Tentr^e du 
Baztan, il assigne un rdie important aux Chasseurs basques. Ceux-ci 
doivent assaillir de front la position, tandis qu'une autre colonne 
la tournerait et couperait toute retraite a Tennemi. Les Basques 
remplissent bravement leur tache, escaladent la niontagne sous un 
feu violent, penetrent dans le camp et fondent sur ses defensenrs; 
ces derniers, s'apercevantace moment qu ils vont Stre enveloppSs, 
se retirent precipitamment. Par malheur, la seconde colonne fran- 
caise a etc* un peu retardee par les diflicultes du chemin, elle ne 
peut parvenir a fermer completement le cercie, et une partie des 
adversaires s'6chappe. Mais ils laissent entre nos mains, avec de 
nombreux prisonniers, dont 49 emigres, leurs tentes, leur caisse 
et tous les bagages de leurs officicrs. 

Cette journ^e du 22 messidor (10 juiliet) nous ouvrait d^finitive- 
ment les portes du Baztan. Dans son rapport le g£n£ral disait : 
« Harispe, par ses connaissances locales, sa bravoure et son intel- 



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LE MAREGHAL HARISPE 53 1 

ligence, nous a parfaitement servis dans les dispositions et dans 
1' execution. » 

L'arme*e francaise pen^tra en Espagne par trois points : la haute 
Bidassoa, Vera et Iran. La division Moncey form ait la gauche. 
Sans entrer dans le detail, je puis dire que les Chasseurs basques 
prirent une part brillante a l'invasion duGuipuzcoa. La campagne 
aboutit a la prise dlrun, Fontarabie, Passages et Saint-S£bastien. 
Le 29 thermidor, la Convention Nationale d£cr6tait que l'arm£e des 
Pyr6ne>s-Occidentales avait bien merits de la patrie. 

En fructidor, Moncey fut investi du cominandement en chef de 
cette ann^e et s'appr£ta a completer l'ceuvre de son pre*d6cesseur. 
II avait rSsolu d'enlever les forces espagnoles concentres dans la 
valine de Roncevaux, esperant provoquer ainsi la reddition de 
Pampelune. Ses dispositions furent habilement prises. Nos forces 
devaient, de Santesteban et d'Elizondo, de Saint-Jean-Pied-de- 
Port et de Tardets, converger vers Burguete et envelopper l'ennemi. 
Les Basques formaient l'avant-garde d'une coionne de m.ooo hom- 
ines, qualified coionne infernale a cause de Texcellence des troupes 
qui la composaient, et qui devait jouer le principal rOle. Elle £tait 
commandee par le g£ne>al Delaborde. Cette coionne rencontra 
Tadversaire sur les hauteurs d'Eugui et de Viscarret, et, apres une 
lutte acharn6e, le refoula, lui tuant 5 a 600 hommes et lui faisant 
1200 prisonniers. Mais Delaborde eut le tort grave de s'arrGter a 
Viscarret pour laisser reposer ses troupes, malgre* les instances de 
Harispe et sans doute de quelques autres dc ses lieutenants, qui le 
suppliaient de poursuivre ses avantages et d'occuper au plus t6t 
Burguete, seule ligne de retraite pour les Espagnols*. Sans cette 
faute, ces derniers £taient enfermes dans un cercie de feu oi\ ils 
auraient 6te contraintsdemettre bas les arnies. Le retard de Dela- 
borde leur permit d'^chapper. 

Pour sauver la t£te de son subordonnl, Moncey, dans son rap- 
port au Comity de Salut public, eut la g6ne>osit6 de mettre son 
£chec sur le coinpte des difficult^ mate>ielles de Tentreprise et 
surtout du mauvais temps. N6anmoins les Espagnols avaient perdu 
q ou 3ooo hommes, 5o canons eta drapeaux. Les fonderies d'Eugui 
et d'Orbaiceta furent d^truites. 

L'hiver 1794-95 fut des plus rigoureux et les troupes eurent 



1. Ceci r£sulte pour Harispe d'un certificat a lui delivre par Moncey et qui 
est entre mes mains. 



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532 LE MARECHAL HARISPE 

beaucoup a souffrir du froid, de la faim et des maladies. Dans la 
presque impossibility d'agir uti lenient, Moncey r£solut de battre 
en retraite ; niais les representants du peuple s'y opposerent for- 
mellement et ordonnerent la reprise des hostilites. Le 4 frimaire 
(a5 novembre 1794)* la division Marbot attaque les Espagnols. 
Apres un succes sur sa droite, elle eprouve un 6chec sur sa gauche 
par deTaut de munitions et doit reculer jusque sur les hauteurs 
d'Ostiz. Mais le lendemain matin, le general Castelvert, a la t&te 
de deux bataillons, dont le a bataillon basque, aecourt a son 
aide. Harispe tourne la position des ennemis, tombe a l'improviste 
sur ieurs derrieres et, par une attaque violente, jette la panique 
dans leurs rangs. lis s'enfuicnt laissant iooo tu6s ou blesses sur 
le champ de bataille, et ne s'arr£tent que sous les murs de Pam- 
pelune. Castelvert 6crivait le m^me jour a son lieutenant : « Je 
suis 01 position avec un bataillon de grenadiers et nous t'aurions 
secouru au cas de besoin ; mais tu as su te passer de nous et rem- 
porter une victoire flatteuse sur les satellites. Recois-en mon 
compliment et ceux de mes freres d'armes. » 

Gependant le Comite" de Salut public venait de donner raison a 
Moncey et d'approuver son projet de retraite. Elle s'eflectua en bon 
ordre. Les Chasseurs basques rentrerent a Baigorry. 

La reprise des operations, en 1795, fut retarded par une cruelle 
£pid£mie qui d^ciina notre armee. On n'estima pas a moins de 
3o.ooo le nombre des victimes qui succomberent. C'est a la fin de 
juin seulement que nos troupes se mirent en mouvement. 

Le 18 messidor (6 juiilet), eut lieu la bataille d'Irurzun, qui slpara 
Taile gauche de laile droite espagnole et aurait permis k Moncey 
de poursuivre le g6ne>al Crespo et d'obtenir d'importants avan- 
tages. Dans cette journee, les Chasseurs basques eurent a soutenir, 
dans le village d'Aizcorbe, enleve par eux, le principal effort de 
l'ennemi. lis y deploy erent comme d' ordinaire la plus eclatante 
bravoure. 

Peu de jours apres, etait signee la paix de Bale, qui mit fin a la 
guerre avec l'Espagne. Nos Chasseurs recurent Pordre de rentier en 
France, oiiilsfurent cantonn^s autour de Saint-Jean-Pied-de-Port. 

On trouvera peut-elreque je me suis longuement etendu sur cette 
partie de la carriere de Harispe. Mon excuse, c'est qu'elle in'a paru 
non moins honorable pour ses soldats que pour lui-me'me. Le Pays 
Basque a le droit d'etre fier des deTenseurs que, en ces circons- 
tances critiques, il a donnes a la France. 



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LE MARECHAL HAH1SPE 533 

J'abrlgerai d£sormais. 

Harispe resta a la tSte de ses compatriotes jusqu'a l'e*poque 011, 
par me sure g£nerale, les corps francs furent versus dans l'armee 
de ligne. Les Chasseurs basques furent incorpores dans les i5* ct 
17° demi -brigades lege res (prairial an 9). 

Attache* provisoirement a l'^tat-major du g£ne>al Moncey, il fut, 
le 28 florlai an io,nomm^ au commandement de la i6 e lege re. II en 
fit un des plus beaux regiments de France. C'est a sa tele qu'il prit 
part a la bataille d'I6na (14 octobre 1806). Charge* par l'empereur 
d'enlever des hauteurs regard£es comrae inexpugnables, il accomplit 
sa tache, mais fut gravement biesse* et porte* comrae mort sur les 
etats de l'armee. La nouvelle de la fin glorieuse du brave Baigor- 
rien produisit dans le Pays Basque une Amotion extreme. Un ser- 
vice solennel fut c616bre a son intention dans sa paroisse natale, 
et de tous cot6s ses anciens compagnons d'armes accoururent pour 
y assister. Mais Harispe se relablit et sa nomination comme gene- 
ral de brigade le d6dommagea d'avoir He remplace* a la t£te de son 
regiment (29 Janvier 1807). 

C'est avec ce nouveau grade qu'il prit part, dans le corps du 
marechal Lannes, a la bataille de Heilsberg (10 juin) et de Fried- 
land (14 juin). 

Vers la fin de l'ann^e, Moncey, nomine au commandement du 
Corps d'observation des cdtes de l'Oc£an, demandait Harispe, pour 
lequel il avait depuis longtemps une grande estime et une sincere 
ami tie, comme chef d'6tat-major. 

A sa suite, Harispe franchit de nouveau la frontiere d'Espagne 
(1808). 

Napoleon avait dit de Moncey : « C'est le plus honnSte hommc 
de mon arm£e. » Le lieutenant £tait digne de son g£n£ral, et, bien 
qu'il n'aimat guere a se vanter, il a pu dire cette parole que nous 
avons recueillie comme un heritage d'honneur : « Je suis entre 
pauvre en Espagne, j'en suis sorti pauvre. » 

Moncey, seconds par son chefd'etat-major, £tablitune discipline 
severe parmi ses troupes ; il sut se montrer juste et humain vis-a- 
vis des Espagnols. Aussi plusieurs de ses malades et blesses, £tant 
tomb£s aux mains de l'ennemi, durent la vie a ces mots : « Nous 
sommes soldats de Moncey. » 

Je ne puis suivre Harispe dans la part qu'il prit a la guerre d'Es- 
pagne. Cela m'entrainerait trop loin. 

11 6tait a Madrid lors de l'insurrection du 2 mai 1808 et fut Tun 



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534 ' LE MARECHAL HARISPE 

des ofliciers que Murat chargea de contenir les insurg6s et de les 
ramener par des paroles de paix. 

II prit une part active a l'expgdition de Moncey sur Valence. 

II se distingua dans l'importante journSe de Tndela (a3 novembre) 
et au sifege de Saragosse. 

Devenu chef d'6tat-major de Suchet, il eat a combattre en Ara- 
gon, en Catalogue, en Navarre. 

A la bataille de Maria (i5 Janvier 1809), ^ transforma un mou- 
vement de retraite en victoire 1 . Engage dans une. charge contre le 
centre de Tennemi, il la ponrsuivit a fond, r£pondant aux injonc- 
tions r6it6r6es de rebrousser chemin qu'il y avait plus de danger a 
reculer qu'a persister dans son attaque. Blacke fut complfetement 
battu. 

Le ioavril 1810, il repoussait avec une poignlede troupes deux 
sorties des Espagnols assi£g£s dans Lerida, et le a3, par un coup 
d'audace, il arrgtait rarm6e de secours amende par le g£n£ral 
O'Donnel pour d£bloquer la place et pr£parait ainsi le succ&s de 
la journ£e de Margalef. 

Le grade de g£n£ral de division vint le r6compenser de ces ser- 
vices (12 octobre 1810). 

Au si&ge de Tarragone, il prend part a l'assaut du fort de l'Olivo 
et regoit peu apr&s la plaque de grand-ofticier de la Legion d'hon- 
neur(3o juin 181 1). 

A la bataille de Sagonte, il enfonce le centre de la ligne ennemie 
et a deux chevaux tu6s sous lui (a5 octobre 181 1). 

Le 26 decembre, il ouvre le passage du Guadalaviar, sous Va- 
lence, puis coopere au si&ge de cette place. 

Le 3 Janvier i8i3, il est fait comte de TEmpire. 

Pendant cette annee, on le vit prendre la part la plus active aux 
operations de TannSe d'Aragon. 

Dans les derniers jours de i8i3, il re^ut l'ordre d'aller rejoindre 
le marshal Soult, charg6 de couvrir la retraite de Tarm^e fran$aise. 
II le seconda energiquement. 

Ayant appris que Mina occupait avec ses troupes la vallee de 
Baigorry, il accourut et n'hlsita pas a battre en br&che sa propre 
demeure pour en d^loger le chef espagnol. 

Cepeudant les allies avangaient to uj ours, et les Fran$ais, par 
trop inferieurs en noinbre, ne pouvaient que leur disputer vaillani- 

1. Voir Biographie Michaud et Fastes de la Legion d'honnear. 



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LE MARECHAL HARISPE 535 

ment le terrain. Harispe, avec sa seule division, 6puis£e par nne 
lutte incessante, eut un moment k soutenir l'effort de l'armdo an- 
glaise etla contint une journSe entiere k Garris (i5 ftvrier 1814). 

Le 27 Kvrier, il prenait part k la bataille d'Orthez, et, lc 
20 mars, au combat qui fut livre* pres de Tarbes. 

La bataille de Toulouse eut lieu le 10 avril. II fut charge de 
defendre sur les hauteurs du Calvinet la redoute du Mas des Au- 
gustins. On sait que c'est vers le Calvinet que convergea le principal 
effort de l'ennemi. Deux fois, la division ecossaise s'elanca a 1'as- 
saut de la position confine k Harispe, deux fois elle fut obligee de 
reculer apres des pertes cruelles ; mais Harispe, frapp6 par un 
boulet qui lui enlevait une parti e du pied, tombait sur le champ de 
bataille. La blessure 6tait grave ; il resta done au pouvoir des 
Anglais. Wellington, qui avait eu occasion d'appreeier la valeur de 
son prisonnier, lui temoigna les plus grands egards et alia le voir 
en personne. 

La journSe de Toulouse fut la derniere oil Harispe commanda 
devant l'ennemi. 

La Restauration le mit k l'£cart. 

Le gouvernement de Juillet le rappela k l'activit6 et lui confia 
d'importants services. 

Le Prince President couronna sa noble carriere en lui conferant' 
la dignity de marlchal de France (n d^cembre i85i). 

Harispe, en 182 1, avait achet6 une propriety k Lacarre, pres de 
Saint-Jean-Pied-de-Port. C'est Ik qu'il venait passer les heures dc 
liberty que lui laissaient ses fonctions. II 6tait heureux de se trou- 
ver au milieu de ces populations basques qu'il aimait tant et dont 
il £tait l'idole. Elles £taient fieres de lui et surtout s6duites par sa 
bienveillance et son exquise simplicity. 

Deux fois, la confiance de ses compatriotes Tenvoya sieger k la 
Chambre des deputes (i83i et i834). 

C'est k Lacarre que s'est £coule*e sa verte vieillesse. II s'y est 
£teint a l'&ge de quatre-vingt-six ans. Son corps y repose au milieu 
de ces montagnes du Pays Basque qui le virent si souvent com- 
battre pour la defense et la gloire de la Patrie. 



A. Dutey-Harispe. 



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ANTOINE DABBADIE 



M. CHARLES PETIT 

CONSEtLLER A LA COUR DE CASSATION 



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Antoine d'Abbadie 

PAR 

M. CHARLES PETIT 

Conseiller a la Cowr de Cassation 



Mesdames, Messieurs, 

J'ai plus consults ma bonne volonte* que mes forces, en me char- 
geant de vous faire uue conference sur Antoine d'Abbadie. II 
ne me suffit pas, en effet, pour remplir convenablement ma tache, 
de tirer de l'obscurite* de nombreux faits volontairement caches ; 
je dois encore exposer, sommairement au moins, un ensemble con- 
siderable de travaux scientifiques de tout genre. Vous permettrez 
a mon incompetence de se couvrir a leur sujet de l'imposante auto- 
rite* de nos maltres les plus acci^dites. 

Antoine d'Abbadie est ne* le 10 Janvier 1810, a Dublin, d'un 
pere basque et d'une mere irlandaise. Son pere descendait d'une 
ancienne famille d'abb£s laics d' Arrest, commune du canton de 
Mauleon. Ces abb£s laics 6taient des seigneurs qui avaient le droit 
de percevoir les dimes et qui participaient a la nomination des 
cur£s par leur designation au choix de l'for&que. 

Michel d'Abbadie, pere, avait dti se reTugier a l'ltranger, 
pour £chapper aux dangers de la tourmente revolutionnaire. II 
revint en France sous l'Empire et se fixa a Toulouse. — C'est dans 



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54o ANTOINE DABBADIE 

cette ville qu'Antoine d'Abbadie fut 6leve\ II y eut pour camarades 
de college trois homines qui ont laisse* un nora dans les lcttres 
et les sciences : M. Granier de Cassagnac, dcrivain d'une grande 
Erudition et d'un vigoureux talent, pere de M. Paul de Cassagnac; 
M. L^once de Lavergne, 6conomiste distiugue\ et M. Duchartre, 
un de nos botanistes les plus c&febres. 

Ses Etudes brillamment termin£es, il se sentit attire par une 
ardente vocation vers les voyages et les sciences, et, avec une pre- 
voyance et une tenacity qu'on rencontre rarement a cet age, ii leur 
consacra ses premiers efforts et ses premieres veilies. D^sireux de 
p£n£trer dans les regions encore inexplor^es de FAfrique et d'y 
apporter la civilisation et la foi, il prepara son corps aux fatigues 
et aux privations par plusieurs annees d'exercices physiques et un 
severe regime d' alimentation. II apprit tout ce que la gymnastique 
enseigne, s'essaya a tous les jeux de force et d'agilite\ s'habitua a 
coucher sur la dure, a faire a pied par tous les temps et toutes les 
temperatures les plus longues courses et devint un nageur habile 
et intrepide. On se rappelle encore cette particularity de sa jeu- 
nesse : a Fepoque ou il habitait le chateau d'Audaux, il s'impatienta 
un jour d'attendre le bac qui, a Laas, faisait passer les voyageurs 
d'un bord a Fautre du Gave. Son frere cadet Arnauld 6tait avec lui. 
On les vit soudain se jeter Tun et Fautre tout ha bi lies dans la 
riviere, puis, apres Favoir traversed, courir, ruisselants d'eau, 
d'une course eflr6n6e, jusqu'a Audaux. 

II assouplit avec la mdme energie son estomac. Proscrivant toute 
viande, il s'accoutuina a ne se nourrir que doeufs, de legumes et 
de lait. 

Son esprit, en meme temps, s'attachait a Fetude de tout ce qui, 
au point de vue scientifique ou pratique, 6tait propre a faci liter 
plus tard ses recherches. II lisait les ouvrages des voyageurs les 
plus connus et tirait profit de leurs observations, en notant les 
difficulty qu'ils avaient rencontr^es, et les moyens qu'ils avaient 
employes pour les vaincre. 

II s'apprGtait a mettre a execution les projets d'exploration 
depuis longtemps concus, lorsque Arago, qui s'int£ressait a 
lui, le fit charger, en i836, d'une mission au Bresil, pour des obser- 
vations sur le magnltisme terrestre, mission qu'il accomplit avec 
un plein succes. 

En 1837, il se rendit a Alexandria ou son frere Arnauld l'avait 
precede ; au bout de quelques mois ii s'aper^ut que les instruments 



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ANTOINE D'ABBADIE 5^1 

qu'il avait emportes Itaient defectueux ou insuflisants : il retourna 
en France pour en acheter de nouveaux. II y completa son assor- 
tment, mais sans pouvoir trouver tout ce qui lui manquait. Le 
theodolite qu'il s'dtait procure etait iir. par fait; toutefois, comme le 
braconnier qui fait merveille avec le mauvais fusil qu'il connait, 
il sut tirer un excellent parti de ce theodolite. Bien plus : il par- 
vint a le transformer et a cr6er sous le noni d'Abba, diminutif du 
sien, un instrument qui rend les plus grands services. 

On sait par les conseils qu'il a donnas dans plusieurs de ses 
publications comment, apres un accident occasionne par un e*clat 
de capsule qui l'avait oblige* a fa ire soigner en figypte son ceil 
atteint d'une ophtalmie douloureuse, il put r^aliser le programme 
qu'il s'6tait trace. II comprit de suite que l'isolement est une con- 
dition essentielle de succes ; que, quelque vif que soit le plaisir de 
se retrouver loin du sol natal avec les amis et les parents les plus 
chcrs, il ne faut pas h£siter a s'en separer. Voici en quels termes 
parle de son frere et de lui le Cardinal Massaja dans le premier 
volume de ses Memoires : « En Abyssinie, £crit-il (p. 118, a la 
note), M. d'Abbadie avait avec lui un frere appel6 Arnauld qui 
l'aidait dans ses etudes. Les deux freres s'aimaient tendremcnt et 
ne faisaient qu'un cceur et qu'une amc, mais ils avaientune nature 
bien differente. Antoine, d'un caractere austere, d'une morale plus 
austere encore et d'une exquise int^grite de mosurs, ne vivait que 
pour ses Etudes. Rien autre chose n'avait d'attrait pour lui. 
Arnauld, au contraire, £tait un homme plein d'entrain et ami de 
la soci6te\ II s'adapta facilement a la maniere de vivre du pays. 
Lie* avec tous les grands de ces contr^es, il obtint le titre de Ras 
et on l'appelait Has Mikael. Ses relations lui permirent d'aider 
son frere plus eflicacement dans ses etudes et dans ses recherches. » 
Antoine d'Abbadie s'exprime d'une maniere plus precise non 
sur sa nature et celle de son frere, mais sur les a vantages qu'il y 
avait pour tous deux de voyager s£parement. « Ori sait assez, dit-il, 
la difference d'esprit qui existe souvent m£me entre freres. Ne* 
pour commander, le mien prenait son parti rapidement et s'expri- 
mait d'ordinaire sur un ton qui n'admettait pas la contradiction. II 
etait tout simple que par sa maniere de parler et d'agir il faconnat 
son entourage, meme sans le vouloir, a cette pente de son esprit. 
La mienne 6tait toute diffe>ente ; au lieu de surmonter hardiment 
I'obstacle, je trouvais qu il <Hait plus facile de le tourner : c£dant 
en apparence, je pers£ve>ais toujours et parvenais, a force de 



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54a antoine d'abbadie 

patience, a gagner le m£me avantage que mon frere obtenait de 
prime abord. » 

Antoine d'Abbadie a done voyage seul, mais lentement, en 
se inenageant, an fur et k uiesure qu'il avancait, les moyens de 
r^ussite les plus sftrs. La connaissance des langues des pays tra- 
verses lui a paru avant tout indispensable, et il a passe des ann£es 
k les etudier, frequentant les ecoles oil l'enseigneinent etait distri- 
bue largement et gratuitement. 

II s'est preserve ainsi de l'inconvenient des interpretes, qui tra- 
duisent mal, en general, la pens£e d'autrui. S'il a ete force parfois 
d'y recourir, il s'est adresse de preference aux enfants, qui, sans 
rechercher la portee des paroles, en transinettent exactement le 
sens. II s'est bien trouve, en outre 1 , d'avoir engage comme servi- 
tcur une espece de bouflbn, « ayant pour habitude d'etre heureux 
partout et voulant que tout le inonde le fttt... Toujours pr£t k faire 
rire ct jouant toujours l'etonne de maniere a prolonger la gaiete de 
tout le monde, ne doutant jamais de rien et jetant sur tout comme 
un manteau couleur de rose, il domptait les obstacles et assouplis- 
sait les volontes rebelles. S'il riait, on lui tenait compagnie ; s'il 
pleurait, on riait encore... » 

Respectueux des usages, Antoine d'Abbadie s'y conformait : 
il marchait coiffe d'un turban, les pieds nus, parce que les rustres 
et les lepreux portaient seuls des sandales, et il evitait de s'em- 
porter ou de mettre les mains derriere le dos de peur d'etre consi- 
dere comme un dement. II n'avait pour arme qu'un baton qui ne 
pouvait inspirer de niefiance, et sachantqu on avance plus avec les 
mains qu avec les pieds, il avait soin de se frayer la route par des 
cadeaux dont il vantait l'importance et qu'il ne semblait faire qu'& 
regret*. II se gardait de pratiquer la medecine, ayant vu un ancien 
interne des hdpitaux de Paris 6chouer dans des cas ou reussissaient 
les empiriques familiers avec le climat et les maladies du pays. 
Les Ethiopiens b'adniettaient pas qu'on coup&t un membre. L'am- 
putation etait, k leurs yeux, une preuve edatante d'ignorance. 
Parmi leurs operations heureuses, on citait, dit-il, la taille, labla- 
tion du goitre, la substitution dun os de ruminant k un os 
humain trop brise et la guerison de l'obesite par le couteau*. 

Les perils auxquels il a ete expose ont 6X6 de toutes sortes : 

i. Notice sur les langues de Kam, p. 38 et 39. 

2. Instructions sur les voyages d'exploration, p. 307. 

3. Credo d*un vieux pqyageur, p. 12. 



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ANTOINB D'ABBADIE 543 

perils provenant des fauves, perils provenant de certaines mala- 
dies, perils provenant d'une classe dEuropeens. 

Les premiers n'ont jamais menace se>ieusement la vie d'Antoine 
d'Abbadie. Les seconds, dans une conjoncture que je vais vous 
signaler, lui ont inspire' une inquietude que vous allez com pren- 
dre. Une nuit, par erreur, ilavaitpris dans Tobscurite une chemise 
qu'il avait donnee a un lepreux alors a son service. Justement 
effraye, en faisant au jour cette constatation, il se dlpouilla de ce 
vehement, se jeta dans une riviere et gagna en la traversant une 
region ou la lepre n'existait pas. GrAee a sa presence d'esprit et a 
son talent de nageur, il eut ainsi le bonheur de se soustraire a une 
effroyablc contagion. 

Les derniers dangers qu'il a eu a affronter ont £te* ceux qui l'ont 
le plus douloureusement impressionne. 

Le prince de Bismarck a proclam£ deux principes contre lesquels 
la conscience publique a protests, a savoir que « la force prime le 
droit », et que « bienheureux sont ceux qui possedent », compre- 
nant dans ces mots la possession indue comme la possession legi- 
time. Les Anglais, dont personne n'admirerait plus que moi le 
patriotisme s'U ne s'inspirait trop sou vent d'une ego'iste cupidity, 
se gardent bien d'approuver ouvertement ces principes ; mais ils 
en font a tout instant l'application, abusant de la force contre la 
faiblesse, eludant sous les plus mauvais pretextes les engagements 
les plus formels. Trop frequemment, heias! les regies sacr£es de la 
morale, qui s'imposent au respect des nations comme a celui des 
individus, restent impun^ment vioiees, mais la justice ne perd 
jamais ses droits, et, plus d'une fois, Dieu lui reserve, pour les 
exercer, le jour b6ni de la revanche. 

Les Anglais etaient p£n£tr£s, il y a un demi-siecle, de m6me 
qu'ils le sont aujourd'hui, de Fid6e qu'exprimait dernierement le 
sous-secretaire d'fitat de leurs Affaires etrangeres, en declarant 
qu'il y aurait une veritable hypocrisie a nier que, dans le monde 
entier, les intents de la France sont en hostility avec ceux de 
l'Angleterre. G'est dire qu'Antoine d'Abbadie a eu a lutter 
constamment contre les intrigues des Anglais, contre la resistance 
et les refus qu'elles lui suscitaient de la part des chefs des regions 
qu'il voulait explorer. Sans faiblir un seul instant, il s'est obstine* 
a en triompher. Unjour son frfere Arnauld, inquiet de le voir en 
butte, a nioitie aveugle, a des diflicultes to uj ours et partout renais- 
santes, lui a propose de ne pas pousser plus loin son entreprise. 



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544 ANTOINE D'ABBADIE 

Avec une indomptable 6nergie, il lai a repondu qu'il irait jusqu'au 
bout, dOt-il, sans guide, un baton a la main, chercher oil poser le 
pied, et dut-il perdre la vue et la vie ! 

II ne s'est pas en effet arrGte, il a su tourner les obstacles qnand 
il ne lui a pas ete* possible de les snrmonter, et, apres onze ans de 
fatigues et de travaux, il a pu f son ceuvre accomplie, venir retrou- 
f% ver son plus jeune frere Charles, qui, sans nouvelles et tremblant 

$ pour son sort et pour celui d'Arnauld, 6tait accouru a leur recher- 

che. Quelques jours avant le coinmun depart pour la France, on 
s'est apercu qu' Antoine d'Abbadie n*£tait plus Ik : il avait disparu, 
sans mot dire, et avait £te* escalader une haute montagne 
£■'-'- pour y verifier un calcul ou y completer uue observation ; il reparut 

£:." tout joyeux d'avoir combl£ cette lacune, mais avec les pieds geles. 

Les r6sultats obtenus par Antoine d'Abbadie ont 6te" consid£- 
- rabies pour la science, pour la religion et pour la France. 

Par la m£thode qu'il a imagined et appliqu£e, simplement muni 
■:• du theodolite qu'il a perfection^, il est parvenu, au moyen <Tun 

r enchalnement de triangles, qui a necessity cinq mille relevements 

r de positions effectues en trois cent vingt-cinq stations successives, 

'•V a dresser exactement la carte d'unimmeuse pays. II estle cr^ateur 

X de la g£od£sie exp6ditive, appel£e a rendre un prdcieux service 

aux explorateurs. 

Ses travaux d'ethnographie, de linguistique, ont 6te de la plus 
grande valeur. II a recueilli les renseignements les plus com pie ts 
sur les moeurs, les usages, le droit, la procedure liiSnie, et il a 
r6dig6 un dictionnaire ammarina-francais bien suplrieur k ceux 
publics avant lui. II a r£uni des monnaies et des m£dailles tres 
appr£ci£es des numismates. Sa collection de manuscrits £thiopiens 
est unique au monde, elle dlpasse en richesse toutes les autres '. 
Frappe\ au cours de ses voyages, de la facility avec laquelle cer- 
taines populations, les Gallas notamment, acceptaient le bien- 
faisant enseignement de notre religion, il a Icrit, le 6 mars i845, 
au Cardinal Prefet de la Propagande, la belle lettre qui figure k 
l'appendice du premier volume de l'ouvrage du Cardinal Massaja. 
Son appel a 6t6 entendu par le Saint-Siege, et les missions' qu'il 

1. MM. le colonel Bassot, de llnstitut, et Henri Deherain, dans la Revue gene- 
rale des Sciences, 1897, p. 286-288 ; Henri de Parville, dans la Nature, 1897, 
p. 307, et MM. Gilbert et Thirion dans la revue beige des Questions scienti- 
fiques, 1 896-1897, ont analyse avec comp6tence et autoritl ces travaux ainsi 
que les travaux posterieurs de M. d'Abbadie. 



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ANTOINB D'ABBADIE 545 

a fait fonder comptent aujourd'hui plus de cent mille catholiques. 

II a enfin puissamment contribue* a faire aimer par les Ethio- 
piens le pays dont son frere Arnauld et lui se proclamaient les fils 
et dont on croyait voir en eux la fidele image. Par des qualit6s 
diff6 rentes, tous deux ils se sont concilie la confiance non settle- 
ment des simples indigenes, mais encore de leurs chefs, au point 
d'&tre charges, Tun d'aller chercher, avec une escorte de mille 
guerriers, la fiancee d'un chef, Fautre de commander les troupes 
dans de nombreux combats. Leur nom estreats populaire, on leredit 
encore, et le courant desympathie qu'ils ont, les premiers, ctabli, a 
servi k attirer k la France les preferences qu'on lui tlmoigne main- 
tenant. Chaque fois qu'une menace a 6te dirigee contre FEthiopie, 
les voeux d'Antoine d' Abbadie ont £t£ au petit peuple dont il a connu 
la loyaut£ et la bravoure. Un premier ministre, qui puisait ses 
inspirations et ses exemples chez le prince de Bismarck, a cru 
pouvoir se permettre un jour de denature r au profit de FItalie le 
sens d'un traits. M£n61ick a proteste contre cette d£naturation en 
declarant que ce traite* librement consenti formaitla loides parties 
qui Favaient signe* et qu'il devait 6tre scrupuleusement execute* 
par chacune d'elles. Sa protestation n'ayant pas 6te ^coutee, il a 
du en appeler aux armes. Les calculs de la deloyautl ont 6te\ cette 
fois, trompes ; la cause de la justice, pour laquelle battait le cceur 
d'Antoine d* Abbadie, a triomphe, et le monde a assists, dans 
un sentiment de profonde admiration, au magnifique spectacle 
qu'a donne* le chef d' une nation soi-disant barbare s'61evant, par sa 
magnanimity apr&s la victoire, a la hauteur des plus grands sou- 
verains. 

J'ai lu quelque part qu'Antoine d' Abbadie, qui a conserve* 
toute sa vie des relations avec FEthiopie, a offert a M6n61ick, 
dans ces derniers temps, un telescope en aluminium et une 
statue artistique en bronze, et que M£n61ick a gracieusement 
repondu k cet hommage par Fenvoi d'une croix enrichie de dia- 
mants. 

La Society de Glographie avait suivi avec inte>6t les travaux 
d'Antoine d'Abbadie et de son frere Arnauld pendant leurs onze 
annles de voyage en Ethiopie, et elle leur a d£cern£, le 26 juillet 
i85o, la grande m6daille d'or. <c Les auteurs de ce voyage, dit le 
rapporteur M. Daussy, sont deux freres qui, unis par les liens 
d'une amitie profonde aussi bien que par Fardent d£sir d'^tendre 
nos connaissances, se sont lances dans les regions africaines, ont 

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546 ANTOINE DABBADIE 

voulu p6n£trer Ik ou aucun autre voyageur n'avait encore 6t£, et 
explorer ces myst^rieuses regions qui d£robent a notre curiosity le 
berceau du fleuve le plus c^lfebre de l'antiquitl. 

« Nous nh^ si tons pas a dire, ajoute-t-il, que ce voyage est un de 
ceux que nous regardons comme devant servir de module aux 
explorateurs fran^ais. Et quand on pense que tout ce travail est le 
r£sultat du d£vouement de deux particuliers, qui ont su trouver 
dans leur £nergie les moyens de poursuivre pendant onze ans leur 
exploration et y ont consacre leur temps, leur vie et leur fortune, 
on ne peut qu'admirer un si beau denouement et souhaiter qu'il 
ait des imitateurs. » 

Les deux (Veres d'Abbadie ont re^u ensemble, leu5 septembre de 
la m&me ann6e, la croix de chevalier de la Legion d'honneur. 

Le 20 juillet i85n, Antoine d'Abbadie, qui avait continue ses 
Etudes sur di verses branches de la science, a 6t6 nomml corres- 
pondant de 1' Academic des Sciences. II s'est produit a cette occa- 
sion un incident qui devrait donner k r£fl£chir et servir d'enseigne- 
ment a quelques esprits etroits et sectaires de notre £poque. Au 
moment du vote, lorsque les titres des candidats Itaient en dis- 
cussion, Tun des votants a objects qu' Antoine d'Abbadie 6tait 
un ardent catholique. « Nous n'avons pas, dit le grand Arago, a 
dissequer ce qu'il y a de plus intime dans l'homme ; nous n'avons 
a examiner que les travaux de M. d'Abbadie. Ses opinions reli- 
gieusesne sont pas de notre domaine. Quant k moi, je porte envie 
a ceux qui croient. » 

Le aa avril 1867, Antoine d'Abbadie fut nomm6 membre 
titulaire de l'Acad^mie des Sciences, et le 9 aout 1878, membre du 
Bureau des longitudes. 

II s'£tait rendu, en i85i, en Norwfege pour observer une Eclipse 
de soleil et, en i860, en Espagne pour en observer une autre. En 
1882 ii a 6t6 charg6 par l'Acad^mie des Sciences d'6tudier le 
passage de V6nus sur le Soleil. II s'est acquittl de cette mission 
avec un rare talent. 

En 1892, une double Election l'a fait monter au fauteuil de la pr6- 
sidence de F Academic des Sciences et a celui de la Soci£t6 de Geo- 
graphic 

C'est comme president de T Academie des Sciences qu'il a assists, 
cette mSme ann^e, a Huelva, au quatrieme centenaire de la d^cou- 
verte de l'Am&rique par Christophe Golomb. 

Enfin, le 27 Janvier 1896, l'Acad£mie des Sciences lui a d£cern6 



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ANTOINE DABBADIE 547 

comme supreme honneur la m£daille Arago, la plus haute des 
distinctions qu'il lui appartienne de conferer. 

Si Antoine d'Abbadie s'est donne* a la science sans compter 
avec les fatigues et les perils, il s'est donne aussi au Pays Basque, 
berceau de sa faniille, sans manager les encouragements et les 
sacrifices. 

Son p&re Michel lui a transmis a cet 6gard un heritage qui a 6t6 
l'objet de sa plus vive sollicitude. 

Michel d'Abbadie, pendant son sejour a Toulouse, avait fait 
la connaissance de M. Lecluse, professeur de literature grecque a 
la Faculty des iettres de cette ville. M. Lecluse, qui 6tait Parisien, 
s'6tant epris d'une veritable passion pour la langue basque, il 
l'avait aide* dans ses etudes et l'avait g£ne>eusenient seconds de 
son argent pour ses publications. II a r£dig£, en i8a6, le prospectus 
du Manuel de la langue basque de cetauteur. II y felicite M. Lecluse 
d' avoir voulu faire une etude particuliere de la langue des Ganta- 
bres, dont l'antiquite* se perd dans la nuit des temps et qui a prl- 
sente* a ses meditations un caractere de simplicity, d'6nergie, 
d'originalite* et de richesse qui doit la faire placer parmi ces Ian- 
gues inspires que parlaient les peuples nomades de l'Asie dans 
ces temps recul£s qui remontent peut-£tre a l'enfance du genre 
humain et pr6c6derent le berceau de ^agriculture et de la civili- 
sation. 

M. Llcluse avait dedie* la premiere partie de son Manuel, consa- 
cr6e a la grammaire, a M. i'abbe* Darrigol, supe>ieur du grand 
seminaire de Bayonne, en s'excusant de livrer au public un travail 
auquel il aurait sans doute renonce\ si M. i'abbe* Darrigol avait 
fait de*ja paraltre celui qu'il preparait depuis longtemps. II en a 
dedi£ la deuxieme partie, contenant les vocabulaires basque- 
francais et francais-basque, a M. A.-M. d'Abbadie. II l'y remer- 
cie de l'avoir autoris^ a publier, a la suite de sa grammaire, une 
elegante traduction de la fable du Corbeau et du Renard, de lui 
avoir fourni, par sa collaboration, les elements precieux qui lui 
ont permis de doubler a pen pres ses vocabulaires, ainsi que du 
noble d£sint£ressement avec lequel il a bien voulu se charger des 
frais de son ouvrage. 

M. l'abb£ Dubarat et M. l'abbe Haristoy ont eu l'heureuse id£e 
de publier, dans leur Revue des fitudes historiques et religieuses 
du diocese de Bayonne, des Iettres qui attestent un service plus 
important rendu par Michel d'Abbadie a son pays natal en d6ci- 



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548 ANTOINE D'ABBADIE 

cidant par ses instances M. Fabb6 Darrigol a presenter au con- 
cours ouvert par l'Acad£mie franchise le beLouvrage qui a illustr6 
son nom 1 . 

Antoine d'Abbadie manifeste a son tour, dfes i836, 1' amour 
qu'il porte a son Pays Basque. II se lie, a cette 6poque, avec Au- 
gustin Chabo, dont le nom est rest£ cker a ses compatriotes, et fait 
dans le Bulletin de la Sociiti de Giographie un compte rendu du 
Voyage en Navarre de son ami, qui, dit-il, est £crit en style de 
feu et empreint dun admirable patriotisme. La mgme ann6e, il 
publie avec Cbabo les Etudes grammaticales sur la langue 
basque, sous cette 6pigraphe d'Axular, 6crite en basque et tra- 
duite en frangais : « On dirait que toutes les langues humaines 
sont confondues et m&lees les unes avec les autres, tandis que 
l'Eskuara conserve encore son originality et sa puret£ primitives. » 
Ges 6tudes sont d6di£es en souletin aux Basques des Sept Provin- 
ces : « Zaspi Uskal herrietako Uskalduner ». Les prol£gom&nes 
portent la signature : A. Th. d'Abbadie de Navarre. 

i. Voici ce qu'on lit dans Tone de ces lettres, ecrite de Paris a M. I'abbe 
Darrigol, le 5 aottt i8a8 : 

« Monsieur, 

« L'automne dernier, me trouvant avec ma famille a Biarritz pour prendre 
des bains de mer, je (is l'acquisition de votre ouvrage sur la langue basque. 
Je l'ai lu et relu avec la plus grande satisfaction. Vous y faites ressortir avee 
tant de precision et de justesse la richesse, la superiority de notre belle 
langue, vous en faites connaltre si bien le genie, en donnant des notions si 
justes sur sa syntaxe; vous avez su donner un developpement si prodigieux 
a notre verbe izatea (etre), que je n'hesite pas a dire que c'est le plus beau 
monument qui ait ete 61ev6 a notre langue. 

... « En vous pay ant l'humble tribut de mes applaudissements... vous ne 
trouverez pas etrange que je vous invite a meriter de nouveaux succes : je 
suis convaincu d'avance que vous les obtiendrez facilement... II s'agit de 
concourir au prix offert par l'Academie francaise pour la meilleure analyse 
raisonnee du systeme grammatical de la langue basque. » — M. Miohel d'Ab- 
badie adressait a M. I'abbe Darrigol, dans une autre lettre du 7 mars, ces 
lignes : a Si le jugement de l'Academie trompait mes espe>ances, je me ferais 
un plaisir d'en appeler au public, avec votre permission, en faisant impii- 
mer, a mes frais, votre exccllente analyse. » II lui ecrivait enlin, le 24 avril 
1829: 

« Mon cher compatriote, 

« Je sors en toute hate de la seance publique des quatre Academies, avant 
qu elle ne soit terminee, pour profiler du courrier d'aujourd'hui aiin de vous 
a nn oncer que vous avez ete couronn6. 

« L'Academie a fait l'61oge de votre memoire et vous a adjuge le prix. 
C'est avec In plus vive joie que je vous donne cette nouveile; agreez, je vous 
en prie, mes felicitations empressees. » 



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ANTOINE d'aBBADIE 549 

Antoine d'Abbadie a fait paraltre, en 1859, une analyse des 
travaux regents sur la langue basque. Apres avoir rendu un £cla- 
tant hommage aux ouvrages dus au prince Lucien Bonaparte, il 
cite ceux de plusieurs de nos compatriotes espagnols ou francais. 
Parmi ces derniers compatriotes, il en est un que nous entourons 
d'une respectueuse sympathie et d'une profonde veneration et 
vous ra'approuverez de mettre sous vos yeux quelques-unes des 
lignes qu' Antoine d'Abbadie lui consacre : « Le Verbe basque 
de M. Fabbe* Inchauspe contient, dit-il, le de>eloppement complet 
du verbe basque, insaisissable jusqu'ici et si vari6 qu'en se bor- 
nant k l'indicatif present de la voix transitive, on trouve plus de 
3^8o modifications, toutes diflferentes les unes des autres. Le verbe 
entier en offre 17.820. L'usage de ces formes si coinpliquces exige 
plus de mlmoire encore que d'intelligence : mais le paysan basque 
manie cette prodigieuse conjugaison avec facility... Le livre de 
M. Inchauspe est l'ouvrage capital sur la langue basque. » 

Antoine d'Abbadie a fait aussi imprimer en 1864, k Paris, un 
opuscule, en basque, intitule* Zubernoatikaco gutun bat, signe* 
Antonio Abbadia. Je regrette de n'avoir pu me le procurer pour 
vous en donner un resume\ 

Mais ce n'est pas par ces Merits qu'il a acquis les plus grands 
droits a notre gratitude : e'est par la perseverance qu'il a mise k 
faire conserver intacts notre langue, nos moeurs, nos jeux et nos 
traditions. 

Notre langue 6tait, a scs yeux, un tr^sor inestimable qu'il fallait 
preserver de toute atteinte. Quels efforts n'a-t-il pas faits, quels 
sacrifices n'a-t-il pas consentis et n'a-t-il pas 6t6 dispose k consentir 
pour qu'elle fut l'objet d'une sorte de culte de la part de ceux qui 
la parlent? II a sans cesse cherche* k coinmuniquer autour de lui le 
feu dont il brulait pour elle. Pour ne citer que quelques-uns de 
ceux qui, sur notre sol francais, en sont les plus ardents admira- 
teurs et les plus jaloux gardiens, quelles relations n'a-t-il pas 
entretenues avec le capitaine Duvoisin, l'abbe* Haristoy, les cha- 
noines Adema et Inchauspe ? De quelles instances n'a-t-il pas 
presse* M. l'abbe Maurice Harriet pour decider ce savant ecclesias- 
tique k publier son Dictionnaire basque-franc. ais, depuis longtemps 
attendu, oeuvre de premier ordre qu'il comparait au Dictionnaire 
francais de Littre* ? 

P6n6tr6 de cette conviction qu'exprimait M. Leciuse a M Tabbe^ 
Darrigol, dans la d£dicace de son Manuel de la langue basque, 



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550 ANTOINB D'ABBADIE 

que c'est au clerg£ qu'il appartient principalement de conserver le 
prlcieux d£p6t de notre langue, il a offert de cr6er, a ses frais, au 
grand s£minaire de Bayonne, one chaire od cette langue serait en- 
seignee de maniere k pouvoir Stre prSch^e ensuite dans sa purete*. 
II a 6te* profondlment pein£ du rejet de sa proposition. J'ai par- 
tag6 son douloureux etonaement et ce n'est pas sans une moindre 
affliction que j'ai appris dernierement un fait qui, j'en ai le ferine 
espoir, ne manquera pas de provoquer Intervention de ceux qui 
ont le pouvoir de l'empgcher. II paralt que, dans nos £coles libres 
m£me et surtout dans celles dirigges par les religieuses, le cate- 
chisme est appris en franca is et que les prieres sont dites en 
francais. Est-ce done la sauvegarder les inte>6ts de la religion, 
que la langue basque a si efficacement prote*ge*e pendant tant de 
siecles contre les mauvaises doctrines ? Les religieuses, et c'est \k 
le beau cdte* de leur mission, jouent le rdle de meres aupres de 
leurs elfeves : remplissent-elles ce r6le quand, par leur fait, les en- 
fants, rentrees au foyer domestique, nepeuvent ni reciter en 
basque le cat6chisme que leurs meres ont autrefois appris et 
qu'elles leur auraient enseign6 en basque si elies n'avaient coinpte 
sur leurs remplacantes, ni faire en commun avec elles leurs 
prieres dans leur vieille langue, ni m^rne chanter a l'£glise, dans 
cette langue, les plus magnifiques cantiques ? 

L'Eskualduna, ce vaillant deTenseur de nos mceurs et de nos tra- 
ditions, et M. Tabbe" Haristoy, le d6voue* collaborateur de M. l'abbe 
Dubarat, ont fait entendre a ce sujet une eloquente protestation, 
qui a trouve de Techo dans le cceur de tons nos compatriotes. 

Un etr anger, Van Eys, dans un Essai de grammaire de la langue 
basque, public a Amsterdam, a d£plor6 le systeme employ 6 dans 
un certain nombre d'£coles, pour empecher les enfants basques de 
parler basque entre eux. « On sait, ecrit-il, que, dans plusieurs 
villes et villages, le maitre d'6cole a i'habitude d'administrer 
chaque samedi une correction a celui de ses eleves qui s'est rendu 
coupable d'avoir parle* sa langue maternelle. Le systeme de correc- 
tion est assez curieux. L'eleve qui parle basque recoit un jeton : 
des qu'il attrape (sic) un de ses camarades en contravention, il lui 
repasse ce jeton, qui, de cette facon, peut faire le tour de l'eeole : 
mais malheur a celui qui n'a pas pu s'en d6barrasser avant le sa- 
medi! car il paie pour les autres ! » II paratt, detail que je ne veux 
pas qualifier, que le jeton dont il s'agit est d'ordinaire un morceau 
de regie sur lequel est eerit le mot ant ib as que. 



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ANTOINE D'ABBADIE 55 1 

Antoine d'Abbadie, lui, n'a pas cherche k empecher les enfauts 
d'apprendre le francais : seulement il a cru devoir encourager 
ceux qui, apres leur premiere communion, parlent le mieux 
le basque, en leur faisant distribuer des recompenses par des 
petites commissions constitutes k cet effet en dehors et avec exclu- 
sion du clerge\ 

Le basque est pent-e^re encore interdit (ce qu'ignore certaine- 
ment le chef venere de ce diocese et ce que je viens de savoir moi- 
m£me) au petit seminaire de Larressore et au grand seminaire de 
Bayonne. Le jeune clerg£ l'y desapprend ; par suite, il ne le parle, 
apres dix ou quinze ans d'etudes classiques et theologiques, 
qu'avec un odieux melange de mots francais, alors qu'au grand 
seminaire il devrait Stre prepare par de frequents exercices, par 
des essais de sermons, k le bien prgcher. 

Antoine d'Abbadie etait juste ment fier de voir les Basques 
perpetuer, depuis les temps les plus recuies, leur reputation de 
bravoure et de loyaute, de les suivre a travers l'histoire dans les 
luttes herolques qu'ils ont soutenues pour la defense de leur inde* 
pendance, de leurs traditions, de leurs libertes et de leur foi. II 
aimait a les retrouver aujourd'hui tels encore qu'ils etaient il y a 
des milliers d'annees. Ovide a dit dans des vers bien connus : 

Os homini sublime dedit, coelumque tueri 
Jussit et ereotos ad sidera tollere vultus. 

Ces vers semblent s'appliquer aux Basques, et dimanche dernier, 
M. le doyen de Saint-Jean-de-Luz etait heureusement inspire quand, 
reprenant et developpant, en orateur chretien, la pens^e du poete 
paien, il s'ecriait, dansun mouvement d'une entrainante eloquence, 
que si les Basques ont dans leur attitude, dans leur physionomie, 
dans toute leur personne, je ne sais quelle dignite et quelle 
noblesse, s'ils marchent la tete haute, leur ferme regard cber- 
chant souvent le ciel, c'est qu'ils ont profondement grave dans leur 
cceur l'amour du bien, de la vertu, de I'honneur, c'est qu'ils con- 
naissent leur eternelle destiaee, qu'ils savent qu'ils viennent de 
Dieu et qu'ils doivent retourner k Dieu I, 

Antoine d'Abbadie, en creant les primes qu'il a distribuees 
tantdt en France, tantdt en Espagne, s'est uniqueraent propose de 
faire aimer k ses compatriotes ce qu'ont aime leurs peres. 

Les concours de poesie qu'il a organises ont provoque des com- 
positions pleines souvent de charme et d'originalite. On en ferait 



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552 ANTOINE d'aBBADIE 

un riche recueil. Ceux d'improvisations po&iques ont montre* que, 
chez les concurrents basques-espagnols conime chez les concur- 
rents basques-francais, l'imagination est vive, que les id£es sont 
abondantes et varices, et que, suivant les sujets imposes, elles 
prennent un tour famiiier ou £leve\ se>ieux ou comique. Les 
applaudissements de la foule surexcitent la verve des improvi- 
sateurs et provoquent de ieur part les traits les plus imprevus et 
les reparties les plus spirituelles. C'est chose vrairaent remar- 
quable de voir d'humbles artisans ou de simples cultivateurs, 
sur Fair choisi par l'adversaire, chanter avec une parfaite aisance 
les couplets les plus harmonieux. 

Les anciennes melodies du Pays Basque et les vieilles danses 
traditionnelles ont eu aussi en Antoine d'Abbadie un protecteur 
d£voue\ M. Charles Bordes, qui met un soin enthousiaste a re^unir en 
£blouissantes gerbes le trSsor £pars de tant de riches £pis, pour- 
rait dire avec quel inte>£t notre Eminent compatriote l'a suivi 
dans ses patientes recherches et de quels voeux ardents il en appe- 
lait la publication. 

Les pastorales conservent leur attrait puissant, non seulement 
pour les populations naives de nos campagnes, qui en suivent avec 
un int^ret croissant les pe>ip£ties, mais encore pour les connais- 
seurs, qui aiment a retrouver, dans ces anciens spectacles, les 
curieux vestiges du passe. 

Parmi tous les jeux qu'Antoine d'Abbadie s'est plu a encou- 
rager, il en est un qui a obtenu ses preferences. C'est celui du 
rebot. II y a vu le jeu vraiinent national, qui, depuis bien des siecles, 
fait briller avec le plus d'£clat les qualit£s incomparables des 
Basques. II aurait assur£ment voulu lui conserver le caraclere qu'il 
a eu chez nos aieux, ou il consistait en une lutte ardente entre 
champions de locality diff&rentes, oil les habitants de ces locality 
se passionnaient pour un camp et pour l'autre, oil, sous le premier 
Empire, pour ne pas manquer au rendez-vous assigne* par un dSfi, 
des Basques quittaient l'armle du Rhin afin de jouer la partie con- 
venue et allaient rejoindre ensuite leurs regiments pour y combattre 
en h6ros. 

Malheureusement, le souffle nouveau a pass£ sur nos campagnes; 
nos compatriotes d'Amerique ont tenu a revoir le spectacle qui a 
ravi leurs anc&tres ou qui a s6duit leur jeunesse, et nos plus habiles 
joueurs, trails en artistes en representation a Buenos-Ayres ou a 
Montevideo, ont pris l'habitude d'exiger, pour leur concours a 



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ANTOINB D'ABBADIE 553 

nos fdtes, des cachets excessifs. Quelque regret qu'on puisse avoir 
du change meat qui s'est produit k cet 6gard, il reste toujours que 
le jeu de rebot est un jeu admirable, auqnel il faut maintenir le 
premier rang dans ies preferences du public. Ceux qui, comme 
moi, ont 6t6 t6moins, il y a un demi-sifecle, des parties qui alors 
£lectrisaient joueurs et spectateurs, ne peuvent que souhaiter ar- 
demment ce maintien. Un Basque au coeur chaud, tour k tour 
pofete d&icat et ecrivain brillant dans notre belle langue euska- 
rienne, M. le chanoine Ad£ma, a public dans le Courrier de 
Bayonne des articles non sign£s, mais dont il ne pent r£cuser la 
paternity ; il y explique et il y vante les r&gles et les m£rites du 
jeu de rebot. II y raconte notamment la partie inoubliable qui a 
eu lieu, le 9 aoftt 1846, k Iran, entre Basques-Espagnols et Basques- 
Fran^ais. Les estrades entourant la place 6taient garnies de mil- 
liers de curieux ; les paris, de minute en minute, se multipliaient, 
plus formidables selon les perip£ties de la lutte; un instant la 
balance sembla fortement pencher du c6t6 des Espagnols ; mais 
aussitdt, changeant de tactique, 6tant ses espargates pour marcher 
pieds nus, Gascoina, le chef du camp fran$ais, donna k voix basse 
des instructions k ses partenaires, puis, remplacwt les coups k 
effet par les coups habilement calculus, il s'6tudia et parvint avec 
une adresse inouie k placer la balle de mani&re k ce quelle ne 
put gtre renvoy^e par le camp adverse. La partie s'acheva au 
milieu de l'lmotion g£n£rale, ^nergiquement disputle jusqu'au 
bout, et lorsque, grftce k Gascoina, la victoire des Basques-Francais 
lut proclam^e, ce fut F explosion d'un veritable d£iire. N'avait-on 
pas, en effet, assist^ k un tournoi vraiment h£roique, oil, de part 
et d'autre, toutes les ressources de la force, du coup d'oeil, de l'agi- 
lit£, de 1' adresse, avaient 6t6 merveilleusement d6ploy£es ? L'his- 
toire vante avec raison la gloire des g6neraux qui se sont illustrls 
sur les champs de bataille ; nos bardes, de leur c6t6, chantent les 
exploits des Perkain et des Gascoina et en transmettent le memo- 
rable souvenir k nos descendants. II y a deux jours, ici m£me, 
nous avons eu la joie inesp6r6e de retrouver dans les joueurs de la 
partie de rebot des successeurs dignes des ain£s que Sare et Has- 
parren ont eu longtemps le privilege de fournir k nos fetes. II n'y 
* avait parmi ces joueurs que deux Basques-Francais, tandis que 
les Basques-Espagnols en comptaient huit. Encore un effort, et 
nous pourrons opposer, en nombre £gal, des adversaires redou- 
tables k nos chers voisins ! 



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554 ANTOINE DABBAD1E 

Le jea de blaid a mains nues, qu'Antoine d'Abbadie a aime* 
a pratiquer lui-mSme, n'a pas 6t6 oublie* non plus dans ses recom- 
penses. II atteste aujourd'hui nne telle perfection de la part de 
ceux qui s'y livrent (et c'est la son pips bel eloge), qu'il ne me 
paralt plus provoquer les memes ardentes emotions qu 'autrefois. 

Antoine d'Abbadie le preTerait cependant au jeu de blaid au 
chistera, pour lequel il a ct66 egalement des primes et qui compte 
des amateurs enthousiastes. II est certain qu'avec leurs longs gants 
d'osier, ceux qui y montrent le plus d'adresse jouent des parties 
propres a 6merveiller le public. 

N x otre regrett6 compatriote, a qui rien de notre passd n'est reste* 
indifferent, s'est plu meme a encourager les irrintcinas. Ges vieux 
cris de guerre, aux intonations prolongees, sont encore pousses, 
surtout dans nos montagnes. Repercutes au loin par l'£cbo, ils ser- 
vent de signal et produisent, la nuit, un effet singulier sur ceux 
qui les entendent. 

Antoine d'Abbadie, coinme vous venez de le constater en 
ecoutant ce trop long expose\ n'a connu que deux passions, celle 
de la science et celle de son pays. 11 aurait pu gouter toutes les 
satisfactions d' amour-propre, recueillir distinctions et honneurs : 
il a preT6re* rester dans l'ombre et travailler en silence. A une 
epoque, il lui eut 6X6 facile de beaucoup demander et de beaucoup 
obtenir : il n'a voulu rien demander; bien plus, il a decline* l'offre 
la plus gracieuse dans une circonstance qu'il convient de signaler, 

Vous avez retenu qu'il s'est rendu en mission au Bresil au cours 
de lannee i836. A bord de la frigate qui le portait se trouvait le 
prince Louis Napoleon, expulse* de France a la suite de son aven- 
ture de Strasbourg. Antoine d'Abbadie, qui avait 616 l'eleve de 
la celebre M me Lenormand, se plaisait a preMire l'avenir. Le prince 
l'ayant consults : « Vous serez, lui declara-t-il, appele* a gouverner 
la France ; je vous donne rendez-vous aux Tuileries. » Le prince 
etait, seize ans apres, President de la Republique, et comme 
Antoine d'Abbadie lui rappelait que ce n'6tait pas a l'&yse'e, 
mais aux Tuileries, qu'il lui avait donn£ rendez-vous : « L'^lysee, 
r6pliqua le prince, n'est pas loin des Tuileries*. » 

i. Le prince Louis Napoleon a fait allusion a ce fait, revile" par le Courrier 
de Bayonne, le 27 mars 1897, dans une lettre, recemment publie*e, qu'il a 
ecrite a sa mere en vue de Madcre, le 12 decembre i836, et 011, sans doute par 
prudence, il laisse un caractere vague aux paroles de M. d'Abbadie. « 11 y a 
en outre a bord, y lit-on, deux passagers qui sont deux types : i'un, M. D..., 



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ANTOINE D'ABBADIB 555 

Pendant la traversed de i836, le prince avait, de son cdte\ dit a 
Antoine d'Abbadie : « Si jamais j'arrive an pouvoir, ce que vous 
demanderez sera accord 6 d'avance. » 

Devenu Empereur : « Je vous avais promis une discretion, lui 
d6clara-t-il un jour a brftle-pourpoint, l'avez-vous oublie ? » 
Antoine d'Abbadie lui repondit fmement : « Sire, je construis un 
chateau pres d'Hendaye pour y finir mes jours. Si vous daignez, a 
votre prochain voyage a Biarritz, faire pour moi quelques kilo- 
metres, je me considererai comme tr&s honore* de vous voir poser 
la derniere pierre de ma demeure. » L'Empereur sourit et promit. 
Mais on 6tait en 1870, et Napoleon III ne retourna plus a Biarritz. 
Voila pourquoi une pierre manque, et, selon la volonte* de son 
ancien propri&aire, ne sera jamais pos£e, au balcon d'une des 
fenetres du chateau d' Abbadia 1 ... 

La simplicity des gouts et des habitudes n'a eu d'6gal chez 
Antoine d'Abbadie que son eloignement des salons en vue et des 
reunions bruyantes. II a recherche* le commerce discret avec les 
savants et les explorateurs de tons les pays, la causerie in time oil, 
dans un charmant abandon, son esprit se laissait aller aux obser- 
vations les plus piquantes entrem&16es du rlcit de quelque Episode 
de ses voyages. Sa vie £tait r£gl6e en deux parts, la plus impor- 
tante consacrle a l'£tude. Leve" to u jours de grand matin, il faisait 
deux repas d'une extreme frugality. On ne le rencontrait qu'a pied, 
quelque temps qu'il fit. Pendant ses scours a Abbadia, il eHait, en 
vrai Basque, coiffe* d'un beret blanc et chauss6 d'espargates. Les 
exereices physiques entretenaient sa robuste sante\ On l'a vu traver- 
ser a la nage le vaste espace qui, devant Saint- Jean-de-Luz, separe 
Sainte-Barbe de Socoa. Jusqu'a ses dernieres annees, il jouait au 
blaid a mains nues tout pres d' Abbadia. Chose etrange ! un corres- 
pondent de journal, mal renseign£, a imaging de repr^senter le plus 
simple et le plus accessible des hommes comme imbu d'une morgue 
hautaine et infatue* de pretentions nobiliaires. M. Charles d'Ab- 
badie a cru devoir, dans une lettre eloquente, protester contre les 

est on savant de vingt-six ans, qui a beaucoup d'esprit et d'imagination, meies 
d'originalite et meme d'un peu de singularity : par exemple, il croit aux pre- 
dictions et il se mfile de pre dire a chacun son sort; II ajoute une grande foi 
au magnetisme, etil m*a dit qu'une somuambule lui avait prldit, il y a deux 
ans, qu'un membre de la famille de l'enipereur viendrait en France et delrd- 
nerait Louis-Philippe. 11 va au Bresil faire des experiences sur l'electricite. » 
1. Le recit de ce dernier episode est empruDte a M. Henri de Parvilie (n e de 
la Nature du 17 avril 1897, p. 309). 



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556 ANTOINE D'ABBADIE 

allegations sans fondement dirigees contre son frere, allegations 
dont la notoriety publique avait deja fait justice. 

Plein de sollicitude pour ses metayers, Antoine d'Abbadie les 
assistait de ses conseils etde sa bourse. Son in^pui sable generosite 
ne se renfermait pas dans les limites de la France. Elle s'exer- 
cait encore a l'etranger, mais de preference en faveur des savants, 
des missionnaires et de ses compatriotes du Pays Basque. Que 
de fois, a l'heure oil nous reposons tous a la ville, sa porte 
ne s'est-elle pas ouverte aux jeunes religieux venant deman- 
der a ses lumieres et a son experience les lecons et les conseils 
n£cessaires pour le succes de leur lointaine et p£rilleuse entre- 
prise ! 

II m'a ete afDrmequ'il avait largement contribue a l'organisation 
de l'observatoire de Madagascar, et, detail piquant ! que les Mal- 
gaches, qui etaient en train de detruire cet observatoire, au 
moment oil ils se sont enfuis, affbies a l'approche de nos soldats, 
avaient pris pour un canon la lunette qu'il avait donn£e ! 

Ce qui ajoute un prix particulier aux libe>alites d' Antoine 
d'Abbadie, c'est le mystere dont il les a envelopp£es. M. de 
Nansouty, dans un article recent du Bulletin de la Society Ramond 
(1897, p. 45), a revele* avoir recu de lui, pour la publication de la 
Grammaire de Pierre d'Urte, une somme de 900 francs, avec 
recommandation expresse de n'en rien dire. 

II semble done qu' Antoine d'Abbadie a pris pour guides de sa 
vie ces deux devises de son salon mauresque d'Abbadia : « Plus 
estre que paroistre », et « In labore Jelicitas », et que c'est pour 
lui qu'a ete dit ce mot vrai et charmant : « Le bien ne fait pas de 
bruit, et le bruit ne fait pas de bien. » 

Et, puisque j ai ete anient a soulever le voile qui a cache une 
partie des actes de l'homme prive, vous m'excuserez peut-£tre de 
ni'engager davantage dans la voie des indiscretions, en ajoutant 
que M me d'Abbadie s'est personnellement et largement associee a 
ses generosites, qu'on Fa vue, pendant une epidemie de cholera, 
prodiguer ses soins ct ses secours pecuniaires aux malades, et que 
sa main droite ignore aussi ce que sa main gauche a donne. 

Les Basques out §aisi deux occasions d'exprimer a Antoine 
d'Abbadie leur reconnaissance et leur admiration. L* Association 
amicale Bearnaise et Basquaise de Paris, au lendemain de sa for- 
mation, Fa appele a sa presidence. En 1892, lors des premieres 
fetes traditio une lies de Saint- Jean-de-Luz, un banquet lui a 6X6 



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ANTOINE D'ABBADIE 55^ 

donn6 et, au nom de tout le Pays Basque, un makila d'honneur 
lui a 6t£ offert. II en a 6t6 profond£menttouch6 et il a exprim£ ses 
reraerciements dans un toast dont j'extrais le passage suivant : 
«... En ces temps oil la force des choses tend k m£ler tous les 
peuples, k changer les moeurs, et, h£las ! a amoindrir les belles 
choses du passl, il me plait de croire que mes chers Basques se 
serreront les uns contre les autres pour r^sister, dans une sage 
raesure, k cet envahissement, pour conserver intacts leur langue, 
leurs moeurs, leurs coutumes seculaires, leur g6nie naturel, leur 
sentiment de I'honneur et de leur foi, autant de tr6sors ! C'est Ik 
un faisceau sacrl qu'ils devront garder avec jalousie. Et qu'ils se 
souviennent que si les grandes choses d6fendent les petites, celles- 
ci defendent aussi les grandes. Elles sontcomme cesfaibles roquets 
dont les jappements inoffensifs avertissent pourtant le maltre de la 
maison : « II y a Ik quelqu'un, disent-ils, faites attention. » 

« Eh bien ! un fragment de vieille coutume, un chant national, 
un simple irrintzina, pen vent, k certains moments, jouer le rdle de 
ces petits gardiens si utiles. lis peuvent rappeler, en un instant, ce 
pass6, tellement ancien que la science nouvelle, habile cependant 
k retrouver les origines, s'arrGte devant lui tout interdite. 

« Qui sait ? cet air, ce cri, pourront faire vibrer dans une &me 
basque, en m^rae temps que le souvenir du pays, un bon, un noble 
sentiment, digne du vieux temps et de nos grands ancdtres. 

« Chers compatriotes, disait-il en terminant, joignez vos voix k 
la mienne, d£jk bien £teinte, et crions tous ensemble : Zas- 
piak bat ! » 

Antoine d'Abbadie assistait, avec une rare exactitude, aux 
stances des compagnies ou des soci£t6s savantes dont il faisait 
partie. II tenait k suivre leurs travaux et k s'y associer. 

Le 1 5 mars 1897, il si£geait k l'lnstitut, au milieu de ses col- 
logues, qui ne savaient ce qu'il fallait admirer le plus en lui, de la 
science ou du mlpris des managements qu'exigent, k un Age avanc6, 
l'£branlement de la sant£ et l'affaiblissement des forces. En 
rentrant k son hotel, il en gravit avec beaucoup de peine l'es- 
calier. 

Les jours suivants, il ne sortit pas : il se sentait bris6 de fatigue. 
II ne voulut, cependant, rien changer k ses habitudes, et il consa- 
cra au travail les heures accoutum6es. Le 19 mars, il s'assit encore 
k sa table pour son frugal dejeuner, mais, k bout d'6nergie, il dut 
se lever et, appuy£ sur le bras de celle dont la tendre et inge- 



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558 ANTOINE D* ABBADIE 

nieuse sollicitude a puissamment contribu£ a prolonger ses jours, 
il parvint a se trainer jusqu'& son cabinet de travail. La, son £tat 
prit bientdt un caractere alarmant. Le mldecin fnt appel£ ; le 
pr&tre accourut pour lui porter les derniers secours de la religion. 
Le soir, la cloche de la chapelle voisine des Missions 6trangeres 
annoncait le salut : Antoine d' Abbadie sembla s'unir , dans un pro- 
fond recueillement, aux prieres qui s'61evaient pour les courageux 
ap6tres de la foi dans les lointains pays ; puis, quand, sous le 
redoublement des sons de la cloche, les fideles prosternes rece- 
vaient la sainte benediction, une sorte d'extase le transflgura ; il 
leva les yeux au ciel comnie si, au terme de son long voyage, il 
apercevait, dans une mysterieuse vision, les montagnes 6ternelles; 
sa respiration devint plus lente : tout a coup, sans lutte, sans dou- 
leur, sans contraction, elle s'arrfcta... Antoine d' Abbadie avait 
cesse* de vivre. 

Paris lui aurait fait de belles fun6 rail les. On aurait vu marcher 
derriere son cercueil l'Academie des Sciences, le Bureau des lon- 
gitudes, la Soci&e de Geographic les explorateurs les plus 
illustres, et, r^unis dans un deuil commun, les Basques des deux 
versants des Pyr£n£es. Mais il avait, d'avance, decline toute 
porape et tout honneur funebres, et sa volonte* a 6t6 ob£ie. Seule- 
ment, une main pieuse et discrete a fait parvenir aux pauvres une 
abondante iiberalite, supreme adieu d'un bienfaiteur inconnu. 

Les corps et les soci£t£s auxquelles Antoine d' Abbadie a appar- 
tenu se sont empresses d'acquitter le tribut de leurs regrets et 
de leur gratitude a notre illustre compatriote f . 

i. Je crois devoir reproduire ici les paroles prononcees a 1' Academic des 
Sciences et a la Societe de Geographic : a Votre Eminent et sympathique 
confrere, M. A. d' Abbadie, a dit M. Chatin, president de l'Acadimie des 
Sciences, a la seance du aa mars 1897, qui appartenait a notre compagnie 
depuis i85a comme membre correspondant, et depuis 1897 comme membre 
titulaire, et qui, lundi dernier, assistait encore a notre stance, vient de 
s'eteindre a i'age de quatre-vingt-sept ans, dge qui n'6tait pas encore la 
vieillesse pour sa robuste constitution tant physique que morale. 

« M. d' Abbadie a honor6 et fait aimer le nom francais dans ses voyages 
scientiflques, au Bresil, en Abyssinie surtout, ou il penltra Fun des 
premiers. 

aA la fois astronome, geod^sien, geographe, physicien et numismate, 
comme le rappelait M. le president Gornu, en lui remettant la medaille 
Arago, M. d' Abbadie a voulu concourir, memeapres sa mort, au progres des 
sciences... 

« L'Academie, qui lui a decern^ les honneurs (pr£sidence et medaille 
Arago) dont elle dispose, et qui eut voulu plus, veiUera pieusement, 



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ANTOINE DABBAD1E 5.5Q 

La presse de notre region a traduit, dans un langage £mu, le sen- 
timent da Pays Basque. 

ISEskualdnna, V Union Vase on gad a, le Courrier de Bayonne, 
YEuskal erria, le Patriote des Pyrinies, les Etudes historiques 
et religieases du Diocdse, la Revue Ramond, ont, dans de beaux 
articles, d£cern6 les 61oges les plus m£rit£s au compatriote dontla 
vie s'est 6puis6e a servir la grande et la petite patrie. 

Parmi tons les hommages qu'a regus sa m&noire, il en est un, 
discret, dict£ par nos vieilles traditions, et qui est profond£ment 
touchant dans sa simplicity. Le corps d' Antoine d'Abbadie, avant 
d'etre inhum£, est rest£ d6pos6, pendant dix-huit jours, dans la 
chapelle d'Abbadia, od alia it 6tre creusee sa torn be. Gbaque soir, 
ses metayers se sont dispute le soin de veiller, la nuit, pr&s de son 
cercueil, et les pri&res jaillies de leur coeur, dans des £lans de foi 
et de reconnaissance, ont d& monter k Dieu avec une force toute- 
puissante... 

Quandje songe qu'a moins de cinquante ans d'intervalle, deux 
grands representants de deux antiques races aux nombreuses affi- 
nity sont morts, animus de la mdme foi, dans le m&me bdtel, a 
Paris, je ne puis m'emp6cher (sans oublier la distance que marque 
le g£nie par des degr£s differ ents entre les homines de la plus 
haute valeur) de faire un rapprochement et de relever un contraste : 



dans sa reconnaissance, a 1'execution des voeux de son bienfaiteur, Imminent 
confrere a qui eUe adresse un triste et supreme adieu. » 

Le prince Roland Bonaparte, a la seance du a avril 1897 de la Societe de 
Geographie, s'est rendu, en ces termes, l'interprete de cette Societe : 

€ Depuis notre derniere stance de quinzaine, un voyageur hors dc pair, 
M. Antoine d'Abbadie, s'est Iteint assez brusquement, a l'age de quatre- 
vingt-sept ans,alorsque sarobuste constitution semblait devoir le con server 
encore un certain temps a sa compagne et a ses amis. 

€ Exposer les travaux qui remplireut une existence si laborieuse, ce serait, 
en quelque sorte, ecrire un chapitre de l'histoire de la geographic, et nous 
fa i sons des voeux pour qu'il soit ecrit par l'un des n6tres. Quant a present, 
nous devons nous borner a exprimer nos profonds regrets de voir dispa- 
raltre du milieu de nous un homme de grand caractere, de savoir pro fond 
et d'un devouement plein de generosite aux int6rels de la science. 

€ Geux qui connaissaient bien Antoine d'Abbadie nous diraient que jamais 
esprit ne se consacra plus passionnement, plus exclusivement, a la recherche 
de la verite et de l'exactitude ; ceux qui connaissent son oeuvre pourraient 
afHrmer que jamais tache d'exploration aussi considerable, aussi solide, ne 
fut accomplie par un seul. 

€ Avec Antoine d'Abbadie, notre pays a perdu l'un de ces savants qui sont 
l'honneur d'une nation, et notre Society un ami lldele, qui lui avait, a maintes 
reprises, prouve la sincerity de son attachement. » 



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O . ANTOINE DABBADIE 

tateaubriand, qui a illuming le commencement de ce siecle des 
Lairs de son prodigieux talent, 6pris de gloire outre mesure et 
ursuivi par la trop ambitieuse id£e d'^galer Napoleon devant la 
ste>ite\ a tenu a dormir son dernier sommeil dans sa Bretagne 
sn-aimee, sur un rocher battu par les flots, au milieu dun cadre 
andiose, propre, en frappant l'iniagination, a rappeler son nom 
x generations a venir. Antoine d'Abbadie, l'intr6pide serviteur 
la science, l'ami g£n£reux et incomparable de ses compatriotes, 
roulu, de son cdte\ reposer dans son cher Pays Basque, mais loin 
9 regards, sans signe exte>ieur de nature a eVeiller l'attention, 
mine le plus inconnu des chr£tiens. Ge trait d'humilite* n'a- 
eve-t-il pas d'imprinier un caractere special de grandeur a sa 
He et noble physionomie ? 



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APPENDICE 



36 



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SOClfiTfi D'ETHNOGRAPHIE NATIONALE 

ET DART POPULAIRE 



DISCOURS 

PRONONCE A LA SORBONNE LE lf\ MARS 1 896 

PAR 

M. GASTON PARIS 

A LA REUNION DES DBLEOUKS DBS SOCIBTBB DBPARTEMBNTALB8 DB PARIS 



Mesdames et Messieurs, 

C'est un grand honneur pour moi d'avoir H6 appele a pr£sider 
cette reunion, qui marquera peut-Stre une date importante et 
feconde dans l'histoire morale de notre pays. Je dois cet honneur 
a 1' absence bien involontaire de notre cher president, M. Andr6 
Theuriet; vous partagerez les regrets qu'il m'a charg6 de vous 
ex primer, en y joignant les vceux les plus ardents pour l'ceuvre a 
laquelle vous Stes appeWs a collaborer et dont on va vous exposer 
l'esprit et l'objet. 

II n'en est pas de plus intlressante, de plus digne d 1 encourage- 
ment. Elle parle a l'esprit et au coeur ; elle regarde a la fois le pass6 
et l'avenir. Ceux qui Font con^ue avec l'enthousiasme le plus 
ardent, le plus g6n£reux et le plus d6sint£ress£, aiment passionn£- 
ment la France ancienne qui nous a faits et cette France a venir 
que nous contribuons a faire. lis voudraient rajeunir le genie 
national en le retrempant a ses sources seculaires, a ses sources 
multiples et spontanges. lis voudraient que tous les courants divers 
qu'elles ont formes, tout en se fondant dans le fleuve large et 



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I; 
ft 



SOCIETE D ETHNOGRAPHIE NATIONALE 

majestueux qui les r6unit, y gardassent quelque chose de la saveur 
du terroir natif, de la couleur du ciel qu'ils out d'abord refl6te\ lis 
esperent que si le grand foyer oh la France actuelle concentre et 
brftle sa vie sollicite lui-mgme les foyers jadis actifs, aujourd'hui 
en grande partie languissants, a reprendre conscience de leur ori- 
ginality et de leur 6nergie, les flammes qui ne font peut-£tre que 
sommeiller pourront se r6veiller et, sous des formes nouvelles, 
retrouver leur antique puissance. Est-ce une illusion? Votre pre- 
sence ici sernble prouver le contraire. Vous repr£sentez en efFet, 
en majority, ces groupes provinciaux qui se sont formes dans Paris 
meme, et qui font, de plus en plus, de notre grande ville, non 
seulement le centre, mais l'abr6g£ de la France dans toute sa varied 
encore si grande et si riche. Norm and s, Bretons, Gascons, Auver- 
guats, Provencaux, Bourguignons, Champenois, Lorrains, Picards, 
vous avez beau Stre Francais et devenir Parisiens : vous sentez 
toujours entre vous un lien plus intime; vous vous £tes envoys, 
comme les oiseaux disperses d'une mgme bande, les appels connus 
qui vous ont rassembl6s... Mais ces reunions, si cheres au cceur, 
n'ont servi jusqu'ici qu'a en satisfaire le besoin intime. II peut, il 
doit en sortir autre chose. Que toutes ces Soci£t£s de Paris, rest^es 
en communication avec leurs provinces, s'efforcent d'y seconder, 
d'y propager notre ceuvre, et qu'en mfime temps elles soient ici les 
repr^sentantes de leurs provinces pour raccomplissement de cette 
ceuvre ; qu elles servent de trait d'union entre 1'idSe commune et 
son execution multiple : peut-Stre alors verrons-nous cette id6e se 
r^aliser au dela ni^me de nos esp£rances. Excises par vous, que 
les Soci£t£s des d£partements prennent, dans leurs regions respec- 
tives, la tSte du mouvement que nous voudrions inaugurer; que 
chacune d'elles se pique, dans une g£n£reuse Emulation, de faire 
mieux que les autres, de savoir mieux d^couvrir, r£v£ler et mettre 
en lumiere les tresors d'arts, de traditions, de po£sie de son pays, 
d'en exprimer le g^nie propre avec plus de plenitude et de varied : 
et l'Exposition qui doit clore ce siecle offrira un spectacle qui 
emerveillera le monde et nous remplira d'une profonde et salutaire 
Amotion. La France aura suscit£ ou ressuscite* une image d'elle- 
ra^rae dans toute la richesse de son infinie diversity, dans toute la 
puissance de son d£veloppement milllnaire, dans toute la ftcondite* 
inepuisable de son g£nie. Cette image, elle se la doit, elle la doit 
a la nature, qui a verse* sur elle a pleines mains ce qu'ailleurs elle 
n'a donne* que s6par6ment. 



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et d'art populaire 565 

Est-ce done pour rien que nous sommes le pays privilege* entre 
tous, qui r£unit les climats et les dons les plus opposes, qui voit 
ses cdtes baign6es et par la dure mer Germanique, et par TOc^an 
aux horizons sans fin, et par la mer caressante et tiede oil toutes 
les grandes civilisations se sont mirees et dont les flots ont enfant^ 
la beaute 6ternelle? Est-ce pour rien que nos frontieres, nigme 
restreintes, he7as ! enferment des regions aussi diffe>entes, des 
montagnes gigantesques et des plaines infinies, un d6veloppement 
incomparable de rivages et des campagnes k perte de vue, forfits et 
p&turages, maigres landes et riches labours, toutes les cultures, de 
Toranger au houblon, toutes les chasses, toutes les p£ches, toutes 
les richesses du sol et du sous-sol, toutes les plantations et toutes 
les industries? Est-ce pour rien que sous ce nom de Francais, qui 
n'est pas un nom de race, mais un nom d'amour et de longue his- 
toire commune, les vieux habitants primitifs dont nous ignorons 
les noms, et les Iberes, et les Ligures, et les Celtes, et les Ro mains, 
et les Germains, et les Scandinaves, melent aujourd'hui leur sang 
et leur ge*nie? Avons-nous recu de la nature cette admirable 
mosa'ique, dont les pierres multicolores forment un harmonieux 
tableau, pour la laisser se perdre en une grisaille uniforme et 
terne? Non : ravivons, au contraire,avec un soin jaloux, l^clat de 
chacune des pierres dont elle se compose, et soyons assures que la 
grande figure qui r£sulte de leur assemblage n'en ressortira que 
plus distincte, plus brillante et plus ineffacable. 

Mesdames et Messieurs, la question posee par la Societe d'Eth- 
nographie nationale est susceptible d'etre trait^e k bien des points 
de vue. Elle touche k Thistoire, k la politique, k la p6dagogie 
nationale. Je n'ai pas la moindre intention d'aborder ces sujets 
difliciles, ou jc trouverais plus d'un obstacle et d'un embarras. J'ai 
hate de c6der la parole k ceux qui vont vous donner sur Tobjet 
imrn6diat de notre ceuvre et les moyens de la r^aliser des details 
precis que vous 6couterez avec interGt. Je ne veux, en terminant, 
insister que sur un point de notre programme, celui oil tous peuvent 
Stre d'accord, celui qui concerne Fart populaire. Sans rechercher a 
serrer de trop pres la definition de ces deux mots, je vous dirai 
seulement qu'ils d^signent tout jce qui se produit ou se conserve 
dans le peuple, loin de l'influence des centres ur bains, en fait de 
costumes, de mobilier, d'imagerie, de ffctes, de jeux, de danses, de 
musique, de chansons, de contes, de proverbes, de devinettes, de 
facons originates de parler. Rassembler tous ces produits, qui 



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SOCIETE D ETHNOGRAPHIE NATIONALE 

out se font rares et tendent a s'alt^rer, c'est faire une ceuvre 
5 et excellente, quelle que soit 1' opinion qu'on ait sur la d6cen- 
sation politique, administrative et intellectuelle. Qu'on les 
udere avec piet£, corame les souvenirs d'un passe a jamais 
t, ou qu'on les regarde avec espoir, comme les gages d'un 
lir souhaite : il faut to u jours les sauver de la destruction et de 
bli. Quand vous ne collaboreriez a notre ceuvre que par la, 
9 auriez bien merite de la science d'abord et de la France 
lite. Et vous trouverez par surcrolt a cette tache, pour peu que 
3 vous y livriez avec simplicity de cceur, un attrait qui vous la 
Ira de plus en plus chere. Vous serez Itonnls de ce que vous 
>uvrirez de charmant ou de curie ux dans ces vieilleries d6dai- 
js ; vous pourrez y prendre, m£me d'un art tr&s 61ev6, un sen- 
mt tout nouveau, qui n'est pas Stranger a l'inspiration des plus 
Lds maltres ; vous y surprendrez, au milieu de bien des gros- 
3t6s ou des vulgarity, des delicatesses que vous ne soup<?onniez 
le pas, et plus d'une fois vous serez 6mus et ravis d' entendre, 
j ce qui vous semblait d'abord un gazouillement enfantin ou 
le un balbutiement informe, d'entendre vibrer Fame mfime, la 
lie et toujours jeune ame de notre ch&re France. C'est elle qui, 
i une au fond qu'elle est diverse dans ses formes, anime ces 
ibles efforts comme les puissantes tentatives de l'art pleinement 
•cient. En le constatant, vous £prouverez le plaisir qu'on res- 
, au sortir d'une exposition de roses embaum£es et splendides, 
teillir et a respirer sur l'6glantier la fleur simple et fraiche, a 
sur fine, au 16ger coloris, qui, savamment cultiv£e, a d6velopp6 
u'a cette Qoraison magniGque la grace de sa corolle, l'6clat de 
xmleurs et la fragrance de son parfum. 

Gaston Paris. 



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LA 

RESTAURATION DE LA VIE PROVINCIALE 

PAR L'ART ET LES MOTORS 
CONFERENCE DE M. GUSTAVE BOUCHER 

DONIf&B A LA SORBONNB 

U 24 mart 1895 

SOUS LA PR&S1DENCE DE M. GASTON PARIS 



Mesdamrs, Messieurs, 



Le problfeme provincial est avant tout, d'autres que nous Font 
d£clar6, un probl&me d'esthltique, et aucune solution n'inter- 
viendra utilement, dans le doinaine administratif ou politique, 
qui n'aura €\& pr£par6e par une r£forme des nioeurs op£r£e par les 
sacerdotes de l'Art enfin rendu a sa mission sociale. Et par Art, 
nous entendons l'ensemble de Fintellectualite nationale, depuis 
l' expression la plus rudimentaire du g£nie populaire jusqu'aux 
manifestations ies plus 6 levies de la maltrise. 

U ne suflit pas en effet d'enlever aux prlfets certaines preroga- 
tives, d'augmenter les attributions des niaires ou des conseils 
locaux, pour rendre la province habitable a tous ceux de ses 
enfants qui l'abandonnent parce qu'ils ne trouvent pas au foyer 
natal Tatmosphtre spirituelle, la nourriture c£r£brale, que Paris, 



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SOCIETE D ETHNOGR APHIE NATIONALS 

seul, est aujourd'hui k mgme de dispenser. Aussi bien la plupart 
des Emigrants provinciaux n'encombrent pas la capitale pour des 
motifs aussi excusables : beaucoup sont victirues d'une deplorable 
Education familiale qui tend de plus en plus a discr£diter dans 
l'esprit des enfants le travail manuel, le commerce ancestral, les 
travaux agricoles, les petites industries; au contraire, le fonction- 
narisme, les carriferes liberates, sont les seules vocations que des 
parents affol6s de consideration posthume permettent a leur pro- 
g£niture; pour r£aliser ce r£ve, qui s^vanouit le plus souvent 
sous le souffle des pires catastrophes individuelles, il faut la capi- 
tale, parce que la sont les puissants, les dispensateurs de la manne 
publique. 

Tant que ces pr6jug6s r£gneront, tant que le travail manuel 
apparaltra comme une marque d'inf£riorite sociale pour ceux qui 
le pratiquent, tant que Ton consid£rera comme une recompense 
d£volue aux gens instruits ou enrichis de s'en pouvoir libe>er, 
tant qu'on ne lui aura pas rendu ses lettres de noblesse, tant que 
Ton n'aura pas accompli cette tache de salut democratique, les 
parents aveugles continueront a pousser leurs enfants dans les 
voies du fonctionnarisme. Ghaque jour nous forgeons nous-m6mes 
un anneau nouveau a cette chalne. Ne nous plaignons done pas de 
la tyrannic des bureaux. Cette tyrannie, nous la nourrissons de nos 
pr^juges et de notre £go'isme. Devenons meilleurs, et nous serons 
plus libres ! 

Avons-nous done un systeme a opposer a Fempirisme politique 
ou administratif ? venons-nous d^velopper un plan de decentrali- 
sation ? 

A quoijjon? 

« Ne nous mettons en souci d'enseigner la vie nouvelle, pro- 
clame Frederic Mistral, a ceux qui sauront Tacquerir. La cigale 
qui sort des profondeurs du sol, avant que d'en percer la croute, 
s'inquiete-t-elle de la facon dont elle existera au pays de la lu- 
miere ? » 

« Prends ton lit et marche », disait le Christ au paralytique. Et 
celui-ci marchait parce qu'il avait la foi. Laboureurs et semeurs, 
voila de quoi nous occuper. Quand le bl£ sera mur, les faucilles 
viendront bien d'elles-inSmes. 

Mais du moins, convient-il de connattre le terrain que nous 
allons labourer, de savoir ou prendre le grain que nous allons 
semer. 



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et d'art populaire 569 

Le terrain, c'est celui des traditions franchises abolies ou d6fi- 
gur£es, c'est celui des franchises intellectuelles et des activity 
regionales. 

Pour le grain, nous allons prier un honirae d'fitat de nous indi- 
quer en quel lieu nous le trouverons. 

Au cours des recentes f£tes universitaires lyonnaises, le Ministre 
de Flnstruction publique, M. G. Leygues, reprenant le theme qu'il 
avait deja de>eloppe a Caen, pr^conisa le retour aux Universites 
regionales libres et autonomes, telles qu'elles existaient au trei- 
zieme et au quatorzieme siecle. Et a ceux que pouvait Conner 
I'eloge ofliciel de ce Moyen-Age tant caloinftid, M. Leygues repli- 
quait cranement : « N'ayons pas peur des vieilles nouveaut£s qua 
connues le treizieuie siecle ; la democratic est la saison des 
audaces ! » 

La question des Universites libres nest pas la seule vieille nou- 
veaute a laquelle il nous faudrait revenir. Le Moyen-Age est le 
grenier d'abondance de Tart national. C'est la qu'il faut aller cher- 
cher le grain nouveau. La Renaissance du paganistne nous a fait 
retrograder de plusieurs siecles : au regime d£mocratique de saint 
Louis, elle a substitue le regime c6sarien de Louis XIV et la cen- 
tralisation, qui est la consequence fatale du c6sarisrae ; elle a rem- 
plac£ l'egalite dans l'Art, la liberty dans l'expression, la probite 
dans la production et dans Y usage, par une hierarchie odieuse 
codified dans l'edit de 1648, par l'obligation a Timitation servile 
de chefs-d'oeuvre crees pour d'autres temps et pour d'autres races, 
par la v£nalit£ et la fraude en faisant de l'Art un moyen d'enri- 
chissement et de flatterie, et partant de decadence sociale. 

Le peuple ne ressentit plus devant les nymphes, les dianes, les 
amours de la Renaissance et du dix-septieme siecle, 1 'emotion qui 
le poignait autrefois devant la representation sincere de person- 
nages qu'il avait connus, aim£s ou halts ; il ne voulut plus recon- 
naltre ses rois dans ces empereurs romains a perruque ; il se d£- 
tourna de ces choses mortes et glacees : l'Art devint aristocratique, 
affaire de mode, instrument de corruption et de tyrannie, car le 
peuple se d£sinte>esse facilement de la liberte, lorsqu'il n'est plus 
livre* qu aux app£tits materiels. 

Au Moyen-Age, au contraire, chacun etait artiste. Le peuple de 
chaque ville, grande ou petite, edifiait a son usage des palais comme 
aucun roi n'en habita jamais. « L'£glise, £crit Michelet, 6tait le 
vrai domicile du peuple. La maison de 1'homme, cette miserable 



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O'JO SOGIETE D ETHNOGR APHIE NATIONALE 

masure ou il revenait le soir, n'£tait qu'un abri monientan6. 11 n'y 
avait qu'une maison, a vrai dire : la maison de Dieu... La vie 
sociale s'y Itait refugi£e tout entire. L'homme y priait, la com- 
mune y d£liberait, la cloche £tait la voix de la cit£ ; elle appelait 
aux travaux des champs, aux affaires civiles, quelquefois aux 
batailles de la liberty. » Aussi de quel amour entourait-on cette 
maison commune ! Tons voulaient contribuer a sa parure ou a son 
animation. Ymagiers, verriers, peintres, eniumineurs, tapissiers, 
emailleurs, ferronniers, musiciens, pontes, dramaturges, collabo- 
raient a l'envi a son ornemehtation ou composaient en son hon- 
neur des hymnes -et des mystires. En m£me temps, une extraor- 
dinaire floraison litt£raire s'6panouissait : satires, chansons, 
fabliaux, romans, Epopees, racontaient les hauts faits des cheva- 
liers crois£s, les aventures des barons f&odaux, ou critiquaient les 
actes et la personne des puissants avec une liberty que nous 
pourrions envier. 

L'Art n'6tait done pas, dans ces temps pr6tendus barbares, 
l'apanage de quelques-uns. II £tait rafime le privilege du peuple, 
qui par lui s'affranchissait de la tyrannie feodale. Dans chaque 
cit6, les relations que faisait nattre cette pratique en commun 
des arts 6tablissaient entre artisans des liens d'ou naissaient les 
corporations, les maltrises, qui assuraient la bonne fagon des oeu- 
vres et defendaient les ouvriers contre Tusure et le marchandage 
en fixant des lois de production selon un 6quilibre savant. 

Si Fartisan trouvait dans son labeur une subsistence loyalement 
assure e, s'il jouissait d'une liberty compatible avec les obligations 
de son etat et les int6r£ts sacres de la communaute, eprouvait-il 
au moins un bonheur Equivalent ? 

M. William Morris, le restaurateur de Tart d£coratif en Angle- 
terre, va nous r£pondre. Dans une conference faite a l'ecole de 
dessin de la Societe des Arts a Birmingham, Tillustre artiste 
sociologue, parlant des cathedrales gothiques et des merveilles qui 
les remplissaient, s'exprime ainsi : 

« Qui leur avait donnE (a ces artisans) les modules de ces 6glises 
ou compose la decoration ? Un grand architecte, instruit a cet effet 
et dispense des occupations et des fatigues du commun des mortels ? 
Nullement. C'etait parfois un moine, le frfcre du laboureur, plus 
souvent son autre fr&re, le charpentier du village, un forgeron, un 
magon, un simple ouvrier, dont le travail quotidien elaborait des 
monuments qui font aujourd'hui le desespoir et radmiration de 



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ET DART POPULA1RE O^I 

plus d'un actif et habile architecte. Est-ce qu'il s'ennuyait k ce 
travail ? N011, c'est impossible. J'ai vu, vous avez peut-£tre vu 
dans qaelque hameau ecarte qu'aucun etranger ne visite et dont les 
habitants ne s'eloignent guere de quelques lieues k la ronde, j'ai 
vu, dis-je, des travaux ex£cut£s avec tant de soin, de finesse et 
d'invention, que rien dans ce genre ne leur est supe>ieur. Et j'af- 
firme, sans crainte de dementi, que le g£nie humain n'a pu creer 
des oeuvres de cette valeur sans que la satisfaction de leur auteur 
fut au moins 6gale k Intelligence qui les con<?ut, au talent qui les 
faconna. Ges chefs-d'oeuvre n'£taient pas rares ; le trdne du grand 
Plantagenet n'6tait pas plus finement sculpte* que le fauteuil du 
magister de village ou l'armoire de la fermiere. 

« Quelques compensations rendaient done la vie tolerable a cette 
£poque. On ne massacrait pas tous les jours, quoi que l'histoire 
donne a penser; mais tous les jours le marteau r£sonnait sur l'en- 
clume et le ciseau fouillait le chSne, et jamais sans que naquit de 
ce contact un beau travail, une invention g£niale et, par conse- 
quent, du bonheur; car j'entends par l'Art vrai la manifestation 
exterieure du plaisir qu'£prouve l'homme k son travail. Je ne 
crois pas qu'il puisse 6tre heureux au travail sans traduire son 
bonheur particulierement dans les ouvrages qu'il excelle. » 

Le secret de la renovation sociale vient de nous Stre livre : 
rendez la noblesse et la probite* au travail manuel, et l'ouvrier, 
aflranchi d'une complicity d^shonorante avec l'agio et l'usure, 
retrouvera de la dignite* et du bonheur a son travail; en cherchant 
a imprimer k ce travail le cachet de sa personnalite\ il en fera une 
oeuvre d'art contre laquelle les mefaits de la concurrence n'auront 
aucune prise ; sa famille vivra heureuse et fiere k l'ombre de son 
inspiration et de son g£nie; sa cite* s'enorgueillira de lui, le d£- 
fendra contre la tentation d'une gloire lointaine en l'entourant de 
consideration et d'admiration ; ses oeuvres inspireront des poetes ; 
les vers des poetes feront eclore des melodies que les paysans 
apprendront, pour, k leur rythme, retrouver la joie aux travaux 
des champs. Et la vie nationale, etouffi&e depuis trois siecles 
sous le regime des hierarchies artificielles, reprendra son cours, 
retrouvera sa grandeur et son genie propre. 

Telle devrait Stre la fonction sociale de l'Art, ainsi apparait la 
necessity de sa renovation. 

II ne s'agit pas, on le comprend, de recommencer le Moyen-Age, 
mais de renouer des traditions interrompues. Baffler, Rupert- 



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5^2 SOCIETE D ETHNOGRAPHIE NATIONALS 

Carabin, Carries, d'autres encore, savent, ou ont su, tout en restant 
de leur temps, nous donner des 03uvres vivantes et vraiment fran- 
<jaises, parce que, de rafiuie que leurs devanciers da douzieme et da 
treizieme sifccle, ils sont altes demander k la nature ambiante, on 
k l'expression manifesto du genie de la race, leur inspiration. 



La vie provinciate se trouverait singulierement fortiftee, si le 
respect du travail manuel, conduisant fatalement celui qui en est 
Tobjet vers les regions de l'Art, arrivait k penetrer dans les 
masses; mais suflit-il de connaitre ces Veritas et de les publier ? ne 
vaut-il pas mieux les vivre en nous rapprochant nous-m£nies des 
foyers eteints pour essayer de l^s ranimer ? 

Sans doute, et ceux-lk seraient coupables, qui, pouvant se livrer 
a l'apostolat par le fait, se contenteraient de platoniques proclama- 
tions. 

Je cite, & ce propos, de M. Jean Carrere, quelques lignes extraites 
d'un manifeste que le jeune poete publiadans la France d'Oc apr&s 
avoir quitte Paris : 

« Autant que vous le pourrez, aidez au r^veil de la province en 
vivant pres de la terre des a'ieux. 

« Par votre attitude, vous retiendrez sur le seuil de leur ville 
natale ceux qui se disposaient a l'abandonner. Vous rendrez k vos 
concitoyens, ahuris par trois sifecles de soumission aux modes 
parisiennes, la conscience de leur propre liberty et le d£sirde pen- 
ser et d'agir par eux-m£mes. Ainsi, mieux encore qu'avec des pro- 
jets de loi, vous prSparerez vraiment l'autonomie des provinces et 
F^panouissement des libres cit£s. » 

Mais la vie des cit£s n'est pas seule en cause. L' agriculture n'est 
pas moins abandonnee que Tart manuel. Les paysans subissent la 
m&me fascination que les artisans, et viennent, chaque annee, en 
nombre grossissant, apporter dans les grandes villes.leur contin- 
gent k Tarm^e des d£class£s et des futures r^voltes. 

M. Gustave GefTroy, traitant derni&rement ce sujet, pr6voyait 
que si les paysans continuaient a deserter leurs champs et a faire 
la France inculte, les employes et les bourgeois iraient a leur 
place, emportant avec eux leur bagage scientifique, et que la bonne 
nourriciere redeviendrait feconde par leurs soins. Cette prophetic 



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et d'art populaire 5y3 

pourra paraltre os6e a quelques-uns ; a ceux-ci je citerai l'exemple 
d'un avocat du barreau de Paris, Jacques Bujault, qui, uu jour, 
jeta la robe aux orties, et s'en alia vivre en plein Poitou au milieu 
des paysaus. II n'y alia pas en « monsieur », mais en rural ; il prit 
la blouse, mit les bceufs sous le joug et entama le sillon. Les 
paysans, comme on peut penser, sourirent dabord. L'avocat laissa 
faire, il agrandit ses domaines avec le produit de ses premieres 
recoltes ; il les peupla de troupeaux qui multiplierent a Fabri des 
epid£mies. Alors l'adniiration succlda a Tironie... l'admiration et 
Timitation aussi, et c'6tait a quoile laboureur apdtre tenaitle plus; 
en cinquante ans, il a r6g6ne>e* sa province, qui est devenue Tune 
des plus riches de France par ses paturages et son elevage* Mais il 
a fait plus : il a attache le paysan au sol. Le Poitevin campagnard 
Emigre peu : en souvenirde Maitre Jacques, il a conserve* la blouse 
traditionnelle ; il envoie ses fils au lyc6e de Niort ou de Poitiers, 
et ceux-ci, devenus bacheliers, entrent a Grignon pour retourner 
bientdt au pays prendre la direction de l'exploitation paterae lie. 
To uj ours ils ont soin, dans les marches, les f&tes, les solennit£s 
publiques et ofBcielles, de placer la luisante blouse bleue sur le 
vehement de derniere coupe. Et dites-moi, vous en avez vu, en 
1889, de ces maires poitevins, de ces paysans cossus, qui n'avaient 
pas consenti a se dlguiser en bourgeois : avez- vous remarqul qu'ils 
fissent moins bonne figure que les clients de la Belle-Jar- 
diniere ? 

Maitre Jacques 6tait un homme de pratique, mais aussi un 
theoricien ; il a publie, en langage populaire poitevin, des trait6s 
d'economie rurale et domestique qui font delui le Franklin fran- 
ca is. Ces trait£s se r££ditent chaque annle par cent niille exem- " 
plaires, dans des almanachs qui portent son nom etcontribuent a la 
fortune de ceux qui s'impregnent de leur esprit. 

La proph£tie de M. Gustave Geffroy n'est done pas paradoxale. 

Mais a notre 6poque m&me, n'avons-nous pas vu un autre bour- 
geois, M. Paul De>oulede, dire adieu a la politique et s'en aller en 
Gharente se livrer, au milieu de ses fermiers, a la reconstitution 
des vignobles ? 

N'est-ce pas lui qui fut redeem ment le heros d'une aventure bien 
ordinaire, mais dun symbolisme vraiment grand ? 

C'6tait a Saintes, je crois. Dans la boutique d'un horloger, un 
paysan, accompagn6 de sa fille et de son fils, marchandait une 
montre. II la d6sirait belle, bonne... et pas chere. Oh ! le paysan 



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574 societe d'ethnographte nationale 

saintongeois n'est pas avare ; il fut m£me prodigue taut que le 
phylloxera ne l'eut pas ruin£ ; mais maintenant il faut compter. Le 
commercant £tait scrupuleux — il en existe de tels ; — il d6clara 
ne pouvoir garantir une montre sielle n'atteignait un certain prix, 
et le paysan, a la grande navrance de ses enfants, allait partir, 
laissant Ik l'objet convoke. Cest alors que M. Paul D6roulede, qui 
de 1'arriere-boutique avait assists k la scene, s'avanca, et, s'adres- 
sant an paysan : « Yraiment, vous ne pouvez donner de cette 
montre le prix qui vous en est demands ? » Et sur la d6n£gation du 
Saintongeois, Fancien d£put£ s f approcha des enfants et leur dit : 
« Promettez-moi de ne jamais quitter la terre que vous cultivez, et 
la montre est k vous. » Les jeunes gens promirent et emporterent 
la montre, et soyez assures qu'ils tiendront parole. 

Helas! nous ne pouvons pas tous, comme Jacques Bujault, 
comme M. D£roulede, aller cultiver des champs que nous ne pos- 
sedons pas : mais du moins, si nous savons les saisir, nous ver- 
rons se multiplier sous nos pas les occasions de contribuer, dans 
lamesure de nos forces, k cette renaissance de la vie provinciale, 
rurale oucitadine. 

Pendant les mois d'£te\ que n'allons-nous, au lieu de transporter 
dans des casinos nos habitudes malsaines et de revenir k Paris, 
h&les par l'air de la mer mais £puises par les veilles au jeu et au 
theatre, que n'allons-nous vivre au milieu despaysans, nonpas en 
protecteurs arrogants, mais en amis; participant a leurs travaux, 
saluant leurs filles et leurs Spouses de ce titre de dames qu'elles 
m^ritent bien, puisque, avec leurs coiffes blanches, elles perp6- 
tuent le souvenir du hennin que portait la dame francaise alors 
qu'on pouvait la distinguer d'une Anglaise, d'une Allemande on 
d'une Autrichienne ? Consei lions leurs fils en leur racontant nos 
miseres dories, nos amertumes, nos rancoeurs au milieu des villes. 
Et si parfois nous entendons un de ces enfants, encourage* par la 
tendresse ignorante d'une mere, manifester le d£sir d'6changer un 
jour sa blouse contre le paletot de l'employe" ou du fonctionnaire, 
prenons cet enfant par la main, conduisons-le sur la route, et dans 
le lointain, montrons-lui le besacier cheminant sous l'ceil soupcon- 
neux du fermier, et disons-lui : « Tu vois ce pauvre vaincu k qui 
la loi fait un crime de sa malechance ou de son inaptitude k 1'in- 
trigue : comme toi il est fils de paysan, comme toi il a voulu 
^changer sa blouse contre le paletot. Le pere s'est ruin6 pour l'ins- 
truire et s'est ruine* davantage pour le remplacer, k l'6poque de la 



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bt d'art populaire 5^5 

moisson, par des mercenaires improbes. Les usuriers ont fait 
vendre le champ, et le paysan a 6te* trouve* mort an matin an fond 
de son puits. Quant au fils, tn le vois. II a dans sa besace nn par- 
chemin macule, d6chir£ par de frequents et inutiles depliages : 
c'est son dipldme de bachelier. Veux-tu troquer ta blouse contre 
son paletot ? » 

Oui, allons aux ouvriers, aux paysans ; mieux, si nous le pou- 
vons, devenons paysans, ouvriers nous-memes, melons-nous a 
leurs f&tes ; faisons renaitre celles que l'intolerance ou l'oubli ont 
tu£es ; cr£ons-en de nouvelles. Citadins, appelons chez nous, k cer- 
tains jours, nos freres des campagnes pour les faire participer aux 
joies de l'esprit ; campagnards, faites de temps en temps largesse 
k vos freres des villes de votre air pur, de vos boissons saines, de 
vos refrains rlconfortants. 

Ce sont 14 les principes qui ont preside* k la fondation de la 
Socilte* d'Ethnographie nationale et d'Art populaire ; ce sont ceux 
qu'elle aura k deTendre. 

L'id£e de notre fondation n'est pas la consequence, j'ai quelque 
fierte* k le declarer, du mouvement provincialiste qui s'aflirme 
maintenant d'une facon si generate et si intense ; au contraire, elle 
l*a pr6c£de\ II y a quelques ann6es deji que nous en avions concu 
le projet au cours de conversations que nous eftmes, k Niort, avec 
le tres doux poete Emile Dutiers, qui lui, de me* me que Mistral et 
Emile Pouvillon, n'a jamais quitte* sa province. C'est en parlant 
de nos belles paysannes poitevines, de nos Mothaises, ces Arle- 
siennes de l'Ouest, en nous extasiant sur les admirables sympho- 
nies de nuances claires que jouaient sur nos promenades les 
theories de jeunes campj&gnardes, que des d6sespoirs nous £trei- 
gnaient en pensant k la disparition prochaine de toutescesbeaut£s, 
de toutes ces genialit^s. Et nous cherchions le moyen de r6agir. 

Notre projet a £te* pour la premiere fois rendu public dans une 
reunion tenue k la mairie Drouot, le i5 d^cembre 1893. Depuis, 
il n'a cesse* de rencontrer des sympathies qui lui ont permis de 
prendre corps, et la Soci&e* d'Ethnographie nationale a£te* fondle, 
gr&ce au denouement et au talent de mon excellent ami M. Barthe- 
lemy, qui a amene* k nous toute une pl&ade de noms illustres. 

L'Etat, en la personne de deux de ses plus 6minents fonction- 



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I: 



SOGIETE D ETHNOGRAPHIE NATIONALE 

naires, nous a secondes, et vous n'en serez pas surpris, lorsque 
voas apprendrez que les deux fonctionnaires dont il est question 
etaient hier encore les collaborateurs du ministre qui redamait 
la liberty et l'autonomie pour les University regions les recons- 
titutes. 

Ce m'est un devoir tr£s doux de remercier M. Xavier Gharmes 
et M. le Directeur des Beaux- Arts du patronage si prlcieux qu'ils 
nous ont accords jusqu'a ce jour, et qu'ils nous continueront sans 
aucun doute. 

Notre programme s'enonce enquelques lignes : 

« Repandre le goftt des Etudes traditionnistes franchises ; reagir 
dans la mesure du possible contre 1'unification chaque jour plus 
complete des moeurs et des modes ; mettre en relief les industries 
d'art propres a chaque contrle ; inciter an respect pour les mille 
objetede la vie locale ayant un caract&re d'originalite ; faire con- 
nattre par des expositions, des representations, des conferences, 
les parlers, les chansons, les danses, les legendes, la musique, la 
literature de chaque province », tels sont ses points essentiels. 

11 ne difTere pas, sans doute, de celui dont beaucoup d'initiatives 
privies, d'eftbrts locaux, de societes savantes, poursuivent la reali- 
sation ; mais toutes ces tentatives isoiees, partielles, et qui se can- 
tonnent le plus souvent sur le terrain de l'£rudition pure, manquent 
d'un lien qui permette le reveil simultane et methodique des acti- 
vity provinciales. 

Nous avons l'ambition d'etre ce lien ; non pas en centralisant — 
ce que nous voulons 6viter a tout prix — ces efforts divers sous 
une direction unique, mais en les encourageant par notre aposto- 
lat, en agissant par persuasion sur les volontes indecises, en pro- 
voquant des concours nouveaux et peut-fitre, a tort, dedaignes jus- 
qu'ici. Nous ferons des conferences ; nous susciterons des exposi- 
tions, des fetes locales sp6cialement destinies a faire connaltre et 
aimer par leurs compatriotes les artistes, les musiciens, les litte- 
rateurs du terroir. En un mot, nous voulons, comme Ta defini avec 
tant de justesse Frederic Mistral, dans la lettre d'adhesion qu'il 
nous a adressee, « faire comprendre a la pauvre province mouton- 
niere que Paris est hautement sympathique a tout ce qui est pro- 
vincial dans le meilleur sens du mot ; apres quoi, elle reviendra, 
attendrie, a sa vie naturelle et propre, comme l'enfantprodigue au 
foyer domestique ». 

En outre, nous apporterons a TEtat la collaboration la plus active 



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et d'art populaire 577 

pour rorganisation de la section des provinces a l'Exposition de 
1900, section pour laquelle nous avons des 189a concu un projet 
qui pourra etre utilise sinon dans son ensemble, du moins dans 
quelques-unes de ses parties. 

Voila l'oeuvre patriotique a la realisation de laquelle nous vous 
convions. Notre mission est une mission populaire ; c'est done a 
tous que nous nous adressons, e'est aux concours les plus divers 
que nous faisons appel. Pour re*ussir, nous devons commencer par 
une sorte de reconstitution des provinces au sein m&mede Paris en 
instituant des comites qui auront sur leur region unelibre prepon- 
derance. Nous esp£rons done que de chaque society provinciale 
existante, un membre, ou plusieurs, a titre individuel ou comme 
element d'affiliation de leur association a la ndtre, viendront gros- 
sir nos rangs et elargir le champ de notre action. 

II est bon que ce mouvement parte de Paris. « Paris, comme le 
dit Mistral, qu'il faut to uj ours citer en ces questions, Paris est un 
levier tout-puissant pour le bien comme pour le mal ; Paris plus que 
jamais est assoiffe de renouvellement, Paris est comme l'ivrogne 
qui soupire apres un verre d'eau fralche. Profitons de l'ecoeure- 
ment, de la satiete qu'il a de son vieil ordinaire, pour lui montrer 
les belles grappes qu'il ne tient qu'a lui decueillir dans une France 
renovee. » 

Provinciaux, mes freres, aidez-nous done dans notre croisade ! 
aidez-nous, comme l'ecrivait si eloquemment l'anonyme auteur de 
l'etude parue ces jours derniers dans la Nouvelle Revue, aidez- 
nous a « rappeler les campagnards a leurs champs, les provinciaux 
a leurs provinces, les coutumiers a leurs coutumes : restaurons 
cette idee de la petite patrie, sans laquelle l'idee de patrie est trop 
vaste, devient metaphysique, sujette a contro verse, parce qu'elle 
n'est plus dans le sang et passe dans la discussion ». Laissons pous- 
ser en liberte, sur le chgne robuste de notre langue nationale, le 
gui sacre des idiomes locaux. Revivifions les sources de Tinspira- 
tion francaise par l'amour de nos legendes, de nos chansons, de 
nos epopees, de nos fttes traditionnelles, de nos coutumes. Et 
ainsi, apres avoir cueilli les grappes savoureuses qui m&rissent, 
abandonees, nous irons ensemble vers la vie, vers la joie ! 



Gustave Boucher. 
37 



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BUREAU DE LA SOCIETY 



PRESIDENTS d'hONNEUR 

MM. Xavier Charmes, membre de l'lnstitut ; 
Henri Roujon, directeur de8 Beaux-Arts. 

PRESIDENT 

M. Andr6 Theuriet, de l'Acad6mie fran^aise. 

VICE-PRESIDENTS 

MM. Bonnat, membre de l'lnstitut ; 
N... 

secretaire gEnEral 

M. Gustave Boucher. 

SECRETAIRE ADJOINT 

M. Johannes Plantadis. 

trEsorier 

M.N... 

COMMISSION D'INITIATIVE 

MM. L6once BEnEdite, conservateur du Musee du Luxembourg ; 
De Fourcaud, professeur k TJ&cole des Beaux- Arts; 
Ed. Garnier, conservateur du Mus6e de Sfcvres; 
Vincent d'Indy, professeur au Conservatoire ; 
Georges Lafenestre, membre de l'lnstitut, conservateur de 

la peinture au Mus6e du Louvre ; 
Armand Landrin, conservateur au Mus6e du Trocad^ro ; 
Paul SEbillot, secretaire g6n£ral de la Society des Traditions 

populaires 



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SOGIETE D ETHNOGRAPHIE NATIONALS 



COMITt 

Ars&ne Alexandre, critique d'art; 
Baguenier Desormeaux, industriel ; 

Ant. Barth£lemy, charge de mission du Minist&re des Beaux- 
Arts; 
Charles Beauquier, d6put6 ; 

Bigard Fabre, chef de bureau & la Direction des Beaux-Arts ; 
Prince Roland Bonaparte ; 

Charles Bordes, directeur des Chaoteurs de Saint-Gervais ; 
Bourgault-Ducoudray, professeur au Conservatoire ; 
Armand Dayot, inspecteur des Beaux- Arts ; 
Gaston Dbschamps, critique au Temps ; 
Paul Desghanel, d£put£ ; 
Guillaume Dubufe, artiste peintre ; 
G61is Didot, directeur de YAH pour tons; 
Oct. Grousset, chef ^institution ; 
D r Hamy, membre de l'lnstitut ; 
Gabriel Hanotaux, de V Acad6mie fran^aise ; 
Gaston Paris, de l'Acadlmie fran$aise ; 
Comte de Puymaigre ; 
F£lix R£gamey, artiste peintre ; 
Antonin Proust, ancien Ministre des Arts ; 
Roger Ballu, inspecteur des Beaux-Arts ; 
A. Saglio, sous-commissaire des Expositions ; 
Sarradin, r£dacteur au Journal des Dibats; 
Julien Tiersot, professeur au Conservatoire ; 
Charles Yriate, inspecteur des Beaux- Arts. 



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STATUTS 



Article premier 

II est forme k Paris one Societe sous le titre de : Sociftrf 
d'Ethnographie nationals et d'Art populaire. 

Cette Society a poor but : 

i° De r£pandre, concurremment avec les Societes similaires 
distant k Paris ou en province, le gout des etudes traditionnistes 
francaises; le respect pour les mille objets de la vie locale ayant 
un caractere d'originalite, et dont la conservation importe k In- 
telligence de notre vie nationale ; 

a D'encourager, en mettant en lumiere lmterGt qu'elles pre- 
sentent, les industries d'art propres k chaque province, autres que 
celles continuant des styles disparus ; 

3° De mettre en relief, par des expositions, des representations, 
des auditions et des conferences, Tart populaire disparu ou exis- 
tant, les legendes, le parler, la musique, les chansons, la danse, la 
literature de chaque province ; 

4° De contribuer, dans la mesure de son action, a l'eclat de la 
section d'Ethnographie et d'Art populaire k l'Exposition univer- 
selle de 1900. 

Article 2 

La Societe se compose de membres actifs et de membres corres- 
pondants. 

Nul ne pent devenir membre actif s'il n'est presents par deux 
societaires. 

Pour devenir membre correspondant, il suilit d'adresser son 
adhesion au Secretaire general. 



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58a societe d'ethnographie nationals 

Article 3 

La Societe est regie par uu Bureau, par une Commission d'ini- 
tiative et d'adniinistration; et par un Comity. 

Le Bureau et les membres de la Commission dinitiative se re- 
crutent parmi les membres du Comity. 

Article 4 

Le Bureau comprend : 

Deux Presidents d'honneur ayant voix consultative et delibe- 
rative ; 

Un President ; 

Deux Vice-Presidents ; 

Un Secretaire general ; 

Un Secretaire adjoint ; 

Un Tresorier. 

Le premier Comite et son Bureau sout nomm£s pour une period© 
de six annees k partir du i ep Janvier 189$; aprfcs cette peri ode, la 
duree des mandats sera modifiee. 

Article 5 

Chaque societaire paie une cotisation annuelle de 10 francs. 
Nul n'est engage au delk de sa cotisation. 

Le societaire pent racheter sa cotisation moyennant le verse- 
ment, une fois fait, de 100 francs. 

Article 6 

Le montant des cotisations annuelles et les dons que pourra 
recevoir la Societe, ainsi que les subventions qui pourront lui etre 
accord ees, seront employes k solder les frais d'administration, 
local, installation, publication. 

Article j 

Le deces ou la demission d'un membre ne constitue, soit au profit 
du societaire demissionaaire, soitau profit des heritiersdu membre 
decede, aucun droit de repetition sur les sommes par lui versees 
ou sur l'actif de la Societe. 



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et d'art populaire 583 

Article 8 

Le Comity se r£unit une fois par mois; le Bureau convoque 
extraordinairement lorsque leg circonstances l'exigent. 

En l'absence du President et des Vice-Presidents, les stances 
sont pr6sid6es par le plus ancien des membres presents. Les deci- 
sions sont prises a la majority des voix. En cas de partage, la 
voix du President est pr6pond£rante. Nul ne pent voter par pro- 
curation. 

Article 9 

La Society d'Ethnographie nationale et d'Art populate a son 
siege au Palais de l'lndustrie. 

Le TrSsorier reprlsente la Society en justice, et dans tons les 
actes de la vie civile. 

Articles additionnels imposes aux SocUtte 
par la Prefecture de police 

Article 10 

Le President fera connaitre a l'autorit^ compltente les change- 
ments survenus dans la composition du Bureau, et, chaque ann£e, 
lui adressera un compte rendu sur la situation morale et financi&re 
de la Society. 

Article ii 

Les discussions politiques et religieuses sont interdites dans les 
reunions. 

Article 12 

Nul ne pent assister aux reunions s'il n'a 6t6 recu membre actif 
dans la forme pr£vue par les statuts, 

Article i3 

La Soci^te devra se pourvoir dune autorisation sp£ciale pour 
chaque ftte organis£e par ses soins a laquelle seraient admises 
d'autres personnes que les soctetaires. 

Article 14 

Nul ne pent Stre 61u membre du Bureau s'il n'est Francais, ma- 
jeur, et ne jouit de ses droits civils, civiques et politiques. 



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sogiete d ethnographie nationale 

Article i5 

e dissolution, la liquidation s'eflectuera suivant les 
oit common. 

Article 16 

modifications aux statute, la Soci£t6 devra demander 
k la Prefecture de police l'autorisation prescrite par 
du Code p6nal. 

lutorisation pr&fectorale du 3i dicembre l8g4) 



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INSTRUCTIONS SOMMAIRES 



RELATIVES AUX 



Collections provinciates d'Objets ethnographiques 



PAR 



HH. ARMAHD LANDRIN ET PAUL StBILLOT 



L'Habitation 

Architecture splciale aux diverses regions, principalement en 
ce qui concerne les habitations rustiques. 

Aire g6ographique dun type de construction. 

Constructions rustiques pr6sentant un type primitif (huttes de 
sabotiers, de charbonniers, etc.). 

Transformations op6r6es en ce si eel e. Recueillir les anciennes 
gravures, les dessins ou sculptures repr6sentant les demeures 
d'autrefois. 

Rites de la construction (libations a la pose de la premiere 
pierre ; bouquet lors de la lev6e de la charpente, etc. ; pronos- 
tics). 

Ornements exterieurs. — Sculptures ou inscriptions au-dessus 
des portes (calice sculpts d6signant la demeure d'un pretre ; un 
compas, celle d'un menuisier ; « Dieu blnisse X..., qui a fait batir 
cette maison »). 

Formes particulieres des portes et fenetres. 

La toiture. — Comment elle est formed. 

Epis en faience ou en plomb sur le sommet du toit ou sur le 



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586 COLLECTIONS PROVINCIALES 

haut des fenfires des greniers (faiences verniss^es repr£sentant 
des mousquetaires, dix-septieme siecle ; Fr6d6ric de Prusse, dix- 
huitieme siecle ; des coqs ou des gendarmes, dix-neuvi&me 
sifecle). 

Ardoises sculpt6es portant la date de la toiture. 

Pierres amul6tiques mises sur le toit pour preserver de la foudre 
ou des mallfices. 



Mobilier et Interieur 

Disposition g6n£rale. 

Comment le mobilier est plac6 dans la maison principale ; le lit 
du maltre ; la place d'honneur au foyer. 

Forme des lits (lits a colonnes torses on en quenouilles, lits se 
fermant avec des portes ajourees, lits a plusieurs Stages). 

Ornements sculptes dans le bois ; faiences, draperies ou images 
qui les ornent. 

Croyances en rapport avec le lit (en certains pays, T6pous6e doit 
apporter le sien ; « un lit mal orients peut porter malheur » ; 
objets protecteurs du lit). 

Les armoires. — Formes anciennes ; formes modernes ; sculptures 
des panneaux ; inscriptions et dates. 
Arrangements int£rieurs ; souvenirs ou prgservatifs. 
Ceremonies a l'entr£e de Tarmoire d'une epousee. 

Hets ou huches & pain. — Leur forme, leur place ; respect qu'on 
leur porte : on ne doit pas s'asseoir dessus, non plus que sur les 
tables oil Ton mange. Formes des tables rustiques. 

Panetieres ou perches a pain : formes et ornementations ; coffres ; 
horloges et coucous. 

Dressoirs : comment est disposed la vaisselle ; sea formes les 
plus habituelles. 

La cheminte. — Comment elle est disposed ; sa forme ; celle de 
la pierre du foyer ; plaques de chemin£e ; landiers ; tourne-broches 
et leurs contre-poids ; pincettes. 

La pose de la crSmaillere. 

Croyances relatives au trepied, aux mar mites, aux bassines,etc. 
Leurs diverses formes : changements depuis le commencement de 
ce siecle. 



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d'objets ethnographiques 587 

ficlairage rustique; chandeliers on porte-rSsine : lampes en 
poterie ou en mStal : leurs noms et leurs formes ; lampes a mesu- 
rer Fheure. 

Ustensiles divers de cuisine : plaques en poterie ou en mStal 
pour les galettes, avec les ustensiles accessoires. Soufflets ornSs ; 
fusils a souffler. 

Boltes a sel; boissellerie ; cuillers ou fourchettes, couteaux, 
leur ornementation. 

Ornements du dessus de la cheminSe (Vierge, chandeliers, fu- 
sils, images). 

Decoration intirieure. — Images populaires, statuettes, souvenirs 
(numSros de tirage, certificats, brevets, etc.) ; ornements en jonc, 
paille, etc. ; dScoupages. 

Tables, chaises, bancs. 

Yaisselle. — Vases en Stain ou en poterie ; leurs noms ; inscrip- 
tions ou signes, dessins peints ou graves. Faiences patronales. 
Pichets pour porter aux champs ; pots a puiser de l'eau. 

Ghaufferettes, chauffe-lits. 

Ustensiles servant au lait, a la fabrication du beurre (moules a 
beurre ornSs), a celle du fromage. 

Pots k conserver le beurre. 

Moules a chandelles. 

Rouets, dSvidoirs. — Formes, noms, transformations, croyances 
(en certaines saisons, le rouet ne doit pas Stre mis en mouvement, 
ne doit pas Stre transports, etc.). 

Quenouilles sculptSes. 

Bibelots et ustensiles divers. — PiSges a mouches, a souris ou a 
rats (conjurations), moustiquaires. 

Plaques a repasser le linge; objets en poterie de formes va- 
rices qui contenaient la braise : leurs noms a cause de leurs 
formes. Battoirs de lavandiSres. Guviers a lessives, en bois ou en 
poterie. 

D6pendances de la Maison 

Les Stables. — Comment elles sont disposes. Rites au moment 
ou on les amSnage, ou un nouvel animal y entre. 
Amulettes des Stables et des animaux. 

Les cellier8. — Formes des tonneaux, des pressoirs. 



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588 COLLECTIONS PROVINCIALES 

Gours et jardins. — L'aire ; c£r£monie de l'aire neuve; malpro- 
pret6 des cours de ferme ; leurs cldtures. 

Formes des puits : maniferes de puiser de l'eau. Offrandes aux 
puits et aux fontaines (pain au premier de Fan, tison de la saint 
Jean). 

Les auges. 

Formes des ruches d'abeilles. Groyances et superstitions. 

Les magnaneries; coutumes, etc. 

La loge du chien ; formes de colliers. 



Agriculture 



Formes anciennes des charrues araires, se terminant, comme 
jadis en Auvergne, par des silex ; ornements et amulettes des 
charrues; superstitions qui s'y rattachent. 

Outils. — Formes particuli&res des baches, des houes, etc. ; leurs 
pieds, ornements ou marques. 

Charrettes. — Formes et ornements divers : celles qui sont en 
figure de carfene, comme dans le Finistfere, ou qui rappellent les 
tralneaux (region des Alpes) ; croyances qui s'y rattachent ; super- 
stitions des charretiers ; ornements des fouets ou des aiguillons ; 
formes des brouettes. 

Les b£tes de trait. — Ornements des jougs k boeufs, des colliers 
de chevaux ; peau de blaireau ou de tout autre animal plac6e sur la 
croupe; houppettes et fibules; cris pour faire avancer. 

Les troupeaux. — Sonnettes des vaches et des boeufs ; houlettes 
des bergers ; ornements des chiens ; croyances, superstitions et 
chansons des bergers ; signes 61ev6s par les bergers ; signes qui 
montrent que des champs ne doivent pas fctre traverses ; cornes 
pour appeler ; morceaux de bois ou plumes pour einpScher les ani- 
maux d'entrer dans les champs. 

Les foins. — Formes des faux, et en parti culier des pieds ; 
ornements, croyances, le chant de la faux ; coutumes de faucheurs ; 
pierres & aiguiser : leur 6tui, ses ornements ; premiere et derni&re 
charrette ; coutumes des faneuses ; conjurations contre le vent. 

La moisson. — Formes des faucilles ou des faux; premi&re et 



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d'objets ethnographiqubs 589 

derniere gerbe ; modes divers de battre le bl£ ; fl£aux et formes 
anciennes. 
Formes et meales. 

Amulettes et gpouvantails des champs ; branches b&iites ; conju- 
rations contre ies mulots; feux ; mannequins ou instruments pour 
Eloigner les oiseaux des r^coltes. 

Cueillette des fruits (raisin, pommes, olives, etc.) ; formes parti- 
culieres des paniers ou des instruments destines k la r6colte. 

Pressoirs. — Leurs formes et celles des instruments accessoires ; 
lss cuves; amulettes et superstitions. 

Tailles de compte. — Comptabiiit£s primitives ; balances ; poids ; 
mesures de longueur et de super ficie ; mesures orn^es. 



Alimentation 

Les moulins. — Formes anciennes des tours, des moulins carr6s 
et des moulins k eau. Maniere de disposer les voiles ; leur langage 
t£l£graphique. Croyances en relation avec les meules ou la cons- 
truction des moulins. Moulins portatifs. 

Fabrication du pain. — Formes des p^trins; leurs ornementa- 
tions ou leurs inscriptions. Croyances relatives k la panification. 

Saints qui y president. 

Jattes pour transporter la p&te. 

Formes des ustensiles pour enfourner. Dispositions particu- 
lieres des fours ; leur fermeture (la pierre 6tait autrefois orn£e 
dune croix). 

Fabrication des galettes de sarrazin ou de mais : instruments. 
Les bouillies d'avoine, de sarrazin, etc. 

Moeurs 6pulaires. — Ordre des repas. Comment ils ont lieu. 
Tables oil se trouvent des trous en forme d'Scuelle. Libation de la 
premi&re cuiller6e de soupe ou de bouillie. Les pr£s6ances : gi les 
hommes mangent avec les femmes, ou les ouvriers avec les maltres ; 
metiers qui ne s'asseoient pas avec les cnltivateurs : tailleurs en 
Bretagne. 

L'hospitalitl aux pauvres ou aux passants. 

Patisseries locales. — G&teaux k formes humaines ou animates ; 



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590 COLLECTIONS PROVINCIALES 

a quelles epoques ils etaient fabriques (Noel, Pftques, etc.)- Varia- 
tions du type jusqu'a nos jours; alterations de formes; gateaux 
phaiiiformes se modifiant peu a peu. 
Moules a patisseries ; fers a gaufres. 

Chasse et peche. — Pifeges, armes rustiques, appeaux; chaperons 
et autres objets de fauconnerie. Filets et flotteurs de fabrications 
locales; ardoises rempla$ant les plombs de filets; hame$ons de 
bois, nacre, etc. ; pieges k poissons et crustac£s. 



Metiers non agricoles 



Apprentissage : formes du contrat; symboles, brimades, bien 
venues. 

Passage d'apprenti a ouvrier ; redevances a payer ou survivances 
de cette coutume. 

Habillements ou ornements particuliers a un metier. 

Fetes civiles ou religieuses des metiers. 

Souvenirs des anciens chefs-d'oeuvre. 

Marques d*artisan. Mereaux. Banniires de corporations. 

Metiers m£prises (tailleurs, cordiers). 

Metiers honoris (forgerons, menuisiers). 

Ghapelles ou oratoires de corporations. Signes grave* sur les 
tombes. 

Marques de metiers (aigles de masons ou de charpentiers). 

Marchands 

Coutumes de marches. 

Enseignes ou emblemes particuliers a certains commerces. 
Superstitions de marchands et d'acheteurs. 
Dispositions particulieres des boutiques. 

Transports 

Formes particulieres des bateaux; ornements, amulettes. 

Ancres de pierre. Vehicules divers; charrettes, traineaux. Pro- 
cedes de locomotion sur la glace ou la vase ; patins, raquettes, 
a$ons, etc. 



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d'objets ethnographiques 591 

Fabrications locales 

Rechercher principalement celles qui se rattachent au mobilier, 
telles que les meubles, armoires, lits, cofires, dressoirs ; la boissel- 
lerie ; la vannerie. 

Celles de poteries ou de faiences. 

Celles qni tiennentaux mltaux (pieces defer orn£es ou sculpt6es; 
poterie detain; croix ou bagues locales, £maill£es ou ornles de 
pierres; croix normandes, 6maux bressans; bijoux avec encrines 
des Alpes). 

Industrie de la paille et du jonc; corbeilles, chapeaux. 

Industrie de la dentelle et de la broderie. 
' Relever : a) les ornementations particulieres a chacun de ces 
groupes. 

b) Les 6poques oil les produits £taient mis en vente ; qui les 
achetait. 

c) Oh se trouvent des specimens de ces diverses industries. 

d) Quelles sont celles qui subsistent; celles qui ont disparu. 

e) Rechercher dans les archives ou les livres les passages qui 
s'y rapportent. 

Les Vdtements 

Anciens costumes locaux; leur aire glographique. 

Description de leurs diverses parties. 

Par qui ils Itaient tiss£s, tailless ou cousus. Anciennes fabriques 
locales. 

Dessins, photographies ou poup6es les repr^sentant. 

Musses ou collections oft ils figurent. 

Bibliographic des livres qui les ont d6crits ou represented. Re- 
cherches dans les anciennes gravures, dans les sculptures et dans 
les vitraux des formes des costumes d'autrefois. 

Coiffures : Coiffures de femmes; leurs transformations ; leur aire 
glographique. 

Dispositions particulieres des serre-t£te, des capuchons, etc. 

Coiffures de marine. 

Coiffures de deuil ou de culte (usage de detacher les 6pingles 
pour aller communier). 

Peignes rustiques : leur ornementation. 



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!>92 COLLECTIONS PRO VINCI ALES 

Coiffures masculines. — Ghapeaux ; rubaus qui les ornent (glace 
ou ornement provenant de p&lerinage). 
Bonnets, burets, etc. 

Bijoux. — Boucles d'oreilles. 

Bagues de fiangailles (mains entrelacles); de souvenir (t&te de 
mort, dent enchassle). 

Perdre son anneau porte malheur. 

fepingles de corsage : 6pingles de bois ; superstitions. 

fipinglettes orndes de houppes ou de fibules. 

Croix de femmes. 

Boutons de calotte orn£s ou de fabrication locale (bouton double 
en buis). Boutons avec dessins. 

Crochets a suspendre les ciseaux; porte-quenouille ; porte- 
aiguilles a tricoter sculpt£s dans des noyaux, des coquillages, etc. 

Souliers anciens. 

Sabots : leurs formes, leur ornamentation. 

Les bas et les jarreti&res. 

Batons de formes singuli&res. 



La Vie humaine 

La naissance. — Premier bonnet. Formes de berceaux. Emmail- 
lottement. V&tements. 

Ustensiles pour aider a apprendre k marcher. 

Bonnets des gar$ons et des filles : signes qui les distinguent ; 
bonnets a amulettes. Colliers-amulettes. 

Biberons rustiques. 

Cuillers et Scuelles a bouillie. 

fecuelles d'accouchle. Gateaux de relevailles. 

Parrains et marraines : leurs fonctions, cadeaux aux enfants ou 
aux assistants. 

L'dcole et le catichisme. — Coutumes scolaires; punitions parti- 
culates (bonnet d'ane, etc.). Jeux a F6cole. L'aller et le retour de 
l'6cole. 

Coutumes de cat6chisme. 

Le tirage au sort. — Amulettes et superstitions. Coutumes de J 

consents au depart du bourg, a la ville, au moment de se rendre a 
l'arm6e. 



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d'objbts ethnographiqxjbs 593 

Le baptgme. — Bonnets de baptgme. Insignes de parrainage. 

Le mariage. — Comment on se fait la cour. Presents aux amou- 
reuses; quenouilles sculpt6es, affiquets pour tricoter, rubans, etc. ; 
mani&res symboliques d'encoarager ou de repousser les amou- 
reux ; moyens de se faire aimer ; ordalies pour savoir quand et avec 
qui on se mariera. 

Les demandes en mariage : les entremetteurs; les formules de 
demande ; conventions et fian^ailles ; transport du mobilier. 

Jours favorables ou nlfastes; pronostics tir^s du temps ou de 
diverses circonstances. 

Toilette de la marine ; comment et par qui elle est faite ; orne- 
ments symboliques. Souvenir des manages par capture; obstacles 
sur la route des maries; presages a l'£glise. Arriv6e a la maison ; 
usages singuliers a 1' entree (balai devant le seuil, quenouille). 
Repas de noces : gateaux particuliers. 

Danses. 

Goucher de la marine. Roties et soupes. 

Charivari aux veufs ou aux personnes de mauvaise vie. 

Le manage et la famille. — Situation du mari et de la femme 
vis-a-vis Tun de 1' autre. L'autorit6 au dehors ou au dedans. Repar- 
tition des fonctions. 

La mort. — Signes avant-coureurs : pronostics tir£s des oiseaux, 
insectes, etc. 

L'agonie : usages particuliers. 

Habillement du mort. Veill^es mortuaires. 

Ghapelles ou le mort est expose. Signes ext£rieurs du deuil 
(maison, chemin, etc.). 

Argent dans la main ou la bouche du mort. Libations. Lessive 
apr&s 1'enterrement. Cachets pour sceller la bouche des morts. 

Formes des bi&res ; par qui le mort est port£ ; usages sur la 
route, a Tentr^e et a la sortie de l^glise. L'enterrement, pleu- 
reuses; chants mortuaires ou survivances de cette coutume. 

Comment sont disposes les tombes; stales et pierres tombales ; 
souvenirs places dessus ou auprds. 

Couleurs et formes des vfttements de deuil; grands manteaux ; 
coiffes non empesees, etc. 

Danses mortuaires. 

Arbres et plantes funeraires. 

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594 COLLECTIONS PROVING I ALES 



Jeux des enfants 

Joujoux rustiques fabriqu6s a leur intention : petites charrettes 
de saule; joujoux de jonc; sifflets; toupies; instruments de balis- 
tique (arcs, frondes, arbalfetes). 

Musiques rustiques. 

Formulettes et coutumes de jeux. 

Rebates de petits bateaux. 

Jeux d'adultes ; jeux en commun 

Jeux dans lesquels il y a lutte. 

Survivances du papegai. 

Jeux de balle : la soule ; boules ; quilles, etc. 

Plantations de mais; jeux de cartes, tarots, etc. 

Les Arts populaires 

Instruments de musique rustiques. Airs populaires. Danses lo- 
cales. Survivances de danses kieratiques. Sculptures et gravures 
ex6cut6es par les patres et les paysans ; ornementation d'objets 
divers. Broderies. Dessins sur rochers et arbres. Images popu- 
laires. Tatouages. 

Veiltees 

Gomment elles se tiennent. 

Contes, legendes, chansons, devinettes, etc., qui s'y disent ou y 
sont chantees. 
Differences entre les veill£es d'autrefois et celles de nos jours. 
Heros populaires. 

Gultes 

Materiel des Cultes. — Anciens vStements sacerdotaux particu- 
liers; encensoirs, sonnettes, etc.; roues de prieres a sonnettes; 



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DOBJETS ETHNOGRAPHIQUES 09D 

fonts baptismaux ; reliquaires ; troncs de carrefours ; dessins de 
croix de cimetieres singuli£res; vuesde calvaires; cierges orn6s; 
confr£ries religieuses (costumes, insignes, etc.); lustres de la 
Ghandeleur. 

C6r6monies religieuses. — PMerinages (ex-voto, enseignes et 
souvenirs de p£lerinage ; images de plomb, rubans a inscriptions, 
croix, coquillages, sachets, rosettes, m£dailles, etc.); Saints gu6- 
risseurs (sachets, cordes, etc., vendus a leurs chapelles; ex-votoen 
cire et en m<Hal) ; fete de l'fipiphanie (images pour tirer les rois, 
gateaux sp£ciaux); fete des Rameaux (rameaux b£nits, raineaux 
que portent les enfants) ; fete de Paques (oeufs de Paques orn^s de 
dessins, gateaux sp^ciaux); fetes de mai (arbres et couronnes de 
mai) ; fete de la saint Jean (couronne de feux de la saint Jean, 
souvenirs du feu de la saint Jean, roues qu'on enflamme a la saint 
Jean, bouquets d'herbes de la saint Jean, beurre de la saint Jean, 
etc.) ; fetes de Noel (b&ches de Noel, souvenirs de cette fete aux- 
quels on attache des idees superstitieuses) ; images et dessins des 
statues de Saints locaux. 



Superstitions 

Sorcellerie. — Amulettes, gardes, phylact^res, talismans et 
autres objets de superstition (pierre de foudre, pierre de serpent, 
pierre de petite v£role, pierres guerissant les maladies des homines 
et des bestiaux, etc.) ; porte-bonheur (monnaies perches ou mar- 
quees, os de poissons, cornes de lucanes, animaux divers, eiligies); 
cuillersde peste ; formules magiques £crites ; inscriptions magiques 
ecrites ; inscriptions magiques sur les maisons ; dessins cabalia- 
tiques ; bagues avec dents humaines enchassees ; dents d 'animaux, 
yeux dess£ch£s et haches pr^historiques, perches ou mont^es en 
bijoux ; bagues et bijoux divers contre le mauvais ceil ; ligatures 
d'herbes ; colliers d'ambre; brius. 



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TABLE DES MATURES 



INTRODUCTION 

De Fourcaud : Discours prononc6 a Saint-Jean-de-Luz a Tocca- 
sion de Fouverture du Gongres de la Tradition Basque, le 
i5 aout 1897 3 

PREMIERE PARTIE 

Bernardou : Gompte rendu des fetes de la Tradition Basque a 
Saint-Jean-de-Luz, du i5 au 22 aout 1897. — Discours de 

MM. GOYENECHE, LlZARRITURY, LEON BoNNAT, GUSTAVE 

Boucher 4 1 

— L'Exposition d'Ethnographie et d'Art populaire de Saint-Jean- 
de-Luz, du i5 au 22 aout 1897 5? 

— Laureats des fStes de la Tradition Basque. Poesies couron- 
nces . . . 78 

DEUXlfiME PARTIE 

TRAVAUX ET COMMUNICATIONS 

D r R. Collignon : La Race basque, £tude anthropologique . . 96 

Adrien Plante : Les Basques ont-ils une histoire ? 11 1 

Alexandre NicolaX : Basques d'autrefois 141 

Berdeco : Goutumes morales du Pays Basque 167 

Louis Etcheverry : Les coutumes sucessorales du Pays-Basque. 179 
Garmelo de Eghegaray : L'ide'e religieuse dans la famille 

basque 193 

Clement Hapet : La contrebande au Pays Basque so3 

Antonio Arzac : L'^migration 211 

Ducere : Recherches historiques sur les corsaires de Saint-Jean- 
de-Luz 217 

Wentworth Webster : Les pastorales basques 243 



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5q8 TABLE DES MAT1ERES 

J.-D.-J/ Sallaberry : Les mascarades soule tines, avec airs 
not£s a65 

Abbe Haristoy : Proverbes, sentences et dictons basques . . . 089 

Charles Bordes : La rausique populaire des Basques : 54 chan- 
sons, nogls, melodies, airs nationaux, avec musique .... 297 

Jean de Jaurgain : Quelques 16gendes poetiques du pays de 
Soule 36i 

Arturo Campion : La langue basque 4*3 

SUPPLEMENT 

D r Larrieu : Mauleon et le pays de Soule pendant la Revolu- 
tion 465 

Francisqub Habasque : Une page de Thistoire du Labourd : 
£leonore d'Autriche et la rancon de Francois l tr 49 1 

R. P. Etchebarne : Une page d'hagiographie basque : Saint 
Francois Xavier £07 

Albert Dutey-Harispe : Le marshal Harispe 5a5 

Charles Petit : Antoine d'Abbadie 539 

APPENDICE 

Gaston Paris : Discours prononce* a la Sorbonne, le 24 mars 1895, 
a, l'occasion de la fondation de la Socie"te* d'Ethnographie na- 
tionale et d'Art populaire 563 

Gustave Boucher : La restauration de la vie provinciale par 
Tart et les moeurs ; conference faite k la Sorbonne, le 24 mars 
1895, a l'occasion de la fondation de la Society d'Ethnographie 
nationale et d'Art populaire 567 

Liste des membres du Comity de la Socie'te' d'Ethnographie na- 
tionale et d'Art populaire 579 

Statuts 58i 

Instructions sommaires relatives aux collections pro vine i ales 
d'objets ethnographiques, par MM. Arm and Landrin et Paul 
Sebillot 585 



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LIGUGE (VIENNE) 

IMPRIMKRIE SAINT -MARTIN 

M. BLUTK 



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